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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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P'tits poèmes diabolique

Lundi 30 juin 2008 1 30 /06 /Juin /2008 22:58

Destinée d'araignée

Epinay, dimanche, 22 juin 2008

File file petite araignée
L’étrange fil de ma destinée
Ton recoin obscur rare au soleil
Pétille de savanes sans pareilles

Ton chemin sous l’argent et les palmes
Englouti jette des grappins calmes
Sur mes mangroves d’argile naines
Sur mes marigots graves à la traîne

Toi tisseuse de lisse nocturne
Et moi ravisseuse des cothurnes
Ecarlates des chats de Sumer
Ou d’Abyssinie détroussons chimères

Et caféiers d’Erythrée qui glissent
Liqueur d’ébène sous nos pelisses
Qu’aux yeux des fillettes on se pare
De rimmel d’or noir de khôl de Harar

Vers l’Arabie heureuse acrobate
Sur ton filin frêle je me hâte
Les feux sourds d’Orient nous fiancent
Leurs laines nous vêtent d’outre nuances

 
File file petite araignée
La quenouille nue de nos étés
Comme les femmes le coton noir
D’Aden je rembobine notre histoire

Tu sais seule les sources nomades
Donnant naissance à nos promenades
Indigo teinte nos labyrinthes
Et boit la rosée des cités éteintes

Dans mes pas de géante tu tends
Ta corde à linge et la lune y pend
Ses draps où dorment des photophores
Gouttes d’eau vertes qui sont nos trésors

Toi ouvrière inconnue des contes
Ton attente reine à tout s’affronte
Tu défais le jour au pas des nuits
Ta navette noue du rêve à l’ennui

Quand tes doigts fins trament mes roseaux
Mes burineurs d’aveux ton fuseau
Défie mes chants outrage tu changes
Mes frissons d’encre rageurs sous les langes

Chevalière des licornes grises
Au lacet des frondes d’algues prises
Tu cardes des chardons hérissons
Bleus les cris des hommes à l’unisson

File file petite araignée
Sur le sol de cuivre dédaigné
Que danse l’écheveau de ton escorte
Guérisseuse de mon chagrin d’eau forte

File file petite araignée
L’étrange fil de ma destinée
Ne cesserons jamais de relier
L’obscure clameur des voix oubliées.























Commune libre de Drancy 1928

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Lundi 16 juin 2008 1 16 /06 /Juin /2008 23:15

SDF

SDF
Epinay, Lundi, 15 mai 2006 



















Voiture balai voiture poubelle
Trottoirs mazout une marée noire
Depuis dix ans que ça s’égoutte
Tendres humains vos trop grandes ailes
Collées au sol s’engluent là-dedans
Sous vos semelles c’est la déroute
Emouvant adorateurs d’océan
Votre soleil dort dans une passoire
Ses pétales neigent sur les ombrelles
Des marchands malins qui sont sans doute
Les chasseurs cruels des noirs oiseaux blancs

Voiture balais voiture poubelles
Les dunes tendent leurs draps sur la ville
Sable sombre éteint le jour réverbère
Depuis dix ans les peseurs d’or s’entêtent
Tamisent la terre avec nos gamelles
Aux dieux baobabs offrent nos enfants
Qui ont refusé leur corps fragile
Comme épis de blé C’est du pain que quêtent
Les gueux mais il n’y a plus de champs
Autour de nos villes houle rebelle
D’herbes folles moissons indociles

Voiture balai ramasse à la pelle
Vagues vendues aux dragueurs d’ouragans
Combien encore de porteurs d’eau
Sur les trottoirs mazout assis
De leur outre de peau goutte à goutte
On entend s’enfuir la rumeur des ailes
Et la langueur de blues du ghetto
Aux dieux baobabs nos enfants ont dit
Finis les foyers pour les oiseaux blancs
Clochards devenus coûte que coûte
Ivres comme soleil sur les ombrelles

Voiture poubelle au cœur du désert
Nomades leurs tentes sont une île
Brune comme le sang du soir
Qu’on leur a donnée contre un formulaire
Les cohortes bleues des voleurs de vent
Sur trottoir mazout inventent la ville
De cartons de toiles où leurs ailes
Depuis longtemps rognées sèment l’or clair
A poignées Tamis étoilent vos ciels
D’épis mûrs  De jeunes guerriers noirs
Voiture balai ce sont leurs enfants

Voiture balai voiture poubelle
Un costume de bal vert d’eau
Ça leur va à la peau comme un gant
Se sont déguisés pour danser sans doute
Jeunes guerriers noirs cueillent à la pelle
Jetés parmi goémons gluants
Journaux couches bébés boîtes de bière
Et les vieux guettent comme des géants
Morts sur trottoirs mazout la route
A prendre avec des cerfs-volants blancs
Soleil sèche la colle de leurs ailes
Qu’ils se tirent enfin de cet enfer
Voiture poubelle est remplie d’oiseaux.
 

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Lundi 9 juin 2008 1 09 /06 /Juin /2008 23:19

Slam
Lundi, 9 juin 2008

 

Voici l’histoire pas inventée
D’un chat qui crèche dans une cité
Très bien sapée Jean pas déchiré
C’est un chat Avec tee-shirt moulant
Rouge sang ses petits seins peinards
Démarre sur ses pieds volant
Paire de baskets cosmique héritée
Des blacks guerriers un string de soie
Noire faut voir qui glisse se plisse
Sur sa peau réglisse C’est un chat
Couleur métisse Y’a pas de hasard
C’est un chat qui va faire une virée
Avec les matous de sa bande voyous
Pour traquer les rats bien gras les souris
Faire ses courses poubelles on parie
Que la belle a plein ses poches des cailloux
Les file au marchand pour payer ses achats
Slam c’est un chat Soutien-gorge le soir crisse
Bleus ses cheveux ras se hérissent
Iroquois et quoi ! C’est un chat
Il est né là dans les cartons bâtards
Fils d’un grand Cheyenne roux hagard fêtard
Et c’est pas tout ! Les jeunes Blacks du quartier
L’ont traité de gouttière sans pitié
Il se marre La cité ses petits seins
Font du bien aux doux assassins qui tuent
Avec délice d’un coup de plume et d’âme
Les ramasseurs les rabatteurs les traqueurs
Nœud coulant ils lui passent le dessin
D’un chat foutu allumeurs tu meurs
Si tu ne cours pas oreilles rabattues
Jusqu’à ses paupières indociles
Qu’elle emballe de rimmel ça va
Et c’est pas tout ils l’ont appelé Slam !
La cité prend des airs de gamine
Quand il radine sur ses chemins de brousse
C’est pas un nom facile cousin enfile
Ton frac indocile et file Slam c’est un chat
Qui rame pas en bas des blocks il va
A la rencontre des poseurs de mines
Vermines leurs bétaillères bourrées
De bâtons de rouge à lèvres tirés
De faciès pamplemousse Les détrousse
En douce de leur cargaison qui trace
Chat sauvage griffu fou sur leur pare-brise
S’élance pour danse pleine de grâce
Terreur chez la volaille mine grise
La rebelle s’étire et leur tire la langue
Déhanche et tangue avec les mangeurs de mangues
Slam sait que leurs lames c’est pour trancher
Entre les mailles amères du filet
Tendu par les gardiens de l’ordre mort
Parmi le peuple des enfants d’or
P’tits  renards prêts à la harangue
La cité en teignant ses cheveux henné chante
A toutes les fenêtres sa goualante
Slam c’est un chat qui ne boit pas de lait
Les bistrots sont ses palais c’est sûr
Aux trois billards il assure C’est un chat
Qui a de l’allure sur le tapis couché
Les boules lui roulent dessus
Ne craint rien des seigneurs cossus
Qui mènent le monde et le font marcher
Il va pas perdre furibond le Nord
De ce qui se passe crasse dehors
Gyrophares sales tronches déboulent
Sur elle ses petits chemins creux remplissent
De bétaillères encore et mouches saoules 
Dedans vendeurs d’enfants et de peaux réglisses
Des cités macquées matées barbelées
Filins plastiques pratiques pour t’empêcher
Interdit interdit de rentrer alors ?
Slam c’est un chat va pas laisser faire
Greffier des quartiers pelure courant d’air
S’ils veulent la guerre l’auront c’est d’accord
Avec le frangin Mozart qu’est crevé sans un
Leur faire la fête tambours trompettes hein !
Chez toi interdit marcher sur
Tes trottoirs tes parkings tes rues
Un camp militaire ils vont faire
De ta cité ça prend l’allure
Et son string nylon noir ils frôlent
Ses petits seins aux pointes nues
Tes doigts caressent son revolver
Détresse d’écume petit frère
Slam c’est un chat te file la recette

Faut inventer tamanoir les histoires
Tagger slamer rapper conter
N’ont pas les moyens de te les retirer
Le feu aux mots ! Les marchands de passoires
On les jette par-dessus l’épaule
Slam entame la quête muette pas bête
Du type qui avait la cervelle d’or
Se faufile d’aiguille en aiguille
Entre les bottes des braqueurs de billes
Y’a plein de héros morts dans les corridors
Aux trois billards on frotte les queues
Avec du savon noir ta vie c’est un jeu
Qu’on joue sans toi ici dans le trou va
La boule avec ton nom Slam à poil dehors
Pendant que le type sans cervelle meurt
Et sa bande de greffiers pas peur
Des flahs-ball boucliers miradors
Trop lourds trop forts trop lents trop durs
Slam c’est un chat Leur sautent à la figure
Et signent dans leur peau lisse et grasse
D’un coup de patte qui passe la trace
De la cité métisse matous peau réglisse
Le refrain qui n’a pas fini de les hanter
C’est Slam le chat clame la rumeur Enchantés !



















Monsieur Céline le chat de Louis vous salue bien...

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Lundi 2 juin 2008 1 02 /06 /Juin /2008 19:03

Peuple des géants et de colibris
Epinay, Dimanche, 1er juin 2008

 Nous avons tant voulu un autre chemin
Pour ce peuple de géants peuple palmiers à la grandeur
Misérable des forêts qu’on taille comme
Des crayons Qui broie son noir son bleu son rouge
Peuple baobabs toutes les couleurs vives sont en lui
Elles saignent des plaies d’écorce les copeaux
D’acier salent les blessures machinales les mains
Entaillées par les couteaux rognant la nacre
Se retrouvent paumes en l’air pour avaler la pluie
Au goût de mangue de suie de tôle au-dessus
Des cabanes Taxée comme l’eau des fleuves sacrifice
Hommes du Sud nous avons tant voulu la fraternité
Voraces les chaînes des tronçonneuses chantent haut
Mais plus haut le cri impatient des colibris frondeurs

Nous avons tant voulu un autre chemin
Pour ce peuple de géants aux splendeurs natales
Empêchés d’être les bûchers de sa colère
Peuple fromagers sourd aux sorciers des grands empires
Dessous l’arbre aux palabres le village entier Peuple
Qui a traversé les mangroves vieux buveurs de rhum
Tu déploies ta force écarlate dans la termitière
Multiples visages tournés vers nous de ta dignité
Peuple palétuviers aux pieds chaussés de pneus
Dans la boue l’air flamboyant peuple qui bouge
Est venu jusqu’ici couler la lave du volcan
Nommé asphalte béton laitier l’odeur acre
De sa sueur dérange celui qui ne connaît pas
La fleur phosphorescente de cacao qui pue
Dans ses flancs le colibri sait qu’il peut tranquille dormir

Nous avons tant voulu un autre chemin
Pour ce peuple de géants peuple eucalyptus surgissant
De l’onyx du cratère et des fumées de santal
Peuple épicéas insoumis et décimé
Résurgence des dieux arbres à la fureur première
Demeure des écureuils quand leur jeunesse au feux roux
Embrase les lunes fruits des grenadiers Peuple
Que l’amertume café noir sauve de l’arpenteur
C’est un vieillard maniaque il compte les hommes
De un jusqu’à dix avec un glaïeul de mer
Il compte la terre fertile que les artificiers
Allument sous tes pas peuple d’arbres tu es un passant
De l’Abyssinie à l’Arabie peuple au corps tatoué
De colibris tu n’as pas cessé de remplir nos greniers

Nous avons tant voulu un autre chemin
Pour toi peuple de géants langue feuille d’agave
Joli céladon gouttes de suc ta salive ruisselle
Au bord de tes déserts marbre broyé mica porphyre
Tu retiens dans ta chair nos rêves confisqués nos voyages
Nos tentes nomades qui pendent aux bats des chameaux gris
De sel Peuple sycomore nous avons tant voulu
Partager avec toi les ignames les bananes vertes
Le maïs grillé les mangues et chasser les esprits
Trois fois de tes maisons de terre apprendre de ta bouche
Ton histoire et tes contes Peuple d’araucarias
Accroupis dans tes fleuves où ruminent tes buffles blancs
Arracher aux pieds des palétuviers les huîtres silence
Et les perles paroles qui ont écrit ta servitude
Colibri crie plus haut que la chair déchirée de leur chant

Nous avons tant voulu un autre chemin
Pour toi peuple de géants de Harar à Aden
Nous enfants du Nord alors avides sur tes traces
Tes pieds de lapis-lazuli peuple tamariniers
Tes empreintes d’argent à notre errance offerte
Nous nous sommes racinés en toi nous avons fait branches
Nous avons fait feuilles nous avons fait vents et brumes
Dans ton corps sec Tu as salé de tes alizés
Légendes et palabres toi arbre à pain nos songes
Nous avons fait écorce à tes baobabs et leur creux
D’eaux qui montent à l’intérieur où tu as maison
De notre toison rouquine vêtu tes latitudes
Nous avons fait cueillette pour nous nourrir de toi
Nous avons fait tronc nous avons fait bois nous avons
Fait feu pour nous chauffer en toi tu nous as fait vie
Et sur le même chemin ensemble nous voici semant
Nos utopies Peuple de géants et de colibris.

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Lundi 26 mai 2008 1 26 /05 /Mai /2008 17:20

Comme vous l'avez remarqué le lundi c'est le jour des poèmes... et celui-ci je l'ai écrit fin du mois d'avril et puis je l'ai travaillé et retravaillé tout le mois de Mai avant de vous l'offrir juste maintenant vu que j'étais sûre qu'il se passerait rien de ce qu'on attend en ce joli mois de Mai 2008...
Alors pour qu'on continue à rêver et à lutter et à se révolter ensemble le voici...

Jeunes frangins de Mai
Epinay, mercredi, 29 avril 2008

Dans le bar “ A la lanterne ” comme autrefois
Rue de l’Ouest ce qui reste on s’assoit et on boit
Les Indiens nous offraient leurs plumes magnifiques
Parures mauve azur de ces jours héroïques
Compagnons de Mai notre monde était beau
Nous étions enfants frais comme des oiseaux
A l’aube jeunes guérilléros
Lorsque les villes deviennent roses
Endormis ensemble nichée de renards
On se secoue le poil brillant d’eau
Devant nous la rue nue aux yeux verts
Comme une môme aux petits seins offerts
Cette fois ils n’ont pas été en retard
Au rendez-vous Ils se sont levés leur rêve
Sur leur visage pas maquillé
Encore par la charrue de l’âge
Et l’envers du décor L’hiver dans le dos
Un vieil ouvrier fondeur de crépuscules
Assis à sa table y a l’histoire à faire
Maintenant que le temps c’est que du printemps
Quarante ans d’usine la bonne affaire
Ecrire le matin sur le soir qui recule

Dans le bar “ A la lanterne ” tous on revient
Oiseleurs écarlates on a peur de rien
Hier on forgeait d’enivrants bijoux d’aurore
Enfants anciens à la naissance météore
Compagnons de Mai notre monde était beau
Faut qu’il raconte sans sa bougie Pierrot
Il ne va pas laisser les blafards bouffons
Travestir leur vie de faux comme ils font
Dans la glace des bassins sceller leur feu
Sans chemise de nuit blanche et nue la lune
Sur les pages du cahier coule son lait bleu
Ce soir il tête gourmand sa frangine brune
Villon le buvait au ventre des pendus
Leur sperme a dessiné le ciel sur nos ardoises
Dans la bande des jeunes renards perdus
A l’écart des gibets il croquait des framboises
Il écrit la vie de ses vieux près du comptoir
L’école c’est loin le banc rugueux
Le casier l’encrier où la nuit s’égare
Les colles au coin les yeux en l’air
Dire un printemps tendre au désir des gueux
Ceux de la rue savent bien des choses
Sur l’acier ils en bavent pourtant ils posent
Aux chemins d’histoire la peau de leurs mains noires

Dans le bar “ A la lanterne ” on se ramène
Montreurs d’émeraudes sûr qu’on a pas la haine
Nos tribus attendaient aux portes du soleil
Que les vergers nous bombardent de fruits vermeils
Compagnons de Mai notre monde était beau
Il sort de sa musette éteint son mégot
Vieux renard à sa table il faut qu’il raconte
Pas laisser les autres inventer des contes
Trop voraces de vie les mômes d’hier
Quarante ans d’usine certains sont restés
Plantant là leur destin D’autres sont partis
Butiner joyeux O la terre entière
La nichée de jeunes combattants lointains
Lorsque les villes se sapent de bonté
S’éparpille dans la rue nue aux yeux verts
Du décor de l’envers peu sont revenus
Cavalier lunaire pour eux il écrit
Le paquet de gitanes brunes c’est clair
Avec lui il a rancart au petit matin
Pas demain qu’il s’en passe allumeur d’éclairs
Trop longtemps le sentier pointillé de rouge
Parmi tant de camarades inconnus
Il l’a pris à l’heure obscure où rien ne bouge
Et que de pourpre on maquillait demain

Dans le bar “ A la lanterne ” une cage ouverte
Danton le perroquet s’encanaille à tue-tête
“ Ça ira ça ira ça ira c’est la fête ! ”
Parure citron éclaboussée sept couleurs
A chaque table la sérénade est offerte
Compagnons de Mai notre monde était beau
On redonnait aux rois leur rang de nabots
Jeunes travailleurs jardiniers ou poètes
Ils avaient les paumes douces des dresseurs
D’oiseaux fous ensemble ils ont appris
La peine le mépris l’horloge qu’on guette
Voler le blé d’or au tamis pas vus pas pris
Purs passeurs d’ailes éveilleurs rebelles
D’utopies Anarchistes penseurs maudits
Hyppies Fumeurs d’opium ouvriers militants
Vieux communards l’espoir consume leurs drapeaux
Partageux de nos jours nous courions contents
Certains ont perdu à la chaîne leur peau
Et jamais ils n’ont été ce qu’on a dit
Assis à la table pour eux il écrit
Dans le bar “ A la lanterne ” le perroquet
Danton costume citron traite de laquais
Les aristocrates et la maréchaussée
Balance les pires jurons sans se lasser
Compagnons de Mai notre monde était beau
Nos vieux nous ont donné l’insouciance oiseaux
Leurs rêves c’était juste de voir la mer
Ouvriers paysans violente habitude
Des roses d’enfer au brasero qui dansent
Des songes flamboyants de brûlots amers
Ils ne se parlaient pas grave solitude
Et les jours de grève leur vidaient la panse
Quand le paquet de gitanes brunes circule
Des ouvriers aux philosophes bidons
La sale peur et l’ignorance reculent
Nos clopes frangines fument l’abandon
Bons voyous nos petits mégots l’hiver l’été
Bravaient les matons entre nos doigts cramés
Certains sont partis d’autres sont restés
Plus loin que notre rêve on s’est bien aimés
Maquignons du monde peuples à genoux
Commune misère qu’as-tu fait de nous ?

Dans le bar
“ A la lanterne ” comme autrefois

Nous les fils d’Indiens on s’étoile et on boit

Danton le perroquet frivole attend les rats

Qui finissent toujours par sortir  “ Ça ira ”

“ Ça ira ça ira ” jette ses sept couleurs

Dans le combat des fous pour l’idéal bonheur

Aujourd’hui le monde est devenu vieux

Demeure la ronde des matins radieux

Tatoués de poèmes et de soleils levants

Dans le bistrot “ A la lanterne ” nous voilà

Princes des usines aux doigts effacés

Fils d’Indiens oiseleurs nous repassons par là

De cet azur nous ne serons jamais lassés

Assis près de nous gribouille l’ami Pierrot

Sans âge sa vie en minuscules bleues

Généreux l’héritage se fout des héros

Il a semé des hommes voleurs de feu

Commune misère plus rien ne nous sépare

Le train plein de renards vient d’entrer en gare

Sur les trottoirs s’en vont rallumer les mégots

Jeunes frangins de Mai le monde sera beau.

 

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