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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Jeudi 13 octobre 2005 4 13 /10 /Oct /2005 00:00
Jeudi, 12 octobre 2005
 
Journal d’une fille de banlieue suite
Des poupées et des anges 2
 
      Dialogue à partir du livre Des poupées et des anges, de Nora Hamdi Ed. Au Diable Vauvert 2004
 
        Ici le thème abordé est très différent de ce qu’on a pu lire dans Dans l’enfer des tournantes de Samira Belli ou bien dans La noce des fous de Mounsi, deux des principaux livres qui ces dernières années racontent avec un minimum de vérité et de poésie « l’enfer des périphéries », sur deux registres presque opposés mais où on retrouve la mise en question du lieu et d’une certaine société traçant une frontière rouge barbelée entre les « gens des banlieues et les autres ».
 
       L’histoire de Chirine et de Lya s’inscrit dans le domaine de l’intimité, du cercle familial et de ceux qui en sont très proches au point d’y entrer par une sorte d’imprégnation émotive et sensible.
Le récit se déroule grâce au regard que chacune d’elle porte sur son existence de l’intérieur sans psychodrame exagéré, sans violence complaisamment décrite, et avec pourtant une lucidité qui le rend passionnant en ce qu’il offre des pistes nouvelles afin de comprendre l’aventure qu’ont à vivre au quotidien les jeunes filles des cités.
Pour Chirine l’aînée dont la beauté joue le premier rôle « … sur son passage, les yeux baissés n’existaient plus… » une seule impression : « elle trouve le temps, l’ambiance de son décor, moches, dégueulasses, crades. Rideaux. Fermer tout ça. Etre ailleurs… »
     
        Inventer à n’importe quel prix le chemin pour sortir de là, le chemin chic qui mène aux mondes ambitieux de la mode, de la publicité, monde fric et choc qui fascine forcément quand on vit dans un block de banlieue et qu’on a un corps de fille.
Cors à vendre, à monnayer en échange de… corps qui est un produit mettant en valeur d’autres produits sur la chaîne du tout consommable qui ne s’arrête jamais de tourner.
      Chirine par l’intermédiaire d’Alex qui « l’a remarquée, l’a accostée, lui a dit qu’il était agent… », saura s’intégrer au système qui fabrique et qui vend, même si celui-ci au départ semble extérieur, ce qui prouve combien il ne l’est pas et combien également les marges servent à consolider une cohésion sociale dont la violence est très équitablement distribuée.
 
       Pour Lya sans cesse en révolte et silence, marquant le pas de tous les refus, et essentiellement celui de plaire, le choix est inverse et son excès même renvoie à celui de Chirine qui pose déjà la question d’un moyen terme possible dans un contexte où les choses sont données comme insupportables au départ. Lya qui tient tête au père sans lui faire face directement « … hors de moi, je toise mon père bien comme il faut et je trace dans ma chambre… » est passionnée de taekwondo et dont les deux amies Marie et Wanessa sont aussi des rebelles, ne pose pas la question de la façon dont le fait Chirine : quel moyen pour partir de là quel que soit le prix à payer ?
      Pour elle, vivre dans la cité c’est se coltiner les autres, les regarder et peut-être les aimer. C’est en tout cas l’envie de savoir ce que ça signifie être là aujourd’hui, et d’expérimenter tout ce qui peut être passionnant hors du milieu familial où l’ambiance semble plutôt glauque. D’abord l’amitié avec les filles, cet échange complice qui va permettre à chacune des trois de trouver une piste pour un avenir possible dans un lieu où il faut constamment traquer et inventer son quotidien.
 
      « Marie est blonde, coiffée comme la princesse Leïla de La Guerre des étoiles, jupe courte et jeans, baskets, socquettes blanches les mains dans les poches et les yeux rieurs, elle m’attend. Je me jette dans ses bras. (…)
      Derrière, Wanessa arrive en courant. Avec ses cheveux tirés en arrière, sa peau ébène et ses jolis yeux en amande, on croirait qu’elle vient de traverser le désert pour échouer dans la ville. Elle saute sur le dos de Marie, la serre dans ses bras. Puis, le sourire ravageur, la dévisage. « T’es là pour tout le temps ? » Marie renifle, sourire en coin : « Normalement ouais, si personne m’énerve… » Des poupées et des anges
 
      Et voici ce qu’en dit Nora : « Mon roman est un questionnement sur la situation, la position au sein de la famille. C’est le point de départ dans la vie, l’endroit dans lequel nous allons être moulés. Les premières figures et images masculines ezt féminines que l’on découvre sont celles de la mère et du père. Les premières années, on les imite, on apprend la vie, et c’est en les voyant se contredire qu’on va se construire pour trouver sa place.
Par la suite, les autres exemples de notre entourage vont nous faire réfléchir sur ce que nous voulons, chercher en permanence notre position celle que nous souhaitons, que nous désirons. L’apprentissage de la vie quand on est une fille dans ce monde où la femme n’est pas totalement entendue et respectée tant pour ses désirs sexuels qu’intellectuels n’est pas encore arrivé. Dans la société, l’égalité entre homme et femme n’est pas prise en considération. »
 
      A la comparaison entre le personnage de Chirine et ce qu’a pu vivre Samira Bellil et qu’elle raconte dans Dans l’enfer des tournantes, voici ce que Nora répond : « C’est à force de nous montrer l’image d’une fille qui se prostitue à cause d’un contexte familial difficile que l’on croit que c’est la seule raison pour laquelle ce genre de situation existe. Dans mon roman, c’est une certaine mentalité de la femme-objet qui conduit à cette forme de prostitution subtile.
Ce ne sont pas les femmes qui décident de leur sexualité et ça se passe aussi bien dans des milieux bourgeois. C’est toute la différence et le contraire, que je démontre, entre le très déchirant livre témoignage de Samira Bellil et le mien. Le lien qu’on peut trouver entre elle et moi, c’est que nous sommes de la même génération, françaises d’origine algériennes et que nous parlons de sujets encore tabous.
Dans mon roman, Des poupées et des anges, le personnage de Chirine donne l’impression qu’elle maîtrise son corps, ne se sent pas victime. Dans les milieux riches c’est très présent. La différence, c’est que sur le sujet c’est le silence radio car on achète la parole très cher, donc forcément, peu de personnes sont au courant. C’est souvent que l’on rencontre des gamines à qui l’on fait croire que ce qu’elles font n’est pas de la prostitution, on normalise l’acte, on leur fait croire qu’elles décident elles-mêmes, croire qu’elles sont modernes, avec tout de même, comme toujours cette carotte, cette contrepartie de l’argent ou d’une position qu’elles pourraient acquérir, comme c’est le cas dans mon livre. »
 
A suivre…
 
Livres cités : Dans l’enfer des tournantes, Samira Bellil Ed. Denoël, 2003
                    La noce des fous, Mounsi Ed. Stock, 1990
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Journal d'une fille de banlieue
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Mercredi 12 octobre 2005 3 12 /10 /Oct /2005 00:00

La Route des Gardes


Samedi, 3 septembre 2005

A Louis

A Louis-Ferdinand Céline


En montant par la Route des Gardes
Il y avait un diable malin
Qui nous souriait par mégarde
Assis sur le bord du chemin

                                                     Nous étions saouls et il faisait chaud
                                              Nous avions des cailloux dans les poches 
                                                              C’était un jour d’été très beau
                                                    Mais comme une tombe c’est moche !

En montant tu serrais fort mes doigts
Les autos nous frôlaient le goudron
Fondait Nous on ne savait pas
Que les yeux des morts sont tous ronds

                                                                 Nous on avait le goût d’océan
                                                   Doux salé sur les lèvres tout comme
                                                                Ont le lait les petits enfants
                                                          Et des navires pour nos pommes

De Saint-Malo à Meudon y a
Qu’un pas La Route des Gardes fait
De l’œil à la Seine qui va
Le long des péniches c’est gai !

                                                                 En l’air il court le funiculaire
                                                               Et les petits sentiers avec lui
                                                                      Une gare la bonne affaire
                                                                  Tu me dis viens c’est par ici

En montant par la Route des Gardes
Il n’y avait qu’un diable malin
Pour nous renseigner par mégarde
Et nous offrir un peu de vin




Ce qu’on cherche on ne le sait plus bien
Une maison peut-être un navire
Fantôme aux trois mats qui devient
La péniche des morts C’est dire !

                                                               La côte est rude comme la vie
                                                  Tendre ton bras me tient je te serre
                                                                  Dans nos poches des poésies
                                                          Evadées grâce aux vents de mer

Pirates on se perd dans les rues
Alors avec nos langues on lèche
Des affiches où d’autres tuent
Nos rêves verts Vagues Nos dèches

                                                            L’océan vient le sacré prophète
                                                         Nous tirer fous de ce mauvais pas
                                                      Les morts nous font perdre la tête 
                                              Leurs yeux sont ronds et ceux des chats

En montant par la Route des Gardes
Y avait là un diable malin
Un vieillard dressé par mégarde
Qui nous a montré le chemin

                                                         Il allait par le Sentier des Bœufs
                                                      Avec un chien très noir tout en bas
                                                             Soigner encore Oh ! qu’il en veut
                                                                Rejoindre les dieux d’au-delà

L’Ile Seguin Et les hommes veufs
De leur vie ils ne le savent pas
Juste à côté le charme neuf
Des amours qui leur tend les bras

                                                            Quand on a trouvé le cimetière
                                                Les cailloux ont dansé dans nos poches 
                                                             Nos mains nouées cette galère 
Tout qui frémit à notre approche


 

 

 

 

C’est beau C'est beau la vue bleue sur l’autre rive
On ne sait où nos pierres qu’on pose
Y’a un grand navire S’esquive
Enfin le granit quelque chose

En descendant la Route des Gardes
Y a soudain un diable malin
Et il nous a pris par mégarde
A tous les deux farceur la main

On   

  

                                                             

                                                             

                                                           On était tristes on avait soif     
                                                  Tant de silence après tant de mots 
                                            Tant de haine Pas d’épitaphe      
      

Légère comme un jeune oiseau

Le bonhomme qui nous regardait
Bleus ses yeux au creux de sa carcasse
Vers sa péniche il nous menait
La Seine au Haut-Meudon qui passe !

                                             Nous on se serrait bien fort les doigts      
                                        Oh ! Partout c’est si plein d’herbes folles
                                                  Les chiens le perroquet les chats
                                                                Sûr qu’on rêve lui il rigole

                                                     Oh ! Les fillettes du cours de danse
                                                              Avec leurs robes de papillons
                                                      Leurs cuisses nues qui mal y pense
                                                               De la joie plein en tourbillons

En descendant la Route des Gardes
Tous les deux enlacés nous on sait
La vie habite par mégarde
Chez ce vieux diable pour jamais.

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Mercredi 12 octobre 2005 3 12 /10 /Oct /2005 00:00
Mardi, 11 octobre 2005
 
Journal d’une fille de banlieue suite
C’était un beau jour d’été
 
 
        Jeudi, 18 août 2005
C’était un
beau jour d’été.
      C’était un beau jour d’été qu’on a entrepris notre voyage au cimetière du Haut-Meudon sans rien savoir de cette banlieue-là drôlement plus chic que la nôtre sans doute mais petite campagne aussi d’après ce qu’en raconte Céline surtout dans D’un château l’autre où on est plongés au cœur de l’atmosphère des lieux comme si on n’devait pas ignorer ça.
      C’était un beau jour d’été… et on n’pouvait pas faire une chose si terrible l’ami Louis et moi vu qu’on a la même horreur des cimetières dans une saison qui ne nous aurait pas donné toute sa chair pour se nourrir sur le chemin vous comprenez ?…
       C’était un beau jour d’été pour rendre visite à Céline au cimetière du Haut-Meudon avec quatre cailloux ronds et doux d’océan au fond des poches. Quatre cailloux d’océan roses et gris que le sable nous a donnés pour les poser dans la main de l’homme qui écrit… et qui écrit encore bien plus loin que sa mort… Bien plus loin que la mort.
      Des cailloux ronds et doux que l’océan neige sur nous et la coque de notre beau navire dévasté.
      Neige sur nous et nos pieds nus au milieu de la baie effarée de Saint-Malo née de deux poignées de sel jetées là et qui n’attend rien de personne.
C’était un beau jour d’été… et les cailloux ne pesaient pas lourd au fond des poches de nos jeans quand on a débarqué à la gare du Haut-Meudon en se tenant fort par la main comme deux enfants.
Le soleil nous léchait gentil les oreilles et on marchait un peu vers le cœur de la ville par ses petits chemins tapissés de goudron et de laine aussi. Pfuitt… pfuitt… vous entendez ?
      La laine rêche et tendre des mots de Céline ses explosions galactiques sur feuillets quadrillés anciens de la délicate sauvagerie qu’on connaît.
      C’était un beau jour d’été… et Meudon je n’sais pas si vous connaissez mais c’est un endroit bourré d’étrangetés et de féeries. D’abord y a la Seine tout en bas et son vieux sentier de halage et malgré la folie des automobiles vroum ! broum ! vroum ! qui vous passent et qu’on se sent presque peau de chat étendue sur macadam city blues c’est un coin à pas laisser de côté à cause des péniches.
Les péniches elles font château hanté en dedans de la végétation et des eaux vertes qui les tiennent par en dessous et leurs boîtes à lettres tôles de conserves et bouts de planches rafistolées ficelles vous mettent au parfum.
      Vroum ! broum ! vroum ! y a bien des gens qui habitent là !
      C’était un beau jour d’été… Bon mais j’exagère… quand on a débarqué l’ami Louis et moi à la gare du Haut-Meudon les gourmandises cachées de c’coin de la banlieue tout en bas entre les boucles de la Seine qui faisaient de Céline le grand aventurier de tous les ports… Londres… New York… Saint-Malo… un flibustier qui pouvait pas s’empêcher de cavaler descendre sautiller par les sentiers de Meudon pour s’en aller soigner sa vieille patiente Madame Niçois boitillant gidollant à travers la nuit rousse du début de l’hiver… vroum ! broum ! tagadaboum ! … ah ! oui j’exagère parce que tout ça pour de vrai on le connaissait pas.
      Nous on revenait juste de l’océan par des sentiers de mures où on peut se balader quand on a pas les sous qu’il faut pour s’enfourner au milieu des cavalcades automobiles dans le sillage d’odeurs à pas tenir et des bruits qui hurlent au fond du tunnel d’nos oreilles vroum ! broum ! vroum ! vous entendez ?
      C’était comme ça sûr que Céline il les entendait aussi avec les sifflements crachements que ça voulait pas le lâcher alors il descendait par le Sentier des Bœufs et il l’avait lui tout comme nous la mirifique incroyable coulée jusqu’au Pont Mirabeau qui tend gris son dos de chat là-dessus.
       C’était un beau jour d’été… et on revenait de l’océan météorite émeraude mouvante tombée en plein dans les sables qui n’pouvaient pas le contenir. Alors ça débordait et on en avait plein nos marmites de rêves de son écume sur nous.
      Galactique aussi l’océan qui crépitait turquoise parfois et à Saint-Malo ramasser les galets roses et gris qu’il avait largués là pour nous vu que Céline il y venait souvent et qu’il aimait bien on y était venus par hasard.
       Par hasard on avait débarqué à la gare du Haut-Meudon en se tenant bien fort la main et ce qu’on avait vu tout de suite sortant le nez au vent à flairer les odeurs du lieu qu’on n’connaît pas comme les animaux sauvages pour apprivoiser les alentours c’est que Céline avait rien exagéré … ici partout ça monte vers des hauteurs qui devaient pas fort attirer la clientèle.
      C’était un jour d’été très beau et nos paumes étaient mouillées de sueur et nos pas réunis comme sur le sable où on avait marché longtemps au bord de l’océan installé là météorite émeraude laissaient des traces de peine légère sur macadam city blues avec l’odeur salée et le bruit des petites vagues copines dans la tête … vlouf ! vlouf ! vlouf !
 
      C’était un jour d’été et on marchait marchait l’ami Louis et moi dans de la peau épaisse de silence pareil que sur le corps d’un chat mort mais alors on ne l’avait pas encore découverte tourbillons et raidillons planqués sous des allures trottoirs ordinaires bien comme il faut mais quand même on se doutait… non… on n’l’avait pas encore dénichée le Route des Gardes avec le funiculaire de l’autre côté de la tranchée automobile vroum ! broum ! vroum ! qui montait vers le cimetière du Haut-Meudon où un grand navire de granit gris nous attendait.
A suivre...
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Journal d'une fille de banlieue
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Lundi 10 octobre 2005 1 10 /10 /Oct /2005 00:00
Jeudi, 5 octobre 2005
 
Journal d’une fille de banlieue suite…
 
Une fille qui écrit sans papier
       
     Gare du Nord vous connaissez ?
 
     … Je voudrais vous entretenir ici de cette histoire dont le museau grogne en soufflant avec des vibrations de partout comme une grosse locomotive à vapeur…
 
      Gare du Nord vous connaissez ?
      Un lieu de passage vers tous les horizons de macadam city blues quand n’importe quel animal des brousses et de la savane rouge trop rouge qui fait aux troupeaux de rats anthracites des moustaches incandescentes est rentré dans un trou profond profond…
      Et même la bande rebelle des éléphants blancs qui fait partie de nos totems familiers est plus là pour s’occuper si on a la possibilité d’où crécher le soir l’moment fatidique et grave d’angoisse où les lucioles d’électricité s’allument chez les autres.
 
      Gare du Nord.
      Sous la verrière ça s’écoule blues blues toujours et en dedans pas de becs de gaz pour mettre de bonne humeur les abonnés du trottoir macadam qui vont s’la passer dehors la nuit parce qu’à l’intérieur du hall courants d’air et galipettes d’écureuils y a un moment où ça ferme forcément.
 
      Gare du Nord vous connaissez ?
      Pour sûr que c’est pas là qu’elle dort la nuit vu qu’la nuit y vaut mieux s’dénicher un coin sans les lucioles d’électricité… un coin où personne y peut v’nir voir.
      Non… c’est pas là la nuit… mais l’jour oui quand elle écrit pas avec les craies d’couleurs d’la boîte piquée chouravée aux étalages pas méfiants d’la papeterie qu’est pas loin sur l’Boulevard… les craies d’couleurs c’est joli… ça lui rappelle quelque chose mais ça a trop du mal à r’monter dans les tournicotons d’son cerveau plein d’brume…
 
      Gare du Nord vous connaissez ?
      Ouais… alors j’vous disais quand elle écrit pas dans l’coin là à l’entrée où les vigiles bleu-noir avec leurs chiens noir-noir d’ennui la laissent faire vu qu’c’est plus dans l’enceint de la Gare com’ils disent ou qu’elle prépare pas à grailler un’ p’tit’ marmite sur le réchaud buta que les types d’la SAMSOC lui ont r’filé pour le chien Sentinelle et pour sa pomme avec c’qu’y a dans la boît’ de conserv’ quand y en a… elle dort l’hiver qui arrive souvent et les autr’ saisons aussi sous la bâche plastique verte d’armée qu’est très bien pour la pluie.
      Et le chien Sentinelle il monte la garde sur le fourbi vu qu’Sentinelle com’ son nom l’indique y n’dort que d’un œil. Dehors là… dans macadam city blues le chien Sentinelle et elle ils sont les rois du monde… y’ pas à dire.
Gare du Nord
      Quand les gens déboulent de la banlieue Nord toujours plus vers le Nord… Epinay… Saint-Denis… Ermont… Pontoise… des bleds qui vous donnent l’envie d’être un train de ligne comme disait mon grand-père le cheminot pendant des années sur le réseau du Nord… vous savez un de ces trains qui ont le museau de la motrice pointu argenté pareil à l’étrave d’un grand navire et pareil à celui des rats anthracite… le museau…
      Oui c’est ça… un train de ligne avec le corps tout rond d’acier s’enfonçant au creux de la nuit effarée semblable aux oiseaux nickel polis de Brancusi le sculpteur d’oiseaux.
Un train de ligne qui ne s’arrête nulle part et qui emporte avec lui dans tous ses estomacs de wagons liés au même sort des gens inconnus à travers les Gares obscures des grandes cités endormies.
Oui c’est ça… être un train de ligne elle en a toujours rêvé et crever de plein fouet à l’aube la peau ocre rouge de la savane endormie juste avant que les troupeaux d’éléphants blancs entrent dans les petits lagons vert jade où ils s’arrosent de boue rose pour se laver.
 
      Gare du Nord.
      Quand les gens déboulent de la banlieue où on se grise d’odeurs café-crème et pains chauds qui font déjà du bien entre les doigts si on les serre un peu le matin quand on est encore gros plein de sommeil… Gare du Nord quand ils déboulent par le dernier train de nuit les gens c’est sur les bandes de rats anthracite gentils qu’ils marcheraient tant ils sont là comme des gardiens tranquilles des lieux juste avant que les derniers militaires, mitraillette bandée vert de gris aient fichu le camp. Les rats…
 
      Gare du Nord vous connaissez ?
      Elle ne sait pas trop comment elle a atterri là pour commencer sur macadam city blues Marion avec le chien Sentinelle … la musette et la bâche militaire pour la pluie c’est drôl’ment bien mais le froid alors … Y faudrait une couverture et ça c’est pas gagné… P’t’être que les types du SAMSOC des fois…
      Le SAMSOC c’est l’camion de ceux qui s’occupent des gens dehors du cricuit… dehors d’la vie… dehors de tout comme eux quoi… mais eux c’est d’accord. Sentinelle et elle ils en avaient pour le dire fini d’la mauvaise compagnie et du bocal où on mijote famille et ouistitis…
Ouais c’est ça … Marion et Sentinelle ils en avaient eu mare un d’ces jours du strapontin dans l’appart débordé où c’était quand même chez eux… et voilà… Clic-clac ! C’est l’bruit exact qu’il avait fait l’strapontin en s’repliant et en les laissant partir sans un regret pour sûr…
 
      Gare du Nord Gare du Nord… toujours plus vers le Nord dans la banlieue sur macadam city blues vous connaissez ?
A SUIVRE…
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Journal d'une fille de banlieue
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Samedi 8 octobre 2005 6 08 /10 /Oct /2005 00:00

Mardi, 30 août 2005

Les Diables bleus suite

Entre deux aubes se trémoussent

Des nights cocktails de vers luisants

Et des canotiers reluisants

Refriment en bleu les frimousses

Car lorsque je commence à croire

Les plumes de mon édredon

Qui me racontent des histoires

Il est tro tard crie le clairon

C'est un songe un baiser d'abeilles

Quelque vieux manuscrit recelle

Les clefs des mots rois du sommeil

Qui nous font les portiers du ciel

Chauves-souris colliers de lune

Qui sait pourquoi leurs ballets fols

Danses d'Indiens Douce infortune

Les plumes prennent leur envol

J'écris pour retarder l'instant

Où les diables bleus appareillent

Pirates tuant les réveils

D'un trait de plume enfin content.

Et sur leurs pas de       plumes lègères nos rêves esquissent des pas de danse fière qui une nuit bleue de la banlieue finiront par faire la fête aux anciens dieux at aux prophètes et de grands feux d'outrages et de cartons qui sans fin nous réchaufferont...         

Vous comprenez ?

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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