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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Colères noires

Jeudi 22 juillet 2010 4 22 /07 /Juil /2010 23:51

Cet article a été publié sur le site : www.info-palestine.net


Suspendre la coopération avec l’armée israélienne ! Boycott Israel

Jeudi 22 juillet 2010

 

Communiqué de l’AFPS

 

Comment est-il possible d’envisager sérieusement une coopération militaire avec les forces armées d’un État occupant ?

 

Association-France-Palestine.jpg Le chef d’état-major d’Israël, Gaby Ashkénazy, effectue depuis lundi 19 juillet, une tournée officielle de cinq jours en Italie et France. Au programme : l’intensification de la coopération entre les forces armées à propos du terrorisme, du combat urbain, la question de l’Iran, etc. À Paris, le chef d’état-major de l’armée israélienne doit rencontrer son homologue, l’amiral Édouard Guyot et le chef de l’état-major particulier de l’Élysée, le général Benoît Puga. Une visite placée sous le signe de la discrétion car, à notre connaissance, aucun point presse n’est organisé par le service d’information du ministère de la défense à l’occasion de ce déplacement...

Une telle rencontre, quelques mois après la publication du rapport Goldstone et quelques semaines après l’assaut israélien meurtrier contre la “ Flottille de la liberté ”, choque les citoyens épris de paix et de droit.

 

La coopération stratégique qui se développe permet, d’une part, à Israël de renforcer son “ système de guerre ” contre les Palestiniens, de prétendre le légitimer et, d’autre part, elle aide la France à perfectionner son propre système répressif à l’extérieur comme à l’intérieur du territoire. En effet, comme l’avait révélé récemment un hebdomadaire [1], des militaires français devraient bientôt aller s’entraîner en Israël aux combats en zone habitée.

Comment est-il possible d’envisager sérieusement une coopération militaire avec les forces armées d’un État occupant ? Faut-il y voir le reflet d’une vision du monde suicidaire qui aurait cours dans les hautes sphères de notre pays reprenant le concept bushien de “ guerre des civilisations ” ?

 

Quand on sait que pour les dirigeants d’Israël, le terme de “ terrorisme ” désigne toute forme de résistance - y compris non-violente - palestinienne, la question se pose sur les enjeux du renforcement de cette coopération militaire et qualifiée de “ sécuritaire ” avec l’État d’Israël. Ne relève-t-elle pas d’une complicité objective avec tous les actions conduites par Israël au mépris du respect du droit international, comme récemment vis-à-vis de la “ flottille de la liberté ” ? Ne vient-elle pas en totale contradiction avec la volonté affichée de la France de parvenir à un règlement du conflit israélo-palestinien ?

 

Un renforcement de la coopération qui, de plus, se fait sans consultation du P Enfants-resistance.jpg arlement ni aucun débat démocratique.

 

L’AFPS demande la suspension de la coopération militaire et dite “ sécuritaire ” avec l’État d’Israël tant que ce dernier ne se conformera pas aux résolutions des Nations unies et refusera de s’engager réellement dans la voie d’un véritable règlement du conflit.

 

[1] le Canard enchaîné, 2 juin 2010

 

A Paris le 21 juillet 2010

AFPS

Publié dans : Colères noires
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Samedi 26 juin 2010 6 26 /06 /Juin /2010 12:04

 

Ces deux articles sont publiés sur le site du journal LE MONDE

 

      Voici une vraiment excellente et magnifique new du jour pour nos poteaux de La Rumeur qu'on a toujours soutenu ici et pour la créativité libre qui en a bien besoin ! Que nos textes ne puissent pas être censurés et que ça soit une décision de justice concernant ces Rappeurs ça nous concerne tous... Le Roi est peut-être déjà mort...

      Quant au second article il fait suite sans commentaires à la phrase de Hamé pour laquelle on a voulu le faire condamner : “ les rapports du ministère de l'intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu'aucun des assassins n'ait été inquiété ”.

      Cet homme Monsieur Ali Ziri un vieil ouvrier immigré algérien comme y en a tant dans nos banlieues n'a pas eu le temps de prendre sa retraite lui... Il a été tabassé et tué à Argenteuil juste à côté de notre Cité d'Orgemont à Epinay et là on n'aura sans doute pas de reconstitution massive avec boûclage du quartier m'est avis... hein ?

La paix sur lui...

 

Le rappeur Hamé relaxé, fin d'un long combat judiciaire

LE MONDE.FR  25.06.10


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  AFP/MARTIN BUREAU

L'un des membres du groupe de rap La Rumeur, Hamé, lors d'un concert à Paris en mars 2004.

 

C'est un feuilleton judiciaire long de huit ans qui a pris fin vendredi 25 juin devant la Cour de cassation. Le rappeur Mohamed Bourokba, dit Hamé, du groupe La Rumeur a été définitivement relaxé. Il était poursuivi par le ministère de l'intérieur pour diffamation envers la police nationale pour des propos tenus en 2002.

 

Entre les deux tours de la campagne présidentielle, en 2002, Hamé a publié un texte intitulé Insécurité sous la plume d’un barbare dans un fanzine qui accompagne la sortie du premier album de son groupe. Dans l'article mis en cause, il écrit notamment que “ les rapports du ministère de l'intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu'aucun des assassins n'ait été inquiété ”. Ou que “ vivre aujourd'hui dans nos quartiers c'est avoir plus de chance de vivre des situations d'abandon économique, de fragilisation psychologique, de discrimination à l'embauche, de précarité du logement, d'humiliations policières régulières ”.

 

Hamé a été relaxé deux fois, en 2004 en première instance et en 2006 en appel, avant que la Cour de cassation ne casse ce dernier arrêt et renvoie le chanteur devant la cour d'appel de Versailles. En septembre 2008, cette dernière prononce une nouvelle relaxe. Le ministère public se pourvoit à nouveau en cassation. En vain.

 

En 2004, Hamé avait expliqué n'avoir pas voulu “ faire de la police un bouc émissaire ”. “ Je dis juste qu'elle est l'un des éléments parmi d'autres qui empoisonnent la vie des quartiers populaires ”, avait-il dit dans une salle d'audience comble, soulignant que la “ question des violences policières ” devait être abordée. Une ligne de défense dont il usera tout au long de ses passages devant les tribunaux ; une ligne de défense qui a convaincu les magistrats.

 

La Cour de cassation a en effet estimé que “ la cour d'appel de Versailles a déduit à bon droit que ces écrits, s'ils revêtaient un caractère injurieux, ne constituaient pas le délit de diffamation envers une administration publique ”. Fin du feuilleton judiciaire que le chanteur, interrogé par le site Rue89, interprète comme “ une gifle monumentale pour Sarkoland ”.

 

Pour en savoir plus :

 

– Les premières étapes de l'affaire expliquées par l'entourage du rappeur ( pdf )

 

Le Monde.fr

 

25 juin 2010  LE MONDE    BLOG LE VEILLEUR DU JOUR

 

Mort d’Ali Ziri : la thèse de la bavure policière se précise

  Ali-Ziri.jpg

Le 9 juin 2009, Ali Ziri un Algérien âgé de 69 ans, se trouvait à bord d’un véhicule conduit par son ami Arezki Kerfali, 61 ans, quand tous deux ont été arrêtés, sortis de la voiture, menottés, et, à en croire le témoignage de ce dernier, frappés. D’après lui, ce sont ces coups qui sont à l’origine de la mort de son ami Ali Ziri, décédé un peu plus tard à l’hôpital. L’enquête avait dans un premier temps été confiée au commissariat d’Argenteuil où exercent les policiers mis en cause par ce récit, et une première autopsie avait écarté tout décès consécutif à un traumatisme ( Le Parisien ). Le 24 juin à Argenteuil, une marche pacifique devait réunir plus d’un millier de personnes.

 

A l’époque, le parquet n’avait pas souhaité donner suite à cette affaire, puisqu’il n’y avait  “ pas de suspicion de bavure ”. Selon le procureur adjoint, “ l’autopsie de Monsieur Ali Ziri exclut que la cause du décès puisse résulter d’un traumatisme, et conclut qu’elle est due au mauvais état de son cœur ”. (Le Nouvel Observateur ). Lire également l’article de Luc Bronner dans Le Monde du 12 septembre “ Itinéraire d’un vieil immigré algérien, mort après une interpellation musclée ”.

 

Marine Vlahovic révèle aujourd’hui sur France Info qu’un rapport “ accablant ” de la commission nationale de déontologie de la sécurité relance la thèse de la bavure policière.

 

L’explication de première autopsie ( crise cardiaque due à une forte alcoolémie ) est mise à mal par une autre expertise. Les médecins, qui ont de nouveau examiné le corps du retraité, découvrent de nombreux hématomes. 27 au total recensés sur le corps d’Ali Ziri. Certains sont très importants. Certains parlent déjà de bavure policière.

 

Cette hypothèse est renforcée par un rapport de la commission nationale de déontologie de sécurité. Selon ce rapport, le traitement reçu par Ali Ziri après son arrestation a été particulièrement violent. Les images de vidéo surveillance le montrent. On y voit en effet Ali Ziri être expulsé du véhicule de police, jeté au sol, menotté, allongé par terre la tête dans le vomi.

 

La commission nationale de déontologie réclame des sanctions contre les policiers visibles sur la vidéo. L’instruction du dossier Ali Ziri est toujours en cours. Arezki Kerfali doit quant à lui comparaître devant le tribunal en 2011 pour outrage à agent.

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Mardi 22 juin 2010 2 22 /06 /Juin /2010 23:42

 

Cet article est publié sur le site : www.info-palestine.net

 

Aux USA, le défi juif au sionisme prend de l’ampleur Boycott Israel

Mercredi 16 juin 2010

 

G. Ash, E. Katz Kashawi, M. Levy, S. Kershnar

 

 

Les 19 et 22 juin, juste avant le Forum social US, les juifs d’Amérique du nord se rassembleront à Detroit pour défier le racisme, le colonialisme et l’impérialisme ; d’abord et avant tout, en participant à la lutte pour vaincre le sionisme et décoloniser la Palestine. L’Assemblée des juifs états-uniens 2010, “ S’opposer au racisme et à l’apartheid israélien ”, tombe à un moment où il y a grande urgence à construire sur les récents succès du mouvement de solidarité avec la Palestine, et où les entreprises et le gouvernement des Etats-Unis continuent de commettre de graves injustices en Palestine - sans parler de celles dans leur propres communautés.

 

L’Organisation sioniste mondiale

 

Ce rassemblement a lieu juste à la suite du 36è Congrès de l’organisation sioniste mondiale ( OSM ) qui se tient à Jérusalem la même semaine. L’OSM a été fondée en 1897, au 1er Congrès sioniste, pour servir d’organisation chapeautant le mouvement sioniste. A leur prochain rassemblement, le Congrès va sans aucun doute réaffirmer et recentrer ses stratégies pour défendre la légitimité d’Israël contre les condamnations grandissantes, les tentatives pour rendre Israël responsable de ses crimes de guerre et empêcher le succès du mouvement de boycotts, désinvestissements et sanctions.

L’OSM est à la fois un symbole et une institution fondatrice de la pensée et de l’action politiques sionistes qui nous ont conduits au moment historique d’aujourd’hui. On retrouve une illustration de cette désastreuse trajectoire dans les communiqués de presse de l’OSM publiés lors de l’invasion de la bande de Gaza par Israël, pendant l’hiver 2008/2009. Par exemple, le 12 janvier 2009, quand la plupart des actes horribles de massacre sont déjà portés à la connaissance du public, l’OSM s’oppose à la résolution 1860 du Conseil de sécurité des Nations-Unies qui appelle à un cessez-le-feu immédiat, la qualifiant d’“ anti-Israël ” et la critiquant pour ne pas demander une “ assistance humanitaire ” pour Israël. De nombreuses organisations sionistes influentes se sont fait l’écho des mêmes positions, tandis que des organisations sionistes “ plus modérées ” bavassaient et cafouillaient. A lire leurs justifications, leurs soutiens et même leurs encouragements à ces crimes inqualifiables, il est pénible d’imaginer qu’un cœur qui bat puisse avoir été relié à la main qui les a écrits.

De même, le 31 mai de cette année, un effort monumental pour briser le siège illégal et paralysant de la bande de Gaza a été torpillé par le gouvernement israélien. Une flottille de six navires, avec 700 militants de la paix et de la solidarité, venant de plus de 40 pays, apportant 10 000 tonnes d’aides humanitaires, a été agressée par la marine israélienne qui en a pris le contrôle, tuant et blessant des militants sur un navire battant pavillon turc et ce, dans les eaux internationales. L’inhumanité et l’illégalité de ces actes sont indéniables, et elles le sont de plus en plus aux yeux de l’opinion publique. Il monte une prise de conscience partout dans le monde tant de la faillite morale et politique d’Israël, que de l’autoritarisme, de la violence et du fanatisme pharisaïque des autorités israéliennes et de parties de plus en plus grandes de l’opinion israélienne.

 

La lutte contre le sionisme Juifs contre le sionisme

 

Surmonter les idées et les pratiques des sionistes est crucial, d’abord et avant tout en raison de l’impact de leur racisme et colonialisme institutionnalisés contre le peuple de Palestine, et plus largement ceux de la région. Cet impact sioniste se manifeste par l’exigence que la force politique, juridique et économique des peuples et cultures juifs et européens doit s’imposer aux cultures et peuples aborigènes. Ce racisme est aussi la cause d’un transfert et d’une aliénation des juifs Mizrahi ( juifs d’origine africaine et asiatique ), de leurs diverses histoires, langues, traditions et cultures, et de la marginalisation et de l’exploitation économique de la population Mizrahi comme des travailleurs migrants dans la société israélienne.

Le sionisme est aussi de l’antisémitisme en ce qu’il rejette les cultures et les histoires des juifs - incluant tant les juifs “ autres ” qu’européens que les “ victimes ” juives européennes dont il a essayé de s’écarter pour créer un “ nouveau juif ”. Tout en rejetant les victimes juives dévirilisées de l’Europe chrétienne, il se sert de leur mémoire pour justifier et perpétuer un racisme et un colonialisme européens de même qu’un Etat juif militarisé. Egalement, le sionisme favorise l’islamophobie en Palestine, et plus largement dans la région, aux USA et dans le monde entier. Le ressentiment et la colère envers les juifs vivant en Israël et ailleurs, suscités par la violence et la domination militaire israéliennes, sont utilisés à leur tour pour justifier toujours plus de violence sioniste.

Le sionisme perpétue l’exceptionnalisme juif et évoque une version de l’histoire juive déconnectée de l’histoire et de l’expérience juives. En faisant du génocide nazi une exception, les juifs se mettent à part des victimes et survivants des autres génocides au lieu de s’unir avec eux. Comme tel, le sionisme nous implique dans l’oppression du peuple palestinien et dans l’avilissement de nos propres héritages, de nos propres combats pour la justice et alliances avec nos frères humains.

La stratégie qui montre qu’Israël est un Etat d’apartheid obtient un succès grandissant, et son argumentation en faveur des boycotts, désinvestissements et sanctions ( BDS ) contre Israël est particulièrement fondée. Les avancées dans ce domaine perturbent les organisations sionistes en Israël et dans le monde. Cependant, des institutions sionistes comme l’OSM, l’AIPAC ( Comité aux Affaires publiques israélo-américaines ), la Ligue antidiffamation, le Centre Simon Wiesenthal, B’nai B’rith, et d’autres, aux Etats-Unis et ailleurs, disposent de millions de dollars pour protéger Israël de ses responsabilités dans sa politique d’apartheid et ses crimes de guerre qui se multiplient, et pour promouvoir la colonisation, le nettoyage ethnique, le vol et la destruction de la terre palestinienne.

 

Un soutien mutuel Israël/USA

 

La convergence d’intérêts entre l’Etat israélien, les intérêts capitalistes mondiaux, spécialement ceux des fabricants d’armes, des entreprises pour la reconstruction “ post‑conflits ” et des entreprises privées de sécurité, comme celles de l’industrie pétrolière, est de plus en plus forte. Les réactions islamophobes en Europe occidentale, aux Etats-Unis et au Canada, la xénophobie en général, cherchent à faire des musulmans et des immigrés des boucs émissaires de la crise universelle du capitalisme et à les utiliser pour justifier une guerre et une occupation perpétuelles.

Les agressions militaires états-unienne et israélienne dans la région se soutiennent et se renforcent mutuellement. Malgré les préoccupations américaines devant les dégâts de la politique israélienne sur l’image des Etats-Unis, la puissance économique et militaire d’Israël dans la région est considérée comme vitale par Washington. En corollaire, il est de plus en plus évident que les lobbies proisraéliens aux Etats-Unis vont s’opposer aux efforts des antiguerres. Les organisations sionistes et le lobby proisraélien s’alignent de plus en plus sur les néoconservateurs US et partagent leur engagement dans l’agenda de guerre, d’occupation et/ou de sanctions contre l’Iraq, l’Afghanistan, l’Iran, le Pakistan, le Liban et la Syrie. sourire_gaza.jpg

 

Placer la Palestine au centre d’un agenda antiguerre aux USA

 

Les juifs antisionistes aux Etats-Unis peuvent jouer un rôle en montrant au mouvement antiguerre que des progrès significatifs ne seront pas possibles sans s’opposer au rôle qu’Israël joue dans le déclanchement et la justification de l’agenda de guerres des Etats‑Unis.

Après des décennies de débats et d’hésitations, la Palestine reste toujours un point de friction dans le mouvement antiguerre américain. La remise en cause du financement d’Israël par les Etats-Unis est évitée de crainte que cela ne nuise aux critiques contre l’occupation US de l’Iraq et de l’Afghanistan. A l’inverse de cette préoccupation, placer la Palestine carrément au centre d’un agenda antiguerre aux Etats-Unis est la clé d’un changement plus fondamental dans la politique et la pratique américaines, dont la guerre est nécessairement la stratégie. A notre tour, par le renforcement du mouvement antiguerre, nous pouvons contribuer aux efforts pour réduire l’isolement du combat palestinien, faire avancer l’opposition à l’islamophobie et s’en prendre directement à la relation mutuelle efficace entre les Etats-Unis et Israël.

Responsabiliser les gouvernements israéliens, américains, et le soutien sioniste international ne viendra pas d’un changement de politique US mais grâce à un changement de l’opinion publique états-unienne et par le débat, en fomentant un mouvement populaire, en usant de sanctions juridiques internationales et américaines, et en soutenant l’appel palestinien au BDS. L’Assemblée des juifs US de 2010 se veut contribuer à ces efforts et refléter une rupture d’avec le sionisme, lequel œuvre depuis la Deuxième Intifada à faire sauter le carcan des accords d’Oslo. L’Assemblée se place dans la continuité de la longue histoire de la participation juive aux combats d’émancipation humaine. Les nôtres sont parmi ces voix de plus en plus fortes de juifs qui veulent rompre avec le courant qu’a été le sionisme et qui décline - un courant qui n’est qu’une trahison de notre humanité, comme il nie en même temps celle des Palestiniens.

Les juifs portent une accusation spécifique contre le sionisme tout en étant partie intégrantes du mouvement de solidarité. Quand les juifs ne sont pas nets - que ce soit au sujet de leur propre confrontation au sionisme, ou de la priorité des exigences du combat populaire palestinien -, la participation juive menace de confusion plutôt que d’apporter une clarification et un renforcement du mouvement de solidarité avec la Palestine. Nous devons faire attention à ne pas présumer que notre engagement et notre investissement pour surmonter le sionisme prétendent à “ l’égalité ” dans le combat ; outrepasser notre rôle actuel dans le mouvement nuit à la direction palestinienne dans son propre combat, renforçant ainsi la centralisation des voix juives que le sionisme encourage et que le racisme suggère. De même, assimiler la nécessité de la libération et de la sécurité palestiniennes à la sécurité de la plupart des juifs dans les pays occidentaux est inopportune.

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L’Assemblée sera l’occasion de réfléchir sur nous-mêmes, en tant que membres du mouvement états-unien et international pour la justice, et de faire la clarté sur notre politique et nos pratiques de sorte que nous puissions améliorer notre efficacité. L’antisionisme juif n’est pas une identité, c’est une politique pour développer et agir, et un lieu d’affrontement du sionisme. S’organiser pour gagner l’approbation - ou une légitimité au regard - de l’opinion populaire juive, des organisations sionistes libérales, ou de l’opinion publique US, mine notre capacité à être solidaires. De la même manière, dans le long terme, réécrire les exigences palestiniennes ( par exemple, exclure le droit au retour dans les campagnes BDS ) pour s’adapter aux agendas qui renforcent la paix en tant que stratégie de maintien d’un Etat juif exclusif, ne va pas à l’encontre de la politique et des principes sionistes. Cependant, dans le court terme, toute participation qui fait avancer BDS est utile pour délégitimer Israël.

C’est en se développant et en partageant de telles distinctions qu’on approfondira et augmentera la possibilité d’une véritable alternative au sionisme, et la capacité des juifs à contribuer à un mouvement de solidarité avec la Palestine, puissant et efficace. Ce sont les questions que nous espérons faire monter et explorer avec les juifs et nos partenaires dans ce combat, lors de l’Assemblée 2010 des juifs américains.

Notre engagement à nous confronter au sionisme s’intègre dans notre engagement à supprimer les menaces de racisme, d’antisémitisme, d’élitisme, de fascisme, de colonialisme et d’impérialisme qui nourrissent le sionisme et qui sont institutionnalisées dans les structures de l’apartheid d’Israël. Nous voulons au contraire renforcer la continuité avec les mouvements historiques et actuels pour l’émancipation humaine, la lutte de classe, l’égalité, la démocratie et la justice. Ces liens ont toujours existé dans l’histoire juive, contre la collaboration juive avec ceux qui veulent opprimer. Images RetourClef 300 0

 

Gabriel Ash est militant, écrivain et membre de premier plan dans l’IJAN (réseau mondial juif antisioniste) http://www.ijsn.net/home/ - il écrit parce que la plume est parfois plus puissante que l’épée, et parfois non.

Emily Katz Kashawi est militante, professionnelle de la communication et maman de deux jumeaux.

Mich Levy est militant, éducateur et organisateur international avec IJAN.

Sara Kershnar est militante, et organisateur internationale d’IJAN.

 

14 juin 2010 - The Electronic Intifada - traduction : JPP

Publié dans : Colères noires
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Samedi 12 juin 2010 6 12 /06 /Juin /2010 20:59

      Ramzy Baroud est un écrivain que j'apprécie énormément et l'histoire de son père ce combattant de la liberté à Gaza quand il était un petit garçon qui rêvait à " au-delà de l'horizon " est complèteme Boycott Israel nt magique... Un texte plein de tendresse et de bonheur dans un paysage dévasté mais tellement beau ! Et là il faut absolument lire ce récit qui est écrit tout à fait dans la même façon qu'il a celle des conteurs avec tous les p'tits détails de la vie du petit Palestinien qui rêve à de grands bateaux Ramy Baroud-copie-1 venus de partout... C'est si plein d'humanité qu'on se demande comment malgré tant de souffance le gamin d'hier est toujours aussi émerveillé dans l'homme d'aujourd'hui...

      Un grand un vrai et simple écrivain populaire vraiment...

Le vieil enfant de Gaza et la mer

Vendredi 11 juin 2010

 

Ramzy Baroud - The Palestine Chronicle

 

      Rien ne pouvait expliquer à un enfant de Gaza de six ans pourquoi ses héros avaient été assassinés ou kidnappés, simplement pour avoir essayé de traverser la ligne d’horizon.

 

      Quand on annonça que les bateaux avaient été attaqués et que beaucoup de militants avaient été tués ou blessés, le petit garçon de six ans en moi fut anéanti.

 

      J’ai grandi au bord de la mer de Gaza. Quand j’étais enfant, je ne comprenais pas vraiment pourquoi cette immense étendue d’eau qui promettait une liberté infinie, était aussi la frontière d’un territoire minuscule et surpeuplé, un territoire perpétuellement détenu comme otage malgré le caractère irréductible de ses habitants.

      Tout petit, je faisais avec ma famille le court trajet qui menait de notre camp de réfugiés à la plage. Nous avions une charrette branlante tirée par un âne tout aussi mal en point. Quand nos pieds touchaient le sable nous nous mettions à pousser des cris étourdissants. Avec nos petits pieds nous courions plus vite que des champions olympiques et pendant quelques heures tous nos soucis s’évanouissaient. Ici il n’y avait plus d’occupation, plus de prison, plus de réfugiés. Tout sentait le sel et la pastèque, tout en avait le goût. Ma mère s’asseyait sur une couverture à carreaux toute déchirée pour qu’elle ne soit pas emportée par les vents violents et elle riait en voyant mon père appeler frénétiquement ses fils pour qu’ils n’aillent pas dans l’eau trop profonde. Marchand de pommes de terre sur la plage à Gaza

      Je mettais la tête sous l’eau et j’écoutais le murmure envoûtant de la mer. Puis je sortais de l’eau, et je restais là à contempler l’horizon.

      Quand j’avais cinq ou six ans, je croyais que juste derrière l’horizon il y avait un pays qui s’appelait l’Australie.  Les gens là-bas étaient libres et allaient où ils voulaient. Il n’y avait ni soldats, ni tireurs d’élite, ni armes à feu. Les Australiens, je ne sais pourquoi, nous aimaient beaucoup et un jour ils viendraient nous voir. Quand j’en parlais à mes frères ils n’étaient pas convaincus. Malgré cela mon fantasme se développa et la liste des pays qui se trouvaient juste derrière l’horizon s’allongea. L’un d’entre eux était l’Amérique où les gens parlent une drôle de langue, un autre la France où on ne mange que du fromage.

      Je fouillais les débris sur la plage pour trouver des “ preuves ” du monde qui existait derrière l’horizon. Je cherchais des bouteilles avec des inscriptions étrangères, des boites de conserve, des plastiques sales provenant des bateaux lointains et que la mer avait déposés sur le rivage. J’étais enchanté quand les inscriptions étaient en arabique. Je tenais à les lire moi-même. On me parla de l’Arabie Saoudite, de l’Algérie, du Maroc. Les gens qui y habitaient étaient arabes aussi et musulmans et priaient cinq fois par jour. Je n’en revenais pas. La mer était apparemment plus mystérieuse que je ne l’avais jamais imaginé.

 

      Avant le premier soulèvement de 1987, la plage de Gaza fut déclarée hors limites et fut transformée en zone militaire fermée. Les pêcheurs pouvaient encore pêcher mais seulement à quelques milles nautiques. Nous avions le droit de pique-niquer et de nager mais pas après 18 h. Puis un jour les jeeps de l’armée israélienne dévalèrent la route pavée en soulevant des gerbes d’eau et séparèrent le camp de réfugiés de la plage. Ils exigèrent l’évacuation immédiate en nous menaçant de leurs armes. Mes parents hurlant de peur nous rassemblèrent en toute hâte et nous ramenèrent au camp dans nos maillots de bain.

      Un jour, aux informations de la télévision israélienne, ils annoncèrent que la marine israélienne avait intercepté des terroristes palestiniens sur des canots pneumatiques qui faisaient route vers Israël. Ils furent tous tués et capturés, sauf une embarcation qui s’était probablement dirigée vers Gaza. Cela me bouleversa terriblement, surtout quand je vis des images des Palestiniens capturés à la TV israélienne. Ils tiraient les corps de leur camarades palestiniens morts entourés de triomphantes La-maison--jpg troupes israéliennes en armes.

      J’essayais de convaincre mon père d’aller à la plage pour y attendre les autres Palestiniens. Il sourit avec compassion et ne dit rien. Aux nouvelles on annonça plus tard que le bateau s’était peut-être perdu en mer ou avait coulé. Je ne perdais pourtant pas espoir. Je suppliais ma mère de préparer son thé spécial à la sauge et de garder quelques toasts au fromage. J’attendis jusqu’au soir, dans notre camp de réfugiés, les “ terroristes ” perdus en mer. S’ils réussissaient à s’échapper je voulais qu’ils trouvent quelque chose à manger en arrivant, mais ils n’arrivèrent jamais.

      Après cet incident, des bateaux commencèrent à apparaître à l’horizon. C’était la marine israélienne. La pauvre mer de Gaza était devenue une zone dangereuse où tout pouvait arriver. J’allais donc plus souvent à la plage. Même en grandissant et même pendant les couvre-feux décrétés par les Israéliens, je montais sur le toit de notre maison et je regardais l’horizon. Il y avait sûrement quelque part des bateaux qui faisaient route sur Gaza. Plus la vie devenait dure, plus ma foi grandissait.

 

      Aujourd’hui, des dizaines d’années plus tard, je me trouve devant une mer étrangère, bien loin de chez moi, bien loin de Gaza. Je suis ici et je pense à tous ceux là-bas qui attendent l’arrivée des bateaux. Cette fois-ci c’est vrai. J’écoute les nouvelles avec tout à la fois la conscience circonspecte d’une adulte et l’excitation et la légèreté de mes six ans. J’imagine la Flottille de la Liberté chargée de nourriture, de médicaments et de jouets, juste derrière l’horizon, qui est en train de changer gaza-bateau_article.jpg mon rêve en réalité. ce rêve que tous les pays dont mes frères ne croyaient pas à l’existence, existaient en fait, et que les 700 militants et les cinq navires les représentaient. Ils symbolisaient l’humanité et se souciaient de nous. Je m’imaginais les petits enfants préparant un festin de thé à la sauge, de toasts et de fromage pour accueillir leurs sauveurs.

      Quand, aux informations, on annonça que les bateaux avaient été attaqués juste avant de traverser la ligne d’horizon de Gaza, et que beaucoup de militants avaient été tués ou blessés, le petit garçon de six ans en moi fut anéanti. Je pleurais. Je perdis l’usage de la parole. Aucune analyse politique ne suffisait. Aucun communiqué des informations ne pouvait expliquer à un enfant de Gaza de six ans pourquoi ses héros furent assassinés ou kidnappés, simplement pour avoir essayé de traverser la ligne d’horizon.

Mais malgré la douleur qui est trop profonde en ce moment, malgré les vies si injustement anéanties, malgré les larmes versées dans le monde entier pour la Flottille, je sais que mon rêve n’était pas seulement un fantasme enfantin et que des gens d’Australie, de France, de Turquie, du Maroc, d’Algérie, des USA, et de beaucoup d’autres pays, sont venus sur des bateaux chargés de cadeaux offerts par des personnes qui, je ne sais pourquoi, nous aiment.

  Le-vieil-enfant-de-Gaza.jpg

 

 

 

 

J’ai hâte d’aller en bateau à Gaza pour dire à mes frères : “ je vous l’avais bien dit ”.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ramzy Baroud ( http://www.ramzybaroud.net ) est un journaliste international syndiqué et le directeur du site PalestineChronicle.com.

Son dernier livre, Mon père était un combattant de la liberté : L’histoire v Ramzy Baroud raie de Gaza ( Pluto Press, London ), peut être acheté sur Amazon.com.

 

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Publié dans : Colères noires
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Dimanche 6 juin 2010 7 06 /06 /Juin /2010 21:31

      Ouaouf ! Un écrivain qui prend conscience que quand on écrit on peut être lu et commenté par n'importe qui ça m'intéresse forcément... Ecrire c'est affronter le refus de ceux qui vous lisent de ce que vous écrivez d'abord... Et s'ils sont d'accord c'est souvent plus par complaisance que par intuition et lucidité sur ce monde...

      Un écrivain conscient qu'écrire et créer c'est s'engager et agir pour le respect humain et pour un autre type de monde que celui-ci est quelqu'un que je lirai et avec qui j'ai des choses à partager...

      Un écrivain qui a le courage de dire NON ! à ce qu'est en train de devenir cette espèce humaine en allant risquer sa peau c'est queqlqu'un dont les mots valent bien plus que tous les commentaires improbables...

      J'aimerais être cette sorte d'écrivain-là... Ouaouf !

 

Cet article est publié sur le site de Libération

 

Henning Mankell : récit de l’écrivain embarqué

RÉCIT

Le Suédois a pris part à l’opération “ Ship to Gaza ”. Voici l’histoire qu’il rapporte, de l’organisation de la traversée à l’attaque israélienne et l’humiliation de la détention.

Par HENNING MANKELL

     Photo Reuters  Henning-Mankell.jpg

Henning Mankell, le grand écrivain suédois, était à bord de la flottille qui voulait dénoncer et briser le blocus de Gaza. Nous publions son journal de bord en exclusivité en France. Il raconte l’assaut de l’armée israélienne sur les navires, qui s’est terminé par neuf morts civils. Il parle aussi de son transfert à terre et son emprisonnement en termes sobres et précis.

 

Mardi 25 mai - Nice

 

“ A 5 heures du matin, je suis dans la rue à attendre le taxi qui m’emmènera à l’aéroport. Pour la première fois depuis longtemps, E. et moi avons pu prendre quelques jours de vacances ensemble. Au début, nous pensions que ça irait jusqu’à deux semaines. Mais ça s’est réduit à cinq jours : “ Ship to Gaza ” semble enfin prêt à appareiller et, comme prévu, je me rends à Chypre pour me joindre au convoi.

 Le but de chaque voyage est inscrit dans son point de départ. Voilà ce que je pense en attendant le taxi. Comme convenu, j’ai réduit mon bagage à un seul sac à dos qui pèse à peine plus de 10 kg. Le but de l’opération “ Ship to Gaza ” est clair et net : forcer le blocus illégal qu’Israël impose à Gaza. Depuis la guerre, il y a un peu plus d’un an, l’existence est de plus en plus intolérable pour les Palestiniens qui vivent là. Les besoins sont gigantesques rien que pour réunir les conditions d’une vie digne de ce nom.

Mais le but du voyage est plus clair et net encore. Je pense : “ L’action confirme la parole. ” Il est facile de dire qu’on soutient, défend ou combat telle ou telle chose. Mais ce n’est que dans l’action qu’on en apporte la preuve. Les Palestiniens, contraints par les Israéliens à vivre dans cette misère, ont besoin de savoir qu’ils ne sont pas seuls, et qu’on ne les oublie pas. Leur existence doit être rappelée au reste du monde. Et nous profitons de ce rappel pour apporter aussi quelques produits de base : médicaments, unités de dessalement pour produire de l’eau potable, ciment.

Le taxi arrive, nous convenons d’un prix - cher ! - et partons à travers les rues désertes du petit matin, direction l’aéroport. C’est là, dans le taxi, je m’en souviens à présent, que je prends mes premières notes. Je ne me rappelle pas les mots exacts, mais la teneur, c’est que je m’étonne de n’avoir peut-être pas vraiment jusque-là mesuré l’enjeu : ce projet inspire une telle haine aux Israéliens qu’il est possible qu’ils aient recours à la force pour empêcher le convoi de passer.

Mais cette pensée me quitte avant même l’arrivée à l’aéroport. Sur ce point aussi, le projet a été défini de façon extrêmement claire et nette. Nous agissons dans la non-violence, sans armes, sans volonté d’affrontement. Si nous sommes empêchés d’avancer, la question devrait pouvoir se régler sans que soit mise en danger la vie des participants.

 

Mercredi 26 mai - Nicosie

 

Il fait plus chaud qu’à Nice. Ceux qui doivent embarquer sur les bateaux - qui vont nous attendre quelque part au large de Chypre - se rassemblent à l’hôtel Centrum de Nicosie. C’est comme dans un vieux roman de Graham Greene : des personnages hétéroclites réunis dans un coin perdu afin d’entreprendre un voyage ensemble… Nous allons forcer un blocus illégal. Ces mots sont répétés en différentes langues. Mais soudain, les incertitudes se multiplient. Les bateaux ont été retardés, il y a eu des problèmes, on ne sait pas encore à quel endroit doit avoir lieu la jonction avec les six navires. La seule certitude, c’est que ça va se passer en mer. Chypre refuse de laisser accoster nos bateaux. Israël a dû exercer des pressions. Je note aussi des moments de tension entre les différentes organisations qui ont la charge de ce projet délicat. La salle du petit-déjeuner a été transformée en lieu de réunion top secret. A un moment, on nous fait venir pour remplir un papier - nom et coordonnées des proches à prévenir en cas de malheur. Tout le monde remplit consciencieusement sa feuille. Puis on nous dit d’attendre. C’est le mot qui revient le plus, au cours de ces journées. C’est comme un mantra. “ Attendre. ” Alors on attend.

 

Jeudi 27 mai - Nicosie

 

On attend. La chaleur est suffocante.

 

Vendredi 28 mai - Nicosie

 

Soudain, je me demande si ça va se terminer comme ça, si je vais devoir quitter cette île sans avoir pu embarquer sur le moindre bateau. Il paraît que les places manquent à bord. Qu’il y aurait des listes d’attente pour participer à cette expédition solidaire. Mais l’aimable député K. et la femme médecin S., qui sont mes compagnons suédois pour ce voyage, contribuent à préserver la bonne humeur. Les voyages en bateau, c’est toujours une galère. C’est ce que je me dis. Nous continuons à remplir notre mission. Nous attendons.

 

Samedi 29 mai - Nicosie

 

Soudain tout va très vite. Nous allons - même si c’est encore évidemment assorti d’un peut-être - embarquer à bord d’un bateau rapide afin de rejoindre en mer les cinq autres navires du convoi pour ensuite faire route ensemble vers Gaza. Nous attendons. Peu avant 17 heures, les autorités portuaires nous autorisent enfin à embarquer sur un navire qui s’appelle Challenger et qui va nous conduire à une vitesse de 15 nœuds jusqu’au point de ralliement, où nous allons embarquer sur le cargo Sophia, qui attend déjà sur place. Il y a déjà beaucoup de monde à bord du Challenger. Occupés à attendre, eux aussi. Ils sont un peu déçus en nous voyant arriver tous les trois. Ils espéraient plutôt quelques Irlandais, mais ceux-ci ont en définitive choisi de lâcher l’affaire et de rentrer chez eux. Nous grimpons à bord, saluons les uns et les autres et apprenons rapidement à nous conformer aux règles en vigueur. On est à l’étroit, partout des sacs plastique contenant des chaussures, mais l’ambiance est bonne et calme. Tous les points d’interrogation paraissent soudain levés. A 17 heures pile, les deux puissants moteurs diesel démarrent dans un bruit assourdissant. Nous sommes partis.

 

23 heures

 

Je me suis installé sur une chaise, sur le pont arrière. Le vent ne souffle pas très fort, mais assez pour que de nombreux passagers aient déjà le mal de mer. Emmitouflé dans une couverture, je regarde le clair de lune dessiner un chemin sur la mer, tout en parant le choc des vagues et en pensant que la solidarité peut vraiment ressembler à tout et n’importe quoi. On ne se parle pas beaucoup, à cause du bruit. La plupart des gens essaient de dormir, ou de s’allonger au moins. Je me dis que pour l’instant, la traversée est remarquablement paisible. Mais c’est un calme traître.

 

Dimanche 30 mai - la mer au sud-est de Chypre Nuit - 1 heure

 

Lumières papillotantes. Le capitaine, dont je n’arrive pas à retenir le nom, a réduit la vitesse. Ces lumières qu’on voit scintiller à une certaine distance de nous sont les fanaux de deux autres bateaux du convoi. Nous allons maintenant rester à l’arrêt en attendant le lever du jour, quand les gens pourront être transférés sur d’autres bateaux. Mais pour l’heure, je ne trouve toujours aucun endroit où m’allonger pour dormir. Je somnole, assis sur ma chaise mouillée. La solidarité naît dans l’humidité et dans l’attente ; ainsi on contribue à ce que d’autres aient un toit.

 

8 heures

 

La mer s’est calmée. Nous nous dirigeons vers le plus important bâtiment du convoi : un grand ferry avec des centaines de personnes à bord. On a beaucoup discuté du fait que les Israéliens allaient probablement concentrer leur action sur ce navire.

Mais quelle action ? C’est évidemment la question qu’on rumine depuis le lancement du projet. Il n’y a aucune certitude. La marine israélienne va-t-elle couler les bateaux ? Ou les refouler de force ? Ou alors, la solution raisonnable, que les bateaux soient autorisés à passer et qu’Israël regagne un peu de sa réputation de plus en plus ternie aux yeux du monde ? On ne sait pas. Mais le plus probable, c’est qu’on nous somme de faire machine arrière à l’approche des eaux territoriales. Par l’intermédiaire de voix menaçantes, relayées par des haut-parleurs, sur les bâtiments de la marine israélienne. Si nous refusons d’obéir, on va vraisemblablement démolir nos hélices ou nos gouvernails avant de nous remorquer jusqu’à un port où ils pourront être réparés.

 

13 heures

 

Grâce à une échelle de corde, nous passons tous les trois sur Sophia, un vieux cargo mangé par la rouille et manœuvré par un équipage plein d’amour. Je compte environ 25 personnes à bord. Le chargement comprend entre autres du ciment, de l’acier d’armature et des maisons préfabriquées en bois. On m’indique une cabine que je vais partager avec le député suédois. Après les longs jours passés à Nicosie, celui-ci m’est de plus en plus comme un très vieil ami. Nous découvrons qu’il n’y a pas de lumière électrique. Pour la lecture, ce sera une autre fois.

 

16 heures

 

Le convoi est rassemblé. Les proues se tournent vers Gaza.

 

18 heures

 

Nous nous réunissons dans le coin repas improvisé entre les conteneurs et la superstructure du cargo. Le Grec grisonnant qui répond de la sécurité et de l’organisation à bord, en plus de la navigation, parle d’une voix basse qui inspire une confiance spontanée. Le mot “ attendre ” ne fait plus partie du vocabulaire. Nous approchons à présent. Mais de quoi ? Nul ne sait ce que vont faire les Israéliens. Nous connaissons seulement leurs déclarations menaçantes disant que le convoi sera refoulé par tous les moyens. Mais qu’est-ce cela signifie ? Torpilles ? Remorquage forcé ? Soldats largués par hélicoptère ? On ne sait pas. Mais la violence, si violence il y a, ne sera pas de notre fait. Au-delà de la légitime défense élémentaire, nous ne riposterons pas. En revanche, nous pouvons compliquer la tâche à d’éventuels attaquants. Alors on décide de dérouler du barbelé sur toute la longueur du bastingage. On s’habitue au port du gilet de sauvetage. On organise des tours de garde. On décide à quel endroit on se rassemblera si des soldats devaient monter à bord. L’ultime bastion sera la passerelle de commandement.

Puis c’est l’heure du dîner. Le cuistot est un Egyptien, grand, costaud, qui a mal à une jambe. Sa cuisine est bonne.

 

Lundi 31 mai - 0 heure

 

Je participe au quart de bâbord entre minuit et 3 heures. La Lune est encore grosse, même si des nuages la masquent par moments. La mer est calme. Les fanaux scintillent. Les trois heures passent vite. Je m’aperçois de ma fatigue au moment où l’on vient me relayer. Nous sommes encore loin des eaux territoriales que les Israéliens pourraient s’estimer en droit de défendre. Je devrais pouvoir dormir quelques heures.

Je bois du thé, bavarde un moment avec un homme d’équipage grec dont l’anglais est vraiment terrible, mais qui tient absolument à savoir de quoi parlent mes livres. Il est presque 4 heures quand je me couche enfin.

 

4 h 30

 

J’ai à peine le temps de m’endormir que je suis réveillé à nouveau. En allant sur le pont, je vois que le grand ferry est illuminé par des projecteurs. Soudain j’entends des coups de feu. Je comprends qu’Israël a choisi l’affrontement violent. Dans les eaux internationales.

Une heure exactement s’écoule avant qu’on ne voie approcher les puissants canots pneumatiques noirs avec à leur bord des soldats masqués. Ils prennent possession du cargo. Nous nous rassemblons là-haut sur la passerelle de navigation. Les soldats veulent nous faire redescendre sur le pont. Ils s’impatientent. Un homme met un peu trop de temps à obéir et se prend illico une décharge de Taser dans le bras. Il tombe. Un autre, trop lent lui aussi, est atteint par un tir de balle en caoutchouc. Je pense que cela est en train de se produire à côté de moi. C’est d’une réalité absolue. Des gens qui n’ont rien fait sont harcelés comme du bétail et punis pour leur lenteur.

On nous regroupe et nous fait asseoir sur le pont. Nous y resterons pendant onze heures, jusqu’à ce que notre bateau accoste en Israël. De temps à autre, les soldats nous filment alors qu’ils n’en ont aucun droit. Je veux noter quelques phrases, mais un soldat s’avance immédiatement et me demande ce que j’écris. C’est la seule fois où je m’énerve. Je lui rétorque que ça ne le regarde pas. Je ne vois que ses yeux. Je ne sais pas ce qu’il pense. Mais il se détourne et s’en va. Onze heures d’immobilité, entassés dans la chaleur, ça ressemble à de la torture. Pour aller uriner, il faut demander la permission. Pour toute nourriture, on nous donne des biscuits, des biscottes, des pommes. Nous n’avons pas le droit de faire du café, alors que nous aurions la possibilité d’en préparer sans bouger de notre place. Nous décidons collectivement de ne pas demander aux soldats l’autorisation de cuisiner. Sinon, ils nous filmeraient et ça servirait ensuite à montrer qu’ils ont été généreux avec nous. Nous nous en tenons donc aux biscuits. La situation tout entière est une humiliation totale. ( Entre-temps les soldats au repos ont traîné des matelas hors des cabines et dorment sur le pont arrière. )

Pendant ces onze heures, j’ai tout le temps de me livrer à une synthèse. Nous avons été attaqués en pleine mer, dans les eaux internationales. Cela signifie que les Israéliens se sont comportés en pirates, pas mieux que ceux qui sévissent au large de la Somalie. A partir du moment où ils ont pris les commandes du navire et commencé à faire route vers Israël, on peut dire que nous avons également été kidnappés. Cette intervention est hors la loi, du début à la fin.

Nous essayons de discuter entre nous pour comprendre ce qui va arriver maintenant. Sidérés que les Israéliens aient pu choisir cette “ solution ” qui les place, de fait, le dos au mur. Qui les accule. Les soldats nous regardent. Certains font semblant de ne pas comprendre l’anglais. En réalité, tous le comprennent bien sûr. Il y a aussi quelques filles parmi eux. Elles ont l’air embarrassé. Peut-être vont-elles être de celles et de ceux qui fuient à Goa se droguer à mort après leur service militaire ? Ça arrive tout le temps.

 

18 heures

 

A quai, quelque part en Israël. Je ne sais pas où. On nous fait descendre à terre. On nous oblige à courir dans les rues, entre les soldats, pendant que la télé militaire nous filme. Je pense que ça, précisément ça, je ne le leur pardonnerai jamais. En cet instant, il n’y a rien d’autre dans mes pensées que des salauds et des ordures.

On nous sépare. Nous n’avons pas le droit de communiquer. Soudain, voilà qu’un type du ministère israélien des Affaires étrangères se matérialise à mes côtés. Je comprends qu’il est là pour s’assurer qu’on ne me brutalise pas trop. Je suis malgré tout assez connu en Israël, en tant qu’écrivain. Je suis traduit en hébreu. Il me demande si j’ai besoin de quelque chose.

 

- “ Oui. D’être libéré, et tous les autres aussi. ”

Il ne répond pas. Je lui demande de partir. Il recule de quelques pas, mais ne s’en va pas pour autant.

Je n’avoue rien, bien évidemment. J’apprends que je vais être expulsé. L’homme qui m’annonce cela ajoute qu’il apprécie mes livres. J’envisage de m’arranger pour ne plus jamais être traduit en hébreu. C’est une pensée qui n’a pas encore atteint son fond.

Il règne une atmosphère complètement chaotique dans cet “ asile d’accueil ”. De temps à autre, quelqu’un est frappé, jeté à terre, attaché, menotté. Je pense plusieurs fois que personne ne me croira quand je raconterai tout ça. Mais beaucoup d’yeux voient la même chose que les miens. Nombreux sont ceux qui pourront témoigner. Nombreux, ceux qui vont devoir admettre que ce que je dis est vrai.

Un seul exemple suffira. A côté de moi, un homme refuse brusquement de laisser prendre ses empreintes digitales. Il accepte d’être photographié. Mais ses empreintes ? Il considère qu’il n’a rien fait de mal. Il s’oppose, résiste. On le frappe. Une fois à terre, il est traîné hors de la salle. Vers où ? Je n’en sais rien. Quel mot dois-je employer ? Abominable ? Inhumain ? Il n’y a qu’à choisir.

 

23 heures

 

Nous, les trois Suédois - le député, la femme médecin et moi-même -, sommes conduits dans un centre de rétention. On nous sépare. On nous jette quelques sandwiches qui ont un goût de vieille éponge à vaisselle. La nuit est longue. Mes tennis me tiennent lieu d’oreiller.

 

Mardi 1er juin - après-midi.

 

Soudain, on nous réunit, le député et moi, et on nous annonce qu’on va nous conduire à un appareil de la Lufthansa en vue de notre expulsion. Nous refusons de partir tant qu’on ne nous aura pas dit ce qui va arriver à S. En apprenant qu’elle est en route elle aussi, nous quittons notre cellule.

Dans l’avion, l’hôtesse me donne une paire de chaussettes. Les miennes ont été volées par un des membres du commando de soldats, à bord du bateau où j’étais.

Un mythe s’écroule : celui du soldat israélien courageux et sans reproche. Maintenant, on pourra aussi dire d’eux que ce sont de minables voleurs. Je ne suis pas le seul à avoir été dépouillé : argent, carte de crédit, vêtements, baladeur, ordinateur, tout y est passé. Nous avons été nombreux dans ce cas, à bord de ce bateau attaqué au petit matin par des soldats masqués qui n’étaient rien d’autre que de faux pirates.

Tard le soir, nous arrivons en Suède. Je parle à des journalistes. Puis je reste un moment assis dans le noir devant la maison où j’habite. E. ne dit pas grand-chose.

 

Le lendemain, 2 juin, j’écoute le merle. Un chant pour ceux qui sont morts.

 

Maintenant, il y a tout ce qui reste à faire. Pour ne pas perdre de vue Fukan Dogan assassiné le 31 mai 2010 l’objectif, qui est de lever le blocus de Gaza. Ça va se faire. Derrière ce but, d’autres attendent. En finir avec un régime d’apartheid, cela prend du temps. Mais pas une éternité. ”

 

Ce texte est également publié aujourd’hui dans divers journaux, dont The Guardian, El País, Dagbladet, La Repubblica ou The Toronto Star.

 

Traduit par Anna Gibson

 

                                        Fukan Dogan 19 ans

Publié dans : Colères noires
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