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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Colères noires

Mardi 21 septembre 2010 2 21 /09 /Sep /2010 19:57

      " Autour de l'île il y a de l'eau... "

Abandon

     

      Il y a quelques jours en lisant l'article plein de bonheur concernant la résistance des enfants palestiniens et leurs incroyables lancers de cerfs-volants je me disais que l'enfance nous sauve du désespoir et de la fin de notre espèce humaine...

      Et puis hier matin je suis tombée sur cet article de Libération Bretagne qui m'a d'abord paru irréel et impossible : un mauvais récit inventé mais non ! Voilà comment de nos jours on traite des mômes " légèrement attardés mentaux " dans nos jolis pays d'Occident civilisés et bien loin des tortionnaires qu'on sait...

      Je reproduis cette horreur qui fait penser aux camps de redressement où on enfermait les jeunes jugés délinquants il y a quelques années de ça et dont Prévert a si bien parlé dans son poème superbe " La chasse à l'enfant "... Sauf que là c'est un gamin abandonné à son sort : les parents ils sont où ? et malade qu'on place dans un camp de " rupture "... Ce mot il ne vous dit rien ?...

      En lisant ça je me disais que les enfants palestiniens eux s'ils ne connaissent ni la paix ni l'insouciance ne connaîtront jamais ce genre de sort. On n'abandonne pas un enfant en Palestine et s'il se retrouve privé de sa famille il aura de toute façon des gens autour de lui pour l'accueillir même dans le plus pauvre des abris.

      La comparaison entre les deux récits vaut la peine et je vous la recommande...

 

21/09/2010  Libé Rennes

 

Le lynchage à mort de Cyril, 15 ans, devant les assises du Finistère

 

JUSTICE - Le procès des tortionnaires de Cyril Driancourt, mort le 17 mars 2003 en Zambie où le jeune adolescent avait été placé en camp “ éducatif ”, s’ouvre aujourd’hui à Quimper et durera deux semaines. Sur le banc des accusés Frédéric Aupérin, 46 ans, l’” éducateur ” sans diplôme plus prompt à donner des coups qu’à tout autre chose, et deux jeunes mineurs au moment des faits ayant participé au lynchage de Cyril, comparaîtront pour “ actes de torture et de barbarie ”. Le président de l’association Vagabondage, Robert Antraygues, responsable des séjours de “ rupture ” organisés en Zambie, devra répondre d’” homicide involontaire ”. Lire la suite...

Légèrement attardé mental, très nerveux, fugueur et renvoyé du collège pour son comportement, Cyril Driancourt n’était pas un enfant facile lorsqu’il a été décidé de l’envoyer en Afrique, loin de tout, pour un séjour censé l’éduquer. Ce n’était pas non plus un délinquant endurci. Mais ce qui l’attend dans la savane, à 200 kms de Lusaka, la capitale de la Zambie, où il doit participer avec une poignée d’autres jeunes à la construction d’un “ village fermier ”, tournera vite au martyre.

Souffre-douleur du groupe, il tentera de s’enfuir avant d’être rattrapé et roué de coups. Une “ correction ” qui ne s’arrête pas là. Sur les ordres de Frédéric Aupérin, seul adulte du camp avec son épouse zambienne, l’adolescent est déshabillé, ligoté et traîné dans la boue d’un enclos à cochons. Là, son visage est plongé dans la mare jusqu’à suffocation, son corps est recouvert d’excréments, les autres stagiaires urinent sur lui.

Attaché à un poteau, il passera la nuit, sans eau ni nourriture, dans l’enclos. Trois jours plus tard, après avoir encore subi des sévices et dans un état second, Cyril est pris de convulsions dans le camion qui l‘emmène  à Lusaka. Frédéric Aupérin se décide à le conduire dans une clinique qui lui administre une injection de valium. Puis à l’hôpital où il est placé sous assistance respiratoire et où il mourra le 17 mars 2003.

Selon un expert neurologue, l'adolescent est décédé d'un mal épileptique dû aux tortures et sévices subis, à l'absence de sommeil et au sevrage médicamenteux. Sujet à des crises d’épilepsie, Cyril devait en effet prendre des médicaments préventifs qui lui avaient été confisqués dès le début de son séjour.

Frédéric Aupérin tentera dans un premier temps de faire croire à un accident de vélo puis il expliquera que les sévices auraient été infligés par le groupe en dehors de sa présence, même s’il reconnaît avoir eu recours à la violence physique lors de ces séjours.

Les deux jeunes co-accusés d’actes de torture et de barbarie seront également parties civiles dans ce procès, reprochant à l’” éducateur ” de les avoir frappés. Tout comme quatre autres jeunes du groupe condamnés en mai dernier par le tribunal des enfants de Brest à des peines allant de cinq à dix mois de prison avec sursis. Enfant grillage

Outre les faits qui pourront être reprochés à chacun, la cour se penchera sur la responsabilité de l’association Vagabondage qui n’avait aucun agrément et n’exerçait quasiment aucun contrôle sur ses camps de rupture.

Elle devrait aussi examiner les conditions dans lesquels le conseil général du Finistère avait confié Cyril, sur décision d'un juge pour enfants, à cette association. Pierre Maille, le président du conseil général, dont dépend l'aide sociale à l'enfance et qui s’est constitué partie civile, devrait venir s'en expliquer.

Le procès, prévu jusqu'au 1er octobre, pourrait se dérouler à huis clos. Les accusés encourent des peines de trois à vingt ans de réclusion criminelle.

 

Pierre-Henri ALLAIN

 

Gaza, des enfants qui résistent

Dimanche 19 septembre 2010

 

Vittorio Arrigoni

  Cerfs-volants-Palestine.jpg

Croyez-moi, les enfants de Gaza sont des gamins qui battent tous les records. Ils ont survécu à Plomb Durci et ils survivent chaque jour à la guerre en temps de paix.

 

Sur la plage, des enfants et des milliers de cerfs-volants...

 

 

Couverts de sang, ils ont rampé sous les ruines des immeubles bombardés et pendant des jours ils ont pris soin de leurs plus jeunes frères, des corps agonisants de leurs parents ensevelis sous les débris de leurs berceaux. Tels des héros sortis de Walt Disney, ils ont glissé hors du ventre de la mort encore barbouillés de liquide amniotique pour découvrir le lourd héritage de la condition d’exilé palestinien.

Plus de la moitié de la population de cette pauvre Bande de terre est composée d’enfants, et bien qu’aucun de ces mineurs n’ait jamais voté pour Hamas, ils sont bien les victimes désignées des opérations militaires israéliennes et plus généralement du siège imposé à Gaza.

Des enfants qui résistent. Aux maladies : selon un rapport récent de la Palestinian Medical Relief Society, 52 % des enfants de Gaza sont anémiques et souffrent de graves carences nutritionnelles en raison d’une alimentation pauvre en phosphore, calcium et zinc. Les données concernant les maladies respiratoires sont également inquiétantes.

Des enfants qui résistent aux psychoses, à ces blessures de la mémoire les ramenant face à des corps démembrés et à des bâtiments en flammes, à ces traumatismes indélébiles qui les rendent anxieux et dépressifs, insomniaques et incontinents.

Ils vivent dans des espaces surpeuplés, privés de terrains de jeu. Dans les rues, ils ont vu la chair brûler vive et se décomposer. Missiles, désolations et mort sont évoqués dans les dessins lorsqu’on met une feuille blanche devant eux.

Si le droit au jeu ici est un luxe, le droit aux études est quant à lui interdit : outre les jouets, Israël a également interdit l’entrée des livres d’école primaire dans la Bande.

Contrairement aux Israéliens de leur âge, libres de pratiquer des sports en plein air ou de s’amuser avec leur playstation, les enfants de Gaza sont rendus esclaves d’un maître nommé faim, et je les vois chaque jour pousser des charrues dans les champs, fouiller dans les poubelles à la recherche de matériaux de récupération. Dans la chaleur insupportable de cet été caniculaire, ils sont assis sur des chariots tirés par des mulets surchargés de briques et pierres récupérées dans les bâtiments bombardés, ou on les retrouve au carrefour des rues en train de vendre des babioles, le regard vieux et fatigué de rêver de cours vertes, de terrains de football et de glaces.

Ce n’est pas en jouant à cache-cache qu’ils disparaissent sous terre dans les tunnels de Rafah : avec le risque d’être enterrés vivants, ils sont la main-d’œuvre économiquement et physiquement plus adaptée pour le trafic des marchandises qui autrement n’arriveraient jamais sur les rayons des magasins de Gaza.

Il y a quelque temps, Jasmine Whitbread, Directrice Générale de Save the Children pour le Royaume Uni, s’était exprimée en ces termes : “ Les enfants à Gaza ont faim en raison des restrictions considérables touchant l’entrée de nourriture dans la région, et ils sont en train de mourir parce qu’ils ne peuvent pas quitter Gaza pour recevoir les soins médicaux dont ils ont un besoin urgent. Des centaines de milliers d’enfants grandissent sans recevoir une instruction décente parce que les bâtiments scolaires sont gravement endommagés et les limitations dans le passage et l’approvisionnement en matériaux de construction empêchent leur rénovation. Ce sont les enfants qui paient le prix le plus cher du siège. ” Outre ces exploits souvent oubliés, les enfants de la Bande de Gaza ont battu en sept jours deux records célébrés par le Guiness.

Le jeudi 22 juillet, sur l’aire de l’aéroport fantôme de Rafah détruit par l’aviation militaire israélienne en 2001, dans le cadre de la fin des camps d’été organisés par l’Unrwa ( agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens ), plus de 7.200 enfants ont fait rebondir en même temps, pendant 5 minutes, autant de ballons de basket alors qu’hier le record du monde du vol simultané de cerfs-volants a été établi.

Sur la plage de Beit Laya, devant la frontière Nord avec Israël, le ciel était tapissé de milliers d’hexagones colorés, dans une sorte de célébration animée de cette liberté rêvée même par les plus petits. Plus de 7.000 enfants ont fait voler leurs cerfs-volants, multipliant par deux le record qui avait déjà été enregistré à Gaza l’année dernière.

 

John Ging, chef des opérations de l’Unrwa, a affirmé au terme de l’événement : “ C’est un succès incroyable de parvenir à battre deux records mondiaux en une semaine. Une démonstration de ce que peuvent faire les enfants de Gaza si on leur en donne l’opportunité. Les enfants de la Bande sont comme tous les autres enfants du monde, ils souhaitent mener une vie normale loin des épreuves qu’ils sont obligés d’affronter jour après jour ”, a conclu Ging. “ Ce jour de fête est l’expression de la demande de liberté pour ces enfants. ”

Contrairement aux ballons de basket utilisés à Rafah, les cerfs-volants qui ont flotté hier sur Beit Laya ne sont pas industriels, mais ils ont été fabriqués par les mains de ces mêmes enfants qui les ont hissés dans le ciel.

Certains présentaient des dessins éclatants, beaucoup portaient avec fierté les couleurs du drapeau palestinien.

Un cri de résistance visible face aux tourelles de surveillance israéliennes se dressant à quelques centaines de mètres.

 

Peu après l’enregistrement du nouveau Guiness des Records, un navire de guerre de Tsahal ( l’armée israélienne ) est apparu à l’horizon et s’est approché de la côte de Beit Laya, rappelant que l’heure de la récréation était finie.

 

Restons humains. La-mer-a-Gaza.jpg

 

Vittorio Arrigoni réside à Gaza ville. Journaliste freelance et militant pacifiste italien, membre de l’ISM ( International Solidarity Movement ), il écrit notamment pour le quotidien Il Manifesto. Il vit dans la bande de Gaza depuis 2008. Il est l’auteur de Rester humain à Gaza ( Gaza. Restiamo umani ), précieux témoignage relatant les journées d’horreur de l’opération “ Plomb durci ” vécues de manière directe aux côtés des ambulanciers du Croissant-Rouge palestinien.

 

Son blog peut être consulté à :

http://guerrillaradio.iobloggo.com/

 

Du même auteur :

-  Eid Mubarak, Gaza ! Shana Tovah, Israel ! - 17 septembre 2010

 

18 août 2010 - Vous pouvez consulter cet article à :

http://www.association-belgo-palest...   Traduction de l’italien : Y. Khamal

Publié dans : Colères noires
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Mercredi 15 septembre 2010 3 15 /09 /Sep /2010 20:53

Paris, mercredi, 16 septembre 2010    Beyrouth Septembre 1982

         Boycott Israel  Comme tout être humain je suis sensible à l’histoire tragique du peuple de Palestine que j’ai découvert avec la grande baraka qui est la mienne pour les trouvailles littéraires par l’intermédiaire du poète Mahmoud Darwich un des poètes arabes les plus fascinants dont tous ceux qui l’ont entendu dire ses poèmes savent désormais que la parole se communique autrement que par son sens : par l’émotion qu’elle transmet et la musique qui l’enchante… merci Céline… 

Dans les années 80 je vivais au cœur des Cévennes et malgré notre isolement au bout de 5 kilomètres de chemin de terre et sans téléphone je n’ai jamais oublié ce qui s’est passé à Beyrouth au mois de septembre 1982 et je me souviens encore des frissons sur toute ma peau quand les mots nous sont arrivés grâce à un vieux poste de radio où on écoutait France Inter pour se relier au monde ailleurs… J’étais pourtant bien politisée à cette époque avec l’insoumission de tous les poteaux et d’abord de mon ami Marko à qui les gendarmes filaient le train jusqu’en haut de notre plateau et puis on créchait dedans un hameau en ruine qu’on squattait… Ouais mais comme la plupart des jeunes lascars des années solidaires je ne savais rien ou presque de ce qui privait des gens un peuple entier du lieu où il a toujours vécu et où ses arbres et les os de ses ancêtres sont plantés…

Je n’en savais rien mais ce qui s’est passé à Beyrouth dans les camps palestiniens ce mois de septembre‑là je crois que c’est la première des actions humaines innommable que j’ai traversée en n’étant plus une enfant car le 17 octobre 1961 je n’avais que 5 piges et que ça soit la guerre d’Algérie ou du Viêt-Nam j’étais encore très jeune… Est‑ce que c’est à cause de cette naïveté la mienne face à l’horreur du massacre de Sabra et de Chatila et de la façon dont j’écoutais les mots des journalistes et des survivants les seuls témoins en me disant qu’il y avait quelque chose que la langue ne pourrait jamais communiquer que cette tragédie dans toute sa cruauté m’a marquée si profond ?… 

Ils ont été deux des êtres de référence pour moi dans cette affaire avec les mots avec la langue avec la force de l’émotion qui se passe du sens à écrire sur Beyrouth 1982 et sur ce qui me renvoie aujourd’hui encore à ce que je ne peux pas appeler autrement que de la douleur et du désespoir… Jean Genet et Mahmoud Darwich qui connaissaient tous les deux parfaitement l’histoire du peuple de Palestine chassé de son paysage en 1948 ainsi que la transhumance au Liban et puis l’histoire de Beyrouth où chacun d’eux a vécu enfin tout le monde sait ça… Je n’avais aucune des vagues références littéraires ni historique que j’ai aujourd’hui quand j’ai lu ces deux récits et je les ai lus pour tenter de conjurer cette épouvante qui m’avait prise alors aux tripes dans notre hameau cévenol loin de cette réalité‑là… Jean-Genet.jpg

Chacun de ces textes est chez moi dans la bibliothèque à portée de ma main je les feuillette souvent je les relis ils ne me quittent pas… Mais ni l’un ni l’autre dans leur gravité poétique ne m’ont retiré ni ma douleur ni mon désespoir face à ce qui a eu lieu là et qui n’est toujours 28 ans après ni reconnu pour ce qui s’est passé : un massacre de femmes de gamins et de vieillards dans la souffrance et la peur les plus grandes… par ceux qui l’ont accompli ni par aucun de ceux qui y ont de près ou de loin participé par la trahison de la parole donnée par leur silence et leur acquiescement muet. Ni reconnu ni dénoncé ni châtié ni commémoré ni nommé ni tracé dans le sable de la mémoire humaine commune… 

 Faut dire quand même au cas où… que j’ai aucun goût particulier pour la vengeance telle que l’ont exercée certains Juifs survivants en pourchassant les nazis dont on sait que beaucoup ont échappé à tout jugement et qu’on a retrouvés par la suite dans les dictatures d’Amérique du Sud… Je n’ai pas expérimenté l’horreur d’avoir face à soi des fous armés et des tueurs professionnels comme le sont tous les militaires de toutes les armées du monde et pire sans doute encore si ça se peut les militaires avec pour conscience ou pour inconscience la religion et ses démences sexuelles et morbides et par une tendance perso à l’utopie d’une possible harmonie humaine partagée j’ai fui le plus que j’ai pu toute forme d’affrontements… En gros je préfère croire à la bonté et à l’intelligence qu’à la haine et à la bêtise infinie qui mène les troupeaux de tarés vers la boucherie…

Et pourtant là à chaque fois que la date de ce 16 septembre et plus généralement de ce début du mois infâme qui a vu aussi en 1973 ce11 qu’on a effacé de la mémoire populaire le putch de Pinochet et ses sbires menant Salvador Allende à la mort je me dis que nous autres les jongleurs de mots nous ne pouvons pas nous ne savons pas nommer ce qui dans l’homme est réellement un fond de barbarie et de mort… la présence même de l’inhumain à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui au quotidien dans les sociétés occidentales et justement peut‑être à cause de notre impuissance…

Le texte de Genet “ Quatre heures à Chatila ” qui est fort de sa proximité avec les jeunes feddayin palestinien va aussi profond qu’on peut aller dans le témoignage et la traduction impitoyable du crime avec la beauté du style qu’on lui connaît et l’amour lumineux qu’il porte à ces combattants et à ce peuple qui sert à nos sociétés occidentales de parfait bouc émissaire de leurs turpitudes.

“ Sur les six parties, deux seulement sont consacrées à la description des charniers de Chatila. Pour aller plus loin et ne pas être aspiré par cette réalité insoutenable, disparaître en elle comme l'on sombre dans un gouffre, pour réagir et comprendre, Genet se remémore ce qu'il sait des Palestiniens quand il était parmi eux encore vivants. C'est l'objet des quatre autres parties qui sont une échappée de la mémoire en Jordanie, douze ans auparavant, alors que Genet vivait dans les camps palestiniens. Le visiteur hébété de Chatila se doit, pour ne pas devenir fou au milieu des cadavres en décomposition, de mettre au clair ce qu'ont été pour lui les Palestiniens vivants, et impérativement de parler de lui pour parler d'eux ”. ( Alain Milianti, Le fils de la honte. Éd. Solin, 1992 ).

Mahmoud-Darwish.jpg Mahmoud Darwich parle de Beyrouth dans Une mémoire pour l’oubli avec toute la présence poétique de l’homme qui a connu au Liban et d’abord dans cette ville qui est comme sa seconde peau une seconde patrie… A le lire la violence qui s’installe en moi dès que je remémore les mots utilisés par certains tortionnaires parmi les phalangistes chrétiens libanais qui encore aujourd’hui vivent “ tranquilles ” sans aucune conscience ni aucun remord de leurs actes et s’en vantent à l’occasion… à le lire mon envie de hurler s’apaise et devient le refus de consentir qui prépare les paroles réclamant justice et châtiment au nom de ceux qui en Palestine et dans l’exil n’ont jamais plus revus les leurs qu’ils avaient confiés aux promesses de protection des responsables politiques US Français ( 1982 : Mitterrand ) et Italien et de leurs armées respectives…  

“ Je n'ai plus de patrie, je n'ai plus de corps.

Le bombardement se poursuit sur les cantiques de gloire et les dialogues des morts se coulant dans un sang comme lumière qui dévore une litanies de questions glacées.

Qu'est-ce que je cherche? Un trop-plein de poudre, une satiété de colère ?

Les obus pénètrent chaque pore de ma peau et ressortent comme si de rien n'était.

Quelle puissance ! Je ne ressens pas l'enfer partout répandu dans les airs tant que je l'avale à chaque respiration, tant je le respire de tout mon corps.

Je veux chanter, parfaitement, je veux chanter ce jour brûlé, je veux le chanter, inventer les mots qui feront de la langue l'acier de l'esprit, une langue capable d'abattre ces avions, ces insectes de fer brillant. Je veux chanter, inventer la langue qui me portera et que je porterai, qui témoignera et me prendra à témoin de cette force, en nous, capable de surmonter la solitude universelle.

Et m'en aller.

M'en aller pour me voir marcher d'un pas ferme, libre, y compris de moi-même, au milieu de la rue, au beau milieu de la rue. Les monstres volants hurlent autour de moi, crachent leur feu, mais je ne m'en soucie pas.

Je n'entends que le bruit de mes pas sur l'asphalte dévasté. Personne. Qu'est-ce que je cherche ? Rien. Ou peut-être est-ce l'obstination de ce défi jeté pour masquer la peur de la solitude, ou encore la crainte de périr sous les décombres qui guident mes pas et me font arpenter les rues endormies.

Je n'avais jamais vu Beyrouth endormie de ce sommeil matinal. Pour la première fois, je vois les trottoirs, rien que les trottoirs, les arbres, rien que les arbres, avec leurs troncs, leurs branches, leurs feuilles éternellement vertes.

Beyrouth est-elle belle en elle-même ? L'agitation, les paroles, la bousculade, le vacarme du commerce n'avaient jamais permis que surgisse une telle question. Beyrouth n'était pas une ville, mais une idée, un concept, un mot, une façon de dire. ”

  Amandiers.jpg Oui les mots et ceux de Genet aussi peuvent dire cela mais qui et avec quels aboiements quels hurlements quelles plaintes pourra nommer épeler marquer de manière à ce qu’ils traversent le temps les noms de ceux qu’on a privé de leur vie et de leur histoire ce jour du 16 septembre 1982 tracés en une litanie sans fin dans la pierre comme le sont enfin ceux qui ont été assassinés par les milices de Pinochet dans le stade de Santiago le 11 Septembre 1973 et les jours qui ont suivi ?

Qui nommera ceux qui ont participé à cette tuerie parmi les phalangistes chrétiens libanais et parmi les militaires israéliens présents à Beyrouth pour les guider dans leur massacre ? Imaginez un peu que vous alliez à Beyrouth un de ces jours… votre chauffeur de taxi ou le patron du bistrot où vous vous arrêtez est peut‑être de ceux‑là comment savoir ? et comment accepter de ne pas savoir ? Et le silence d’hier et le silence d’aujourd’hui signent la même complicité de ceux qui à Beyrouth…

Avec quels mots pourrions‑nous nous autres qui n’avons affronté ni guerres ni massacres ni vols de notre espace vital tenter d’écrire ce que l’inhumain réclame comme l’expression de sa puissance à tuer à violer à terroriser à déshumaniser… et qui s’il n’est pas dénoncé et châtié et empêché de se communiquer à ces êtres revenus à la première barbarie avant l’intelligence se répandra et c’est déjà le cas dans le cerveau dément et vide d’autres apôtres du terrible “ Viva la muerte ! ” de Franco ?

Qui inventera les mots qui n’existent pas encore pour apporter la compassion la bienveillance et la consolation et d’abord qui saura dire notre douleur et notre désespoir communs quand cela n’a jamais même été murmuré sous la clarté obscure de la honte ? Qui saura réclamer exiger assez haut assez impitoyablement la lumière sur ce que les Etats les responsables des manipulations politiques et historiques de toutes sortes et les exécutants serviteurs infâmes des maîtres d’un monde sans âme ont passé au blanc il y a 28 ans et ça dure… pour que les Palestiniens et les Libanais qui ont vu leur famille entière dévastée à Beyrouth septembre 1982 puissent avoir enfin un lieu où venir ensemble se souvenir des leurs prier ou pleurer ou crier leur détresse se consoler par la présence les uns auprès des autres des fils et des filles de ceux qui ont survécu et trouver dans cette reconnaissance un peu de paix et de douceur quand les images si violentes commenceront à faire un peu moins mal ? Caillou-alg-rien.jpg

Et qui dans la clarté rayonnante d’une lune amicale et fraîche dans la renaissance généreuse d’un soleil printanier qui pleut ses gouttes légères ira cueillir sur cette terre sans tombes et sans sépultures les premières fleurs des amandiers nées du sang de la souffrance mêlé au lait de la jeunesse d’un monde où l’inconscience et la saveur de la mort seront scellées au fond des catacombes de l’oubli par notre refus d’accueillir parmi nous ces créatures qui nous ressemblent tant et qu’on ne peut pas nommer ?  

 

Lamentation de Hadja Hassan Mohammed

Mardi 14 septembre 2010 gaza-enfant-nounours.jpg

Franklin P. Lamb

       “ Comme je vous envie vous qui étiez là quand ceux que j’aime sont morts. Est-ce qu’ils avaient soif ? Avez-vous eu la bonté de leur donner à boire ? ”

 

Cher Franklin

 Merci beaucoup de m’avoir fait suivre ce texte. C’est très pénible, mais je me souviens de tout ce qui s’est passé la nuit du 17 septembre 1982 quand Mounir a été amené par ses amis à la salle d’urgence de l’hôpital de Gaza. Tout ce qu’il arrivait à dire était Israéliens, Haddad, Kataeb et il s’est évanoui. Il a été le dernier patient que j’ai opéré avant que les miliciens ne nous obligent à quitter notre salle d’opération en sous-sol. Il avait reçu trois balles et perdait beaucoup de sang - son hémoglobine était tombée à 4gms ( le niveau normal est de 12-13 gms ).

Comme les autres, Mounir a vécu pendant des mois à Chatila dans la maison où sa famille avait été assassinée ; il revivait constamment ses cauchemars et finalement on a réussi à l’envoyer avec son frère aux USA pour qu’il puisse commencer une nouvelle vie. Je l’ai rencontré à de nombreuses reprises et même maintenant il me demande de regarder ses cicatrices.

Par respect, j’ai changé son nom dans mon livre, mais l’année dernière il m’a dit qu’il se sentait plus solide ; je peux maintenant raconter son histoire - celle d’un jeune garçon de 11 ans. J’ai également inclus les photos de sa grand-mère et de son grand-père dans mon livre ainsi que les lamentations de sa grand-mère.

Le moment est peut-être venu de faire entendre au Liban et dans le monde les lamentations de feu sa grand-mère, qui a marché 20 km du Sud Liban jusqu’à Chatila... Elle est arrivée à Chatila ce jour de septembre pour constater que 27 membres de sa famille avaient été tués - seuls Mounir et Nabil avaient survécu. Elle dit : je_rage.jpg

 “ Nos colombes sont toujours là. Nos oeillets exhalent leur parfum. Les moineaux chantent leurs chants de toujours. Mais Abou Zuhair est introuvable.

Beyrouth tu as pris tout ce que j’avais. Tu as pris ma dernière étincelle de vie et mon coeur gît dans tes rues.

Abou Zuhair, le grand, le jeune arbre a été cruellement coupé de ses racines sur ton sol.

Puisse le sang de celui qui t’a tué se mélanger au tien. Puisse sa mère souffrir la même agonie.

Qui a creusé ta tombe Abou Zuhair ? Qui nous a apporté ce désastre ? Qu’est-ce que je peux dire en ta mémoire ?

Mon coeur est lourd de reproches pour ce monde insensible. Cent navires, deux cents étalons ne suffiront pas pour porter le poids de la douleur dans mon coeur.

Qu’est-ce que je peux dire ? « Mère » tu me dis « va à nos tombes et prie pour ceux qu’elles ont engloutis »

Je vais aux tombes et j’étreins tendrement leur pierre. Je dis « faites que vos pierres entourent chaleureusement les corps de ceux que j’aime, prenez soin d’eux, je vous les confie. »

 Je pleure votre jeunesse et je pleure toutes les jeunes filles qui n’ont jamais connu un moment de bonheur ou de contentement. Elles sont allées à la rencontre de la vie pleines d’espoir et d’impatience pour se faire piétiner et déchirer par sa férocité.

Mon Dieu, je n’ai plus de force. Il était l’homme le plus beau et le jeune homme le plus fort des garçons. Il préparait la voie pour les autres afin de faciliter leur marche.

Ton jeune corps s’est mélangé au sable trop tôt et le sable remplit tes yeux.

Qu’est-ce que je peux encore donner à mon pays ? Mon coeur est pénétré de souffrance et de reproches à la vie.

Comme je vous envie vous qui étiez là quand ceux que j’aime sont morts. Est-ce qu’ils avaient soif ? Avez-vous eu la bonté de leur donner à boire ?

J’implore chaque oiseau qui passe de vous porter mon angoisse et mon amour et de me ramener des nouvelles de ceux que j’aime.

Mon enfant, ton corps est criblé de balles. Qui t’a envoyé à moi, oiseau de malheur ? Pourquoi m’infliger tous ces désastres à la fois ? Épargne-moi un peu, oh mon Dieu. Mon Dieu - attends au moins un an, et puis que ta volonté soit faite.

Je vous en supplie, vous les croque-morts, avancez lentement. Ne vous hâtez pas. Laissez-moi voir encore une fois ceux que j’aime.

Je vais vers les tombes et je reste là égarée. J’appelle Abou Zuhair, puis Oum Walid ( sa sœur ). Pas de réponse. Ils ne sont pas là. Ils ont suivi Oum Zuhair ( la femme d’Abou Zuhair ) et les enfants. Ils sont tous partis une nuit sous la lune - tous ceux que j’aime.

Mon enfant, tu n’es plus près de moi. Des montagnes de distance nous séparent...

Nabil ( neveu d’ Abou Zuhair ) appelle sa mère. « Mère » dit-il « à qui m’as - tu confié ? »

Zahra répond « je t’ai laissé à tes oncles. Ils devraient te donner de mes nouvelles et t’emmener jusqu’à ma tombe pour que mes yeux puissent te regarder et que mon coeur puisse t’atteindre ». Mais Abou Zuhair est parti et il ne peut pas accomplir le souhait de Zahra.

Zuhair ( fils d’Abou Zuhair ) demande à son père « à qui m’as tu confié ? »

« Ton grand-père viendra te chercher. C’est toi qui continues sa vie ».

Mais la vie, qu’est-ce qui nous reste de vie ? Nos coeurs sont morts. Nous n’avons plus de larmes pour tous les jeunes, hommes et femmes qui sont morts.

Où puis-je me tourner ? Où sont mes enfants ?

Mon enfant, que Dieu te montre la voie sacrée et que mon amour et mon affection soient une lanterne qui t’accompagne sur le chemin.

Dieu tout-puissant, donne-moi la patience. Jeunes gens, restez loin de moi : vous rouvrez mes plaies et je suis si lasse. Qu’est ce que je peux dire ? ”

 Lamentation de Hadja Hassan Mohammed, octobre 1982. ( pp. 84.85,86 de From Beirut to Jerusalem ). Fleurs-d-amandier-3.jpg

 Veuillez diffuser ce texte - une grand-mère palestinienne à sa famille, massacrée à Sabra et Chatila - j’ai conservé ses paroles et je les lis à tous ceux qui veulent les entendre depuis 28 ans

9 septembre 2010 - Ce texte peut être consulté ici :

www.thepeoplesvoice.org/TPV3...

Traduction : Anne-Marie Goossens   

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Samedi 4 septembre 2010 6 04 /09 /Sep /2010 21:47

Cet article a été publié sur le site : www.info-palestine.net

      J'ai trouvé cet article tellement porteur d'espoir et de fraternité enthousiaste et ça m'épate car par ces temps il fallait oser écrire ça... que j'ai tenu à vous le faire partager. C'est si rare quand on parle de Palestine de parler aussi d'amitié ! Une grande émotion m'a saisie à lire ces mots et j'y ai retrouvé nos utopies des années de jeunesse... Les lire sous la plume d'un Algérien aujourd'hui me fait chaud au coeur. J. Sénac serait heureux s'il déchiffrait seulement le titre de ce très beau texte lui qui n'a pas cessé de parler de l'amitié... Que le temps vienne de notre amitié retrouvée ! Boycott Israel

Comment retrouver l’amitié ? L’avenir du monde se joue au Moyen-Orient

Samedi 4 septembre 2010

Mustapha Cherif - Le Quotidien d’Oran

       L’élargissement de notre sentiment d’appartenance à l’humanité toute entière et l’attachement à la résistance pacifique et à l’amitié entre les peuples doivent l’emporter, sur le repli et les murs des apartheids, que certains élèvent en Palestine, entre les deux rives de la Méditerranée et partout dans la tête des gens.

 En ces temps de jeûne notre pensée solidaire est pour les Palestiniens et tous ceux qui souffrent de l’occupation et de la violence. Les nouvelles du Moyen-Orient ne sont toujours pas bonnes. Malgré des tentatives d’actes symboliques de solidarité qui arrivent au compte‑gouttes, Ghaza et la Cisjordanie restent assiégées, presque complètement isolées du reste du monde. Le type d’apartheid d’Israël se mêle à un colonialisme féroce de peuplement. L’immense majorité de la population de la bande de Ghaza, considérée comme des aborigènes, sont des victimes du nettoyage ethnique de 1967, et interdite de revenir dans les villages d’où ils furent chassés.

C’est un bantoustan et la plus grande prison à ciel ouvert du monde, dont les puissants de ce monde détournent les yeux, complices. Même durant l’apartheid en Afrique du Sud, les forces racistes n’ont pas utilisé toute la force de l’armée contre la population civile des ghettos. Par contre, Ghaza a été agressée par des bombes aux phosphores, interdites internationalement, des F16, des hélicoptères de combat, des navires de guerre, des chars d’assaut.

L’Autorité palestinienne, qui n’est que l’ombre d’elle-même, vient de plier sous les pressions américaines pour reprendre la parodie de négociations directes avec le gouvernement israélien d’extrême droite qui pavoise et continue à coloniser, à détruire les maisons et à assassiner les Palestiniens. Dans ce contexte, rien ne doit occulter que juifs et musulmans sont frères abrahamiques. Le problème au Moyen-Orient est politique. Le lien entre le Juif et l’Arabe, l’être sémite, juif-arabe, doit être préservé et au nom duquel il faudra lutter contre tous les extrémismes. Aucun amalgame ne doit être fait. Islamophobie et judéophobie sont les deux faces d’une seule et même stratégie de la haine, tantôt l’une tantôt l’autre mis en avant par les racistes. Il ne faut pas se tromper et tomber dans le piège.Citronnier

 La pression américaine

Analysons la situation politiquement, sans passion et travaillons à l’amitié. Au lieu d’informer l’opinion publique internationale, favorable à la cause palestinienne, en mettant l’accent sur les similitudes existantes entre le régime sioniste extrémiste et le régime d’apartheid, l’absence de stratégie, la peur de l’épouvantail “ islamiste ” et les divisions internes précipitent la faillite de l’Autorité palestinienne.

C’était prévisible faute de soutien arabe conséquent. Le négociateur en chef palestinien Saeb Ereikat, lui-même a déclaré : “ Les Américains pratiquent l’intimidation pour que nous rejoignions de façon inconditionnelle et pour une durée indéterminée des négociations qui pourraient conduire nulle part. Le Président Abbas a dit "non" mais il peut ne pas être en mesure de maintenir cette position pendant une longue période sans véritable soutien palestinien, arabe et islamique. ” Le combat pour la libération nationale de la Palestineest en train de se transformer en revendication pour des bantoustans et querelles politiciennes.

Sauf sursaut, les sionistes extrémistes vont réussir à obtenir une pseudo-trêve illusoire de 20 ans pour enterrer la question. Les sionistes extrémistes ne reculent devant rien. Pourtant, les peuples arabes continuent à préférer la paix comme option stratégique, refusent l’extrémisme et rêvent même d’une nouvelle Amitié. La puissance médiatique du lobby pro‑israélien cherche à faire croire le contraire. Il arrive à faire rentrer dans les esprits les thèmes scélérats du “ choc des civilisations ” et du nouJuifs contre le sionismevel ennemi en la figure du musulman. Pourtant, l’idéologie sioniste extrémiste n’est pas unanime dans les communautés juives à travers le monde, même si des institutions juives ont basculé dans un appui inconditionnel à la politique coloniale.

 Qu’est devenue la proposition arabe de paix ?

Des médias et des centres de décision influents servent de courroie de transmission à l’idéologie sioniste, pendant que le discours arabe est dénigré. Pourtant, la proposition de paix, saoudienne, qui est devenue arabe à l’unanimité depuis 2002, est une vraie et solide proposition constructive. Reprise à chaque sommet arabe, elle est restée lettre morte. L’opinion occidentale ne la connaît pas bien, voire l’ignore. Sur le plan culturel le monde arabo-musulman, malgré des courants obscurantistes, ne cesse de proclamer son attachement au dialogue des religions et des civilisations, mais faute de rapport de force conséquent, il n’y a pas de réel progrès.

Les forces contre la paix élèvent toujours un mur de silence face aux bonnes volontés. Pour les sionistes extrémistes et leurs alliés, une critique d’Israël équivaut à de l’antisémitisme. Les deux peuples israéliens et palestiniens ont le droit à la paix et à la sécurité. Cela n’exclut pas de critiquer les extrémistes de deux bords.

Aujourd’hui en Europe, il est de moins en moins admissible d’exprimer une critique de la politique de l’Etat d’Israël. Le terrorisme intellectuel et la propagande sont tels que des citoyens européens et juifs succombent au chantage affectif et développent un second nationalisme hors du commun. Un chercheur juif, Jacob Cohen, parmi les justes, engagé pour la cause palestinienne, vient de publier chez l’Harmattan un ouvrage, roman fort significatif sur les méfaits des lobbys tentaculaires à ce sujet, intitulé : Le printemps des sayanim, dédié “ à tous ceux qui se battent pour la justice en Palestine ”.

Il vise selon l’auteur, à ouvrir les yeux sur une force puissante et insidieuse mise au service d’une idéologie de domination, afin de permettre un décryptage des événements et favoriser l’émergence de contre-pouvoirs. Contribuer à la paix et à la justice entre les peuples passe par le souci d’informer.

Cerf-volant.jpg Des propagandistes islamophobes, pour faire diversion aux impasses de la société consumériste, alimenter la peur et le rejet de la religion, délirent et prétendent que “ la talibanisation ” des sociétés musulmanes est en passe de se généraliser.

Certes, des attitudes obscurantistes injustifiables sont visibles en rive Sud, mais elles restent minoritaires et sont le produit des contradictions de notre époque. “ Le choc des civilisations ”, que les islamophobes et les extrémistes prônent, représente le grand mensonge du siècle. Il ne doit pas devenir une réalité cauchemardesque. Cela signifiera que l’humanité éprouve les limites extrêmes de sa tendance au vivre-ensemble, et que la pulsion de vie et le besoin de partage qui poussent les hommes à s’unir, se sont épuisés, abdiquant face à la pulsion de mort et d’isolement.

Nous refusons d’imaginer un monde libéralo-fasciste, où rien ne s’échange, rien d’humain ne circule, rien de sage ne se dit, sauf ce qui favorise des relations conflictuelles. L’élargissement de notre sentiment d’appartenance à l’humanité toute entière et l’attachement à la résistance pacifique et à l’amitié entre les peuples doivent l’emporter, sur le repli et les murs des apartheids, que certains élèvent en Palestine, entre les deux rives de la Méditerranée et partout dans la tête des gens. L’avenir est incertain, si des hommes de bonne volonté, juifs, chrétiens, musulmans, humanistes, ne s’unissent pas. L’avenir du monde se joue au Moyen Orient. oliviers.jpg

Mustapha Cherif est philosophe .4 septembre 2010 - Le Quotidien d’Oran - Evènement

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Dimanche 29 août 2010 7 29 /08 /Août /2010 18:53

 

Vendredi, 27 août 2010   Aile cassée

 LIBERTE-PRISE-AU-PIEGE.jpg

Ouaouf ! Ouaouf ! Y a deux mois un peu plus que j’ai arrêté d’aboyer dedans mes petites chroniques de la banlieue pour des tas de raisons autres que celle de l’été qui la ramenait une fois encore avec ses orgies de fruits qui me font toujours saliver de bonheur comme quand j’étais môme et que je rêvais déjà d’une Afrique sucrée à donf et aussi douce à l’écoeurement que le ventre des mangues fraîches… Pas question que je chope mézigue le clébard anar et pas solvable en signes noirs s’il veut pas par la contrainte à l’écriture ça me rappellerait trop l’histoire du chien et du loup vous savez ? Ouaouf… Tremper la plume ou saisir le stylo pour les gens de ma sorte qui n’font que gribouiller des impressions volages comme des parfums dessus des cahiers aux pages recollées par-dessus que ça n’ressemble à rien c’est un acte tous les jours de partager c’est pour ça que je le fais sinon j’irais me faire pendre au pays des greffes Ouaouf !

Mais ce début d’année il a été trop grave jusqu’à la tentation l’ultime de tout renvoyer à l’expéditeur de tant d’émotions qui me rendaient proche des gens simples ce que je croyais mais des fois on a plus envie hein ?…Ce qui me tenait surtout c’était ce gros manuscrit mon ours à rebrousse pages l’enfanté des impostures le trituré comac depuis des saisons que je l’embaume dedans mes rouleaux taillés au creux des roseaux au bord du fleuve à histoires… Mon récit de nos transhumances de 40 piges pas moins nous autres débarqués de partout les mômes des paysans ouvriers touillés aux immigrés du grand Sud et nos nouvelles Babylones forteresses béton et black bitume qui ont échafaudé la Babel de toutes les banlieues du monde… Ouaouf ! Que j’y tiens un peu alors à cette faribole qu’y en a pas lerche des comme ça vu que depuis le grand Céline personne s’y est collé pour de bon à la goualante des gueux des faubourgs et que ça fait même un drôle de trou dans notre romance populaire d’après les années 50 non ?

Ce manus mon ours quoi j’avais de l’acharnement diabolique à le boucler avant que les vastes déplacements d’humains aux estives ils démarrent avec les blés à faucher et les hauts feux de cette Saint Jean d’été que je garde en moi comme une grande fête un peu triste maintenant que mon ami Jean est parti et je ne savais pas pourquoi… J’étais chiennement déconnectée au point qu’un de ces marchands de papiers dont je me défie comme d’un troupeau de termites l’habitude hein ? m’a refait le coup du : “ envoyez‑le moi ça m’intéresse… ” vous voyez le genre… Ouaouf ! Cet ours faut le dire c’est un mielleux de première qui se bâfre aux rayons direct tout juste s’il s’essaie pas au soleil tout glouton qu’il est de Voleur-de-soleil.jpgla bonne aventure et cézigue je l’ai laissé bien grossir et se faire le poil doré à point alors probable que je n’vais pas le filer en pension dans n’importe quel gourbi à mouches vous comprenez ?

Alors le marchand de paplars je le connais pas et comme c’est une copine qui me le gaffe je me dis que je vais d’abord lui mettre aux paluches mes p’tites nouvelles de la banlieue que je triture depuis moins longtemps et que ce sont des récits qu’éclatent en étincelles marioles… Y a au démarrage l’histoire des p’tits chemins creux d’Epinay et notre voyage à Meudon à l’ami Louis et à mézigue c’est pas de la bouillie quoi ! Ouaouf ! Ouais j’me méfie malgré la copine Françoise qu’est une vraie pote et le fait que ce marchand de paplars pointe aux Etonnants Voyageurs de St Malo qu’est notre cité d’adoption notre forteresse corsaire à Céline d’abord le grand le vrai voyageur alors et et à nous autres les mômignards de la banlieue hein ? Donc j’envoie mon p’tit ours à Françoise qui gentille amie apportera direct la bestiole vu qu’elle connaît le gazier c’est bien comme affaire non ? 

M’enfin vous allez me dire où c’est que je veux en venir avec ces histoires d’ours que c’est bien tordu comme récit pour une rentrée… bon vous allez voir ça vaut l’attente si si vous n’regretterez pas… Mézigue j’attends pas cinq jours et Hop ! ce que j’ai comme cadeau dessous le paillasson juste avant qu’on se casse avec l’ami Louis je vous le donne pas vous avez deviné hein ? Ouais c’est ça… le formulaire habituel que j’en ai des piles qui ont rejoint les gros containers ordures verts que tous les écribouilleurs connaissent et qui vous font la grosse colère Ouaouf ! Ouaouf ! Qu’ils aiment pas c’qu’on écrit ces marchands d’salades “ en mettant notre peau sur la table ” c’est leur droit de minables on peut pas agir là-d’sus mais qu’ils lisent pas vu qu’en cinq jours je sais de quoi je cause mézigue qu’on ai lu des wagons alors là ça fout la haine quoi ! Mais qu’ils changent de métier crotte ! 

Ouaouf ! Ouaouf ! C’qu’y compte dans cette aventure c’est que pour expédier des ours tous proprement diaboliques j’ai marné comme une folle des mois et des jours sans lever le tarbouif de mon affure et que les deux manus le gros et le p’tit ils sont ric‑rac bouclés lu relus surlus et le reste avant l’août foi d’animal je vous en cause pas ! Ouais eh ben heureusement que j’n’ai rien lâché… heureusement pour mézigue je veux dire et mon p’tit cerveau d’clébard des rues pour vous autres je n’sais pas… heureusement parc’que la nouvelle de c’mois d’été qui tire sa fin et que vous avez lanterné jusque là pour l’avoir c’est que moi qui vous écris je le fais de la patte gauche et voilà ! Vous avez bien capté c’est ça je me suis éclaté la droite l’irremplaçable la totale funambule sur un p’tit chemin dans la bonne ville malouine pas loin de l’écluse principale pour ceux qui connaissent sous une flotte d’enfer en cavalant dedans la bouillasse et Zouh aux fraises !

Ouaouf ! Ouaouf ! se péter le bras droit quand on est écrivaine c’est le bonheur que personne imagine et pendant ses vacances à une semaine de son anniversaire vous maginez l’imposture ? Mézigue qu’est née sous un double signe de terre et d’eau faut pas que je me plaigne ça c’est fait en pleine bouillasse natale à deux pas de l’océan c’est un signe un signal des signaux… Ouaouf ! Le panard vous avez bien pigé c’est qu’en plus de n’pas pouvoir se brosser les dents sans baver partout essayez voir même les doués d’la main gauche ! de n’pas arriver à attacher ses lacets à enfiler ses tee‑shirts préférés à porter son sac à dos avec ses bouquins et ses cahiers pleins d’mots et tout et tout… eh ben il est pas question d’écrire avec stylo sur feuille de paplar sauf des bavouillages infâmes encore ! et là alors j’vous assure que pour cézigue le clébard c’est la mort sûre ! Ouaouf ! Ouaouf ! AAAAAAAAAAAA AH !… signesousledesert2POURLEBLOG2.jpg

Ça c’est le cri du chien qui hurle à la mort en tapant comme un dérangé de la touffe de la patte gauche sur son clavier… Ouaouf ! Ouaouf ! Ouaouf ! Mais de quoi il se plaint alors s’il peut encore raconter des histoires et saouler les gens avec ses déboires sans boisson ses culbutes minables aucune envergure d’abord c’est vrai c’est trop ! C’qu’il m’a envoyé le type des urgences quand je lui ai sorti que j’étais critique litt et donc que j’écris avec ma main droite vous pensez ? “ Mais non… vous tapez sur un clavier… ” 

Y’a pile 15 jours que c’est arrivé et je butte chaque jour dans les trottoirs avec une seule aile essayez de tenir l’équilibre qu’on rigole ! et la douleur me fait dire que c’est bien ça m’évite la grosse déprime du cormoran black mazouté qui pêchera jamais plus ses p’tits poissons argentés comme des étoiles… Moi je repêcherai à nouveau et avec plus de jouissance encore je le sais… Enfin mon cerveau il le sait lui mais mon corps hein ? Ouaouf ! pas sûr qu’il soit au parfum et mes neurones dans la totoche non plus… Bon je vous en fait pas un roman y a pas d’raison vous avez vos galères vos expulsions du pays des droits d’l’om vos bras menottés au sang pour avoir traité un vigile vos salaires de la zermi amputés de moitié plus la chienne qu’a fait son nid pour ses p’tCouv Feux folletsits dans la mousse du divan tout neuf la plaie quoi ! Je venais juste vous tenir au courant des fois que… Ouaouf !

Pour les poèmes vous attendrez pas trop vu que mézigue pas question que ma main elle arrête de créer ça lui est jamais arrivée depuis que je la connais alors… J’ai installé un paplar sur une planche sur mes genoux et mézigue ras du sol encore pour l’équilibre et j’arrive à torturer des signes de cormoran black mazouté c’est bon ! J’écris jamais les poèmes sur l’ordi vous vous doutez Ouaouf ! c’est comme de planter un rosier avec l’ordi essayez pour voir… Y sont drôles ces gens qui croient au virtuel parce que les mains vous savez… les mains nues c’est ça qui fait les hommes vivants… C’est le clébard qui vous le dit… Ouaouf ! Ouaouf !                     

 
         

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Jeudi 5 août 2010 4 05 /08 /Août /2010 22:34

"Soyez comme l’arbre fruitier : on vous attaque avec des pierres, répondez avec des fruits"

Etonnement de soi

      Je n'avais pas l'intention d'écrire un nouvel article sur notre blog avant le mois de septembre vu que le repos et le vide dans la tronche on en a p'tit Louis notre dessinateur préféré et mézigue plus besoin que jamais dans cette année qui nous tue à petit feu et je bidouillais quelques textes pour notre retour de Saint-Malo où on se tire samedi se mouiller les panards dedans les petites vagues vertes qui ne puent pas elles Ouaouf !

      Et puis y a eu les déclarations racistes et pourries de haine de tout l'monde a pu entendre pareil que nous autres et qui nous refilent la honte comme à chaque fois et puis non ! c'est encore un peu pire cette fois que celles d'avant parc'qu'y a eu après l'horreur déclarée de ceux qu'on connaît et qui ont toujours été nos ennemis de classe et les monstres méprisants pour ceux qu'ils appellent La Canaille dont on a la fierté de faire partie... donc y a eu ce sondage d'opinion et même si on n'sait pas c'que ça vaut et de quelle opinion il s'agit on n'peut pas laisser passer l'affaire c'est pas possible ! Ouaouf ! Ouaouf !

      D'abord on n'peut pas tout simplement parc'qu'on est des humains et que ces gens qu'on traite et qu'on insulte ce sont des humains pareillement et pas des groupes des tribus des troupeaux des choses en tas hein ? Non on n'peut pas causer d'êtres vivants et d'hommes comme ça c'est pas pensable c'est pas possible et en tant qu'humains on doit réagir et ne pas laisser passer car on sait ce que ce genre de paroles d'opinions de dégueulasseries traînent derrière elles... Ouais c'est sûr que c'est une histoire entre humains et que nous autres on dit NON ! Y a pas de problème majeur dans ce pays qui ne soit pas celui de nous tous et nous tous on vit ici ensemble et on ne va pas laisser tripatouiller à l'intérieur de nous pour décider qui est d'ici et qui est d'ailleurs qui est "étranger" d'accord ?

      Alors si mézigue qu'a l'habitude de l'écriture j'ai décidé de me coltiner avec ces mots-là en plein de l'été c'est que ces gens qui sont d'accord y paraît avec le fait que "les étrangers sont un problème majeur pour ce pays" à nous ils nous donnent tout de suite envie de dire que les étrangers c'est nous autres si ça vous dérange pas okay ? Parc'que mézigue il est pas question que j'aie quelque chose en commun avec celles et ceux qui pensent ce genre de truc et qui le proclament... Il est pas question que je fasse partie de leur clan de leur tribu de leur populace de leur pays et de rien qui leur ressemble...

      Au nom de tous mes amis étrangers et immigrés avec qui j'ai grandi dans les banlieues et qui m'ont appris la générosité le sens de l'accueil et de la joie partagée je dis que je suis solidaire avec vous et que je suis moi aussi étrangère à ce pays-là... Au nom de tous ces gens qu'on est allé chercher avec des rabatteurs dans tout le Maghreb et ensuite dans toute l'Afrique après l'abattoir 39-45 et à nouveau en masse dans leurs villages sous les années Giscard d'Estaing avec des papiers pour venir bosser direct dans nos usines franco-françaises et qu'on a embauchés pour des salaires minables et logés dans des foyers crasseux comme on le voit dans le film de Yamina Benguigui "Mémoires d'immigrés" avec le désespoir dans leurs yeux je dis qu'il monte en moi une énorme colère quand j'entends ces misérables parler de 50 ans d'immigration mal gérée...

      Ces gens venus d'ailleurs que vous êtes allés prendre à leur vie à leur histoire à leur culture à leur paysage pour les embarquer direction l'exil et l'indifférence et puis le mépris ça fait 50 berges qu'ils construisent les logements dans lesquels vous croupissez en tas comme de gros cafards... ça fait 50 berges qu'ils fabriquent les bagnoles au bord desquelles vous installez votre viande pour vous tirer en vacances là où ils ne vont jamais.... ça fait 50 berges qu'ils vident vos poubelles et nettoient votre merde sans rien répliquer à vos insultes et à votre haine au quotidien... ça fait 50 berges qu'ils se taisent quand vous traitez leurs gamins qui n'ont droit à rien d'autre qu'à vos restes de "fils de fellaghas ou fils de Négros"...

      Alors moi je vous le dis aujourd'hui bien clair qui que vous soyez si jamais dans ce pays où je suis née par hasard et dont plus rien ne m'est proche ni ne m'est cher et où tout me donne envie de gerber... ouais je vous le dis que si vous touchez à ceux qui sont nos frangins et nos amis et qui ont eu pour nous les mômes des banlieues la même affection et la même présence chaleureuse que pour leurs enfants... si vous vous en prenez demain à ces vieux hommes et ces vieilles femmes immigrés et à toutes celles et à tous ceux qui vivent ici avec nous sur cette terre depuis toujours alors je vous assure bien que ce n'est pas avec des fruits que nous vous répondrons Ouaouf ! Ouaouf !

      Vous trouverez en face de vous tous ces étrangers à votre monde de haine et de barbarie toutes ces Canailles qui déjà en 1870 avec les Communar Image oiseau ds qu'on appelait les Partageux se sont levés pour refuser ce visage inhumain que vous collez à tout ce que vous approchez... et que vous voulez coller à l'humanité qui est la nôtre Ouaouf !

     Et maintenant nous autres tous on va s'en aller respirer un air doux et salé bien loin de votre territoire barbelé miradoré encerclé de distributeurs à pognon et à ennui mortel...

      Salut et bon été aux p'tits des banlieues qui ne bougent pas on vous rapportera promis des cailloux ronds et doux comme la terre qui est à tous et comme notre tendresse commune Ouaouf ! Ouaouf !

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