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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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P'tits poèmes diabolique

Mercredi 10 décembre 2008 3 10 /12 /Déc /2008 00:04

Jumeau d'iris
Epinay, dimanche, 8 décembre 2008
Mes cités englouties mes blancs équipages

Je refuse vos armures de métal

Pourpre passage de l’hiver miroitant

Dans les billes de verre au cœur neigeux

Sur un printemps brutal ses feux clignotant

Panique pour nos souvenirs de santal

 

Enfant mage d’Algérie tous les jeux

On les partageait jeune berger d’abeilles

Je t’inventais toi Osiris courageux

Mon jumeau d’iris je perçais les oreilles

De ton cheval arabe y pendais des grelots

Couleur de lait je t’appelais je t’appelle

On descendait les dunes au galop

De l’oasis dans ses grasses mamelles

Nos palmiers brûlaient comme des photophores

Bleus aux portes du désert d’où venaient nus

Pieds des vieux nomades mineurs de phosphore

Papillons masqués aux couleurs inconnues

 

Mes cités resurgies mes noirs équipages

Je refuse vos impasses de sang pur

Fauchage flou du corps de l’été hantant

Les glaçons d’astres céladons qui naufragent

Un verger d’automne salé de coupures

Le brouillage entre nos images s’étend

 

Enfant mage d’Algérie tes tatouages

Planquaient des cicatrices nos ruches troncs

Des fûts grésillant gas-oil foutus forages

D’Arabie sa chair pressée comme citron

Tu te dressais au sommet d’une poutrelle

Des chantiers où un ksar de béton naissant

S’acharnait à repousser la citadelle

D’argile cuite au four du ciel hennissant

Son troupeau de chevaux mirages dans ton œil

Bel acrobate aux étriers en fleurs

Par-dessus les décharges ogresses en deuil

On inventait le sable cendres de couleur

 

Mes cités englouties mes blancs équipages

Je veux garder de vous la légende éphémère

Le temps effarouché de l’enfance fidèle

A ses secrets enfouis dans nos âmes sauvages 

Mon jumeau d’Arabie immortelle chimère
C'est à toi que j'écris et c'est toi qui m'appelles.

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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 23:01

Présages des mésanges

A Jean-Claude Xuereb

Epinay, Dimanche, 22 novembre 2008

 

Sur la fenêtre une petite mésange

A fait dans mon enfance un trou sa maison

De papier emplit ma mémoire de rumeurs

Dont j’écrirai les présages au passé ivre

D’un temps où aucun poète ne meurt

Si je ne crains pas passante les saisons

Sur la fenêtre une petite mésange

Moissonne pour me rejoindre le chemin

Sans rien qui dérange sa ronde rusée

D’hier jaune et bleue comme avant elle mange

La pomme de Noël rouge que j’ai posée

Dans le panier dessus les fruits morts que givre

La rosée pour elle à dix ans je joue demain

Avec des grains de blé je glane nos heures

Comme avant l’hiver a le goût de muscade

Encore ardent déjà la porte de la cave

Ouvre loin face aux vents de Pointe Pescade

Et que le messager d’Ombla couvre de bave

D’or nos mots notre monnaie de pur échange

Chaque page était écrite avant que je vienne

A traîner dans une rue obscure d’Alger

Jeune fiancée ton histoire et la mienne

Aussi sous la djellaba blanche demeurent

Errant entre les tôles des bidons mangés

De rouille au creux d’un petit trou pour les mésanges

Dérision de nos vies charmées de chardons

Vifs au jour la fenêtre bleuit les fournées

D’oiseaux que la mer apporte comme un don

Salé à nos paumes d’enfants des mégapoles

Nues quand rue Elysée Reclus la destinée

Roule galets nos fruits mûrs dans la fange

Vertige du présent en quête de bonté

Dans les yeux des poètes passent des images

Futures le grand corps couché de l’été

Témoigne d’une coupure d’un forage

Ravissant nos mots au seuil des nécropoles

Saignent le soleil signe ton nom Yahia

Au bord des barreaux une petite mésange

Inquiète surveille le couteau que l’hiver

A planté comme avant dans les fruits et comment

Est-elle arrivée jusque-là ? Il y a

Les arbres à rêves qui poussent à l’envers

Des livres qu’effeuille avide mon tourment

Au fond du cachot une petite mésange

Traverse l’ombre où tu veilles comme avant

Sur la beauté bienheureuse des lampes elle

Volette elle boit ta salive mange

Le pain frais de ton silence comme avant

A nos fronts les étés te sont fidèles

Sur la terrasse une petite mésange

Fait dans la page de ton poème son trou

Elle ouvre bleue une fenêtre vers la mer

Blanc le burnous de ta jeune fiancée quand

Chaque nuit tu m’emmènes Yahia comme un frère

Au bout du môle guetter graves les fous

Qui cherchent dans la vase douce des oranges.

 

 

 

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Lundi 27 octobre 2008 1 27 /10 /Oct /2008 23:46

Algérie je t’écris
Epinay, Dimanche, 25 octobre 2008
Elle a dix ans elle descend vers les gourbis
En bas de la cité y en a à la pelle
Qui font le gros dos Des cabanes on dit
Où crèchent tous ceux d’Algérie On l’appelle
Elle court le vent dans les tôles la suit
Les caniveaux qui débordent sont ses ruisseaux
Y’a de l’or dedans les bidons cueillent la pluie
Aux ficelles balancent peuplées d’oiseaux
Des lessives couleurs vives des tissus
Paillettes d’Argent Elle se cache dedans
Elle a dix ans sa joie est là on l’attend
Passé la palissade un pays inconnu
Lui ouvre les portes de ses baraques grises
Chaque soir après l’école elle descend
Les odeurs de menthe la grisent elle entend
Les mots graves d’une langue jamais apprise
Yema sur la meïda a posé pour elle
Les gâteaux au miel les dattes la théière
Les verres où est gravée la main familière
Qui les protège Dans n’importe laquelle
Des maisons de parpaings elle entre et s’assoit
Les gens qui vivent là des immigrés on dit
Racontent le pays à ceux qui n’iront pas
Les mechta les déserts les ksour sur le tapis
Aux losanges orange et verts Elle boit
Le thé et les paroles à la fois les sons
Amers et tristes des mandoles rebondissent
De toits en toits comme des chats polissons
Dehors encore un peu ses frangines se glissent
Sur la planche du seuil laissent leurs chaussures
Pieds nus elles marchent jusqu’au bout de jardin
Où pousse la coriandre les courges sont mûres
Les tomates les poivrons Sur le pain
De semoule huile d’olives falfla épices
Les goûts étranges les parfums les dessins
Au henné à ses mains à ses pieds réglissent
La peau trop blanche Toujours elle revient
Ecouter les histoires de l’Arabie
Qui voyagent sur la langue des djeda
Quand on allume dans le ventre des gourbis
La petite lampe Elle n’oubliera pas
Elle a dix ans elle sait que ce qu’on lui donne
Ici c’est toute la mémoire des gens
Au cœur simple leurs rêves communs que personne
Ne viendra lui voler avec des mots changeants
Ce qu’on lui sème à l’âme c’est l’Algérie
Sauvage et tendre où elle naît une autre fois
“ De ce pays toi tu n’as rien à dire… ” Ah ! oui
Tu crois ? Avec le sang des grenades j’écris
Djinia un pays que tu ne connais pas
Flammèches rayonnant au centre des gourbis
En bas de la cité y’en avait à la pelle
Les gens qui vivaient là des immigrés on dit
Rêvaient de la misère se faire la belle
Leurs enfants aujourd’hui crèchent à bord des barres
Des citadelles béton Nous voilà cousins
Quand de l’hiver du Nord ils en ont eu marre
Au brasier de l’errance j’ai chauffé mes mains
Ceux qui les appelaient fils de fellaghas
Ravivaient les brûlots de la haine de classe
Et ni la couleur de ma peau ni ma race
Jamais ne m’éloigneront de leurs combats
De la neige des gourbis qui gelait nos doigts
Des vacances au bled valises sur le toit
De la lampe allumée dans le cœur de nos vies
De ce pays là tu n’as rien à dire toi
Moi c’est avec le sang des grenades que j’écris.

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Jeudi 16 octobre 2008 4 16 /10 /Oct /2008 19:03

Petits soldats
Epinay, mercredi, 15 octobre 2008

  Petits soldats comme on se joue
De vous on oublie le poème
On oublie la chanson
La chanson que vous écoutiez mouillés de boue
Petits soldats où irez-vous ?
Petits soldats que deviendrez-vous ?
La chanson rend fous jeunes garçons
Du poème les mots nous font frissons
Dans la nuit vous crevez comme le grain qu’on sème
Brune moisson de l’aube blême
Petits soldats on met en joue
Votre innocence la boisson
De toute enfance même
Le fanal balance au pas lent de la chanson
C’est votre premier rendez-vous
La porte se referme après vous
Dans les rues de Berlin le poème
Va dans les rues de Bagdad c’est le même
Petits soldats las sans le sou
Petits soldats perdus et saouls
La pluie bleue des rimes qu’on aime
Charme vos verres d’amère boisson
De nos jeux injuste rançon
Ce sont vos vies qu’on noue
Au fil du temps qui tisse le monde sans vous
Vagues silhouettes café-crème
Ombres de laine ombres debout
Petits soldats à la façon
Des paroles de la chanson
On vous emballe on vous emblème
On vous range dans la boîte à joujoux
Vous reviendrez à la mi-carême
Et comme si vous étiez du plomb même
On oublie le poème on oublie la leçon
Petits soldats où dormez-vous ?
Petits soldats à quoi rêvez-vous ?
A la douceur des jours lorsque les mains bohêmes
Dans l’âme des jeunes garçons
Rejouent l’enfance joie suprême
Pas un mot pour Lili Marlène et même
Pas un mot pour Malbrough.
 

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Lundi 15 septembre 2008 1 15 /09 /Sep /2008 22:42

Aller-retour
Epinay, samedi, 13 septembre 2008

 





















Au creux du trou extra des grands vents avancent
Des milliers de fourmis un gros sac sur le dos
On ne sait pas qui c’est porteurs d’abondance
Fiers seigneurs nains pour qui tous ces cadeaux ?
Sur leur dos de quelle provenance
Des réveils à oiseaux du sel des balances
Des pois de senteur blancs des pots
Ecarlates indigo De lourds chameaux
Les suivent de loin pas à pas devancent
Une tribu de chats nus sous leur manteau
Avant d’arriver ils ont fait bombance
A l’étalage du marchand de chapeaux
On ne voit ni leurs riches costumes leur lances
D’argent leurs grelots leurs oripeaux
Peut-être qu’ils sont nus par négligence ?
Et toutes ces fourmis leur sac sur le dos
Leurs couronnes de miel reines d’errance
Avec les grains de sable de leurs châteaux
Qui se souviennent des cités d’innocence
L’océan les a frottés cailloux bateaux
Nous battent pavillons de transparence
Dans les vitres leurs voiles sont lambeaux
Ecarlates indigo en souffrance
Où les chats matent leurs portraits trop beaux
La tribu des chats déjà commence
A embarquer pour des pays plein d’animaux
Des maisons de bambous bleus des îlots
Pas de bavures une fraîche ignorance
Les doigts coupés sur de petits copeaux
Des centaines de pantins avancent
Au creux du trou extra des grands rideaux
De scène alors font la révérence
A pleines assiettes de lait chaud
Des enclumes volées des chaussons de danse
Des lettres jetées au caniveau
Les mots d’amour des gueux vont aux fosses d’aisance
Où un croissant de lune amoureux pâlot
Les lit au réverbère son amant luisance
La tribu des chats a rejoint les marigots
D’où elle était partie aux temps d’enfance
Le peuple des fourmis remonte sur sa peau
Au matin sa couverture d’outrance
Qui ne la protège plus du fer des autos
Repassant sa chemise dépendance
Trouée brûlée cigarette triste pavot
Buveurs de feu devenus buveurs d’essence
Mais pour qui tous ces cadeaux sur leur dos ?
A monter vers les baobabs les chats commencent
Un vieil Africain les a semés tantôt
Ils ont retrouvé leur fourrure silence
Les jardiniers des dieux païens ont des sabots
De pluie nus les chats protègent la semence
Dans cinquante ans p’tit baobab sera plus gros
Que les maîtres parés d’indifférence
Ecorce armure rouge douce apparence
Sur ses feuilles les fourmis seront des héros
Avec rien qu’un fardeau de gouttes d’eau
Tout l’arc-en-ciel dedans qu’elle indécence !
Et le bois des pantins redeviendra bateau
Libre au creux des grands fleuves délivrance
Afrique c’est trop tard ou bien trop tôt
Mais les chats on des armures d’arrogance
Au bord des marigots chantent les crapauds
Le retour de l’eau sorcières manigances
Au creux du trou doux des feuilles les moineaux
Guettent leurs proies les fourmis folles avancent
Des maisons de lavande sur leur dos
Vers leur trépas usine d’insouciance
La tribu des chats a mis son paletot
Son boubou d’orchidées fourrure renaissance
Chaussé son masque de fête joyeux grelots
Le totem scarifié d’écailles transparence
Dessus les bûchers crépite en écho
Avec les lourds fardeaux les balances
Et les réveils écarlates indigo
Les p’tits baobabs ont grandi et bientôt
Ils donnent aux chats soleils leur confiance
Ils ont le rythme des fruits mûrs dans la peau
Plus de terre d’asile de reconnaissance
Bientôt bientôt les fourmis deviennent oiseaux
La caravane des chameaux en partance
Et tous les chats jeunes dieux païens sur le dos
C’est la tendresse humaine enfin qui s’avance
Maintenant on sait pour qui sont tous ces cadeaux.

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