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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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P'tits poèmes diabolique

Lundi 16 mars 2009 1 16 /03 /Mars /2009 23:31

Au temps où j’étais un oiseau


Epinay, Dimanche, 15 mars 2009

 

Quand je suis née j’étais un oiseau

Un oiseau insouciant et rieur

J’avais le bec bien aiguisé

Des détricoteurs de nuages et

Des picoreurs de chandails

Le chant gouailleur des moineaux

Volages du Faubourg

Qui suivent canailles les joueurs

D’orgue de barbarie au fond des cours

J’avais le chant j’avais l’audace

Des baladins voraces de ciel

Des baroudeurs du 6ème étage

J’avais les petites pattes pour

Se pouiller un peu avec les potes

Gratter les graines des grenades

Grandes ouvertes aux étalages

Vadrouiller au bord des gouttières

Jouer à s’épouiller des heures

Entières dans la flotte des flaques

Chauffée à l’aise au creux des ardoises

J’avais des ailes aux couleurs

Joyeuses des airelles des ailes

Modestes et fragiles d’oiseau

Des villes mais des ailes pour le vent

Framboise pour l’horizon qui vire

Lilas et fraise facile et pour

Voler plus haut que les grands arbres

Nos compères griots tenaces

Et leur feuillage où tanguent nos maisons

De paille des ailes en pagaille

Qui tracent la route pour les virées

En tribus au milieu des guinguettes

Des accordéons que de jeunes mains

Ouvrières affolaient d’airs légers

De refrains populaires des ailes

Pour voleter sans but parmi

Les rubans et les cheveux

Pleins de pâquerettes

 

Quand je suis née j’étais un oiseau

Un oiseau impatient et curieux

J’avais la queue j’avais les plumes

Juste comme il faut pour me rouler

En boule dans les marres saoules

De poussière pour dormir dessous

La pluie pareille à un costard

De brume qui nous tombe et nous mouille

Un peu et nous fait clowns du grand cirque

Des rues où on se retrouvait plus tard

Par cent par mille au bord de la ville

Pour faire la fête puis décoller

En trombe réveiller le printemps

Blotti sous son édredon d’odeurs

Et lui dire qu’il est temps

De s’y mettre si on veut

Se barbouiller la tête de couleurs

 

Quand je suis née j’étais un oiseau

Un oiseau indocile et bavard

Qui apprenait à battre des ailes

Dans un deux pièces au sixième étage

A courir à sauter par la fenêtre

De la cuisine on touchait le ciel

A polissonner en ribambelles

On se moquait bien des commérages

A fiche le bazar aux terrains vagues

On inventait des aventures

A atterrir sur les parkings

On imitait les oies sauvages

A jouir de caresser le jour

D’un petit coup de plume effronté

Tout ce qui dans une cité laisse

Aux lèvres un goût de réglisse

 

Quand je suis née j’étais un oiseau

Un oiseau insolite et rêveur

Qui refusait de porter la douleur

Des gens dans le creux doux de ses os

Lourde comme une rivière de plomb

Coulant dans son cœur tout leur malheur d’or

Probable qu’ils croyaient garder l’oiseau

Du ciel à l’intérieur de la cage

Bourrée de peur de leur cervelle

Mais déjà il y avait des grenades

Et leurs pépins de joie juteux

Dans la gratuité de leur naissance

Par la fente des palissades

On s’offrait de drôles de jeux

Alors ils ont pris les choses en main

 

Quand je suis née j’étais un oiseau

Un oiseau insaisissable et fou

Ils ont taillé à mon intention

Un vêtement trop étroit

Dans un tissu de teinte grise

Déroulé du rouleau de leur âge

Usé râpé jusqu’au bout

Où même les roses étaient éteintes

Les poètes lassés de l’émotion

Les âmes éprises du sang

Et les amis perdus au fond

Des enjeux froids les oiseaux

Cloués aux portes de bronze et

D’airain de leur monde pesant

Comme une enclume avaient changé d’allure

Et de costume pour sauver leur peau

Impossible de retirer de soi

Cette empreinte d’enfance morte

Recroquevillée au centre du ventre

Une peine comme celle des bêtes

Qui n’ont pas de mots à dire

Mais la clarté de mon désir dessous

Le suaire d’effroi vouant

Mon existence à leur rancœur

A leurs regrets se battait toujours

Pour déplier ses ailes et chasser

Leur ombre énorme assise sur mon jour

 

Quand je suis née j’étais un oiseau

Un oiseau infidèle et fugueur

Et je dévorais tout le ciel avec

Mon cœur et je n’avais pas peur

Il y a encore au creux de mon corps

Des frissons de couleurs qui rodent

La nostalgie de ce bonheur-là

Imprudente je le croyais à moi

Ce vol sans entraves ce rêve

Avant la drôle de malédiction

Qui m’a retourné la peau qui m’a

Rétréci les pattes et fait perdre

Toutes mes plumes une à une

Qui a tendu mes ailes d’un voile

Gris ils m’ont mis un bas nylon dessus

Ma dégaine de moineau voleur

De graines grenades aux étalages

Picoreur de soleil sur les nappes

Aux terrasses des petits restaus

Qui paressent et font la grasse

Matinée du dimanche de Mai

Ils m’ont enfilé de force

La gaine de tristesse passé

La cagoule sur ma tête

La camisole des sous-sols

Sur mon corps aux plumes maboules

Et pour finir ils m’ont retiré

Mon chant ce que j’avais de plus beau

 

Quand je suis née j’étais un oiseau

Un oiseau innocent et ravi

De béqueter les graines de grenade

De la vie sans savoir qu’il y avait

Tant d’amertume à se farcir aussi

Me voici terrassée d’infortune

Me voilà errant au seuil inconnu

Des caves brunes telle que je suis

Désormais être mutant au radar

Aveugle je me déplace et je frôle

Mes potes oiseaux d’avant qui se marrent

Quand ils croisent dans le soir lilas

Et fraise une chauve-souris

Au vol hagard qui se cogne et s’égare

 

Maintenant que je suis oiseau

Sans plumes sans queue sans bec

J’ai choisi de dormir le jour

Vu que ma laideur ne m’attire

Que les railleries et la peur

Moi qui ne mange que des fruits

Ils me nomment vampire et même

Pire ils pensent que je bois

Leur énergie et la grandeur

De leur sang

Maintenant que je suis

Une créature nocturne

De leur absence je me régale

Quand je sors la nuit je ris

Je ris et je me suspends

Aux draps blancs où dort

La lune dans son lit de brume

Heureusement qu’il me reste

Du temps que j’étais léger

Oiseau du ciel

Une plume planquée dessous

Mon habit gris

A la lueur d’amande fidèle

Du fanal j’écris

J’écris jusqu’au petit matin

Et je vole

En partant au turbin

Une grenade ouverte où

Je suce gourmande

Le jus sucré et doux du monde.

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Lundi 9 mars 2009 1 09 /03 /Mars /2009 21:39

Merci pour le chien

Dimanche, 8 mars 2009

 

Je suis entrée là quand j’avais mal aux dents

Je suis entrée là et je les ai vus assis

Alignés comme des oignons dans un cageot

Ça n’était pourtant que des êtres humains

Avec leurs longues paupières sur leurs yeux tristes

Je les ai vus et pour la première fois

Ils m’ont fait peur ils avaient plusieurs couches

De langes mouillés d’ennui et de regrets

Sur la tête qui empêchaient d’entendre

Et de regarder autour c’était dégoûtant

De les voir avec ces grands pansements

Rouges déchirés comme des blessés

De guerre qui attendraient la depuis le temps

Et qui attendraient qu’on leur dise à l’oreille

Qu’il n’y a plus de guerres dans ce pays

Où les gens sont juste en train d’apprendre

A prendre leur mal en patience chacun

Dans leur camp sur leur chaise à l’intérieur

De leur viande de vieux animaux fatigués

Même pas secoués par les gros frissons

De peine d’un petit cheval à l’abattoir

Qui comprend d’un coup en voyant les autres

Serrer leurs bandages trop grands dessus leur ventre

Que la leçon de choses va commencer

 

Je suis entrée là et j’ai vu une femme

Qui portait un manteau bleu assise au début

De la rangée de chaises comme des oignons

Avec leurs longues pattes de métal gris

Qui remplissaient le couloir en grinçant

Ça sentait le chien de pauvre et le grésil

J’ai vu les auréoles de sang ancien

Sur les murs tout au long des longs couloirs honteux

De la jeunesse qui n’a pas tenu la rampe

J’ai vu les couloirs se tordre et s’égoutter

Comme les papiers des boucheries pendus

Aux crocs rangés à la sortie des ascenseurs

Bétaillères bourrées d’enfants fossiles

Qui ont perdu l’usage de la parole

Et qui font entendre des grognements hostiles

Si tu leur demandes ton chemin sans

Te regarder ils montrent un point sur la cible

De ce territoire de guerre inconnu

Que tu ne vois pas avec ses longs longs

Murs gris avec ses portes blanches alignées

Comme des oignons dans un cageot

 

Je suis entrée là et j’ai vu tant de portes

Que des silhouettes de maquereaux vêtus

Du costume des fantômes de théâtre

Identique et du tablier blanc ouvrent et

Ferment sur la même femme au manteau bleu

Qui disparaît dedans le trou à silence

Consciencieuse dessous ses langes mouillés

D’ivresse d’ennui elle a bien joué son rôle

D’employée au corps nourri par la viande

Des bêtes des abattoirs les chevaux des guerres

Les poulets des batteries alignés en rangs

D’oignons qui attendent assis sur leurs chaises

L’aube et ses sonneries hallucinées

Et maintenant elle a mal aux dents au foie

Ou aux ovaires et maintenant toute

Cette viande fatiguée lui joue des tours

A l’intérieur de son corps pendu aux crocs

Du dispensaire comme une marionnette

De carton obéissant aux doigts

Invisibles qui lui ordonnent de garder

Le rythme à la caisse du supermarché

Un samedi et déjà d’autres silhouettes

Emmaillotées de pansements prennent la place

Dans le couloir sur les chaises de métal

Gris à côté de l’issue de secours

Et moi je ne peux rien faire pour elles

 

Dans la rue en bas il y avait un clochard

Qui réclamait un peu de sous

Et un petit chien qui jouait

A courir après une balle rouge

C’est fou ce que nous portons sur nous

Le poids terrible et lourd

De la douleur des gens

A l’intérieur d’un linge rouge

Noué le fardeau pèse sur notre cou

Sur nos épaules sur notre dos

J’ai dit ça au clochard en lui donnant

La monnaie qui me restait et j’ai vu

Ses yeux gris qui me souriaient

Et sa bouche avec les trous des dents

M’a répondu “ Merci pour le chien ”

Le petit chien courait toujours

Joyeux après la balle rouge

Et j’ai senti sur mon cou sur mon dos

Sur ma peau sur mon corps libre et nu

D’enfant la douceur de l’eau du baquet

Tiédie au soleil dans le jardin

Où les capucines couleur de feu

Flottaient comme les oripeaux

Du fragile espoir humain.

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Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /Mars /2009 00:16

Sans beurre

Mardi, 3 mars 2009

 

Ils sont entrés dans une boutique

Ils voulaient juste acheter du beurre

Du beurre de baratte en temps de paix

C’est un gros désir pour des gens de peu

Dans le diable les pommes de terre

Leur peau épaisse craquelée c’est bon

Pour les pauvres et le sel déjà ça coûte cher

On en a pas toujours mangé mais le beurre

Alors ! de baratte les gueux ils exagèrent

Quand on leur donne ça ils réclament

La lune la lune Madame

Dans la boutique il y avait une grosse

Personne et son tablier en plastique blanc

Qui servait les gens d’abord et après

Elle revenait à sa caisse à monnaie

Et elle tapait avec ses petits doigts courts

Comme le furet et le tiroir s’ouvrait et

Les billets s’entassaient et elle disait

Avec son sourire en plastique blanc

“ Au revoir Monsieur Au revoir Madame ! ”

Elle avait l’air ravi d’un petit goret

Nourri au bon beurre de baratte

Comme le directeur du supermarché

Qui nous regardait en se marrant

Y a trente ans on en avait vingt et

Dans notre caddie y avait du riz blanc

Des pattes et des boîtes de sauce tomate

Qui tuent même les cafards alors

Mais pas de beurre et pas de gâteaux

Pour les mômes des Zoulous des Indiens

Le directeur il n’avait aucune sorte

De bonté dans ses petits yeux de ver

En train de ronger ronger sa feuille

De mûrier et de filer filer son fil d’or

Ils sont entrés dans la boutique

Ils riaient comme des enfants  qui croient

Que ce jour-là on peut avoir des choses

Qu’on rêve et qu’il suffit de demander

Polis ils ont attendu leur tour pour

Le plaisir pour les cristaux de sel

Qu’on jette et qui s’allument d’étincelles

Les fleurs que cueillent les paysans

A la surface blanche des salants  

Miroirs de feu qui ont brûlé leurs yeux

S’ils savaient comment ils les leur donneraient

Mais la grosse patronne est passée aux suivants

“ Bonjour Monsieur Bonjour Madame ! ”

Emballée dans son tablier de plastique

Blanc Je jurerais qu’elle n’a pas d’âme

Et que le directeur du supermarché

Est son amant Vous savez avec les pauvres

On est trop bon ! Le beurre des riches

C’est ça qu’ils voulaient comme jadis

Les paysans les ouvriers juste une orange

Qu’on mange rien qu’une fois par an

Et encore c’est bien quand on l’a

On demande la lune la lune Madame

Emballée dans du papier d’argent

Où on regarde briller les cristaux

De neige plus beaux que les lustres

Dans la demeure illustre des seigneurs

De pères en fils de mères en filles

Ils font du beurre avec la sueur des gens

Ils ont un cœur en plastique et beaucoup d’argent

Et dans ma tribu d’ouvriers paysans

Mon arrière grand-mère une très vieille femme

Qui n’avait plus de dents pour dévorer

Les croissants de lune ni les oranges

En quartiers que je lui épluchais

Je les glissais entre ses doigts usés

D’avoir beaucoup piqué colégram

A la machine à pédale Madame

Elle me racontait à Noël

Son histoire à elle pour pas

Que j’oublie d’où je viens pour pas

Que je planque mon cœur à l’intérieur

D’un sac en plastique blanc avec

Ses vieilles mains son vieux visage

Son sourire de vieille enfant d’hiver

Elle posait sur nous son givre de mémoire

Que la tribu d’ouvriers paysans

Se racontait le soir pour oublier

La soupe claire aux pommes de terre

Et s’il y avait du pain aussi

Car le petit bout de viande c’était

Pour le père qu’allait travailler

Aux usines réparer les machines

Qui font le beurre des seigneurs

C’est qu’ils en auraient bien mangé pardi

Sur des tranches de pain blanc comme

La lune la lune Madame

Les pauvres voilà ce qu’ils veulent

Quand on leur en donne un peu alors

Ils hululent dessous leur costume

Du dimanche ils en ont jamais assez !

Et leurs paumes creuses tendues

Vers les coffres remplis d’oranges

Qu’on leur distribue une c’est tout

Ces gens sont esclaves de leur corps

Ils la dévorent tout bas tout doux

Ce qu’ils gaspillent Monsieur Madame c’est fou !

A ce moment un troupeau de chiens passe

S’arrête et pisse et s’en va

Contre le mur de la boutique où on vend

Du beurre de baratte du beurre

Pour ceux qui ne salissent pas leurs doigts

A graisser les rouages des machines

A pédale Madame du beurre pour ceux

Qui ne cassent pas leur corps à bosser

A huit ans entre les filières ramassant

Les bobines avec ses doigts de vieille enfant

Pour ceux qui ne voient pas ses yeux

De petite enfant écarquillés guetter

La lune le soir de Noël comme une

Orange trop belle la lune la lune

C’est ça qu’ils veulent Madame

Et le beurre avec mais la grosse patronne

N’a pas le temps elle rend la monnaie

Elle tape sur sa caisse qui se bloque

Qui s’emballe qui se casse elle rend

Son tablier de plastique blanc avec

Son cœur dedans aussi vide que la marmite

De soupe claire l’hiver Je jurerais

Qu’il n’y a jamais rien eu là-dedans

“ Au revoir Monsieur Au revoir Madame ! ”

Pourtant la vie même sans beurre de baratte

Même sans beurre du tout c’est drôlement bon !

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Lundi 26 janvier 2009 1 26 /01 /Jan /2009 23:11

Ma place au cœur des lampes

Epinay, dimanche, 28 décembre 2008

 

Je ne sais pas pourquoi ils veulent tous

Que ça soit moi qui prenne la place

Du maître des équipages

Le type sans visage qui change

L’attelage des chevaux épuisés

Essuie la sueur et la crasse panse

Les coupures des cuirs usés sur leur dos

Les trous des caillasses aux sabots

Mélange aux mangeoires des pommes

Mûres et leur parle une langue ancienne

Avec des mots nouveaux moi qui refuse

Les bonshommes au ventre trop gros

Qui cassent le rythme de la course folle

Des grelots du vent dans leur crinière

Moi qui entasse sans les froisser

Les bonnes femmes dont les jupons emballent

Au passage les pétales des narcisses

Doux serviteurs de leurs aisselles lasses

Des parfums bon marché

Moi qui ouvre les portières aux courtisanes

Laissant les juments alezanes aux guerrières

 

Je ne sais pas pourquoi ils veulent tous

Que ça soit moi qui prenne la place

Du cocher chef des diligences

Le type dont la casquette de renard

Cache les yeux capitaine des escales

Qui sait de l’errance lire les cartes

Suivre les pistes où personne ne passe

Tailler la route entre genêts et fougères

Eviter la voie aux ornières royales

Le chemin le plus court où le voyageur

Perd la trace de l’enfance du bateleur

De foire et de son ours qui faisait des tours

Sur sa paillasse avec des ballons

De glace et des ouistitis jaunes qui touillent

Les tasses de café du bout de leur queue

Le soir au fond des mémoires moi qui choisisse

Le détour par la spirale de bruyère

Broutée de brume moi qui assume

D’être en retard sur l’horaire d’allumer

Les lucioles de Galatée au chalumeau

D’acétylène pour faire reluire

Les yeux aveugles des chevaux arabes

Et scintiller les grelots du vent

Dans leur crinière d’incendier les lanternes

Afin que les papillons de nuit nous mènent

A la table de l’auberge généreuse

 

Je ne sais pas pourquoi ils veulent tous

Que ça soit moi qui prenne la place

Du premier veilleur de nuit debout

A la porte de la citadelle obscure

L’ombre fidèle qui tient haut le flambeau

Pour éclairer le bout de la route en sorte

Qu’ils n’aient plus qu’à attendre le passage

De la caravane imaginaire

De l’enfance avec tout son équipage

De libellules légères de cochers

Chauves aux ailes noires de cavalières

Arabes vêtues de burnous blancs en fleurs

D’amandiers de jeunes garçons jouant

Avec leurs doigts rouges du bendir

Et du oud de l’ours faisant des tours

Aux ouistitis jaunes qui s’épouillent

En dansant sur les trottoirs moi qui réveille

Les gardiens de la ville endormie

Les poètes les conteurs de ma tribu

Que je leur parle avec une langue ancienne

Et des mots nouveaux d’une caravane

Remplie de rêves en partage et de fêtes

Partie au début de nos vies pour la grande

Féerie des légendes à écrire

Des vagabondages pas croyables

Avec Rimb’ et l’or d’Aden dans nos bagages

Mais d’abord solidaires et nomades

Réunis autour de nos communs totems

Pierres de bonté et d’insouciance

Nous faisant libres de nous-mêmes

 

Quand d’autres ont collé leurs armoiries

Peint leur visage écrit leur nom

Plein d’arrogance et de comédie

Sur les vitres de couleur que Baudelaire

Avait offert à la diligence

Et bien que leur corps ait depuis longtemps

Rejoint la cohorte de poussière

Des fantômes plus lourds que le plomb

Des cercueils je sais pourquoi je veux

Que ça soit moi qui reprenne la place

La mienne celle qui bat comme un marteau

Dans la poitrine des poètes la seule

Qui me revienne ombre fidèle de l’enfance

Au cœur des lampes éternelles

Le feu qui incendie mes iris verts

D’oasis où bruissent les mots perdus

Pour moi d’une langue que je n’écris pas

Petite sœur cachée tant de fois approchée

A balisé la piste des griots de chants

Pourtant qui me relient au monde et m’ensorcellent.

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Lundi 15 décembre 2008 1 15 /12 /Déc /2008 23:05

Le caillou algérien

Epinay, Dimanche, 14 décembre 2008

 

Sur la table des poètes vivent des pierres

Eclats tombés de l’astre vert mouvante amante

Gardiennes du somme des pages frissonnantes

La nuit les guette de ses persiennes paupières

 

Venues sauvages de paysages lunaires

Buveuses de feu avides elles hantent

Les soleils qu’effeuillent les saisons mourantes

Chassées par le temps rouge du seuil de la terre

 

C’est un temps de béton des maisons d’épouvante

Parées d’armures de plomb mais au bout d’un fil

Nos cabanes d’arbres en aplomb indocile

Tiennent bon aucun tourment qui les évente

 

Elles nous ont faits guetteurs nos tentes légères

Des papiers de couleurs et ce monde futile

Malgré la douleur de sa chute est dans la file

D’attente au bout de nos sarbacanes de verre

 

Nos frondes ont des lacets lanceurs de tourmentes

Le premier météore s’est cassé sur Ur

Atomic fracas de lunes rondes autour

Des dunes nains fondeurs de cités ardentes

 

Rocs sculptés par le tracas de l’astre vert

Blancs doux dessous les roseaux des oueds que l’île

Mène berger du cœur des ksour trace fossile

A ses rivages sourds aux désastres de Sumer

 

Sur la table des poètes vivent des pierres

Venues de pays en légendes fertiles

Dedans les griffes des oiseaux géants fragiles

Elles voyagent entre aujourd’hui et hier

 

Toi Jean tu ramasses le caillou ouvert

De la Mitidja quand l’escargot invente

Les talismans d’argile où déjà serpente

Notre héritage gravé spirale de mer

 

A Tipasa Camus de sa main absente

Pousse ému la porte mouvante de la ville

Romaine alors que le maître des vents Enlil

Pose devant lui un galet fou qui chante

 

C’est à René Char que la pierre de Sumer

A repassé le feu qu’Hélicon à son tour

Bijoutier de lune avait ravi sans détour

Jusqu’au poète d’Avignon tu viens errante

Précieuse messagère des paumes aimantes

Sous sa veilleuse d’or te gaver de lumière.

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