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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Vendredi 28 septembre 2007 5 28 /09 /Sep /2007 17:48

                                       L’ange de l’aube 

                                                A Ali

                                        Mercredi, 5 septembre 2007

                                                          Epinay Ali à l’aube tu te tires

Paraît que l’ange a posé son doigt sur tes lèvres

C’est vrai tu as l’air de dormir

Pareil à un enfant qui rêve

T’es paré de plumes noires cormoran

De ton corps couché sur la grève

L’eau efface la violence et le sang

 

Ali à l’aube tu te tires sans rien dire

Et nous on reste là

Comme des navires trop lourds

Nos coffres aux recoins d’ombre bourrés

D’ambre et de charbon de porphyre

Et gros de songes sourds

On est de si petits navires

Chargés de désastres ivres à chavirer

Nos cales pleines de peines nos souvenirs

A larguer le vieux monde on tarde

Dont l’ange ne veut pas

 

Ali à l’aube tu te tires et c’est pire

Que notre jeunesse entaillée

Incapables de te suivre on t’regarde

Partir On t’regarde sourire

De nos gros yeux tout ronds d’animaux empaillés

Et vides On te matte qui t’envoles

Dans le rouge sans rides

Dessus les fringues que le petit jour

A jetées en tas sur le sol

Et qui boivent d’un coup les sources de ton rire

Au bord de nos lèvres avides

 

Ali à l’aube tu te tires

Grand cormoran tu es très loin déjà

Deux roses de sang devant la porte bouclée

De ton épicerie

Des sacs de sésame que tu n’ouvriras pas

Y a plus personne à nourrir d’avenir

C’est un matin livide Ali

Que l’ange de l’aube a choisi pour se poser

Dans la cité et puis tarir

Le souffle familier des vents

Vers les quais où les vieux gréements sont arrimés

Rêveurs dans l’eau vaseuse ils laissent lentement

De leurs cales fendues couler nos cris

 

Ali à l’aube tu te tires

Et nous on reste là

Qui veillera sur nos serments  

Nos jeunes talismans ? Dérivent nos navires

Nos doux désespoirs diamants

Tous ils s’enfoncent ils se noient

Nous dessous nos plumes dessous nos poils on n’a

Plus de peur plus de sang

Comme des enfants on attend

Sans un lance-pierre pour canarder

L’ange qu’on croyait notre allié avant

 

Ali à l’aube alors que tu te tires

On est comme des enfants perdus dans la nuit

Qui attendent que tu viennes rouvrir

Les portes de la caverne où on a grandi

Que tu crèves la surface si douce

La peau d’enfance nue du temps

De ton plongeon d’ange noir cormoran

Pour pêcher jusqu’au fond des outres de l’oubli

Et poser au bord de nos lèvres rousses

Comme des grains de sésame et de poésie

La bonté que tu as emportée en partant

Ali.

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Mercredi 26 septembre 2007 3 26 /09 /Sep /2007 12:27

En cette période de non communication entre nous qui appartenons à la culrure métisse française cet entretien que j'ai réalisé avec Leïla Sebbar il y a quatre ans semble plus que jamais d'actualité... Le voici en plusieurs épisodes pour celles et ceux qui comme Leïla et moi n'oublient pas que nous sommes un peuple aux origines multiples et que c'est cela que nous aimons...

Je ne parle pas la langue de mon père  Entretien avec Leïla Sebbar à partir de son livre publié en 2003 aux Ed. Julliard

 

“Quelques dates utiles qui permettront de ne pas se perdre dans les méandres de la mémoire.

Mon père est né en 1913 à Ténès.

De 1932 à 1935, il étudie à l’école normale d’instituteurs de Bouzaréah, à Alger, où il rencontre Mouloud Feraoun, assassiné en 1962 par l’OAS.

Il sera instituteur et directeur d’école :

de 1935 à 1940, à El-Bjord

de 1940 0 1945, à Aflou

de 1945 à 1947, à Mascara

de 1947 0 1955, à Hennaya, près de Tlemcen

de 1955 à 1960, à Blida ( en 1957, il est incarcéré à Orléansville ; Maurice Audin est assassiné la même année, par l’armée française )

de 1960 à 1965, à Alger, au Clos-Salembier.

Il quitte l’Algérie pour Nice, avec ma mère, en 1968.

Il meurt en 1997.

 

Je ne parle pas la langue de mon père.”

 

Après avoir lu l’avant-texte du livre de Leïla Sebbar Je ne parle pas la langue de mon père, qui se compose de quelques repères biographiques et qui situe l’existence d’un homme dans son parcours d’instituteur sur le territoire de l’Algérie d’abord colonisée puis indépendante, je suis entrée à l’intérieur du livre sans précisément suivre l’ordre rigoureux des pages ou celui du récit. J’avais envie d’entrer dans la langue d’écriture qui n’est pas celle du père, sans m’entourer de points de repères justement.

La première phrase que j’ai rencontrée introduisait le chapitre 4 et en faisant défiler les mots sous mes yeux j’ai commis une erreur. Lors d’un échange téléphonique Leïla Sebbar m’avait dit que ce livre aurait pu s’intituler “ L’étranger bien-aimé ”. Cela m’éclairait sur le fait qu’il s’agissait de mettre à jour tout ce que l’écriture devait au père, tout ce que son silence avait enfanté dans le corps du verbe. J’entendais la résonance du mot “ étranger ” comme étant à l’origine du désir d’écrire.

Et pourtant je suis entrée dans ce livre en me trompant. Imaginais-je qu’il était question de la nostalgie d’une terre, d’un peuple ou bien d’une enfance heureuse ? Peut-être la lectrice critique que je suis aurait-elle aimé qu’il porte encore un autre titre comme celui-ci “ Je ne parle pas la langue de mon peuple ”. Car il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir dire “ mon peuple ” tant cette notion réclame de symboles d’appartenance et frôle le sacré au travers du langage lui-même.

Mais toutes les enfances algériennes des jeunes Français d’Algérie vécues durant la colonisation ont été, on le sait, en rupture avec la réalité que vivait le peuple algérien qui existait entre deux langues, deux terres, deux destins inconciliables.

Je suis donc entrée dans ce livre en me trompant parce que celle ou celui qui écrit ou qui crée n’appartient pas. Etrangère, étranger, ils inventent une autre demeure au seuil d’un autre monde où d’autres solitudes d’enfance gravitent comme des météores. D’où nous vient donc cette illusion ou ce désir d’un peuple au sein duquel nous nous sentirions solidaires ?

 

“ Mon père ne m’a pas appris la langue des femmes de son peuple.

Si je revenais, dans le village près de Tlemcen, je ne saurais parler ni aux vieilles, ni aux jeunes avec leurs mots, je serais l’étrangère indiscrète à qui on ne dit pas la vérité. ”

 

En lisant cette phrase qui est l’intitulé du 4ème chapitre de ton livre Je ne parle pas la langue de mon père, j’ai commis une erreur et j’ai lu : “ Mon père ne m’a pas appris la langue des femmes de mon peuple ”. N’aurais-tu pas pu écrire cela ?

 

Leïla Sebbar : Je n’ai jamais dit ça parce que si je peux parler des femmes du peuple de mon père, si je peux parler du peuple de mon père, je ne peux pas parler de mon peuple. L’Algérie n’est pas mon peuple et la France n’est pas mon peuple. Je ne peux pas dire que j’ai un peuple. Lorsque je dis les miens, il s’agit de ma famille, de mes proches, c’est tout. Et encore, je ne m’exprime jamais comme cela. On peut dire “ les miens ” lorsque l’on a une appartenance à une communauté, à une famille élargie, à un clan, à une tribu. Je n’appartiens pas. Et si tu n’appartiens pas, est-ce à cause de cette absence de langue, au moins en partie ?

 

Leïla Sebbar : Je ne crois pas que ce soit simplement à cause de cette absence de langue, parce que si j’avais été bilingue, je n’aurais pas été davantage d’un peuple ou d’un autre. Je peux dire que la France est mon pays, et que l’Algérie est mon pays. Pour des raisons probablement différentes. La France est mon pays de vie, l’Algérie est mon pays d’enfance, c’est le croisement des deux qui fait mon inspiration. S’il n’y avait pas de Maghreb en France je n’écrirais pas, et si je vivais en Algérie sans les étrangers je n’écrirais pas.

C’est parce que je ne parle pas la langue de mon père que je suis dans l’écriture. Mon exil est l’exil de la langue du père. J’écris parce que je suis en exil de la langue du père. Est-ce que je peux dire que je suis aussi en exil géographique d’un pays, puisque lorsque j’ai quitté l’Algérie elle était la France politiquement, et que je suis venue vivre en France qui est le pays de ma mère et qui est un pays que je connais ? Je travaille dans ma langue, j’ai des enfants dans ma langue, et si j’ai pu écrire ce livre maintenant c’est parce que j’ai compris qu’il s’agit de l’exil de la langue du père, et que cet exil est premier, fondamental et irrémédiable.

 

            Oui, irrémédiable dans le sens où ton père ne t’a pas transmis sa langue. Il ne s’agit pas pour toi d’apprendre l’arabe évidemment ?

 

           Leïla Sebbar : Non bien sûr qu’il ne s’agit pas de cela. Je suis fille d’instituteur et je sais que tout s’apprend. Je n’ai jamais voulu apprendre l’arabe parce que c’est le fait que la langue soit inconnue qui fait que j’écris. Utiliser la langue arabe comme un instrument de communication ordinaire me demanderait vingt ans d’apprentissage pour arriver à lire des livres que je peux lire en traduction. Cela ne réparerait rien de toute façon, et cela serait une instrumentalisation de la langue du père, de l’arabe de mon père qui est sa langue à lui, la langue de ses femmes.           Le fait que la langue qui n’a pas été donnée soit la langue du père, rend effectivement cette séparation d’avec cette langue-là, d’avec la langue de cette terre-là, définitive et irrémédiable. C’est parce que c’est “ la langue des hommes ” d’abord, ou du moins que c’est ainsi que la fillette l’identifie, qu’elle a été un instrument de rupture, et donc de mise à l’écart de l’univers patriarcal qui régit le peuple algérien colonisé. “ Mon père riait en arabe avec des hommes inconnus. Ce qu’ils racontaient les faisait rire, je ne savais pas, je ne saurai pas ce qu’ils se disaient alors… ”

Mais c’est aussi la langue de la résistance, de la révolte et du désir. Ce que les hommes pressentent en eux d’irréductible lui appartient. C’est la langue de leur identité encore inconnue. Ses sonorités auxquelles certains colonisateurs se familiariseront par amour de cette langue ou bien afin de mieux approcher une population qui ne se soumet pas, sortent du ventre, de la gorge de ces corps que l’on voudrait bien encerclés, colonisés. A travers elle ils demeureront inviolés.

 

“ Dans sa langue, il aurait dit ce qu’il ne dit pas dans la langue étrangère, il aurait parlé à ses enfants de ce qu’il tait, il aurait raconté ce qu’il n’a pas raconté, non pas de sa vie à lui, un père ne parle pas de sa propre vie à ses enfants, il respecte la pudeur, l’honneur, la dignité, et eux aussi, il le sait, ils le savent, non, de sa vie il n’aurait pas parlé, mais les histoires de la vieille ville marine, les légendes, les anecdotes du petit homme rusé qui se moque des puissants et ça fait rire les faibles, les pauvres, il aurait raconté les ancêtres, le quartier, vérité et mensonge, il aurait ri avec ses enfants dans sa langue et ils auraient appris les mots de gorge, les sonorités, répétés, articulés encore et encore, maître d’école, dans sa maison, ensemble ils auraient déchiffré, récité, inscrit sur l’ardoise noire les lettres qu’ils ne savent pas tracer. ”

 

Peux-tu reprendre pour toi l’expression “ langue maternelle ” puisqu’en ce qui te concerne il s’agit de la langue paternelle et ensuite aussi de la langue des femmes ?

 

Leïla Sebbar : Cette expression de langue maternelle n’est peut-être pas juste, mais si l’on pense aux couples mixtes par exemple, l’enfant apprend la langue de sa mère d’abord. C’est toujours d’abord la langue de la mère qu’on apprend, on la possède avec le lait. Quand ce n’est pas la langue du père, il a à transmettre de son côté une langue, comme une mère, et il ne la transmet pas car il n’est pas la mère justement. Et lorsque l’on est dans une situation coloniale, c’est-à-dire de rapport de dominant à dominé, c’est encore plus compliqué. Une langue qui n’a pas été transmise dès la petite enfance, ne peut pas se transmettre. Elle ne peut plus se transmettre.

A suivre...
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Petites notes de lecture
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Lundi 24 septembre 2007 1 24 /09 /Sep /2007 23:01

Poèmes à deux sous Dimanche, 15 juillet 2007 Epinay

J’ai écrit des dizaines de poèmes qui n’ont été lus par personne…

Et alors…

Je suis en quelque sorte aussi inconnue que l’araignée qui dans le petit matin frais de l’été tisse sa toile entre deux fleurs fragiles de coquelicots et les relie par un filet transparent qu’elle regarde se couvrir de gouttes de rosée qui s’enchantent des premiers rayons du soleil levant…

L’araignée dans le petit matin frais je la regarde tisser son poème de rosée et je me dis qu’alors ça c’est une chouette petite œuvre d’art…

Comme elle ce que je fais est inutile aux yeux du monde qui s’agite tout autour… Pourtant je crois que mes poèmes aussi sont de légers capteurs de lumière et que pour les yeux du vagabond marchant à l’aube sur les chemins bornés par des cailloux blancs et ronds il deviennent pendant un court instant inoubliables… et tout à fait superflus…

Et alors…

Ce sont ma légèreté et la présence fugace de ce qui se pose sur les fils tendus de la pièce où j’écris comme des hirondelles qu’il faut préserver du poids des reconnaissances…

Du poids des godasses lourdes qui marchent sur les petits doigts des étoiles de mer… Se laisser rouler comme les cailloux blancs et ronds par les vagues d’Océan et n’avoir assez d’être que pour habiter les rêves d’un enfant en train d’imaginer le monde… Qu’ils sont sûrs d’eux ceux qui savent le nombre de pétales des roses

Qu’ils sont sûrs d’eux debout au milieu des estrades vides

Balançant leur masque d’or devant les yeux ronds des oiseaux de nuit

Qu’ils sont sûrs d’eux ceux qui rient des mots de rien des poèmes

Ecrits du bout de l’enfance comme on met à l’abri des choses

Bien-aimées Qu’ils sont sûrs d’eux leur vieillesse sans rides

Taillée de marbre mort tue mieux que leurs miroirs de suie

Brandis face à la bouille ahurie des voyous nocturnes qui aiment

Trop se faire des festins de souris vertes et s’échanger des billes

Citron orange et grenadine bourrées de mots mouvants

Qui se tirent des yeux de verre sur les ailes des hiboux blancs

Qu’ils sont sûrs d’eux les graves fabricants de fers aux pattes

Moi j’appartiens au monde des gueux poètes sans familles

Mon p’tit sac d’histoires sur le dos je me carapate

De leurs cités de fer rien à faire je préfère les girouettes du vent

Qui chahute mes plumes d’oiseau de nuit à hautes doses

De bourrasques et d’incendies jusqu’à ce que des traîneaux de pluie

Emportent loin d’eux et de leurs livres d’or aux fenêtres closes

Les poèmes de rosée volés aux araignées par les oiseaux de nuit.

Lundi, 24 septembre 2007  A Jean le poète méconnu de la part du peuple des hiboux

          Il y a quatre ans tout juste que mon ami Jean Pélégri poète et écrivain d’Algérie s’est tiré pour un autre paysage et qu’il m’a laissée là avec un gros paquet de papiers brouillons… Il y a quatre ans que j’ai eu le plus bel héritage pour quelqu’un qui n’vit qu’avec les mots… les mots d’un poète… des poètes vu qu’à c’t’époque les gens qui fréquentaient la poésie s’écrivaient les uns les autres comme Rimbaud à Verlaine… s’écrivaient et s’échangeaient des paroles qu’on rêve d’avoir entre les mains… et puis quand on les a…

        Jean était un être rare et bon qui aujourd’hui me manque plus encore dans ce monde de furieux avec rien que des mots de haine au bec… Son amitié a été mon gros soleil rouge durant six années de rencontres et de causeries d’où il est sorti surtout un bouquin que Jean aimait bien je crois : Jean Pélégri l’Algérien Le scribe du caillou aux Ed. Marsa en 2000 et puis bien d’autres écritures dont je vous parle souvent… Le lieu où vivait Jean était une île pour moi son île d’Algérie en plein Paris dans le 14ème arrondissement tout près de la Porte d’Orléans…

          C’est là que nous avons tourné le documentaire qui raconte son histoire réalisé par Jean-Pierre Lledo quelques années avant que Jean ne nous largue comme Mohamed Dib son camarade algérien à quelques mois d’écart à peine… C’est là que nous avons ri comme des fous pendant ces journées de tournage car nous formions une drôle d’équipe tous ensemble et cet appartement était si peu commode qu’il fallait déplacer tous les meubles et que Juliette la femme de Jean se mettait en colère contre notre bazar mais juste pour le plaisir…

          C’est là que je suis revenue après la mort de Jean dans ce lieu qui n’était plus habité que par ses livres mais où Juliette et Fatima qui est Algérienne et qui s’occupe de tout désormais vu que Juliette vient légèrement de passer les 90 berges veillent sur sa présence secrète… J’y suis revenue le cœur serré pour faire l’inventaire des innombrables archives que Jean nous confiait et pour trier classer ranger dans des boîtes d’archives ce qui allait constituer à la Bibliothèque Nationale le fond Jean Pélégri. En compagnie des deux êtres que vous aimiez et que vous estimiez Camus et Dib vous êtes désormais vivant pour toujours Jean… et je suis tellement heureuse de ça que le manque de vous me peine un peu moins…

          Désormais il me reste encore une tache à accomplir… Celle de poursuivre la réalisation des Cahiers Jean Pélégri avec les brouillons de tout ce que vous avez écrit et que je déchiffre peu à peu dans vos cahiers de jeunesse que vous considériez comme des choses sans importance… Il y a là de si belles choses que le premier Cahier Jean Pélégri Les Mots de l’amitié paru en février 2007 a déjà livrées aux lecteurs étonnés de tant de mots de vous qu’ils n’imaginaient pas… C’est un gros travail cher Jean qui heureusement vous retient auprès de moi longtemps encore…  

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Murs de papier
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Samedi 22 septembre 2007 6 22 /09 /Sep /2007 00:25

Le feu aux livres… Vendredi, 17 août 2007 Epinay  “ Nuit sexuelle ” ou le feu aux livres…

Article Charlie-Hebdo Mercredi, 15 août 2007

“ Autodafé au Banquet du Livre ”  Marine Chanel

 

Des livres qu’on bousille en les couvrant d’huile de vidange et de goudron ça ressemble à quoi ? Mais à de l’Interdit pardi que ça ressemble ! Comme on interdisait les poèmes érotiques des Fleurs du mal de Baudelaire ou ceux écrits par Verlaine et Rimbe… comme on refusait à Artaud de faire entendre ses glossolalies à la radio et ses imprécations sexuo-anarchistes… Et à tant d’autres poètes d’écrire et de rêver de cul… ou d’anges… c’est pareil…

Quand il y a le feu aux livres dans une société où l’ensemble de la populace s’est mis à dé-penser à fond et à encenser les fondements de ce qui la tue c’est qu’il y a aussi le feu autrepart…

Les livres ne sont plus aimés parce qu’à force d’être écrits par n’importe quels maquignons des mots ils défont le sens que leur ont donné les écrivains et les poètes graveurs du temps…

S’il y a des gens qui écrivent sans avoir le sentiment d’un idéal tellement singulier qu’il nous est humainement commun… d’avoir comme l’a résumé Céline “ au moins tenté quelque chose ” pour que ce monde fou cesse un instant dans son auto-destruction absurde et réfléchisse… et pour que la barbarie des hommes s’arrête là… alors les incendies de livres ne font sans doute que nous débarrasser de leurs manifestations d’impuissance…

C’est vrai qu’on peut écrire avec légèreté avec insouciance… juste pour le plaisir et la jubilation des mots et parce qu’on ne parlera jamais trop des roses pompon de l’Oncle Ho… du béret étoilé du Che… du renard du Petit Prince… de l’arbre à pierres précieuses de Sindbab ni du lapin blanc d’Alice… et que La nuit étoilée de Vincent nous fait probable autant de bien que Guernica de Picasso ou Tres de Mayo de Goya…

Les “ Nuits sexuelles ” avec des lectures de Sade sont de l’ordre de ce qui nous affranchit des interdits qui claquemurent notre corps à l’intérieur de la morale des autres et pour ça elles sont aussi bonnes que si on y lisait “ Le dormeur du val ” de Rimbe ou bien “ La chasse à l’enfant ” de Prévert vu que toutes les formes d’interdit de vivre s’en prennent à notre corps avec la même violence…

Les livres ne sont plus aimés parce qu’ils sont devenus vulgaires au sens propre de ce mot c’est-à-dire “ chose commune ”… banale… ordinaire… sans singularité… La vulgarité ça n’est ni le corps ni le sexe qui s’y collent mais les choses réalisées sans passion… sans intelligence et sans émotion créatrice… les livres y compris…

Pas une raison pour les brûler certainement mais si on ne faisait d’incendies qu’avec les “ mauvais livres ” je crois que j’aurais autant de sympathie pour les incendiaires que pour ceux qui ont embrasé nos cités de banlieue en Novembre 2005…

   S’il y avait le feu aus livres vulgaires… aux peintures vulgaires… aux moyens de communication vulgaires… et à toutes formes de réalisations humaines et de pensées vulgaires sûr que l’ensemble de la populace aurait déjà commencé à se réveiller voire… à se rebeller et qu’avec ou sans conscience de classe elle refuserait qu’on touche à ce qui fait sa dignité humaine… la culture populaire qui est son héritage et sa force et ce qui a marqué gravé inscrit dans le temps une libération de tous les Interdits…

Qu’on brûle des livres dans une société où la culture n’a plus rien de précieux ni d’essentiel n’est pas étonnant… Ce qui est étonnant c’est qu’il y ait encore des poètes qui prennent le temps d’écrire et que tous leurs livres ne soient pas encore interdits…

 

Et pour faire suite avec la jubilation gourmande de la lectrice incorrigible et jamais rassasiée que je suis de mots jolis qu’on a envie voici là un début d’info sur un bouquin que j’ai déniché pioché dans l’énorme malle aux livres et qui m’a aussitôt tout d’suite drôlement plu parc’qu’il n’a pas d’auteurs…

Je vous en causerai plus quand je l’aurai fini ce qui ne saurait être long vu qu’il n’a que 125 petites pages… petites de format mais bien pleines de sens et de sensations ce qui me ravit terrible vous pensez bien… Il est paru y a déjà quelques encablures vu que c’est mars 2007 mais normal que j’aie eu un peu de mal à le repérer puisqu’il est écrit sur la couverture d’une couleur indéterminée… si si c’est vrai… “ Comité invisible ”…

Je songe à des copains anars toujours parés pour la bonne aventure et plus que jamais se marrant des lustres à venir qui n’vont pas être tristes fait bien le dire… Donc le bouquin s’intitule

L’insurrection qui vient réuni par le Comité invisible et publié aux Ed. La fabrique : lafabrique@lafabrique.fr  

Vous vous doutez qu’il ne s’agit pas d’une recette pour faire les crêpes et si je vous en dis quelques mots là c’est que ça fait trop du bien de sentir que la résistance s’organise et qu’on n’est pas tout seuls comme des cornichons à se débattre contre la bêtise infâme et la haine de tant de vieux gâteux mous réunis… Voici la 4ème de couv qui vous met au parfum mieux que moi :

“ Rien ne manque au triomphe de la civilisation.

Ni la terreur politique ni la misère affective.

Ni la stérilité universelle.

Le désert ne peut plus croître : il est partout.

Mais il peut encore s’approfondir.

Devant l’évidence de la catastrophe, il y a ceux qui s’indignent et ceux qui prennent acte, ceux qui dénoncent et ceux qui s’organisent.

 

Le comité invisible est du côté de ceux qui s’organisent. ”

 

Bon, ce bouquin il a beau être né avant que le pire ne nous arrive et que le ciel bleu de la banlieue ne nous fracasse toutes origines confondues Gaulois Blacks Beurs Chinois Indiens et tous les autres il est diablement présent et prêt à nous bondir entre les pattes comme les milliers de mots des poèmes écrits depuis des siècles qui sont bourrés de rébellion et de refus d’interdire autant que de roses et de renards…

Et à la veille de la première Fête de la poésie internationale pour la paix qui a lieu ce week-end un peu partout et Les Cahiers des Diables bleus y seront évident Mairie du 20èmec’est un pur bonheur d’avoir ça sous la paluche foi de jeune diablotin ! 

                                                                                                      

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Murs de papier
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Vendredi 21 septembre 2007 5 21 /09 /Sep /2007 00:29

                          C'était des nuages pour commencer...

Elle tout au fond de la salle d’étude du pensionnat Notre-Dame des Anges c’était des nuages qu’elle peignait pour commencer…

A quatre pattes sur le plancher du pensionnat ciré et reciré par la vieille sœur sacrifice ce soir y a personne pour venir la mater avec le regard qu’on les gens déjà morts pour toujours… A quatre pattes avec les odeurs qui sentent fort comme celle de l’hérisson qui est son ami de l’autre côté de la cour géante du stalag Notre-Dame des Anges où y’a encore quelques semaines des pommiers avec l’odeur des pommes qui tombent et qu’on n’ramasse pas… l’odeur sucrée forte écoeurante un peu qui remonte dans sa bouche et lui rappelle celle du verger de son grand-père le conducteur de locomotives…

A quatre pattes sur le plancher du pensionnat elle a posé sa musette militaire taggée avec Tom dedans à la porte de la salle d’études vide vu que ce soir ça n’craint pas… c’est un jeu qu’ils se font comme les chevaux quand ils pigent que les abattoirs ils vont être démolis et qu’à la place y aura la douceur moelleuse du sable sous leurs pieds qui s’enfoncent… s’enfoncent…

C’est un jeu qu’ils se font le vieux Tom tout râpé et elle ils l’ont mis au point chaque week-end où les autres se tirent et où eux ils restent quasi seuls à l’intérieur du pensionnat en compagnie de la sœur sacrifice qui n’peut plus se redresser à force qu’elle marne au-dessus du plancher et de la grosse Lorenza la sœur des cuisines qui s’appelle ici sœur Sainte-Thérèse de Jésus… toutes les deux elles ne quittent jamais le Stalag à cause d’une faute commise qu’on n’leur pardonnera pas… peut-être qu’elles ont aimé quelqu’un…

C’est interdit ! Interdit !… Elle étale les bandes de papier de boucherie qu’elle a chipées aux cuisines tout autour de la salle d’études et dessus elle peint des nuages pour commencer avec le gros pinceau et les pots de couleur violet de cobalt émeraude et bleu de cendre et puis avec Tom le vieil ours râpé ils ont plus qu’à entrer dedans et à s’tirer d’ici une bonne fois… c’est facile… Hop ! Hop !…

Après il n’leur restera plus qu’à courir courir pour la rattraper la vie d’avant… elle a eu 12 ans en 1968… vous imaginez ?

Les pavés que l’océan recouvre de terrains vagues et le sable tellement fin où ils avaient dessiné les roses pompon de l’Oncle Ho et le béret noir étoilé du Che…

L’odeur fade et salée du sang dans les abattoirs quand elle avait échappé au bras d’Ariane autour de son épaule qui cherchait à la retenir et qu’elle avait franchi les grilles énormes dont la porte n’était pas fermée à la suite des chevaux sauvages comme elle qui étaient entrés par hordes entières pareilles aux filles et qui attendaient leur sort la crinière échevelée de nébuleuses de sueur leurs membres fragiles qui tremblaient… leurs lèvres mousseuses… leurs ongles de nacre cherchant le sable perdu…La peur bouillait sur leur naseaux et les grilles s’étaient refermées derrière eux…

Mais elle qui ne croyait en rien… elle n’avait pas peur…

Ho Ho Ho Chi Min !… Che Che Guevarra !…

Il suffisait de descendre à la cuisine que la grosse Lorenza a désertée à cette heure-là et de trouver le couteau à la lame longue aiguisée qu’elle a repéré la première fois qu’elle a volé les papiers de boucherie qui sont couverts de nuages bleu de cendre et émeraude… Et puis il suffit de mettre la main sur le maître de tout ça… le grand organisateur et de lui enfoncer la lame longue aiguisée fine dans la gorge qui se couvrira de pétales rouges de coquelicots fragiles…

Ouais… le tuer pour être à nouveau libres de courir au creux de la douceur moelleuse du sable… Hop ! Hop ! Hop !…et sentir la caresse mouillée des pétales de coquelicots sur ses pieds sur ses mollets sur ses jambes avec l’odeur… la bonne odeur fraîche acidulée de la rosée à l’aube qui enchante l’herbe des terrains vagues…

Ouais… elle pense avec toute la force de l’adolescence… le tuer sans hésiter pour que les filles du pensionnat stalag Notre-Dame des Anges soient délivrées du sort mauvais et qu’elles aient droit elles aussi à la lueur malice qui brille dans les yeux dorés de Tom le vieil ours râpé qui ne la quitte pas… Et elles se jetteront ensemble sur les grilles que la sœur portière effarée par le troupeau de chevaux aux sabots nacrés d’écume lui déferlant éclaboussant jaillissant ouvrira grand comme l’âme échevelée du monde devant elles… Mais ce soir y’a personne et elle plonge et replonge le pinceau à l’intérieur des pots de couleur… floup !… floup !… avec les larges bandes de papier de boucherie piqués à la sœur économe qui ont la couleur ocre sale aussi d’avant le sang…

Non… ce soir il n’y a personne à l’intérieur du pensionnat Notre-Dame des Anges qu’elle et Tom le vieil ours râpé gardés vaguement par la sœur sacrifice qui ne voit que les kilomètres de rainures du plancher de ses yeux aveugles à force et par la grosse Lorenza occupée à retirer avec ses doigts énormes les guêpes des pots de confiture de mirabelles au fond du garde-manger obscur où ça pue la pisse de rats et le pain moisi…

Y a personne qui l’empêche de fiche le camp en escaladant le mur du jardin des sœurs de l’autre côté des tas de cendres et de braises froides… tout ce qui reste des pommiers qui avaient l’odeur de ceux du verger de son grand-père le conducteur de locomotives et qui étaient les seuls frangins qu’elle avait ici… Non… y a personne qui l’empêche de monter au dortoir prendre le pull bleu délavé et de descendre à la cuisine chiper les morceaux de baguette et les barres de chocolat noir du goûter et de planquer ça à l’intérieur de la musette militaire où le vieux Tom est déjà prêt pour la bonne aventure…

Non… y a personne sur leur chemin pour de vrai et au milieu des papiers de boucherie le couteau à la lame longue aiguisée est devenu inutile pour l’instant tandis qu’Ariane avec ses ailes de libellule attend de l’autre côté du mur du jardin juste à l’endroit où grimpe le rosier pointillé de roses pompons de l’Oncle Ho le béret noir étoilé rouge du Che sur ses mèches brunes échevelées par le vent un peu frais du soir…

En passant très vite devant le petit œil rond de l’hérisson et en reniflant l’odeur des roses elle sait qu’elle n’est plus une enfant et qu’elle fonce de toutes ses forces adolescentes à la rencontre de l’histoire que des jeunes garçons et filles ont commencé à écrire dans l’été de 1968 et qu’il n’y a rien… qu’il n’y a personne qui lui interdit cette fois de les rejoindre…

Ecoute… écoute… je voudrais te dessiner des nuages pour commencer…

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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