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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Mercredi 12 décembre 2007 3 12 /12 /Déc /2007 12:11

“La fille avec les pataugas ”

 La mère raconte.

“ La rumeur de terrasse en terrasse, d’une cour à l’autre cour, jusqu’à l’intérieur des chambres… ”

A l’intérieur du hammam elles parlent, elles disent et mé-disent elles chuchotent. Les lieux de parole des femmes sont des lieux de peau, de cheveux dénoués, de pieds et de mains prêts pour le henné, des lieux de piqûres, de coupures, de caresses, de massages. Le cercle des femmes s’ouvre pour laisser passer les masseuses, celles qui vont se charger sur leurs épaules et leurs reins élargis de toutes les douleurs des corps, du craquement des os, des gémissements des chairs frottées, pressées, malaxées.

“ Parfois une petite fille s’échappe du cercle et se dirige vers elle. ”

La mère se tient à l’écart. Elle n’appartient pas au cercle des femmes qui partagent les mots du secret. Ce qu’elle se dit elle se le dit pour elle seule. Pour elle et pour sa fille absente. Sa fille est son alliée même si elle ne la comprend pas forcément. Si elle était là, elles pourraient entrer ensemble dans le cercle des femmes. Sentir leur présence et écouter les histoires de chacune, c’est faire partie du clan. Il ne fait pas bon être à l’extérieur du clan des femmes, même les fillettes savent cela. Elles le savent avec leur corps impubère. On le leur a fait savoir.

De ce côté-ci dans les cités de l’Occident, est-ce qu’il existe encore des gestes de femmes rassemblées à l’intérieur des halls immenses des tours parfois on peut entrer et sortir des deux côtés où il y a les boîtes aux lettres… les halls sont aussi des labyrinthes avec les ascenseurs au bout planqués au creux de l’ombre seuls ceux qui habitent-là connaissent le passage ? Des gestes de femmes pour protéger de leurs ventres de leurs épaules de leurs regards le corps des filles du désir des garçons ou des hommes sur les parkings de blues bunker… entre les voitures les p’tits jouent à la course poursuite… elles savent ce qu’elles risquent on leur a dit aujourd’hui plus rien de caché enfin on le croit ? Et si le cercle des femmes se refermait sui lui-même afin de ne rien voir de ne rien entendre de ce qui se passe en bas des escaliers ?

Mais la mère vit là-bas dans un temps de guerre où les garçons et les hommes ont d’autres désirs à accomplir. Des désirs de liberté ou du moins c’est ce qu’on croit. Est-ce que la liberté s’arrête au monde des hommes ?

Là aussi c’est la photographie qui est le lieu de l’ambiguïté entre la fille dont le destin est de partir et la mère ou la matrone dont les liens avec le clan ne peuvent être rompus. La photographie révèle à toutes et à tous le choix que la fille a eu la possibilité et le courage de faire. Elle immobilise ce choix dans un instant. Elle le fixe comme un moment frontière entre les générations des femmes. Il y avait le temps où on cachait et il y a le temps ou on montre. Montrer n’est pas licité. C’est la transgression. La provocation. Dans chaque nouvelle où l’image intervient comme révélateur le photographe est un homme. Un homme d’un autre pays. Un étranger dont le regard ouvre… dénude.

 

“ Elle entend dire que la fille de la photographie, c’est sa fille, et que dans les cafés et les cabarets la photographie circule, on la montre, les hommes la regardent et se la passent. ”

 

Partout le regard masculin qui se pose sur les femmes veut les emprisonner dans les images. Dans les pays du Maghreb à une certaine époque une jeune fille une femme qui se laissent photographier et exhiber devant tout le monde vendent l’image de leur corps. La parole des femmes au sujet de la fille de la photographie est forcément accusatrice. Envieuse ? De toute façon c’est un travestissement d’une vérité qu’elles ne connaissent pas. La parole des femmes transmet la fausse rumeur.

Elles ne peuvent pas imaginer que la fille ait eu un autre choix que celui de rester dans la lignée de la mère à l’intérieur de la maison ou de se vendre. L’image que les femmes ont d’elles-mêmes est celle que les hommes leur donnent et qu’elles transmettent à leurs filles ? Les mères élèvent les garçons aussi… Par la photographie de la fille que la cousine apporte le lien entre la mère et la fille est à nouveau possible. La reconnaissance de la liberté du choix peut exister.

“ Assise au bord du lit, près de ses enfants, la mère regarde la photographie. Sa fille sourit. Elle est habillée en soldat de la montagne : un pantalon d’homme trop large, une chemise militaire, des Pataugas, une casquette, un fusil en bandoulière.

Sa fille a pris le maquis. ”  

La mère de Leïla

A suivre...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Petites notes de lecture
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Lundi 10 décembre 2007 1 10 /12 /Déc /2007 23:52

                                   Quels pères quels fils ? Epinay, Dimanche, 9 décembre 2007

Aux gamins de Villiers-le-Bel emprisonnés

Pour avoir chipé des bonbons

Les adultes jouent à la guerre

Avec du sang avec du feu

Leurs billes ne sont pas en verre

Rouges leurs mains après le jeu

 

Les enfants déchirent les contes

Où le monstre à la fin trépasse

La bonté givre sous la honte

L’innocence sèche aux terrasses

 

Les grands ont maginé des flingues

Des grenades roses qui tuent

Et des armes aux couleurs dingues

De force obscure ils sont vêtus

 

Les p’tits préparent la conquête

Avec des cocktails vert absinthe

Bunker moqueur plein de baskets

Quand leurs iris de suie se teintent

 

Les vieux de la vie ont la haine

Des oiseaux des fleurs des renards

Le sel des déserts les enchaîne

Les sources vident leur regard

 

Les jeunes labourent les rues

Au flanc bitume bleu entaillent

Avec de cruelles charrues

Par là leur violence se taille

 

Les hommes incendient la terre

Comme un pantin de carnaval

Cendres semailles de colère

Sur le rouge de Germinal

 

Les enfants dans leurs vêtements

Kakis porteront leur histoire

Le deuil d’un monde différent

Ils en mangeront le pain noir

 

Les pères se lavent les mains

Des Babylones englouties

Aux ciboires des lendemains

D’ombre s’abreuvent leurs petits

 

Les fils tatoués de rêves morts

A chaque doigt crève une étoile

Sèvrent leurs lèvres du remord

Mangeurs d’aurores boréales

 

Chercheurs d’or privés de mirages

Les adultes jouent à la guerre

Depuis que les chevaux sauvages

Au creux des goémons de mer

Oublient d’étranges coquillages

 

Au fond du tamis l’or repose

Les enfants fabriquent des bombes

De solitude qui explosent

Généreuses elles retombent

En pluie d’audace sur les roses.

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Samedi 8 décembre 2007 6 08 /12 /Déc /2007 11:56

                                 Petites chroniques

Vendredi, 7 décembre 2007  La honte !…

 

           D’habitude comme je vous le disais dans ma précédente petite chronique j’écris du dedans du ventre doux chaud familier de notre cité d’Epinay la cité d’Orgemont où on crèche l’ami Louis et moi et c’est bien normal que je parle d’elle… D’elle et de ses parfums frais acidulés sucrés tendres et parfois aussi un peu cruels mais moi j’aime ce qui est vivant et les odeurs de la cuisine des gens qui sont venus d’ailleurs Miam ! c’est extra… Ouais… d’habitude je vous parle d’elle notre cité jardin avec ses grands arbres maîtres des parkings et j’aurais encore bien des choses à vous écrire à son sujet vu que des choses d’elle j’en apprends tous les jours mais… Mais faut dire que depuis quinze jours là c’est trop ce qui nous arrive à nous autres de la banlieue et je n’peux pas laisser passer sans vous dire… sans vous dire que ce qui arrive aux gamins des citadelles de ces Babylone en folie où on est les uns avec les autres dans un drôle de désarroi ça nous concerne tous ça nous revient en plein museau si on est pas des inconscients brutes au mains de sang ça nous touche au cœur !

Nous on a grandi… on est plus des p’tits et j’crois même qu’on est un peu adultes vu qu’on se sent responsables du mal qui leur dégringole et qu’on se dit l’ami Louis et moi à chaque fois : mais qu’est-ce qu’on pourrait faire pour pas que ça continue à se dégrader l’existence des gamins des quartiers et à les pousser à commettre des sortes de suicides pas possibles eux qui sont plein de soleil dans leur tête eux qui sont tellement vivants ! Ouais… m’est avis que si on est adultes on sait bien qu’en face de nous y’a des p’tits qui n’le sont pas et que c’est à nous de les aimer assez pour leur donner la confiance en eux qu’ils ont pas et dans cette société non plus on les comprend… Leur galère nous on l’a vécue autrement c’est vrai… question d’époque et de couleur de peau blancs dehors ça aide… mais on l’a vécue alors on pige et on les respecte sacrément !

Cette semaine j’ai commencé avec ce mauvais ressenti après ce qui s’est passé à Villiers-le-Bel et les reportages nases que j’ai lus encore et encore toujours suite à celui sur notre cité d’Orgemont l’autre fois de quelque chose de vraiment pourri qui se serait installé dans la tronche des jeunes des quartiers à force qu’ils entendent des trucs sur eux qui ne sont pas vrais et pourtant… sur eux et sur leurs lieux de vie des trucs… vraiment crasses et faux tronqués mis en scène par ceux qui ne savent rien de la banlieue et d’abord laquelle ? J’suis tombée juste pile dans ma p’tite revue de presse que je fais chaque jour parmi les blogs des jeunes et pas jeunes sur le récit de Nadéra dans le blog des jeunes de Clichy qui m’a donné raison et m’a fait bondir de mon trou à rats… vous vous souvenez ? nous on habite dans des trous…

Son texte Nadéra elle l’a intitulé “ Le bruit et l’odeur… ” et moi comme je suis quelqu’un qui voit toujours l’autre côté des choses c’est forcé vu que j’écris c’est mon job alors je m’faufile là où on n’regarde pas d’ordinaire pourtant c’est aussi ça la réalité… donc je lui ai répondu en faisant un mini reportage sur notre cité jardin très parfumée et j’exagère pas… et j’ai intitulé ça “ Des chansons et des parfums… ” Ouais vu que dans la vie y’a les deux et c’est drôle que des êtres jeunes 20 ans quoi… ils choisissent juste de raconter le côté pourri enfin moi ça m’fait une impression qu’ils ont déjà bien intégré le discours de c’qu’on appelait nous autres dans les sixties le vieux monde…

Les cités jardins ont les appelait comme ça quand les maires de la banlieue rouge une grande partie de la banlieue en fait dans les années après la guerre et la grande zermi des ouvriers qui avaient pas où se loger les ont imaginées avec plein de grands arbres comme les nôtres remplis de piafs je vous racontais pour les deux p’tites mésanges qui viennent sur notre fenêtre en plus des moineaux cette année… et des endroits où se balader autour des blocks agréables et tout… Un maire comme Henri Sellier le maire communiste de Suresnes il en a dessiné et créé plein des espaces où les habitants d’la banlieue ils seraient comme les autres ils auraient le droit de profiter des forêts qui sont encore des veilleuses copines des bestioles sympath des renards des écureuils des tas de piafs fabuleux des fouines des lapins même… des espaces de liberté au milieu des villes comme les bois de Clichy où on allait passer des tas d’moments formidables quand on était ados…

Sûr que ces maires-là étaient comme ceux qui ont écrit le texte très chouette après que les gens de Villiers-le-Bel se soient révoltés suite à la mort des deux gamins qui comme Zyad et Bouna étaient des enfants… ouais juste des enfants… qu’on doit protéger donc qu’on doit regarder avec bienveillance… ce texte intitulé “ La banlieue peut tout ! ” vous pouvez le trouver sur Libé enfin il fait ce que moi je crois qu’est notre rôle à nous autres les scribouillards des quartiers… donner une autre image de notre vital espace comme vous savez…

Pourquoi j’ai appelé cette petite chronique “ La honte !… ” au fait ? Ah oui ! c’est rapport à ce qui s’est passé à Villiers-le-Bel et aux jugements des gamins pris la main dans le sac à chiper quoi ? Vous n’devinerez pas… si j’ai bien lu le reportage sur le jugement en flags ( aujourd’hui on doit dire comparution immédiate mais pour nous les anciens ça restera les flagrants délits… les flags… ) les p’tits ont profité d’une superette cassée pour faucher des bonbons… Terrible comme délit faut le dire dans notre monde où les adultes eux ne volent rien n’est-ce pas ? Donc les voleurs de bonbons ont pris trois mois fermes et y z’ont eu du bol car le juge demandait cinq ! C’est la honte alors ! C’est quoi un monde où des adultes jugent des enfants qui ont rempli des sacs de bonbons dans une cité où leurs vieux qui se lèvent quand y a pas encore de lumière suer la peau d’ombre des parkings blues bitume pour aller marner font les courses à crédit à partir du 10 du mois ?

C’est quoi un monde où on appâte leurs darons avec du fric pour qu’ils dénoncent leur voisin ça c’est une façon de gagner honnêtement de l’argent hein ! Sûr que ça doit leur causer c’t’exemple-là aux p’tits du fond de leur tôle qui pue la pisse et la haine de tout où ils vont passer les teufs de la fin d’l’année en bonne compagnie ils l’oublieront pas… Eux alors pour le coup le bruit et l’odeur… ouais la honte ! Ils ressortiront avec des rubis de sang au creux des paumes et chaque main qu’ils toucheront aura cette couleur-là celle des blessures qui s’communiquent comme un incendie… C’est quoi un monde où des jeunes foutent le feu à un bus pour faire partie de la société du spectacle où tout est dans le rôle que tu joues dans le décor que t’inventes et qu’est surtout pas le tien dans le masque que tu portes qui ment sur ce que tu es parce que ce que tu es c’est… rien ! La honte !…

Alors quand j’ai trop la rage je me dis que nous autres on a eu sacrément de la chance de grandir avec des frangins comme Sartre Daniel Guérin Guy Debord Raoul Vaneigem Deleuze et aussi qu’à seize piges moi je lisais Camus L’homme révolté… ouais… Camus c’est le gamin des ruelles pauvres d’Alger qui a écrit quelque part “ Je me révolte donc je suis… ” et pas que ça… Camus à qui on fait dire n’importe quoi par ces temps c’est facile… si vous jetez un coup d’œil sur l’article de Jean-Pierre Barou dans Libé “ Sarkozi, Camus et le travail ” vous serez étonnés me semble… Voilà ce qu’il en dit Camus du travail : “ Seule l’oisiveté est une valeur morale, parce qu’elle peut servir à juger les hommes. Elle n’est fatale qu’aux médiocres. C’est sa leçon et sa grandeur. Le travail, au contraire, écrase également les hommes. Il ne fonde pas un jugement. Il met en action une métaphysique de l’humiliation. ” Et pour finir : “ Toute vie dirigée vers l’argent est une mort. ” C’est pas moi qui le contredirais…

Si les gamins de la zone n’avaient pas à porter sur les épaules le poids énorme de tout ce que nous avons honteusement raté pour faire un monde chouette et généreux ils retrouveraient leurs rires d’enfants leur insouciance et leurs courses joyeuses dans les rues des cités jardins et ils se sentiraient le droit d’être comme nous l’avons été des p’tits… Alors si y a une seule chose qu’on puisse faire nous autres c’est de rendre aux enfants leur enfance sans quoi on aura vraiment pour toujours tout faux… la Honte !…

A suivre...
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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Jeudi 6 décembre 2007 4 06 /12 /Déc /2007 22:56

“La fille de la maison close ”    La matrone raconte

“Mériéma. Une cavale rétive. Je la ferai obéir. Elle est jeune. Quand je pense que sans moi, elle serait morte. Désobéissante, ingrate, déjà. Quinze ans. Je saurai la dresser. ”

 

       Dès le départ du livre les cartes sont distribuées. Dresser, faire obéir, avoir à l’œil, le corps des filles est depuis l’origine objet de convoitise et d’interdits. La beauté des filles livrées à elles-mêmes adolescentes dans les rues ou sur le bord des routes, “ d’abord les yeux, d’un bleu violet comme les iris du jardin ”, leur beauté appartient aux matrones des bordels ou aux maquereaux. Fuir les femmes amantes du corps des femmes qui, ne pouvant en jouir le cisèlent esclave du désir des hommes.

      “ Donne-moi la main. N ’aie pas peur. Tu verras. C’est une maison, une vraie maison."

        La maison qui était pour les filles pour les femmes l’espace de l’intime des confidences partagées devient l’endroit où elle a été choisie pour vendre son corps. Avec d’autres femmes. La maison autour de son corps sera la seconde prison. Son corps de fille si elle n’a personne qui la protège dans ce pays-là elle sera vendue par une femme qui pourrait être sa mère, vendue à des hommes.

         Vendu son corps à l’intérieur de la maison des femmes par celle qui aurait pu en d’autres lieux l’exciser ou l’exorciser de tous les démons habitant son corps. Femmes qui ont la main mise sur le corps des filles. Femmes qui ne sont pas toujours mères et qui font du corps des filles leur butin leur trophée de sang.

           “ Je n’ai pas voulu être mère. J’ai refusé de donner la vie. ”

             A qui appartient donc le corps des filles ?

            Courir. Fuir les maisons qui sont les prisons des femmes. Fuir les mères prêtes à se débarrasser des filles avec le premier venu afin qu’elles ne connaissent jamais le goût acide et de tabac mêlé au miel de la liberté.

           “ Ma maison est le palais des Mille et Une Nuits, on le dit, on le répète, et c’est vrai."

            On imagine un de ces harems de sultan où tout semble promis, tout sauf l’essentiel : “ le pouvoir de dire non. ”               Quand on lit le livre de Samira Bellil L’enfer des tournantes on découvre que dans les cités d’Occident aujourd’hui les palais ont été remplacés par des caves aux odeurs de poubelles des parkings aux carcasses de voitures calcinées des escaliers taggés de rouge haine. Parmi les cités que j’ai fréquentées aucune ne ressemble à ce désastre-là peut-être que je n’ai pas vu et les filles que je croise n’ont pas peur je ne le remarque pas dans leurs yeux et pourtant il y a des lieux ou ça existe elles l’ont dit elles l’ont écrit… Est-ce que des mères maghrébines africaines aujourd’hui laissent leurs filles se prostituer à l’intérieur de la cité les voisines le savent et ne s’indignent pas et les grands frères gardiens de l’honneur de filles ?

           Dans les citadelles d’Occident plus rien ne subsiste de l’imaginaire et du décor des palais ottomans ni des fastueuses demeures arabes mais le corps des filles est l’objet à échanger à se repasser de main en main à marchander. Les palais poubelles trônent au creux des petites ruelles des centres villes et à l’extérieur des endroits éclairés riches de commerces et de vie d’où on les chasse les filles se réfugient dans les camionnettes crasseuses pas de chauffage l’hiver pas d’eau courante elles sont à nouveau esclaves des macs tout le monde le sait on le voit quand on traverse les espaces qui sont devenus des no man’s land autour des quartiers riches et avant la banlieue…

          Le long des allées du bois riantes et agréables le jour les camionnettes alignées une longue file les hommes attendent à côté les voitures ralentissent les filles vendent leur peau on ne connaît pas le prix  les sultans du racket font le guet… les camionnettes dans la nuit qui tombe légère au milieu des grands arbres scintillent abandonnées au cœur de l’ombre d’une bougie posée derrière le pare-brise pour dire que la femme qui n’a plus rien d’une odalisque est disponible. On les appelle les lucioles… La maison close d’Alger est un endroit où les filles n’ont rien à craindre de la violence barbare des rues…

           “ Dans les brûle-parfum, des eaux que j’achète chez le meilleur fabricant d’Alger : jasmin, rose, fleur d’oranger, géranium, tout pour mes filles. ”              Le corps des filles dans la bouche des hommes comme un fruit afin qu’ils en deviennent fous de désir. La matrone les possède par le “ luxe et la volupté ”. Elle est un homme aussi ? Les femmes les mères ont aussi le pouvoir de retirer leur liberté au corps des filles de le couper fragmenter on le voit dans le film d’Ousmane Sembène Moolaade. La main des exciseuses en robe rouge sang lâche le couteau qui pratique la Salinde traditionnelle l’excision pour le plaisir des hommes et pour la soumission au clan patriarcal c’est une femme qui applique la loi du Moolaade le droit d’asile et qui refuse avec son corps les dignitaires les anciens du village la font fouetter j’ai vu les coups de fouets la douleur sur son visage en sueur la chair ouverte elle ne se rendra pas les fillettes seront sauvées…

           “ Aujourd’hui dans ce palais, je suis la Maîtresse. On m’admire, on m’envie, on me respecte. ”

           Elle raconte le photographe qui a emporté les images en morceaux du corps de Mériéma de l’autre côté des murs et du jardin… “ il est somptueux toutes les essences du Jardin d’essai et peut-être davantage. ”

           Est-ce que le corps des filles des cités sera photographié taggé peint sculpté par les jeunes garçons comme leur œuvre d’art rebelle et singulière ?           A suivre...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Petites notes de lecture
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Mercredi 5 décembre 2007 3 05 /12 /Déc /2007 12:33

                              La belle étrangère

Ecoute… écoute…

Quand ils se séparent il laisse derrière lui c’qu’elle appelle la rue aux tamanoirs avec la façon qu’elle a de tout maginer et de faire du conte d’enchantement des choses qui lui semblent terribles dans c’recoin de la zone qu’est la ville où il a pas cessé de vadrouiller toujours… Et il se dit en remontant chaque fois direction le trou d’Mulot et Hop ! sur la gauche qu’elle raconte comme son vieux qui lui n’savait rien d’l’histoire de la banlieue mais il faisait sortir du bitume blues de leur jeunesse pauvre des choses du passé des ouvriers et des paysans de par ici y’a longtemps qu’il devinait formidable !

Juste là ce matin il tourne le dos à la tranchée qui explose du grondement des autos celle qui déchire en deux bouts pas retissés comme ça devrait sur le métier des tisseurs de rêves de la banlieue les tapis et couvertures couleurs vives et brillantes de piécettes d’argent… les bouts de la ville qui n’a plus de cœur elle ressemble à la statue de l’homme au cœur arraché dont elle lui parle tant et qu’il a été voir avec elle… juste là pendant qu’il pense au trou dans la poitrine de métal avec du corps autour éparpillé ressoudé par l’acier qu’les hommes ont fondu et leur sueur il tombe sur Mangoo qui sort d’la rue à droite où il a son logis depuis des siècles…

Mangoo si on l’connaît pas on le prend quand on le voit géant le dos quand même bossu comme les grands arbres les maîtres des forêts anciennes qui sont là éparpillés maintenant les pieds enfoncés loin dans les eaux des p’tits ruisseaux souterrains qui cavalcadent sous la terre goudron d’ici… on le prend pour un lourd totem de bois ébène ciré qui marche et s’approche avec d’la dignité et qui s’déplace en se balançant la musique d’Africa plein son estomac…L’est vêtu pareil que depuis les origines de son enfance avec son vieux du même boubou bleu magique qu’a rien perdu de sa couleur obscure où la lumière des déserts s’éclabousse…

Mangoo aussitôt il le repère il s’arrête se fige et tout son corps déjà il sourit d’la bonne amitié qu’il a pour lui d’l’époque qu’il était p’tit à côté de son père… Il était arrivé débarqué d’sa ville de Lomé où ils s'étaient retrouvés après avoir quitté le village et ils l’avaient mis dans l’équipe du vieux mais alors ils n’l’étaient pas…enfin pas tant qu’aujourd’hui où il devait renifler les 85 piges l’âge qu’il aurait son paternel s’il avait pas été becté rongé pour finir par la fumée d’ses gitanes maïs ses rouquines de l’enfer qui lui avaient pourri les chicots et la peau des doigts autant qu’le ciment… Ouais…  le débarquement de Mangoo c’était un peu avant que la flèche de la grue elle lui dégringole… oui un peu avant… à son vieux…

Il se tient là racine large et huilée et les épices donnent à sa peau des odeurs de marchés avec les fruits aux écorces épaisses crevées de jus et les poissons dont la chair lactée s’irise de rigoles de sang nacrées roses… Sa tête tournée vers lui où ses cheveux crêpés blancs font nuages au-dessus de son visage terre de sienne et d’ombre porte les mêmes scarifications qu’hier de longues lunes en croissant des deux côtés… Elles ont grandi se sont étirées avec sa peau comme les dessins tendus sur le cuir des tam-tams toujours plus toujours plus et le dos noir café de ses mains aussi larges que des feuilles de palmes pliées par la pluie des moussons qui dansent de rage dans les ruelles de la tess’ quand on touche aux mômes de la zone elles sont couvertes de cicatrices roses pâles comme la langue des chats…

Mangoo il le revoit la première journée qu’il s’est pointé Hop ! sur le chantier de son vieux un d’ces jeudis il était là sa silhouette immense d’arbre baobab qui s’penchait pour soulever pareille d’la plume d’un tas d’colibris la brouette gavée d’mortier à l’époque y avait pas les bétonnières qui touillent à ta place et qui vident leur bouillie gris dégoulinant on s’faisait tout à la paluche du manœuvre immigré… Sûr qu’les esclaves blacks dans les champs de canne ou d'coton c’était ses ancêtres avec la force qu’il avait gardé dans ses muscles tendus de guerrier que lui matait fasciné et aussi le silence buté qui grouillait à l’intérieur de musiques et de signes fabuleux…

Il n’quittait pas beaucoup son vieux tous les deux ils se causaient autant que des termites ou plutôt c’était le communiste comme ils l’appelaient les chefs du chantier qui faisait des conversations sur la politique pendant que Mangoo accroupi le temps de la pause hochait la tête en regardant la fumée de la clope et le p’tit point rouge qui était devenu son soleil…

Mais ce qu’y avait de plus fort chez Mangoo c’était qu’il avait sorti un jour de la poche de son boubou bleu qu’il remettait comme sa vraie tenue d’homme d’Afrique sitôt après la douche un p’tit carnet de feuilles pour dessiner qui avait juste la taille de sa paume et qu’il s’installait ou ça s’pouvait sur le chantier à la pause et quand les autres se fumaient leur maïs accroupi un crayon qu’il taillait d’un coup d’canif vite fait et Hop ! il démarrait…

Il se souvient que les dessins de l’Africain lui avaient tout de suite parus plus vrais que ceux qu’il voyait dans les bouquins neufs qui reniflaient une odeur écoeurante et où il fallait torcher un gribouillage tout pareil que l’frangin de la table à côté des trucs obligés qui l’envoyaient au fond d’la classe vu que son wagon à lui il suivait pas la loco mais les rails bleus qui zigzaguent dans les campagnes de son imagination…

 Ouais… les dessins de Mangoo c’était l’histoire des villages d’Afrique qu’il avait largués et son enfance à courir jouer s’poursuivre à l’intérieur des cours des maisons des femmes que les fils tressés de laine de couleur ocre orange ivoire protègent de la cruauté des rituels ancestraux… c’était les énormes termitières rouges du village de N’Gouma ou bien c’était un autre nom… les tours de terre séchée par les soleils brûlants des mosquées couvertes des empreintes des paumes ouvertes des hommes… les masques des cérémonies aux blessures à vif qui saignent de tatouages bleu indigo et noirs… c’était les signes tracés sur la peau avec les cendres des os des grands buffles blancs offerts aux fleuves pour l’arrosage des terres poussières et pierres… Les dessins de Mangoo c’était les visages des femmes blacks trop belles deux trois traits ça faisait des déesses leurs petites nattes dressées les anneaux d’oreilles…

Lui il ne savait rien de ce qui allait mettre dans la tronche du p’tit môme des banlieues qu’il était des tas d’images d’Africa qu’il machinerait plus tard pour faire des mirages bien à lui… Non… il n’savait pas mais sûr que les dessins de Mangoo qu’il laissait s’envoler entre les pattes du vent aux odeurs métal et suie des usines et derrière elles il courait courait… les ramassait les papiers oiseaux les gardait au fond d’ses poches du pantalon à trous… sûr qu’ils lui ont donné l’envie de la vie venue d’ailleurs et des signes qu’on peut tracer sur des bouts d’papier qui ont toute la liberté sauvage qu’on veut et qu’on n’laissera personne nous piquer… Ouais on peut ! 

A suivre...        

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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