“ La fille en prison ”
“La surveillante distribue le courrier. Elles sont trois dans
Nadia feuillette le catalogue.
Aïché lit le Coran.
Marinette écrit à son fiancé. ”
Dans le catalogue il y a des images. Des images d’une robe de mariée. Mais que peut-on bien faire d’une robe de mariée lorsqu’on est en prison ?
“ On ouvre la porte.
- Nadia l’avocat, Aïché la bibliothèque, Marinette l’atelier. ”
Oh pour Nadia ça n’est pas grand-chose… un peu de vol à l’étalage quelques sous-vêtements dentelle des mini jupes aussi avec des couleurs vives qui donnent envie parce que le corps ainsi paré ressemble à celui des autres femmes. Des femmes d’ici. “ Les boutiques des Halles, elle est comme chez elle. Elle a été vendeuse. ” Le corps des femmes d’ici dès qu’il fait beau joue avec le soleil et avec le regard des hommes. Les épaules et le dos nus les pieds aux ongles mauves roses incarnat et les jambes jusqu’en haut des cuisses découvertes.
Symphonies de peau claire et de petits frissons blonds ou roux qui font des ombres légères sous les aisselles. Robes moulantes à fleurs ou mini rouges et jean avec les poches sur les fesses et les boutons sur le devant. Si la peau est un peu plus mate elles mettent des tee-shirts verts ou orange échancrés profonds et les cheveux elles les gardent longs noir intense et bouclés. Les chaussures ont des talons mais pas trop hauts juste pour faire ressortir les mollets bien galbés et dorés déjà. Elles aiment marcher dans le gravier des parcs sous l’œil complice des flâneurs vautrés au fond des chaises de fer peintes en vert.
Pour la famille de Nadia c’est écrit dans les lettres qu’ils lui envoient on va laver la faute par un “ beau mariage… ” “ un cousin ” “ il l’attend, il lui pardonne… ” La mère est d’accord avec le frère… le corps de Nadia leur appartient. Il est à la famille et la famille sait ce qu’il y a à faire afin que tout se passe selon les règles. “ Lorsqu’elle arrive au mariage, le même d’une lettre à l’autre, elle rit, le fou rire. ”
Marinette on ne sait pas ce qui l’a amenée là mais elle le mariage c’est avec son fiancé qui l’attend parce qu’ils s’aiment un vrai fiancé il lui écrit des lettres qu’elle lit à Nadia :
“ … On aura une maison, tu verras, on sera heureux… ” Entre Nadia et Marinette il y a un secret. Le secret de la raison pour laquelle Marinette se trouve en prison et peut-être Aïché aussi… Seule Nadia sait ce qui n’est pas écrit dans l’histoire.
Entre Nadia et Aïché c’est le corps qui marque deux territoires différents. “ Aïché fait sa prière. Cinq fois par jour. ” Aïché ne va pas à la gym comme Nadia “ C’est interdit. ” Aïché c’est une prévenue modèle selon l’expression… pourtant elle “ … sera dans une centrale, avec les longues peines. ” Les trois filles sont réunies par leur jeunesse et malgré toute la force des convictions de chacune le corps adolescent rapproche les filles par des désirs inconscients et par la joie d’une sexualité vécue librement à l’intérieur des pays modernes et encore plus s’ils sont laïques même si elle est refoulée dans les fantasmes et les rêveries… Marinette Nadia Aïché rêvent au mariage de Nadia amoureuse de l’avocat qui la défend…
“ A l’atelier, Marinette et les autres fabriquent des accessoires pour un magasin bon marché, des cœurs en satin blanc, bordés de dentelles et garnis d’un ruban piqué de perles blanches. Ça leur plaît de coudre des cœurs, des bouquets, des couronnes de mariées. ”
Marinette rapporte chaque jour de l’atelier des bouts de tissu qui leur servent à coudre la robe de mariée en cachette dans
Les trois filles imaginent une vie autrement que celle d’une cité de banlieue dans une ville souvent grise où leurs corps sont prisonniers de tant de regards trop sérieux trop pesants… peut-être la liberté avec le soleil la joie les rires de la jeunesse insouciante… Elles imaginent la beauté de la robe semblable à celle du corps de Nadia lorsqu’elle pourra marcher dans les rues parmi les autres filles… marcher courir voler… les autres filles le font dans des robes de couleur comme des papillons. Mais pour Nadia la robe sera blanche parce que c’est la lumière tout entière. La lumière loin des regards des autres et de leurs ombres de corbeaux qui recouvrent le corps des femmes de la tête aux pieds. Le corps des filles vole et tourne autour des trois filles comme une ronde de papillons amoureux.
“ Assises au bord du lit, Nadia, Marinette, Aïché.
Aïché découpe la robe de mariée en fines lamelles, très fines, avec de grands ciseaux de couturière. Nadia et Marinette obéissent à Aïché. Les lamelles feront une corde longue et solide pour se faire la belle. ”
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Djida la grand-mère de Djamel Farès photographiée par lui dans le Cahier Parl'image n°5/6 La source et le secret
Tes parents avaient une réelle complicité en ce domaine. Ils ne vous ont jamais donné aucun enseignement religieux ?
Pourquoi n’en as-tu jamais parlé alors ?
On peut peut-être dire que tu as la musique de la langue mais pas le sens ?
En ce qui concerne l’approche que j’ai de ton écriture et ce que j’ai découvert de ton paysage d’Algérie qui est le lieu d’où tu écris, même si Paris que tu aimes, même si l’Aquitaine où est née ta mère, même si le centre de la France ce Massif Central où vivent beaucoup de vieux chabanis… c’est très différent en apparence car tu ne manques pas de personnes qui travaillent sur tes textes… Mais ça ne l’est pas tant que ça au fond vu ce qui nous rapproche curieusement et que j’ai encore reniflé comme une odeur de fruit très mûr et sucré au milieu d’un été pourri par tous les bouts dans ton livre Métro que j’ai lu d’une traite presque comme tu me l’avais dit, dans le métro !
Commentaires