Visiteuse de
l'aube
Samedi, 21 avril 2001
Petite déesse noire d'Afrique
Surtout Ne pas oublier
De leur payer tout ce que je leur dois
Surtout ne pas oublier
De bien refermer la porte en partant
J'entre là où rien ne m'attend
Excepté les plantes vertes les statuettes
Les coquillages sur les baignoires
Et la petite déesse d'Afrique
J'appuie du bout du doigt sur les sonnettes
Et je caresse des poignées usées ignorant tout
De l'intérieur de mes paumes noires
Ils ne m'ouvrent pas la porte sans regarder par le trou
Comme par l'échancrure d'une jupe offerte
Ils ne voient que ce déguisement
Peau de femme enfilée à l'envers
A l'envers a l'envers de leur temps
"Tu ne sauras jamais t'habiller ! "
Disait mon père en grimaçant
Robe couleur de l'aube je peux repartir sans
Je repasse la porte et j'en ai une autre qui m'attend
Sable mouillé en dessous
J'irai toujours beaucoup plus loin que vous
J'irai jusqu'au bout de l'inconvenance
Jusqu'au bout des promesses que me font
Des inconnus qui croiront m'avoir eue
Mais je n'ai glissé entre leurs doigts
Qu'à peine ce que je leur dois
Un de mes costumes emprunté aux courants d'airs
Y a sur les boutons des portes des traces
De salive et de rouge à lèvres
Je n'ai jamais su me maquiller
Mais je leur ai laissé mes crayons de rêves
Petite déesse noire d'Afrique
Surtout ne pas les réveiller
Peau de femme je leur donne volontiers
Surtout ne pas les réveiller
Peau d'ébène qu'ils auront cru toucher
Surtout ne pas les réveiller
Jusqu'au bout des lits je reconnais
L'odeur musquée d'un serpent de mer
L'odeur de leur peur des femmes obscènes
Qui ne les laissera pas tranquilles
Mais je ne suis pas une femme pour vous
Riez ! Je suis la visiteuse
Riez mais préparez la monnaie !
Ce que l'on voit c'est ce que l'on paie
Moi aussi je vous paierai
De mes mains ce que je vous dois
Une virée au bord du bateau des-astres
Avec de grands coups de langue
Une chiennerie comme ils diront
Car j'irai jusqu'au bout du nom
Qui me colle à la dernière peau
Et avant l'aube je repartirai
O Déesse d'Afrique seule
Tu sais ce que j'ai emporté
En passant et ce que j'ai laissé
Ce que je dois payer pour traverser
Les rues sous leurs regards avides de marchands
J'irai jusqu'au bout des trottoirs noirs
Noirs de leur trouille et des jarretelles usées
Qui servent aux garçons de lance-pierres pour jeter
Des poignées de cailloux qui crépitent
Contre les vitres moites Rançon
De mon sommeil sans eux
Surtout ne pas les réveiller
"Ils t'obligeront à travailler !"
Disait mon père le dos tourné
Petite déesse noire d'Afrique
Je finirai par oublier
Ce cheval courant dans ma poitrine
Je finirai par oublier
Ses sabots écorchant ma peau noire
Je finirai par oublier
Je n'appartiens pas à leur histoire
O Toi qui veille dans chaque lieu où survient
La visiteuse Toi seule sait combien
J'aimerais dormir dans les bras de quelqu'un
Qui me protège de moi-même
Et de ces terreurs enfantines cavaleuses
Qui s'acharnent Quand cesserai-je de
Me tromper de peau ? Pourquoi
Ce cheval courant dans ma poitrine
Maintenant O Pourquoi cette douleur-là ?
Comme si mon corps refusait refusait
Le droit délicieux d'être une femme
Comme si mon cœur
Se balançait par la fenêtre chaque nuit
Par la fenêtre de trop aimer
Ce vide en moi bleu à mourir
Surtout ne pas oublier
Visiteuse Qui que tu sois
Surtout ne pas oublier
De leur payer ce que tu leur dois
Surtout ne pas oublier
Petite déesse noire d'Afrique
Surtout ne pas oublier
De bien refermer la porte sur toi.
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