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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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P'tits poèmes diabolique

Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /Nov /2009 23:42

Lune bleue

Mardi, 6 décembre 2005

 

A Louis

 















Quand on dort tous les deux il y a

Une lune bleue sur notre oreiller

Il ne faudrait pas la réveiller

Un gardien rebel veille par là-bas

Comme sur les kakis quand il gèle

Sur son sommeil Tout peut mourir sauf elle

Elle est la prêtresse des chats mouillés

Par la rosée qui ne vieilliront pas

Il y a quand on dort tous les deux

Sur notre oreiller une lune bleue

 

Plein de cavaliers cherchant une issue

Pavots perdus dans les champs de blé

Parmi les bouts de verre de couleur

Trésor par les fabriques rassemblé

De nos terrains vagues vitraux en fleurs

Ce sont des lieux étranges remplis de

Marchands d’écureuils et de pardessus

Notre chambre ressemble à un lavoir

Où le savon mousse pétille et puis

Les cavaliers entrent dans l’entonnoir

Pressés ils deviennent un jus rubis

Qu’on boit en dormant élixir extra

Liqueur qui fait dérailler nos nuits

 

Quand on dort tous les deux il y a

Une lune bleue sur notre oreiller

Il ne faudrait pas la réveiller

Ça serait la fin de l’histoire là

Du gardien rebel Des kakis gelés

Et des écureuils et des pardessus

Qui jouent aux échecs contre les miroirs

Le roi peut mourir c’est une autre histoire

Les verres de couleur éparpillés

Sont vitraux en fleur où nos peurs s’égarent

Et les cavaliers leur tirent dessus

 

Il y a quand on dort tous les deux

Sur notre oreiller une lune bleue

Des jardins envahis de potirons

Dedans les chats mouillés font leur maison

On quête les noisettes rien du tout

C’était la fête Qui les a croquées ?

Les écureuils les pardessus jaloux

Contre un tournesol qui les a troquées ?

Le facteur fait son enquête la rue

A disparu Dehors les chalands vont

Avant les moissons cueillir des chardons

Pour carder la laine des cache-col

Que les hirondelles tissent au vol

 

Quand on dort tous les deux il y a

Une lune bleue sur notre oreiller

Oh attention ! Elle s’est réveillée

Le gardien rebel a fait pour dîner

Une compote de kakis gelés

On a plus sommeil et les chats mouillés

Repassent les pétales de rosée

Les vitraux en fleur oubliés là

Par les fabricants de peurs aux abois

Pavots maquillés d’éclats de couleur

Que leur jus rubis tache nos doigts

Avides glaneurs dans les champs de blé

De notre trésor au passé voleur

 

Eh oui la lune bleue s’est réveillée

Princesse elle s’étire Les draps blancs

De notre chambre lavoir pétillant

Lui tendent un ciel de noces têtu

On les a faits bouillir les a battus

Couverts de roses et de chats mouillés

Dans notre chambre lavoir le printemps

Mousse et pétille clair Part en goguette

Dans le pressoir les pavots font la tête

Leur jus rubis noie nos peurs et les tue

Les écureuils son saouls les pardessus

Voudraient en faire autant mais il est temps

 

 Il y a quand on dort tous les deux

Sur notre oreiller une lune bleue

Princesse elle réclame une omelette

En baillant fort aux étoiles vraiment

Par la fenêtre s’en vont les chalands

Le bruit de leur pas court comme le chant

Des battoirs très lourds sur les draps de fête

On est réveillés tous les deux Voilà

Que la lune bleue vient d’appareiller

Le gardien rebel Les kakis gelés

Ont fait pareil Les chats mouillés sont là

Vêtus de bouts de verre de couleur

Notre trésor nous reste maraudeur

Le vieux terrain vague est notre oreiller

Et la cité notre chambre fidèle

On y dort tous les deux Tout peut mourir sauf elle.

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Samedi 3 octobre 2009 6 03 /10 /Oct /2009 00:30

      Au mois d'août l'ami Louis et moi on est passés sans vraiment l'avoir voulu du côté de République et de la Bourse du Travail et on a pu voir les hommes sur des matelas dans leur campement de fortune quelques jours après qu'ils aient été foutus dehors de ce bâtiment désormais vide par les flics de la CGT et consorts... A eux et à leurs frères ouvriers ce poème est dédié...

Photo extraite du magazine Fumigène

Les naufragés

Epinay, samedi 1er août 2009

Aux sans‑papiers chassés de la Bourse du Travail par les flics des syndicats

 

C’est nous les naufragés épars d’un monde gyrophare qui meurt

Ses totems stridents maquillés de lucioles bleues

Lancés à toute allure nous dépassent

Leurs parures d’ampoules folles font clignoter nos mémoires

Aux croisements des abîmes blacks l’oubli se marre

Les types rasés au volant des bolides avalent leur ration avare

De viande volée aux chenils dans des barquettes en plastique

Où notre idéal haché recrache son sang natal

Les matelas dérivent au milieu du trottoir d’en face

Le boulevard vidé sépare nos faces en deux

Devant des ribambelles d’yeux guirlandes électriques

Qui ne voient rien de notre courroux de nos chiens lâchés

Au milieu des écuelles d’abondance ils ne lècheront pas

Les mains qui leur tendent un déchet d’histoire

Nous sommes les naufragés d’un rafiot bourré de nourriture et de pièces d’or

Les rats depuis le début dévorent sa chair de bois rare

Son corps sacré enduit d’huiles précieuses sa peau généreuse cuirasse

Au large des côtes il est notre ultime forteresse de toutes ses rambardes

A bord de pirogues on a organisé la folie de notre départ

Ici maintenant notre lit est défait griots la crainte entre en nous

Qu’est ce qui nous reste de notre matin marée basse et sa bonne sueur étale

Nos aisselles creusées de flaques de sel ont séché

Nous avons tant blanchi sitôt que nous avons abandonné notre part

Du butin sonore notre part de cris d’oiseaux la joie de nos âmes tambourineuses

Ici trottoirs ! les bidons servent à griller le maïs de nos vies

Nous avons bien blanchi nos cheveux crêpés moussent comme l’écume

Aux lèvres des chevaux ivres d’une jeune galopade bienheureuse

Vautrés sans impatience parmi les gamelles de soupe populaire

Posées comme des cierges le long des planches des bancs qui fument

Remplies aux marmites où la peur bout nous montons la garde

Les gueux nous regardent ils sortent de leurs manches des cuillères

Tapent tapent le fond des écuelles leur messe ne nous fait pas envie

Eux aussi ils ramassent les déchets des chenils leur sang noir poison

Et nos îles de toile s’évadent de la scène cernée de tubes gris métal

Le scénario du drame attendu n’est pas de notre côté  

Tapent tapent nos paumes sur le tam‑tam tendu à ras du bitume gras

Tapent tapent nos pieds dessus les grilles de cachots que nos chants ont arrachées

Hier esclaves aujourd’hui mendiants de mémoires

Dépouillés nous voyons plus clair dans la boue qui a jeté

Son manteau au vestiaire de nos journées hagardes

Les chaînes ont juste changé de forçats et de style

La cadence de leur danse nous exile toujours plus de notre temps

Commun réduit à sa muselière solitude

Encore nous taillons dedans la mort notre horizon

Des automates aveugles font craquer leurs briquets d’amadou

Cette lampe sans filaments c’est nous

Nos radeaux débordent de nights jamais finies

Qui se déhanchent entre les chevilles des filles dehors

Là où on dort rouquines elles délassent

Leurs reins elles secouent par-dessus bord

Leurs bas devant nos destins qui rament d’hommes bannis

Après la grande lessive faudra qu’on pense à étendre sur les fils

Nos chimères et les ombres de nos draps

Les couvertures grises balises du matin épique

Ici trottoirs ! pas question de servir le repas au printemps

Vautré sur des coussins il reprendrait bien du café du miel et des piments doux

Mais c’est soudain l’heure de partir on a l’habitude

Les usines les chantiers les bois d’ébène des 3/8 c’est nous

De loin les sirènes rappliquent avec l’haleine gas‑oil

On va amarrer là‑bas un incendie de brousse métallique

Un tango totémique à l’atelier d’emboutissage

Chaque minute qui meurt vérifier la verticale du monde au niveau

Donner à retordre les fils de nos consciences et leurs permissions de séjour

Aux types contrôleurs d’avenirs poinçonneurs de notre jeunesse qui recule

Les vieux anges rectifiés aux ailes c’est nous

Ils nous ont refilé du papier de soie à la place et des godasses de sécurité

L’eau de l’aube verglace et nous hérisse les poils

La tribu sait que c’est l’instant où déboule la soularde de peur

Chacun son rasoir à la main au‑dessus du caniveau

Les habitants virés de la maison commune c’est nous

Nos doigts mouillés  au bout des boubous agitent des cartons troués

Notre nom est écrit dessus notre nom est écrit dessus

Pendant que nos compagnons se préparent ouvriers du labeur

A tailler un masque au jour dedans la tôle bleuie des établis trop sages

Nous guerriers splendides on se bat au fer à souder et au chalumeau oxyhydrique

Contre des matraques en bois et des gaz lacrymos vainqueurs

Ceux qui nous chassent d’ici ne sont pas des ouvriers ils ont reçu

Les ordres des maîtres de pointer au poinçon nos matricules

Dedans leurs armures ils retournent à l’ignorance première

Statues de sable stériles bouffons ils sont arrivés au bout

De leurs Dieux fous de leurs rois nus de leurs prêtres gras de leurs comptes

A rendre ils ont fait monter dans nos reins la force de les vomir

Nous forçats nous forçons les trottoirs d’un peuple floué

C’est nous les naufragés d’un monde sans honte

On rame sur un océan de canettes de bière

Vous avez raison jetez‑nous dans les eaux lentes de l’absence

Nous les naufragés debout sur le lit de planches de Césaire
Devant la bourse du travail on empaille les hiboux

Venus en vol sans escale d’Afrique du Katanga du Zaïre

Vous renvoyer votre visage au miroir muet de l’errance.

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Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /Sep /2009 23:22

Espère la pluie suite
La première partie de ce poème a été publiée le 18 juillet 2009

Espère la pluie

Espère ces cendres mêlées à la boue

Pour faire un monde sans malheur sa peau fendue

De jeune céladon sorti tout chaud

Cuit comme une châtaigne

Dans nos doigts qui se brûlent à la fumée bleue

Aux glacis mouillés

Qui émaillent de blanc le museau des maisons

Espère les portes en briques crues

Des fours aux foyers ouvertes devant nous

Par un peuple de compagnons

De paysans d’ouvriers

Un peuple d’enfants qui dessinent

Du doigt dans l’argile des cités qui saignent

En haut des murs leurs jardins pendus

Avec des blessures de capucines

 

Espère la pluie

Viens petit danseur d’eau de tes pieds pétris

La terre et ses jeunes moissons empoisonnées

Par les mauvais sorciers épiciers d’arrogance

Qui mercurent les rivières et repeignent

Le sable des criques écrues

De bitume qui bave aux lèvres des forages

Rageurs fuseaux garance

Sa puante liqueur mijote à petit feu

Au-dedans des cuves de verre

Soufflées aux marchands de berlingots

Viens vieux pêcheur de cités naufrages

Sous tes talons de nacre écrase

Les déserts de sel qui poudrent de riz

Les mangroves les herbes des marigots

Les palmes le potager des femmes du fleuve

Et les forêts sacrées de manguiers

Où les fétiches se balancent

 

Espère la pluie

Viens maître des oiseaux et des bâtons d’orages

Broie de tes chevilles filles de paille

Et de glaise les usines sans savoir faire

Pliées dans les valises de bambous

Que les diplomates en hâte volent

Aux chefs chassés des villages

Broie les usines usées rongées de sueur

Et de l’insomnie des hommes de la nuit

Leurs noms sont affichés à la porte qui baille

Beaux morts têtus ils ne feront pas peau neuve

Et l’équipe rude qui prend la relève

Ne lit les signaux ni de cendre ni de boue

Emporte‑les loin de charbon ou d’acier

Préserve leurs toits d’ardoises et de mousses

Leurs poutrelles rousses leurs cheminées briquées

Vernies de suie et la lueur

Floue de la lampe des mineurs peuple luciole

 

Espère la pluie

Viens petit nain nomade batteur de tam‑tam

Chamade toi qui sais les incendies sang

De tes maisons de brousse la ripaille

Que font les bouffons dans leurs costards en carton

Sur le ventre d’osier de tes bolongs blessés

Aux berges quand les femmes du fleuve entament

La cueillette des coques d’ébène

Loin de la broyeuse nocturne tu tailles

Des visages aux grands pistachiers traqués

Par les chasseurs de crânes insectes pressés

Bientôt la récolte heureuse des bâtons

A musique et les chants de colère hennissant

Ta silhouette en boubou bleu tisse au silence

Une toile de rumeurs impatientes

Bientôt le temps de la tribu des crapauds

Sera le nôtre et les doigts des anciens

Grisés d’efforts refuseront l’éventrement

De tes cases à pluie

 

Espère la pluie

Viens danseur d’eau petit jongleur de balles

Perdues guérisseur d’yeux scellés à la cire

Rouge des guns détourneur d’images

A revenir hier heureux des lanternes

Magiques montreur de tours royaux en l’absence

Des clowns prolétaires tirant de leur chapeau

Un lapin qu’ils ont posé y a trois jours

A l’heure lourde du premier va‑et‑vient

Quand la chaîne mille-pattes gras dégueule

Son beurre rance dans la chaleur confiante

Des paumes entre la corne et la charpie

Qu’on frappe à la bonne heure et pis au devenir

Des hommes des usines leur vie c’est que dalle

S’il n’y a pas la solidaire la frangine

Qui coud leurs rêves à son plumage

Vieillir misère c’est pour leur pomme

Bleue comme les veines de leurs guiboles

Avec fatigue et solitude qui les cerne

 

Espère la pluie

Espère un monde où aucun bouffon ne renverse

Le vin frais de jouvence des palmiers mangeurs

Des lunes violettes le jus des fruits

Sucrés le lait de coco la liqueur des cannes

Les élixirs des bons sorciers que les rois veulent

Pour eux dedans les sources sacrées

Où les mains ivres de savoir viennent boire

La manière de récolter les tubercules

De tailler les pirogues de cueillir les moules

Des palétuviers de monter la maison

Commune les sources sont devenues folles

La piste est perdue les guides mentent

Les hommes qui ont choisi la marche imaginent

Que le hurlement de la broyeuse perce

Les oreilles des marchands de villages

Pendant que les truqueurs de tribus basculent

Au fond des trous sans lucioles et sans bruit

Ivres d’or et de rhum

 

Espère la pluie

Espère un nouveau peuple de voyageurs

Et au bord du fleuve Casamance la houle

De ses pas dansant au rythme des gouttes d’eau

Sur ton boubou bleu sur la peau de la savane

Cuite au feu des fours que les céladons nacrés

Désertent dedans la brume ocre qui coule

Pour rejoindre la tribu des crapauds

Chanteurs car les bâtons assoiffés du soir

Ont arrêté enfin leurs vendanges errantes

Et les griots des villages les polisseurs

De carapaces offrent aux crânes tambours

Dessus leur peau frappée par les passeurs

Les secrets des pratiques coutumières

Viens petit nain nomade conduis les labours

De la terre à nouveau et la bonté fertile

Des eaux nourricières et la lampe qui luit

Veillant sur nos connaissances premières

Espère la pluie.

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Mardi 1 septembre 2009 2 01 /09 /Sep /2009 23:01

      Eh bien nous revoici après un petit mois de repos et de soleil qui a été au rendez-vous de notre été...
      On recommence un nouvelle année solaire qui coïncide pile avec l'anniversaire de mézigue et donc pour l'occasion voici un p'tit poème diabolique concocté à votre intention dedans notre cité d'Orgemont à Epinay que vous commencez à bien connaître désormais et qui m'a été inspiré par l'intuition que notre retour au quotidien ne va pas être triste...
       On espère vous retrouver tous car on a plein de choses à vous raconter et de projets nouveaux pour bientôt... Alors à tout d'suite !    
 
Le dos tourné
Epinay, dimanche, 23 août 2009


Il est assis dessus une chaise devant

Le banc en béton rond

Où plus personne ne s’assoit sauf les marchands

De perles à lumière et de mouron

Les papiers et les boîtes de coca

Traînent par là y’a pas un chat vivant

C’est comme ça ici ailleurs c’est comme ça

Aussi la guerre est loin on a la baraka

Il tourne son dos las à ceux qui passent

Sur la meule du silence on aiguise

De gros rires tranchants

Au feu on scelle les fers des forçats

Mais à part des histoires de courses à faire

Rien sauf des tessons que l’angoisse casse

Partout quand il a le dos tourné aucun doute

La trouille se déguise

En honte l’indifférence préfère

La brioche au pain des pauvres rassis

Et l’Afrique en bagage dans la soute

Sombre ici on mange à sa faim merci

Du riz premier prix et des corn-flakes trempés

Dans du lait UHT

 

A deux heures après midi il est assis

Ilote muet du temple en béton

Gris on lui a mis au cou un collier

De perles à lumière

Que les pêcheurs remontent par paliers

Des épaves englouties nos maisons de pierres

Au milieu de la ville une fille qui passe

En jeans et talons hauts

Tiens ! sur la plaque d’égout elle a dérapé

Devant la boucherie musulmane elle tombe

Ça va bien Madame ? il a chuchoté

Discret pas de bidoche pas de bombe

Le décor qui l’entoure est en carton

Le dos tourné pendant qu’elle ramasse

Surprise son sac dans le caniveau

 

A trois heures après midi rien sauf la bière

Sur sa chaise la clope au bec il est assis

Milieu des carcasses de poulet qui pourrissent

L’odeur on s’habitue

C’est comme ça ici ailleurs aussi

Et la chaleur dévore le vieux qui trottine

Vers la pharmacie personne voit ses varices

Bientôt il bougera plus suintent les rombières

A minuit un avion F16 qui tourne en rond

Pour repérer sa proie

Et empêche cinq cent gamins de s’endormir

Dans le dortoir du camp où la terreur butine

Ses fleurs et puis les tue

Sur la cité du Sud une odeur de café

Et de cardamome plane au ras des charognes

C’est midi la dépêche AFP interrompt

La musique à fond sur le parking juste trois

Minutes le dos tourné il digère

Son cheeseburger le désert en point de mire

Le Liban c’est par où ? encore une bouffée

Dessous le foulard noir des mouches plein la trogne

 

A quatre heures après midi il est assis

Face de la boucherie chevaline

Tiens ! il a fait cent mètres 

Trop long son tee‑shirt qui pue la sueur

Grasse des quartiers où on se dépêtre

Avec les doigts malpropres des tueurs

Quand une femme en djellaba qui passe

Glisse sur la plaque d’égout et perd

Ses babouches et son couffin à la renverse

Ça va bien Madame ? il a grimacé

Sans bouger le dos tourné pendant qu’elle court

Après les grenades qui se débinent

Allons faut pas s’en faire

Ici pas de guerre pas de famine

Et les diamants rouges du Katanga docile

N’achèteront pas les reins des peuples chassés

De chez eux au grand jour

Personne qui regarde leurs grands yeux fossiles

 

A six heures après midi il est assis

Toujours au même endroit le vacarme l’amuse

Ici c’est le dégoût avec le bruit qu’on berce

Et les portes bouclées devant le monde

Qui trottine avide d’un petit verre d’eau

C’est comme ça ici ailleurs aussi

On a le choix des armes et le choix des ruses

La paluche des chefs ne fait pas de cadeaux

Les travailleurs qu’on jette dehors des usines

Babylone en ruines l’enfance porte‑flingue

Les caves les poètes crevés les mineurs

Les terriers sans issue les hommes sans mémoires

Le sang au fil des fleuves l’Afrique en bagage

De soute les corps aliénés le déshonneur

Des armées les peuples privés de nom

Les stades la gloire honteuse Nagasaki

Les cellules silence rien dans les grimoires

Qui témoigne de notre présence dressée

Les livres mis au pilon les amis immondes

Les arbres brûlés les trous dans les fringues

Des vieux les abattoirs les check points sans visage

Les pauvres gens les transformateurs la jeunesse

L’océan couleur mazout la chair à canon

Du fric pour dénoncer n’importe qui

Rien non rien de tout ça qui l’intéresse

 

A minuit il est assis sur sa chaise

Le dos tourné personne ne sait depuis quand

Il n’a pas bougé de son trône hagard

Pas un chat vivant et même pas un marchand

De perles à lumière

Et voilà l’heure où les héros repus se taisent

Où les rois les bourreaux les prêtres sans remords

Le plantent dedans son tee‑shirt de clown ringard

Qui flotte partout drapeau et suaire

C’est écrit dessus Le respect est mort.

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Dimanche 19 juillet 2009 7 19 /07 /Juil /2009 22:01

Espère la pluie

Epinay, samedi, 18 juillet 2009

 

Espère la pluie

Viens danseur d’eau petit nain des villes

Dresseur d’orages broyeur de cartons perdu

Dans le ventre du supermarché avide

Tu frappes sur la peau de ton crâne tambour

Au milieu d’un peuple épuisé vagabond vide

Voleur d’asphalte monteur d’échafaudages

Aux spectacles des rois qui leur coupent la tête

Appelle au creux des chairs de grands labours

Là ta silhouette en boubou bleu se dresse

Parmi les spectres d’un peuple qui n’a pas pu

Tuer ses héros repus fonceurs fossiles

A bord de leurs vaisseaux de métal bolides

Qui écrasent la tribu des crapauds chanteurs

Loin d’eux l’ivresse de l’eau la bonté fertile

 

Espère la pluie

Viens petit nain nomade fils de griots

Tresseur d’images ton chant charme la peur

Que le peuple prie sur ses autels d’or

Au long des routes de terre brute la tribu

A entamé la migration elle se presse

Ici pour les crapauds chanteurs c’est foutu

Au fond des sous‑sols le bruit broie ta tête

Les cartons crient mais rien ne gomme les mots

Sacrés comme les fruits au marché du village

Que ta bouche gourmande refile aux rappeurs

Gamins des villes traqueurs de pistes sauvages

Où la bruine rouge guide les voyageurs

Ta silhouette en boubou bleu grandit encore

Et les crapauds guettent ton bâton sauveur

 

Espère la pluie

Viens petit danseur d’eau maître des transhumances

T’asseoir auprès des friches des matins arides

La broyeuse ne saura rien de ton histoire

A la nuit elle cesse et ta ronde commence

Berger des troupeaux de lucioles tu veilles

Qu’on ne nous tonde pas la peine sur le dos

Parmi les piles de cartons ton boubou bleu

Tire l’azur à sa suite promesse immense

Du retour proche de la tribu des crapauds

Chanteurs quand le bitume embrouillé de sang

Attend que tu lui dessines la silhouette

Des arbres à pluie qui lui donnent à boire

Et lavent en lui l’empreinte des enfants morts

 

Espère la pluie

Viens petit nain qui nargue les gardes du corps

Des géants arme ta fronde de tempêtes

Cruelles polisseur de tessons d’arcs-en-ciel

Offre aux peuples sourds des bouts de vitres gros

Comme un ongle de guitariste écaille rousse

Des grands lézards lunaires guetteurs des puits

Qui feront la peau aux ravisseurs de sources

La broyeuse a coulé son sel dans tes oreilles

Tes savanes crépitent tes bushman s’enfuient

Mais ils n’empêcheront pas ton crâne tambour

De battre aux portes des cités le rythme clair

Des gouttes dessus les feuilles des fromagers

Espère la pluie debout dans ton boubou bleu

 

Espère la pluie

Espère tes rêves en douce roulés en boule

Au creux du limon frais du fleuve Casamance

Comme de petites mangoustes frangines

Des voyageurs vieux ouvriers

Sur les machines broyeuses de cartons

Qui mastiquent nos histoires muettes

Au long des routes il y a foule

Devine où ils vont

Ta silhouette en boubou bleu s’arrête

Ton crâne tambour bat que le retour

De la tribu des crapauds chanteurs s’annonce

Que l’été blessé résiste entier

Et met le feu aux poudres de nos os

D’Indiens brasiers garance

Aux lances d’agaves aux lavandes aux ronces

Notre sol est partout autour

De l’ombre de ton bâton d’eau qui danse


A suivre...

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