Vendredi 25 janvier 2008
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Lui c’est Ratcaille…
Lui c’est Ratcaille…
Avant tout c’qui s’est passé il créchait dans une cité d’Villiers-le-Bel ça vous dit quelque chose ?…
L’est assis sur la marche 4 de l’escalier du block des lézards celui qu’ils ont barbouillé de peinture verte d’océan sur l’fond gris ferraille du ciel… Sur
c’fond-là lui semble qu’il voit des chauve-souris qui battent des ailes tout l’temps en criant… et des étoiles qui tombent du ciel quand il devient black…
L’est assis et autour ça grouille et ça s’dégringole de bestioles qu’il connaît pas depuis l’renfoncement où y a l’ascenseur qui leur sert de cabines
d’essayage pour leur peau luisante et lisse comme des prospectus… C’est bourré d’odeurs là-d’dans entre l’renard et l’réglisse… c’est noir et c’est pas des rats…
Les rats il les repère bien il a vécu avec dans sa cellule c’était des potes rigolos qui sentaient les ruisseaux frais… Vous savez cette odeur qu’on oublie
pas quand on l’a reniflée… Ils sortaient l’soir du trou des gogues avec leur p’tit costume de laine impec et ils pieutaient contre lui…
Non… c’est pas des rats et ça prend des formes étranges quand ça s’approche et ça disparaît… Ici on est tous des animaux il se dit en frottant son nez d’ses
deux poings fermés…
L’est assis rez-de-chaussée plein milieu chef de tribu largué par les siens. Faut l’contourner pour passer ça énerve les bouffons qui n’fricotent pas avec
les animaux de l’ombre mais ils le laissent à cause d’la bande des p’tits qui ont la ruse des chats zébrés rouquins jaune pâle les griffes toujours dehors et pas guimauve…
Les p’tits ils pourraient leur faire carotte leurs lacets pendant qu’ils sont à tenir la queue des caisses du super marché… Ils leur passent entre les pieds
s’insinuent faufilent et fauchent à l’intérieur d’leurs paniers plastique rapides le chocolat et les brownies avant d’se tirer sur les planches de skate par les tapis volants qui zigzaguent bout
à l’autre du magasin direction les sous-sols parkings… ils connaissent comme le fond d’leur cagoule et Hop !…
Lui ses poteaux sont des guerriers aux armes pourraves et aux iris rimmel brumés de fumée café noir… Ses poteaux ils connaissent les trucs de la rue mieux
qu’personne et les barbares avec leurs guns ils les reniflent au radar pareil les chauve-souris aux ailes noires…
Ça grouille ça s’dégringole ça vient d’là-bas elles crèchent planquées au fond d’l’ascenseur il est sûr que c’est elles et depuis qu’il est sorti d’la
cellule de la zon-zon elles le suivent partout… l’ascenseur d’ce block où il s’assoit vu qu’la porte du hall elle est ouverte il est en rade… y’a pas longtemps qu’il se la joue plus montgolfière
c’est dommage… Le ciel il aimait bien et sa mangrove d’étoiles…
Lui c’est Racaille… faut suivre si vous voulez pas nous perdre… elle est un peu tordue son histoire mais il l’a pas voulu… alors maintenant il reste assis
ailleurs que dans sa cité c’est mieux…
Cette fois il avait trop exagéré… même les chauve-souris elles ne s’fourent pas dans des situations qu’elles ne peuvent plus s’en tirer après du sac en peau
de lune… même pas et pourtant elles sont aveugles…
Ouais… cette fois il avait joué les mômes et sorcières elles ont mordu à pleines dents la gorge de la nuit avec des cris d’un qui a pas fini de mourir et
cézigues il avait continué…
Ses poteaux ils l’ont largué planté pas réclamé et ses vieux non plus après qu’il se soit fait pécho en train de ramasser les paquets étincelles papier
argent et couleurs d’enfer bourrés d’bonbons un magot à s’remplir les fouilles habitées d’courants d’air et qu’il soit passé devant les méchants guignols des flags…
- Vol avec recel… trois mois fermes !… il a jappé le juge sapé femelle l’estomac qui lui remontait les bretelles…
Sûr qu’pour les sucreries il jeûnait pas le lascar… il devait s’en envoyer plein le cornet d’ses goûters parties avec ses frangins…
Lui c’est Ratcaille…
L’est assis sur la marche 4 de l’escalier du block des lézards son bonnet enfoncé par-dessus ses yeux deux billes de menthe sombre vissées profond plein
milieu d’une tronche de raton laveur dessous d’la capuche du sweet renoi tellement trop grand qu’il a la dégaine des burnous de laine louche des vieux rebeus…
Avec ses genoux remontés le baggy blue lui soude les
Converses qu’il a rêvées blanches aux carreaux pétés du sol y’a que le bout qui dépasse pour dire que c’est ses arpions et que lui c’est un keumé… un chef de tribu un vrai… C’est plein d’bouts
d’mégots cramés par terre qui le prouvent…
Et la tribu des cousins tous des killers d’étoiles au sang froid des fracasseurs des crameurs de mondes barbares où la lave jamais elle s’arrête de
bouillonner elle n’est pas loin…Pour ça qu’il n’reste pas dans l’secteur d’sa cité il préfère… Vous comprenez ?…
La différence entre lui et le tronc d’arbre post Hiroshima où repoussent vertes des p’tites feuilles après les cendres ou un sac poubelle que des mésanges
blacks ont crevé pour s’pieuter léger y en a pas…
C’est les autres qu’ont fracassé la vitrine et les paquets d’bonbons brillaient éparpillés sur le parking…
- Trois mois fermes !… Ça vous apprendra qu’un paquet de bonbons volé on ne le ramasse pas !… Il a sifflé ce plouc avec sa chetron picorée de
paillettes vérole comme la lune il l’oubliera pas…
C’est comme ça qu’ils font les vieux il se dit en refilant un bon coup de poing aux tiges d’acier d’la rampe ils causent à ta place et après ils t’abîment à
cause que tu n’leur réponds pas… Lui il s’en tape depuis la zon-zon le silence c’est bon pour lui…
C’qu’il veut maintenant s’tirer d’ici… Quitter la tess’ c’est possible… toutes les tess’ du quartier il a pas peur… il a appris au milieu des ailes des
chauve-souris noires…
- Trois mois fermes !… il a sifflé ce plouc en matant ses pieds… il arrêtait pas d’reluquer ses baskets écailles de serpent argentées… Jamais qu’il en
avait vu des cam’ac l’bouffon !…
C’est la première chose qui l’a fait hurler en tôle il a dû laisser ses baskets écailles argentées sur le p’tits tas des fringues son Jean et son sweet à
capuche… Alors là t’es plus personne quand tu t’sapes avec leurs fringues ripou tu deviens caméléon et tu t’fais une carapace couleur muraille et tu glisses pfuitt… pfuitt… entre les
parpaings…
Non… t’es plus personne pour personne…
A suivre...
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