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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Jeudi 31 janvier 2008 4 31 /01 /Jan /2008 23:41

                          Lettre à Leïla Sebbar suite...
undefined  Dans presque tous tes livres dans Marguerite qui m’a touchée particulièrement tu parles des femmes des petites filles noires ou arabes des petites bonnes des servantes des nourrices des masseuses du hammam et aussi des jeunes filles des banlieues… quel que soit leur pays leur paysage la destinée des filles des femmes toujours elle est liée à leur corps à l’image qu’elles ont et qu’elles montrent ou qu’elles cachent de leur corps… la fascination exotique éeotique qu’elles exercent sur le regard des hommes d’ailleurs et l’attirance ou la haine du corps des autres femmes…

Sept filles le livre commence avec l’histoire de Mériéma “ la fille de la maison close ” “ …j’ai deviné la beauté et d’abord les yeux, d’un bleu violet comme les iris du jardin… ” L’Arabie des femmes c’est l’histoire des Mille et une nuits les harem les peintures de Dinet les jardins les maisons qu’on voit dans le film Le collier perdu de la colombe  de Nacer Khemir et aussi dans Les silences du palais de Moufida Tadtli… Toi tu redessines l’atmosphère de l’Algérie des peintres orientalistes ce qu’on sait de la période ottomane qui nourrit nos rêves d’Orient… “ Je ne décrirai pas le jardin, il est somptueux… ” “ Mes jeunes nègres en tunique et pantalon bouffant, soir ottomane vert pistache et jaune safran, turban rouge sang… ” les couleurs chaudes lumineuses des tissus les parfums doux et épicés des fleurs “ … jasmin, rose, fleur d’oranger, géranium… ” les raffinements de la volupté et du plaisir de l’amour mêlés aux mots des poèmes et aux rires des femmes, tous les rites de séduction de l’Orient fastueux mais aussi l’esclavage l’enfermement et les interdits liés encore toujours au corps des femmes…

La première histoire celle de Mériéma au corps sauvage qui rêve d’“ Isabelle-Si Mahmoud ”, qui se sauve de la maison pour rejoindre peut-être l’officier français son corps pris en photo exhibé dans les vitrines d’une ville d’Algérie c’est celle des filles rebelles qui refusent la destinée des femmes derrière les murs de la maison…

Les maisons arabes… combien elles ont fait courir notre imagination d’occidentaux… on en imagine de toutes sortes… des plus riches demeures où les fontaines ruissellent au milieu des mosaïques dans les cours intérieures pleines de bougainvillées de jasmins d’orangers et de citronniers aux simples maisons kabyles dont les murs chaulés sont décorés par les mains des femmes de motifs peints avec des terres ocres et vertes, celles des quartiers populaires de Marrakech de Djerba de la kasbah d’Alger et leurs terrasses si blanches accrochées aux ciels qui virent à l’indigo à force de lumière ou bien les habitations en argile rouge des ksour entourées de palmiers… ces maisons dont on ne sait plus si on doit en parler comme d’un lieu de refuge de douceur et de protection ou comme de subtiles prisons…

Le premier texte de ce livre, l’histoire de Mériéma se passe à Alger et ton écriture prend elle aussi des parfums des couleurs des sonorités de l’Arabie comme je l’ai ressenti dans Les femmes au bain Le rythme des phrases est plus lent, je dirais langoureux… des phrases longues qu’on lit avec le rythme des poèmes des mélopées accompagnées au mandole… tu mêles le récit à la poésie :

“ Sa salive, je l’ai goûtée,

C’est le sucre des raisins secs,

Ou le miel des abeilles… ”
undefined Leïla Sebbar Jean Pélégri et moi à la Maison des Ecrivains Janvier 2001

Il y a une jouissance des mots, un plaisir sensuel gourmant des mots comme des fruits sucrés… “ Le brasero parfumé au gingembre, à la cannelle, au bois de santal ou à la myrrhe… ” “ Pas de sucreries dans les chambres, des sorbets légers lorsqu’il fait chaud, violette, orange, rose, abricot… ” “ Des yeux verts, le vert moiré du scarabée, une chevelure fauve bouclée jusqu’à la cuisse…”

Et puis à travers chacun des récits où le corps des filles des femmes s’écrit se dessine prend sa course s’image se photographie on arrive à la dernière histoire du livre celle de Nadia “ La fille en prison ” dans la ville de l’autre côté Paris Nadia est une fille des cités… le lien tissé avec ses couleurs ocres jaunes et ivoire comme sur les vieux métiers à tisser entre les femmes des maisons d’Orient et les filles des cités de banlieue… Nadia est en prison elle a volé un peu pas grand-chose ça n’est rien on va la racheter… “ dès qu’elle sort, ils quittent la cité, un cousin est passé, il l’attend, il lui pardonne, elle fera un beau mariage… ”

De la maison close d’Alger de la prison de Paris Mériéma et Nadia s’évadent s’échappent s’envolent en rêve d’abord et puis pour de bon on le croit on le sait dès les premiers mots de l’histoire comme dans Les femmes au bain la Bien-aimée est séquestrée dans la cellule d’une confrérie au désert et l’Etranger de sang enfermé dans sa cellule emprisonné coupable d’un amour fou comme celui de Majnoun Leïla ils s’évaderont ils se rejoindront c’est écrit dans l’histoire… c’est écrit dans les livres…

undefined A suivre...
Publié dans : Petites notes de lecture
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Mardi 29 janvier 2008 2 29 /01 /Jan /2008 18:12

Mai 68

Sous les pavés… nos rêves…

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Pour le prochain numéro de nos Cahiers des Diables bleus nous avons choisi de fêter les 40 piges de Mai 68 qui dans nos rêves et dans nos coeurs n'a pas vieilli d'un poil...
Marie Virolle qui est une copine d'écriture et de moments très oufs nous a offert ce joli témoignage dont voici un avant-goût ici... puisque le printemps c'est pour bientôt...
Marie avait 19 ans en 1968 elle était étudiante et elle a vécu ces moments de joie et d'utopies magiques ces moments de révoltes et d'intelligence de poésie et d'invention en plein coeur du grand incendie parisien...
Voici Mai comme nous l'avons enchanté de nos désirs plus vivant que jamais...  

La musique des grilles… et Beethoven…

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A l’époque j’étais étudiante, j’avais 19 ans et j’étais à Paris pour la première fois de ma vie. Donc tu t’imagines que je suis tombée en plein dans ce mouvement extraordinaire et que je m’y suis bien sûr impliquée. Peut-être pas tout à fait du bon côté parce que j’étais pas gauchiste, je venais tout juste de découvrir que le parti communiste était un parti révolutionnaire… venant de ma province profonde où le gauchisme n’était pas très implanté… Je me suis retrouvée plutôt dans la mouvance des cocos comme on dit mais avec les oreilles bien ouvertes sur tout le reste…

Je passais les nuits à faire des piquets de grève à la Fac de Jussieu parce qu’à l’époque j’étais en classe préparatoire et c’est là-bas qu’on avait notre QG donc on gardait la Fac amiantée et à l’époque on ne savait même pas qu’elle l’était… On y passait nos nuits et nos jours pour pas que les flics rentrent dans la Fac et fallait pas laisser les lieux à l’abandon… On était nombreux et c’était la période des discussions sans fin ! De ma vie je crois que j’ai jamais autant discuté et c’est là que j’ai appris à être bavarde car comme tu le sais je parle beaucoup…

Mais franchement Mai 68 c’était aussi la culture de la parole politique qui certainement ne voulait rien dire souvent mais où on a fait nos classes pour comprendre un peu comment fonctionnait la société et essayer de la décortiquer… C’était des discussions étayées sur des livres : Lénine, Trotski… on lisait beaucoup ce genre de littérature qui nous paraît aujourd’hui assez indigeste mais qui à l’époque était une référence obligée. Fallait lire des trucs du genre Que faire ? de Lénine… enfin il me semble me souvenir parce que j’ai même oublié les titres !

C’était surtout des discussions à la Fac entre des gens qui étaient politisés vraiment : y avait les maoïstes, les trotskistes, les gens de la mouvance de Lutte Ouvrière, y avait des anars, on était entre gens de gauche extrême et en face de nous les autres qui étaient mobilisés c’était les fascos… c’est-à-dire qu’il n’y avait pas trop de milieu… Au fond le PC et l’UEC l’Union des Etudiants Communistes et les JC étaient le milieu de l’époque… les autres étaient absents de la scène, ils regardaient en spectateurs…

Je me suis régalée à faire mes apprentissages politiques à 19 ans venant de ma province… si j’avais été à Paris j’aurais peut-être été plus éveillée… et en même temps parallèlement la révolution sexuelle bien sûr…Y avait beaucoup de beaux garçons qui étaient très assoiffés de drague dans ces assemblées-là et je pense qu’il y avait pas mal de séances politiques qui cachaient d’autres choses et j’ai eu plusieurs expériences ce qui était assez nouveau et tout ça fonctionnait ensemble…

Les militants étaient assez machos je dois le dire et il y avait des filles qui commençaient à dire que c’était bien joli de prêcher la révolution dans le monde mais si on ne la pratiquait pas pour soi même dans son environnement et notamment dans ses relations avec sa compagne ou sa copine c’est qu’on était un foutu hypocrite… Donc y avait des embryons féministes aussi mais qui n’étaient pas encore organisés ni virulents puisqu’il a fallu attendre pour ma part 71 ou 72 pour que je m’acoquine avec des féministes autour des mouvements pour la liberté de l’avortement.
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A part les piquets de grève à Jussieu j’avais une chambre dans le 17ème où je revenais quand même de temps en temps et ça faisait une sacrée trotte… donc comme y avait plus rien pour marcher à roue sauf les vélos et qu’on n’en avait pas… je ne sais pas pourquoi… eh bien on marchait à pieds… c’était environ 15 bons kilomètres aller-retour… enfin c’était long et c’était intéressant parce que Paris était une ville très différence de ce qu’on pouvait connaître habituellement…

Y avait des poubelles qui s’amoncelaient jusqu’au premier étage des maisons… les gens sortaient peu parce qu’il y avait tout le temps des échauffourées surtout dans le centre de Paris et elles étaient imprévisibles parce que les groupes gauchistes comme on les appelait déjà fomentaient des petits foyers qui surgissaient dans les petites rues du 5ème, du 6ème, voire sur les Quais de la Seine, Boulevard Saint-Germain… Les gens n’osaient pas trop sortir et ça faisait un peu ville morte et je me rappelle ce bruit incroyable que ça faisait les grilles des arbres qu’on traînait sur les pavés parce que oui ! oui ! oui ! Messieurs Dames y avait à l’époque des pavés dans le centre de Paris !…

Et quand on était en manifs et que ça commençait à sentir la poudre on arrachait les grilles de ces gros platanes et on les traînait sur les pavés et c’était une musique qui devait ressembler à la musique de la Commune de Paris ou d’autres musiques des époques d’émeutes de révolution ou de soulèvement populaire…

Ce bruit-là est resté pour moi complètement associé à Mai 68 et c’était un bruit assez terrifiant je dois dire quand y avait plusieurs grilles qui étaient traînées tout le long du Boulevard… c’était impressionnant !…
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Je te disais que je marchais beaucoup… qu’y avait les poubelles… qu’y avait aussi des bandes de gens bizarres qu’on appelait les Katangais… je ne sais pas si tout le monde en a la mémoire… Les Katangais étaient des bandes incontrôlables à priori que certains disaient contrôlés par le pouvoir gaulliste pour semer un peu la peur et la zizanie… pour que les braves citoyens se resserrent autour du berger comme des bons moutons et que les gens comme moi qui étaient au fond des brebis égarées comme moi ou comme d’autres reçoivent de temps en temps des petits avertissements… Donc les Katangais étaient assez avant-gardistes… ils portaient des pataugas et des tenues vestimentaires qu’on retrouverait chez les Skins ou des gens comme ça…

Y avait plus de postes, y avait plus de banques, y avait plus de sous… on ne pouvait plus retirer d’argent nulle part alors on volait dans les magasins… Moi je volais dans les Monoprix des boîtes de pâté… je le confesse… je l’avoue… on volait pour survivre parce que c’était un peu un état de siège et c’était chouette pour ça aussi…

Du côté des étudiants Jussieu c’était quand même merdique faut bien le dire… c’est un environnement  déplaisant… par contre en Mai 68 le haut lieu c’était la Sorbonne alors souvent on s’échappait de Jussieu quand on était pas de tour de grève pour aller voir ce qu’y s’y passait… Et là il se passait des choses incroyables ! D’abord des AG avec des gens qui sont devenus célèbres depuis… qui sont devenus des ministres socialistes pour certains d’entre eux qu’à l’époque on considérait comme des camarades tout simplement… C’était des beaux esprits déjà à leur façon et au lieu d’être devenus des marginaux ils sont devenus des tenants du pouvoir… ce qui est au fond le destin de la plupart des révolutions malheureusement…

Par exemple une fois je me rappelle que dans le grand hall de la Sorbonne y avait un piano à queue qui avait été traîné là par des gens qui avaient déserté les amphis et qui faisaient la grève contre les mandarins… et qui s’étaient appropriés le piano… l’avaient mis au milieu pour que tout le monde en profite et les virtuoses jouaient… Et je me souviens qu’une fois j’entre dans la Sorbonne et j’entends ces flots de musique… c’était La Passionata de Beethoven… et je peux te dire que dans une université livrée à ses étudiants entendre librement au milieu d’une galerie un étudiant dont on ne sait même pas qui il est te donner t’offrir cette musique comme ça ça avait quelque chose de radieux…

Tu vois au fond Mai 68 pour moi c’est des bruits… le bruit des grilles… La Passionata de Beethoven… mais ça n’est pas que ça…

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A suivre...
Publié dans : Colères noires
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Samedi 26 janvier 2008 6 26 /01 /Jan /2008 00:22

                           De la part du chien indigène suite...
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            Ecoute… écoute…

- C’est pas vrai… mais quel foutu pays de…

C’est la melma ma grand-mère qui râle le cul dans son frigidaire en quête d’une banquise et d’une famille d’ours blancs qui la recouvre de neige. Pas qu'elle soit sale… oh non mais la chaleur !… C'est pas vrai… Elle s'installe elle et son énorme derrière d'Ogresse à l’intérieur du frigidaire de l'hôtel tout le temps de la grande chaleur pour ne pas fondre. Parce que quand ça vient la chaleur sur l’oasis… on ne peut pas s’attendre à ce que ça passe de si tôt. La chaleur est la principale ennemie de la grand-mère coloniale. Comme vous savez…

Par la cause des chaises de fer que mon père a obligé Lakhdar l’Arabe à peindre en jaune on est la risée des hommes de l’oasis. La risée du vent de sable qui bouffe les réserves du frigidaire. Qui boit l’eau du narguilé. Qui s’assoit sur la queue du chien indigène. On est la risée des sauterelles qui éteignent les lampes dans la tête des hommes arabes aussi. Les sauterelles d’acier.

Gentiment sous le burnous ils ont regardé avec de la compréhension les Arabes de l'oasis. Comme ils regardent indifférents la sueur sur les poignets de mon père goutte à goutte. C’est peut-être pour du théâtre ?… Suer l'burnous… qu'elle dit la melma ? Mais les Arabes ils ne suent pas… Ils attendent pour voir la suite… Après les chaises jaune citron ce sera quoi ? Y a déjà le décor… et le texte il est bien écrit quelque part… S’il y a le texte alors on peut savoir comment ça va finir… A moins que ça ne soit de l’improvisation… Les Arabes ils rigolent un peu… gentiment… Comme ça… Même Lakhdar il a essayé d’intervenir en donnant la parole du vieil Arabe sage qu’il est.

- Mais malem… y’a déjà l’soleil…

- C’est pas vrai… il a répondu mon père… tu vas pas me donner des conseils maintenant ?

Pour le coup on est aussi la risée des Européens qui habitent les bunkers blancs semblable au nôtre. On est la risée de tout le monde d’ailleurs. Et même le chien indigène qui ne s’occupe de rien d’ordinaire a marqué un temps d’arrêt devant le bataillon des chaises jaune citron et tournant la tête de gauche puis de droite… Intéressé il s’est assis sur sa queue parce que ça brille comme si c’était de l’or un peu pali. Certainement il croit que de nobles invités ne vont pas tarder à prendre place. Tous ceux qui habitent les murs de la maison de Lakhdar sont attendus pour le grand festin du désert…

Demain l’oasis ruissellera de lait… de miel… de parfums et de jardins fleuris… Demain il n’y aura plus la tristesse vague ou l’indifférence dans les yeux des femmes et des hommes de l’oasis… Demain la joie… la joie sauvage…
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Et dans les chantiers de la Cité d’ici sur Seine… demain ?…

- Morgane… tu es notre joie ma fille…

Le chien indigène me fourre son museau aux poils secs entre les doigts… 

Oui… on est la risée de tout le monde ici… C’est bien mieux. Ainsi on est plus légers que les sauterelles aux ailes d’acier de la lampe. Celles qui ont fracassé le verre. On ne peut vraiment plus dire à quoi on appartient. Avec notre décor jaune guettant des acteurs qui ne viendront pas. Bientôt le décor il retournera aussi dans la malle aux accessoires… Etrangère j’habite le moins possible l’Hôtel-de-l’Europe ou bien alors les cuisines que la melma surveille en poussant son ventre contre les tables. Djeda Fatima de ses petites mains potelées épluche les légumes dans la pièce où on joue chacun le rôle qu’on peut.

- Tu te les es lavées les mains dis… Fatima ?… Hein ! tu es sûre ?…

- Oui melma…

Djeda Fatima rit avec ses dents devant la melma qui tourne autour d’elle consternée.

- Foutu pays !…

 

Etrangère je suis tout autant que l’esclave noire. Esclave… mon corps qui peignait a rencontré son maître. Le malem. Dévoilé mon corps… par les mains des femmes de la tribu auxquelles il m’a offerte. Elles ricanent en montrant du doigt mes petits seins et mon ventre lisse d’enfant. Mais dans leur regard complice je reconnais notre connivence. Il leur a donné l’ordre de faire de moi une fille à l’âme prisonnière et au corps qu’on pourra un jour acheter. L’esclave noire qui danse sait aussi bien que moi à qui elle doit ses chaînes.

undefined Les illustrations sont de Catherine Rossi 

A suivre...
Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Vendredi 25 janvier 2008 5 25 /01 /Jan /2008 01:16
                                   Lui c’est Ratcaille…

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Lui c’est Ratcaille…

Avant tout c’qui s’est passé il créchait dans une cité d’Villiers-le-Bel ça vous dit quelque chose ?…

L’est assis sur la marche 4 de l’escalier du block des lézards celui qu’ils ont barbouillé de peinture verte d’océan sur l’fond gris ferraille du ciel… Sur c’fond-là lui semble qu’il voit des chauve-souris qui battent des ailes tout l’temps en criant… et des étoiles qui tombent du ciel quand il devient black…

L’est assis et autour ça grouille et ça s’dégringole de bestioles qu’il connaît pas depuis l’renfoncement où y a l’ascenseur qui leur sert de cabines d’essayage pour leur peau luisante et lisse comme des prospectus… C’est bourré d’odeurs là-d’dans entre l’renard et l’réglisse… c’est noir et c’est pas des rats…

Les rats il les repère bien il a vécu avec dans sa cellule c’était des potes rigolos qui sentaient les ruisseaux frais… Vous savez cette odeur qu’on oublie pas quand on l’a reniflée… Ils sortaient l’soir du trou des gogues avec leur p’tit costume de laine impec et ils pieutaient contre lui…

Non… c’est pas des rats et ça prend des formes étranges quand ça s’approche et ça disparaît… Ici on est tous des animaux il se dit en frottant son nez d’ses deux poings fermés…

L’est assis rez-de-chaussée plein milieu chef de tribu largué par les siens. Faut l’contourner pour passer ça énerve les bouffons qui n’fricotent pas avec les animaux de l’ombre mais ils le laissent à cause d’la bande des p’tits qui ont la ruse des chats zébrés rouquins jaune pâle les griffes toujours dehors et pas guimauve…

Les p’tits ils pourraient leur faire carotte leurs lacets pendant qu’ils sont à tenir la queue des caisses du super marché… Ils leur passent entre les pieds s’insinuent faufilent et fauchent à l’intérieur d’leurs paniers plastique rapides le chocolat et les brownies avant d’se tirer sur les planches de skate par les tapis volants qui zigzaguent bout à l’autre du magasin direction les sous-sols parkings… ils connaissent comme le fond d’leur cagoule et Hop !…

Lui ses poteaux sont des guerriers aux armes pourraves et aux iris rimmel brumés de fumée café noir… Ses poteaux ils connaissent les trucs de la rue mieux qu’personne et les barbares avec leurs guns ils les reniflent au radar pareil les chauve-souris aux ailes noires…

Ça grouille ça s’dégringole ça vient d’là-bas elles crèchent planquées au fond d’l’ascenseur il est sûr que c’est elles et depuis qu’il est sorti d’la cellule de la zon-zon elles le suivent partout… l’ascenseur d’ce block où il s’assoit vu qu’la porte du hall elle est ouverte il est en rade… y’a pas longtemps qu’il se la joue plus montgolfière c’est dommage… Le ciel il aimait bien et sa mangrove d’étoiles…

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Lui c’est Racaille… faut suivre si vous voulez pas nous perdre… elle est un peu tordue son histoire mais il l’a pas voulu… alors maintenant il reste assis ailleurs que dans sa cité c’est mieux…

Cette fois il avait trop exagéré… même les chauve-souris elles ne s’fourent pas dans des situations qu’elles ne peuvent plus s’en tirer après du sac en peau de lune… même pas et pourtant elles sont aveugles…

Ouais… cette fois il avait joué les mômes et sorcières elles ont mordu à pleines dents la gorge de la nuit avec des cris d’un qui a pas fini de mourir et cézigues il avait continué…

Ses poteaux ils l’ont largué planté pas réclamé et ses vieux non plus après qu’il se soit fait pécho en train de ramasser les paquets étincelles papier argent et couleurs d’enfer bourrés d’bonbons un magot à s’remplir les fouilles habitées d’courants d’air et qu’il soit passé devant les méchants guignols des flags…

- Vol avec recel… trois mois fermes !… il a jappé le juge sapé femelle l’estomac qui lui remontait les bretelles…

Sûr qu’pour les sucreries il jeûnait pas le lascar… il devait s’en envoyer plein le cornet d’ses goûters parties avec ses frangins…

 

Lui c’est Ratcaille…

L’est assis sur la marche 4 de l’escalier du block des lézards son bonnet enfoncé par-dessus ses yeux deux billes de menthe sombre vissées profond plein milieu d’une tronche de raton laveur dessous d’la capuche du sweet renoi tellement trop grand qu’il a la dégaine des burnous de laine louche des vieux rebeus…
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          Avec ses genoux remontés le baggy blue lui soude les Converses qu’il a rêvées blanches aux carreaux pétés du sol y’a que le bout qui dépasse pour dire que c’est ses arpions et que lui c’est un keumé… un chef de tribu un vrai… C’est plein d’bouts d’mégots cramés par terre qui le prouvent…

Et la tribu des cousins tous des killers d’étoiles au sang froid des fracasseurs des crameurs de mondes barbares où la lave jamais elle s’arrête de bouillonner elle n’est pas loin…Pour ça qu’il n’reste pas dans l’secteur d’sa cité il préfère… Vous comprenez ?…

La différence entre lui et le tronc d’arbre post Hiroshima où repoussent vertes des p’tites feuilles après les cendres ou un sac poubelle que des mésanges blacks ont crevé pour s’pieuter léger y en a pas…

C’est les autres qu’ont fracassé la vitrine et les paquets d’bonbons brillaient éparpillés sur le parking…

- Trois mois fermes !… Ça vous apprendra qu’un paquet de bonbons volé on ne le ramasse pas !… Il a sifflé ce plouc avec sa chetron picorée de paillettes vérole comme la lune il l’oubliera pas…

C’est comme ça qu’ils font les vieux il se dit en refilant un bon coup de poing aux tiges d’acier d’la rampe ils causent à ta place et après ils t’abîment à cause que tu n’leur réponds pas… Lui il s’en tape depuis la zon-zon le silence c’est bon pour lui…

C’qu’il veut maintenant s’tirer d’ici… Quitter la tess’ c’est possible… toutes les tess’ du quartier il a pas peur… il a appris au milieu des ailes des chauve-souris noires…

- Trois mois fermes !… il a sifflé ce plouc en matant ses pieds… il arrêtait pas d’reluquer ses baskets écailles de serpent argentées… Jamais qu’il en avait vu des cam’ac l’bouffon !…

C’est la première chose qui l’a fait hurler en tôle il a dû laisser ses baskets écailles argentées sur le p’tits tas des fringues son Jean et son sweet à capuche… Alors là t’es plus personne quand tu t’sapes avec leurs fringues ripou tu deviens caméléon et tu t’fais une carapace couleur muraille et tu glisses pfuitt… pfuitt… entre les parpaings…

Non… t’es plus personne pour personne…
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A suivre...

Publié dans : Banlieues
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Lundi 21 janvier 2008 1 21 /01 /Jan /2008 23:46

                                        Entretien avec Mili Presmann peintre 
                                                               Suite...
undefined Mili à son atelier de La Forge de Belleville

MP : Et puis j’ai dessiné la valise ouverte avec ces personnages qui sont en l’air, et pour moi ça parlait des souvenirs, de tout ce qu’on emmène dans une valise, les lettres surtout… Mes valises, celles que tu vois là dans l’atelier ce sont des valises anciennes, et avec mes origines juives, ça signifie aussi des choses… Moi j’ai adoré mes grands-parents qui étaient des gens extraordinaires qui m’ont toujours aidée, et ils me racontaient leur enfance en Russie, et ça aussi ça fait partie de mon histoire de valise et de souvenirs.

 

Peut-être que grâce à cela tu te sens un peu chez toi partout, un sentiment qui dépasse celui de l’exil ?

 

M P : C’est vrai qu’à Louxor où je vis avec des Musulmans, je me sens comme chez moi. On a la même façon de manger et de faire plein de choses quotidiennes, peut-être parce qu’on est des Orientaux ? Moi je suis originaire d’une famille d’intellectuels où les études étaient très importantes, et mon ami lui ne sait pas lire ni écrire. Et pourtant nous avons énormément de choses en commun. L’essentiel, je crois c’est le spirituel. Dieu, le mien, c’est comme un compagnon pour moi. Et le sens de ma vie c’est ma peinture et le côté social, les liens humains avec les gens. Dès que je m’éloigne de ça, ça ne va pas. Je crois qu’on m’a donné un don et que je dois le partager en faisant ressentir aux gens ce qui est aussi présent dans leur vie à eux. Ce qui les touche quand ils regardent mes toiles crée des liens entre eux et moi. Ici il y a des personnes qui reviennent chaque année lorsqu’il y a les portes ouvertes voir mes tableaux. Ma peinture c’est une façon de communiquer et de donner. Et puis je me dis que j’ai un contrat avec Dieu, s’il me permet de vendre beaucoup de tableaux, alors je peux aider des amis en Egypte ou ailleurs à réaliser des projets de leur côté, et ça fait une chaîne. Ça crée une sorte de solidarité…

 

Et comment es-tu passée de la céramique à la peinture lorsque tu es arrivée à Paris ?

 

M P : J’ai fait à Paris l’école des Arts Appliqués en céramique, mais quand j’ai eu fini je n’avais pas d’argent pour m’installer. Et tous mes amis qui faisaient de la céramique se sont installés à la campagne. Je suis donc rentrée à la Fac en arts plastiques et j’ai rencontré un professeur, James Durand, qui travaillait la photocopie. Ça s’appelait Copy Art, et c’est là où j’ai appris la photocopie. Tu sais que mon travail c’est à partir de photos, ensuite je déforme l’image avec la photocopieuse, et puis je peins. Et je trouve que le travail que je fais aujourd’hui est un ensemble de tout ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. La composition de l’espace dans mes peintures rappelle mes quatre ans d’architecture, la matière c’est le temps que j’ai passé à travailler la terre, et les gens que tu vois dans mes tableaux sont ceux que j’ai rencontrés et qui acceptent de poser pour moi.

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Tu prends les gens en photo ?

 

M P : Je les prends en photo. Il y a une partie des gens qui posent comme je leur demande et une partie des gens que je prends dans la rue dans Paris. Le personnage à la serviette là-haut, c’est un homme d’affaires à la Défense. Et ensuite je fais mes mélanges. Mais avant je déformais beaucoup plus les images, parce que je n’aime pas trop la réalité… Maintenant je ne les déforme plus mais je mets les personnages dans des situations qui ne sont pas réelles. C’est la notion d’espace qui est un peu perdue. J’aime aussi beaucoup le cinéma et je crois que ma façon de voir les choses est assez cinématographique.

 

Donc après tes études à la Fac tu as réussi à avoir un atelier de peintre ?

 

M P : Non, j’ai toujours travaillé chez moi. Et je ne suis dans cet atelier que depuis trois ans, mais ça a beaucoup changé les choses pour ma peinture. J’ai toujours vécu dans un studio ou un deux pièces et une des deux pièces me servait d’atelier. Pour payer mes études et jusqu’à aujourd’hui je travaille dans la vente à mi-temps. J’ai fait plein de choses au départ, des tas de petits boulots… J’ai distribué des prospectus, et j’ai même planté des tulipes au métro Jasmin… J’ai fait le ménage, enfin, tout quoi. Mais à l’époque c’était facile de trouver des petits jobs à Paris. Après avoir été jeune fille au père, j’ai donné des cours de céramique à la maison des enfants de Louveciennes. Et puis on s’arrangeait, on allait s’habiller aux puces, ça n’était pas cher.

Ce lieu ici je l’ai obtenu aussi par la chance, c’est Annie Barel la personne avec qui je partage l’atelier qui me la proposé Je ne l’ai pas cherché vraiment. Il faut que j’aie une envie profonde de quelque chose et ça marche !

 

En fait, tu as la baraka ?

 

M P : Oui, c’est la baraka… Et puis la peinture ça sauve parce que tu peux dire les choses. Nous les artistes on est sensibles à ce qui se passe à l’extérieur… les problèmes dans la rue, les clochards, les soucis qu’ont mes amis… Tu veux résoudre les problèmes de tout le monde et tu prends ça sur toi. C’est beaucoup trop lourd ! Mais de pouvoir le sortir quand tu peins ça t’aide beaucoup. Le poids s’en va. undefined Avec Milli dans son atelier en 2002 Les photos sont de Jacques Du Mont
A suivre...

Publié dans : Petites notes de lecture
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