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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Lundi 24 décembre 2007 1 24 /12 /Déc /2007 13:13

                                      Lettres à Leïla Sebbar

Leïla Sebbar Maison des Ecrivains Février 2001 lors d'une soirée consacrée à Jean Pélégri

Jeudi, 25 octobre 2007

 

Leïla bonjour,

 

             Il y a quelques jours au Salon des Revues où on s’est entrevues si vite… sans doute qu’à chaque fois qu’on a causé longtemps c’était autour d’un bouquin un des tiens et il y’avait le dictaphone entre nous mes questions tes réponses et d’autres fois au Sélect aussi… ça fait dix ans qu’on a commencé à parler de l’Algérie avec ton livre qui réunissait d’autres écritures à la tienne c’était Une enfance algérienne  c’est drôle… grâce à toi et à ce livre j’ai fait deux rencontres essentielles et très différentes… celle de Jean Pélégri qui est devenu mon ami et celle tout autre d’Hélène Cixous que je ne risque pas d’oublier… et qui a donné naissance à notre entretien sur son livre Les rêveries de la femme sauvage et qui m’a permis de rencontrer ses élèves à la Fac de Saint-Denis endroit étrange pour moi vraiment…

L’autre jour au Salon des Revues je pensais à la question de Louis Gardel quand j’étais allée le voir avec Jean au Seuil pour lui demander s’il y’avait une chance qu’il publie mon gros manuscrit “ Jean Pélégri l’Algérien Le scribe du caillou ” sa question qui m’avait fait rigoler tout doux : “ Vous êtes pied-noire Madame ? ”… Je n’allais pas lui parler de mon enfance métisse dans les cités de banlieue et des vieux immigrés algériens tu penses… ni de ma rencontre avec Mounsi et son livre qui m’a foudroyée La Node des Fous mon premier entretien que j’ai envoyé à une revue inconnue que j’avais piochée sur les rayons d’une librairie c’était en 1997… c’est drôle… autre rencontre mais avec Marie…  

Je ne sais pas si tu l’as su mais le texte " L'heure du conte " qui est sorti de notre entretien sur ton livre L’habit vert est publié dans la revue Algérie Littérature /Action le n° 101-102 celui qui est illustré par les peintures de Noureddine Zekara Marie l’a mis en ouverture de sa revue parce que ça l’a touchée ce qu’on a raconté là-dedans… C’est drôle… c’est le premier texte que je publie à nouveau dans cette revue après une interruption de cinq ans et ça colle juste avec les dix piges d’ALA qu’on fête cette année et avec mes dix piges d’écriture à moi… marrant que j’ai continué mes critiques littéraires si on peut les appeler comme ça avec tes bouquins sans doute une correspondance poétique d’une autre nature que celle avec Jean mais pourtant… Mon histoire avec l’Algérie qui a planté sa tente à l’intérieur de moi, sa tente aux laines de couleurs fabuleuses et puis ocre écru et terre elle s’est installée au cœur de mon désert black bitume et plaques d’acier gris luisant et elle n’me quitte pas…

Mon histoire avec l’Algérie… une bonne aventure même si elle trimballe son lot de trahisons normal on n’met pas les pieds sur un territoire d’utopies aussi rayonnantes et obscures que celles-là sans s’en prendre plein la peau comme tu le sais toi aussi mais nous autres on a la côte de mailles rugueuse aux écailles gris argent mat des gros iguanes des sables et on se glisse faufile la nuit dans les marges d’écriture et ça va…

Mon histoire avec l’Algérie justement tu me demandes au téléphone le mobile on peut me rejoindre des fois à cause de cette laisse-là moi la plus solitaire que jamais on peut… pas toujours… tu me demandes au téléphone le mobile on peut me rejoindre des fois moi la plu solitaire que jamais on peut… pas toujours… tu me demandes de l’écrire en 3000 caractères moi qui ai noirci raturé brouillonné des centaines de pages là-dessus pas publiées un jour je les enverrai… à qui pourquoi faire ils ne lisent pas… les poèmes non plus je n’en fais pas des recueils bien classés comme au début les pages traînent par terre sous la table ou j’écris s’entassent s’envolent… J’ai vu une vidéo sur W. Burroughs qui marchait sur ses brouillons il les couvrait de pinard de café de sang de tout…

A quoi bon s’occuper on les écrit et basta… les poésies de toute façon j’n’en écris que quand ça devient violent quand ça me mord à la gorge… 3000 caractères pas plus ! Tu as raison… ça tient en si peu de mots mon histoire avec l’Algérie… Les zouvriers arabes du bidonville d’Auber les zimmigris… Ahmed tombe de la grue du chantier… Mektoub !… Moi je n’ai pas d’histoire une gamine dans une banlieue crasse et c’est la leur que je raconte… qu’ils me racontent… Cardamome menthe basilic… c’est comme ça chez nous… Tu dis quoi ?… Nous on est que des gens… on n’est pas dans la vie…

En écrivant un nouveau texte le premier bien trop long 3000 caractères tu ne veux pas couper… je songe à ce que j’aimerais écrire pour répondre à ceux qui défont l’histoire et bavent à leur façon sur celles et ceux qui y ont laissé leur peau et leur jeunesse dans cette jolie aventure de l’Algérie… moi je coupe cric-crac ! je peux c’est facile… Les vieux Algériens beaucoup ne savaient pas écrire leur existence barrée brouillée sabotée par l’usine les machines l’absence d’une parole amicale… “ ici y’a personne qui te parle… y’n’te dit même pas bonjour… ” dans leur regard je voyais défiler tout le chemin de l’exil… ramasser quelques mots comme des galets doux et ronds dans la paume pour leur offrir…

Leïla Sebbar et Christiane Chaulet Achour Maison des Ecrivains 2001

Photos de Jacques Du Mont

Cette Lettre à Leïla Sebbar est lisible sur son site dont le lien se trouve joint à notre blog. On peut la découvrir dans son entier en fichier PDF. J'en reproduis ici quelques extraits pour le plaisir des habitués de notre blog des Cahiers des Diables bleus.

Bonne teuf à toutes et à tous et une pensée particulière à nos amis des cités de banlieue, tout spécialement à celles et ceux de la Cité d'Orgemont à Epinay...

A suivre...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Ecritures d'Algérie
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Vendredi 21 décembre 2007 5 21 /12 /Déc /2007 23:05

                              Le petit bonhomme qui avait peur

       Elle disait : 

     - Je voudrais extraire la chair du velours des mots. Rassembler les lettres qui disaient TOI pour les reprendre dans ma main. Mon poing serré. Toi comme si tu étais unique au monde. Toi comme le rire du vieil Algérien quand il s'est précipité dans les étoiles pour retrouver la trace de nos chemins familiers et de nos jardins. 

        Elle criait : 

       - Toi… le petit bonhomme qui avait peur. 

      Il frappe comme un fou sur la table tandis qu'Abdi continue sur le même rythme lent comme un automate détraqué sa berceuse triste. 

       Non. Il ne lui permet pas de lui renvoyer sa peur à la figure parce qu'il l'a quittée. Elle doit prendre sa peur avec elle. Elle l'a promis. Pourquoi est-elle aussi dure maintenant ? Pourquoi refuse-t-elle de comprendre qu'il n'est qu'un étranger ? 

        Il criait :

        - Mon père était un poète arabe… Tu n'as pas le droit de me juger… 

         Elle criait :

       - Votre langue d'hommes est rêche comme la poussière d'acier de vos usines d'armement. 

        - Votre langue… elle me dévisage dans le regard d'un vieil ouvrier mouillé par la rosée acide. Tu ne lui as jamais adressé la parole. Depuis vingt ans qu'il polit la même portière en attendant peut-être que tu viennes lui rendre quelque chose qu'il a laissé là-bas. A l'arrêt de l'autobus il te fixe avidement. Cela fait vingt ans qu'il pratique un exil silencieux. Votre langue… elle ressemble terriblement à celle des petits hommes d'ici. Langue parfumée qui a mis des types au piquet à l'arrêt de l'autobus. Carcasse d'arbre mort qui persiste à pourrir en vous.             Elle criait :

            - Toi tu n'existes pas en dehors de ta peur. 

            - Tu n'existes pas en dehors de l'immense fleur-coupure que tu fais pousser dans tes jardins.

           Elle disait : 

         - C'était dans les années soixante. Ils débarquaient par centaines. Et sur le quai pour les accueillir il y avait le rire des rats.

        - Et derrière ce rire alignés comme des Indiens dépossédés de leur fourrure de loups il y avait nous. De l'autre côté du rire des rats les enfants du ghetto. Notre langue a jailli comme une fulgurance. Comme le blues d'une étincelle entre les deux pierres de notre esclavage.

        Elle riait :

       - Non… toi jamais tu ne connaîtras la langue du ghetto… La langue qui habite le dessous de la fourrure des mots. La caresse épicée de petits baisers que le vieil ouvrier algérien avait écrite de ses doigts sur mes lèvres.

        - Non… Toi tu n'es qu'un petit bonhomme aux doigts de cendres.

       Alors il s'est approché doucement du bar en faisant bien attention de ne pas renverser les tables sur son chemin car il était quand même un peu saoul. Juste assez pour ne pas avoir peur des vieilles dont le visage se fondait avec la lueur rouge des lampes et s'évaporait. Arrivé derrière elle sans qu'elle s'en doute il a posé ses lèvres dans la plage chaude et sucrée que formait son dos juste au dessus de la chemise. Et il a senti le goût si fort sur sa langue qu'il a cru que ça allait l'étouffer. Il a attendu qu'elle se retourne avec ce mouvement léger comme elle faisait d'habitude et qu'elle glisse ses doigts dans ses cheveux frisés en l'appelant de ce nom tendre et un peu malicieux qui lui donnait à chaque fois envie de pleurer :

         - Mon petit Algérien…

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Jeudi 20 décembre 2007 4 20 /12 /Déc /2007 23:56

Jeudi, 20 décembre 2007   Petites histoires de Noël          Dans notre autobus des brousses le 154 y a des tas de gens qui racontent des histoires et il suffit juste de les écouter pour avoir le récit merveilleux de la banlieue dans les esgourdes et c’est magnifique pour une fille comme moi qui tient une vague chronique de nos cités de banlieue comme vous savez… Cette fois-ci il s’agit d’une petite histoire très simple mais qui m’a paru tellement chouette dans ce chaos d’affaires un peu sordides un peu vraiment très loin de nous dans nos repères des quartiers et de toutes celles et ceux qui n’sont pas forcément pétés de tunes comme disent les gamins pour acheter c’qui est étalé sous leur nez et qu’les autres rapportent plein des sacs et des sacs dans nos transports en commun je les vois je les regarde et y me font doucement rire comme ça…

         Mais que je vous raconte !… C’était un de ces jours juste avant les grands froids et j’attendais avec les autres gens de la cité celle que vous connaissez bien maintenant notre cité d’Orgemont à Epinay à l’arrêt du bus qui nous emmène tous ensemble direction St Denis et puis La porte de Paris tout ça vous savez je vous en ai déjà tant causé et de notre gros animal des brousses pareillement… Donc j’attendais et on attendait ensemble et y avait là au milieu de tous les manteaux pulls parkas écharpes bonnets boubous sous anoraks casquettes de laine sur keffieh gros gants sur doigts gelés le monde habituel que j’aime bien observer juste pour le plaisir de se dire que c’est avec ces gens-là que je vis et que ça me botte trop !

Plusieurs dames blacks que j’ai repérées de vue probable des agents d’école qui sont des familières de l’ami Louis qui travaille avec et moi aussi elles me saluent quand on se croise qu’on est ensemble elles savent sans que Louis leur ait dit qu’on est en bonne amitié… Bonjour comment ça va ? Ça va… ça va… et toi ça va ?… Et comme ça on se cause on se prend les nouvelles on s’échange les mots de l’existence pas facile tous les jours à l’intérieur de la cité ou d’ailleurs mais on s’apprécie bien et on est contents de se l’dire pour sûr… Notre autobus du coup il s’radine grognon et tout c’est son habitude et on saute dedans en vrac et on s’installe comme çi comme ça les dames qui se connaissent pour palabrer et moi devant obligé pourtant j’aime mieux la place au fond celle en rond mais c’est complet !

De l’autre côté de l’allée pendant que notre animal mal embouché rechigne à démarrer et que le conducteur qu’j’ai encore jamais repéré c’est un jeune sans doute originaire maghreb il met la zicmu assez fort qu’on en profite du bon rapp style IAM c’est extra !… ouais de l’autre côté de l’allée y’a une dame que j’ai pas remarquée d’abord une personne comme moi c’est-à-dire une Gauloise quoi… Pourtant elle a l’allure que tu n’passes pas à côté avec un air de ceux que j’kiffe le plus d’être tombée de la lune une sorte de maladresse gentille et poétique entre le Dalaï Lama et le Petit Prince vous voyez ?…

La dame elle ne s’assoit pas d’abord elle se balance d’un bord de l’autre avec les cahots de l’autobus dans les trous du tamanoir sur la piste et dans son manteau couleur d’un vieux rose très class on voit que son bras droit est cassé ou il est foulé tenu en bandoulière donc à gauche elle trimballe un gros sac de commissions qui pour l’instant est archi flasque vide dévasté par le rien vu qu’elle est dans le sens d’y aller… aux commissions vers l’Epicentre tout le monde connaît à trois arrêts de là… Elle cahote balade et finit par manquer de se ramasser et son p’tit bonnet de laine blanc suit le mouvement sur ses longs cheveux d’un rouquin clair avec des nuances cuivre et or qui sont pas des teintures malgré son âge 65 ou plus elle a pas de cheveux blancs elle est plutôt pas mal du tout et je mate aussi que ses yeux ils sont clairs peut-être bleus…

Près d’elle y’a une dame black assez forte et toute vêtue d’un tailleur rouge qui donne à se peau une couleur chocolat clair et ambre magique avec une coiffure pour sortir c’est clair ses mèches relevées sont tenues par un peigne où y’a des tas de p’tites étoiles de couleur c’est chouette ! elle s’est assise normal quand le bus a démarré et l’autre lui donne le tournis alors elle lui fait signe de la main qu’elle arrête qu’elle vienne s’asseoir en face d’elle y’a la place de libre… Ouf ! ça y est elle s’assoit et de suite comme si elles se connaissaient y’a des années elle lui parle avec le tutoiement et le ton familier :

- Aujourd’hui j’suis contente… c’t’une bonne journée parc’que j’travaille pas depuis que j’ai le bras foulé et même pas aujourd’hui et alors j’ai ramassé une chaîne… juste à côté c’est une villa ils l’ont mise à la porte… y’a tout juste une baffle qu’est décollée Oh ! c’est rien… C’est bien hein ? C’est mon cadeau d’Noël d’l’avance !…

La dame en rouge lui sourit et lui répond tout pareil :

- Ah bon ? et ça fait longtemps qu’c’est comme ça ton bras ? Tu fais quoi comme travail ?…

- Oh oui ! ça fait trois semaines mais ça s’répare pas vu qu’c’est un accident à cause d’mon travail… Et donc j’ai les antibiotiques mais ça empêche pas que j’dois aller à mon rendez-vous du gynécologue et c’est là qu’j’ai trouvé la chaîne à la porte et j’l’ai montée chez moi c’est une Sony… c’est bien ça hein ?… Elle marche mais pas la cassette mais la cassette j’m’en moque c’est pour la radio qu’j’l’lai prise…

La dame black assise en face de moi écoute discrète la conversation sans regarder du côté de la dame au manteau rose mais cette histoire de chaîne trouvée dans la rue a l’air elle aussi de l’intéresser et bientôt on est quatre ou cinq à faire forum au milieu du bus et à approuver les réflexions sans savoir de quoi on parle vraiment mais c’est ça qui fait une vraie conversation improvisée… c’est presque une pièce de théâtre notre discussion avec l’autobus des brousses pour décor et la musique Hip-Hop comme fond sonore avec le jeune chauffeur qui nous regarde dans son rétro géant l’air amusé…

- C’est quoi ton travail alors ? elle redemande la dame blacks vêtue de rouge…

- Oh ! c’est des ménages et du repassage aussi mais avec le bras là je n’peux pas… elle montre sa main prise dans une sorte d’attelle métal bleue… mais la chaîne j’l’ai dérouillée malgré ça j’suis contente alors !… y’a qu’la cassette et la baffle… rien du tout… ils l’avaient mis dehors… pour sûr qu’c’est pas des gens comme nous… moi j’men moque je vais faire Noël à ma façon…

- T’as bien raison… elle lui répond la dame black habillée de rouge… mais ces gens ils sont à plusieurs familles qui vivent ensemble dans la maison là… celle que tu dis… c’est celle qu’est près du Sentier des Lièvres non ?… c’est pas des Gitans ? Moi aussi j’avais l’faire Noël même si j’suis seule d’abord les hommes on n’en a pas besoin on est tranquille au moins et puis si on a envie d’s’amuser on peut…

- Oui qu’on peut moi c’est c’que j’me dis… d’abord là comme vous me voyez je vais à mon rendez-vous du gynéco et après je rentre pour essayer la robe de soirée que j’me suis achetée l’autre jour… j’l’avais vu au magasin et j’me suis décidée parc’qu’on n’va pas faire la fête sans avoir quelque chose de beau hein ? Elle est bleu turquoise ma robe de soirée avec des paillettes et les chaussures aussi… c’est joli bleu turquoise hein ? Elle demande l’avis de la dame black tout en rouge pendant que l’autobus ralentit et s’arrête à Suger le dernier arrêt avant de prendre la direction de Porte de Paris après le Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis…

- Vrai t’as bien raison faut s’acheter des belles choses quand on est une femme pas s’laisser aller ça non !… elle regarde l’autre en face d’elle avec une sorte d’affection tendre et elle va ajouter quelque chose au moment où l’autobus est sur le point de démarrer sa grosse carcasse métal qui couine de partout elle se précipite sur la porte en riant d’un coup comme si c’était une bonne blague…

- C’est là que j’descends oh la la !… j’ai failli l’rater… au ‘r’voir tout l’monde !…

On reste à quatre avec une autre dame black qui nous a rejoint et qui s’assoit à la place de la dame en rouge pendant que le personnage principal de notre histoire reprend son récit et que le chauffeur du bus monte encore un peu la sono de sa musique endiablée…

- C’est une robe bleu turquoise et les chaussures aussi… c’est très joli moi j’aime le bleu et puis d’toute façon mon mari il m’aurait rien payé pour Noël alors j’me l’a suis achetée moi-même… Faut pas attendre qu’les autres y nous fassent plaisir… hein ? Elle nous regarde toutes et on lui confirme qu’elle a bien raison tout le monde rit dans le bus et se mêle à la conversation en faisant : oui ! oui ! c’est vrai ça… faut pas attendre…

Au moment où notre autobus des brousses s’arrête brutal à Denfert-Rochereau et embarque quatre contrôleurs que personne ne regarde notre héroïne s’est levée et elle mime avec des petits mouvements souples en faisant attention à son bras immobile une danse dans la belle robe bleu turquoise pailletée argent et tout le monde rit avec enthousiasme pendant qu’un des contrôleur dit au jeune chauffeur de baisser la musique… ils nous regardent comme si on était des oufs leur tendre nos cartes nos billets l’air ailleurs… pour une fois il arriveront pas à nous gâcher la fête… notre fête des transports en commun…

- Mon mari il s’en moque d’ma robe bleu turquoise alors moi j’ferai la fête pisque ça m’fait plaisir hein ? j’ai pas raison ?…

La dame black en face d’elle confirme :

- Bien sûr qu’vous avez raison faut s’faire plaisir sinon ça sert à quoi la vie ?…

Les contrôleurs ont trouvé un jeune garçon black au fond du bus qui a pas de billet et ils l’entourent à quatre ils le font lever et se mettre contre la paroi du bus dans le coin des poucettes pour le contrôle des papiers ils le touchent presque…

- Moi je mettrai ma belle robe bleu turquoise et mes chaussures aussi… je n’les ai même pas payées cher du tout… c’est pour Noël et je suis contente… contente…

Notre autobus des brousses s’arrête au terminus pendant que tout le monde continue à parler de la fête et que la dame dans sa robe bleu pailletée argent et ses escarpins tournoie au milieu de nous ses longs cheveux roux ont pris la couleur dorée des flammèches des bougies de la fête… c’est la fée de la cité et le jeune chauffeur du bus lui prend le bras pour l’accompagner d’un air ravi il a monté le volume de sa radio à fond et les regards furieux des contrôleurs ressemblent là-bas très loin à des masques de carnaval qu’on brûle et qui retombent en une poussière de cendres fine qu’on chasse d’un geste de la main… 

   A suivre...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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Mardi 18 décembre 2007 2 18 /12 /Déc /2007 22:02

“ La fille en prison ”            “La surveillante distribue le courrier. Elles sont trois dans la cellule. A l’étroit. Marinette, Nadia et Aïché, une Turque.

Nadia feuillette le catalogue.

Aïché lit le Coran.

Marinette écrit à son fiancé. ”

 

Dans le catalogue il y a des images. Des images d’une robe de mariée. Mais que peut-on bien faire d’une robe de mariée lorsqu’on est en prison ?

 

“ On ouvre la porte.

- Nadia l’avocat, Aïché la bibliothèque, Marinette l’atelier. ”

 

Oh pour Nadia ça n’est pas grand-chose… un peu de vol à l’étalage quelques sous-vêtements dentelle des mini jupes aussi avec des couleurs vives qui donnent envie parce que le corps ainsi paré ressemble à celui des autres femmes. Des femmes d’ici. “ Les boutiques des Halles, elle est comme chez elle. Elle a été vendeuse. ”  Le corps des femmes d’ici dès qu’il fait beau joue avec le soleil et avec le regard des hommes. Les épaules et le dos nus les pieds aux ongles mauves roses incarnat et les jambes jusqu’en haut des cuisses découvertes.

Symphonies de peau claire et de petits frissons blonds ou roux qui font des ombres légères sous les aisselles. Robes moulantes à fleurs ou mini rouges et jean avec les poches sur les fesses et les boutons sur le devant. Si la peau est un peu plus mate elles mettent des tee-shirts verts ou orange échancrés profonds et les cheveux elles les gardent longs noir intense et bouclés. Les chaussures ont des talons mais pas trop hauts juste pour faire ressortir les mollets bien galbés et dorés déjà. Elles aiment marcher dans le gravier des parcs sous l’œil complice des flâneurs vautrés au fond des chaises de fer peintes en vert.

Pour la famille de Nadia c’est écrit dans les lettres qu’ils lui envoient on va laver la faute par un “ beau mariage… ” “ un cousin ” “ il l’attend, il lui pardonne… ” La mère est d’accord avec le frère… le corps de Nadia leur appartient. Il est à la famille et la famille sait ce qu’il y a à faire afin que tout se passe selon les règles. “ Lorsqu’elle arrive au mariage, le même d’une lettre à l’autre, elle rit, le fou rire. ”

Marinette on ne sait pas ce qui l’a amenée là mais elle le mariage c’est avec son fiancé qui l’attend parce qu’ils s’aiment un vrai fiancé il lui écrit des lettres qu’elle lit à Nadia :

“ … On aura une maison, tu verras, on sera heureux… ” Entre Nadia et Marinette il y a un secret. Le secret de la raison pour laquelle Marinette se trouve en prison et peut-être Aïché aussi… Seule Nadia sait ce qui n’est pas écrit dans l’histoire.

Entre Nadia et Aïché c’est le corps qui marque deux territoires différents. “ Aïché fait sa prière. Cinq fois par jour. ” Aïché ne va pas à la gym comme Nadia “ C’est interdit. ” Aïché c’est une prévenue modèle selon l’expression… pourtant elle “ … sera dans une centrale, avec les longues peines. ” Les trois filles sont réunies par leur jeunesse et malgré toute la force des convictions de chacune le corps adolescent rapproche les filles par des désirs inconscients et par la joie d’une sexualité vécue librement à l’intérieur des pays modernes et encore plus s’ils sont laïques même si elle est refoulée dans les fantasmes et les rêveries… Marinette Nadia Aïché rêvent au mariage de Nadia amoureuse de l’avocat qui la défend… “ A l’atelier, Marinette et les autres fabriquent des accessoires pour un magasin bon marché, des cœurs en satin blanc, bordés de dentelles et garnis d’un ruban piqué de perles blanches. Ça leur plaît de coudre des cœurs, des bouquets, des couronnes de mariées. ”

 

Marinette rapporte chaque jour de l’atelier des bouts de tissu qui leur servent à coudre la robe de mariée en cachette dans la cellule. La robe sera très belle “ Simple, collante, brodée blanc sur blanc. ” brodée par Aïché qui est un ange. “ Aïché dit : ‘ Tu auras la plus belle robe, tu seras la plus belle, ce jour-là sera le plus beau jour… ” Les trois filles rêvent. Marinette rêve à son fiancé. Aïché rêve au mariage de Nadia avec l’avocat et au “ livre du grand-père dissimulé dans une peau d’agneau au fond du coffre familial… ” Nadia rêve à l’avocat et au modèle de la robe qu’elle a vu dans le catalogue “ … il s’appelle Féline, le nom lui a plu et aussi la robe… ”

Les trois filles imaginent une vie autrement que celle d’une cité de banlieue dans une ville souvent grise où leurs corps sont prisonniers de tant de regards trop sérieux trop pesants… peut-être la liberté avec le soleil la joie les rires de la jeunesse insouciante… Elles imaginent la beauté de la robe semblable à celle du corps de Nadia lorsqu’elle pourra marcher dans les rues parmi les autres filles… marcher courir voler… les autres filles le font dans des robes de couleur comme des papillons. Mais pour Nadia la robe sera blanche parce que c’est la lumière tout entière. La lumière loin des regards des autres et de leurs ombres de corbeaux qui recouvrent le corps des femmes de la tête aux pieds. Le corps des filles vole et tourne autour des trois filles comme une ronde de papillons amoureux.

 

“ Assises au bord du lit, Nadia, Marinette, Aïché.

Aïché découpe la robe de mariée en fines lamelles, très fines, avec de grands ciseaux de couturière. Nadia et Marinette obéissent à Aïché. Les lamelles feront une corde longue et solide pour se faire la belle. ”  

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Ecritures d'Algérie
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Vendredi 14 décembre 2007 5 14 /12 /Déc /2007 19:52

                      La belle étrangère

Ecoute… écoute…

 

“ Lacépède ”… elle vient de s’installer à sa place à l’intérieur du 154 l’autobus des brousses qui cahote terrible sur la route trouée perforée jamais réparée pour de bon sa place celle qu’elle préfère au fond la meilleure où ils s’assoient tous en rond et d’où on voit les autres gens à l’intérieur de l’animal… A chaque fois qu’elle monte là en face des ateliers des Studios Eclair elle songe à ce bonhomme pas ordinaire qu’a quand même été le pote de Buffon celui du Muséum et c’est lui mine de rien qu’a gribouillé pour finir les bouquins énormes sur les animaux qui ont sûr la même allure que ceux à la couverture carton sculptée on dirait un coffre fort vert ou rouge qu’y avait dans la bibliothèque de son grand-père… Mais en plus d’être quelqu’un qui jouait de la plume et de l’encrier cristal petit puits d’encre noir y a deux raison pour qu’elle le kiffe bien ce type-là…

“ Lacépède ”… Il a été un peu un révolutionnaire à l’époque où ça pouvait causer des soucis… ça c’est lui qui lui avait raconté il trouvait qu’on devait s’occuper de l’histoire d’la banlieue vu qu’ici c’est pas moins pas plus qu’ailleurs un endroit formidable d’aventures et de gens pas si ordinaires et qu’à chacun des lieux où il passe le 154… tatatatatam !… y a des choses magiques… Surtout qu’il crèchait au creux d’un d’ces chemins d’Epinay qu’elle préfère comme celui de La course des lièvres… y’a aussi le Chemin des Fortes Terres qu’est à deux pas de chat de leur cité et même l’Impasse du Noyer Bossu… Ouais “ Lacépède ” il créchait dans le grand chemin de Neulimon qu’existe plus… Tout ça c’est pour dire que les arbres qui plongent profond profond leurs pattes dans la terre d’en dessous le bitume gris-bleu où probable que le p’tit ruisseau souterrain qu’a fait y’a longtemps d’leur territoire un marécage d’eaux douces les vieux ils l’appellent le rû d’Enghein… eh bien c’est à lui qu’on les doit…

La banlieue de par ici ou d’ailleurs… la zone qu’est le paysage de millions de p’tits bourlingueurs comme eux qui n’se contentent pas d’être arrivés là un jour parc’que leurs vieux qu’étaient des ouvriers avaient pas où loger dans le courant des années 50… ils y sont attachés vu qu’c’est là qu’ils ont couru p’tits mômes dans ses prairies et ses sentes aux lapins et aux mésanges et qu’c’est elle qui leur a donné des endroits pour se souvenir des endroits d’âme et de tendresse pas possible et qu’alors elle était pas couverte éventrée saccagée d’entrepôts ruinés de montagnes de bagnoles écrabouillées de géants dépôts d’ordures ou de trous d’eaux pleines de boues noires qui puent… Leur banlieue à eux leur Babylone engloutie avec les ruisseaux souterrains leur belle étrangère c’est une fille métisse extra à craquer et quand ils en causent tous les deux ils la voient et ils entendent son rire fou et sauvage qu’ils sont les seuls à connaître…

A la place qu’elle préfère au fond du bus le 154 elle sort de sa poche le carnet qu’il lui a donné comme une surprise y’a pas longtemps avec l’air d’un gamin ravi un p’tit carnet de papier grossier grand comme la main où les pages cornées sont bourrées de dessins qu’il fait quand il peut le soir après qu’il ait quitté la rue Mulot … les soirs où elle ne vient pas remplir son quatrième étage au milieu des piafs et des grands arbres de tous les mots qu’elle trimballe partout avec elle et qui lui ont fait l’appeler Nidaba du nom de la déesse sumérienne de l’écriture…

- C’est pour moi ?… elle a demandé en regardant les premières pages avec la surprise et une grimace joyeuse qu’elle fait quand elle est émerveillée…

- Oui c’est pour toi… y’a des pages où tu peux mettre des poèmes si t’as envie… un carnet d’notre banlieue à nous deux quoi !…

Dessus dans des allures primitives qu’elle a découvertes fascinée quand elle a maté ses dessins au début qu’ils étaient ensemble elle retrouve les images des récits qu’il lui fait d’son enfance depuis l’temps où ils étaient parqués avec ses vieux et la famille des cinq gamins dans une chambre d’hôtel fallait attendre qu’les immeubles du quartier de La Source où ils ont emménagé avec des tas d’autres familles venues de partout aient séché au soleil et alors pour eux et pour tous les autres p’tits la cité c’était le bonheur !

Un bonheur qu’y n’peuvent pas imaginer les autres quand t’as été tassé comme une famille d’tortue du zoo dans une piaule minuscule et ça ils l’ont bien connu il avait six piges mais il se souvient… fallait pas moufter pas rire pas crier pas rien du tout… sinon ils étaient virés à la rue et ces hôtels-là y en avait plein dans la zone où les ouvriers passaient toute leur paie… Bon c’était comme ça quoi… Facile qu’elle le croit ses vieux à elle aussi ils ont largué leur chambre de bonne septième tout à l’étoile elle avait deux piges…ils le chauffaient avec un p’tit poêle à pétrole leur trou d’souris quand c’est ric-rac ça chauffe vite pratique… Et l’été y z’ouvraient la porte et tout l’monde avec la grand-mère qui campait dans l’escalier à cause de la fraîcheur là y’avait un peu moins de 35 degrés… à partir de minuit…

Depuis qu’elle prend des notes sur la vie des gens d’la banlieue à l’intérieur de ses carnets à la couverture molesquine black qu’il lui achète pour faire comme les écrivains elle l’a entendu raconter cent fois mille fois c’t’histoire qui est aussi celle de ses vieux et comment ils étaient heureux et fiers de s’installer parmi des quantités d’personnes comme eux des travailleurs des usines des p’tits fonctionnaires à trois sous et les commerçants pas riches du bout d’la rue et des faubourgs dans les tours qui scintillaient argentées sous leurs armures béton et verre au soleil d’la banlieue copine… Pour eux tous qui venaient de la terre entière et surtout des p’tits patelins abandonnés par les ancêtres des paysans pauvres ou des ouvriers des filatures des fonderies des mines et qu’avaient atterri là parmi les frangins ouvriers maçons et des tas d’métiers du bâtiment  portugais espagnols les blocks qu’ils allaient regarder monter avec gourmandise Hop ! un étage… Hop ! deux étages… c’était la promesse qu’ils auraient enfin un vrai logement à eux d’où on n’les virerait pas… c’était un rêve !

Là aussi elle pourrait en écrire des pages de poèmes sur sa zone à elle quand il se sont trimballés du côté d’Auber… sa mère lui en parle toujours c’est forcé… de la banlieue rouge et des baraques elle a jamais moufté mais de l’appart si vaste un trois pièces avec de l’eau et tout le reste ça oui !… Eux les mômes vite fait ils ont grandi et ils ont joué aux explorateurs d’un territoire qu’avait pas de fin et ils sont devenus les Idiens Sioux-Apaches des terrains vagues et puis dessus souvent y’avait les cabanes des bidonvilles c’était un endroit de découvertes formidables ! Hop ! Hop !

   A Saint-Denis la Campa c’était bourré d’Espagnols chassés par Franco et les Francs-Moisins de Portugais par Salazar … Eux autres les mômes d’Aubervilliers ils fonçaient à la rencontre des Algériens du chemin du halage… Fini d’être rien qu’entre Gaulois… ils inventaient le monde avec ceux qui s’trouvaient là et qu’étaient arrivés de plus loin… Mais Epinay à c’t’époque ? Il l’a dessiné sur les premières pages du p’tit carnet qu’elle tient au creux de sa paume et aussi le masque africain du chauffeur black de l’autobus des brousses celui qui a l’air d’un guerrier paisible avec les dreadlocks et les corries rouges jaunes verts… le centre ville on imagine pas… c’était qu’une prairie coquelicots bleuets chardons et les grosses têtes blanches des marguerites sauvages qui sentent fort l’été virevoltant au vent libellules des taillis et des buissons de mûres violettes à l’automne et des églantines rouges au printemps… Non… c’est vrai elle se dit à l’intérieur du 154 son autobus des brousses… on imagine pas…       

A suivre...
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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