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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Lundi 11 février 2008 1 11 /02 /Fév /2008 17:28

                                          Mai 68 suite...
                       de l'entretien avec Marie Virolle 
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Marie lisant Neige sur le printems des orangers de Biskra
publié par Les Cahiers des Diables bleus
en Nov. 2007
à la Librairie Résistances
. Photo de Jacques Du Mont
 
J'ai oublié de préciser que Marie avant ou en même temps que d'être la responsable de la revue Algérie Littérature Action et des Ed. Marsa qui publient de nombreux créateurs d'Algérie depuis dix ans est chercheuse au CNRS et anthropologue

Des châteaux de pavés en Espagne…

 

Donc Mai 68 c’est aussi des courses dans les rues avec des CRS armés de matraques  qui te faisaient peur et qui t’épargnaient pas parce qu’ils te coursaient même si tu étais tout seul jusqu’à ce que leur matraque te touche de toute façon… Une fois j’ai été poursuivie depuis la rue Mouffetard jusqu’au Châtelet… Je courais comme une dératée à l’époque… j’avais du souffle et des jambes… Et la seule solution qui m’est apparue parce que la matraque du flic m’avait déjà bien frôlé les fesses à plusieurs reprises c’était de m’engouffrer dans la bouche de métro et manque de pot je crois que c’est ce qu’il voulait… c’était une vraie souricière la bouche de métro elle était pleine de lacrymos… elle était pleine de flics d’ailleurs aussi et là j’étais entre le marteau et l’enclume…

Et ça c’est soldé par une espèce de… voilà… j’y voyais plus rien… je savais plus où j’étais parce que les lacrymos c’est terrible… à forte dose c’est vraiment terrible !… et on s’est retrouvé poussés vers l’extérieur par une bande de CRS et là à nouveau je me souviens qu’on a couru comme des fous mais on y voyait plus rien… on avait des larmes qui nous coulaient jusqu’aux pieds… c’était des petites choses comme ça Mai 68 aussi…

Et puis quand on était dans une manif avec les slogans : “ CRS SS ! ” et “ Ce n’est qu’un début… continuons le combat ! ” ou bien “ Libérez nos camarades ! ” tout ça se terminait souvent en barricades… J’étais aux barricades de la rue Soufflot… c’était super beau parce que ça embrasait jusqu’au deuxième étage des immeubles… c’était des barricades faites de bric et de broc… avec si ma mémoire est bonne beaucoup de pavés… C’est pour ça qu’ils les ont enlevés depuis parce que les pavés ça va avec le peuple et le peuple en colère ça peut faire des constructions comme ça… Ça bâtit des châteaux de pavés en Espagne… Donc ils les ont supprimés et je pense qu’ils ont supprimé comme ça en effet une des façons de pouvoir faire des actions de rue…

Donc Mai 68 c’était aussi ça des actions violentes parce que je crois qu’on était arrivé à un point ultime d’un état de société et que la jeunesse, parce que c’était principalement la jeunesse il faut bien le dire, était portée vers d’autres horizons à tout prix, voulait faire exploser des carcans… Alors c’est parti de choses comme la contestation de l’autorité c’est vrai, mais après quand jonction se faisait avec la classe ouvrière ça devenait du plus sérieux et je pense que c’est là que les tenants du pouvoir De Gaulle ses ministres et les militaires dont il était bien proche ont pris peur… Quand De Gaulle est parti en Allemagne on s’est tous demandé ce qu’il nous préparait, on a pensé à quelque chose comme l’état d’urgence ou le couvre-feu… On était très inquiets et sans doute qu’on en rajoutait pour que le scénario catastrophe donne raison à notre exaltation.

Tout ça montait crescendo dans nos esprits, dans nos paroles et dans la projection qu’on faisait sur le futur… Je crois qu’on était vraiment dans la vérité de la grande tradition révolutionnaire française. On avait d’ailleurs cette culture en nous. On la mobilisait pour l’occasion. Bien sûr il y avait des slogans nouveaux : “ Sous les pavés la plage. ” est un des plus beaux sans doute. Il y avait cette dimensions revendication d’une liberté totale : “ Il est interdit d’interdire. ” Le CRS étant le parangon de ce qu’était l’interdiction absolue justement et la répression… On était en lutte avec les CRS qui représentaient tout ça et c’était des combats presque au corps à corps dans les rues du Quartier Latin.
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Je pense que Mai 68 a été une belle fête un peu tragique pour certains, à Flain je me souviens… aussi des blessés et des gens qui en ont vraiment pâti… Moi je n’en ai pas pâti j’en ai bénéficié complètement. C’est la porte qui s’est ouverte vers la décennie qui a suivi, cette décennie des années 70 qui a été la remise en question de toutes les normes, de toutes les formes de hiérarchies, de toutes les contraintes de famille, les relations d’autorité, de l’éducation des enfants, de la relation homme-femme… de tout ça !

Y avait des mouvements de libération qui prenaient la suite de celui pour le VietNam car moi je m’étais politisée par la lutte contre la guerre du VietNam et c’est pour ça que j’étais proche des communistes parce que j’avais participé à l’opération “ Un bateau pour le VietNam ”, et là on faisait des guerres de libération anti-sociale quelque part… Mouvement de libération de la femme, de l’école, de la sexualité etc… C’est le mouvement de Mai 68 qui a remis en question tout ce qui était une partie des valeurs fondatrices de la société d’avant et ça a fait très peur à nos parents !

Mes parents sont montés me chercher à Paris en voiture et ils ne m’ont pas trouvée là où j’habitais… Ils pensaient que j’étais morte ou en prison ou je ne sais quoi et quand ils m’ont vue arriver le soir ils m’ont engueulée ! Ils m’ont dit : “ On te ramène tout de suite ! ” j’ai dit : “ Pas question ! ” Et ils ne m’ont pas ramenée parce que le désir de participer à ce grand mouvement était plus fort que tout… Ils n’auraient jamais pu me faire rentrer chez moi à la maison en province…

 

Et après Mai ?

 

De Mai 68 je crois qu’il reste pas mal de choses… D’abord elle fait partie de l’histoire de la gauche… de l’extrême gauche… de l’histoire du peuple français… Elle a remis en question des absurdités autour de respecter absolument le plus fort, l’autorité, le père… Maintenant on y regarde à deux fois avant de se soumettre comme ça… Il y a encore des courants plus ou moins avoués héritiers de Mai 68 qui existent, des courants libertaires, écologistes… Je pense aussi qu’il y a des habitudes de relations humaines qui ont été prises vers plus de franchise et d’égalité, même si… même si les choses se sont pas mal refermées ces dernières années… Et je pense qu’il faut tenir bien au chaud dans son cœur et dans ses actes ce qu’on a appris en Mai 68 pour ne pas se laisser bouffer par quelque chose d’ambiant qui est très conformiste… quelque chose d’ambiant qui est très révisionniste… quelque chose d’ambiant qui est très anti-populaire… quelque chose d’ambiant qui est très pour le tout économique alors que nous en Mai 68 l’économique on s’en foutait comme de notre première chemise !…

C’était pas du tout là-dessus que portaient ni nos espoirs ni nos attentes ni nos analyses… bien sûr on était marxistes plus ou moins mais c’était global… c’était pas pour favoriser le tout économique… c’était pour faire que cette économie de marché qui à l’époque n’était pas du tout ce qu’elle est devenue soit mise à bas et que ce soit à chacun selon ses capacités… son travail… Il est resté de ça dans l’esprit des gens des jeunes… actuellement ça s’entend dans la musique, dans certaines tendances du Rock du Rapp… ce Protest Song… Mais bientôt me semble-t-il ça sera un vieux souvenir… Enfin gardons haut le flambeau de Mai 68 !

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Publié dans : Colères noires
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Samedi 9 février 2008 6 09 /02 /Fév /2008 12:41

Collage de ce qui reste de la vie de Julien foutue en l’air par des monstres humains ordinaires 
Extraits de l’article de Libération 

Retour sur la vie de Julien, qui s'est pendu en prison à Meyzieu 
9 février 2008 

  undefined On dirait une chambre d’enfant.

Un lit bateau en bois

un poster de Charlot au mur

un singe en peluche près de l’oreiller.

Julien avait 16 ans.

Il s’est pendu

samedi 2 février

dans sa cellule de l’établissement pénitentiaire pour mineurs de Meyzieu

près de Lyon

Julien 16 ans 
depuis septembre

écope de deux mois de prison ferme 
le 28 novembre.

Un aménagement de peine est envisagé

 Mais le procureur en décide autrement.

Après un incident dans le centre de placement

 il l’envoie à Meyzieu.

Julien se démet l’épaule

au bout de quelques jours.

En essayant de se pendre

expliquait lundi la direction interrégionale de l’administration pénitentiaire.

 

Le père est prévenu par les médecins.

Il obtient un premier permis de visite

«Julien ne supportait pas d’être là-bas»,

dit-il.

 

Neuf jours plus tard,

Julien est toujours à Mezieu.

 

Il met le feu à ses vêtements

et sa cellule prend feu.

 

«Le vendredi qui a suivi, une éducatrice m’a téléphoné,

raconte le père.

 

Elle m’a expliqué que Julien était privé de parloir pour une semaine.»

 

Le lendemain,

un surveillant

a découvert

l’adolescent

à midi,

un drap serré

autour du cou.

 

Le père a passé son dimanche auprès de lui.

«Il semblait dormir. Son cœur battait encore, mais son cerveau était mort.»

 

Puis lundi,

le père a demandé aux médecins

de débrancher les appareils qui maintenaient leur fils en vie. 

 

Un texte qui ne s’appellera jamais poème parce que les poèmes ça parle de la vie… Un texte que je n’aurais jamais pu écrire moi… Un récit qui a été écrit par une société qui tue ses enfants… qui tue nos enfants…

 

A toi Julien ange solaire qui n’a rien su de leur démence haineuse

Plein de larmes qui ne servent à rien

Et quelques mots d’un poète

Qui aimait la vie les enfants le soleil…

 

 Au-dessus de l’île on voit des oiseaux

Tout autour de l’île il y a de l’eau

  Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

  C’est la meute des honnêtes gens

Qui fait la chasse à l’enfant

Pour chasser l’enfant pas besoin de permis

Tous les braves gens s’y sont mis

  Au-dessus de l’île on voit des oiseaux

Tout autour de l’île il y a de l’eau

  “ Chasse à l’enfant ” Jacques Prévert Paroles

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Publié dans : Colères noires
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Vendredi 8 février 2008 5 08 /02 /Fév /2008 23:37

                                                  La maison des autres
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      L'autobus des brousses le 154 le nôtre... vous vous souvenez ?...
 celui qui fait le trajet zig-zag depuis notre cité jusqu'à Saint-Denis l'autre bout là-bas très loin il faudra que je vous raconte... tam tam ratatatatam !... il passe chaque fois devant un vieux bistrot tout vidé tout ridé tout paumé qui s'appelle La Kabylie... enfin me semble... 
      A cet arrêt-là y'a plein de gens qui descendent et moi je regarde en l'air... Je regarde une toute petite maison au-dessus du boui-boui avec une terrasse qui voudrait bien se tirer comme moi direction ailleurs où les ciels sont du bleu indigo qui plonge sur la peau luisante blanche du sel et du sable des déserts trop fous... 
      Mais elle ne part pas la petite terrasse avec ses fenêtres ouvertes et des tapis de couleur dehors même l'hiver même s'il fait très froid elle ne part pas... comme moi... A chaque fois que je passe là en bas dans sa rue je la regarde et elle me donne la bienvenue... ouais à chaque fois... c'est comme ça chez nous... 
 
La maison des autres

C’est une maison pas comme les autres

Une maison ouverte sur l’extérieur

Un regard de fennec vert du désert

Ses carreaux dans le soleil midi se vautrent

Des bleus à sécher sur un fil de fer

Grande lessive au-dessus de la mer

Une terrasse et des géraniums en fleurs

 

Une vigne grignote le grillage

La porte qui bat d’une petite cage

Haut dans le ciel baille c’est gentil

Turquoise au large du tapis orange

Des verres à thé posés sur les losanges

Violets Un arrosoir au mur s’appuie

 

C’est une maison pas comme les autres

Une maison ouverte sur l’extérieur

Une femme sort son foulard bleu de mer

C’est une voile c’est un champ d’épeautre

Où règne un îlot d’hirondelles rieur

Une terrasse ciel une montgolfière

 

Cent petits soleils sa couronne de reine

Au fond des verres leur œil grand ouvert

Pendant qu’une courge a grimpé aux persiennes

Emeraude se noie dans leur regard vert

Une femme à la peau sucrée pain d’épices

Tranquille elle arrose des pois de senteur

Une odeur de menthe dans la rue se glisse

 

C’est une maison pas comme les autres

Une maison ouverte sur l’extérieur

Non ça n’est pas Alger ça n’est pas Marseille

C’est une rue de banlieue comme la nôtre

Où court bitume noir lézard sans soleil

En bas la porte poussée par les oiseaux

Regarde les passants qui n’entreront pas

 

Des yeux d’enfants derrière les roseaux

Qu’ils soient d’ici ou d’Alger c’est pareil

Marseille Saint-Denis Clichy-sous-Bois

Dans leur maison toujours ouverte s’effeuillent

Sur les lèvres d’une femme douceur de soie

Les mots d’une langue que nous ne parlons pas

Et qui fait à la nôtre en plein ciel sa demeure.




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Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Mercredi 6 février 2008 3 06 /02 /Fév /2008 12:46

                                         Entretien avec Mili suite...
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Mili Presman : Ça c’est une belle histoire d’amour et d’amitié. Et on a construit beaucoup de choses ensemble avec mon ami. Lui il a un bateau et moi je l’ai peint… Il est très sociable aussi, on aime bien faire des choses avec les gens tous les deux. J’ai vécu à Louxor pendant un an et à ce moment-là j’ai peint là-bas. Mais maintenant quand j’y vais je fais des photos et puis je reviens et je peins ici. On s’est séparés par amour aussi. Moi je ne pouvais pas avoir d’enfants, et pour lui les enfants c’est essentiel. Et lui il sentait que ma peinture n’allait pas évoluer si je restais là… Donc il s’est marié et il a eu des enfants. Et comme en Egypte la polygamie existe, moi je suis la première et sa femme la deuxième. Et ça se passe très bien, on est tous en famille…

 

Et lorsque tu y vas ça ne pose pas de problèmes ?

 

M P :  Au début, j’ai hésité. Je lui ai dit : « Ce n’est pas dans ma culture » et il m’a répondu quelque chose de vrai qui m’a fait beaucoup rire : « Mais tu n’as pas de culture… » Et c’est bien parce que grâce au fait que je ne peux pas dire : ça c’est mon pays, ça c’est ma religion, je m’adapte partout. Moi quand on s’est rencontrés je n’étais pas trop au courant du problème entre l’Egypte et Israël et de la guerre du Sinaï. Alors quand il m’a demandé de quelle religion j’étais, j’ai répondu juive sans hésiter. Et ça a été une catastrophe ! Il m’a regardée et il m’a dit : « Je hais les Juifs… » Et il est parti. Ensuite c’est grâce à notre relation qu’il a complètement changé d’avis. Aujourd’hui il ne peut plus dire ça. Et ça a complètement bouleversé sa vie.

 

Et comment pourrais-tu parler de ton rapport à l’exil au milieu de toutes ces relations et de toutes ces histoires qui te relient avec des gens et des paysages si différents et pourtant si proches ?

 

M P : Quand tu t’en vas de quelque part tu n’es jamais plus chez toi nulle part. Au début je vivais ça comme un fardeau mais maintenant je le sens comme une richesse. En fait tu es toujours étrangère pour quelqu’un à cause de ton physique, de ta langue, ou ce que tu veux… Moi en Argentine on me traitait de Gringa parce que j’ai les yeux bleus et la peau claire. Et je me sens presque plus chez moi ici qu’en Argentine. Tu veux appartenir à quelque chose, et puis… Au début ça a été douloureux parce que je voulais être une vraie Argentine. Et ça n’est pas par hasard que j’ai toujours été avec des hommes de tradition très forte. Mohamed est un vrai Egyptien de l’époque des Pharaons. Et je suis fière d’appartenir à sa famille parce qu’ils ont une dignité familiale. A part ça ils n’ont rien, pas d’argent, pas de possessions, mais ils ont un nom de famille. Ils ont des traditions et ils te racontent des histoires sur la vie quotidienne… comment on fait si… comment on fait ça… Moi j’ai besoin de cette base-là.

 

 

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L’exil c’est la solitude aussi non ?

 

M P : Oui… c’est la solitude mais aujourd’hui je ne me sens pas seule, j’ai mes amis. On a créé une vraie chaîne d’amitiés très fortes, une vraie famille. Leur amour est là dans les bons et les mauvais moments. Mon problème d’avoir de gens que j’aime dans des lieux lointains est que j’aimerais bien que tout le monde soit là à la fois. Et il y a toujours quelqu’un qui manque…

 

Lorsqu’on s’est rencontrées pour la première fois lors de ton expo à L’écume du jour à Beauvais, tu m’as dit que tu aimais beaucoup la poésie et que tu avais un rapport important avec l’écriture ?

 

M P : J’aime beaucoup la poésie, mais je n’en écris pas. Je crois que ma peinture raconte des histoires, et les livres m’ont apporté des idées de peintures. J’aimerais bien travailler avec un écrivain pour mettre mon travail avec un texte qui l’accompagne. J’adore Christian Bobin par exemple, je me sens bien dans cet univers un peu comme le mien. Moi ce qui me plaît ce sont les sonorités des mots, même si je ne comprends pas tout. C’est musical, et moi j’aime le Jazz, et j’aime les phrases comme j’aime le Jazz. Les titres de mes toiles c’est mon ami Santiago Funes qui les a trouvés. Et la fille qui est en rouge dans cette toile, c’est  Nathalie Ouakratis qui m’a  aussi écrit beaucoup des petits textes qui accompagnent les photos.

 

Et Pessoa ?

 

M P : Quand je reviens du travail et que je pense à mes tableaux, je regarde aussi les gens qui marchent et je les vois comme Pessoa. Il y a des phrases de lui qui pourraient être de moi. Toutes ces sensations qu’il a dans la ville, je les ressens aussi. Il avait un côté très triste et très dur, mais c’est la beauté de ses mots que j’aime. Et ça me touche les écrivains qui ont le même regard que j’aurais pour faire un tableau.

 

                                                      Vous n’êtes aujourd’hui,

vous n’êtes moi que parce que je vous vois,

et je vous aime,

voyageur penché sur le bastingage,

comme un navire en mer croise un autre navire,

laissant sur son passage des regrets inconnus

 

Fernando Pessoa

 

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A suivre...
Publié dans : Petites notes de lecture
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Lundi 4 février 2008 1 04 /02 /Fév /2008 23:12
                                                                        Lui c'est Ratkail...

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             Lui c’est Ratkail…

Il a eu 14 piges au trou avec ses potes les chauve-souris aux ailes noires qu’il mate le soir par l’rectangle grillagé direction le ciel quand ça démarre l’gros cafard que t’exhibes surtout pas sauf avec les rats aussi là tu peux… juste avant qu’il apportent leur bouffe infâme dans les gamelles septiques comme leurs gogues et comme leurs yeux pareil… Les chauve‑souris elles l’ont pas lâché et les comètes parfois oui parfois non ça dépend d’la brume… tout c’qu’il a eu là-d’dans c’était elles… 14 piges au début de c’t’année 2008 qu’a trop mal démarré avec les trois mois fermes qu’il s’est morflés…

Il a dégringolé à donf dans la section pour mineurs d’la zonzon les paluches poisseuses de caramels et juste des p’tits deals de rouquines fumantes à l’entrée du RER… Marlborough… Marlborough…

Trois fois rien pour s’faire un peu d’blé… d’la bonne graine qui pétille au fond d’tes poches et qu’tu refiles aux magasins d’fringues avec un grand frangin pour la débrouille…

Ouais… il a fêté ses 14 piges en bas vautré sur la planche métal qui t’caille jusqu’aux bouts des arpions roulé à l’intérieur d’la couverture bleu sahara pareil qu’l’uniforme des matons…

La couverture elle a pris l’odeur de pisse d’la cellule malgré l’rectangle d’air où y’a ses frangines les chauve-souris aux ailes noires qui dansent en s’arrosant d’étoiles plein feu au creux d’leurs mirettes c’est chouette !

Ses poteaux les guerriers féroces les killers aux guns aussi sûres qu’les flingues aux flammes courtes des maîtres de l’ombre ils l’ont laissé béton pourtant dans les tribus de la tess’ on est pareils qu’les renards d’la même nichée… Les trois mois au gnouf ils ont cramé l’souvenir des jours où ils traînaient ensemble à dealer du rêve et à tagger leur animal totem sur la peinture gris pourri des halls…

Lui c’t’un rat d’Papouasie qu’il a repéré à la téloche dans l’gourbi d’ses vieux avant la tôle… un géant d’rat total black sauf la tronche tatouée de feu le poil luisant hérissé vas-y faut voir la classe qu’il a c’rat !…

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Lui c’est Ratkail…

Il a 14 piges… mais avec la zonzon il a vécu bien plus vous comprenez ?… D’abord Ratkail c’est pas son blaze… Le nom qu’son daron a raturé en tirant la langue comme il faut sur les pages du registre qu’est maquillé des empreintes des doigts d’ouvriers où y’a des tas d’blaireux à binocles qui fouinent il sonne encore pire qu’Mohammed ou qu’Ismaël…

Son nom alors le vrai celui qu’son daron lui a refilé au milieu des blazes prestiges des keumés d’la tess’ c’est Jean-Noël !… Jean-Noël !… c’est trop la honte !…

Faut dire qu’son vieux il aimerait mieux n’pas l’connaître… ouais faut l’dire… Y’a pas un daron pire que l’sien dans toute la cité alors là il peut en causer… Le sien il fait l’vigile dans un super marché où y’a des produits que pas un rat s’nourrit avec même pas ceux des gogues d’la zonzon qu’ont l’poil doux et frais comme l’eau des ruisseaux !…

Du coup dans la tôle avec les chauve-souris aux ailes noires qui sifflaient des vraies folles d’l’autre côté des barreaux pendant qu’ils lui apportaient la gamelle où il avait dû neiger dedans vu qu’c’était toujours froid et l’goût y’en avait pas lerche son daron il s’est jamais pointé… C’était sa vieille qui lui ramenait un peu des choses comme elle pouvait alors chez lui maintenant qu’il est dehors il y va qu’pour dormir tout juste…

 

Lui c’est Ratkail… il a 14 piges et son blaze il l’a eu en zonzon d’la part d’un mec black aussi p’tit qu’un tabouret qu’était là depuis dix berges et qui connaissait l’histoire du rat géant d’Papouasie…une bestiole sacrée là-bas chez lui et qu’a jamais eu peur des hommes… Il doit pas en fréquenter souvent des hommes qu’il se dit Ratkail en filant un coup d’tatanes dans la barre métal de la rampe d’escalier ça fait du bien… Ouais et ben lui son nom maintenant il le garde c’est clair !…

Dans l’fond il entend les ailes noires froissées des chauve-souris à l’intérieur d’l’ascenseur en rade et comme il se tourne pour essayer d’les mater y a la porte du hall qui lui gicle de l’air verglacé sur les chevilles… Y’a quelqu’un qui s’pointe… ça fait un drôle de couinement… ric… ric… ric… il s’retrourne rapide en zonzon il a appris la méfiance terrible et les frôlements même pas des bruits il les entend tous…

Face de lui qui s’tient immobile pareille qu’une vieille idole rafistolée d’une tribu indienne y’a une grand-mère qui l’reluque en rigolant sur son dentier pourri et un gros chariot à roulettes avec sa caisse en osier tressé par-dessus… ça déborde de bazar pelures cochonneries les uns dans les autres… Elle a les tiffes qui lui pendent rouges comme celles des vieilles arabes et au bout des mèches elle a mis des grosses perles en terre vertes jaunes rouges avec le foulard palestinien autour du cou sur une veste et un pantalon en peau à franges… y lui manque plus qu’les plumes qu’il se marre Ratkail pour de bon…
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- Salut cousin !… elle dit en zézayant un peu sur le “ S ”… tu tombes bien…

- Ah non hein !… il crie Ratkail sans s’lever du milieu de la marche 4 en matant la vieille qui fixe sur lui ses yeux aussi rusés qu’ceux d’un renard… vous allez pas m’demander d’vous aider à monter votre saloperie d’chariot et tout c’fouttoir !… L’en n’est pas question allez zouh !…

- Eh cousin c’est toi qu’est sorti y’a une semaine de la zonzon c’est bien ça ?… Elle continue à l’reluquer les deux poings sur les hanches un vrai cinéma mais Ratkail faut pas lui causer com’ac !… C’t’un chef de tribu et il fait trisser un paquet d’clopes vide direction d’la tête de la grand-mère en criant :

- Dégagez d’là vous entendez !… Allez dégagez !… dégagez !…

La vieille esquive d’un geste habile le paquet d’clopes et elle hausse les épaules en faisant le tour d’sa carriole il distingue son visage dans la lueur blanche qui vient d’la porte… elle a pas d’rides elle est peut-être pas vieille au fond… c’t’un carnaval ou quoi ?…

- Tiens file-moi une clope ça m’arrangera j’ai pas fumé depuis c’matin que j’suis partie d’Sarcelles et j’ai pas déjeuné non plus…

- J’vous file rien du tout et vous m’touchez pas sinon j’vous remballe vous et votre chariot pourri d’l’autre côté d’la cité vite fait !… Ratkail en disant ça il hésite un peu quand même il pense à sa darone…

Au lieu d’s’en aller la vieille s’approche encore et devant les yeux ahuris de Ratkail elle s’assoit sur la marche 4 à côté d’lui en l’poussant même pour se faire d’la place… Allez vas-y passe moi une clope sinon Calamity Jane va s’servir frangin !… Tu sais ça m’fait pas peur j’en ai vu d’autres des costauds dans ton genre depuis que j’traîne ma carcasse dans les cités d’banlieue !… Même les keufs qui m’laissent tranquille alors tu vois…
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                               A suivre...

Publié dans : Banlieues
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