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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Vendredi 16 décembre 2005 5 16 /12 /2005 02:22
Une fille qui écrit sans papier
Suite
 
       Gare du Nord vous connaissez ?
 
      … Je voudrais vous entretenir ici de cette histoire dont le museau grogne en soufflant avec des vibrations de partout comme une grosse locomotive à vapeur…
 
      Gare du Nord vous connaissez ?
 
      Comment elle s’était enfoncée peu à peu Marion sa frimousse au rire de lin bleu et le chien Sentinelle à ses côtés le long du ballast qui se couvrait de sable fin ocre rouge ses pieds que les godasses drôlement usées du temps où elle créchait chez ses vieux ne protégeaient pas à l’intérieur de la tiédeur épaisse et légère qui se refermait sur ses chevilles pareil à un bracelet de danse elle aurait été bien incapable de s’en souvenir pour le raconter à la fille journaliste.
      Ouais… pour sûr qu’elle n’ savait pas comment cette féerie avait démarré vu qu’au début les premières nuits elle n’ l’avait pas remarqué tout ce sable qui formait même par endroits des dunes géantes quand l’aube se pointait comme une gazelle dans un crissement rouge qui ressemblait à l’herbe sèche de la savane froissée et qu’elle n’ pouvait pas les gravir vu qu’elle était trop fatiguée d’avoir tel’ment marché et le chien Sentinelle aussi.
 
      Imaginez… Imaginez ce sable et ces grosses mamelles moelleuses qui s’étiraient du côté d’ la banlieue là-bas où personne ne s’ promène à cette heure… Et l’envie qu’elle avait Marion d’ savoir c’ qui s’ passerait si elle pénétrait pour de bon là où la peur de se perdre lui avait interdit jusqu’ici…
      Faut dire qu’ ça ressemblait drôl’ ment à l’endroit où ils croupissaient ses vieux et où elle était morte d’ennui toute son enfance avant que l’ chien Sentinelle il vienne lui tenir compagnie sur le strapontin et qu’ils s’en aillent de là pour finir… pfuitt… pfuitt… Imaginez…
      C’était déjà un autre monde que c’ ui du jour qu’elle avait rencontré alors depuis qu’elle s’était mise à suivre les rails d’acier bleu-gris givrés Marion et ça s’était fait com’ ça sous ses pieds qui marchaient sur quelqu’ chose com’ le ventre d’une bête… un’ bête de nuit p’ t’ être bien…
 
      Ouais… c’ t’ait un autr’ monde et elle avait trouvé d’abord sur ce ch’ min‑là l’ veilleur des entrepôts qui lui avait parlé gentil et puis ce grand Black de Banou et ses bombes dans l’ sac à dos… Au fond maint’ nant c’était ça la vie d’ Marion et du chien Sentinelle et pas autr’ chose… Alors le sable… les dunes au bout d’ la nuit quand t’ es trop fatiguée et qu’ tes pieds y peuvent plus… Alors ça s’ rait la suite normal’ de l’histoire non ?…
 
      Gare du Nord vous connaissez ?
 
      Elle s’enfonçait Marion… ses vêtements si légers sur le dos… dans la neige carbonique de la nuit… Elle s’enfonçait de plus en plus loin du côté d’ la banlieue avec le chien Sentinelle sur ses talons et le museau rose fendu des rats qui les accompagne.
 
      Gare du Nord… Gare du Nord…
 
      Pour se rencontrer à nouveau avec Marion sous le halo rose-gris de la verrière quand la nuit d’hiver vient de retirer ses derniers sous-vêtements de soie rouge crissant comme l’herbe desséchée de la savane qui a pas bu depuis plusieurs mois ça a été le fait du hasard…
      Ouais… pour rencontrer son regard de lin bleu suivi par le chien Sentinelle Hop ! Hop ! bondissant jappant de joie parc’ qu’on a d’ l’amitié les uns pour les autres et qu’on rit devant le visage hargneux du type dans sa petite cambuse où l’odeur si bonne l’odeur café nous attire par force et des poignées de sucre que je jette au fond d’ la musette militaire ça a été un tour de magie que vous imaginez pas…
      C’était juste avant qu’il survienne le dernier train de nuit et ses voyageurs pressés lassés cassés qui descendent sur les quais d’ Macadam black comme s’ils sortaient pour de bon de leur histoire… Les voyageurs venus d’une citadelle claire-obscure qui secouent leurs godasses lourdes pour les décoller du goudron de Macadam black qui n’ veut rien savoir et cherche à les rendre captifs de sa nuit où seule la neige carbonique est blanche et douce à toucher.
      J’avais eu du retard au journal où je travaillais justement ce soir-là et c’était l’hiver déjà l’hiver avec des flocons gros comme des oiseaux en boule contre le froid qui s’étaient posés n’importe où malgré le début de Novembre et ils avaient recouvert le corps des clochards d’une carapace rigide de sucre glace.
      C’était un temps d’effroi qui s’approchait sur ses pieds insouciants et rapides mais on ne le savait pas encore… Un temps qui allait prendre l’enfance pour cible et lui planter ses dents de froidure dans le cou. Mais on ne le savait pas encore…
      Seuls peut-être les rats anthracite poil hirsute collé hérissé sur le dos petits yeux clignotant jaune et museau fendu gras rigolards s’étaient doutés de quelque chose vu qu’ils semblaient se mettre plutôt à l’abri à l’intérieur de leurs terriers d’acier sous le ballast et au fond des trous de Macadam city blues et les ordures et les sacs poubelles de plastique bleu débordant s’en ressentaient énormément.
 
      Gare du Nord vous connaissez ?
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Murs de papier
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Mardi 13 décembre 2005 2 13 /12 /2005 01:41
Ces mots ont été écrits il y a presque dix ans pour parler de ce dont déjà on ne parlait pas. L’arrivée des immigrés à partir des années 60 venus dans les bidonvilles de la région parisienne pour travailler dans les usines et de ceux qui sont aujourd’hui leurs enfants.
Après ce qui vient de se passer dans les cités de banlieues, l’histoire de Mounsi est plus que jamais l’illustration de ce qu’ont vécu ces gens et l’exemple de ce qu’ils nous ont donné. Une histoire qui raconte la vie dans cet univers de banlieue autrement et qui dit aussi combien les jeunes des cités peuvent être fiers de leur passé et de leurs parents.
 
Dialogue avec l’écrivain algérien Mounsi
 
Ce texte a été publié dans la revue Algérie Littérature Action en Novembre 1996.
 
Mounsi est né en Kabylie. Il est venu très jeune en France avec son père. Après une adolescence difficile dans le bidonville de la Cité des Marguerites à Nanterre, il fait la rencontre de la littérature par François Villon à la maison de redressement. Auteur-compositeur de chansons, il est également l’auteur de La Noce des Fous aux Ed. Stock, 1990, La Cendre des Villes aux Ed. Stock en 1993, Territoire d’outre-ville aux Ed. Stock en 1995.
 
 
Ces mondes de la marge qu’engendrent toutes les sociétés sont ceux qui renvoient le mieux à la béance en soi-même. Ils dépècent l’être qui s’y plonge jusqu’à la rigidité de ses os, ils ne lui laissent plus qu’une ouverture froide sur sa mort.
 
« N’importe quoi pouvait arriver, il n’eût point fallu s’en étonner. Je ne sais quoi nous retenait juste au-dessus de l’abîme. Que cherchions-nous dans ces lieux de violence et de douleur ? (…)
Il fallait que je parte avant de céder au vertige du vice, où je savais maintenant que Malou se complaisait. J’acceptais tous les outrages, mais les choses sordides n’étaient rien que d’autres solitudes plus monstrueuses encore. » La Noce des Fous
 
Mounsi : Ce que l’autre montre c’est ce que l’on voudrait parfois bien détruire en soi, ou ce que l’on n’ose pas être, une certaine forme de fantasme. Lorsque des gens se décalent par rapport à nous, d’abord cela suscite de la moquerie et puis on admet qu’ils sont aussi une composante du monde. Il y a une sorte de fascination lointaine pour renier une violence, une étrangeté que l’on porte peut-être en soi. On détruit cet inacceptable sur autrui. Lorsqu’on ne peut pas vivre dans une certaine réalité, on va faire l’expérience d’une part mortifère. Si la vie n’est pas possible, la mort l’est peut-être. On essaie de toucher l’envers de la vie. L’une résonnant dans l’autre. Ce ne sont que deux chemins différents.
 
L’expérience essentielle qui ouvrira à Mounsi ce territoire d’écriture, c’est la confrontation avec le pire, qui lui fera d’un seul geste rédimer toute la culpabilité qu’il porte sur lui et qui va prendre forme. La mort qui survient par surprise, comme s’il s’agissait encore d’un jeu au cours d’une nuit dans un lieu de débauche mondain, où lui et ses compagnons avaient mis au point ce qui ne devait être qu’un simple casse.
A nouveau l’atmosphère sordide et parfumée de l’endroit, l’opulence et le désordre créent une illusion théâtrale où chacun devient un bouffon. Dans ce contexte l’homme qui tente un geste incroyable pour se défendre des jeunes voyous émerveillés de leur butin, ne peut que s’empaler seul sur une lame de couteau. Et ce crime de théâtre mènera Tarik-Mounsi à la reconnaissance de lui-même.
 
« Mon regard rencontra celui du mort, aux paupières rouges, bleues et froides, qui me fixait de ses yeux de poisson à travers un liquide visqueuex. Sa disparition, en entraînant la mienne, me vouait à la pire des destinées. Les lèvres du cadavre me semblaient sourire d’ironie comme s’il savait que sa mort allait tuer nos vies. La mort n’était donc pas seulement un mot, mais cela, ce liquide pourpre qui s’écoulait d’une poitrine transpercée. » La Noce des Fous
 
Mounsi : On doit affronter une part de souffrance, une part maudite de soi, mais elle peut aussi être quelque chose qui nous construit et ne nous détruit pas seulement. Elle peut ne pas être vaine. Il y a une part de malédiction biologique et poétique en soi, ces démons que l’on doit combattre en plus de ceux qui nous harcèlent de l’extérieur.
 
Pour la première fois Mounsi va franchir la barrière de la normalité, et de plus, à l’âge de quatorze ans. Par cet acte, sa vie va être délimitée, tapée sur une déposition, enfin révélée à lui. Et même si cela va le conduire à la maison de redressement, il est certain qu’il y aura trouvé un fragment essentiel de lui-même qui le fera entrer tout comme François Villon et sa cohorte de pendus, dans la race de ceux qui refusent de rogner sur l’essentiel de leur vie.
De la même manière que Nadjim dans La Cendre des Villes tapera instinctivement sur la machine à écrire le seul mot qui lui vienne : C.O.U.P.A.B.L.E, Mounsi va dénoncer ses complices parce qu’il survit sur cette nécessité en lui de la culpabilité du mal.
 
« C’est dans cet instant que j’ai eu peur de moi-même, de cette exhalaison de pourriture vénéneuse qui montait de moi, ce fond de merde, de chair et de vase gluantes. Je sais bien que les hommes ont besoin de héros, mais jamais je ne vis trace de ce culte en moi. Le miroir du bureau m’a renvoyé la première révélation atterrante de ma vie : la lâcheté. » La Noce des Fous
 
Mounsi : Le lâche ou le héros font encore partie des rôles répertoriés dans cette société. Montrer ce que la lâcheté peut avoir d’unique, c’est une forme d’héroïsme à l’envers. Atteindre le comble de sa fragilité, de son impuissance, et apporter un témoignage de ce qu’il y a d’humain chez l’homme, simplement. Il y a une part d’humanité dans un être qui coule, la part qui nous fait le plus peur car les gens qui descendent dans ce qu’il y a de pire nous effraient. Nous portons cette part du pire en nous mais la voir peut être dangereux pour notre propre raison. Eclairer ces parties sombres en soi est une forme de courage.
 
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Ecritures d'Algérie
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Vendredi 9 décembre 2005 5 09 /12 /2005 01:48
Villes de feu Cités d’argile
Vendredi, 29 juillet 2005    
                            
Sur mes pieds d’argile je vais
Je vais petits chemins exquis
Jeune géant vers les conquêtes
Sur mes pieds d’argile fragile
Et ma tête grosse je suis
Dodelinant marionnette
Mon corps fossile qui ne sait
Si c’est exil ou si c’est fête
 
Sur mes pieds d’argile je suis
Gargantuesque et frénésie
Plus grand qu’arbre de la forêt
Feuillages couronnant ma tête
Et fruits Ma tête grosse aussi
Pastèque offerte aux coups de dents
Des enfants cruels aux aguets
Me feront mille et une fêtes
 
Sur mes pieds d’argile je cours
Entre les tours grattant le ciel
J’enjambe les ponts les amours
Leurs longues robes Rêvant d’elles
Mais jeune géant j’ai en tête
Un astre rouge à engranger
Dans mon théâtre sur la cour
Enfants des villes c’est ma fête
 
Sur mes pieds d’argile je vole
Des bonbons bleus et un guignol
Un sac de blé rien ne m’arrête
Des livres pour poser ma tête
Dans le grenier des rats des champs
N’avoir d’ami qu’un éléphant
A qui je donne ma parole
Mes gants j’enfile pour la fête
 
Sur mes pieds d’argile j’arrive
Avec des mots plein mon tonneau
Je le roule au bord de la rive
Au-dedans nichent les oiseaux
Au fil des eaux mon feu dérive
Entre mes mains ma grosse tête
Marionnette petits morceaux
Ame indocile cœur en fête
 
Sur mes pieds d’argile j’achète
Des boîtes pleines d’éclaircies
Jeune géant nuage envie
Un revolver et une balle
Mourir facile Ivre la vie
Au fond d’un tonneau c’est pas mal
Rats des champs enchantent ma tête
J’ai trop grandi me faut sortir
Ne saurai jamais pour finir
Si c’est exil ou si c’est fête.
 
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Mercredi 7 décembre 2005 3 07 /12 /2005 00:05
Mes Algéries en France
Suite
Leïla Sebbar
Préface de Michèle Perrot
Ed. Bleu Autour, Mars 2004
 
      Les femmes faisaient partie de ce monde-là, de cet ailleurs magique pour nous enfants des banlieues, comme s’il sortait d’un chapeau de prestidigitateur. “ … Partout où je marche, je les vois, je les entends… ” En regardant l’aquarelle qui représente l’une d’elles, peinte par Sébastien Pignon dans le livre de Leïla Sebbar, avec ses taches rouge ocre comme du henné et puis mêlé à quelque chose de vif qui ressemble à du sang, et les traits ronds et gracieux du visage, je les revois aussitôt.
      Les femmes je les ai toujours vues en bas de l’immeuble discutant dans la langue que je ne comprenais pas avec les mains aussi et puis au marché toutes ensembles pour assaillir de leurs rires et de leurs histoires le marchand de poulets vivants afin d’obtenir le plus juste prix.
      Je les ai toujours vues vêtues des tissus aux tons pastel, vert turquoise, bleu céruléum lavé, rose carmin et aux paillettes dorées ou argentées comme s’il en pleuvait partout sur elles.
      Je les prenais pour des fées et j’aurais voulu les toucher. Toucher leurs tissus frissonnants qu’ensuite j’ai retrouvés dans les peintures de Dinet, et c’est exactement comme ça qu’elles étaient ces femmes d’Algérie, avec les petites croix indigo des tatouages entourées de plusieurs points, signes d’une géométrie parfaite et inconnue sur le menton et sur le front et aussi à la hauteur des poignets.
      Ces femmes d’une Algérie encore ignorée dans la France où on ne les voyait pas.
 
“ Il fallait des femmes à ces hommes, ventres doux, mains chaudes dans la rêverie des hommes, la solitude de la ville ouvrière et de l’hôtel négrier, elles sont venues abandonnant la maison pauvre et la terre pauvre depuis la montagne en neige, les hauts plateaux hostiles, la plaine inféconde, les bidonvilles, elles sont venues dans le pays de France, les lettres disaient toujours que tout allait bien. ”
 
      C’est ensuite en entrant chez elles parmi la troupe des enfants car nous revenions tous ensemble de l’école, leurs prénoms je me souviens encore, toutes les portes étaient ouvertes, que j’ai pressenti qu’elles possédaient le don des histoires “ … Nora écoute encore et encore ces histoires d’ogres et de djinns qu’on entend en écho outre-mer, en Normandie ou en Ile-de-France… ”
      Partout les histoires se ressemblent mais dans la langue des femmes d’Algérie et au centre de leurs paumes rougies elles ont le goût d’un désir délicieux.
 
Leïla, “ dans la petite cour au jasmin de Ténès ”, soupçonne qu’il se cache derrière les mots qu’elle ne peut reconnaître “ les légendes du Chenoua dans la langue de la vieille ville ”, et que cette transmission de l’art de raconter par les femmes dont on la prive, il va falloir qu’elle la réinvente avec la saveur piquante et sucrée qu’elle devine. “ … Jamais, dans l’enfance algérienne, je n’ai entendu le plus petit mot de légende arabe ou française… ”
      Djamel et Nabile Farès, l’un photographe et l’autre poète ont raconté tous les deux la grand-mère kabyle “ Gida ” qui avait failli devenir aveugle et les personnages qu’elle dessinait sur des morceaux de papier punaisés contre les murs de la maison. Avant le départ pour la France il y a la mosaïque familière de ses dessins dans la maison de mémoire.
      Chez Djamel, à Ivry dans l’appartement au cœur de la ville, lorsqu’on pousse la porte on retrouve aussitôt la photo de Gida qui veille sur les siens comme une idole maternelle et bienveillante.
 
      Je ne saurai jamais ce qu’ont été ces femmes, ailleurs, là-bas en Algérie, je ne le saurai pas, je ne veux pas le savoir. D’autres raconteront, plus tard, écriront, l’histoire des combattantes du maquis, de celles qui, ici, en France, ont résisté, ont été emprisonnées, des femmes libres qu’on n’enfermera pas, qu’on ne voilera pas. Algériennes de sang ou de cœur, mêlées, fraternelles, amies, que je n’ai pas rencontrées ainsi que Leïla a pu le faire dans l’école de son père à Hennaya. Jacqueline Gerroudj, Danièle Minne, Josette Audin…
 
      Celles qui ont peuplé mon enfance à Aubervilliers, je les imagine venues à moi par un très long détour qui passe par l’Andalousie, le désert de l’Hadramaout, la cité de la Reine de Saba. Les femmes qui ont nourri mon enfance de ces rêves d’Orient alors que le mot même je ne le savais pas, elles s’appelaient aussi “ … Aïsha, Fatima, Mériem… (…) Dans des palais, Aïsha, Fatima, Mériem ont dit des vers, elles ont chanté, dansé, elles ont joué du luth, des nuits entières, pour des hommes qui croyaient vivre, sur terre, au paradis d’Allah… ”
      Aïsha, Fatima, Mériem, toutes pailletées d’or et d’argent dans les escaliers de la cité, elles étaient mon Andalousie secrète, mon Algérie imaginaire à Paris-sur-Seine. Aïsha, Fatima, Mériem, je les ai aimées partout où je les ai croisées, et à chaque fois que j’écoute Leïla Sebbar parler de son enfance algérienne, je me répète que si ces femmes n’avaient pas existé nous aurions pu perdre le goût de la vie. 
      Je sais que je pourrais aller ainsi d’une page à l’autre de Mes Algéries en France, parsemant de notes les photos qui me parlent de cet “ Orient imaginaire ” et des lieux que l’on m’a fait entrevoir.
      De la Zaouia d’El-Hamel où Mohamed Kacimi a vécu toute son enfance, du Jardin d’Essai d’Alger dont Jean Pélégri me parlait à chacune de nos rencontres, des fillettes de Kabylie avec leurs robes de couleurs vives un peu chromo que Nabile Farès évoquait en racontant l’enfance bouleversée après la perte du père.
      Je pourrais voyager sans fin au gré des dessins encres et aquarelles de Sébastien Pignon et de chacun des récits qui font de ce livre la trajectoire d’une vie, rejoignant celle des êtres que Leïla Sebbar n’a jamais pu appeler “ les miens ”.
      Je le pourrais car ce livre où les Algéries de Leïla ne cessent de rencontrer les miennes m’a à nouveau fait parcourir la sensibilité si particulière à cet univers métisse que Jean Pélégri m’a durant des années conté à sa façon.
      Mais je préfère m’arrêter là, arrêter ma promenade au fil des mots et des images sur le dessin qu’a réalisé Sébastien Pignon de la ferme Pélégri au cœur de la Mitidja, “ Haouch el Kateb ”, “ La ferme de l’écrivain ”, et sur les quelques phrases du texte “ Jean Pélégri, Kateb Yacine ”, où Leïla Sebbar fait se rejoindre Nedjma, écrit en 1956 et Le Maboul, en 1963.
 
“ Pour dire l’Algérie au plus fort, chacun fait sienne la langue de l’autre, le français pour Kateb Yacine, l’arabe, le chant de la langue arabe dans un français détourné, pour Jean Pélégri. (…) Nedjma, Le Maboul, les deux romans fondateurs de la littérature algérienne. ”
 La ferme Pélégri peinte par Sébastien Pignon
      Maintenant, une fois le livre provisoirement refermé, le temps peut s’écouler, les heures peuvent s’égrener à la vitesse folle d’un présent que seule modère et apaise la solitude de l’écriture. Chaque impression, chaque parfum, chaque regard, chaque moment unique qui ont été déposés là comme un signe tracé sur une ancienne tablette d’argile, continueront de porter témoignage, d’un peuple, des gens, d’un rêve et de tant d’histoires tendrement et cruellement partagées.
      Ils parleront longtemps de ces enfances mêlées qui laissent sur les lèvres le goût délicieux et la nostalgie d’un ailleurs à la fois familier et à jamais inaccessible.
 
“ Et voici que j’entends, dans les rues de la Goutte d’Or à Paris, loin d’Oran et de Grenade, Tolède et Séville, Aïsha, Fatima, Mériem. Elles ont tracé sur le trottoir de bitume une marelle et elles jouent, riant et criant dans l’autre langue, oublieuse des tres morillas. Mais les voix disent encore les noms, chantés comme des vers, les noms de l’Orient espagnol, algérien, français… ”
 Le père de Leïla
 
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Ecritures d'Algérie
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Mardi 6 décembre 2005 2 06 /12 /2005 01:36
 
 
Une fille qui écrit sans papier
Des livres de sable
 
      Gare du Nord… Gare du Nord… les rats ils pointent leur museau rose fendu de sous les rails où ils crèchent à cette heure justement… les rats anthracite au cœur de la savane rouge d’où partent tous les rails et les trains de nuit qui vont toujours quelque part…
 
      Gare du Nord vous connaissez ?
 
      Elle s’enfonçait Marion sa frimousse au rire de lin bleu et le chien Sentinelle à ses côtés le long des rails de la Gare du Nord la nuit avec ses vêtements trop légers à ce moment qui était déjà plus que l’automne et que ça tourbillonnait presque les premiers flocons au goût sucré au-dessus des braseros à la lueur orange comme des papillons.
      Neige carbonique…
      Je savais que c’était la nuit qu’elle taggait Marion sur les murs gris béton et rose usé des briques plâtrières où ça s’effrite semblable aux murs des cases des villages d’Afrique que les femmes peignent avec des terres de couleurs et leurs paumes nues…
      Je savais que c’était la nuit qu’elle taggait Marion et les autres aussi tout comme elle qui bariolent joli les façades trop sinistres le long des rails qui s’en vont jusqu ‘au bout de la périphérie… ouais c’était la nuit et même si ça peut paraître étrange à ceux qui la nuit dorment dans leurs lits aux draps de tiédeur et d’oubli… la nuit y’a des gens qui font des choses incroyables… Pfuitt… Pfuitt…
      Mais c’était pas tout ça… moi il fallait que je la retrouve Marion à cause de cette histoire de la paire de baskets rouges que j’avais achetée pour elle dans un super marché ou je n’mettais jamais les pieds d’ordinaire… des baskets d’une marque qu’elle avait pas pu avoir auparavant vu qu’chez elle on n’se payait pas des trucs comme ça et je savais que ça lui plairait à Marion et qu’avec ces godasses-là elle volerait semblable aux oiseaux du vent bien plus loin que les murs de verre qui la retenaient prisonnière.
 
      Gare du Nord vous connaissez ?
 
      Non pour sûr des baskets comme ça ni elle ni moi on n’en avait eues entre les mains et pour les admirer pareil à un jouet du Père Noël je les avais sorties de leur boîte et posées chez moi à côté de la bibliothèque au milieu des bouquins éparpillés partout par terre la grande étendue de sable blanc de leurs pages qui me faisait mes dunes d’océan à l’intérieur de la pièce où je travaillais et où je dormais à la fois dans ma cité périféerique.
      Imaginez des livres de sable… une folle quantité de grains de sable autant que de mots qui se faufilaient entre les doigts comme si on avait été là au cœur d’un géant désert et qu’une bibliothèque sans murs et sans portes s’étalait grimpait enjambait de formidables dunes où glissait la parure ocre et fauve des histoires amoncelées sous le fastueux pétillement des étoiles bleues…
      Imaginez des milliers de livres de sable dont les pages s’immobilisaient soudain entre les mains des créatures qui les ouvraient avec une curiosité et une tendresse amicale et se couvraient de traces d’encre…
      Imaginez ensuite à l’aube la bibliothèque mirage redevenant dunes et se couvrant de météorites calcinés qui marquaient le lieu de la rencontre… le lieu des pierres où prendrait fin un jour notre errance… vous comprenez ?
 
      Je les avais posées chez moi les baskets rouges au pied de la bibliothèque et chaque nuit après mes heures d’écriture à la lueur de mon petit fanal je m’endormais en les regardant et en songeant à Marion et au chien Sentinelle qui devait traverser dans le froid violet aiguisé de cette heure-là de monstrueux tas de feuilles mortes pour rentrer enfin à l’intérieur d’un des squatts où ils sommeillaient parfois tous les deux serrés sous la couverture orange aux losanges vert pomme.
      Ouais… je les regardais les baskets rouges et je me disais qu’à son âge si j’avais osé je les aurais piquées dans un de ces super marchés où je n’mets jamais les pieds d’ordinaire… et Hop ! Hop !       Alors chaque matin avant de partir direction Gare du Nord pour porter mes chroniques au journal dans lequel je travaillais je les fourrais au fond de mon sac à dos râpé vieillot malmené de pluies amères et de soleils insensés pour elle Marion… Marion au rire bleu de lin vous comprenez ?…
 
      Gare du Nord.
 
      Quand on arrive le matin sous la verrière qui pleut sa lumière gris-rose on les voit pas les vigiles blacks au visage bleu-noir avec leurs chiens noirs-noirs d’ennui… ils sont devenus comme transparents lavés léchés gommés par le regard mouillé des gens aux yeux gris-cendres et mauve avec des cernes en dessous encore tout endormi… un regard qui boit la gare entièrement et les rails les quais macadam blues les trottoirs goudron et les rues aussi pour finir.
      Un regard qui n’voit ni les rats et leur museau rose fendu qui guettent éparpillés frileux assis sur leur derrière les premiers morceaux de croissants jetés à côté des sacs poubelles ni les SDF accroupis contre leur barda sacs bouteilles à moitié vides couvertures godasses défaites pantalon trop grand autour de la luciole orange qui chauffe un instant leurs doigts de givre…
 
 Gare du Nord vous connaissez ?
 
Comment ça lui a pris à Marion cette idée de suivre les rails d’acier bleuâtre la nuit pour tagger sur les murs béton gris et ocre rouge des briques plâtrières avec le chien Sentinelle dans ses pas elle ne sait plus trop…
Imaginez ensuite à l’aube la bibliothèque mirage redevenant dunes et se couvrant de météorites calcinés qui marquaient le lieu de la rencontre… le lieu des pierres où prendrait fin un jour notre errance… vous comprenez ?
      D’abord y a le fait que la nuit quand tu vis dehors avec ton chien tu n’peux dormir nulle part sauf dans un squatt par hasard et même c’est pas tel’ment r’commandé pour une fille de son âge… Alors souvent tu marches… tu marches et t’attends qu’le matin y vienne et si t’as un peu d’monnaie t’avales un’ tasse de café… la grande si tu peux… ou alors l’extra c’t’un chocolat avec plein d’mousse par-dessus…
      Et puis tu t’installes au creux d’un coin qu’tu connais avec le chien Sentinelle pour garder et tu pionces si t’as la chance qu’on t’dérange pas…
      Sûr qu’la nuit jamais tu dors alors vaut mieux avoir des choses à faire elle s’était dit Marion en r’montant la première fois le long des murs des entrepôts ses pieds dans les rails givrés qui filaient sous les semelles vite vite… hop ! hop ! en écoutant qu’y ait pas un train qui les fasse carpettes elle et le chien Sentinelle pour de bon…
      C’était la fille qu’écrivait qui lui avait donné l’idée d’faire un truc qui lui plaisait sacrément à Marion et ça n’lui était pas arrivé avant… elle se disait ça en sautillant d’un rail bleu givré à l’autre hop ! hop ! et en respirant pas facile derrière le foulard noir que lui avait passé un vieux qui travaillait dans les dépôts d’récupération en échange d’un coup d’main pour décharger des cartons avec le bazar dedans.
      Y vaut mieux s’cacher l’museau sous un foulard noir quand tu tagges la nuit le long des rails où les vigiles blacks au visage bleu-noir n’vont pas avec leurs chiens noirs-noirs d’ennui mais on n’sait pas…
      Ouais… y valait mieux… c’était un des types veilleur de nuit des entrepôts qui lui avait dit à Marion quand elle l’avait croisé les premiers soirs avec le chien Sentinelle qui le reniflait et qui aboyait pas… Il connaissait bien les taggeurs le bonhomme qui avait une patte plus courte que l’autre et il était tout silence et complice avec…
      Il lui avait dit ça à Marion et elle avait senti qu’lui aussi comme la fille journaliste il avait d’la bienveillance pour elle et le chien Sentinelle l’avait senti pareil pour sûr…
 
      Gare du Nord vous connaissez ?
 
      Hop ! Hop ! Les pieds sur les rails bleus givrés ils glissent légers et aussi ils manquent de la faire tomber Marion avec ces godasses de quand elle créchait chez ses vieux c’est pas gagné de s’faufiler à travers les poussières de sable qui chutent des réverbères autour des entrepôts…
      Hop ! Hop ! Marion plus ça va plus elle fréquente ces coins-là autour de la Gare du Nord et de plus en plus loin direction de la banlieue elles trouve des endroits où les autres ont déjà écrit leur nom.
      L’avantage des gares le long du balast ou des lieux d’ce genre c’est qu’une fois que tu as quitté l’espace où les gens ordinaires ils attendent fourmis autour du fanal orange et les vigiles blacks et les chiens le museau ficelé et les rats assis sur leur derrière c’est qu’y a pas lerche de passants pour te déranger et qu’y a de la lumière.
      Les entrepôts des gares la nuit y sont plus lumineux blafards que la neige carbonique qui t’mousse dans les mirettes en paillettes d’argent.
      On l’croirait pas mais c’est vrai et Marion avec le chien Sentinelle ça l’arrange bien vu qu’pour l’instant elle a pas d’quoi s’payer la lampe qui éclaire projecteur et qui pèse dans la musette que les autres taggeurs y s’débrouillent en l’ayant à plusieurs… Non… elle peut pas Marion et pas plus les bombes de toutes les couleurs…
      Hop ! Hop ! Ouais… pour l’instant les bombes qu’elle a planquées au fond d’la musette militaire Marion c’est seulement du rouge du noir et du blanc…
      - Tu commences avec ça et t’apprends à faire les formes avec les bombes… et quand tu sauras corretc j’tâcherai de t’en avoir d’autres des couleurs…
      Ça c’est Banou un jeune black qui lui avait parlé vite fait une nuit où ça commençait à geler le bout des doigts… Elle l’avait pas entendu venir sautant bondissant volant sur ses baskets diaboliques pendant qu’elle dessinait son nom à la craie par-dessus le tag d’un autre qu’avait fait là l’outremer et l’émeraude d’Océan profond profond avec tout au bout le troupeau d’éléphants blancs qui attendaient l’aube.
      Elle l’avait pas entendu Marion parc’qu’elle avait pas l’habitude des oreilles toujours ouvertes coquillages pour se prévenir de l’arrivée des trains de nuit bien avant et Sentinelle non plus qui vagabondait farouche à l’aventure.
      Non… elle l’avait pas entendu Marion… hop ! hop !…
      - Eh ! fais attention cousine… si t’entends pas un mec qui t’approche derrière m’étonne que tu r’pères l’Amsterdam avant qui t’ait raplatie…
      Ça l’avait fait sursauter Marion c’te voix presque dans son cou et en s’retournant elle a vu que du noir c’qui était encore plus incroyable. Banou c’était une grande silhouette black avec la cagoule du sweet et l’foulars on aurait dit qu’c’était aussi sa peau…
      - Pas d’risque qu’y m’voient dans la nuit les vigiles si jamais y z’avaient l’courage… il a dit à Marion quand il lui a passé les bombes… j’suis plus noir qu’leur âme de cirage…
      Et en reluquant la signature que Marion elle avait tracée par-dessus l’outremer océan il a écarquillé le blanc d’ses yeux qui pétillaient allumaient toutes les allumettes brûlées de l’obscurité. Il a fouillé à l’intérieur de son sac à dos et il lui a donné juste de quoi mettre la main au monde étrange des taggeurs. Alors  il a ajouté en sifflant un p’tit coup joyeux :
      - Eh la cousine !… c’est trop l’pseudo qu’t’as là… neij carbonik… j’vais t’le piquer moi ça m’ira terrible !…
 
      D’abord il lui a refilé rien qu’les deux bombes… une de noir et une de blanc à Marion qui savait pas comment faire avec ça dans les mains. Et puis il a sorti une bombe de rouge aérosol d’la couleur d’la savane écarlate autour des éléphants blancs dans la nuit d’la banlieue.
      - Tiens cousine !… le rouge c’est l’sang des taggeurs ! Et fais gaffe à l’Amsterdam hein ! Y va pas tarder…
      Et comme le chien Sentinelle était v’nu voir si y avait pas un croûton d’sandwich h jambon beurre dans l’sac à dos il a ajouté en riant avant d’filer sans bruit sur ses baskets pas croyables :
      -Eh ! l’chien toi t’es un super bon gardien alors !   
Hop ! Hop ! Neij carbonik !… Neij carbonic !…
 
      Gare du Nord vous connaissez ?
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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