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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Lundi 18 février 2008 1 18 /02 /Fév /2008 22:41

           Camille " l'entoilée " suite...
Un merci tout spécial à celles et à ceux qui sont venus nombreux lire le début du texte sur Camille Claudel... merci pour elle qu'on a ignorée et laissé pourrir dans un asile durant trente années... Aujourd'hui où on peut voir le beau film de Sandrine Bonnaire sur sa soeur Sabine on peut espérer que ça n'arrivera plus ce genre d'horreur...
Camille a souffert parce qu'elle était une femme qui avait décidé de vivre librement sa passion de sculpter. A nous autres femmes de ne pas l'oublier...
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 Mais qu’importe !… Notre temps n’est plus celui de la revanche… Il est celui de l’invention illimitée et consciente de nous… Il est celui de la joie pure qu’on s’approprie quand on ose enfin s’ouvrir les portes de la création. Mais… où donc avions-nous mis ces clefs que nous portions… pourtant… toutes ces clefs… qu’en avions-nous fait ?

La folie ça n’est pas d’hier que ça nous dessine de belles grilles vrillées des petites pattes du chèvrefeuille pour nous tenir closes dans nos maisons… Chut… surtout pas bouger… pas moufter… pas sortir de ton corps-prison… ton corps-cage qui abrite toutes sortes d’hystéries… Tu l’as assez revendiqué ce corps non ?… “ Camille entre ses quatre murs blancs. La souffrance amère et dure. La souffrance qui vous tord le cœur. ( … ) Lassitude et sursaut, refus, quand il faut qu’elle s’avoue vaincue, et pourtant elle sait déjà qu’aux yeux du monde elle sera sans fin l’écho triste de l’être aimé… ”
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Eh bien voilà ! on te l’a terminé… ça y est… Voilà deux mille ans qu’on en bave dessus… Et maintenant on te l’a définitivement installé à la place du tien… Tu n’as plus rien à réclamer… Tu es partout… Sculptée en acier chromé comme la dernière rolls des usines de Denvers ou de Détroit… Tu es le fétiche absolu du monde… Celui qui ne vieillira pas… et qui sera encore là dans dix mille ans… semblable à lui-même… Momifié. Mortifié. “ C’est très surprenant. Les ombres contrastées, la force. Elle a le don de vie. C’est le plus important pour un sculpteur. On dirait qu’elle a pris des cours avec Rodin… ”

Une seule envie irrésistible : lui échapper… Fuir… fuir à toutes ailes son agonie pétrifiée…

" Camille pousse la porte. La mère relève ma tête et se met à hurler.

Tout le monde relève la tête. Victoire, Paul, Louise, l’oncle…

Alors Camille crie : ‘ J’ai vu le Diable ! ’

Elle éclate de rire. Elle s’appuie à la porte, couverte de boue noire,

elle a tressé ses cheveux. Mi-cerf, mi-licorne, elle les nargue.

Eux et leur cuisine bouillie. Eux assis en rond. Satisfaits.

Elle piaffe, elle a décidé : elle part loin d’eux. ”

Anne Delbée, Une femme
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Les Causeuses 1894 bronze détail
           Alors… la folie ? Je sais de quoi je parle… je suis passée par là… comme elle Camille Cam… petite sœur aus doigts d’argile… Mais ma chance c’était que nos temps sont différents… Je suis l’héritière parmi mille autres de son désir de FEMME… De son cri braqué dans la glaise et l’onyx tout bas… tout doux comme une caresses d’éphémère qui tourne au cœur de nos lampes… Qui tourne sans un instant de lassitude… “ Partout sur le mur, la vieille Hélène lui sourit ou la gronde gentiment. Camille essaie depuis plusieurs semaines de saisir le regard de le vieille bonne alsacienne qui, depuis quelques mois, aide sa mère. Elle a fait des dizaines et des dizaines de croquis. ”

Je suis son signe de sang et sa chair qui n’a jamais pris l’âge des bourreaux imbéciles et rassis… Camille… Cam… Accroupie… toute petite… grenade-moi sous la vague ronde de son ventre ouvert… la grande houle du rire de l’eau… Elle… m’enroulant dans sa chevelure pour renouer le pacte ancestral… Le premier cercle toujours inassouvi de nos noces… “ Parfois la vieille rieuse a accepté de se tenir immobile quelques instants. ‘ Qu’est-ce que vous m’faites pas faire à c’t’heure ! J’ai du travail, moi ! ”
undefined La Vague ou Les baigneuses 1897 Onyx et bronze

FEMME et créatrices qui sommes-nous ? Sexe-nuit qui s’écarte de la ligne hachurée des trottoirs… Sexe qui prend le large en lapant des fleurs salines… Sexe-chat au nez de la lune redressé une goutte de lait au coin des lèvres… Sexe-flamme qui danse et coule vertical sur nos paupières… Sexe-flamme brûle la fente de terre rouge… Sexe-flamme éclaire la fourrure de soie noire qui grimpe sur toi et te fermeture… Sexe-flamme qui fout le feu à l’asphalte réglisse venu te mater en douce… Te dénoncer dans ses sex-shops en se glissant sous tes bas… Sexe-grenade explosé dans les yeux aveugles… Sexe-lumière crépue où nos aubes se séparent de nos nuits en leur offrant un cerf-volant jaune et mouillé… Sexe-soleil émerveillé !

 

“ Camille est là tout entière, comme pétrie dans l’algue verte,

comme sortie de l’eau, les cheveux collés tel un jeune garçon,

robuste, guerrier antique, jeune Romain. Androgyne lointain,

une sorte d’Hippolyte intouchable. Elle semble se retirer au milieu

de ses forteresses, appartenant à une race ancienne – lourde

du secret qu’elle porte. ”

Anne Delbée, Une Femme

undefined  La Vague détail

Pourquoi. Pourquoi ne pas avoir tout ça plus tôt ? Pourquoi pas ce geste libératoire au lieu de mener notre chasse à courre intra-muros ?… Les unes contre les autres… pour le compte d’une société de maîtres-chiens… Parce que… la folie… justement ! Qu’on regarde d’un peu près Camille Cam… ces yeux qui vous fouillent et qui tranchent dans l’incertain… Et les trois petites femmes accroupies sous la vague d’onyx… “ Camille, dis aux autres ce qui te fait plaisir. Le sacrifice peut aliéner tout le monde. Que les autres sachent ton vrai désir. Rien n’est pire qu’on se sacrifie pour vous. ” 
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Les baigneuses détail
              Et le rayon de soleil par la verrière qui cloue un arc-en-ciel dans cette pierre mouvante… La lumière justement… Tant de lumière dans tant de nuit… “ Elle était rentrée au petit matin, heureuse de se sentir sauvée, sortie enfin de cette nuit atroce, heureuse de retrouver le foyer. Sa mère était là devant son bol de café et de lait. ‘ J’ai à te parler.’ ( … ) A voix basse, sifflante, retenue : ‘ Maintenant tu prends tes affaires, et tu pars. ( … ) Tu vas où tu veux. Je pense que tu ne manques pas d’hommes pour t’accueillir. ”

On a envie de hurler de rage face à cette monstrueuse et froide et inébranlable connerie ! Hurler ouais… ça nous ferait le plus grand bien… Mais… la folie… bien entendu…

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                             Les Causeuses ou les Bavardes 1894 bronze
A suivre...
Publié dans : Colères noires
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Samedi 16 février 2008 6 16 /02 /Fév /2008 12:29

                                Vie de famille
A Rimbe undefined

Vendredi, 8 juillet 2005

 

“ Heureux Oh ! bienheureux ceux qui n’ont point d’enfants ”

Ecrivait la Mother à Arthur le plus fou

Des jeunes poètes dont les ailes voyelles

Détalaient dans la tête au loin fichaient le camp

Lui qui des secrets de Ménélik connaît tout

Des pantins portant fusils tire les ficelles

Fusils de mots frappant au cœur fidèlement

Jeunes filles jeunes garçons que la rue tient

Dont père ni mère ne prennent des nouvelles

Saltimbanques enfants incendiés de bitume

Comme Arthur se sauvant d’un destin sans histoire

 

Heureux Oh ! bienheureux sans familles querelles

Les enfants voyageant au gré des équipages

Corsaires épinglant les albatros en vol

A leurs pieds des sébiles des sous et des chiens

Qui gardent leurs talons où sont planquées des ailes

Des ailes qui voyelles sur de frais chemins

Plus rien ne les retient libellules au sol

Cueillant le sel en bouquets d’argent et de brume

Qu’ils raclent d’un coup d’ongle et qu’ils jettent sans gloire

Aux usuriers guettant Arthur adolescent

Déjà vendant la peau de ses souliers aux fols

Prêts à tout comme lui qui n’ont pas de parents

De lits où on crève des édredons de plumes

Qu’on envoie sur la ville audacieuse auréole

 

Heureux Oh ! bienheureux les enfants solitaires

Qui n’ont de Charleville pas de terre aux pieds

Au pied des escaliers sous le manteau de chiens

Ils dorment rassemblés Ce sont des fils d’Indiens

Morts Que ne renieront plus ni pères ni mères

Ils ont vécu comme eux fiers de leur liberté

Ce sont tribus veillant sur leurs ailes voyelles

Et leurs rêves voyous corsaires qui jamais

A Ménélik n’iront joyeux vendre des armes

Ils ont vécu des germinations insensées

De mots d’amour bravant tous les signaux d’alarme

Où ils iront jeunes garçons nul ne le sait

Et jeunes filles les pantins sont enchantés

De voir leurs ficelles coupées et les fusils

Par le bitume mangé épinglant les pères

Et les mères pendant que voyelles les ailes

Des mots s’appellent heureux oiseaux de nuit.
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Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Vendredi 15 février 2008 5 15 /02 /Fév /2008 13:03

                                Salon du Magreb des Livres 2008

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Salon du Maghreb des Livres les 23 et 24 février 2008
Mairie du 13ème Place d'Italie
Ouverture des portes à 9H30 samedi matin
qu'on se le dise !

On y sera avec nos Cahiers des Diables bleus, format papier si vous avez envie de les découvrir depuis leur premier numéro Les sans-papiers paru en février 2006, et tous les autres, ça commence à faire une jolie collection pour ceux qui aiment les textes en images ! 
Y a aussi nos deux contes modernes illustrés Sinbad le taggeur d'oiseaux paru en juin 2006 et cet hiver notre dernier Cahier Neige sur le printemps des orangers de Biskra qui vous attend au Salon.

On y sera également avec notre amie Marie Virolle et son édition Marsa des deux rives de la Méditerranée qui a plusieurs nouveaux bouquins à vous proposer en plus de sa revue Algérie Littérature/Action qui fête sa dixième année d'existence.
Un livre qui vient de paraître que vous aurez grand plaisir à découvrir : 
Antigone à Alger de Sophie Amrouche qui est la nièce de Taos Amrouche pour celles et ceux qui connaissent la littérature et création algérienne. 


Et un autre où j'ai eu le bonheur de travailler sur les archives que m'a laissées mon ami l'écrivain algérien Jean Pélégri que vous connaissez déjà si vous fréquentez notre blog.
J'ai réuni des textes, poèmes, correspondances et images inédites échangés par Jean Pélégri l'homme de la Mitidja et du coeur de la terre d'Algérie "sa mère", et le peintre de la Kasbah d'Alger Louis Bénisti dans un petit livre de 88 pages dont voici la couverture pour vous donner envie.
undefined Ce livre est ponctué de photos d'enfance qu'a eu la gentillesse de me confier Juliette Pélégri la femme de Jean et de fac similés des lettres de Louis Bénisti copiées par son fils Jean-Pierre Bénisti.
Pour celles et ceux qui passent voir notre blog et qui aiment les livres, sûr qu'ils sont nombreux, c'est important de rappeler l'existence de ce Salon consacré aux créateurs du Maghreb dans notre pays joyeux voué à l'exclusion ces temps-ci, c'est précieux la fraternité et la curiosité de ce que font les autres !
Nous on y sera bien entendu comme chaque année depuis dix ans de déambulations au coeur de la ville... Petit historique pour ceux qui nous suivent depuis ces années d'une mairie à l'autre ! 
Y'a dix ans on se trouvait dans la Mairie du 20ème Place Gambetta, notre arrondissement à nous autres les enfants métisses, puis quatre ans après nous avons eu l'honneur des salons féeriques et grandioses de l'Hôtel de Ville de Paris comme vous avez pu le voir sur les reportages que nous avons réalisé à chaque salon. 
Puis nous voici dans la Mairie du 13ème pour quelques temps depuis l'année dernière et grâce à Marie qui a bien lutté car il n'existe pas dans ces locaux trop exigus de Salon des Revues comme il y en a toujours eu un à cette occasion, nous avons une place dans notre petit couloir entre la librairie et la salle de conférence, alors cherchez nous ! On vous attend !
Vous y retrouverez sur notre stand durant ces deux journées une autre amie écrivaine d'Algérie et des deux rives qui vit à Marseille Rania Aouadène qui a emporté avec elle pour ce Salon son CD de poèmes mis en musique par Denis Chauvet Allgérie Andalousie Marseille.

Alors rejoignez-nous et vous découvrirez un monde tendre fou passionné et passionnant, celui de notre âme du Sud qui a toujours fait partie de notre histoire !

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( de Gauche à droite ) Nacéra Tolba Rania Aouadène Denis Chauvet 
Marie Virolle et moi
au Salon de la Création méditerranéenne de Vallauris en 2007
Photo de Jacques Du Mont

Publié dans : Les Diables bleus
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Jeudi 14 février 2008 4 14 /02 /Fév /2008 15:42
                          De la part du chien indigène suite...

undefined Assise au pied du Block trois l’Afrique Morgane entend les pattes de la nuit courir sur elle comme une bête qui cherche inquiète son terrier. Des lueurs fauves bondissent un peu partout sans que rien ne les arrête. Jungle… chantonne Morgane tout bas… jungle où des pieds dessinent des sentiers d’inconnu… Jungle où des corps de femmes et d’hommes esclaves indifférents frôlent le sien. Alors déjà la grand-mère Morgane avait un corps esclave… Un corps que le père n’approchait pas tout en le gardant captif vu qu’il lui était étrangement étranger. Un corps au sexe de terre rouge… Un corps ouvert qui se faufile lentement entre les reins des dunes… En quête de son soleil… Poisson pourri…

 

Ecoute… écoute…

- Eh Lakhdar !… je veux que mes chaises soient plus brillantes que le soleil… il a dit mon père. Plus que le soleil !… Je… vous montrerai comment on construit un pays.

Je ? Qu’est-ce qu’il a dit ? Il n’y a jamais eu d’homme à l’Hôtel-de-l’Europe qui puisse dire Je…

Face à moi il s’adresse à Lakhdar l’Arabe en riant avec le ton protecteur qui veut ton bien. A travers lui je sais que c'est de moi qu'il se moque. Moi Morgane… la djinia des Nuits qui s’en va chercher l’eau transparente des histoires parmi les formes des burnous couchés dans le ventre du sable de l’oasis. Un frisson d’air violet baigne leurs pieds de sang séché en dessous comme un baiser de marguerites. Des marguerites folles s’élancent parmi les troncs des palmiers semblables à un cheich blanc. Parmi les formes des burnous couchés les personnages des Nuits s’avancent un à un vers la scène du théâtre colonial de l’Hôtel-de-l’Europe-de-l’oasis-de-Biskra…

- Eh Lakhdar !… il a dit mon père… toi aussi tu vas faire le peintre maintenant. Tu vois c’est facile… Des chaises comme ça y’en a nulle part ailleurs dans ce foutu pays. Et c’est pas fini… Eh Lakhdar !… tu vas voir ça va être un joli pays à force…

Goutte à goutte la sueur marquait la place où il s’était arrêté.

 

Esclave noire fille de ma tribu. Je ne comprends pas pourquoi tu danses devant eux au milieu des sauterelles. Seule Djeda Fatima les écarte de moi de ses petits doigts courts. Elle tient la lampe qu’elle élève dans le crissement des ombres.

Vieilles accroupies sur leur nombril cicatrisé. Béante leur bouche en dessous. Au milieu d’elles je serai esclave à mon tour si je me laisse prendre au piège de la tribu… Djeda Fatima… ma vieille… Je suis Morgane la djinia… une fille de la terre. Simplement. De la terre et des eaux. Esclave noire tes mains m’ouvriront le chemin. Le chien indigène lèche doucement mes pieds de sang. Mes pieds qui ont marché sur cette terre-là comme sur tout autre…

 

Goutte à goutte la sueur tombait dans l’assiette de spaghettis rouges de mon père. Il mangeait lentement et on aurait dit qu'il mâchait le sable. Goutte à goutte le chien indigène couché à quelques pas de lui le regardait grave en baillant entre ses paupières. 

Lakhdar le serviteur il a peint jaunes les chaises pendant que les Arabes ils gardaient le silence. Il ne fallait surtout pas qu’il se taille lui aussi comme la lumière de la lampe. Y avait que lui dans les jarres de la planque au trésor. Sous les bijoux des femmes qu’on vend il y avait le silence des Arabes. Compatissant le chien indigène tirait la langue au soleil.

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Ecoute… écoute…

Quand on est arrivés j'ai été chercher les pinceaux à l’intérieur du coffre de tôle boulonné à l'arrière de la camionnette à plateau. Chauffée à blanc. Appuyé mon père buvait à même le jerricane. Il lapait. Grave le chien indigène le regardait. Moi j’avais honte pour lui. Achouma… Honte parce qu’il n’était pas un homme juste. Honte parce qu’il n’était pas un homme.

Un à un j'ai brisé les pinceaux et ils se sont répandus sur le sable. Comme les gouttes de sueur de mon père. Lakhdar a eu un geste qui venait de ses reins. Une danse rompue. Un craquement de branche. Ses yeux étaient tristes pareils à ceux du chien indigène lorsqu’il a su que les chaises jaunes resteraient vides. Tristes et aussi résignés.

Alors il a dit :

- Ma fille... les murs à nouveaux ils sont blancs comme avant… Avec toi Sinbad tu l’emportes et tous les autres… Ma fille tu nous habites…

On savait très bien Lakhdar l’Arabe et moi que juste après mon départ il le forcerait à repeindre les murs de la maison de Touggourt… Il le forcerait parce qu’il était le malem…

- C’est pas vrai… quel foutu… Fatima viens voir un peu…

 C’est la melma ma grand-mère qui palpe millimètre par millimètre les couches superposées de tissus comme les ailes du papillon qui arrondissent encore le ventre de la vieille femme. Fatima la servante se tape en chantonnant et mâchouillant je ne sais quoi - tout le temps elle mâchouille encore de la nourriture qui disparaît - le travail des épluchures. Elle supporte aussi l’odeur de la sueur insecticide de la melma qui la palpe chaque jour avant qu'elle quitte l'Hôtel-de-l'Europe pour retourner chez elle à Touggourt.

- Même les mouches il faut qu’elles nous volent quelque chose ici alors… Mais Fatima rigole en soulevant ses bras qui tintinnabulent. Poignets qui rient.

- Y’a rien melma… tu vois bien…

Tatouages demain. Mise à feu de la mèche planquée sous le frigidaire. Tatouage signe des tribus tu crois ? Mais demain Fatima djeda… ma vieille… femme de ma tribu à qui je peignais l’histoire d’un palais de poudre. Ton histoire. Ton palais. Fatima ma vieille… tu posais un doigt sur tes lèvres. Tu me regardais. Demain l'esclave noire te prendra la main pour que tu la conduises vers la terrasse en haut de ta maison. C'est toi qui lui ôteras ses chaînes.

- Ma fille tu es la djinia de l’oasis…

Fatima djeda… ma vieille… Tu m’attrapais au bout de tes petits doigts rouges de henné et nous dansions la ronde des femmes tatouées. Sur la peau du cœur.

- Qu’est-ce que tu as encore volé vieille folle… qu’elle crie la melma. Tu crois que je ne vois pas comment ton ventre a doublé de volume quand tu repars d’ici… Y a de quoi nourrir toute ta tribu…  ta famille de… Qu’est-ce qu’elle a dit ?

- La melma elle crie tout le temps… y’a rien melma… y’a rien… tu vois bien…

Le chien indigène regarde les deux femmes comme les toupies rouges qui tournent l’une autour de l’autre. Djeda Fatima devient lentement le papillon géant qui se superpose au voile du soleil. Rouge son voile qui se couche sur les formes blanches allongées dans le sable de l’oasis. Il disparaît sous le souffle du sable. Ouvert son voile. Qu’est-ce que tu as volé ?

Et nous… Nous on a volé le silence des Arabes. Les jarres de silence et d’huile répandues sur la couche de poussière et de sel. Sésame… ouvre-toi… Fille de ma tribu. Aucun mot de passe n’ouvrira ce chemin vers mon centre. Mon sexe de terre rouge. Je resterai fermée au chant des consonnes qui scandent leurs marches militaires. Ils n’apprendront rien de moi et de mes Nuits interminables à l’intérieur des palais de nacre. Rien… Je ne parlerai que par conteries et brûlures qu’ils ne pourront retenir sur leur langue. Mes mots se coucheront sous la peau de l’huile et du silence. undefined
A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Mardi 12 février 2008 2 12 /02 /Fév /2008 23:13

 

Camille “ l’entoilée ”

21 avril-24 décembre 1999
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Anne Delbée, Presses de la Renaissance, 1982

Extrait “ La chair et l’esprit ”

“ Ce livre est un pas de plus vers elle, là-bas enfermée qui appelle, une autre serrure que l’on ouvre. La voilà qui fait signe, qui sourit de ses deux belles mains terreuses,

la voici, celle qui enfantait des formes uniques, le sculpteur Femmelle,

le labyrinthe qui mène à elle, je le prends, quitte à me tromper de temps en temps.

Elle est là-bas, elle attend, il n’y a plus un instant à perdre, ce visage là-bas qui crie dans la nuit, à moitié scellé,

Une Femme ”

  

Voici des bribes de ce que je voudrais leur dire…

J’ai été peintre. Je suis écrivaine.

Comment exprimer d’une manière claire ce qui domine et enveloppe toute ma vie qui est l’acte de créer ?

Camille… Cam… comment leur dire… toi qui a payé de 40 années d’asile pour savoir… “ … Je les ai reçus clopin-clopant, avec un vieux manteau râpé, un vieux chapeau de la Samaritaine qui me descendait jusqu’au nez. Enfin c’était moi. Ils se souviendront de leur vieille tante aliénée. Voilà comment j’apparaîtrai dans leurs souvenirs – dans le siècle à venir…”

Créer quand on est une femme. Rien absolument rien à voir avec ce que ça peut signifier pour un homme… Camille… “ … la Pierre dressée, comme le vieux mâle qui sent la mort s’avançant, ne la quitte pas des yeux. Elle est contre lui, son nez contre les naseaux de la Bête, elle s’appuie contre lui et le caresse lentement, patiemment, longuement… ”

La vie. Présente en nous à chaque jour de ce cycle… Dont ils ignorent tout. Biologiquement… vaginalement présente… On en sait quelque chose. Comment on pourrait l’oublier ? Camille… Cam… l’envie de crier moi aussi que parce que nous sommes autres nous créons avec ça !… la pensée du corps ça existe sacrément !… “ Elle se met à crier, l’envie de crier sans fin, d’expulser un désir incommensurable, l’envie d’être sans retenue, indécente… ”

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 “ A A côté d’elle, Camille regarde : les sculptures recouvertes

de linge mouillé… Elle revoit les cocons, le magnifique livre

que son oncle lui avait offert pour ses dix ans. Papillons multicolores

qui dissimulaient jusqu’à la naissance leurs rêves coloriés.

Ces grosses masses blanches, tourneboulées, toutes semblables…

Camille compare les sculptures à des poupées emmaillotées.

Elle rêve un instant aux destins multiples des hommes… ”

Anne Delbée, Une Femme 
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La joueuse de flûte 1904 Bronze Coll part. 

La vie c’est de l’ordre du féminin pour sûr… Créer à partir du corps ça nous appartient à nous seules… C’est un pouvoir fabuleux ça il semble au départ… Celui des grandes déesses archaïques de la terre nos mères cosmiques… Le pouvoir d’offrir la vie ou de la refuser gicle en nous comme une lumière qui fait signe. Qui fait sens. Incarner… Nourrir de chair… Pétrir à l’intérieur de mon ventre avec des doigts de sculptrice une boule de lune… Un être nuage… Un crissement vif de soie…

Boule de chair que je modèle en me pliant et en me déployant. C’est tout mon corps femme qui sculpte une petite forme dansante… Du bout de mes doigts de pied à l’extrémité de mes mains ouvertes j’imagine l’enfant-renard et pluie… L’enfant-poussière d’ambre qui me nage dedans et dont les nageoires écartent doucement les parois de mon ventre… Qui s’écoule de couleurs. Qui s’écoule de mots.

La motte de terre est devant moi. Mouillée… fendue comme la grenade qui me regarde quand j’entre un doigt timide dans sa plaie tout au fond pour connaître… Connaître la rondeur des grains qui crépitent. Le rouge printemps de sa chair. Grenade-moi… Je tête mon sexe dans sa gorge… Enfant pétri dans le mystère des chevelures et des algues… Pas un remous au cœur du jardin… Une déferlante de mousses… Je touche sa profondeur. Grenade libère-moi de moi qui n’ai d’image de moi que passante… Volage… Ouvre-moi à ma moiteur crépitante. Les pépins de grenade glissent entre mes ongles comme des grains de temps enfilés. Chacun de ses petits grains rouges est un nombril…

J’enfonce mon doigt dans la motte de terre en ayant juste écarté le linge pour tracer la fente. Aujourd’hui je sais que je n’irai pas plus loin. Il m’a fallu deux mille ans ( ou bien plus qu’importe… ) pour inventer ce geste. Grenade… ma mère juteuse… tu sors soleil de mes ténèbres de soie. Petite… ronde et juste à la taille de ma main refermée sur tes écailles… Petite sœur grenade… tu m’armes de la volupté d’exploser mes silences en cristaux de cris. Je te dégoupille juste pour rire… Afin de ne pas oublier. Tout ça c’est tellement nouveau pour moi… Quel monde nous allons imaginer… nous femmes à partir de notre corps ? Ses courbes… ses creux… ses silences… ses ouragans… Comme c’est compliqué de tout reprendre avant… Avant le temps de la culpabilité retrouver l’herbe où les petits dieux païens dansaient et les déesses cosmiques s’asseyaient sur les pierres dressées pour nous enfanter…

              “ Ce soir aussi la maison est loin mais elle est soulagée.

Par moments, elle voudrait les fuir définitivement.

De là-haut, elle les verra petits, petits, plus petits encore :

petite place à côté de la petite maison collée à la petite église

qui domine petitement le carré du cimetière…

Petites tombes. La mort. ”

Anne Delbée, Une Femme
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La Valse 1895 Deuxième version Bronze Musée Rodin

Camille… Cam… Avec ton corps d’enfant tu es comme la grande déesse de pierre… tu es immense et tu vas donner naissance à un peuple de petites femmes d’onyx et de marbre qui nous entraînent dans leur ronde… Demain. Une fois que j’aurai mis un peu de distance avec la fente qui me fixe… j’éloignerai le paquet de chiffons qui tient la glaise captive… Demain… et je dessinerai le cercle du ventre et je planterai une graine de grenade dans son nombril. Camille…

Alors… je lui donnerai son nom. FEMME…

FEMME… à partir de là il faudra commencer… Sans point de repère sinon ce signe inscrit sur le ventre d’un fruit… Sur le ventre de la terre… Ce signe que j’ai voulu reconnaître comme mien. Comme nôtre. Signe-tatouage de notre ressemblance. De notre gémellité. De notre nouvelle outrecuidance.

“ Le Géyin de pierre se réveille monstrueusement. A ses pieds,

un avorton de petite fille le surveille. Ses deux yeux bien ouverts.

Elle a attendu patiemment. Le temps qu’il termine son lourd sommeil.

Maintenant elle peut l’attaquer.

Elle a les mains nues.

Seule. ”

Anne Delbée, Une Femme

 

Notre naissance femme a déjà été esquissée… acharnement bourré de passion… de beauté… de générosité et de lucidité par une femme qui y a entre autre laissé sa peau. Tout senti… tout dénudé… tout pensé et tout mis en actes et en formes… de notre rêve de miroir. Elle a conçu sa vie là-dedans comme un soleil-opale. Alors… nous n’avons pas d’excuses… Camille Claudel… Cam… “ …De rage, elle donne un grand coup dans la terre détrempée qui éclate en mille gouttelettes noires. Elle reprend sa marche, violente… ” Camille Claudel femme sculpteur à laquelle une société archaïque a fait payer le prix de son désir…

Camille… Cam… “ Les galoches s’enfoncent, lourdes dans la terre collante, humide… Un désir soudain de saisir à pleins doigts la boue… ” Ne pas céder… Ne pas rentrer dans le rang… C’est une question de dignité ! Après ce qu’ “ ils ” bourgeois… bourgeoises… bigotes… vieux schnocks au narcissisme bandé et défenseurs du “ bon ordre des choses ”… après ce qu’ils lui ont fait… comment ne pas comprendre que c’est à nous les rebelles… les contrebandières du sens unique… les filles clowns du grand cirque où les mâles attendus ont toujours le premier rôle… à nous toutes qu’ils l’ont fait.

J’ai grand besoin d’argent pour payer mon loyer d’octobre,

sans cela je vais encore être réveillée un de ces matins

par l’aimable Adonis Pruneaux, mon huissier ordinaire,

qui viendra me saisir avec sa délicatesse ordinaire.

Anne Delbée, Une femme undefined
Sakountala 1888 Bronze, fonte posthume Coll part.

A suivre...

Publié dans : Petites notes de lecture
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