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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Lundi 3 mars 2008 1 03 /03 /Mars /2008 12:38
                        Petites chroniques d'une cité de banlieue
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Mardi, 26 février 2008  De là d’où je vous cause…

 

Bon… vous allez vous dire que je ne travaille pas à mes petites chroniques de notre cité de banlieue sérieusement et que ça fait plus d’un mois que j’n’ai pas écrit la suite de nos histoires que vous avez l’air de bien kiffer car j’ai vu que cette rubrique-là vous la cherchez souvent dans les pages de nos Cahiers des Diables bleus ou dans celles de notre blog… sûr c’est vrai qu’ça fait plus d’un mois et que des choses il s’en passe rue de Marseille et dans toutes les rues de la cité d’Orgemont d’un bout à l’autre de Macadam black… C’est clair qu’j’ai pas d’excuses et pourtant si… Faut vous dire qu’j’ai marné comme jamais sur le début des aventures de notre Ratkail le p’tit personnage qui s’est pointé juste au moment où les deux gamins se sont faits démolir à Villiers-le-Bel j’étais dedans mon récit à donf c’t’à-dire que j’l’avais réécris pas moins de dix fois à cause de la langue qui n’passait pas…

 Ouais… vous allez m’dire qu’c’est pas une excuse… mais là j’vous arrête parce que quand on écrit justement et qu’on veut l’faire sans la ramener pour les gens qu’on voit tous les jours en allant acheter le pain chez l’boulanger marocain ou ceux qu’on croise au super marché voleur et dans les transports… notre 154 notre autobus des brousses vous savez ?… on a pas l’droit d’écrire des machins qui sont bricolés littéraires et compagnie pour faire chicos et qui ne s’enroulent pas à l’intérieur de la vie des gens et de toutes les sortes de langages qu’ils bricolent inventent maginent avec la musique terrible et sorcière des quantités d’paysages d’où ils sont venus et qu’ils ont trimballés avec eux sur le bout d’la langue…

Ça non on n’peut pas… alors Ratkail lui il tombait pile poil au fond d’la marmite poisson riz épices et compagnie qu’on touille et retouille dans notre block les escaliers en sont sacrément parfumés d’cette chanson et je lui avais laissé m’raconter la nuit assise à la table près d’la fenêtre au-dessus des grands arbres j’vous en cause souvent ils me font rêver et les jeun’s en bas dans le cercle des palabres je les écoute et tout ça fait ensemble le langage qu’y a dans mes petites chroniques… Son histoire à Ratkail c’était celle d’un gamin d’la cité et elle était drôle et légère et insouciante et terrible comme ça s’fait quand t’as 15 piges et qu’tu retrouves tes poteaux sur le trottoir d’la tess’ et qu’on s’fabrique l’existence pas celle des vieux la nôtre cousin la nôtre !…
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Ouais mais ça n’s’est pas déroulé du tout com’ac alors là faut toujours que les keufs ils s’arrangent pour nous ramener une salade pas fraîche un dimanche en plus ils l’ont mijotée leur affaire et les deux p’tits frangins qui sont morts dans cette plaisanterie-là ils avaient pas demandé qu’on leur vole leur vie qu’on leur rapte la lumière le soleil les coquelicots des terrains vagues les filles avec leurs yeux absinthe et la fête… Sûr qu’dans toutes les cités d’la banlieue on avait la rage vu que des p’tits qui font la course avec des motos dans toutes les rues de toutes les tess’ y’en a plein dans la notre aussi et alors on dirait que les grands donneurs de leçon ont jamais joué à se faire peur ils ont jamais joué à rien ils ont jamais joué !… Même mômes c’était des vieillards mais pas nous autres… à l’époque on avait que des mobs un peu pourraves des bleues qu’on trafiquait formidables on les kittait pour qu’elles fassent un tintamarre de casseroles l’épouvante des bourges quoi !…

Et on roulait avec comme des oufs de mômes des banlieues qu’on était et on s’éclatait bien alors !… Pas la peine de nous la ramener sur la délinquance des p’tits aujourd’hui et qu’ils sont fils d’immigrés et qu’ils écoutent pas et qu’ils sont pire que jamais… Alors là j’vous assure que nous autres on est pas des fils d’immigrés mais des enfants d’ouvriers tout c’qu’y a d’plus gaulois et qu’à c’moment de notre géniale jeunesse on a joué comme des diables avec les mobs les vespas les bécanes que tous les gamins des cités et leurs rodéos c’est rien à côté de nos délires d’alors !… Et comme je vous l’disais y a quelques chroniques de ça j’en connais des fils de la banlieue bien rangée celle du Raincy Montfermeil Aulnay-sous-Bois Les Pavillons etc… des enfants de bons citoyens à l’aise et normaux adaptés qui ont fauché des bécanes et se sont envolés avec alors les donneurs de leçon Hop !…

Pour vous dire que tous mes poteaux et moi aussi on s’était fait coursiers dans c’temps-là les boîtes de course à course ça fleurissait pareil que les boîtes d’intérim et on gagnait cent fois ce qu’un p’tit va se faire dans un Macdo crasse et on était libres comme le vent du printemps et on fonçait zig-zag entre les caisses d’un bout l’autre de la banlieue c’était d’enfer bon !… La période dont j’vous cause c’est celle où le circuit Carol il n’existait pas tu parles… C’était à Rungis que les poteaux qui avaient une bécane allaient défouler leur rage de n’pas pouvoir s’tirer direction les espaces qu’on avait tous matés dans des films comme Easy Rider et j’peux vous dire que nous aussi on allait jusqu’au bout d’la mort…

J’me souviens du copain avec qui on a grandi dans notre escalier qui s’est morflé sur cette piste à pavés trop lisses et à bidules béton n’import’naouac… J’peux vous dire son prénom j’lai pas oublié… il s’appelait Mario… Mario il est jamais revenu de Rungis et il a emporté un bout d’notre enfance avec lui… Tout ça pour vous expliquer que c’qui se trame maintenant à l’intérieur des cités d’banlieue c’est la même qu’alors et que l’ennui et l’manque d’idéal se sont pas améliorés pour trois sous et que les gamins ont le même désir de vivre formidable qu’on avait… La mort ça fait partie du jeu quoi et pour traverser ça faut qu’les autres nous on leur en donne envie me semblerait…
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Ratkail du coup il s’est fait embarquer dans la riposte des keumés et des jeunes de Villiers-le-Bel et son histoire elle était un peu moins ouistiti dans les grands arbres d’la cité… son histoire j’l’écrivais aussi pour les deux p’tits et pour Mario mais je n’voulais pas qu’elle soit triste vu que dans nos banlieues si on n’garde pas la vitale présence et la rigolade on n’s’en tire pas… Mais quand même parmi les frangins qu’ont trinqué ric-rac aux tribunal des flags… y en a eu un qui m’a trop fait râler pas possible… vous savez je vous en ai déjà parlé le p’tit qui a ramassé des paquets d’bonbons tirés dans une boutique et qu’a pris comme ça 3 mois pour le plaisir… Joyeux Noël !…

Alors là ça y’était c’était lui le héros d’mon histoire parc’que de faire trois mois de zonzon pour avoir tiré des bonbons c’est un truc que tu n’peux pas imaginer quand tu as un peu plus de 50 balais et que t’as connu des temps où on était emmenés aux flags pour avoir réussi un casse sévère mais des bonbons !… On avait bien raison dans nos seventies de se battre pour l’insoumission totale et civile aussi contre le service militaire… Y’a pas que l’armée qui aligne des déserteurs de 18 piges et qui les descend pan pan pan pan pan !… Bon mais là j’vous perds avec mes détours et ce qui m’a fait prendre mon stylo cette nuit pour vous causer c’est que le début de l’histoire de Ratkail heureusement que j’l’ai bouclé sinon j’aurais encore tout à refaire !…

La suite de c’qui s’est passé à Villiers-le-Bel vous la connaissez comme moi et c’est là que dans nos cités de banlieue y faut qu’on s’laisse pas aller à des trucs qui nous démolissent et qui sont pas regardables… Proposer du fric à des gens des cités à des gens… pour qu’ils balancent les autres y’a pas besoin de regarder au-delà c’est la pire des choses qui peut nous tomber dessus à nous qui vivons ensemble nombreux et dans notre territoire qui est pas exactement c’que les keufs et les bouffons qui n’connaissent pas en pensent et en voient… Le mot territoire à moi il m’a toujours bien causé avant que j’le trouve dans les mots du philosophe rebelle Deleuze vu que quand on est né dans une cité d’banlieue on sait très bien c’que ça veut dire « notre territoire »…

Quand ils ont entassé nos darons et nos anciens là-dedans par centaines en s’disant vite fait que c’était pas important le lieu où tous ces gens allaient vivre s’aimer avoir des enfants et vieillir ils ont rien réfléchi et ils ont pas écouté ni entendu personne… Ils croyaient rien ils s’en moquaient bien de la vie qu’ils auraient nos vieux… et si le mot de territoire c’t’un mot qui va bien avec les animaux c’est aussi un mot qu’est proche des artistes et des créateurs pour vous dire qu’c’est un mot très beau qui nous parfume la peau et nous donne de sa dignité et ouais !…
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         La tess’ d’Orgemont c’est notre territoire d’enchantements de révoltes de colères d’utopies et de vie quotidienne douce et brutale c’est tout ça comme celle de La Cerisaie c’est celle des gens de Villiers-le-Bel qui y crèchent vu que ce sont des espaces où on des des centaines et plus à devoir apprendre à vivre ensemble sur très très peu d’place je vous l’dis… essayez donc pour voir vous autres et vous comprendrez ce que c’est qu’un territoire et comment c’est précieux et pas simple de l’partager…

Bon… je vous développerai l’affaire dans le prochaine petite chronique avec des exemples de notre existence au quotidien mais là c’que voulais nous dire à tous c’est que dans nos territoires même si on rentre et on sort comme on veut vu qu’on est reliés au monde malgré tout c’qu’on raconte dehors à ce sujet on doit continuer de préserver nos rapports de voisins de frangins de bonne entente et tout ça qui n’concerne que nous vu que ceux qui refilent des idées vraiment dégeulasses de délation ne seront jamais parmi nous et qu’il n’ont pas la moindre intuition de c’que c’est notre réalité sur le territoire de la tess’… Non… faut pas que la haine et la rage on la retourne contre nous comme on sait faire nous autres vu que balancer c’est juste ça pas plus !… Y’a rien aucun prétexte aucune idéologie aucune morale à deux balles qui peut justifier ce genre de truc et c’est par là qu’on deviendra étrangers à nous-mêmes et à notre respect de la dignité que nos vieux ont défendu avec leur peau à l’époque où la banlieue était de la trop chouette couleur rouge des cerises de Mai… pigé frangins ?… 
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A suivre...    

Publié dans : Banlieues
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Mardi 26 février 2008 2 26 /02 /Fév /2008 20:30

Ma machine à écrire s’appelle Calamity Jane…

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Journal d’un vieux dégueulasse Charles Bukowski Ed. Grasset, 2007

“ il n’y a qu’une chose qui convienne à un écrivain : la SOLITUDE devant sa machine à écrire. un écrivain qui descend dans la rue est un écrivain qui ne sait rien de la rue. j’ai fréquenté assez d’usines, de bordels, de prisons, de parcs et d’orateurs publics pour remplir la vie de cent hommes. descendre dans la rue quand on a un NOM, c’est choisir la facilité ( … ) QUAND VOUS LÂCHEZ VOTRE MACHINE Á ÉCRIRE ? VOUS LÂCHEZ VOTRE FUSIL AUTOMATIQUE. ET LES RATS RAPPLIQUENT AUSSITÔT. ”

 

Je vous ai déjà parlé de Bukowski… Vous savez que c’est un écrivain et d’abord un mec qui écrit des poèmes qui me fait entrer en transe d’écriture… Je dis “ qui écrit des poèmes ” et pas “ un poète ” parc’que j’crois bien que Buko comme l’appelaient ses potes n’aimerait pas même dans les profondeurs marines où il se balade qu’on lui balance ce genre de titre…

Quand j’ai commencé à écrire pour de bon y’a dix ans de ça avec l’idée que “ ça ” allait continuer… je gribouillais mes pages sur des cahiers très gros grand format à petits carreaux où je recollais des pages par-dessus et je les tapais à la machine avec deux doigts c’était nul une petite machine qui avait pas toutes ses touches rien d’original la plupart des écrivains ont connu “ ça ” je l’avais achetée d’occasion pas cher et c’était formidable… J’ai écrit mes premiers articles où je causais avec des écrivains d’Algérie là-dessus… C’était juste avant d’être empoisonnée avec les ordinateurs à l’époque c’était possible de taper son article avec deux doigts sur les touches qui grinçaient le bonheur !… et de les envoyer à des revues où y’avait encore des gens à lorgnons qui les lisaient comme pour Buko…

A l’époque je n’savais pas c’que ça voulait dire être écrivain pas sûr que je l’sache mieux aujourd’hui et ma machine à écrire clopin-clopant s’appelait Calamity Jane… Probable que les types comme Buko ont pas besoin de refiler un nom à leur machine à écrire et qu’ils tapent direct clic-clac ! clic-clac ! ce qui leur vient dans la tronche sans passer par tout un tas de bouts de paplars qui remplissent leur territoire à force qu’on finit par habiter dedans enfin ils ont pas de maison de papier eux et leurs doigts sont comme les doigts d’un pianiste ils en jouent tous de l’instrument c’est un métier quoi… ça s’apprend l’écriture… contrairement à c’que s’imaginent les baveux bavards qui nous polluent…
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J’vous disais que ma machine à écrire s’appelait Calamity Jane… à l’époque je n’connaissais pas son histoire à Calamity mais je kiffais bien son nom et les photos que j’avais vues d’elle me bottaient alors je me la suis inventée comme je fais toujours je lui ai brossé machiné trituré un personnage comme je croyais qu’elle était dans la réalité une sorte de squaw blanche du côté des Indiens une meuf rebelle qui se pointait dans les bars avec sa Winchester et que les mecs faisaient pas suer… ta ta ta ta ta !… comme la p’tite machine à écrire quoi… Je me la suis arrangée quoi et maintenant elle crèche dans mes bouquins Calamity Jane comme vous savez clic-clac !…

Y a dix ans j’écrivais dans ma piaule sur la table basse couverte de paperasses assise par terre au centre d’un tapis fait de bouts de tissus tressés bleus où y’avait toujours des tas d’bouquins qui traînaient… Y a dix ans je n’connaissais pas Bukowski c’était terrible j’étais dans une sorte d’enfance de l’écriture comme un être qui vient de naître au cœur d’un jardin grouillant de citronniers et d’orangers et qui bondit avec la jubilation de l’émerveillement d’un mot l’autre en sautant Hop ! par-dessus la touche manquante de Calamity Jane je crois que c’était le “ e ” mais ça n’avait pas d’importance… clic-clac ! clic-clac !…

Y a dix ans je n’savais rien de c’que ça veut dire avoir un NOM dans l’écriture ou dans n’importe quoi j’n’avais pas idée qu’une chose comme ça puisse occuper les gens mais les rats j’pouvais en causer vu que ç’en était plein et de toutes les catégories là d’où je sortais et les seuls qui n’me faisaient pas peur et que j’avais plutôt à la bonne c’était les rats des poubelles dans nos quartiers hier y’a pas longtemps… j’étais môme et j’les matais des petits maigres le poil ras et roux sous le ventre et les pattes courtes pour bien s’aggriper et toujours prêts à la castagne…

Ouais les rats des poubelles ils m’accompagnent quand je zone la nuit des heures sur black bitume quand je descends dans la rue avec la frangine angoisse dessous mon cuir épais il me protège avec son odeur de graisse et d’incendies les rats les autres les dangereux ne m’approchent pas… je marche des heures qu’elle me lâche la peau de ses griffes ardentes les trottoirs malaise les recoins louches qui puent la pisse et la mort et les bistrots où juste avant qu’la nuit se tire y’a le pire qu’y attend dans Macadam city blues j’les ai bien fréquentés…
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Alors Calamity Jane quand je rentrais à l’aube tranquille son corps gris métal luisant vautré qui roupillait au milieu d’la table basse avec le petit tas à côté de pages picorées de signes sauf le “ e ” Hop ! faudra pas oublier de le rajouter au stylo noir… c’était bon comme le café brûlant dans le bol un peu cassé et la lampe penchée on dirait une vieille au-dessus de nous qui veille je m’y mettais direct clic-clac ! clic-clac ! cette écriture de l’aube c’était la meilleure celle du retour à la vie au creux d’mon gourbi où personne allait venir me taper sur l’épaule et me reluquer avec l’air qu’ils ont de sales lascars qui font peur les vieux macs de la nuit j’en ai croisé plein tous le même discours… si j’voulais de la poudre j’avais qu’à les suivre ils détaillaient la marchandise le prix de la viande à l’époque j’vais 40 piges mais le museau frais…

C’qu’il peut avoir raison Hank moi aussi j’ai erré dans l’dessous des strings de la ville de jour comme de nuit vu qu’j’avais choisi mon camp celui de la rue les gens de ma famille avant ils étaient ouvriers et moi le jour sur la mobylette la bleue vous savez… la banlieue tous les quartiers de la zone comment je les ai traversés funambule fulgurant dans les tranchées de pluie qui giclent antre les journaux rue de Réaumur les labos photos de Bonne Nouvelle et les agences de pub de Neuilly les boîtes de prise de vue d’Ivry de Fontenay de Boulogne… Coursier pour ceux qui n’connaissent pas c’est le lumpen bien pire que l’usine et ses trois huit… alcoolos semi cloches camés et dealers anciens chauffeurs poids-lourds trop vieux anciens tôlards et tous les zonards comme nous mômes des banlieues qui n’rêvaient que de s’payer une bécane et Hop !… Easy Rider Paris banlieue c’était nous !…
           Et la nuit je repartais sur mes baskets rouges me gaver d’images d’histoires et de cafés-crèmes dans les bistrots qui ne fermaient qu’au petit jour pour écouter causer les gens… C’qu’il avait raison Hank… y’a dix piges que j’me suis mise à écrire pour de bon… à écrire tout l’temps quoi vous comprenez ? C’est là que Calamity Jane et moi on a commencé à faire une sacrée bande de massacreuses de papier solitaires à donf parc’qu’y avait pas moyen qu’ça soit autrement…

L’écriture vite fait deux doigts sur les touches clic-clac ! clic-clac !… ça a rempli toute ma vie… Mes premières chroniques avec les écrivains algériens des heures pour les taper parfois je m’endormais la joue appuyée sur les touches noires de Calamity Jane je me réveillais en sursaut mes notes comme des draps chiffonnés sous la lampe la cafetière à portée de paluche je la vidais et je la remplissais trois fois dans la nuit si je ne sortais pas… Je jubilais de sentir les mots leur parfum de citrons et d’oranges c’était ma revanche je la tenais là je la célébrais je la serrais au creux de mes paumes ravie d’avoir largué les études au gré de seventies pour partir inventer un monde différent…
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Mes premières chroniques je faisais comme Hank je les envoyais aux journaux aux revues… Calamity Jane sous sa carapace grise luisante et son clavier à répétition ta ta ta ta ta ! ou bien clic-clac ! clic-clac ! clic-clac !… comme vous voulez… ça me donnait la sensation physique d’exister d’être là à l’intérieur de ma peau d’enfant écrivain sous la lampe alors que j’existais si peu presque pas.
           Un enfant écrivain de 40 balais avec l’humilité et la rage de ceux qui appartiennent à certains milieux… les journaux les revues je les connaissais de l’autre côté du côté des escaliers des paillassons et de la mobylette bleue les semelles des baskets qui dégueulaient l’eau des jours de pluie… les gens qui étaient derrière la porte comment ils me regardaient il faudra que j’écrive tout ça… ta ta ta ta ta ta !

Entre les caniveaux et les pneus des bagnoles qui m’aspergeaient flaouch… flaouch !… je fonçais sur la mobylette bleue en donnat des coups de pied dans les virages vlim vloum ! j’avais 20 berges je m’éclatais plus vite toujours plus vite… on pouvait mourir nous on n’vieillirait pas on était des anges sauvages aux ailes coupées vlim vloum !… et encore ! J’apprenais la vie d’en bas pour une fille dans ces années-là c’était un milieu de mecs plutôt pourraves… ça te donnait une idée de c’que c’est qu’la zermi et pas en couleur… du noir et blanc rien que du noir et blanc… faut pas croire…

Des poteaux qui sont morts d’overdose ou qui se sont explosés sur les parechocs d’un camion y’en a eu trop à c’t’époque… ils se sont consumés pareils à des soleils raouf !… d’un coup ils étincelaient et Hop ! c’était la nuit…

Clic-clac ! clic-clac ! faudra que j’écrive tout ça une sorte de témoignage d’un monde qui existe plus… c’est pas si loin mais ça existe plus notre enfance feu de bengale elle a cramé c’était beau… Clic-clac ! clic-clac !… dès que je veux parler d’eux mes copains morts le sable crisse sous les pneus de la mob je glisse sur les pavés luisants de lune vlim vloum !… je peux pas… avec des mots comme ceux de Hank j’y arriverais ?… des jappements… ouaouf !… ouaouf !… faudrait que je remonte jusqu’à eux la gueule pleine d’écume… ouaouf !… ouaouf !… que je lape leur mémoire mouillée… souillée… c’est d’la bonté qu’y faudrait… d’la bonté d’animal attaché à sa carriole d’enterrement et qui tire tire… et qui n’sait pas…

Mes copains morts c’est pour eux que j’écris… Clic-clac ! clic-clac !… pour ma chienne Bonie aussi à 4 heures du mat quand je l’ai emballée dans une couverture avant de la porter entre les bras de la brouette … elle pesait trop lourd… ouaouf !… ouaouf !… elle aussi dans le jardin des citronniers et des orangers elle est partie et elle m’a pas quittée… Hop ! Hop !… deux petits bonds joyeux sur le clavier noir de Calamity Jane et vas-y… ouaouf !… ouaouf !…

Ouais il avait raison Hank… avec Calamity Jane j’ai conquis la dignité des solitaires celle qui se compte en fragments d’étoiles tombées des heures d’écriture dans le tamis de nos doigts pas habitués à ce genre de pépites…

            Bien sûr les rats ils finissent toujours par revenir… les gros les gras ceux qui dealent aux fils d’ouvriers des kilomètres de vie à crédit… mais c’est vrai qu’avec ce flingue-là on peut descendre dans la rue… demain… et leur faire leur fête enfin aux rats… une bonne fois… ta ta ta ta ta !… Clic-clac ! clic-clac !… ouaouf ! ouaouf !… Comme vous voulez…
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Publié dans : Petites notes de lecture
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Lundi 25 février 2008 1 25 /02 /Fév /2008 14:26
                                                              Lui c'est Ratkail...

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Ratkail qui a remonté la capuche de son sweet par-dessus l’bonnet dans un geste habituel de s’défendre se dit qu’il va bondir sur ses Converses et s’tirer toute vitesse mais il peut pas… S’il se sauve ça veut dire qu’il a peur d’une vieille folle qui s’prend pour Calamity j’sais pas quoi… une héroïne du temps d’ses darons probable… Il lui tend le paquet d’Marlboroughs pour s’en débarrasser et du coup il aimerait savoir c’qu’elle fout là… pas possible qu’elle soit du coin comme elle dit il l’a jamais vue par ici…

C’est elle qui a allumé les clopes en sortant un briquet métal extra qu’on ouvre sur le dessus et qu’on frotte un machin qu’il a jamais vu et elle tire sur son mégot en ricanant comme une vieille squaw enfin c’est comme ça qu’il les imagine…

- L’est balèze votre briquet… il remarque Ratkail en repoussant un peu la capuche sur son crâne rasé dessous le bonnet black qui l’gratte de trop… Bon alors vous voulez quoi au juste ?… Vous n’seriez pas d’la flicaille vous hein ?…

La vieille qui avait l’air ailleurs saute sur ses pieds en ronchonnant… elle s’retourne dans le contre-jour de la porte avant d’se mettre à fouiller au milieu des tonnes de choses qui remplissent débordent d’son chariot miteux… ric… ric… ric… Qu’est-c’que t’as appris en prison toi hein cousin ?… Tu crois qu’les keufs se déguisent en vieille pour te suivre ?… Calamity Jane tu connais pas ?… J’tais déjà dans les rues de la tess’ où tu crèches que t’avais pas tes dents cousin !… Moi j’voyage… là où y’a besoin d’Calamity Jane elle radine c’est l’tam-tam des brousses qui m’avertit !…

L’tam-tam des brousses… mais c’est quoi cette folle !… il se dit Ratkail pendant qu’la vieille sort d’son cafarnaüm une p’tite pochette en cuir black qui reluit comme les ailes des chauve-souris qu’elle lui tend en tirant sur sa clope :

- Tiens cousin c’est pour toi !… V’là des jours que j’me les trimballe en m’disant que j’finirai bien par t’rencontrer quelque part dans ces escaliers qui ont tous la même allure ben voilà c’est fait !… Bon j’vais pouvoir changer d’quartier tant mieux !…

- C’est quoi c’truc-là il a demandé Ratkail soupçonneux… on l’reprendra pas à se faire pécho stupide… vous comprenez ?

- Vas-y prends-les frangin… t’as la trouille ou quoi ?… Comme ça tu pourras les mater tes étoiles et tes chauve-souris…

Merde !… il sursaute Ratkail qui s’est levé de la marche 4 et qui s’est avancé pas pressé… où c’est qu’elle a su ça c’te vieille folle ?… Y’a qu’mes poteaux d’la zonzon qui m’voyaient et j’leur ai même pas causé de rien… C’t’une sorcière celle-là !… Vous comprenez ?…   undefined  Il a pris la p’tite pochette black en cuir luisant dans ses paluches… il l’a ouverte comme un paquet d’bonbons qu’on lui aurait refilé y’a les papiers argentés qui étincellent…

- Des jumelles !… Merde !… Elles ont l’air trop bien !… Ratkail il en avait jamais eu des jumelles entre les pattes mais tout d’suite il a pigé pour les régler et mater dedans à travers la vitre pourrie de la porte du hall… il voit malgré les graffs l’autre bout d’la rue les gens qui marchent les courses au bras et les p’tits qui courent en se poursuivant comme des taches de couleurs joyeuses…

Pendant qu’il trifouille les molettes dans tous les sens le vieille squaw  qui a terminé sa clope balance le mégot parmi les autres au pied des marches et elle sort d’son bazar dans la carriole un sac plastique qu’est déjà plein de morceaux d’cigarettes et elle s’accroupit pour ramasser les mégots à sa portée en grognant… bon c’est pas tout faut que j’y va j’ai pas qu’ça à faire de glandouiller moi !…

Ratkail il a levé la tête de son trésor en ricanant… vous faites la femme de ménage maint’nant ?…

- T’occupe… d’abord j’pense à ma copine Zohra qui s’tape les escaliers et les halls depuis 40 balais et qu’a plus d’genoux à force et pis si j’te dis où y vont ces mégots-là tu s’ras surpris frangin… Allez zouh ! j’me tire… j’ai encore du ch’min avant d’rattraper la gare du RER et filer du côté d’Saint-Denis choper le 154 direction la tess’ d’La Source d’Epinay… j’vas pas traîner ici c’est probable…

- Epinay c’est dans l’9-3 ça !… il s’est exclamé Ratkail sans lâcher les jumelles… C’qu’vous aller glander par là et avec votre charrette ripou vous prenez les transports !… Y doivent drôlement s’marrer les blaireaux… Il a regardé la vieille squaw en riant… Les mégots vous êtes bien capable de les r’vendre j’parie…

- Ben t’as perdu frangin… les transports ça fait 20 piges que j’les prends avec la carriole et c’t’en faisant l’voyage dans les autres banlieues et pis aussi plus loin des fois que j’récolte des choses comme c’que t’as entre les pattes… Et m’arrive d’m’occuper un brin des affaires des gens… Calamity Jane elle va elle vient…

- Pour sûr qu’vous fourrez votre nez partout !… il a dit Ratkail qui s’bidonnait carrément vu qu’vous savez c’qui s’trame dans les zonzons… p’t’être que vous causez avec les chauve-souris ou qu’vous lisez dans l’tabac des mégots ?… Et vous allez ramasser des clopes cramées à Epinay dans votre cité d’La Source ?…
undefined
Ali l'épicier gentil de la cité de La Source à Epinay 
Photo du film de Chantal Baillet  Alimentation générale

Elle avait saisi la poignée d’la carriole qui grinçait en faisant demi-tour… ric… ric… ric… Ça C’est l’affaire la plus glauque de c’t’année moche cousin… Y’avait un épicier que tout l’monde kiffait trop dans c’te cité qui servait l’café aux gens l’matin… qui f’sait porter les courses des vieux… qu’écoutait ceux qu’étaient dans la débine… un type qu’avait d’la bonté Ali… ouais… On a même fait un film avec lui et tous les habitants d’La Source qui voulaient ils ont participé… un chouette film cousin !…

- …

- Il a eu d’la bonté pour les gens pendant 25 balais Ali et un matin y’a un ouf qui l’a planté dans son épicerie !… Alors ce soir à La Source les gens d’la cité ils vont lui faire une p’tite teuf pour lui dire merci et moi j’veux pas louper ça… J’l’aimais bien Ali… ouais… j’l’aimais bien…

 

Elle avait poussé la porte du hall avec la carriole… ric… ric… ric… et Ratkail l’a suivie l’étui luisant noir des jumelles à la main…

- Eh ! vos jumelles !… vous m’les filez ?…

Elle s’est retournée d’un bond souple on aurait dit un greffier qu’à repéré un gros rat et comme elle faisait une drôle de grimace il a vu toutes ses ratiches cassées elle était pas très jeune en fait… Elle a haussé les épaules et avant d’faire demi-tour pour de bon elle a dit d’une voix qui zézayait un peu :

- Sont extra tu verras !… t’as qu’à monter sur l’toit du block et tu pourras mater les chauve-souris jusqu’en Afrique et les étoiles des déserts d’Arabie cousin…

Ratkail a fait quelques pas derrière la vieille squaw qui s’éloignait avec des petits pas rapides sa carriole derrière elle cahotant et grinçant à donf… ric… ric… ric…

- Et les mégots c’est quoi qu’vous en faites ?… il a crié dans sa direction…

- Pour les poteaux des jardins ouvriers… un engrais formidable… ric… ric… ric… Vas-y cousin !… C’est Calamity Jane !… Vous comprenez ?…
undefined Photo Jacques Du Mont

Publié dans : Colères noires
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Vendredi 22 février 2008 5 22 /02 /Fév /2008 23:09

undefined Jean à cinq ans
Demain et dimanche aura lieu le Salon du Maghreb des Livres dans la Mairie du 13ème et à cette occasion je découvrirai avec vous le livre Jean Pélégri Louis Bénisti L'Algérie l'enfance et le beau pays des images où j'ai réuni des photos des poèmes et des correspondances inédites entre ces deux créateurs d'Algérie... 
Je suis ravie d'avoir pu à nouveau grâce à Marie Virolle des éditions Marsa qui était également une amie de Jean lui rendre un hommage amical et admiratif quatre ans après qu'il nous ait quittés. 
Voici pour lui et pour vous cette dédicace à Jean Sénac son frère et le poème que lui avait offert Fatima qu'il a repris dans la publication de son livre Ma mère l'Algérie.
 
Les paroles de la rose

Jean Pélégri

 

“ La mémoire du peuple est la Bibliothèque Nationale de l’Algérie. ”

Mohammed Dib

  Je ne suis pas responsable de ce poème. Je l’ai composé en effet, avec des phrases sorties de la bouche d’une vieille femme de ménage arabe, dont je parle dans Les Oliviers c’est elle qui m’avait poussé à écrire ce livre.

Elle était le peuple - le vieux peuple algérien avec sa douceur et son sourire. Elle était la poésie.

Je ne lui ai servi que de kateb, c’est-à-dire d’écrivain public. Assis à l’ombre d’un mur, devant ses plumes et son écritoire, il rédige sous la dictée de ceux qui ne savent pas écrire. Ensuite, comme le destin, il sèche l’encre - avec un peu de sable.

Elle serait heureuse, je crois, si elle savait que sa lettre est bien arrivée. Elle s’appelait Fatima.

Jean Pélégri

 

A toi, Jean, ces quelques mots qui se serainet évaporés si un jour, un soir, tu n’avais eu l’idée de les faire lire par un troisième Jean. ( Il s’agit de Jean de Maisonseul. )

Sans cela je n’aurais peut-être pas compris que l’important contre la rose, c’est d’oublier sa propre parole pour entendre, pour pouvoir entendre celle de l’autre. Qui est donc bien plus important…

Et donc sans toi, il n’y aurait peut-être pas eu Le Maboul, ni le reste… et je serais resté ce que j’étais… sans la connaissance du jardin.

Jean

Alger, Centre Culturel français, janvier 1970

 

Cette dédicace figure dans l’exemplaire du dépliant “ Les paroles de la rose ” déposé à la Bibliothèque Nationale d’Algérie, fond Sénac. Ce poème est paru dans Les lettres françaises le 31 août 1960.
undefined Carte de Jean Sénac envoyée à Jean Pélégri le 24 janvier 1972

 

Les paroles de la rose

 

Le soleil c’est pour le Bon Dieu

Et le feu c’est pour les soldats

 

Nous sommes tous fous, m’sieur Jean

Dieu nous a tout donné

 

La main pour caresser

Et elle sert à tuer

 

La grenade pour la bouche

Et elle sert à mutiler

 

La terre pour tapis

Et elle sert à enterrer

 

Pourquoi tout ça, m’sieur Jean ?

Pourquoi ?

Dieu nous a tout donné

 

L’arbre pour son ombre

Et il sert aux embuscades

 

Le couteau pour l’orange

Et il sert pour la gorge

 

La nuit pour reposer

Et elle sert à veiller

 

Nous sommes tous fous, m’sieur Jean

Si tu veux boire la mer

C’est la mer qui te noie

Quand Dieu te donne un fils

Ce n’est pas pour l’enterrer

 

Mais tu dois sourire, m’sieur Jean

Le sourire c’est pour les vieilles

 

Le sourire protège les vieilles

C’est leur voile de mariée

Nous avions une odeur de jasmin

Et maintenant regarde, m’sieur Jean

Regarde mes bras et mes mains

 

La main qui sert à caresser

Sert aujourd’hui à mendier

 

Nous étions rose, jasmin et lilas

Regarde ma bouche et mes cheveux

 

Le sourire protège les vieilles

C’est leur voile de mariée

 

Il ne me reste que mes yeux

Et c’est pour voir mon fils tué

 

Regarde la lune dans le ciel

C’est une branche de palmier

 

Regarde là-haut cette montagne

Regarde cet avion qui passe

Mon fils aussi l’a regardé

 

Le soleil pour le Bon Dieu

Et le feu pour les soldats

 

Quand Dieu te donne un fils

Ce n’est pas pour l’enterrer

Mais plus haut il y a un figuier

Et une eau qui ne tarit pas

Plus haut il y a un jardin

 

Je vais mourir, m’sieur Jean

Regarde la lune qui se fend

Je vais mourir sans mon enfant

 

Mais il faut sourire m’sieur Jean

Le sourire protège les vieilles

 

On va m’enrouler dans un voile

Et me coucher seule dans la terre

 

Il faut sourire m’sieur Jean

C’est mon voile de mariée

 

Mais si tu marches dans un jardin

Pense à moi, m’sieur Jean

Pense à ta vieille Fatima

Elle a soigné ton enfant

Le sien elle ne l’avait plus

 

Quand Dieu te donne un fils

Ce n’est pas pour l’enterre

 

Pense à moi et puis souris

Moi je serai dans le jardin

 

Mais dis qu’que chose, m’sieur Jean

Dis qu’que chose toi qui sais lire

Dis qu’que chose pour que les autres

N’aient pas besoin de ce voile

Pour avoir sur terre un jardin undefined Jean et sa mère dans une Amilcar de course 1926

Publié dans : Petites notes de lecture
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Mercredi 20 février 2008 3 20 /02 /Fév /2008 11:58

                                              Mili Presman peintre...
undefined Tu disais que les thèmes de tes tableaux te venaient dans les livres ?

 

M P : Ça me vient aussi beaucoup dans mes rêves, et dans les livres aussi… Ce sont des déclics comme ça… Par exemple j’ai travaillé sur le thème de la marelle. C’est très beau la marelle parce que ça monte jusqu’au ciel, et à chaque numéro je racontais une histoire. J’avais peint un homme et une femme qui se suivaient, et c’était la fille qui jetait le caillou et le garçon qui la suivait. A la fin elle lui donne le caillou et elle s’en va. Et en faisant ensuite des recherches, j’ai lu que c’est la femme qui a la connaissance et que c’est elle qui la passe à l’homme dans le thème de la marelle. Puis j’ai fait des cauchemars d’escaliers et de couloirs, alors j’ai fait beaucoup de tableaux de ça. J’ai peint aussi un petit personnage tout seul dans un grand espace très clair. Ça répondait à un besoin, je ne pouvais pas peindre autre chose… Ça avait un rapport avec le fait de ne pas trop savoir où aller.

 

Tu ne peins qu’à l’intérieur des villes, il y a très peu de nature dans tes toiles ? Je pense aux sujets que peignait Frida Khalo peintre mexicaine que tu aimes et qui était très sensible à une certaine nature, toi pas tellement ?

 

M P : Moi je suis une femme des villes, je n’aime pas la campagne… En Egypte si… J’aime la chaleur, j’aime le sable, la poussière, et j’adore les palmiers. Et puis il y a le bord du Nil. Mais au bord du Nil il y a les histoires, c’est ça qui me plaît. On est sur la felouque, et quand tu avances doucement il y a toujours quelque chose qui se passe.

              Ma promenade silencieuse est une conversation ininterrompue,

et nous tous, hommes, maisons, pierres, affiches et ciels,

sommes une grande foule amicale,

nous coudoyant de mots dans le vaste cortège

du Destin

 

Fernando Pessoa   undefined  Nathalie bleu Mili Presman

Il faut aussi qu’on parle un peu de ce lieu où tu as ton atelier maintenant, la Forge de Belleville.

 

M P : La Forge était un squatt d’artistes qui a fini par être légalisé, et à ce moment-là la partie des ateliers qui est fermée était louée à des artistes, mais sous forme d’atelier tournant. Au début Je devait rester seulement trois mois, puis c’est passé à six mois, et à un an. Et maintenant l’atelier est permanent. Sauf que la marie du 20° a un autre projet sur ce lieu et notre situation est redevenue précaire. Ici c’est un véritable atelier où je me sens vraiment artiste. Et en plus on est 25 artistes donc il y a toujours du monde qui circule, et on s’entraide beaucoup au niveau technique, au niveau relationnel… Et ça te donne envie de travailler de voir les autres le faire. Moi j’ai toujours envie de partager et les deux lieux où j’ai un bon rapport avec ça, La Forge et L’écume du jour sont des endroits où j’ai pu rencontrer des gens formidables qui vont contre l’individualisme qu’il y a partout maintenant.

 

Est-ce que pour terminer tu as un projet ou une expo en cours dans les prochains mois ?

 

M P : Oui, justement, j’ai une expo prévue pour décembre prochain, dans la galerie Mediart, rue Quincampoix avec trois autres artistes. C’est du petit format et je suis très contente, ça va être l’occasion de raconter des nouvelles histoires. En tout cas le quartier est génial. Tu vois, encore la baraka !…

undefined                                            Libellules Mili Presman
Publié dans : Petites notes de lecture
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