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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Mardi 11 mars 2008 2 11 /03 /Mars /2008 23:55

La porte n'est jamais fermée

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  Ecoute… écoute… je voudrais te raconter une histoire…

 

“ Les gouines !… les goui-neuh-euh-euh !… ”

Nous sortions d'un petit cinéma Nora et moi où nous avions été voir un film qui portait pour titre Genet à Chatila… Y’avait un drôle de bonheur dans les rues de cette Babylone de ville quand on s’est retrouvées en haut des escaliers sur le bord du trottoir éblouies par la lumière mandarine de la fin de l’après-midi parce que justement le film était terrible et trop fort et trop resplendissante la beauté des rencontres… Une toute jeune fille algérienne y rendait aux paroles de Genet leur innocence et à l'absence sa sépulture solaire… Sans sa présence légère comme l'ombre d'une enfant lisant Le Captif amoureux alentour du feu et des rires des révolutionnaires palestiniens j'aurais eu deux poings serrés dans le cœur.

Le rire des jeunes combattants palestiniens et la légèreté de leurs gestes comme une danse de poussières sur les collines blanches c’était ça qui nous faisait aimer la vie quand le rouge des petites taches de sang sur une page déchirée du texte de Genet Quatre heures à Chatila devenait impitoyable…

Palestine. Ce mot que j'aimais tant calligraphier en arabe. Palestine justement n'avait pas plus de sens que cette terre retournée par les bulldozers sur des morts jamais enterrés. Quels que soient l'épaisseur et le poids des pelletées de silence ils restaient à la surface du pays qu’on leur avait refusé. A la surface du poème aussi.

Nous marchions en nous tenant le bras et Nora a rompu le silence comme un pain sur la table.

- Eh bien maintenant… nous avons tous les mains sales… Peut-être c'est de ça dont il parlait Fanon… le passage par la violence ?…

Je ne suis jamais arrivée à comprendre comment Nora savait mettre une telle distance entre elle et la douleur… Le visage nu des Palestiniens devant la pelleteuse cet exécuteur d'acier… D'autres visages plus lointains qui venaient faire aux leurs une auréole ardente…

Il semblait que son corps qu'elle avait aussi impalpable qu'un cerne de brume tourbillonnait dans une valse de gouttes d'eau et que le mouvement l'empêchait de retomber sur terre avec la blessure au talon que nous avions nous autres…

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“ Les gouines ! … les goui-neuh-euh-euh ! … ”

Ils étaient deux ou trois pas plus et pas forcément tout à fait blancs mais qui est vraiment blanc dans cette histoire ? Je les ai vus se retourner sur nous en ricanant et j'ai pris le mot en plein nez mais Nora qui était restée dans le bruissement des mots de Genet sur la terre où ne naissaient plus que des pierres n'a entendu que le vent…

Pourquoi est-ce qu’il faut toujours qu'on entre en disgrâce par les bouches qu'on voudrait aimer ?

Combien de fois dans mes tentatives d'approche de cet autre étranger à mes féminines impatiences j’ai senti clignoter l'initiale rouge marquée sur mon épaule ? Brûlante insigne fleurdelisant à fleur de peau… filles des rues et des cabarets… gouines… putains… mendiantes ou gitanes avec petites filles sautillant entre leurs pieds et leur longue chevelure rousse… Juste avant l'insulte que je m'empêchais d'attraper papillon au vol dans mes filets de détresse aux mailles lâches et pourtant  rien ne m'avait échappé j'aurais voulu lécher la vieille plaie qu’on nous a faite… J'aurais voulu qu'une errance aussi solitaire que la mienne me la cicatrise… Qui ça ?

J'avais déjà choisi mon camp qui était celui du refus de la chair malmenée à grosses babines à l'aube après qu'elle ait lutté tant et plus toute la nuit… toutes les nuits contre la force qui nous écrase de son nombre et de sa certitude… J'avais tenté aussi d'apprivoiser la bête sauvage et fière dont je voyais se dessiner l'ombre sur les murs du ghetto quand je marchais… Et la bête s'était couchée tout entière sur moi et elle m'avait couverte de sa fourrure si chaude que c'était délicieux d'être nue dedans… A cette époque-là j'avais habité sous la peau d'une louve qui ne reculait devant aucun maître surtout la nuit dans le crissement des doigts sur les fermetures éclair… Ce qui comptait par-dessus tout c'était de mordre chaque passant mâle à l'épaule… Seuls les mecs blacks ou pas vraiment blancs mais qui était vraiment blanc dans cette histoire étaient peut-être hors du coup…

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Avant d'habiter avec Nora une des ruelles du ghetto macquée par les moineaux je n'avais jamais songé à retirer ma fourrure pour dormir étale et nue entre les draps sans désastres… des draps d'eau douce… Je sommeillais seulement roulée en boule comme un oursin en songeant aux merveilleux assassins qu'aimait Jean Genet qui ne viendraient pas se faire ma peau… car ils n'aimaient que les garçons… La traversée que nous aurions dû accomplir ou seulement envisager pour nous rejoindre était bien plus hors de portée encore que de donner un corps au mot Palestine… Et pourtant nous étions forcément du même bord qu’eux et que les combattants palestiniens que le keffieh noir et blanc rendait aussi légitimes qu’un poème…

Sans cesse nous étions désarmées par la candeur des jeunes Indiens prêts à devenir nos amants. Mais ni Nora ni moi n'étions émues par leur parole libertine. Seul Genet les entendait s'ouvrir et crépiter dans leurs cellules… Seul il pouvait écrire une langue chargée à blanc à partir de ces hululements. Une langue revolver qui mâchait la mort à pleine bouche pour la désincarner…

- Oui… me disait Nora.

- N'y a que lui pour inventer des mots de légèreté qui dessinent qui enrobent d'une neige d'orangers saouls les corps tombés sur la terre comme des flocons sans pesanteur…

A Chatila la mort était un fardeau de honte et de désespoir que Genet avait chargé sur ses épaules et porté ailleurs au loin et peut-être que ceux-là qu’on avait privés de la terre comme un drap pour leur peau nue avaient pu rentrer chez eux entourés du poème pareil à un keffieh noir et blanc…
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A suivre...
Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Lundi 10 mars 2008 1 10 /03 /Mars /2008 23:47

                 De la part du chien indigène suite...
undefined Catherine Rossi
“ Je ne parlerai que par conteries et brûlures… ” elle répète Morgane dans la tiédeur écœurante qui remonte des parkings bleus où s’allument puis s’éteignent des lucioles rouges. Entre ses doigts de pieds l’humide de l’herbe des terrains vagues comme un ruisseau se coule. Elle a bien fait d’écrire tout ça dans ses cahiers la grand-mère Morgane… Moi j’écrirai pas… une ça suffit… oui ça suffit… Poisson pourri…

   

Ecoute… écoute…

Quand on est arrivés j'ai dévissé les tubes difficilement parce que la chaleur les avait fait gonfler comme des rats noyés. Certains avaient éclaté et vomi leur matière grasse sur les foulards que Lakhdar me rapportait du souk en cachette. J'ai vidé les tubes. Et les flacons qui collaient. Et les poudres de couleurs broyées dans la poubelle où on mettait les épluchures des courgettes et les piments que mon père ne mangeait pas.

Dans l’oasis le jour il y a juste la chaleur qui écrase tout. Les paniers des chats-mandarines couchés noirs sur de l’orange à vif. Les jarres retournées aux écailles d’argile. Malgré la paille dessus elles fendent. Les mômes qui portent l’eau s’enfoncent sous la peau de chèvre pour faire un somme. Moi sur le mur de chaux de la maison de Lakhdar j’ai creusé… gratté des courbes de hanches bleues avec mes ongles. Les courbes des chevaux marins. Tout comme moi des femmes ouvertes par l’homme puis par l’enfant ont mis au monde des jardins entre leurs cuisses de sable mauve. Même si elles ne le savaient pas encore elles l’ont fait. C’est une grande délivrance qui a commencé il y a longtemps…

undefined Catherine Rossi

Dans l’oasis il y a que le soleil qui frappe et les chaises jaunes de l’Hôtel-de-l’Europe. Saleté de pays… qu’elle grogne la melma en tentant d’entrer tout entière à l’intérieur du frigidaire. Ce soir le chien indigène est venu avec son museau encore humide et il a reniflé grave les toiles. Une à une. Et il les a léchées. Ça craignait rien l'essentiel c'était indélébile. C'était dans la chair. Et le chien attentif il savait. Il allait tout doucement. Il enlevait juste la sueur de mon père.

Quand il a eu fini il a fourré son museau aux poils secs au creux de ma main. Colorié de toutes les couleurs son museau… Les toiles elles elles étaient comme j'aurais jamais cru. Comme avant. Comme si ça avait jamais existé. Nous et le sang et le sperme des guerriers étalé sur nous. Et les larmes... Rouge rouge rouge... C'était tout effacé la trace de la paluche coloniale qui s’étale partout quoi qu’on fasse. La cicatrice. Elles étaient immaculées les toiles des Nuits avec leurs personnages aux ombres violettes en dessous. C'était des toiles de nuages. Y'avait plus qu'à recommencer. Autrement.

En bas… tout en bas… jaunes… les chaises de l’Hôtel-de-l’Europe commençaient à être bouffées par le sable. Foutu pays…

   

Tout en bas les rails s'enfonçaient dans le désert au bout de l'oasis. C'est en suivant les rails et en marchant sur leur ventre lisse et froid que j'avais connu ma liberté. Les rails ne suaient pas eux. Ils auraient pu traverser tous les déserts de chaleur. Tous les ventres épilés des dunes jusqu'au désert des déserts. Jusqu'à l'Hadramaout même. Puisqu'ils ne suaient pas. Les rails s’arrêtaient un peu avant le dernier puits où les hommes qui marchent retirent le voile de leur bouche pour boire. “ Que celui qui passe ne méprise pas celui qui demeure… ” Il disait Lakhdar l’Arabe. Là où ils s'arrêtaient moi je commençais. Sexe de terre. Pays d’ocre et de rose. Répudié. Pays de l'esclave noire qui attend la délivrance.
undefined Louis Fleury

Je sais que Lakhdar pensait juste comme moi à ce moment-là. Il pensait au jour où mon père m’avait amenée à l’oasis enroulée à l’intérieur du grand burnous qui marchait derrière lui. Le burnous de Lakhdar l’Arabe. Dans la brume bleue des matins il fait une trace orange. Enroulée. Il m’a enroulée dans le vêtement de l’Arabe mon père. Lakhdar était son double qu’il savait pas. Par ce geste il m’a libérée de son désir d’être le maître de l’oasis.

Lakhdar pensait juste comme moi vu qu’il était allé chercher le burnous dans sa maison. De l’autre côté du bled. La maison avec les personnages des Nuits pour lutter contre la horde des chaises jaunes. On ne sait jamais…

Djeda Fatima a donné le grand burnous à Lakhdar sans rien dire. Parce que ça s’dit pas…

- Tiens ma fille… les Nuits du désert sont froides…

Djeda Fatima ma vieille… me blottir sous tes voiles papillons… Qu’est-ce que tu as volé ?… Tu te moques bien de la melma ma grand-mère et de ses mains. Je suis arrivée au creux du burnous de laine. Le ventre de ma mère. Le ventre de ma mère était un burnous d’homme arabe.

undefined Catherine Rossi
A suivre...
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Vendredi 7 mars 2008 5 07 /03 /Mars /2008 23:51

A côté de la plaque

Epinay, Dimanche, 17 février 2008

 

On est deux femmes que tout sépare

Assises à la table d’un bistrot class undefined

Ses calots gris zinc comme les toits d’ici

Sur moi Dehors le ciel aussi a des regards

De greffier souple qui s’approche

En banlieue il est bleu après cinq heures

C’est l’écran cinéma des trimeurs ordinaires

Deux femmes pour une rencontre de hasard

J’ai vingt ans Dans la rue Inconnue On se croise

Devant le manège des portes de verre

Le portier lui dit “ Madame ” elle sourit

Elle m’offre un verre le portier me toise

La fumée métal de sa clope m’efface

Le temps que je sorte de ma poche

Le carnet spirale où j’ai noté la couleur

Des murs de l’usine de Renault Billancourt
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Hier un renard sorti d’un trou m’a fait peur

La rouille Les poutrelles d’acier ferraillent

Avec une tribu de hérons A côté

J’ai noté quand même le nom du bistrot class

Je voudrais un café mais elle a commandé

Du champagne L’usine a cramé leurs jours

Les cendres de la peau des gens c’est moche

Il est cinq plombes l’heure de la pause

La fumée des clopes chasse l’odeur

De la sueur et des oignons dans les fringues

Dix minutes pour l’équipe du midi

Les herbes ont poussé partout c’est dingue

Animale la tôle a embouti le gris

De leur vie Ils boivent le café Ils causent

Sur le carnet j’écris : Ils en ont bavé
La pause est finie j’écris aussi

Qu’entrer dans ce rade où des bouffons rimaillent

A chaque table y’a un nom gravé

Dans une plaque d’acier c’est trahir ma classe

Ça fait marrer les blaireaux les choses

Vivant en nous comme le nom des ouvriers

Nos vieux qui ont lutté des p’tits trous plein les poches

On aura vite fait de les oublier

Elle demande si c’est un journal

Ses calots gris comme le zinc du comptoir

Me filent la lueur douce du soir d’ici

J’en veux pas en banlieue il est bleu

Sa lame à vif tranche nos destins louches

Les doigts des vieux usés sont remplis de sable

D’où l’océan s’est tiré en salant leurs bouches

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De mémoire dans le carnet à spirale

Je gribouille des prénoms Mohamed Lakhdar

Ali Karim Mariama Le garçon

Remplit nos verres Les miens non plus

N’ont pas de bouquin où lire leur histoire

Tintin Louis Firmin Jean Fany p’tit Raymond

Dans les ruines de l’Ile Seguin le renard

Avec deux trois SDF occupe la place

Avant la ruée des hordes immobilières

Je regarde ses calots gris je n’écris plus

On dirait une aquarelle de Matisse

Son turban ses bandeaux lisses elle a la classe
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Des femmes orientales de ma cité

Leurs calots sont noirs et leurs regards fiers

Sous les tissus joyeux leur chevelure glisse

Les peintres voyageurs crèchent dans nos murailles

Qui garderont muettes notre passé

Il faut que je me casse c’est urgent

Je lui tends la main j’ai tout renversé

Le champagne fait un ruisseau d’argent

Entre mes pieds Elle dit : on sort ?

Quand elle passe un type lui matte les fesses

Les femmes ouvrières ont le même sort

A Billancourt il ne restera pas de traces

Des milliers de corps changés en grise limaille

Ils auront été pour toujours à côté

De ceux qui vivent au soleil du présent

Sur le carnet je note son nom son adresse

Au creux de sa paume elle écrit mon prénom

On est deux femmes debout sur le trottoir

Elle dit : il faudra venir à la maison

Je crois que c’était Boulevard Montparnasse

Les ciels d’ici sont gris comme le zinc des bars

Ceux de la banlieue sont bleus dans les yeux des gens

Libre l’âme des ouvriers qui se taille

Et le carnet à spirales est bien content.

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Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Jeudi 6 mars 2008 4 06 /03 /Mars /2008 23:05

Je n’irai pas au Salon du Livre… Boycott… cot ! cot !

undefined   Enfant palestinien au camp de Khan Younis Ghaza Août 1993    photo Marc Fourny
Epinay, dimanche, 2 mars 2008

 

Comme vous l’avez peut-être vu et contrairement à c’que je fais depuis que notre blog des Cahiers des Diables bleus existe oh ! pas très longtemps… deux ans en gros… je n’vous ai pas raconté bafouillé notre dernier Salon du Maghreb des Livres… Pourtant y’a tout c’qu’y faut pour vous faire un récit extra mouvementé drôle bourré d’poésie et d’anecdotes de rencontres vraies fortes et drôles comme on en fait dans ces Salons qui sont un peu du théâtre faut le dire… Et nos poteaux maghrébins ils sont bien les premiers à nous refiler de l’émotion et des rires à donf !…

Mais voilà à ce Salon des 23 et 24 février 2008 à la Mairie du 13ème y’avait au-dessus de nous et d’abord au-dessus de moi vu que contrairement à c’qu’y est convenu de faire je parle juste pour moi dans cette petite chronique… l’ombre pas amicale du tout d’un autre Salon… celui du Livre de Paris avec son invité d’honneur Israël… vous êtes au courant je n’la ramène pas sur les raisons peu littéraires et pas du tout humaines de ce choix-là… Avec la semaine qu’on vient de vivre en regardant mourir des p’tits gamins palestiniens faut pas être dégoûtés… même sans parler du tout histoire de la Palestine et de son peuple et du coup politique du monde rien que ça c’est suffisant pour affirmer que c’est pas le bon choix… et que même y a pas pire comme façon de mépriser c’qu’y a d’humain en nous… si y en a encore ?…

Et puisque nous on est là pour causer de littérature eh bien causons-en !… J’ai découvert l’histoire de la Palestine et ce que vivaient alors les Palestiniens grâce à deux textes sacrément différents mais si on regarde bien pas tant que ça y a 20 ans environ… D’abord ça a été la lecture par hasard sans que je n’sache rien du tout de c’qui était déjà la réalité pour le peuple palestinien depuis un bon moment… de Quatre heures à Chatila de Jean Genet dans les années 85 comme ça… moi j’ignorais tout comme un gros lézard endormi qui n’faisait que peindre à c’t’époque et qu’était un peu autiste alors que quand même pas mal anar depuis toujours… J’vous livre du coup juste des bouts très courts de c’qui m’a ahurie terrifiée comme texte témoignage y a de quoi… surtout quand on a le parti pris de n’aimer que la vie et la naïveté de croire que la création ça rend possible de tenir ce cap-là…   undefined  “ Un enfant mort peut quelquefois bloquer les rues, elles sont si étroites, presque minces et les morts si nombreux. Leur odeur est sans doute familière aux vieillards : elle ne m'incommodait pas. Mais que de mouches. ”

  

L'amour et la mort. Ces deux termes s'associent très vite quand l'un est écrit. Il m'a fallu aller à Chatila pour percevoir l'obscénité de l'amour et l'obscénité de la mort. Les corps, dans les deux cas, n'ont plus rien à cacher : postures, contorsions, gestes, signes, silences mêmes appartiennent à un monde et à l'autre. ”

 

“ Quelle ruelle prendre maintenant ? J'étais tiraillé par des hommes de cinquante ans, par des jeunes gens de vingt, par deux vieilles femmes arabes, et j'avais l'impression d'être au centre d'une rose des vents, dont les rayons contiendraient des centaines de morts. ”

 

“ Au milieu, auprès d'elles, de toutes les victimes torturées, mon esprit ne peut se défaire de cette “ vision invisible ” : le tortionnaire comment était-il ? Qui était-il ? Je le vois et je ne le vois pas. Il me crève les yeux et il n'aura jamais d'autre forme que celle que dessinent les poses, postures, gestes grotesques des morts travaillés au soleil par des nuées de mouches. ”

 

Ouais je sais… commencer comme ça c’est hard mais j’dois dire que j’ai pas très envie d’me raconter que J. Genet qui est le grand écrivain rebelle qu’on sait a écrit ça pour le plaisir et aujourd’hui y a personne qui écrit c’qu’on fait aux Palestiniens alors voilà… parc’qu’il s’agit d’écriture nous concernant comme on arrête pas de nous l’répéter ici là partout… et que l’écriture et les bouquins c’est pas lié au reste hein ? alors voilà… d’ailleurs moi j’ai beau farfouiller dans le Monde Diplo y a jamais rien qui m’fait comprendre l’histoire des gens comme les poèmes et les récits des autres qui écrivent comme moi j’le fais aussi… par ci par là…

Et après ce premier choc j’ai fait un bond dans la conscience des choses avec la lecture du bouquin de J. Genet qui réunit ses entretiens avec Leïla Shahid Genet à Chatila j’me suis mise sérieux à m’passionner pour ce pays si destroy avec un peuple tellement attachant riche en valeurs humaines et pour sa culture arabo-musulmane mystérieuse et proche à la fois... et c’est par la poésie palestinienne que j’suis rentrée pour ne plus en sortir dans mon histoire avec la création arabe africaine et algérienne pour finir…
undefined  1993… là j’ai suivi comme tout l’monde ce qu’on espérait tant qui serait enfin le triomphe de l’intelligence avec un peu plus de rêve encore de mon côté parc’que mon copain Marc était justement en Palestine en août et septembre de cette année-là…

Et j’vous distillerai bientôt notre échange de lettres avec photos dont vous avez là un p’tit échantillon c’était beau c’qu’on y a cru !… Donc 1993 je découvre un texte que je considère depuis comme le plus grand poème de vie et d’humanité que j’aie lu Le Discours de l’Indien Rouge de Mahmoud Darwish lui je n’vous en cause pas vous le connaissez obligé… le poète résistant qui porte jusque devant la Knesset la parole de son peuple… des siens…

J’ai lu ce texte dans La revue d’études palestiniennes que je recevais à c'moment de mon parcours dans les civilisations et les cultures arabes mais ce poème est publié dans le recueil Au dernier soir sur cette terre en voilà un tout p’tit extrait pour vous donner envie et vous montrer c’que c’est que la Palestine… l’autre… celle qu’on n’vous en cause jamais…

 

“ Nos noms sont des arbres modelés dans la parole du dieu et oiseaux qui planent plus haut que les fusils. Ne coupez pas les arbres du nom, vous qui venez guerre de la mer. Et ne lancez pas vos chevaux flammes sur les plaines.

Vous avez votre dieu, et nous, le nôtre. Vos croyances, et nous, les nôtres. N’ensevelissez pas Dieu dans des livres qui vous ont fait promesse d’une terre qui recouvre la nôtre. Ne faîtes pas de Lui un huissier à la porte du roi.

Prenez les roses de nos rêves pour voir ce que nous voyons de joie ! Et sommeillez au-dessus de l’ombre de nos saules, pour vous envoler mouettes et mouettes, ainsi que s’élancèrent nos pères bienveillants avant de revenir paix et paix.

Il vous manquera, ô Blancs, le souvenir de l’adieu à la Méditerranée et vous manquera la solitude de l’éternité dans une forêt qui ne débouche point sur un abîme, et la sagesse des brisures. Et il vous manque une défaite dans les guerres. Et un rocher récalcitrant au déferlement du fleuve du temps véloce.

Et il vous manquera une heure pour une quelconque contemplation, pour que grandisse en vous un ciel nécessaire à la tourbe, une heure pour hésiter devant deux chemins. Euripide un jour vous manquera, et les poèmes de Canaan et des Babyloniens, et les chansons de Salomon à Shulamit.

Et vous manquera le lys sauvage pour la nostalgie, et vous manquera, ô Blancs, un souvenir qui apprivoise les chevaux de la démence et un cœur qui racle les rochers afin qu’ils taillent dans l’appel des violons.

Et il vous manque et manque l’hésitation des armes. Et s’il faut nous tuer, ne tuez point les êtres qui avec nous d’amitié se lièrent et ne tuez pas notre passé.

Et il vous manquera une trêve avec nos fantômes dans les nuits stériles, un soleil moins enflammé, une lune moins pleine, pour que le crime apparaisse moins fêté sur vos écrans. Alors prenez tout votre temps pour la mise à mort de Dieu. ”   undefined Mahmoud Darwish

C’est vous dire que la poésie ça raconte un paysage une terre des hommes des femmes et des p’tits des vieux et des roses et des chevaux mieux que tout les grands rapports de socio et le reste… Et des poètes palestiniens y en a plein des fabuleux… je vous les ferai découvrir si vous voulez… Vous croyez que je vous perds vu qu’on en était au Salon mais pas du tout… Tout ça c’est pour vous faire sentir comment ça se passe en moi et la conscience que j’ai de ce que ça signifie écrire face aux autres…

Quand je peignais hier et quand j’écris maintenant j’ai choisi et j’y tiens cette manière marginale parc’que c’est dans les extrêmes limites de c’territoire que je peux exprimer avec ma force et ma jubilation la puissance créative de mes émotions de mes perceptions et donner à tout ça un sens. Je crois qu’j’ai eu très tôt conscience de la responsabilité de ceux qui s’offrent le temps de travailler à une œuvre d’art… Peindre ou écrire n’importe quoi dans la négligence et la facilité d’un amusement passager ou d’une représentation c’est pas mon truc… J’peux dire au contraire que j’ai mis depuis mon enfance dans le désir de m’donner les moyens de créer et puis dans la création un sérieux et une gravité qui m’ont privée de l’insouciance et des jeux de l’adolescence…

Ouais… m’a fallu du temps pour ressentir d’la joie d’être enfin reliée à moi-même dans l’intensité fulgurante de l’acte créateur… J’en ai bavé j’peux vous le dire de ces 20 piges de peinture qui ont débouché sur rien… Et puis avec l’écriture là c’est venu… un peu… Alors le geste de créer pour moi c’est à haute responsabilité vu que c’est tourné vers les autres… Les autres… ceux au nom de qui on prend le pinceau ou le stylo ou bien ceux à qui on essaie de transmettre des p’tits bouts d’moments uniques qui nous traversent et c’t’infime part d’éternité qu’y a en eux… Face aux autres on n’doit rien concéder sur ce qu’on sent d’essentiel c’est la moindre des choses…

Utiliser la création style fond de commerce ou pour faire reluire le Môa géant qui nous habite c’est l’attitude des bouffons qui a rien à voir avec ce que les créateurs qui font scintiller de p’tites pépites dorées notre quotidien plutôt lourd et crasse nous ont refilé du sens qu’ils donnaient à la vie…

Moi quand j’écris je bosse à mettre un maximum d’âme dans mes bafouilles et aussi pas mal “ ma peau sur la table ” comme disait si juste le camarade Céline. Et j’imagine que mes poteaux écrivains d’Algérie c’est pareil enfin certain… Pourtant là notre façon de vouloir dire qu’y a pas de lézard l’appartheid c’est un mot qui a un sens précis on le connaît… elle butte contre l’odeur de pourriture qui se dégage des choses dont on ne doit pas parler… c’est Interdit !… car bien sûr qu’une fois mises à jour elles puent !… Et le silence de chacune et de chacun autour de sa participation à ce Salon pue drôlement vous sentez ?…
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Jusqu’à y a environ un mois parmi un nombre certain d’écrivains maghrébins d’éditeurs et de gens du milieu du livre français et autres que je connais la question qui pouvait légitimement se poser de leur participation à ce Salon… ouais légitime entre gens qui ont l’habitude d’échanger des tas d’pensées opinions convictions et tout l’pataquès de mots sans mégotter sur la façon… la question elle n’avait pas été abordée ou alors j’n’en ai rien entendu…

En tout cas à la réunion finale des éditeurs de la région Ile de France où j’étais en bonne compagnie vu que dehors sur les panneaux en plein 7ème très cossu y avait des grands singes très beaux j’vous raconterai… personne a soulevé l’problème… quel problème au fait ?… Alors moi au Salon du Maghreb j’ai vaguement levé c’lapin-là vu que le silence de mes amis les plus engagés à s’élever contre la torture le racisme l’exclusion chez eux qui avaient rien à en dire ailleurs pour le coup il était un peu étonnant…

Les réponses j’les ai eues et j’les ai pas volées… ils avaient pas l’intention de priver le Salon d’leur présence pour des tas d’raisons auxquelles j’n’ai pas compris grand-chose mais comme j’ai mené ma p’tite enquête y a une semaine je n’sais pas c’qu’il en est au moment où je rédige cette petite chronique… Bon… c’est à eux de voir vu que moi pas question que je joue les redresseuses de conscience dans l’affaire… je témoigne de mon sentiment perso et voilà…

Et j’n’ai pas plus l’intention d’argumenter sur l’engagement du créateur et pire de l’écrivain qui s’exprime direct avec des mots qui sont notre façon de communiquer à tous la plus proche quand il participe à une expédition menée par l’Etat d’un pays dans lequel il habite vit et travaille enfin il crée… Certains écrivains israéliens invités au Salon ont d’ailleurs refusé l’invite c’est clair pour eux me semble qu’y a arnaque et on n’parle même pas de l’arnaque très grosse des langues vu que pas d’écrivains de langue arabe ni de langue yiddish à cette grande fête littéraire et pourtant !… et ils nous donnent ainsi toute la liberté de prendre nos marques…

N’y a d’ailleurs qu’à prendre l’exemple au cours de notre histoire littéraire à nous autres des écrits qui ont parsemé les années 1940-45 avec lesquels on nous rebat les oreilles encore maintenant en les appelant œuvres de collabos pour n’pas avoir de doutes sur la neutralité impossible d’une œuvre d’art conçue dans un pays qui en domine ou asservit un autre et dans la situation d’occupation d’appartheid de guerre civile etc…

Et j’n’ai pas besoin de la caution de quelque gugusse que ce soit pour savoir que le sort et la destinée d’un être humain vivant souffrant désespérant à l’autre bout du monde me concernent sacrément plus que n’importe lequel de mes bouquins et que ça m’est physiquement pas pensable de rappliquer à un Salon où l’invité est de ceux qui en empêchent d’autres d’exister sur leur terre et de disposer d’eux-mêmes dans la dignité l’intégrité et la liberté depuis des années… ça alors !

Cette décision c’est celle de l’être humain que je suis et de l’écrivaine que j’essaie de devenir chaque jour et même si celle-là est une totale inconnue marginale et tout c’que vous voulez c’est essentiel pour moi comme acte et comme ressenti… Bien sûr qu’on n’arrêtera pas de s’poser des questions sur les moyens qu’on a nous autres que la guerre la mort la haine débectent trop… pour agir contre elles mais on n’peut pas parce qu’on est des “ artistes ” regarder tout ça du dessus ou du dehors… se fiche de la barbarie qui zigouille et traite en esclaves des tas d’êtres humains et se fringuer du silence de la vertu ou de l’indifférence…

Un enfant un être humain un peuple privés de leur devenir m’empêcheront à l’infini chiennement de rêver…

 

“ Oh ! mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge. ” Frantz Fanon       undefined  A suivre...

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Mardi 4 mars 2008 2 04 /03 /Mars /2008 22:57

                                    Camille l'entoilée
undefined Camille… Cam…s’agripper à sa vie comme les petites griffes du lierre le feraient si bien à l’onyx de la vague et aux petites baigneuses qui attendent en dessous… attendent la féerie de l’eau qui écarte tant de mauvais génies c’est ne pas lâcher ses sculptures de vue… elle a tant voulu y arriver Camille et ils lui ont presque tous mis des pierres si lourdes dans son sac… Ouais presque tous… Une femme vous comprenez qui exprime sa puissance au creux de la pierre verte ocre rousse au centre infime de l’argile qui est toute la terre du monde entre ses mains… Sa sculpture à elle diffère en tout de celle des autres…

1895… Camille offre au musée de Châteauroux son plâtre grandeur nature Sakountala… dans une cabane de jardin on l’a retrouvé un jour entre une cuvette et des tas de feuilles mortes… un débarras… Camille… les bras avaient disparu et elle qui s’acharnait encore sur Les Chemins de la Vie“ Je suis toujours attelée à mon groupe de trois. Je vais mettre un arbre penché qui exprime la destinée… Voilà comment il sera : tout en longueur. ” 
undefined L'âge mûr  1895  bronze  Musée Rodin

Elle va y mettre quatre ans Camille à le tailler gratter écorcher celui-là… pendant que les sbires grignotant des Beaux-Arts valsent sur la petite musique hésitation du… on ne peut pas… mais quand même… c’est une œuvre qui risque de choquer… alors ils la lui ont fait couper en deux sa sculpture à Cam et comme ça c’était d’accord !… Ils en ont retiré le sens et l’histoire c’est pour ça qu’aujourd’hui chaque mot qui raconte Camille et sa passion c’est une minuscule pépite dans la boue des chemins de Villeneuve des chemins d’enfance où elle était tout entière Cam et où elle courait courait…

1899… “ … à droite sur un socle spécialement modelé pour elle, la figure de la jeune femme L’Imploration ; sur un autre socle, contourné en forme de vague, les figures de l’homme et de la vieille femme… ” ( Dossier Camille Claudel, Jacques Cassar ) Et puis 1905 c’est avec ta vieille Clotho que tu avais mise en train y a dix ans de ça qu’ils te referont le coup Cam… en fait ces messieurs bien sur eux et à la pensée toute ronde comme un œuf n’aiment pas du tout tes petites femelles dérangeantes !… La folie Camille Hein ! la folie ils racontent qu’elle est en toi… en nous alors que ce sont eux qui détruisent le monde qui le criblent de pépins de grenade rose feu rouge sang !… Ce sont eux les maîtres de cette gigantesque barbarie humaine partout partout !…
undefined

L'Implorante détail   1899  bronze  Musée Rodin
 
 
                                                         “ Lettre de l’Asile

… Aujourd’hui 3 mars, c’est l’anniversaire de mon enlèvement 
à Ville-Evrard :
cela fait 7 ans… 
faire pénitence dans les asiles d’aliénés.

Après s’être emparés de l’œuvre de toute ma vie 
ils me font faire
les années de prison 
qu’ils auraient si bien méritées

eux-mêmes… ”

Anne Delbée, Une femme

 

En fait ce qui leur fait peur dans ce féminin qui dévoile soudain que la puissance d’amour de vie de trois petites baigneuses dont la taille est celle d’une main d’enfant ouverte est aussi vaste que les immensités des Portes de l’enfer et la sauvagerie qui rend tout ça espiègle malicieux hors d’atteinte et d’installation figée empoussiérée… c’est probable le mouvement qui jaillit là brut et brutal un monde qui serait bondissant… léger… joyeux et farouche… Un monde de balançoires entre ciels et nuages que Cam n’a pas prémédité probable… mais qui est le sien… un monde femme qui rendrait à l’homme mâle sa violence inutile ?… en lui offrant un devenir nouveau…

“ La fillette qui sculptait dans la glaise d’une tuilerie des figurines étonnantes est devenue… par son tempérament original, la sensibilité et la beauté de son art… une figure complète du génie féminin. ” ( Revue Femina, 1903, Gabriel Reval ) Folle Camille… après le 113 Boulevard d’Italie… à gauche de la porte cochère Quai Bourbon les deux pièces de son atelier où on la laissera peu à peu devenir un clair-obscur pourpre dansant au centre des petits bouts de marbre de son rêve trop réel explosé… 
undefined L'âge Mûr  détail  bronze

1905… au Salon de messieurs les Artistes français la Joueuse de flûte de Camille les éblouit et ils ne savent pas s’arracher à cette musique-là… “ La Sirène de Mademoiselle Claudel, admirable, est hors de l’espace et du temps… ” ( Mercure de France, Charles Morice ) 1907… “ Un dernier cri d’appel de Charles Morice : le talent de Camille Claudel est une des gloires, à la fois, et des hontes de notre pays. Et ils la laissent sombrer dans le silence…  undefined Clotho  1893  plâtre  Musée Rodin

“ Elle avait refermé la porte du grand atelier. Cette nui-là,

Elle l’avait passée au 113, boulevard d’Italie.

A La lueur des bougies, elle avait mis bas la Clotho.

Alertée par le vacarme, la Pipelette avait acquis la certitude

que celle qui vivait là était une folle. Une folle,

la Camille Claudel ! Elle met le feu. Elle pétrit. C’est une sorcière.

Toute la nuit, elle s’est agitée, là derrière les vitres, je l’ai vue.

Cette nuit-là Camille avait été au bout de son enfer.

Clotho surgie au labyrinthe de la démence. ”

Anne Delbée, Une femme

undefined La petite châtelaine détail  1893 bronze Coll. part.
A suivre...
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