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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Mercredi 19 mars 2008 3 19 /03 /Mars /2008 10:00

                       De la part du chien indigène
undefined Ecoute… écoute…

Le jour où je suis arrivée à l’oasis il neigeait des mouches sur la tête des gamins qui me regardaient. Ahuris par mes cheveux jaunes volés à la crinière de la cavale d’or. Jaunes comme les chaises de mon père. Paille de mes cheveux. Où est le cheval marin qui connaît le chemin de l’île à laquelle n’aborderont pas vos peurs ?

Quand je suis arrivée ils ont couru derrière la camionnette en se bousculant pour sauter au milieu de la cargaison de légumes et de fruits qui s’écorchaient et buvaient le sable distribué par les pneus. Pieds nus comme des diables de pain d’épice ils sont venus sur moi toucher mes cheveux. Il neigeait des rires sur mes cheveux.

Mon père a bloqué les roues au bout de la tôle ondulée du sable qui nous balançait de droite à gauche semblables aux poussins dans le panier. Fou il a grimpé en écrasant les poivrons écorchés. Fou… les courges et les tomates léchées par le sable-épice. Pain d’épice… les gamins ont roulé sous ses doigts.

- Foutez-moi le camp saleté de… Qu’est-ce qu’il a dit ?…

Derrière la camionnette à plateau du malem de l’Hôtel-de-l’Europe… pain d’épice… les mômes de l’oasis imitent la traîne du grand lézard des sables en criant de joie. Enroulée à l’intérieur du burnous de Lakhdar je sens leurs mains. Caresses sur mes cheveux comme le souffle du cheval marin. Ils sont mes princes. Aucun d’eux ne m’insulte ni ne me jette des pierres ainsi qu’ils le font avec les filles. C’est le grand burnous blanc de Lakhdar l’Arabe qui me protège de l’affront d’être reconnue étrangère. Pour toujours dans l’oasis je serai la fille des djenoun. La djinia.

undefined  Lakhdar a passé son bras autour de mon épaule malgré la sueur goutte à goutte de mon père. C'est parce qu'il sait qu'on ne se reverra plus.

Alors il a dit :

- Promets-moi que tu ne nous oublieras pas ma fille...

- Ya Lakhdar… les toiles c'est ce qu'il y avait de meilleurs en moi... pourrais-je oublier que je vous dois ma liberté ? Zohra… Djeda Fatima et toi… vous êtes… Comment ça se dit en arabe ces mots là ?

- Tu ne vas pas te mettre à parler cette langue de… Qu’est-ce qu’il a dit mon père ?…

Mon père a crié en avalant la poussière qui tombait en voile grisâtre et brillante :

- Lakhdar !… Eh Lakhdar !… Pense à remplir les boîtes en fer blanc avant d'installer les lits sur la terrasse... tu sais que la melma a une peur horrible des scorpions...

- Oui malem…

Lakhdar me regarde dessous le voile de poussière grisâtre sur ses yeux. Il hausse les épaules en soupirant. Lakhdar sait que je n’accepterai pas. Lakhdar l’Arabe fils de l’esclave… Comme moi… Il sait aussi que c’est pour ça que je pars.

- Le maître est l'esclave de son chien... deux fois je vous la dois ma liberté Lakhdar… de n'être ni l'esclave ni le maître... Il me reste le chien indigène... Et lui s'il veut bien qu'on suive un peu les rails ensemble...

 

Mon père ne mettait jamais les pieds sur la terrasse. Sauf pour dormir. La terrasse c'est le domaine des femmes. Et des gros rats gris qui bouffent les scorpions et les épluchures. A l'intérieur des murs de chaux de la terrasse j'ai fait mes premiers tatouages indigo et turquoise. A pleine paume. Henné bleu. Déjà je ne pouvais plus m'arrêter. Les femmes qui craignent le courroux de mon père sont restées immobiles. Collées comme les mouches de la sueur. Après être allées au souk elle viennent en se dandinant sous le fardeau et les étoffes rebrodées de fil argenté ou de fil d’or. Pareilles à des princesses. Elles viennent voir la fille qui peint chez le malem.

Mon père ne mettait jamais les pieds sur la terrasse. Une fois posés les paniers d’où s’échappent les cris des poulets et le flanc saignant des pastèques mouillées que le chien surveille elles s’assoient sur leurs pieds rouges. Et puis elles commencent à parler. Des mots dans la langue de Lakhdar l’Arabe. Des mots qu’elles se murmurent en touchant leur cœur… leur bouche… leur front… et en poussant de petits rires. Et puis une d’elles la plus âgée se met à chanter en faisant sonner les khalkhal sous le nez des chats-mandarines. Alors au creux de mon corps se faufile le djinn de la danse jusqu’à mes doigts ensorcelés. Alors je peins le rire des femmes sur les murs blancs. Alors je libère leurs rêves sur les murs de chaux de la mémoire. Où est le cheval marin ?

- Tu vas partir ma fille... mais si tu n'emportes pas ton corps comment tu vivras ?  il a dit Lakhdar.

- Ça Lakhdar c'est peut-être le chien qui le sait. Un jour c'est vous qui ferez les peintures. Ce jour je reviendrai et je retrouverai mon corps là sur la terrasse comme vous me l'avez gardé. Sexe de terre. D’ocre et de rose. Mon corps illimité. C'est vous qui me le rendrez lorsque vous serez devenus libres.

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A suivre...
Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Mardi 18 mars 2008 2 18 /03 /Mars /2008 15:19

Feu sur ceux qui tirent les ficelles !

Epinay, mercredi, 20 février 2008

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Et pendant que maître Zao plie des papiers

Pour en faire des papillons verts des cavales

Tu es monté dans le wagon en sautillant

Comme si quelqu’un ailleurs tirait les ficelles

Sur les bancs les spectateurs sont assis

Ils ont payé l’entrée en petits sous brillants

Masques blancs baissés ils ne voient que tes pieds

Tu étales devant eux leurs cinq pétales

Nus Ils attendent que le spectacle commence

Que les projecteurs s’allument à la bonne heure

 

Et pendant que maître Zao découpe avec

Des ciseaux d’argent la queue des cerfs-volants

Las ils sortent du décor trop réel

De leur vie Toi tu viens frangin Pour deux fois rien

Petit bouffon black devant eux tu danses

De nulle part tu tombes météore 

Deux euros deux euros pour un sandwich grec !

Tu as le rire des mangeurs de pain rassis

Ta parka pas très propre leur fait peur

Au bout de tes manches on ne voit pas tes mains

Deux euros c’est rien pour celui qui tire

Les ficelles du peuple des chalands

Triste qui attend que le train s’en aille

Toi en passant tu leur demandes du feu

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Et pendant que maître Zao peint la queue d’or

De l’oiseau qui a gobé la lune en chemin

Tu as dérangé la sirène du portail

En matant par la serrure leur tirelire

Deux euros deux euros c’est un paquet de clopes

Tu leur sors sous le nez un mégot entamé

Mais ils ne fument pas et ils n’ont plus de feu

Ils ont payé ils ont payé ils ont le droit

De voyager tranquilles d’un bout à l’autre

De la vie qui est une toile d’araignée

Couleur café où s’égouttent des étoiles

Devant eux tu promènes ton feu rouge Stop !

Et l’oiseau vert malicieux de ton rire

Comme toi je rêve que le train déraille

Deux euros deux euros piaillent les apôtres

Des tireurs de ficelles vieux macs armés

De dentiers neufs C’est beaucoup ! Qu’est-ce qu’il croit ?

 

Et pendant que maître Zao teint en bleu gris

La laine des tapis notre océan d’ardoises

Petit bouffon black tu as bloqué les portes

De train de banlieue vite je fouille mes poches

Si le spectacle s’arrête ça va saigner

Attention ! toutes les issues sont fermées

Depuis que l’âme des chalands a mis les voiles

Couleur café trop souvent je leur ressemble

Ils voudraient bien nous voir au diable frangin

Grand comme un baobab un Africain s’approche

On est trois on est seuls et ma peau est blanche

Avec ses mains de jardinier il fait en sorte

De retirer ton corps du piège à souris

On est trois au large de grands esquifs se croisent

 

Et pendant que maître Zao met ses pinceaux

Dans la musette d’un jeune seigneur des rues

Tu bondis sur le quai ton corps de bouffon tremble

C’est un arbre secoué de toutes ses branches

Tu cries : tu es fort mon frère c’est bien !

Le mec au-dessus qui tire les ficelles

A perdu du terrain Réveillés en sursaut

Les chalands miaulent leur silence entendu

Et pendant que tu sautilles le long du train

Tes manches d’oiseau battant pour dire merci

Je cueille dans la toile d’araignée Tiens

Pour maître Zao quelques graines d’immortelles.

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Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Samedi 15 mars 2008 6 15 /03 /Mars /2008 13:35

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Résistances    Mai 68

Notre nouveau Cahier des Diables bleus est là...

Vous le découvrirez au Salon des Droits de l'Homme dont je vous reparlerai...

Juste deux images et un petit extrait du bouquin :

Mai 68 à l'usage des moins de 20 ans auquel j'ai emprunté cet extrait de la préface pour rédiger l'Edito...
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Alors à bientôt avec de nouveaux textes et de nouvelles images !...

Publié dans : Les Diables bleus
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Jeudi 13 mars 2008 4 13 /03 /Mars /2008 23:04

Ma machine à écrire s’appelait Calamity Jane  2

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Ouais c’est vrai… vous n’me croirez peut-être pas mais ma machine à écrire s’appelait Calamity Jane… ta ta ta ta ta !… et comme je vous l’ai dit il lui manquait la lettre “ e ” à son clavier qui ressemblait à une des impasses aux pavés un peu déchaussés de cet arrondissement parisien où j’avais refait mon terrier rebondi Hop ! sauté à pieds joints par-dessus la voyelle essentielle et mon passé pas si simple… je m’étais bien habituée… Du côté de la rue de Vitruve Passage Dieu Impasse Satan ce vieux 20ème rasé dégommé bourgeoisé nickel alors qu’il était plus zone que la zone… c’est là que je m’étais rapatriée avant de repartir en trombe direction ma banlieue d’origine et ses fouilles bourrées de sucreries qui nous niquaient les dents et qu’on raflait à l’épicier du coin qui nous voyait venir… roudoudous bleu azur vert pomme rose grenadine…

Ce 20ème là alors il était comme je vous causais plus banlieue que la banlieue et les poèmes de Blues Bunker que Jacky mon poteau d’y a quelques 25 berges a accompagnés de ses photos du jardin solidaire de l’Impasse Satan on a bien fait d’y aller à répétition tant que ça a duré le jardin et encore pas assez il était drôlement chouette avec son p’tit cinéma en plein air ses allées bricolées de matériaux de récup pas ordinaires ses sculptures sauvages et ses plantes qui en faisaient un lieu de création primitif absolu… tout ça arrangé par une bande de jeunes Blacks et leur assoc de quartier formidable… et maintenant y’a un immeuble gris béton à la place c’est comme ça… Les poèmes de Blues Bunker je les ai tapés aussi sur Calamity Jane… Clic-clac… clic-clac !…

Et Hop ! ce moment-là je créchais rue de la Réunion notre quartier bien métisse à côté de la petite place et du marché où y’a eu le campement des Maliens pour qu’on cesse de les traiter en animaux ma petite piaule moisie aussi fraîche que les frigos à poisson du port de Saint-Malo l’hiver ça fait des années que je me frotte les doigts quand j’écris mes doigts silex à étincelles… J’ai jeté toutes mes fringues pourries en tas par terre ça m’a fait de la place pour la dizaine de cahiers à petits carreaux que j’avais achetés grand format radical les mots m’arrivaient comme l’eau à un ruisseau en ce temps d’où je vous cause j’en avais bien besoin…

J’étais encore pas sûre… J’avais pas balancé mon gros sac de peinture par-dessus bord des couches et des couches que ça me faisait ces croûtes papillons aux ailes engluées dans la boue de mes angoisses… vingt ans de barbouille à donf on n’se débarrasse pas facile… Ce que je m’étais rempli le crâne d’erreurs alors !… Calamity Jane ça a été ma première arme de liberté tournée face à moi-même ta ta ta ta ta !… ma mitrailleuse à répétition braquée sur mon corps absent coincé au centre de sa coquille de peinturé séchée craquelée ces restes d’un festin qu’avait pas eu lieu jamais…
undefined L'ogresse du jardin solidaire   Photo Jacques Du Mont

J’faisais pas partie des convives moi et ma fascination bornée… ma charrue… ma dévotion d’enfant de cœur devant les toiles des peintres qui m’avaient fait survivre toutes ces journées à essuyer mes pieds sur les paillassons des boîtes de pub de Neuilly quand je leur rapportais photos et ektas du labo où je marnais… les ciboires dorés étincelants dans mes nuits… les maîtres que je m’étais donnés Rembrandt… Goya… leur lumière comme du lait nocturne et Vincent… qui faisait péter cramer sa nuit au centre du soleil d’Aix… ta ta ta ta ta !…

Calamity Jane c’était mon alliée ma camarade… avec deux doigts je l’ai écrit sur une page blanche… une de celles que j’ai enclenchées et puis j’ai fait tourner la molette plastique sans savoir du tout ce qui allait se passer… D’abord ça a été presque rien j’ai rempli la page de mots qui pouvaient baliser ma vie… des sémaphores… IMAGINATION… ANARCHIE… COULEURS… JOIE… REBELLE… POÈMES… SOLIDAIRE… ÉMOTION… MÉTISSE… PINCEAUX… FÊTE… ENFANCE… MONDE… CONTES… ta ta ta ta ta !…

A voir les petits caractères noirs s’aligner au milieu de la feuille comme une page de bouquin avec le bruit que moi qui ai pas vraiment l’habitude des armes à feu je savourais dans un frisson de plaisir drôlement physique… c’était une musique qui embarquait Clic-clac… clic-clac !… le rythme tam-tam qui faisait frénétique son effet ta ta ta ta ta ta !… le rythme des Blacks afro-américains des années 50 où je suis née ou celui plus langoureux des Cubains et des Sud-américains… la batterie d’Hard Blacky et la trompette de Donald Birds avec le piano d’Horace Silver… ta ta ta ta ta !… et je pigeais rapide ce qu’les autres écrivains les vrais Hank… Burroughs… Céline… avaient ressenti d’abord au bout des doigts et ça remontait pareil à des lézards d’électricité le long des muscles… c’était extra !… c’était bourré de vibrations… vrai j’allais m’éclater !…
undefined Dieu Carnaval  Jardin solidaire  Photo Jacques Du Mont

Rien à voir avec le travail laborieux que je me farcissais depuis que je m’prenais pour un peintre alors que j’imaginais au départ une sorte de danse au-dessus d’immenses papiers chinois et que l’seul moment où j’avais un rapport vrai avec tout ça c’était quand je broyais les couleurs entre la molette de verre et la plaque de marbre … son grattement régulier et joyeux… frutt… frutt… frutt… mêlé à l’odeur de l’huile de lin chaude et du vernis en train de cuire ça me donnait pour un instant l’illusion que ça y était j’avais le tempo entre les pattes et j’allais pouvoir me jeter sur la toile avec la liberté ensorcelée d’un joueur de sax… un de ces blues-man qu’on écoutait comme des fous quand on était ados sur le tourne-disques avec ses 33 tours vynils noir réglisse qui grattaient trop et que j’ai cru retrouver des années plus tard quand je zonais avec mon pote le joueur de guitare parmi les musiciens blacks les squatteurs de la rue de l’Ouest…

En fait quand j’y songeais j’en avais des choses à raconter… des histoires d’une période moins barbare qu’aujourd’hui probable mais on avait pas arrêté de frôler la mort… the death… dans les nights on écoutait Léo en attendant que les feuilles du canard soient prêtes avec mon copain le joueur de guitare… je vous raconterai… la nuit ça a toujours été notre grande complice notre demeure aux ailes de papier… on tirait nos tournées trois cents adresses de ce canard de pub à livrer Paris-banlieue avant six heures du mat… qui le dirait que le monde il est mené par ces engeances-là commerçants et vendeurs du temps des autres à ceux qui sont déjà esclaves !…

La machine tournait et nous crachait nos paquets de pub sous le museau en piles affolées on classait on faisait deux tas un pour moi et un pour mon pote le joueur de guitare… il buvait un peu il fumait beaucoup… on mettait ça dans les enveloppes kraft en se racontant les histoires d’un jour où tout ce monde qui nous menait par le bout de notre insouciance serait en cendres et on collait les adresses fallait se magner… quand la femme de ménage maghrébine se pointait elle aussi elle trimait by night c’était l’heure de partir… on lui servait un verre de coca le dernier pour la route… elle nous disait de pas faire les fous elle nous souhaitait la baraka dans sa langue… on enfourchait nos bécanes et Hop !…

Avec Calamity Jane j’allais pouvoir écrire pour la femme de ménage maghrébine… pour les putes de la Porte de St Cloud et pour la vieille clocharde qui dormait sur les grilles du métro du côté de la rue St Honoré… ta ta ta ta ta ta !…
undefined Le Jardin solidaire Impasse Satan 20ème   Photo Jacques Du Mont 2001

Calamity Jane je venais de la rapporter sous sa housse couleur grise pareille à sa grosse carapace métal à l’intérieur de mon gourbi elle pesait pas lourd et j’avais senti quand le type qui vidait sa cave quelque part dans le 9-3 je n’sais plus me l’avait mise entre les pattes contre un billet de cent francs que cette chose qu’ont fait sans doute tous les gens qui écrivent et qui ne sont pas sûrs que c’est pour de bon allait mettre un bazar terrible dans ma vie… A partir de l’entrée de Calamity Jane chez moi je n’pouvais plus m’arrêter…

C’était l’hiver je m’en souviens et j’avais allumé des bougies comme j’avais l’habitude avant de me mettre à peindre une sorte de cérémonie un rituel d’allumage et d’éteignage qui me permettait de rompre avec le reste de mon temps usé fripé râpé mon temps vendu pour rien aux patrons des boîtes de course… et à leurs clients déjà les managers friqués les Mickeys arnaqueurs en costard qui reluquaient leur verre de champ à la main nos paluches aux ongles noirs et nos blousons de cuir avec dégoût et envie le soir à la dernière tournée avant celle de la nuit où ils pionçaient pour sûr… on accompagnait d’un coup de bottes le démarrage de la bécane dans la lueur sucrée des réverbères… raouf raouf !…

Le petit bruit de l’allumette scritch… et mes poteaux joueurs de blues… un monde pour des géants… je peignais la nuit et l’éclairage je m’en moquais… la nuit c’était déjà mon territoire d’enfance je la guettais par la fenêtre de notre sixième étage à Aubervilliers… et les chiens du bidonville qui aboyaient à la lune ouaouf ! ouaouf !… quand elle se pointe moi je sors… dans les rues ou dans l’imaginaire c’est pareil… la solitude de ces moments a une épaisseur particulière on dirait un vieil édredon aux plumes légères et moelleuses où y’a plus qu’à s’enfoncer s’enfoncer… et le reste suit… et les chiens et l’écriture et la lune aussi… ouaouf ! ouaouf !…

Notre rencontre à Calamity Jane et à moi au milieu de la table basse jonchée de feuilles et de bâtons de colle ça a été une jubilation physique pas croyable aussitôt que j’ai essayé de taper un mot n’importe quoi sur ses touches qui ont répondu à l’urgence… Clic-clac… clic-clac !… J’avais déjà commencé à ressentir ça en raturant surchargeant découpant collant avec la gourmandise retrouvée mon texte gribouillé dans le premier cahier à petits carreaux et en rajoutant dans la marge à l’encre rouge ce qui surgissait diabolique… Y’aura plus jamais personne qui m’empêchera d’écrire avec un langage de chien au fond d’une cage à la fourrière ou de cheval évadé des abattoirs de la Villette !…
undefined Jardin solidaire  Photo Jacques Du Mont

Juste avant cette soirée singulière je déambulais au gré d’une sorte d’autisme… je butais contre les frontières coupantes aiguisées vives d’un territoire que j’avais tracé à coups de pinceaux vingt années ça faisait pas mal de coups de pinceaux et les murailles ruinées rétrécissaient sur moi à la façon des pièces mouvantes des châteaux d’Edgar Allan Poe… c’est là qu’on aboutit je crois cette étrangeté à son propre monde et à son corps aussi que les gens bien informés sur les désordres humains ont appelé la folie… quand l’angoisse rend la création impossible ce bouclier de feu… derrière on s’est planqué si longtemps et soudain on se trouve désarmé par une réalité beaucoup plus forte… on n’peut même pas traverser la rue tellement on a peur…

C’est qu’on n’a pas arrêté durant toutes ces années de s’éloigner des autres des gens au lieu de machiner un langage qui arrive à dire à raconter à dessiner ce qu’ils ont pas pu pas eu le temps pas eu la patience pas eu la force et la démesure… ta ta ta ta ta !… Moi j’avais tant voyagé à l’intérieur des toiles des autres les immenses ceux qu’on matte d’en bas nous autres les enfants d’ouvriers ou des gens qu’on dit ordinaires que j’en avais eu des images de grandeur absolue…

Ouais je sais… vous allez me dire et Calamity Jane dans tout ça on n’voit pas trop… Calamity Jane avec elle c’est simple en tapant de deux doigts sur son clavier ta ta ta ta ta !… et Hop !… en sautant par-dessus le “ e ” j’allais retourner là d’où j’n’aurais jamais dû partir là où François Villon allait ramasser la nuit du côté des gibets de Montfaucon des fleurs de sang de sperme et de salive où Rutebeuf essayait en vain de se protéger du vent d’hiver et des amis perdus où Edgar Allan Poe chassait la misère à coup de gnole et Jean Sénac errait à la recherche d’un frangin solaire avant de se faire planter au fond de sa cave vigie… c’est-à-dire dans la rue…

Pour l’instant elle était là sur ma table Calamity Jane et je venais d’enclencher la première feuille les doigts au-dessus des touches j’attendais avec au ras de ma peau des petits frissons de plaisir qui me disaient que quelque chose était en train de commencer là forcément quelque chose d’inconnu de nouveau c’était comme le premier poème que j’avais recopié à six ans sur mon cahier d’école et qui avait d’un seul coup farouche changé ma vie… et alors je ne le savais pas…

J’attendais et c’est venu au bout de mes doigts avec le bruit qui ne m’était pas encore familier Clic-clac… clic-clac !… une phrase que j’écrirai ensuite avant de commencer pareil au mot magique des conteurs… une phrase surgie du temps perdu dans les oubliettes des forteresses enfantines qui était à peu près celle que prononçait mon grand-père chaque soir quand venait sensuelle et désirable sous son parfum d’écorces d’oranges grésillant sur le poêle l’heure bleu nuit du conte…

Ecoute… écoute… je voudrais te raconter une histoire…            
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Barrière en bois Jardin solidaire   Photo Jacques Du Mont
 

                   A suivre...
Publié dans : Petites notes de lecture
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Mercredi 12 mars 2008 3 12 /03 /Mars /2008 15:28

                                                          
undefined            Voici un Salon qui ne pose aucun problèmes et en plus il est entièrement gratuit alors pas de raisons de vous en priver.
          Il s'agit du Salon des Droits de l'Homme
 qui aura lieu les 13 et 14 avril toujours dans ce bel espace de la halle entre verre et métal de l'espace des Grands Manteaux que vous commencez à connaître vu qu'on vous y retrouve chaque année au Salon des Revues en octobre... C'est 48 rue Vieille du Temple dans le Marais, vous pouvez descendre au métro Hôtel de Ville c'est le plus facile et ça vous permet une jolie balade dans ce quartier sympath au printemps...
          Nous y serons avec nos Cahiers des Diables bleus
et je vous referai le coup de l'info dans quelques temps pour pas que vous oubliez...
          Alors voilà, on y sera en compagnie de notre amie Marie Virolle et de sa revue Algérie Littérature Action et de son nouveau petit bouquin qui est aussi le mien Jean Pélégri Louis Bénisti L'Algérie, l'enfance et le beau pays des images
et bien sûr de nombreux autres bouquins sur l'Algérie...

Et déjà un grand merci à celles et à ceux qui sont venus nous voir au Salon du Maghreb des Livres et qui ont feuilleté, acheté, découvert ce petit bouquin en mémoire de mon ami Jean... Qu'on ne l'oublie pas ça me fait tellement chaud au coeur !

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

 

 « Histoires de Justice »

La Fédération de Paris de la Ligue des droits de l’Homme organise pour sa troisième édition l
es Rencontres du livre et de la presse des droits de l’Homme, à l’espace des Blancs Manteaux (Paris 4e), le
samedi 12 avril 2008 de 10h à 20h et le dimanche 13 avril 2008 de 12h à 19h.
Le thème retenu pour cette année est « Histoires de Justice ». Ce sera pour tous l’occasion d’évoquer et confronter les différents récits de la justice, de ce qu’elle fait, ce qu’elle dit et ce qu’elle est.
Les débats s’articuleront autour de 6 thématiques : 
·        Justice sociale & Conflits sociaux : Miroir d’une justice sociale en panne ?
·        Justice pénale : Face à l’évolution de la place de la victime, comment penser et évaluer la peine ?
·        Justice internationale : Contre l’impunité, vers un droit universel ?
·        Justice et mémoire : La justice peut-elle contribuer à la construction d’une mémoire partagée ?
·        Justice et Mineurs : Face à face Justice et Mineurs
·        Justice, presse et médias : De Zola à Outreau

Nouveauté pour cette édition 2008 : le café littéraire, un lieu convivial où des écrivain(e)s s’entretiendront de leur œuvre. 
L’espace exposition accueillera plusieurs projets artistiques avec au programme, les collectifs de photographes « Le Bar Floréal », « Tendances Floues » et « Galeries Faits et Causes », « Les dessins d’assises » de Benoît Perucq, « Les prolos » de Gérard Bloncourt, « Ile Seguin » de Gilles Larvor,  les correspondances « Art postal en milieu pénitentiaire » et bien d’autres…Cafézoïde proposera un buffet « Végétariens du monde » ainsi que des animations pour les enfants autour des droits de l’Homme. 
Sont prévus également autour d’une librairie centrale, des dédicaces, un rayon jeunesse, un rayon roman policier, les stands des revues et des associations de défense des droits de l’Homme. 
Dans le souci de rendre ces rencontres accessibles à tous, l’entrée sera gratuite.
Contact presse : Zineb Halaoui

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Et d'abord un grand merci à toutes celles et tous ceux qui nous ont rejoint au Salon du Maghreb des Livres et qui ont feuilleté, découvert ou acheté ce petit livre en mémoire de mon ami Jean... Qu'on ne l'oublie pas me fait chaud au coeur...
Alors à bientôt...
 

Publié dans : Les Diables bleus
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