Je ne pensais pas rouvrir notre blog avant la date fatidique de mon anniversaire le 31
août et puis voilà...
Revenir de ce moment extra de liberté sauvage à Saint-Malo dans le vide des nouvelles
d'un monde qui n'est pas qui ne sera jamais le mien... revenir à reculons avec dégoût et avec le sentiment de l'imposture plus que jamais et retrouver ça...
Eh ouais... ce monde qui ne changera pas avant de se désintégrer et de débarrasser la
petite terre ronde de sa puanteur enfin... Tel qu'on le quitte on le retrouve hein ?
Les riches blancs judéos-chrétiens occidentaux colonisateurs gagnent depuis des lustres
contre les pauvres tous les pauvres sans distinction les autres les miteux les nases les pourris les pas malins les ratés de quelque chose les hyppies les voleurs les femmes noires et menteuses
les femmes de toute façon qui mentent depuis Eve c'est connu les Arabes les Négros les Indiens Rouges enfin nous quoi...
Alors plus que jamais avec toi Nafissatou et avec les Libyens qu'on écrase au
coeur de Tripoli incendiée napalmisée comme Beyrouth Bagdad Gaza... plus que jamais la rage au coeur et aux tripes !
Un monde sans eux
Mardi, 16 mai 2011
A Ophélia petite sœur violée du Bronx
A Nafissatou Diallo
Ophélia petit soleil qui sort du fleuve
Ophélia petite sœur ton cri c’est le mien
Nous défions ensemble leur sjambok dressé
Notre sang mêlé ce matin ta peau est neuve
Ophélia petite âme comme le tam‑tam
Des griots nos pères mon cœur bat et danse
La ville se réveille et toi tu n’as pas peur
La ville c’est un bloc de soucis et d’odeurs
Ton destin s’écrit là de sueur et de peine
Sa douleur est mûre comme une mangue douce
Le chant des cotonniers halète et se déchaîne
Notre jus va gicler dans la gorge du jour
Astre nouveau armé d’une lance qui pousse
Ton jeune corps dehors non tu n’es plus leur proie
Ophélia petite sœur tes pleurs sont les miens
Sur la coupe pleine se serrent nos mains
Ophélia petite ombre tu es le brandon
Arbre de feu chalumeau de notre colère
Ophélia petite guerrière de l’asphalte
Et du Bronx seule étonnée tu ne t’enfuis pas
Tu fais face à leurs couteaux de cérémonie
Ta tristesse se trempe à cette chair d’ébène
Qu’ils fouillent plaies gaspillées tes flancs percés
Pour les mettre au monde renient la puanteur
De leurs paroles poissons crevés dans la nasse
De la ville où veillent violeurs macs tondeurs
Et les familles précieuses des grands chasseurs
Dans les quartiers pauvres le gibier est gratuit
Ophélia petite sœur ton nom c’est le mien
Fiché comme un flambeau devant la porte noire
Ophélia petite enfant sacrée du fleuve
Tu remontes sur la rive nue insolente
Tes poings ne sont liés à aucun serment
De nourrir leur fringale de viande et de sel
Ophélia ma sœur fragile mon errante
Haute et fermée la porte des palais pour nous
Où ils marchandent le sang du sacrifice
De notre force enfouie sur les autels barbares
Ma sœur des rues notre bienveillance demeure
Pour la terre souillée par leurs soldats en rut
Qui s’abreuvent aux mamelles des louves folles
De guerres de fric de fureur et de ruines
Ophélia petite sœur des blancs oasis
Ophélia petite île où accostent au bout
De tant de matins las nos pirogues chargées
De butins de hontes et d’offenses cachées
Petite sœur perdue au large des rumeurs
Je viens me reposer de nos combats muets
Je viens poser ma tête sur tes seins en fleurs
Et écrire le chant des griots impatients
De lenteur qui berce ta détresse et la mienne
Ophélia petite sœur autour de toi le fleuve
Continue d’emporter leurs cadavres offerts
Aux dents des crocodiles bleus tes serviteurs
Ophélia petite sœur merci pour le rêve
De la puissante douceur d’un monde sans eux.
Afrika
blues
Mardi, 5 janvier 2007
Il est cinq heures je me casse
Sinistre tour de passe-passe
Par un chapeau troué de guerre lasse
Et pourtant j'aime tant faire la grasse
Matinée de soleil boire la tasse
Grains de café ton cou enlacent
Prêtresse rouge d'Afrique en disgrâce
Escaliers trottoirs caniveaux en face
De moi qui fuis un immeuble bourgeois tu danses
Il est cinq heures je me casse
Quand le plastique jaune des godasses
Et les gandouras et les boubous font surface
Enterrés les ouvriers pas de trace
Dans la panse de la mère une volte face
Surtout qu'on ne les voie pas c'est dégueulasse !
A la sortie de l'ascenseur je croise en douce
Une petite dame ensommeillée qui pousse
Un chariot étoilé de balais et d'enfance
Il est cinq heures je me casse
De la vie d'un type vide la place
Aux carrefours de nos regards une rosace
Elle a soixante ou plus sa troublante tignasse
D'Afrique décolorée par la pluie aux trousses
Explose dans la crasse en une gerbe rousse
Liane de feu qui enflamme la frousse
De nos âmes paumées loin des appels de brousse
Qu'expions-nous ma sœur dans ces odeurs d'essence ?
Il est cinq heures et je me casse
D'une demeure d'or où je perdais la trace
De mes sentiers voyous aux églantines douces
Où tes cheveux carotte et tes nattes d'épices
Sur le coup de cinq heures alors qu'on se glisse
Dans les savanes d'encre aux saveurs de réglisse
Avaient tissé pour moi en un serment de mousse
Toute l'Afrique femme à ma désespérance.
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