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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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P'tits poèmes diabolique

Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /Jan /2010 11:36

Les Dés-enchantés

Mercredi, 23 décembre 2009


 

Un deux trois il neige

Les cerisiers ont trouvé le moyen

De se secouer comme des voyous

Sur les hommes couchés dans le chemin

De les enrouler dans les parchemins L'éleveur d'arbres d'ombre-copie-1

Comme des songes de chats

Roux

 

Quatre cinq six qui ça ?

Qui prend la piste de Chatila

Avec de grandes robes pâles

Couinent les anneaux des balançoires

Elles leur chantonnent des histoires

Comme les arpèges exquis

Du soir

 

Sept huit neuf un piège ?

Qui est entré hier dans le verger

Cueillir la moisson de fruits rouges

Et la laisser pourrir sur terre Qui ?

Qui a fait s’habiller de blanc l’ancien pays

Comme une écritoire neuve

Et vierge

 

Dix onze douze Je songe

A ce que nous n’avons jamais écrit

En Palestine les cerisiers ont choisi

D’en rester aux fleurs toute la vie

Jeunes épouses des corps habités de vent

Comme d’amoureux mensonges

De neige.

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Mardi 5 janvier 2010 2 05 /01 /Jan /2010 23:06

A contretemps

Epinay, Vendredi, 1er janvier 2010

  Tit-oiseau.jpg

Les grues c’est beau ça voyage en criant

Ça emporte l’hiver de l’autre côté

Du temps

Au bout de la terre il y a l’océan

Le bras levé vers le V des oiseaux pointé

Direction Afrique

A cinq ans Neïla sait qu’elle n’ira pas

Courir toute nue dans l’écume des nuages

Au dos blanc

La grue de fer du chantier en bas ne crie pas

La neige c’est beau ça berce les pages

Aux aubes tragiques

Au bout de la terre les grutiers sans maisons

Construisent de hauts ghettos blancs à l’écart

Du temps

A cinq ans les gamins de la guerre font

Des dessins d’oiseaux rouges volant au radar

Direction désert

Sur le chantier le grutier raconte aux enfants

De l’hiver les pays que le soleil caresse

Longtemps

Les grues ont de la chance aux peuples d’éléphants

Avec nonchalance elles se mêlent et laissent

Enterrer l’hiver

A cinq ans Neïla boit au lait de l’errance

Dedans le gris béton les tribus voyagent

Direction banlieue

Les grues entre leurs pattes gardent la présence

Des cités anciennes Babylone au langage

Du premier printemps

Au bout de la terre et des palais d’opale

Y a des jardins d’eau qui coulent et reculent

Hors du temps

Ceux qui arrivent d’autre part ont les mains pâles

Eleveurs de rossignols ils vont funambules

Enterrer l’hiver

Les oiseaux c’est joli dans les contes d’Ali

Ça apporte l’azur le long des transhumances

Direction banlieue

Au bout de la terre la honte fait son lit

La neige phosphore les draps de l’enfance

Au dos blanc

Les grues c’est beau comme des cerfs-volants

Que les vents voleurs enlèvent pas farouches

Aux aubes tragiques

Le vieux grutier fabrique des tapis volants

Pour le retour chacun enchante ses babouches

Direction demain

Au‑dessus du désert les charognards s’activent

Formations d’enfer chassant peuples migrateurs

Hors du temps

La neige c’est doux dessus la mémoire vive

Ça couche l’oubli sous son manteau menteur

Direction demain

Mais les pages blanches se tachent dommage

Des mots d’ouvriers sur les chantiers en bas

Couleur de sang

Les grues c’est beau en criant ça voyage

Ça emporte les rêves au bled là‑bas

A contretemps

Eole éléphant 2009

Ici il y a une école où on allume

Avec une grue un chandelier géant

Couleur de sang

Au bout de la terre des mômes de brume

Lavent des poèmes de mort venus d’enfants

A contretemps

A cinq ans Neïla sait qu’Ali a écrit

Dans la boue en tombant le V d’envolé

Direction Afrique

Loin d’ici habitent des gens sans pays

Qui tracent les voyelles du temps volé

Aux aubes tragiques

Au bout de la terre il y a l’océan

Qui mêle la boue au sel et à la bonté

Direction demain

Les grues c’est beau ça voyage en criant

Ça emporte l’hiver de l’autre côté

Du temps.

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Vendredi 1 janvier 2010 5 01 /01 /Jan /2010 21:33

      Eh bien voilà ! Désolée de commencer l'année comme ça mais c'est pas moi qui ai choisi... En fait elle commence aussi hard qu'elle a fini et sans Arbres.jpg répit car je pourrais aussi vous causer de la façon dont cet Etat qui nous a scandé toute la journée que la nuit a été calme nous pourrit la vie au quotidien dans nos cités de banlieue et vous raconter la soirée et la nuit d'hier... terribles !
      Vous dire qu'à peine on a commencé à crier " Bonne année " en tapant sur les casseroles de manière bon enfant comme on le fait toujours ici à minuit et c'est pareil avec les klaxons de bagnoles que les flics de la BAC et autres keufs en civil qui circulaient depuis le début de la soirée se sont mis à insulter les gens pour les faire taire et empêcher la teuf...
      Déjà c'est la zermi au quotidien et en plus ils nous interdisent de rire de jouer de respirer de chanter de crier de tout quoi ! Cet Etat pourri depuis trois piges nous empêche carrément de vivre !
      Alors le silence de mort est tombé sur la cité et à deux heures du mat ça a été le grand incendie des bagnoles... explosuins fumée noire flammes et le reste ! Avec patrouilles de flics armés de guns partout et je n'ai pas fermé l'oeil de la night réveillée sans arrêt par leurs radios leurs fourgons leurs cris et tout le bazar !
      Ouais je pourrais vous en faire un poème tant j'en ai marre de ça aussi mais non ! Car y a pire ! Ouais y a pire et vous êtes au courant alors voilà quelques mots encore dédiés à un jeune homme de 25 ans qui n'aurait jamais dû mourir !

La ritournelle des assassins

Epinay, vendredi, 1er janvier 2010

A Mikael Blaise tué par quatre vigiles du magasin Carrefour à Lyon

C'était dans un pays riche très bien
Où tout le monde mange et boit très bien
C'était une société très bien
C'était un grand magasin très bien
Avec des parkings géants très bien
Et des milliers de gens très bien
Qui descendent de leur auto très bien
Et qui prennent un caddie très bein
Autour d'eux des enfants qui jouent très bien
Les portes d'entrée s'ouvrent très bien
Les vigiles fouillent les sacs très bien
Les vigiles sont des types très bien
On peut leur faire confiance très bien
Dans la magasin c'est Noël très bien
Il y a des tas de rayons très bien
Avec des paquets de nouilles très bien
Le caddie passe et se remplit très bien
Les enfants prennent des jouets très bien
On va on vient on s'amuse très bien
Faut pas oublier le sapin très bien
Y'a tout ce qu'on veut c'est vraiment très bien
Les gens aux caisses font la queue très bien
Les caissières disent bonjour très bienFOULES3.jpg
On attend sagement son tour très bien
Sur le parking y a les flics très bien
Le voleur a été pris très bien
Quelqu'un dit c'est un SDF très bien
Il voulait de la bière très bien
D'la mauvaise bière pas cher très bien
Pour fêter Noël tout seul très bien
A la téloche ils en parlent très bien
C'était un jeune il avait 25 ans
Une copine et un appartement
Il avait rien volé il était dans
Le magasin il était calme quand
Les vigiles à quatre l'ont coincé
Menacé entraîné et tabassé
Couché sur la table ils l'ont étouffé
Sans mauvaise intention ils l'ont tué
Les vigiles sont des types très bien
On peut leur faire confiance très bien
Le patron du magasin très bien
Attend la fin de l'enquête très bien
C'était un grand magasin très bien
C'était une société très bien
C'était dans un pays riche très bien
Où tout le monde mange et boit très bien
A la fin !

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Samedi 26 décembre 2009 6 26 /12 /Déc /2009 23:14

La course en queue

Epinay, vendredi, 25 décembre 2009
CLAIRDELUNE.jpg

A Jojo mort de froid dans un garage il y a quelques jours…


“ on se calme, je dis,

on gagne pas en faisant la course

en tête. ”

“ drôle de visite ” in “ Jouer du piano ivre… ” Henri Bukowski

 

La nuit le canal enchante les gueux

Qui se tiennent chaud autour du fanal

Les chauves‑souris danseuses naviguent

Près du passeur d’eau et son chien Fatal

 

Ce soir c’est l’hiver au bord du canal

L’hiver pour son repas le v’là qui déballe

Ses nappes blanches ses couverts en or

Fauchés aux étoiles c’est des faux d’accord !

 

Dommage pour Jojo qui pionce à la belle

Des années qu’il fréquente sa promise

La lune c’est une môme toujours bien mise

Malgré son falzar à trous Jojo est fidèle

 

A sa fiancée qui fait l’trottoir du ciel

Dans les maisons y a des pépées girondes

Qui planquent au creux d’la plume leur croupe ronde

Mais pour Jojo l’confort c’est pas essentiel

 

Il a com’ turbin un job à temps partiel

A moitié le v’là marchand de peaux d’lapins

A moitié de clous rouillés de bouts de ficelles

Il se fiche comac des draps blancs des rupins

 

La nuit le canal enchante les gueux

Qui se tiennent chaud autour du fanal

Les chauves‑souris danseuses naviguent

Près du passeur d’eau et son chien Fatal

 

Ce soir c’est décembre partout y’a des crèches

Des murs en carton comme toit un sac poubelle

C’est du beau travail mieux que les hirondelles

Sans couvrante ça caille Jojo se dépêche

 

Les rois mages au supermarché font leur miel

Pour la paille faut attendre que les prix baissent

Les caddies trésors manquent de l’essentiel

La cabane à mouscaille fière se dresse

 

Le canal sert de décor aux cabotins

Qui rentrent au bercail siroter des cocktails

Actrices chics chasseurs de têtes hautains

Usuriers class couturiers pour petites tailles

 

Toute la jeunesse attachée case

Son fric dans les tiroirs caisses du canal

Les quartiers populos sont leur camp de base

Sur notre atmosphère on sent leurs paluches sales

 

La nuit le canal enchante les gueux

Qui se tiennent chaud autour du fanal

Les chauves‑souris danseuses naviguent

Près du passeur d’eau et son chien Fatal

 

Les blaireaux passent et repassent chaque jour

Devant la cabane à Jojo qui déballe

Ses nippes à sécher sa salle de séjour

En chiffons cageots un p’tit intérieur banal

 

Ce soir c’est l’hiver Jojo fait un feu de paille

Et de papiers normal au bord du canal

Pour réchauffer ses arpions gelés y’a que dalle

A dîner comme invitée la lune qui taille

 

Un costard de brume aux murs de l’Hôtel du Nord

Dessus la nappe blanche la camoufle penche

L’ombre de Jojo dans la poussière en or

Le clair‑obscur lui baille du flouze plein les manches

 

La passerelle verte elle a vu rebondir

Les heures au bouillon des écluses d’hier

Et les chiftirs pareil qu’les mariniers maudire

Le temps qui taxe au peuple même ses manières

 

La nuit le canal enchante les gueux

Qui se tiennent chaud autour du fanal

Les chauves‑souris danseuses naviguent

Près du passeur d’eau et son chien Fatal

 

Quand Jojo était mioche les gars des faubourgs

Venaient s’taper la cloche le dimanche aux frais

Du canal et les bistrots jamais à la bourre

Vendaient le jaja deux ronds ou ils te l’offraient !

 

Les lascars à l’aise amateurs de piq’nique

Au printemps étalent toutes leurs victuailles

Leur whisky sur des tissus à fleurs fantastiques

Et pour les clodos que dalle qu’ils s’en aillent !repression2.jpg

 

Milieu des péniches les poteaux à Renoir

A Carné les frangins joyeux du cinoche

D’Octobre filmaient la misère aux nappes noires

Des taudis ils mettaient du rêve au fond d’nos poches

 

Au fil du canal Jojo noie son idéal

D’être le roi du bal argenterie et gloire !

Y a d’autres héros à l’histoire et le mal

De vivre l’empêche pas de faire la foire

 

La nuit le canal enchante les gueux

Qui se tiennent chaud autour du fanal

Les chauves‑souris danseuses naviguent

Près du passeur d’eau et son chien Fatal

 

Ce soir c’est l’hiver pas un rat dehors

Sauf sa môme la lune qui lui fait de l’œil

Et la calebombe pas encore en deuil

Qui enfile à Jojo des moufles en or

 

Si jamais il s’endort dans la bonne lumière

Faudrait pas s’étonner que ça tourne infernal

Et que le passeur d’eau avec son chien Fatal

Fassent la queue pour assister à la première.

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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /Déc /2009 22:39
Ce p'tit poème pour Louis mon artiste sans art pour Patrick Navaï notre ami des Cahiers des Diables bleus et pour Jean mon frère en écriture...
 

Impasse des peines

 Epinay, mercredi, 2 décembre 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Les poètes finissent tous au fond des caves

A enfiler des jolies perles de vers

Aux toiles d’araignées qui tissent des pull-over

Atroces traversés de fer et  de froid que la bave

De la rosée lave avant qu’ils les renfilent à l’envers

Sur leur peau de gueux griffée à mort par l’hiver

 

Et au‑dessus y a des bourgeois qu’ont des boutiques

Dans des quartiers artistes très aristocratiques

Où des jolies poupées jouent avec leur corps de jade

Des gens crevant d’ennui s’enivrent à coup d’orangeade

Le jet d’eau vert voyeur à hauteur de leurs bottes

D’une fontaine effrontée face au piano muet papote

 

Les poètes crachent dans des mouchoirs de brume le sang

D’un crime horrible à l’aube rouge ils ont bu un verre

De joie s’ils sortent ils sont la cible des passants

Qui vont le soir se faire voir aux cafés chics ils s’assoient

On ne sait pas ce qu’ils veulent avec leur cœur de verre

Ils vident leurs sacs de nœuds au nez des vers à soie

 

Et au‑dessus y a des bourgeois qu’ont des boutiques

Dedans des rues repues aux noms qui changent

D’habits comme de vieux pianistes lunatiques

Pourquoi ces noms de rues qui dérangent

L’âme des p’tits oiseaux picorant le pain qu’on jette

Entre les barreaux des caveaux où crèvent les poètes

 



Et que fait là l’Apollinaire revenant d’une guerre

Que les marchands d’habits neufs ont achetée naguère

Pour pas cher le prix d’un œuf dur sur un comptoir glissant

Avec son pansement blanc comme un lange

Ce turban qui retient tous les éclats d’astres bruissant

Dedans son crâne pendant que grouillent les vers

Gras comme des papes Impasse des Deux Anges

 

Et la rue Léo Ferré elle est où à cette heure hein ?

Au bout du voyage quand je descends à Saint‑Germain

Des Prés j’ai des trous sous mes chaussures et bien de la peine

Coule l’eau coule dessous les ponts de la Seine

Pas un brin de lumière qui remonte des caves

Les noms des poètes dérivent mouvantes épaves

Que la pluie lave et que fument leurs vers et mange

Ma mémoire brin de bruyère leur chant qui nous venge.

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