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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Samedi 5 avril 2008 6 05 /04 /Avr /2008 15:34
                                                        
On aimerait bien à l'occasion du Salon des Droits de l'Homme du week-end prochain, les 12-13 avril vous rencontrer vous qui venez si nombreux sur notre blog des Cahiers des Diables bleus.
On y sera au stand des revues avec notre dernier Cahier Résistances qui est un spécial Mai 68 où ont écrit des gens comme nous qui n'avaient pas 20 berges en ce joyeux mois de mai...

Si vous avez envie de vous faire une jolie promenade dans les petites rues parisiennes du côté du bej espace des Blancs-Manteaux rue du Temple au métro Hôtel de Ville c'est très facile à trouver... alors venez !

On partagera quelques mots diaboliques et on fera connaissance en chair et en poils... Il y aura avec nous notre amie Marie Virolle de la revue Algérie Littérature/Action que vous connaissez depuis le temps qu'on salonne ensemble... On vous attend !


Salon des Droits de l'Homme Et si vous avez envie de participer à notre prochain Cahier qui aura pour thème "la banlieue des travailleurs" avec vos textes ou vos images on sera ravis de les découvrir...



















A bientôt...
Publié dans : Les Diables bleus
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Vendredi 4 avril 2008 5 04 /04 /Avr /2008 12:31

Ecrits d'banlieue Comme ça m'arrive de rédiger des petites notes de lecture qu'on me demande pour des revues, j'ai eu idée de vous faire partager celles qui touchent à ce qu'on aime dans notre blog des Cahiers des Diables bleus les écrits d'la banlieue...
Mais voilà que ça n'est pas simple d'écrire à partir du territoire de la banlieue et de faire en même temps un récit romanesque... pour ça faut être un chouïa écrivain me semble... pareil que quand on écrit à partir d'un autre lieu sauf que là y a une langue vraie et neuve à s'approprier...
Alors si vous avez envie de m'envoyer vos bouquins ou ceux de vos poteaux allez-y ! C'est en s'y collant qu'on la fera notre création d'banlieue... 
Vous pourrez lire ces notes de lecture dans la revue Algérie Littérature/Action animée par Marie Virolle.  

                                                     
Kiffer sa race
Habiba Mahany
   Ed. JC.Lattès, février 2008

      “ Kiffer sa race ” : un titre heureusement provisoire ( j’ai lu les épreuves de ce livre avant publication ) et on espère bien que l’auteur et l’éditeur l’ont laissé tomber car il est plus que temps de se poser la question de savoir quand on arrêtera de réduire la banlieue qui n’est pas une mais des banlieues, ses formes de créations qui ne cessent pas de se multiplier de se diversifier de se singulariser, et les langues ou langages qui y surgissent et s’y transforment à la vitesse d’un fusil mitrailleur à nébuleuses, de les réduire donc à deux ou trois mots qui sont pour les créateurs de banlieue comme un tatouage par lequel ils ont déjà bien du mal à ne pas être désignés marqués formatés ?
         Car un livre c’est avant tout une affaire de mots de langue à inventer à bouleverser à faire advenir à travers tous les méandres vicieux de la langue écrite et immortalisée depuis longtemps dans nos manuels scolaires qui ne bouge qu’une fois par siècle et encore parce qu’un écrivain très marginalisé ose risquer le pilori en écrivant “ autrement ”.
         Et qu’attendre d’autre des jeunes écrivains issus de notre métissage subtil avec l’Afrique en l’occurrence l’Algérie et vivant dans ces banlieues où le territoire des grandes cités et ce qu’il a généré comme imaginaires particuliers et à hautes intensités étant donné les frottements incessants et aventureux de tant de populations d’origines de cultures de mœurs de religions de rêves différents, qu’ils aient assez de jeunesse d’insouciance et de révolte face à l’écriture pour y jeter leur langue orale comme un pavé dans la vitrine astiquée et réastiquée par les centaines de mains des auteurs classiques connus ?
         Le rapp puis le slam et toute la culture hip-hop depuis une vingtaine d’années nous ont donné des preuves que la spontanéité de la création improvisée soutenue par une ferveur rebelle et divers sentiments d’exclusion et d’injustice flagrante semblables à ceux qui ont jadis fait naître le blues, dans le contexte singulier des cités si dynamique et si mouvant apporte avec elle un vrai langage qu’on aurait vraiment envie de retrouver dans les livres qui viennent aussi de ce lieu-là.
         Le problème se pose pour le livre de Habiba Mahani de transmettre cette langue orale à travers une histoire qui mêle forcément biographie car à 19 ans c’est à partir de soi et de sa famille qu’on écrit et désir d’intégration à la culture française, au plaisir et à la jubilation de l’écriture tout en créant un récit singulier qui ne se noie pas au gré d’une “ atmosphère des cités ” ou de l’utilisation non travaillée ni filtrée par l’arc-en-ciel poétique qui est le métier à tisser de l’écrivain de la langue qu’on entend et qu’on pratique chaque jour.
         Ce mélange des termes de la langue arabe courants : “ hlam, walou, zina, aïn, hachouma, carba, chitan, misquine, yema, chorba… ” à des mots arabes francisés : “ kif-kif, bled, casbah, toubib… ” auquel on rajoute un peu d’argot composé de verlan et autres expressions habituelles aux cités “ blase, daron, vénère, keums, ciste-ra, keufs, zgeg, ouf, scarla, thune, relou… ” même bien touillé avec des citations ou titres extraits d’émissions télés et ou de séries américaines panachés de mots anglais tout ça ne fait pas une langue forcément même si c’est forcément avec tout ça qu’on fait une langue…

            Le thème choisi pour ce récit est simple : Sabrina celle qui raconte est la deuxième fille après Linda l’aînée de la famille Asraoui “ Safia et Mohamed c’est mes darons, et moi, c’est Sabrina Asraoui… ”, famille algérienne moderne puisque Safia travaille “ … elle gagne plus de thune que son ouvrier de mari… ” et du coup l’ambiance est plutôt à la complicité entre les deux filles face au “ fils unique pourri gâté, encouragé par une mater trop protectrice”. Adam malgré le côté détendu de la pratique religieuse familiale va donc jouer le rôle rabat-joie et attendu du petit grand frère maghrébin.
          Le décor de la cité de banlieue est planté dès le premier chapitre avec le choix très orienté et médiatique d’Argenteuil et de sa dalle où le jeunesse de la zone s’est vue donner son titre de noblesse qu’elle ne quitte plus et qu’elle a transformé depuis longtemps en “ caillerra ”. La tour de 14 étages où crèchent Sabrina et sa copine Nedjma “ ma reine du Maroc ” est elle aussi décrite dès les premières pages du premier chapitre étage par étage avec en prime “ le Rachid ” “ le résident permanent du couloir ”, ce qui permet d’y aller sur les odeurs les bruits et tout le reste…
         Pour la suite du récit on se contentera d’un bref résumé car l’histoire se déroule entre l’appartement de la famille Asraoui, le toit de la tour où Sabrina et sa “ cop ” Nedjma se réfugient pour rêver à autre chose que le monde d’en bas et le lycée Romain Rolland d’Argenteuil avec sa population de jeunes lycéens métisses que l’héroïne nomme gentiment “ la joyeuse bande d’abrutis ”parmi lesquels débarque en ce début d’année scolaire un nouveau Alphonse Mercier “ un sacré gosse beau ” avec lequel Sabrina entame une amourette adolescente doublée d’une compétition d’élite pour la première place.
          Si on ajoute à cette trame simple du récit autobiographique quelques allusions aux problèmes de drogue qui touchent Nedjma un moment mais sans gravité, ce qui permet de ne pas plonger dans la réalité complexe de ce thème toujours traité avec méconnaissance et frivolité ainsi que celui des sans-papiers puisque le bel Alphonse est immigré haïtien dans l’illégalité… et que là aussi le premier de la classe se trouve sauvé par magie des centres probables de rétention qui attendent ses potes plus malchanceux, on a fait le tour de l’ambiance “ reportage ” qui anime l’ensemble du livre.
          Depuis Le Gône du Shaaba d’Azouz Begag on a pris l’habitude que les écrivains ou prétendus tels issus de l’immigration comme on dit sont forcément les premiers de la classe ce qui nous est délivré dans les premières pages de ce livre décidément chargées comme le code à ne pas perdre de vue : “ Je suis comme toute la classe et peut-être soixante-quinze pour cent des ados de mon âge, incapable d’envisager mon avenir. Mais à la différence des cancres de ma ZEP, je sais que, élève sérieuse, j’ai un futur. ” Le côté léger et plein d’humour de la façon de raconter de l’auteure qui ne manque pas de trouvailles de style est souvent malmené justement par cet aspect “ élève sérieuse ”…
          Dommage qu’on nous retire ainsi pas mal de nos espérances quant à un récit qui sorte des codes convenus de l’écriture scolaire car il me semble que ce qu’il y a d’original de créatif de nouveau et de vivant dans les multiples créations de banlieue se planque probablement sous la peau de ceux que Sabrina appelle des “ cancres ” en tout cas certainement des marginaux tel que l’a été il y 20 ans Mounsi quand à partir de ses expériences de jeune délinquant et de son séjour à la maison de redressement où il découvrait François Villon il nous offrait le récit unique jusqu’ici dans sa force évocatrice dont sont capables les jeunes créateurs de la zone : La Noce des fous.
            A la lecture de ce livre la question reste posée encore une fois : existera-t-il un jour un véritable “ Bardamu des banlieues ” dont les aventures emporteront avec lui toutes ces personnalités des cités qu’on rencontre quand on en prend le temps et qui venues du Maghreb d’Afrique d’Asie et de toute l’Europe mêlant leurs langues et leurs histoires font de l’univers de la zone un espace d’expressions puissant et original qui mérite qu’un grand romancier s’en empare ?
 
Publié dans : Petites notes de lecture
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Jeudi 3 avril 2008 4 03 /04 /Avr /2008 23:28

 La belle étrangère suite...  Ecoute… écoute…
                Quand ils se séparent il laisse derrière lui le monde qu’il a trop aimé quand il était p’tit et qui existe plus sauf dans la tête des vieux de la zone comme Mangoo et des autres ouvriers immigrés… les zimmigris comme elles les appelle dans son enfance à elle… eux ils ont gardé la mémoire de cette époque où les gars d’la banlieue sur les chantiers partageaient des bouts d’leurs vies et ils se rappellent… Mais les vieux ouvriers il n’racontent pas c’est pas dans les habitudes… Et il se dit en remontant chaque fois direction le trou d’Mulot et Hop ! sur la gauche qu’l’existence de son vieux y a personne qui la connaît aujourd’hui… sauf Mangoo… sauf  Mangoo…
               La famille de son daron était originaire du Nord et comme presque toutes les familles de paysans de ces régions où tout était noir… le ciel la terre les mains des gens leurs yeux profonds de fatigue et de pauvreté c’était Zola là-bas faut le dire les garçons trimaient à peine ils avaient dix piges à faire le garçon de ferme et après c’était la mine ou les fonderies parcours obligé on connaît ça… Son vieux avait été embarqué dans c’wagon-là pareil que les autres et comme la mine c’était vraiment trop la zermi alors il avait migré direction la banlieue… Les années de la banlieue pourpre après la grande frénésie des assassins avec uniforme et tout le barda elles étaient propices à l’envol des milliers de papillons d’leur province cocon du Nord où le noir leur charbonnait les ailes depuis des temps… On avait abattu massacré raboté et maintenant on allait reconstruire… y avait du boulot comme on voulait dans le bâtiment…
             Mangoo il s’en souvenait bien lui qu’était arrivé dans le deuxième wagon d’la chair humaine qu’on trimballe par ci par là et qu’on retrimballe dans l’autre sens quand y a plus besoin… ils se pointaient sur les chantiers à l’adresse qu’on leur avait refilée au village le type qui était là régulier venu de la Gaulle pour les décider il leur touchait la main pour voir s’ils avaient des traces du travail dedans et si t’avais les épaules de buffle blanc de Mangoo… il disait ça en se marrant à son vieux qui hochait la tête parc’qu’il était communiste et qu’il savait ça aussi alors ils te prenaient pas d’hésitation et tu partais avec le p’tit balluchon t’étais content c’était la bonne chance… Mangoo avant de monter dans l’autobus des brousses tout pareil qu’ici leur 154 leur bétaillère de la banlieue pour rejoindre la ville de Lomé il avait ramassé deux pierres sur le chemin du village et il les avait mises dans la poche de son boubou bleu c’était que le début du voyage et ça avait duré des heures de grosse fatigue et à mesure il était un peu inquiet heureusement qu’il avait les pierres…
           La silhouette d’arbre géant de Mangoo au bord du fleuve d’ici près des petites rues du vieux village d’Epinay le village du cinéma où on faisait les tournages elle se dressait fière depuis les années qu’il avait fait tout le chemin pour venir… la silhouette de Mangoo planté là avec tout autour la grande savane de lave qui flambe et le porteur de parole le griot de son village qui lui rend hommage à lui Mangoo qui a rien oublié il est la mémoire des hommes des chantiers… A chaque fois qu’il le rencontre en allant rejoindre son trou de la rue Mulot il lui parle de son vieux et des autres qu’il emporte à l’intérieur de sa peau sous la toile rêche du boubou bleu et ses paroles sont bonnes pour lui comme les dessins qu’il ramassait quand il était p’tit… c’est des paroles pareilles à des lampes pour la mémoire… Et quand ils se séparent d’un geste tranquille de la main le vieux Mangoo il fait rentrer le feu dans son chemin de braise…
 Ecoute…
               Son vieux quand il est venu il a été embauché comme manœuvre sur les chantiers avec les camarades c’était facile ils vendaient leur force et leurs mains d’ouvriers contre des poignées de monnaie qu’on leur vidait au creux des paumes à la fin d’la semaine et ils créchaient dans les cabanes du chantier tout ceux qui étaient pas du coin presque tous y avait pas de différence… Le soir ils partaient à pied le long du fleuve au printemps quand il avait son pelage de bestiole cuivré qui scintillait jusqu’à La Briche en écoutant le cœur lent des péniches de gravier qui battait à leur pas manger dans les gargotes de Saint-Denis et boire des verres de rouge de limonade et de coca…
            La ville c’était rien qu’un chantier d’un bord l’autre on entendait les bruits terribles des machines qui pétrissaient les énormes poignées de sable et de mortier pour monter ces falaises verticales où allaient pas tarder à s’installer les troglodytes modernes qu’ils étaient en train de devenir… La ville c’était eux qui l’avaient construite monté sur leurs dos avec leurs paluches d’anciens paysans de mineurs de lamineurs avant eux elle était qu’une prairie coquelicots bleuets chardons et les grosses têtes blanches des marguerites sauvages qui sentent fort l’été… elle était un brasier d’églantines rouges au printemps…
           L’accident aussi c’est encore Mangoo qui lui a raconté vingt fois cent fois quand il a plus été un p’tit heureusement c’était pas un jeudi… La grue ils avaient l’habitude de la voir se balancer comme ça au milieu du chantier personne faisait attention c’était un gros animal familier quoi… et d’ailleurs des accidents y en avait plein parmi les ouvriers on l’sait bien… Ce jour-là Mangoo était en train de ferrailler à l’autre bout du chantier quand il a entendu qu’on criait en même temps qu’y avait un bruit comme d’un effondrement et des brouillards de poussière qui bondissaient de l’endroit où étaient entassés les sacs ciment comme s’ils avaient explosé d’un coup… C’est un camarade qu’est passé qui courait qui lui a jeté que le crochet d’la grue avait plongé sur un gars il fonçait chercher du secours…
           Mangoo il s’est précipité et aussitôt il a pigé qu’c’était sur son vieux qu’elle était tombée la masse de ferraille il a senti qu’son cœur tapait tapait c’était pire qu’un vacarme là‑dedans l’intérieur d’sa poitrine ça pétait pareil que si on avait tiré des roquettes de la guerre… pan ! pan ! pan !… Même il avait l’impression que des fusées lui sortaient des oreilles… il se rappelait qu’il s’était dit : s’il est mort je reste pas… non je reste pas… C’était pas possible d’approcher les camarades ils faisaient un mur ils voulaient aider ils s’appelaient ils criaient ensemble il a fallu qu’il bouscule plusieurs qu’il les attrape par la manche du bleu il était méchant comme fou…
 - Laissez-moi ! laissez-moi !… il grondait il crachait il maudissait… il les piétinait avec ses grosses godasses du chantier pleines de boue on l’avait jamais vu dans c’t’état lui Mangoo qu’était du calme des grands baobabs d’odinaire…
                 Pour finir il est arrivé jusqu’au centre du drame et y avait déjà le patron qu’était là il avait posé sa veste sur le corps de son vieux et il faisait des gestes qu’on apporte vite fait un brancard il avait donné des ordres on allait pas attendre les secours y’avait trop l’urgence…
            Mangoo dès qu’il a vu il a su que le vieux était pas mort son visage il était blanc mais il bougeait les lèvres pour gémir tout doux tout doux… il a poussé un soupir comme l’alizé d’son village et des larmes ont fait des traînées dans la poussière grise de ses joues mais tout d’suite les camarades ont ramené l’brancard et l’patron qu’était un type bien a demandé deux gars pour emmener le blessé jusqu’à son auto il allait direct partir pour l’hosto de Saint-Denis… Mangoo il a saisi les poignées avec un autre qu’était leur poteau de la cabane du chantier et sans s’regarder ils ont soulevé le camarade comme si c’était un enfant malade et à chaque pas sa tête allait de droite de gauche de droite de gauche avec un peu de salive qui coulait et ses petits gémissements tout doux tout doux…
           - On a repris l’travail sans s’causer… il a raconté Mangoo mais tous on guettait l’bruit d’lauto du patron pour savoir si y’avait une chance que ton papa y s’sorte de là… il a mis long à revenir tu sais… quand on l’a entendu on s’est tous arrêtés d’un coup et le patron s’est pointé il savait qu’on guettait il est venu direct sur nous l’équipe qu’était là c’était les camarades à ton papa… il nous a regardés et il a dit avec la voix joyeuse presque…
          - Il va s’en tirer les gars… il va s’en tirer… les poumons ont pas trinqué c’est que les côtes… on a eu chaud alors ! Qu’est-c’qu’on a eu chaud !… et j’crois bien qu’il avait eu aussi peur que nous p’tit… On était une vraie équipe et ton papa l’communiste comme ils disaient ils avaient l’respect pour lui vrai ils l’avaient… L’patron c’était un ouvrier aussi… son papa à lui il était venu du Nord des mines il pouvait pas respirer… ça explique… on était des bons camarades c’était comme ça ouais… c’était comme ça… 

  A suivre...
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Mercredi 2 avril 2008 3 02 /04 /Avr /2008 13:01

Journal de Palestine
Printemps- été 1993
Photos Marc Fourny  Camp de Khan Younis à Gaza 1993 

“ Comment un peuple qui a tant souffert pendant des siècles et qui a connu l’errance, les pogroms, les fours crématoires, les génocides et l’holocauste, peut-il à son tour, par les armes et le feu, imposer à un peuple qui l’a accueilli, l’affront, l’avanie, le vol des terres, la mise en cage ? 

Comment, en somme, et par quel maladif retournement, le persécuté devient sans honte et sans mémoire le persécuteur et le bourreau ? ”Jean Pélégri    
Jean Pélégri Jean Pélégri l’Algérien Le scribe du caillou Ed. Marsa, 2000
“ Nous ne sommes pas les Juifs de l’état israélien, nous sommes ses peaux-rouges. ”
Elias Sanbar Le Bien des absents, Actes Sud, 2001

           Pour accompagner les extraits de ce Journal de Palestine composé de lettres que nous nous sommes écrites mon ami Marc et moi en 1993 par la réalité quotidienne de ce que peut être la vie des Palestiniennes et des Palestiniens dans un camp, j’ai intercalé dans le texte des fragments du livre d’une jeune fille palestinienne originaire de Tibériade.
         Il s’agit de Racha Salah dont le recueil L’an prochain à Tibériade publié en 1996 aux Ed. Albin Michel est constitué d’une suite de dix lettres écrites soit à partir de la France où elle séjourne brièvement pour ses études soit à partir du camp Ein-El-Héloué situé au Sud‑Liban, non loin de Saïda, où elle est née le 31 mai 1973 et où vit sa famille. Ces lettres sont elles aussi adressées à un ami français Nicolas.

          Quelque part de ce côté-ci de la Méditerranée dans des espaces encore en marge des grands ghettos nous étions en pleine correspondance avec un double projet fou en tête… Un voyage en Palestine d’où devait naître un livre mêlant photos graphismes à l’encre et textes à partir du journal de bord de cette rencontre. Et ce quelques mois avant que ne prenne figure en Palestine un rêve à préserver à tout prix… L’illusion qu’un autre monde était possible à naître.
         Mais d’abord qui ça “ nous ” ? Il n’y a pas un mot qui m’inspire plus de recul que celui-là lorsqu’il désigne l’univers clos auquel les autres n’appartiennent pas… En l’occurrence nous n’étions que deux… Deux cherchant sans trêve la gageure qui avait fait de nous des “ compagnons de route ” dès l’âge de 17 ans malgré les errances qui ne nous avaient alors pas encore séparés comment vivre et partager une certaine réalité et continuer à l’inventer en bordure d’une société qui n’était pas la nôtre…  Jeune femme à Khan Younis 1993
          “ Bordeaux, le 1er juillet 1994
            Mon cher Nicolas,

         Depuis trois jours, malgré l’été, la pluie tombe sur Bordeaux. Des gouttes fines et incessantes qui rendent le domaine universitaire de Talence plus triste encore. Il est 15 heures. Allongée sur mon lit, j’entrevois la noirceur du ciel. Je sirote lentement un café oriental au marc épais. J’y ai mis des grains de Helle, dont l’odeur me rappelle les ruelles de Ein-El-Héloué. J’ai passé mon dernier examen hier. Dans deux jours je m’envolerai pour retrouver mes parents.
         Eveillée, les yeux grands ouverts, je rêve une fois de plus à ce jour de 1948 où les miens sont partis de Galilée. Chassés par les fils d’Israël. Ma grand-mère, la vieille Oum Salah que tu as connue l’été dernier, m’a tant de fois décrit la scène, la dessinant de son doigt sur la poussière du sol, que j’ai le sentiment d’y avoir assisté. J’ai tout revu : l’encerclement du village ; le rassemblement de ma tribu dans la prairie derrière la tente de l’émir, mon grand-oncle ; ce militaire israélien à la voix dure qui leur ordonnait dans un arabe parfait, de tout quitter sur-le-champ ; les visages effrayés des jeunes prisonniers retenus en otage, les mains liées derrière le dos, regardant s’éloigner leur famille. ‘ Si vous revenez, ils seront tués… ’, menaçait l’homme.
         Oum Salah m’a raconté que les Satatoués étaient partis en laissant tout sur place. Il leur avait fallu dix heures de marche pénible, avec les enfants et les femmes enceintes à travers les chemins tortueux des montagnes de Galilée, pour parvenir jusqu’au village chrétien d’El-Rama. Là, le maire, un ami de notre émir Hussein Ali, les avait hébergés. Quand, trois semaines plus tard les Israéliens, vainqueurs de cette première guerre israélo-arabe, menacèrent El-Rama, ils prirent de nouveau la route.
        Pour se mettre définitivement à l’abri, ils passèrent la frontière libanaise et s’arrêtèrent à Ein-El-Héloué, aux portes de la ville de Saïda. Sur un grand terrain vague loué par l’ONU au gouvernement libanais, ils montèrent les tentes qu’on leur avait donné dès leur arrivée. Vieux, jeunes, femmes et enfants se couchèrent épuisés, à même le sol.
        Combien de fois ai-je entendu ce récit ? ”

Une habitation au camp de Khan Younis  1993

Discours de l’homme rouge
Mahmoud Darwisch
         “ Ainsi, nous sommes qui nous sommes dans le Mississippi. Et les reliques d’hier nous échoient. Mais la couleur du ciel a changé et la mer à l’Est a changé. O maître des Blancs, seigneur des chevaux, que requiers-tu de ceux qui partent aux arbres de la nuit ? Elevée est notre âme et sacrés sont nos pâturages. Et les étoiles sont mots qui illuminent… Scrute-les, et tu liras notre histoire entière : ici nous naquîmes entre feu et eau, et sous peu nous renaîtrons dans les nuages au bord du littoral azuré. ”
Au dernier soir sur cette terre,Ed. Actes Sud, 1994

        Extraits de Journal 93
        ( … ) Printemps… Jeunes cerisiers complètement fous… Je comprends que Louise Michel ait noté ça dans son Journal de la Commune : “ Une pluie de pétales dans les tombes… ” Première année qu’ils s’offrent à moi de cette façon obstinée et impudique… Trois ans que je les ai plantés… Cette offrande de papillons pour moi qui n’attendais que les cerises… Une bonne leçon !
       Où es-tu mon petit camarade ? Pas de nouvelles de toi depuis… et notre projet alors !… As-tu oublié Palestine ? Est-ce que ça existe un paysage sans papillons ?… Là-bas les cerises n’ont pas besoin de printemps… Elles éclatent en douce dans le dos des enfants… J’ai confiance… Tu as dû tout préparer dans ton silence qui a l’épaisseur ouatée d’une chrysalide… Depuis le temps je devrais te savoir...
         Moi aussi j’ai bossé de mon côté comme tu imagines bien… La déflagration de l’hiver qu’a été ma rencontre avec L’Indien rouge de M. Darwisch n’a pas cessé de produire des effets brûlants dans mon ghetto intime… Pas possible de laisser un instant le poème… Car il me parle tant de moi de nous… La terre le jardin… ce qui nous a été détruit lorsque ce rêve d’une fusion nouvelle avec la matrice généreuse… ce mélange cosmique de boue et d’étoiles est mort après nos folles années 75-80…
       L’Indien rouge… Celui dont on a coupé le corps de sa gravitation dans l’univers… Et on arrête pas de couper… Alors le poème qui relie… qui réconci-lie… qui repose… comme une halte sous la tente ( l’attente ) en plein désert d’errance… Nuit-jour-nuit-jour… Une explosion d’images et de rythmes… un blues jouisseur à mourir… un bien-être fou dans le corps… S’il n’y avait que ça ce serait déjà un signe… 40 dessins gribouillis avant l’encrage qui attendra ton retour si tu veux bien… ( … )
      Lu et annoté pour toi Palestine 1948 L’Expulsion d’Elias Sanbar, ainsi que tous les articles en ma possession avec détails précis et renseignements pratiques sur Palestine de ces dix dernières années dans la R.E.P. ( Revue d’études palestiniennes ). Ai préparé aussi de petites notes absolument inachevées pour poser entre mes dessins et les photos que tu ramèneras des “ Territoires ” avec ton “Journal de bord ”. Tu vois notre livre pousse avant même que notre désir soit mis en actes…
      Mais… ( excuse la question tu me connais… il faut toujours que j’introspecte…  ) est‑ce que tu t’es demandé ce que tu allais ce que nous allions chercher là-bas ? ( …)

Une femme vendant quelques affaires au camp de Khan Younis  1993
A suivre...
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Mardi 1 avril 2008 2 01 /04 /Avr /2008 13:14

Enfin… les éléphants
Epinay, dimanche 30 mars 2008
Cet état comme tous les états sans âme
Est un vieillard honteux qui tue
Pas de toison d’étoiles Galaxie est morte
De petits gnomes au fond des mines marnent
Ils ont des culottes noires et larges
De désespoir pendant ce temps à la surface
De petits bouffons font le repas des dames
Des princes et des commerçants du palais
Des chiens savants à grelots gardent les portes
Ils ont des culottes roses Surprise !
Ils prennent des poses pour les yeux mécaniques
Des journaleux muets

Cet état comme tous les états sans âme
Tatoue vieillard son peuple nu
De trois points de suspension Suite dans la marge
De petits nains dans le super néant s’acharnent
Ils ont des culottes jaunes leurs mains
Des fois s’égarent On les jette du balais !
De petits laquais astiquent les matraques
Des maîtres que les shérifs gras arrosent
De pouvoirs guimauves promesses de royaumes
Ils ont des culottes grises ils misent
Sur la bêtise en paillettes et les miroirs
Des fiers penseurs poussifs

Cet état comme tous les états sans âme
Dévore vieillard ceux qui suent
Plein ses caves leur liqueur rouge s’entasse
De petits poètes au pied des réverbères
Dans des flaques de sang clair guettent des renards
Ils ont des culottes bleues Il pleut dans leurs paumes
De petits rebelles épiques piquent à
Coups de fourchettes la panse des rupins grasse
Et bourrée d’or dur Les juges les feront pendre
De petits bourreaux braves préparent la traque
Ils ont des culottes brunes la gloire
D’un peuple fou les suit Cet état comme tous les états sans âme
A maquillé vieillard la rue
De traîtres qui font tomber les acrobates
De petits saltimbanques musiquent en bas
Ils ont des culottes rouges Leurs ongles tendres
Glissent le long des cordes lisses des guitares
Ramassent les corps de ceux qui se balancent
Dans le vide et jouent jusqu’à mettre la lune
En cage qu’ils plument pour écrire un mot
De petits oiseleurs ont des boules de neige
Dans leurs poches qui ne serviront à rien
De petits soldats morts tirent sur des enfants
Ils ont des culottes kaki l’enfer
Dans leurs yeux déments luit

Cet état comme tous les états du monde
Sans âme est un vieillard foutu
Des licornes vont lui brouter ses terrains vagues
Et enfiler sur leur nez des anneaux d’iris
Paraboles d’arcs-en-ciel elles appellent
Les animaux sans-culottes et les poètes
De petits maquereaux en haut des escabeaux
Matent la caravane des oiseaux couleurs
Prêts à prendre la tête de l’insurrection
Ils ont des culottes rousses et des pelles
Pour ramasser la monnaie et frapper au front
De petits barbouilleurs barrent les rues de tags
Ce sont des rats armés de bombes aéros
De petits macaques mettent les murs en miettes
Dessous les cailloux meurent les maquereaux
Et pendant que les eaux des fleuves remplissent
Les rues se ramènent enfin sans états d’âmes
Les éléphants experts en révolution
Qui font déborder de chaque côté du monde
Le bleu de nos larmes pour y laver le ciel. 
Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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