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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Mercredi 28 mai 2008 3 28 /05 /Mai /2008 12:20

Cet espace m'offre la possibilité de vous parler à nouveau de mon ami Jean Pélégri écrivain et poète d'Algérie qui est parti de l'autre côté du temps il y a quatre ans et qui me manque...
Je profite de la publication d'un petit livre au mois de mars 2008 :
Jean Pélégri Louis Bénisti L'Algérie l'enfance et le beau pays des images aux Ed.Marsa pour vous faire partager un texte extra et quelques-unes des nombreuses images que m'a confiées Juliette Pélégri la femme de Jean et qu'elle m'a autorisée à reproduire ainsi qu'une illustration réalisée par le fils de Leïla Sebbar Sébastien Pignon.

      La mer c’est un miroir qui ne faisait que réfléchir mes désirs
        Non daté

Avril 1925 Jean et sa mère à la ferme Haouch El Kateb

Algérie, terre adultère
Texte non daté reconstitué à partir d’éléments écrits au brouillon.

Depuis un siècle, entre moi et mon passé, entre moi et mon avenir, il y eut toujours la mer.

      Et aussi entre moi et Dieu, car si le ciel est une vitre transparente, derrière laquelle il m’est arrivé quelquefois d’entrevoir des paysages innocents, primitifs, et neufs comme le seraient ceux du Paradis, la mer, elle, est un mur et un miroir où tout au long de sa vie l’homme butte contre les limites de son visage.
      Il y eut toujours la mer, pour moi et pour ceux de ma race, cette obscure conscience bleue, profonde et animale, ô compagne sans âme agitée des houles phosphorescentes de l’insomnie, et pourtant, certaines aubes je t’ai connue, calme, propre, pure, paisible, comme le bonheur que tu me donnais, et sablonneuse comme l’amour.
      Il y eut toujours la mer. Et c’est toujours dans l’écran de ce miroir que j’ai suivi mes changements. Et maintenant il y a encore la mer entre mon fils et moi.
      A l’origine de tout, il y a un événement lointain, très lointain qui ne me concerne pas directement, et que pendant ma jeunesse, j’ai négligé car, jeune, mon œil était si avide qu’à ce grand repas de l’univers, il fondait sur les plats, dévorant tout, et ne laissant, pendant le jour, rien à l’oreille ni à l’intelligence. J’étais sans cesse braqué sur le présent, en arrêt devant les couleurs, avec le pouvoir trompeur de n’accorder d’existence qu’à la lumière et d’ignorer l’ombre qui la côtoyait.
      Mais, quand au crépuscule le soleil s’enfonçait dans la mer, effaçant les couleurs du monde et donc la présence du monde, je coulais avec lui, descendant dans les profondeurs de la houle nocturne, croisant toutes les ombres que j’avais noyées pendant le jour…
      Cela a commencé il y a plus de cent ans, mais l’histoire est inscrite au cœur de chacun de nous comme un secret d’enfance, à la fois héroïque et terrible.
      Le secret de toute une race.
      Un secret qu’il faut aujourd’hui trahir, car c’est quand il devient adulte que l’homme a le courage d’affronter les fonds de sa conscience et les épaves de son histoire.
      Il y a plus d’un siècle des hommes et des femmes dont je porte le sang, abandonnaient l’Europe la forteresse ancestrale pour un départ sans retour…
      Ils fuyaient l’Europe comme on quitte une forteresse où l’on connaît la misère, le froid, l’oppression des médiocres… mais aussi la sécurité des murs, les douces habitudes de toujours, la chaise le soir devant la porte, les chemins paisibles de la campagne natale, et la forêt de l’enfance.

      Ils sortaient de cette injuste et familière forteresse, ils franchissaient le fossé d’eau qui la protégeait, et par un mince matin, ils débarquaient dans cette campagne musulmane où depuis cent ans nous ne cessons de bivouaquer…, toujours sur le qui-vive de notre ambition.
      Ils étalèrent cette large mer entre eux et leur histoire comme deux frères qui se fâchent et qui édifient la barrière définitive de la mer au milieu du domaine paternel.

Et les voilà, ayant perdu pour longtemps leur souvenir, errant, amnésiques et étrangers, sans lois et sans coutumes, au milieu d’un pays hostile, absent le jour, mais qui la nuit s’anime des hurlements d’un chacal ou de la mélopée de la flûte qui éveille une peur exotique.


Encre de Sébastien Pignon La ferme de Jean Pélégri 
     
      Et au centre de cette plaine, dans le ventre de cette terre malsaine, ils plantent la paix, leur paix.
      Comme on plante une lame dans le cœur d’un ennemi, ou dans le corps d’un malade, avec la même indifférence, la même cruauté.
      Et cette lame sanglante plantée dans ce ventre de cailloux devient, comme le bâton de Moïse, un cep, puis une vigne vigoureuse, prolifique, conquérante, qui lance ses vrilles avides partout, déloge les vieilles cultures, étale le luxe de ses pampres et bientôt couvre de ses fruits lourds toute la plaine… Elle nous aime cette terre adultère, cette femme stérile que nous avons fécondée.
      Et nous voilà attachés à elle, car nous sommes fiers de ce bel enfant qu’elle nous donne, si fiers que nous voudrions tout lui donner, qu’elle va nous cacher les cailloux et les herbes folles, qu’elle va déferler, avec ses millions de feuilles, comme un flot, et qu’elle va culbuter, noyer tous les hommes qui jusque là s’accrochaient aux cailloux de cette terre nue. Et les chas ser de la plaine natale.
     
      C’est cela notre secret d’enfance. Nous avons eu un fils d’une femme stérile, un fils qui nous étonne et que nous admirons. 
   Mais comment oublier la honte originelle de cet amour adultère, et ce reniement sur lequel nous le faisons vivre ?

Publié dans : Ecritures d'Algérie
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Mardi 27 mai 2008 2 27 /05 /Mai /2008 23:08

                     Sakountala ou l'abandon...

      Au moment où elle lui volait sa puissance il savait qu’il devrait mener contre elle un combat sans merci. Toute la journée ensuite il vivait dans le souvenir de cette chair qui l’engloutissait de ces yeux qui le dénudaient de sa force de cette âme qui dévorait la sienne mais chaque matin il retournait là où elle l’attendait et il se livrait voracement à son désir à cause des deux couteaux bleus qui entaillaient la nuit…

Bon… c’était foutu… elle allait rappliquer chez lui avec tout son décor sa chemise ouverte juste assez sur sa peau rouquine couleur d’orange comme un été lourd de fruits. Comment ne pas avoir envie de dessiner son épaule ?

 

Folle tu m’attendais ?

La première fois que je t’ai vue par l’entrebâillement de la porte de l’atelier tu portais la fourrure noire de la louve. C’est ainsi qu’ils aimaient que tu sois souveraine et fascinante narquoise tu leur obéissais…

Petite âme du feu… Partout où tu es allée elle t’a accompagnée sans que tu le saches. C’est elle qui a porté les brassées de bois mort ramassées dans le parc près de la cheminée de La Folie c’est elle qui a allumé les feux des festins ultimes de l’Ile pendant que tu tournais soleil égorgé vêtue de ta robe écarlate. Naine au crâne lisse il lui était facile de disparaître au milieu des chats qui la suivaient tels des serviteurs zélés…

 

Folle tu m’attendais ?

Vertical le réverbère où la fille garde la nuit immobile… sa jupe fendue… la même crevasse que son rire fardé… Elle tient bon elle est multiple elle ignore tout de la sculpture de Camille qui se nomme… Je ne peux pas me souvenir… C’est un nom d’une douceur d’enfant sombrant dans le sommeil tandis qu’une vieille femme baisse le tirage de la grosse cuisinière de fonte… La vieille Victoire lui couvrait la tête de son tablier pour qu’elle s’endorme… Le visage de sa mère n’a pas effleuré ses rêves. La fille quand il passe un peu voûté par toute la journée à retoucher les ébauches de terre ricane à nouveau… C’est un métier de chien… Son regard d’artiste la balaie vaguement habitué à c apter la moindre expression de la chair ravie au clair-obscur des vitres. Il n’a jamais songé que cette histoire finirait par lui faire tant de mal…

 

Le vieux bouc ne taillait pas ses marbres lui-même il ne faisait que les achever… Il fallait une dizaine d’ouvriers pour réaliser une seule sculpture. Elle frotte doucement son poignet contre le poignet lisse de l’ébauche… Depuis combien de temps est-elle là à suivre cette courbe qui s’enfonce au fond d’une niche obscure ?

Rien à faire elle s’agrippe lutte… assise sur la petite chaise elle ne les regarde pas. La fascination de la forme naissante longe son bras jusqu’à l’épaule grandit ensevelit l’arbre et les branches en elle… Elle ne laissera pas se dénouer leurs doigts… Elle gratte précieusement les poignets et les chevilles de ses sculptures… Princesse encerclée…

Le vieux bouc ne taille pas ses marbres il ne fait que les achever comme un enfant qu’il n’a pas mis au monde. Elle est son ouvrière et son modèle qu’il dénude lentement de sa fourrure femelle petite châtelaine… Le château où il la retrouvait dont elle était la souveraine superbe et déraisonnable se reflète dans des étangs profonds… Un instant elle a cru noyer le feu qui brûle sous leurs eaux… Les oiseaux de nuit s’en mêlent et la parent de cris…


      Laver ses cheveux couverts de poussière laver sa blouse noire et les muscles de son corps qui font mal… Un instant elle a oublié cette sculpture qui s’appelait… Elle ne veut pas se souvenir… L’amour est un grand arbre foudroyé qui a mangé le feu. Elle ne peut pas vivre sans exhiber autour d’elle cette parure rouge couverte d’une chevelure de lichens. Cette nuit les bûcherons sont cachés tout autour de son atelier avec des haches et des cordes… Cette nuit elle a achevé de fracasser le plus grand marbre et elle en a fait un tas au milieu de l’atelier vide et glacé.

Les chats confiants s’étaient regroupés frileusement encerclant le poêle… Elle a édifié une forme rectangulaire à l’aide des morceaux un à un sans se hâter une forme comme une table… Quand elle a eu fini elle a balayé soigneusement cette folle poussière des cataractes de poussière qui ont fait éternuer les chats et les ont rendus tout blancs tels des oursins de neige…

Elle a retiré sa blouse et elle a enfilé la robe de velours rouge elle a installé deux bougies à chaque extrémité de la table de pierre et face à un petit morceau de miroir elle s’est maquillée avec soin comme une enfant et puis après avoir disposé des couverts sur la table de pierre elle a attendu…

 

Folle tu m’attendais ?


      Petite âme du feu… elle a poussé la porte du pied le gros sac de bois mort sur le dos et des braises dans ses mains… Son pull-over trop grand lui dénudait les épaules et l’odeur de terre et de résine fraîche qui émanait d’elle donnait un contrepoint au feu… Aussitôt les chats se sont étirés et ont refait le cercle autour du poêle afin de lui ménager un passage…

Une fois la porte du poêle entrouverte dans la chaleur rassurante des flammèches tu as fiché des flambeaux un peu partout à travers la pièce drapée d’ombre pourpre et ocre alors j’ai regardé la table mise sur tes statues brisées…

Tu as souri et les deux couteaux bleus de tes yeux sont entrés en moi comme si je n’avais pas été une naine difforme jusqu’ici comme si soudain tu me voyais… Tu as dit en reniflant l’odeur du feu par la porte entrebâillée :

- Je voudrais que tu manges avec moi…

Et cette fois la table de pierre était à ma hauteur.

 

Ensuite lorsque nous avons eu achevé ce festin étrange que tu avais imaginé avec beaucoup de vins et de liqueurs dont tu étais la seule à boire je me suis accroupie au milieu des chats alors lentement tu t’es dressée devant moi déesse écarlate et ton verre à la main tu as dégrafé la robe de velours rouge entièrement et elle a glissé de toi en s’ouvrant à tes pieds comme une fleur de grenadier…

Un à un tu as défait tes vêtements jusqu’à tes bas la flamme de ton sexe roux scintillait au fond de la pupille dorée des chats… Nue tu t’es mise à tournoyer au milieu des marbres que tu n’avais pas fini de réduire en petits morceaux alors j’ai su que tu te souvenais maintenant du nom de cette statue et que c’était pour cela que tu voulais t’enfuir avec moi dans la lande de bruyères et de genêts…

Que tu voulais te perdre parmi les créatures habitant les pierres dressées les pierres sauvages et sans nom. Ton corps était si beau et tes seins roux tâchés de neige blanche… Tu me suppliais : “ Emporte-moi avec toi… ” Comment te dire que je n’avais pas d’autre pouvoir que celui que je t’avais donné ? Petite âme du feu… Le pouvoir d’enflammer tout ce que tu touches et de le porter à son ultime incandescence…

A suivre... 

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Lundi 26 mai 2008 1 26 /05 /Mai /2008 17:20

Comme vous l'avez remarqué le lundi c'est le jour des poèmes... et celui-ci je l'ai écrit fin du mois d'avril et puis je l'ai travaillé et retravaillé tout le mois de Mai avant de vous l'offrir juste maintenant vu que j'étais sûre qu'il se passerait rien de ce qu'on attend en ce joli mois de Mai 2008...
Alors pour qu'on continue à rêver et à lutter et à se révolter ensemble le voici...

Jeunes frangins de Mai
Epinay, mercredi, 29 avril 2008

Dans le bar “ A la lanterne ” comme autrefois
Rue de l’Ouest ce qui reste on s’assoit et on boit
Les Indiens nous offraient leurs plumes magnifiques
Parures mauve azur de ces jours héroïques
Compagnons de Mai notre monde était beau
Nous étions enfants frais comme des oiseaux
A l’aube jeunes guérilléros
Lorsque les villes deviennent roses
Endormis ensemble nichée de renards
On se secoue le poil brillant d’eau
Devant nous la rue nue aux yeux verts
Comme une môme aux petits seins offerts
Cette fois ils n’ont pas été en retard
Au rendez-vous Ils se sont levés leur rêve
Sur leur visage pas maquillé
Encore par la charrue de l’âge
Et l’envers du décor L’hiver dans le dos
Un vieil ouvrier fondeur de crépuscules
Assis à sa table y a l’histoire à faire
Maintenant que le temps c’est que du printemps
Quarante ans d’usine la bonne affaire
Ecrire le matin sur le soir qui recule

Dans le bar “ A la lanterne ” tous on revient
Oiseleurs écarlates on a peur de rien
Hier on forgeait d’enivrants bijoux d’aurore
Enfants anciens à la naissance météore
Compagnons de Mai notre monde était beau
Faut qu’il raconte sans sa bougie Pierrot
Il ne va pas laisser les blafards bouffons
Travestir leur vie de faux comme ils font
Dans la glace des bassins sceller leur feu
Sans chemise de nuit blanche et nue la lune
Sur les pages du cahier coule son lait bleu
Ce soir il tête gourmand sa frangine brune
Villon le buvait au ventre des pendus
Leur sperme a dessiné le ciel sur nos ardoises
Dans la bande des jeunes renards perdus
A l’écart des gibets il croquait des framboises
Il écrit la vie de ses vieux près du comptoir
L’école c’est loin le banc rugueux
Le casier l’encrier où la nuit s’égare
Les colles au coin les yeux en l’air
Dire un printemps tendre au désir des gueux
Ceux de la rue savent bien des choses
Sur l’acier ils en bavent pourtant ils posent
Aux chemins d’histoire la peau de leurs mains noires

Dans le bar “ A la lanterne ” on se ramène
Montreurs d’émeraudes sûr qu’on a pas la haine
Nos tribus attendaient aux portes du soleil
Que les vergers nous bombardent de fruits vermeils
Compagnons de Mai notre monde était beau
Il sort de sa musette éteint son mégot
Vieux renard à sa table il faut qu’il raconte
Pas laisser les autres inventer des contes
Trop voraces de vie les mômes d’hier
Quarante ans d’usine certains sont restés
Plantant là leur destin D’autres sont partis
Butiner joyeux O la terre entière
La nichée de jeunes combattants lointains
Lorsque les villes se sapent de bonté
S’éparpille dans la rue nue aux yeux verts
Du décor de l’envers peu sont revenus
Cavalier lunaire pour eux il écrit
Le paquet de gitanes brunes c’est clair
Avec lui il a rancart au petit matin
Pas demain qu’il s’en passe allumeur d’éclairs
Trop longtemps le sentier pointillé de rouge
Parmi tant de camarades inconnus
Il l’a pris à l’heure obscure où rien ne bouge
Et que de pourpre on maquillait demain

Dans le bar “ A la lanterne ” une cage ouverte
Danton le perroquet s’encanaille à tue-tête
“ Ça ira ça ira ça ira c’est la fête ! ”
Parure citron éclaboussée sept couleurs
A chaque table la sérénade est offerte
Compagnons de Mai notre monde était beau
On redonnait aux rois leur rang de nabots
Jeunes travailleurs jardiniers ou poètes
Ils avaient les paumes douces des dresseurs
D’oiseaux fous ensemble ils ont appris
La peine le mépris l’horloge qu’on guette
Voler le blé d’or au tamis pas vus pas pris
Purs passeurs d’ailes éveilleurs rebelles
D’utopies Anarchistes penseurs maudits
Hyppies Fumeurs d’opium ouvriers militants
Vieux communards l’espoir consume leurs drapeaux
Partageux de nos jours nous courions contents
Certains ont perdu à la chaîne leur peau
Et jamais ils n’ont été ce qu’on a dit
Assis à la table pour eux il écrit
Dans le bar “ A la lanterne ” le perroquet
Danton costume citron traite de laquais
Les aristocrates et la maréchaussée
Balance les pires jurons sans se lasser
Compagnons de Mai notre monde était beau
Nos vieux nous ont donné l’insouciance oiseaux
Leurs rêves c’était juste de voir la mer
Ouvriers paysans violente habitude
Des roses d’enfer au brasero qui dansent
Des songes flamboyants de brûlots amers
Ils ne se parlaient pas grave solitude
Et les jours de grève leur vidaient la panse
Quand le paquet de gitanes brunes circule
Des ouvriers aux philosophes bidons
La sale peur et l’ignorance reculent
Nos clopes frangines fument l’abandon
Bons voyous nos petits mégots l’hiver l’été
Bravaient les matons entre nos doigts cramés
Certains sont partis d’autres sont restés
Plus loin que notre rêve on s’est bien aimés
Maquignons du monde peuples à genoux
Commune misère qu’as-tu fait de nous ?

Dans le bar
“ A la lanterne ” comme autrefois

Nous les fils d’Indiens on s’étoile et on boit

Danton le perroquet frivole attend les rats

Qui finissent toujours par sortir  “ Ça ira ”

“ Ça ira ça ira ” jette ses sept couleurs

Dans le combat des fous pour l’idéal bonheur

Aujourd’hui le monde est devenu vieux

Demeure la ronde des matins radieux

Tatoués de poèmes et de soleils levants

Dans le bistrot “ A la lanterne ” nous voilà

Princes des usines aux doigts effacés

Fils d’Indiens oiseleurs nous repassons par là

De cet azur nous ne serons jamais lassés

Assis près de nous gribouille l’ami Pierrot

Sans âge sa vie en minuscules bleues

Généreux l’héritage se fout des héros

Il a semé des hommes voleurs de feu

Commune misère plus rien ne nous sépare

Le train plein de renards vient d’entrer en gare

Sur les trottoirs s’en vont rallumer les mégots

Jeunes frangins de Mai le monde sera beau.

 

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Vendredi 23 mai 2008 5 23 /05 /Mai /2008 23:08

                         Céline à Meudon suite...
Une fois trouvée avec certitude le 25 ter de la Route des Gardes on a fait quelques photos discrètes de la maison pas des voyeurs du tout nous autres alors trop timides trop innocents et même si on aurait jamais pu le rencontrer notre Céline vu qu’on est nés moi en 1956 et p’tit Louis en 1964 alors que lui il a fini son voyage en 1961...

Le portail et le jardin devant la villa Maïtou la maison de Céline


      On était tellement émus qu’on osait même pas faire le reportage sous le soleil brûlant de l’été 2006 si vous vous souvenez c’était terrible alors on a descendu le petit chemin et là on a immortalisé dans la boîte cette partie de Meudon que Céline aimait tant...







Le Sentier des Boeufs avec sa cheminée en face du chemin qui monte vers la maison de Céline




et qu’ils sont en train de casser complet, son Sentier des Bœufs avec la grande cheminée de ce qui devait être un ancien four à briques car en bas ce qu’ils construisent c’est redoutable !












Le Sentier des Boeufs vu d'en bas en 2006













      “ Les quatre pavillons de la route des Gardes ont été bâtis sur les coteaux de la colline de Bellevue au milieu du XIXème siècle. ( … ) Les quatre pavillons sont construits à l’identique : deux étages, une cave à demi enterrée, et un jardin en pente raide.








La maison de Céline en août 2006















      Ils font face à la Seine, à l’île Seguin, aux usines Renault de Billancourt, ( La route des Gardes était tellement inclinée que Louis Renault s’en servait pour tester la résistance de ses prototypes automobiles. ) et offrent une vue imprenable sur la capitale. ( … ) 




La route des Gardes vers le bas-Meudon
Elle est très longue et comporte de multiples virages
















La route des Gardes à la hauteur d'une des gares de Meudon dans la montée qui mène au cimetière







Céline et sa femme achètent le 25 ter. ( … ) ”

Sûr qu’on imagine pas en voyant le jardin bien entretenu style bourgeois et les parterres de fleurs en plus des rideaux aux fenêtres et  de l’allure classique de la maison que Céline l’écrivain fou aux chiens qui hurlent dès qu’on approche avec Agar qu’il emmène partout avec lui quand il part faire ses visites la nuit aux chats multiples et farfelus au perroquet Toto et à l’hérisson Dodard a pendan t les dix dernières années de son existence hanté ces lieux de sa présence superbe et fantomale…




Le jardin et le devant de la maison comme ils nous sont apparus...









      Pas plus qu’en rejoignant les quais de Seine où créchaient les gens pauvres de Meudon que Céline soignait et en se baladant sur le petit chemin de hallage on arrive à visionner la péniche des morts que le chien Agar lui-même reniflait sans mot dire auprès de son maître…





En descendant vers la Seine














      “ A Meudon, Céline écrit et soigne. Au rez-de-chaussée, il a installé son bureau dans la grande pièce près de la cheminée. C’est là qu’il conçoit ses derniers romans et qu’il tient son cabinet médical. Médecin des pauvres, le docteur Destouches ne fait jamais payer ses consultations. La médecine est une passion plus qu’une profession : ‘ C’est ce qui lui plaisait le plus. Les gens du bas-Meudon venaient le chercher parfois la nuit, quand aucun autre médecin ne voulait se déranger. Il ne demandait jamais un sou. ’ ( Témoignage écrit de Lucette Destouches, 23 mai 2006 ) Les seuls clients de cet étrange docteur sont les ouvriers, les indigents et les personnes âgées qui écoutent sans broncher ses discours hygiénistes. ”




Le Sentier des Boeufs




      Les quais eux aussi et toute la façade de la rue devenue à grande circulation ainsi que les chemins sentiers qui font jarnicoton tournicoton et les petites ruelles du vieux Meudon que Céline a arpenté toutes ces années ils sont en train d’être complètement ratatinés dévastés relookés façon rupins que vous connaissez bien et m’est avis que si on veut garder trace et témoignage de ces lieux de notre banlieue familière et célinienne à donf on a intérêt à en prendre plein des photos avant que ça soit bien terminé plié emballé… hop là !



Le bas du Sentier des Boeufs vu de la Seine et à moitié démoli avec les constructions neuves en verre à droite en 2006






Alors promis cette année on y retourne à Meudon avec un soleil encore plus fou que les années précédentes et nos poches pleines de petits cailloux doux et ronds d’Océan et on essaiera de vous faire un reportage inoubliable vu que la maison de Céline un des plus grands écrivains du 20ème siècle elle est en sursis vous savez…








Les quais de la Seine avec les péniches amarrées qui ont fait si souvent rêver Céline quand il descendait soigner ses malades avec le chien Agar









Ouais c’est pas Jacques Lang qui me contredira car sa tentative de la faire classer afin qu’après la disparition de Lucette ce lieu demeure espace de mémoire a tourné court pour cause de menace d’une certaine clique pas besoin de préciser…





Les quais avec ce qu'il reste de l'Ile Seguin et les tours de la Défense de l'autre côté










Et Jacques Lang a fait vite vite marche arrière mais… les diablotins qui ont pas quitté Céline de toute sa vie n’ont pas dit leur dernier mot…





Les reliques des usines Renault de Billancourt avec leurs taggs et les grues en 2007 avant démolition finale...













      “ Les années passent et le nombre des admirateurs de Céline ne cesse de croître. En ce début du XXIème siècle, Meudon a bien changé. La route des Gardes est méconnaissable.


Le chemin de hallage en direction de Sèvres



Un peu partout des immeubles modernes ont remplacé les belles villas. La verdure a fait place au béton, et les usines Renault ont disparu. Céline repose dans le cimetière des Longs Réages, sur les hauteurs de Meudon, et le bas-Meudon n’a plus rien de prolétaire. Seuls restent les quatre pavillons, impeccablement alignés qui – à l’instar des statues de l’île de Pâques – semblent regarder le ciel. ”

Publié dans : Banlieues
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Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 23:59

Voyage à Meudon 

Jeudi, 22 mai 2008

Après avoir publié un article récent intitulé Louis-Ferdinand Céline “ Au début était l’émotion ” sur le blog d’une amie bibliothécaire qui me prête fraternellement une page pour faire découvrir mes obsessions d’écriture à ses lectrices et lecteurs et là s’agissant de Céline je n’ai fait que raconter quelques-unes de mes rencontres avec Ferdine évidemment voir si ça vous dit à l’adresse de ce blog ami : www.quichottine.over‑blog.com ... et comme j’ai cru remarquer que ça vous a plutôt plu alors j’ai eu l’idée de vous faire partager en images et extraits de textes écrits par d’autres passionnés notre “ Voyage à Meudon ” à Louis et à moi…
Le croisement vers le cimetière 
     
      Si vous êtes des habitués du blog de nos Cahiers des Diables bleus vous avez pu déjà lire un récit qui portait ce même titre et qui improvisait à partir de nos deux premières ballades dans ce coin de la banlieue Sud-Ouest qui nous est très étrangère normal nous on est du Nord-Est du 9-3 comme vous savez alors Meudon… vrai y a trois ans je n’savais même pas où c’était et l’ami Louis pas plus que moi ! Et c’est encore par notre passion partagée des bouquins et de Céline qu’on a reniflé sur le tard que quand même y avait des coïncidences poétiques extras dans notre histoire avec
Ferdine et qu’il fallait qu’on se rende sur les lieux…

     
      “ Juillet 1951. Quand Céline rentre en France, il a 57 ans. Physiquement il en paraît vingt de plus. C’est un homme malade, vieilli, prématurément usé, plus solitaire et associal que jamais, qui retrouve son pays. ( … ) 
      Céline, l’écrivain le plus haï de France, rentre chez lui en homme libre. ( … ) 
      Céline n’aspire plus qu’à deux choses : écrire, et qu’on lui foute la paix. ( … ) 
      Quand Céline pose le pied en France, il lui reste très exactement dix ans à vivre, avant d’entamer son dernier voyage. ”

( Extrait de la Préface de François Gibault in Céline à Meudon Images intimes, 1951-1961 David Alliot)

 

Gare de Meudon-Val-Fleury où on est descendus direction le cimetière des Longs Réages

      Comme vous savez j’aime bien vous faire voyager au gré des p’tits recoins de nos banlieues et là c’était l’occase magique de sortir de notre 9-3 et d’aller à l’aventure avec projet réel et grave pour nous les enfants d’la zone qui avons une tendresse forcenée pour le Docteur Destouches vous savez pourquoi maintenant si vous avez lu un peu l’article et encore        plus vu que comme lui par les hasards des interventions des p’tites sorcières on est des amants de l’océan et de la ville aux remparts corsaires de Saint-Malo où on ramasse chaque été des galets ronds et doux qu’on va déposer sur la tombe de Céline au cimetière des Longs Réages à Meudon…
Déposer les p'tits cailloux sur la tombe de Céline pour moi c'est trop émouvant !
     
      “ Le 4 juillet au matin, Céline est inhumé dans un caveau provisoire au cimetière de Meudon. Une trentaine de personnes sont
présentes. ( … ) 
      L’inhumation a lieu au mois d’octobre 1961. Une poignée d’intimes, dont Arletty, sa ‘ payse ’, l’accompagne pour son ultime voyage :




Un des matous nous a suivis et il réclame des caresses tout en préparanr les griffes...


‘ A l’inhumation définitive, un chat roux s’installe près du cercueil pendant la cérémonie ; un jeune enfant arrose des fleurs près d’une tombe voisine, un houx poussait à côté. Ce qu’il eût souhaité. L’enfant, l’animal, l’arbuste. Je jette sur sa tombe un peu de terre de Courbevoie. ” ( Arletty, La Défense, Paris, La Table Ronde, 1971 )

      La tombe de Céline avec tous les cailloux en 2007


      Notre première expédition date de l’été 2005 où on a eu un mal terrible à dénicher la tombe toute simple sous sa pierre de granit gris de Céline et comme on avait pas encore eut vent du livre excellent que je vous conseille de mettre dans votre bibliothèque vous n’regretterez pas si vous êtes sensibles à la beauté austère et sans fioritures des photos s’agit de de Céline à Meudon Images intimes, 1951-1961 préfacé par François Gibault aux Ed.Ramsay, 2006.

      Je lui ai piqué des extraits qui vous diront mieux que moi ce qu’y a à savoir sur les dix dernières années de l’existence de Céline à Meudon… donc comme on avait pas tellement de documents pour se rencarder on n’a pas osé aller fouiner de trop près dans les petites ruelles du vieux Meudon qui restent et on est redescendus sans avoir vu la maison de Céline en se jurant de revenir…

Le bateau gravé avec en-dessous l'épitaphe : Louis-Ferdinand Céline Docteur L-F Destouches 1894-1961


      “ En 1951, après avoir beaucoup bourlingué sur des mers souvent démontées, Ferdinand, le vieux navigateur, a trouvé un havre aux portes de Paris, dans cette banlieue où il est né et pour laquelle il a toujours éprouvé une sorte de fascination, ‘ paillasson devant la ville…/… abrutie d’usines, gavée d’épandages, dépecée, en loques…/… banlieue de hargne toujours vaguement mijotante d’une espèce de révolution que personne ne pousse ni n’achève, malade à mourir toujours et ne mourant pas. ” (  Préface de Bezons à travers les âges Albert Serouille, Efd.Denoël, 1944, in Préface de François Gibault 

 La rue menant au cimetière     



      Le cimetière des Longs Réages sur les hauts de Meudon on y est arrivés un peu au pif après de longs détours par les petites rues uniquement bourrées de villas et de maison plus simples de cette ville qu’on n’connaît pas du tout à partir de la gare de Meudon vu que toutes ces promenades banlieue on les fait avec nos pieds et les transports comme on a pas d’auto c’est bien plus sympath pour les photos…
 
      Moi j’ai un bon coup d’œil et j’ai trouvé sans trop galérer le chemin qu’on avait cherché sur le plan et la longue rue toute droite dans laquelle y a le Sentier du Cimetière où une bande de matous guettait mine de rien son dîner et ils se sont tous carapatés sauf deux sûr que ces deux-là ils auraient plu à Céline hargneux et vociférant sous les chatouilles !

















Le Sentier du Cimetière et ses chats

      La galère que ça a été pour trouver sa tombe la première fois on a arpenté tout le cimetière d’un bout l’autre vu qu’y avait aucune indication pas de gardien et pas de panneau à l’entrée...


La tombe de Céline la première fois qu'on l'a découverte en 2005 après avoir cherché dans tout le cimetière







      Céline il est là incognito et probable qu’il s’en fout ceux qui doivent savoir savent et ça nous évite les méchants cons… Sous un cagnard d’enfer on a erré comme des malheureux jusqu’à ce que p’tit Louis trouve enfin l’emplacement avec la pierre toute simple de Bretagne et le navire gravé et on s’est serré la main comme  deux enfants parc’que c’était trop...

L'entrée du cimetière des Londs Réages



     L’été 2006 c’est celui où on a pris les photos la plupart que vous verrez là et les autres je vous les mettrai dans un album avec les images de notre banlieue copine on s’est bien mieux débrouillés...







Pas de gardien dans le cimetière mais une tribu d'arrosoirs en revanche ! 



mais comme notre point de repère unique c’était le cimetière on est partis à nouveau de la Gare de Meudon Val-Fleury pour se rendre d’abord aux Longs Réages et puis on est redescendus jusqu’à la Route des Gardes et là on a trouvé grâce aux indications de Céline dans D’un château l’autre où il raconte qu’il descend à la nuit soigner sa vieille patiente au bord de la Seine par le sentier des Bœufs… on a trouvé le petit chemin qui monte direction…


 Le petit chemin qui monte vers les quatre maisons de la Route des Gardes    




      “ La villa Maïtou était située à peu près à mi-chemin entre le haut et le bas Meudon et, si ce n’était pas une maison très confortable, ce n’était pas un taudis. Céline, toujours si prompt à se plaindre et à la démesure, en convenait :
      ‘ Elle est pas tellement croulante bien qu’âgée de 150 ans. Mais il faudrait 4 domestiques. Et nous deux Lucette sommes des laquais jardiniers et professeurs et écrivains et médecins et contribuables et crèves la faim. Ça se passe à flanc de coteau de Meudon 4 maisons semblables bâties en même temps que celle de Bassano, secrétaire de Napoléon, jouxte – La vue de tout Paris de la tour Eiffel, du Mont Valérien, de Montmartre et des quais de la Seine et des usines Renault – très bonne guitoune avec 500 sacs de frais d’entretien par an ! alors ! on crèvera Lucette et moi ici, de surmenage et de vieillerie. ” ( Lettre à Robert le Vigan, 27 octobre 1951 in Préface de François Gibault )
 



La Route des Gardes vers la maison de Céline La Villa Maïtou

Et si vous voulez la suite vous l'aurez demain !

Publié dans : Banlieues
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