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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Contes et récits de l'arbre aux histoires

Samedi 13 février 2010 6 13 /02 /Fév /2010 21:06

Le retour de Sinbad suite...
CHAHUT
          Le coin de Mario qu’était aussi celui de Sabrina Sinbad y avait dégoté sans fouiller trop juste un peu comme ça ses fringues de fille qu’étaient en vrac avec les paniers plastique des patchworks empilés à des hauteurs qu’ils finissaient par dégringoler s’écrouler se touiller les uns les autres toutes les couleurs et surtout les lamas roses dessus les triangles vert pomme qu’y en avait des quantités !… 
       Et Vishnou qui cavalcadait autour de la piaule en vrombissant… on aurait dit un insecte prodigieux… Zoum ! Zoum !… à son moment de délire et vu qu’il était plutôt solitaire comme môme dedans la p’tite maison chaulée blanc il se mitonnait sa bande à lui rien que des fantômes de corsaires et des pirates qu’il s’inventait… Des animaux marins rejaillis droit des entourloupes aux abîmes et aussi d’abord le capitaine Achab qu’était son héros favori dans les lectures que Jean lui faisait le soir quand y avait des veillées totales spontanées… 

C’est une des façons qu’ils ont improvisée les lascars pour se retrouver tous ensemble à l’intérieur de la p’tite maison chaulée blanc et s’arranger des tambouilles de crêpes aux sardines et au miel‑citron que toute la bande en raffole jusqu’à s’en donner des indigestions mises en commun et on faisait couler là‑dessus des bocks de Kriek à la cerise qu’amenaient les mots des contes dans la bouche de Sinbad comme s’il était encore à bord de la baraque de M’mâ… Sinbad d’ordinaire on sait qu’il cause pas et ça s’était pas amélioré avec la mort de son poteau Virgile sauf pour les soirées aux histoires quand on se pose en rond dessus les duvets qu’on sort autour du feu des bois de flottages que chacun il rapporte à l’occase et qu’y en a des formidables des fois !… des sculptures d’océan épatantes… des poussahs au bidon rebondi… des chevaux et leurs crinières marines enturbannées… des colosses avec des micro panards au­‑dessous de cuisses à l’épouvante !… Mais tant pis on les sacrifie à la déesses du feu Barat An-na la première dame de la pierre du feu sa torche phare à la paluche que Jean si tellement à la traque des légendes populaires elle a dénichée milieu des pages d’un bouquin  qui cause des anciennes cités de Sumer…

Y a personne qui leur a soufflé aux Indiens de la p’tite maison chaulée blanc les veillées où on laisse causer ceux qu’ont le don des palabres… c’est arrivé comme ça vu que dans le gourbi on a pas de téloche ou de radio ou quoi !… Juste y a Mario qui bricole pas mal de ses doigts dans l’électronique qu’a révisé une platine disque et un gros ampli à lampes pour ses zicmus qu’il a entassées au fond d’son sac marin tout l’trajet depuis les US et même s’ils sont des fois un peu craquants saupoudrés de grains de sable ses disques 33 tours ils mettent recta l’atmosphère à la teuf toute la journée et si personne va taffer toute la night pareil !… Mais les soirées aux histoires ils les louperaient pas vous pensez bien !… comme s’ils étun-silence.jpgaient pareil que Vishnou des moutards qui se font des mondes à dévorer que leur baveuse elle va fouiner au fin fond des dédales des coquillages prodigieux sapés de rose crème à paillettes caramel… On dirait les boîtes à coco ou les roudoudous avec les mots qu’on lèche délicieux et sucrés amers juste c’qu’y faut…

C’est le moyen de partage des rêves qu’ils ont à l’intérieur d’leur musette à folie les Indiens et que chacun il en refile chouïa chouïa aux autres le temps que ça dure qu’on se bricole du devenir d’illusoire de passage mais y a pas d’idée sur ce que ça deviendra demain après plus tard l’aventure des habitants de la petite maison chaulée blanc… Quand ça sera fini que ça aura bien donné sa provision de gourmandises et ses parfums du printemps des enfants‑fleurs… quand on aura été tout au bout d’ces instants‑là qui mijotent aux marmites de la douceur de vivre et de faire connaissance des gens qui entreprennent la grande transhumance et du monde alors on s’en ira et Hop ! et c’qu’on emportera avec nous autres ce sont les histoires !… Ouais c’est ça… les histoires Sinbad il les oubliera pas et il les gardera comme Vishnou qui pionce avec le songe d’Ismaël volant milieu des plumes légères d’un oreiller à nuages et il les rapportera aux p’tits de la tess’…

 

Ecoute… écoute…

 Pour le coup les p’tites culottes en coton blanches et rouges aussi de Sabrina qu’elle fourrait milieu des sweets de Mario et qu’elle mettait sans soutif… on voyait ses seins sauter comme des jeunes matous le soir quand elle se sapait plus Indienne et qu’elle baladait son corps de gamine moitié nue entre la cuisine qui baillait du côté du bassin aux grenouilles et la piaule aux matelas ça le faisait ressouvenir de Virgile Sinbad et ça l’énervait un peu !… Sabrina elle arrivait juste là dedans ces années qu’éclataient grenades et leur jus rose brûlant qui giclait en gerbes comme des bengales à l’épanouissement et aux farces !… Elle débarquait sa dégaine de môme poussée aux cales de la pauvreté des quartiers populaires du Sud et dans les entreponts d’la joyeuse débrouille libertaire avec son vieux qui marnait sur les chantiers à Barcelone avant que les franquistes se lancent à la poursuite des combattants de la CNT et qu’ils crapahutent de c’côté sauver leur viande !… 

Y avait rien qui pouvait la déranger dans le programme des camarades de la petite maison chaulée blanc de partager tout c’qui faisait le quotidien d’leur existence et de se donner en plein élan à ce qui s’ramenait d’inconnu de neuf et qui les séparait chaque jour un peu plus du monde vieux et pourri qu’ils avaient au milieu des pattes depuis qu’ils avaient mis le museau à la fenêtre… Avec son vieux elle avait flairé c’qu’y avait comme trouvailles à enchantements dans les cultures populaires des peuples d’Amérique du Sud… des tribus d’Afrique et de tous les nomades possibles… Ceux qu’ont pas arrêté de transhumer pour trouver des terres généreuses à l’autre bout d’l’océan !… Ce qu’ils ont apporté avec eux d’histoires héroïques et truculentes… de contes à n’pas dormir debout… de traditions paysannes à la turelure… de goualantes insoumises et scandaleuses ! Et eux les momignards des faubourgs des monstres Babel ils se réveillaient tout juste pour prendre ça plein dedans les naseaux !…

Mario il avait pas le caractère propriétaire non plus après ses errances on the road et ses semaines en folie à San Francisco il était musicos d’abord et même sa guitare il la prêtait facile à Jean qu’essayait de s’initier et qui répétait des heures les deux trois premières mesures de “ Blowing in the wind ”… L’histoire est arrivée un jour que Tomy a décidé de laisser un peu le turbin de docker que ça allait bien comme ça !… Et Hop !… Sinbad il l’a vu causer un midi après les heures à fond de cale avec Jonathan un camarade qui descendait aussi de temps en temps au poiscaille… Il créchait sur une des îles du Golfe et il récupérait des épaves de navires qu’il remettait à flots pour d’autres traversées avec des capitaines d’infortune… Jonathan avait pas d’autre domicile que ses rafiots et ça lui suffisait bien !…

C’était un poteau aux cormorans une bande entière de ramoneurs blacks pareils que celui qui pistait Sinbad depuis la tess’… ils le lâchaient pas et ils tournaient à son intention des danses farouches au bras de l’océan en hululant des appels frénétiques… Craou ! Craou ! Craou !… avant de s’abattre les uns derrière les autres au travers de la toile gris‑vert qui se déchirait en lambeaux d’écume mousseuse… Il venait juste d’arrimer à l’abri d’une crique protégée du Golfe un cotre à la voilure rouge sang qui dérivait depuis des jours… On aurait dit la carcasse d’un grand oiseau de mer abattu les ailes fracassées… Par chance y avait peu de dégâts dans la voilure et le bateau était un fameux loustic à l’allure étrange un peu revenant sur les bords… un navire fantôme abandonné en mer par des marins devenus fous… Et les cormorans en escadrille déjantée moitié furax moitié farceurs qu’avaient fait de l’épave leur perchoir à séchage favori… l’était bien pratique le radeau suivaient les opérations avec des farandoles de plongeons et de sauts périlleux d’épouvante !…

Jonathan il était venu proposer à Tomy et à Sinbad qu’il blairait bien à cause des oiseaux qui le quittaient pas de bricoler un peu le vImage oiseauoilier et de partir ensuite toute une semaine caboter aux îlots… on ferait aussi quelques jours de pêche et de sieste sur le dos rond et calme de l’océan… C’était l’aubaine !… Comme ça que le goût de Sinbad le taggeur d’oiseaux… Piaou !… piaou !… cri !… cri !… zaiout !… pour l’océan et pour ce qui existait forcément au-delà de l’horizon se transformait en un puzzle d’instants de plus en plus proches de son rêve…


A suivre...

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Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /Fév /2010 20:59

Ce récit est un extrait d'un recueil de textes sur la banlieue que je suis en train de bricoler en ce moment mais je ne vous en dirai ni le titre ni rien de plus... surprise !
Semelles-de-vent-d-tail.jpg
           Ecoute… écoute… je voudrais te raconter une histoire…

 

Assis au bord du fleuve qui emporte ses péniches goulues de graviers de sables ocre rouge et jaune paille qu’elles vont déglutir sur l’île au milieu du fleuve et ses gravats d’entrepôts boîtes de conserves éventrées vidés d’humains de chiens de présent pour en faire naître des déserts étouffés de brumes crissantes acides bleuâtres… Lakhdar il regarde entre les éclats de bave grise mouillée passer des silhouettes comme des troncs d’arbres géants et leurs visages sculptés…

Assis au bord du fleuve sur ses pieds en tailleur comme il fait pour marmonner des paroles de la prière arabe qui lui restent il a les genoux abîmés il peut pas… Lakhdar il voit les formes taillées à la hache dedans les troncs des araucarias… les silhouettes des Arabes rebelles qui descendent les remous elles l’ont accompagné toute sa vie à faire l’ouvrier et il en a rien su… Y sont rares ceux qui causent encore de ce jour-là… ce jour-là qui les a figés pareils aux grands chevaux morts des abattoirs dans leur robe de chair brune… ce jour-là Lakhdar où il était ?

Ce jour-là… ces temps-là… Les rives du fleuve ici elles ont des troupeaux d’hommes qui viennent boire à même au creux des flaques de leurs eaux rousses boueuses où ils se lavent… Leur corps a la couleur d’argile rouge qui scintille brutal… on dirait celui des chevaux oui… et la jeunesse des plus beaux chevaux arabes aussi… Leur corps c’est la termitière géante cimentée de salive de la grande Babylone qui les a achetés au prix régulier légal de la viande d’oiseaux migrateurs…

Ce jour-là… ces temps-là… ce lieu-là…

Lakhdar il est assis sur ses pieds en tailleur avec les pavés du quai dessous sa peau qui lui font un strapontin de froid… Il a le burnous indigo la couleur est passée aux centaines de lavages dans la cuvette plastique du foyer… il est encore bon il peut le mettre… Ce recoin‑là du quai il connaît beaucoup… ses barges métal rouillées gluantes de bitume noir et les carcasses déchirées des péniches squattées à l’abandon… Oui il connaît ça par cœur… Lakhdar il est venu à cet endroit limite Epinay et Saint-Denis y a quarante-cinq ans il a pas bougé il regarde…

Quand il est arrivé avec des tas d’autres gars du bled une tribu qu’on aurait dit remontés depuis Marseille rapide direction du Nord où y a les usines d’autos qui les attendent d’un côté et les chantiers de construction d’un autre kif‑kif Lakhdar il se souvient que chacun est allé au hasard des adresses gribouillées sur des bouts de papiers chiffonnés au fond des poches qu’il fallait surtout pas les paumer… par ceux qui faisaient partie des installés… comme on disait là‑bas… Les premiers qu’étaient partis ils étaient debout des géants dressés aussi hauts que les arbres protecteurs… les palmiers des oasis et les oliviers pas loin des oueds et leur corps il a pas fini de grandir !… Au bled on les voyait couverts de fruits et de présents Lakhdar il se souvient de la légende de leur nom des années et des années la légende de la légende courait toujours…

Au bord du fleuve Lakhdar d’abord  il a imaginé une vie pour des lions fiers et robustes à la conquête d’un territoire nouveau et leur jeunesse qui a rien à attendre du soleil… Ils débarquaient dans un monde neuf avec leur histoire qui courait entre les pieds légers des chevaux qui s’emmêlait à la crinière brûlante et épicée des chevaux… Les autres ils ont envoyé les noms des baraques qui sont leur royaume de boue et de tôles mais ils ne pouvaient pas le savoir… Ils leur ont pas dit que la termitière géante de béton gris cimentée de salive ne rendrait à la mer que leur corps raboté… usé jusqu’au bout de l’usure et ça serait trop tard !… Ils ont rien dit du jour du fleuve et des silhouettes dérivant comme les arbres couchés à la merci des seigneurs des eaux.… Lakhdar n’avait su qu’après et c’était trop tard !…

Ce jour-là… ces temps-là… ce lieu-là… Y avait la Cité des Marguerites à Nanterre… le bidonville du Chemin du Halage à Aubervilliers… la Campa et les Francs‑Moisins à Saint‑Denis… C’est là qu’il s’est retrouvé à cause du cousin qui doit l’héberger…

Comment ils vivaient ?… Les baraques les pneus les chantiers hérissés de carcasses de bagnoles la boue les collines des décharges et le feu… Et y avait aussi les foyers… Comme ça qu’on appelle de ce côté‑ci des piles de piaules plus étroites et plus crasses que des cages dans les refuges à clébards !… Les Sonacotras et les autres qui sont pires ! Ce jour‑là… ce temps‑là… rue de la Poste à Auber celui qui louait ça ils l’ont vu… Il avait la honte… C’était un gars comme eux avant… un qu’était venu du bled… ça s’explique pas…  Bidonville-de-la-femme-sauvage-copie.jpg

‑ Oui c’est ça la honte sur lui !… qu’il a répété Lakhdar avec de la colère c’est normal non !… Ce qu’ils se font entre eux les zimmigris c’est encore pire que les autres alors !… il continue Lakhdar… Normalement y’a l’entraide… Oui c’est juste y’a l’entraide qu’il se rassure de sa voix de vieil homme arabe un peu douce malgré l’accent dans la gorge… L’accent il l’a pas perdu… Chouïa…   

Ceux de l’accident il se souvient très bien Lakhdar ils étaient cinq… quatre du Sénégal et un de la Mauritanie… C’est quoi ces pays ? Chez les Gauloins personne qui connaît… chouïa… Y a un journaliste qui a demandé qu’on lui montre sur la carte… Ils ont tout raconté… Ils sont venus avec les caméras ils ont filmé les corps des cinq Blacks… Ils ont dit que c’était pas normal les foyers allumés dedans les piaules et les chiffons… Pas normal y paraît…

­1961…  Cette année que Lakhdar ne peut pas oublier… si vous pensez !… La première fois qu’il a entendu un camarade aux Francs‑Moisins dire en insistant sur chaque syllabe les mots de “ droit d’a‑si‑le” !  

Et la neige qui tombe qui fait son lit sur le fleuve à la peau noire !… La neige on leur avait pas dit que sa couverture était froide… Ils se bordaient dedans et même des fois ça les faisait rigoler… De la neige y’en a eu cet hiver tant ! Yalla ! S’il se souvient Lakhdar et lui encore dessous le burnous en laine qu’il a pas enlevé c’était bon la chaleur et l’odeur un peu… olivier-petit.jpgLakhdar il est d’origine du Sud de l’Algérie alors la neige… 

Ils sont venus faire les reportages… ils ont piétiné la boue des baraques… retourné les matelas des gourbis… balancé un coup d’œil sur les choses en tas qu’étaient leurs affaires et ils se sont tirés… Ils ont cru que c’était rien que ça leur vie parce qu’ils sont pauvres et qu’ils sont là pour le travail c’est tout… Ce qu’on leur raconte dans leurs bouquins à l’école sur ces “ pays‑là ” et dans leurs articles de journaux aujourd’hui c’est pareil toujours… Ils peuvent pas imaginer qu’ils ont des rêves et que les conteurs et les griots les disent sur les places au centre du bled  avec l’ombre bonne des grands fromagers et des eucalyptus qui arrête pas de grandir… A suivre...

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Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /Fév /2010 23:05

Le retour de Sinbad suite...

Image-oiseau.jpg

Ecoute… écoute…

Et puis y avait Sabrina et Sinbad il a pas réalisé d’abord quand il l’a vue dedans sa tenue d’Indienne ses tifs bouclées qu’elle tressait le matin accroupie au rebord du bassin mouillée des gouttes de la baignade et des perles de verre comme un fleur de grenadier ses petites nattes qu’elle attachait pas et son tee‑shirt trop long qui lui arrivait dessous le pubis le dimanche qu’était repos qu’elle avait pareil à Kenza un corps de fille… Sinbad il a jamais eu un goût particulier pour les filles sauf Kenza sa frangine la seule des sept fille des M’mâ qui n’voulait rien savoir de la galère dedans la baraque où toute la family s’entassait se frottait se déloquait et pionçait en dessous des couvrantes de grosse laine la même piaule y en avait pas d’autre mais Kenza sitôt qu’elle a pu elle a refusé les simagrées de M’mâ qui menait la tribu des filles dare dare ! Quand ils étaient mioches Sinbad et elle ils se quittaient pas beaucoup et M’mâ n'aimait pas les manières de cette fille qui suivait Sinbad le taggeur partout et s'habillait comme un garçon…

Kenza y avait un mouvement en elle qu'on arrêterait pas… Pfuitt… Pfuitt… Et peut‑être bien il se dit Sinbad que c'est M’mâ qui lui a donné l’envie d’bouger comme ça dedans son ventre… Ouais comme ça sans savoir parce que M’mâ c'est une femme qu’a choisi sa vie en quelque sorte… Ça oui ! Mais Sinbad lui il avait pas d’intérêt particulier du côté des filles et celles du collège qu’il fréquentait à la va‑vite elles se mélangeaient pas elles restaient en troupeaux dans leur coin… celles qui venaient d’leur côté et qui se sapaient avec les jeans et les tee‑shirts des frangins trop grands ils les traitaient de petites dévergondées ou de folles c’était comme ça… Ça n’faisait pas longtemps encore qu’ils se trouvaient tous séparés dedans les écoles la marmaille des cités d’la banlieue pareil qu’les ouititis de l’autre rebord du fleuve ceux qui créchaient milieu des baraques ouvrières aussi tout l’monde quoi ! Jamais ils se sont posés des questionnement sur ce que ça leur refilait comme impressions aux loustics les clans des filles qu’ils fabriquaient obligé aux rangs sardines des préaux alors que dedans les ruelles de la tess’ de dl’a Medina arabe ils s’éclaboussaient ensemble des ruisseaux de boue ocre rose !

Aux collèges ils étaient devenus cruels et les filles elles avaient d’autres occupations elles trimaient sérieux les Gauloises s’y’en avait elles les trouvaient barbares et puis l’allure qu’ils se trimballaient dessous leurs fringues tout juste qui sortaient des réserves des costumes de théâtre ! Leurs vieux ils avaient pas le fric de les saper avec les jeans pattes d’éléphants et les sweets taggés Woodstock de toutes façons c’était pas dans leurs goûts ça avait déjà des relents de gonzesses ils blairaient moyen… Et les filles de la Medina ou celles qu’ont grandi comme eux au creux des familles d’immigrés fallait qu’elles fassent fissa après les cours qu’elles retournent filer un gros coup de paluche à leur daronne qu’y avait les cinq six loupiots à faire grailler récurer et qu’elles se farcissent les devoir les récitations le pataquès total quoi… les vieux eux ils avaient pas les connaissances alors… Sinbad il est au parfum avec ses frangines les plus délurées comme Zohra elles ont pris le relais de M’mâ enfin d’une façon c’est pas ça qui le dérange trop…

Kenza elle a toujours été une rebelle une sauvage qui n’veut rien savoir des La-peche-a-pieds.jpg traditions d’la smala et à l’école non plus elle obéissait pas on la punissait elle se sauvait direction les pistes du terrain vague et les buissons de mûres violettes aux rives du fleuve elle s’accroupissait à zyeuter les écluses qui hululaient de toutes leurs mécaniques crantées… Craou ! Craou ! Craou ! et les mariniers qui la voyaient là entre les herbes des eaux les ajoncs moussus à la crème brune en haut les touffes sifflantes des bambous vert libellules ils la prenaient avec eux elle les faisait rire… Un jour sûr que Kenza elle va escalader les filins d’la rembarde d’une grosse péniche à la panse goudron luisante au milieu des pots de géraniums et les jouets plastique des moutards au moment où les cordes ligotées aux anneaux de ferraille elles la retiennent encore dedans les flancs rugueux de l’écluse et que les bouillons d’eaux lui taillent un costard d’écumes qui frissonnent des gris légers et frais… et Hop !

A bord de la petite maison chaulée blanc Sabrina et les autres ils ont décidé que les choses on les mettrait en commun c’était mieux et ça faisait que tout l’monde se retrouvait pareil qu’on ait de la tune ou qu’on en ait pas c’était bien pratique ! Mario depuis qu’il avait sorti Sabrina des pattes crochues des sorcière autour de la fontaine il avait trouvé naturel de continuer à lui servir de défenseur prioritaire et de pieuter dessous le même morceau de duvet celui pareil que le sac à dos qu’avait traversé toute l’Amérique et que les souffles mouillés salés d’l’océan finissaient de moisir gentil… Les choses amoureuses à l’intérieur de la tribu des Indiens elles s’étaient organisées d’elles‑mêmes et ça n’avait pas d’importance vu qu’ils avaient chacun sauf Tomy et Jean déjà des vieux par rapport aucune expérience des rituels passionnés et tragiques mais c’qu’ils savaient par contre c’est que les histoires de leurs darons et d’leurs darones à la houspille et aux culbutes de la night pour se refiche sur le museau après ils en voulaient pas ! Ils étaient tous poteaux par le hasard qu’avait décidé de la baraka en les faisant se croiser les pinceaux cet été‑là et ils avaient des envies de jouer comme Vishnou quand il arrivait à poil total au milieu du troupeau vautré sur les serviettes aux motifs de fleurs orange et marron on aurait dit celles de la cuisine formica dans les gourbis d’leurs cités à détourner des gamines et qu’il s’obstinait à leur virer leur petite culotte…

Le côté proprio des gens et des affaires aussi c’était loin d’eux ils avaient crapahuté leurs enfances entre les blocks des tess’ immenses comme les Babel qu’on trouvait plus que sur les pages des bouquins ringards y avait pas un clou là‑d’dans qui leur appartenait et qu’était pas déjà au voisin d’paillasson vous comprenez ? Sinbad lui après l’histoire de Virgile qui lui serrait le lampion dès qu’il prenait la pause au port ou chez Christina il se trouvait bien à pioncer dans la piaule aux matelas réunis qu’avait les fenêtres qui baillaient du côté des marais et que les hirondelles de mer transperçaient de leurs appels amoureux… Cri ! Cri ! Cri !… fallait pas qu’il se retrouve seul parc’qu’alors ils aurait pas supporté… Les images elles lui remontaient aux calots en dedans il les voyait défiler nettes comme sur un bout de péloche… Virgile recroquevillé sur le macadam blacks au pied du mur qui puait la pisse et la fleur rouge qui s’agrandissait… 

Dedans la piaule aux matelas chacun avait arrangé son recoin en choisissant la place qui convenait aux horaires qu’ils se faisaient et c’était surtout Jean qui dormait près de la porte pour n’pas piétinner les autres de la tribu vu que Vishnou rampait dehors dix fois la night pour aller arroser les nénuphars du bassin cimenté et les grenouilles qu’arrêtaient pas pour autant leur concert… Elle le refourrait au pieu jusqu’à ce qu’elle y aille quand ça commençait à se teinter violet et turquoise lavée à l’Est derrière la crête des bambous et souvent ils se croisaient avec Sinbad et Tomy qui s’enfonçaient au creux d’la chaleur des corps après s’être envoyés un kaouah qui les empêchait pas de ronfler deux minutes plus tard… Et Vishnou qui reniflait endormi pour retrouver l’odeur de Jean faisait la boule entre les guibolles de celui qu’il attrapait au pif sa tronche bouclée qui dépassait à l’autre bout donnait l’air à l’embarcation d’être un seul animal géant qui chouinait dans son somme… 

Le coin de Mario il y avait empilé ses bouquins de poèmes des Américains surtout Burroughs et les premiers de Buko et aussi les romans qui étaient dépouillés complet d’lBuko.jpgeur couverture et bien ratatinés aux pages écorniflés gondolés à force d’averses et tachés de trous blancs salés… Sinbad qui fouinait curieux des découvertes qu’il arrêtait pas de faire ramassait pêle‑mêle avec des feuilles couvertes d’écritures où Mario avait recopié ses poèmes préférés dans les deux langues  Les clochards célestes et On the Road de Kerouac… Le Nègre blanc de Norman Mailer… Junkie de Burroughs… La nuit de l’iguane de Tennessee Williams et au‑dessus du tas le fameux Journal d’un vieux dégueulasse de Bukowski que Mario leur lisait en vrac quand ils avaient bien tisé un ou deux godets de Kriek et Sinbad retrouvait là les accents désespérés qu’il avait fui après la mort de Virgile qui lui siphonnaient le crâne les appels des gueux de toutes les cités de la terre…




A suivre...  

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Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /Jan /2010 19:17

Le retour de Sinbad suite...

Visage-des-cit-s-d-tail-2009.jpg

Sabrina elle s’était mise aux galures des feutres des usagés cabossés blacks des gai lurons de bourges qu’elle arrangeait d’abord un bon coup à l’eau de Javel et ça les rendait frétillants neufs comme le sable des plages que Vishnou qui n’déparait pas les autres moutards de son âge sur ce plan maçonnait châteaux palais citadelles et y restait qu’à les reteindre de jolies mascarades et à y coudre des fleurs par‑dessus on obtenait de l’inattendu qui faisait bien l’affaire des vacanciers pas fortunés qui trouvaient que les tarifs étaient à leurs bottes… 

Le p’tit commerce de Sabrina il marchait à donf elle déballait ses fripes aux terrasses des bistrots les patrons disaient rien ils étaient en bonne amitié avec les Indiens ça les amusait les mimiques de Vishnou qu’arrivait régulier à troquer aux lardons des familles un peu bourges et bien pourvues en monnaie les flèches aux lamas roses dedans leur étui sac plastique pendu à ses reins d’une cordelette tressée contre un cerf‑volant aux ailes vastes comme celles du cormoran black qui lâchait pas Sinbad au‑dessus du port… Il était là on le voyait qui plongeait et rapportait à la surface bleu cuivre de l’océan à midi une friture qu’il engloutissait toute vive… Craou ! Craou ! Craou !

Quand c’était l’heure des apéros un peu avant le dîner Sabrina remballait la camelote à l’intérieur du sac à dos de Mario celui qu’avait traversé l’Amérique jusqu’à San Francisco à la rencontre de Timothy Leary de Ginsberg de Kerouac et de Burroughs si on voulait pas trop chipoter parc’qu’à l’écouter Mario il avait à pinces arqué des bornes et des bornes d’un bout d’l’Angleterre aux US et à l’autre ce qu’était quand même pas probable en vérité mais on était pas à ça près ! N’empêche qu’il se montrait pas radin un bon camarade en somme pour leur partager les histoires on the road à tous et qu’il décrivait impeccable Ashbury Street ses baraques bariolées pink‑blue‑yellow et les teufs énormes où le “ San Francisco sound ” arrachait les esgourdes des gars et des filles rassemblés au Golden Gate Park et dans toute la ville pour l’Eté de l’Amour… Ah ! the Summer of Love c’était mieux et plus excitant que tous les poèmes flingués de Burroughs réunis !

Sinbad qu’avait jamais flairé des aventures de la sorte même si dedans la zone et les ghettos d’la périphérie on la reniflait depuis bien avant qu’les fils de rupins s’y collent la rebelle qu’on l’aLe-savoir-sans-permission-copie-1.jpgvait au fond de la boue des p’tits ruisseaux d’la Medina comme des pépites d’or pur il était épaté des bouquins que Mario leur fourrait sous le pif et qu’il gardait en tas dedans la pièce collective où les matelas les uns contre les autres formaient un plumard en commun… Mario lui il avait pas approfondi les études plus que ça mais il causait l’américain des rues à l’aise autant que s’il avait traîné à la remorque de Bukowski entre ses bars à putes et ses piaules d’hôtels qui le mettaient charogne tellement elles puaient la daube et la crasse des trente‑six misères et il baragouinait ses poèmes de Jouer du piano ivre… qu’il leur traduisait à sa sauce c’était le panard et Sabrina assise en tailleur les bouts d’un poncho patchwork entre les plis de sa jupe indienne laissait tomber les morceaux d’sa couture pour taper dans ses mains et réclamer la suite… 

A l’heure de l’apéro Sabrina vendait aux passants bien sapés des colliers de perles de couleurs tissés qu’elle avait aussi entrelacés à ses cheveux teints au henné rouge et quand Mario que Vishnou suivait à la trace de ses déambulation pour mancher dedans les coins les plus touristes la récupéraient un peu avant que les lampes lucioles géantes des bistrots du port s’allument ils allaient dévorer ensemble une double portion de frites et de sardines grillées arrosées de Kriek pour Sabrina et Mario et de grenadine pour Vishnou qui louchait sur la bière en loucedé…  Puis ils rentraient à pieds direction la petite maison chaulée blanc avec Mario et sa guitare qui rendait le chemin plus court il reprenait ses airs favoris des morceaux qu’il savait par cœur de Pearl la galette de Janis Joplin…

Vishnou qu’avait refilé à Sabrina qui lui servait de mère en l’absence de Jean le reste de la recette du jour s’était endormi sur place et il fallait le porter tout du long avec le pain et les courses du supermarché que Mario pratiquait à l’aise Vishnou entre les guibolles en train de faire carotte des tablettes de chocolat du clacos et des p’tits gâteaux planqués au fond de la poche plastique où les flèches aux lamas roses montaient la garde  et qu’étaient réservés à ceux qui trimaient vraiment…

Arrivés à la petite maison chaulée blanc Vishnou qui se réveillait en poussant un cri de guerre se ruait d’un bond de tout son corps chocolat dans le bassin cimenté qui ramassait l’eau de la source où des têtards minuscules se faufilent entre les herbes qui nagent… C’était le signal d’un plaisir qu’on imagine pas entre les murs de la Cité aux ordures celui de l’eau fraîche quasi glacée qui recouvre la peau d’sa tunique douce limpide qui prend la place des masques de poussières de soleil de sel de sable et de goudron… Le bassin il est rempli autant d’herbes qui nagent et de mousses que d’eau vive qui s’échappe c’est le lit d’un palais et les draps d’eau on s’enroule dedans pendant que la night elle s’amène… Les chauves‑souris elles planent ras en vrombissant les sorcières le radar aiguisé et Vishnou qui compte en gauler une et se la faire rôtir pour ce soir il planque jaillit et rebondit entre les feuilles des nénuphars et il les loupe à tous les coups… Tri ! Tri ! Tri !

Tomy… Sinbad et les autres ils ont allumé un feu de cageots et de bouts d’bois ramassés sur la plage ou le long des marais qu’étincellent sitôt que le plateau de cuivre du soleil a plongé et la lune elle commence à nacrer tout c’est un coquillage visage M-lune-overblog.jpgpâle que le renardeau camouflé des buissons à genêts mâchouille un peu à la night il emporte un éclat au fond de son terrier jusqu’à ce qu’y en ait plus et Hop !  Au-dedans de la petite maison chaulée blanc on a installé les espaces collectifs et c’est pas Sinbad que ça dérange lui à l’intérieur de la baraque de M’mâ il a jamais eu sa piaule ni rien qu’était pas à tout l’monde alors ! La gargamelle c’est chacun qui s’y colle quand il veut vu que les travailleurs comme Sinbad et Tomy ils fournissent le poiscaille sans restriction on est pas rationnés d’autant que Jean qu’a pactisé avec des maraîchers qu’embauchent pour les saisons des cueilleurs pas exigeants aux entournures elle déménage les légumes éborgnés à l’intérieur de la musette militaire et s’y a des pêches de vigne sauvages c’est pas de refus… 

Le retour des Indiens à la petite maison chaulée blanc il se fait à l’instinct des estomacs mais d’abord c’est l’envie de s’retrouver les uns les autres qu’il se dit Sinbad vu que chacun a planté sa family pour la transhumance et les plus aguerris à la route comme Tomy et Jean ils savent déjà qu’ils retourneront pas… Jamais qu’ils envisagent de faire leur trou dans la Cité d’leurs vieux les zimmigris ou ceux qu’ont largué leur paysage les minières du Nord où ils ont trimé tout lardons les filatures les grandes fermes qu’ont exploité leurs darons ils étaient ouvriers agricoles un pan de l’année et le reste… c’était dans l’improvisation pareil que les esclaves blacks ! Ouais ceux qui peuvent ils retourneront pas c’est joué la tess’ quand t’en sors que t’as eu le blot de t’arracher et que tu fais demi‑tour c’est que t’es un blaireau qu’il se répète Sinbad pendant que la première tournée de boustifaille est en route le poisson posé au creux de la grille un vivier à homarCHAHUT.jpgds éventré avec les tomates les courgettes et les aubergines… Vishnou qu’est toujours le plus rapide quand il s’agit de bâfrer et habile comme pas un a reniflé le festin qu’il émiette éparpille à coups de flèches de bambous et pour finir il dévore c’qui lui tombe en s’brûlant à pleines mains…

Sinbad qui le zyeute il pense à Virgile et sa silhouette dessus macadam black rouge couchée qui passe à toute vitesse et à leur enfance à la Cité aux ordures… Qui aurait pu dire que le bonheur n’existait pas ?

A suivre...

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Mercredi 27 janvier 2010 3 27 /01 /Jan /2010 21:44

Le retour de Sinbad suite...

De-retour-dans-l-enfance.jpg
        Sabrina elle taffait de son côté y avait assez de quoi ! Avec ses longs tifs bouclés elle en faisait des dizaines de p’tites nattes et ses fringues de gitane bariolées à la façon des Natives People d’Amérique du Sud qu’on trouvait sur les photos dans les magazines qu’ils récupéraient au vendeur de journaux il leur filait ceux qu’il n’avait pas casés aux touristes du jour leurs vêtements de coton et de laine tissés toutes couleurs elles les découpait et les collait sur les pages d’un cahier d’école et dedans les fringues qu’on pouvait avoir pas cher à Emmaüs elle taillait des costumes mirifiques personne savait d’où elle était venue elle avait trop la classe !
          C’était facile de ramasser dans les villages du port des restes de pelotes de laine dépareillées des chutes de tissus toutes les sortes possibles des velours des satins brodés de bouts de dentelles jaunis des tulles des feutres des cretonnes à fleurs à motifs traditions que les vieilles elles apportaient au fond d’leurs pochons les matins du marché pour la fille indienne…

Aux bistrots que fréquentaient les gars qui trimaient aux bateaux de pêche on avait appelé tout d’suite les jeun’s de la p’tite maison chaulée blanche les Hyppies ou bien les Indiens mais y avait des quantités de nomades comme eux qui fuyaient désertaient les camps de transit des méga citadelles périphériques qu’étaient devenus en pas dix piges des constructions béton bien blindées qui bougeraient qu’au bout d’un lustre c’était couru on avait vu ce qui s’était passé avec les immigrés des années 50 comme la famille de M’mâ et tous les p’tits ceux d’la deuxième génération dont Sinbad il était ils voulaient refaire la transhumance dans l’autre sens ! 

Des cabanes en tôle leurs vieux ils avaient sauté comme des diables complaisants dedans les troupeaux de tours fortifiées des châteaux ghettos modernes avec leurs guetteurs aux meurtrières vitrages pare‑balles et Hop ! Le bonheur il était assuré garanti tampon dessus les paplars encore une fois ils avaient obtenu les tickets pour une vie qu’ils verraient pas circuler au creux d’leurs veines et leur sang ils l’ont vendu au rabais on leur a pas dit que c’était pour toujours qu’ils signaient et que leurs p’tits la marmaille joyeuse et guenilles d’étoiles ils seraient esclaves pareil ! Et Hop !

Sabrina elle était bien occupée les soirées de la petite maison chaulée blanc à tricoter des formes de toutes les sortes des carrés des triangles des losanges au fond noir ou crème avec dessus les divinités incas pleines de bras de jambes et de visages couleurs terres et ocre rouge ou des verts de feuilles et des animaux totems des lamas rose et violets des jaguars bleu marine des aigles et des serpents orange qui ressemblaient à des dessins d’enfants… Après y fallait encore coudre ensemble les puzzle qui remplissaient des paniers plastique fauchés au supermarché que Vishnou lui faisait carotte surtout les lamas rose vif milieu des triangles verts qu’il préférait…

Il en fabriquait des fanions ligotés à des bambous qui poussaient à la frontière des marais qu’entouraient la petite maison leurs cannes où les sternes au costard noir‑blanc venaient chiper des feuilles pour leurs nids et que Mario lui coupait en aiguisant bien la pointe c’était des flèches extras ! Vishnou il était élevé comme ça pousse une sorte de loupiot aux allures de marguerite sauvage la touffe en bataille d’épis et les guibolles qui sortaient des culottes que Jean récupérait aux chifftirs d’Emmaüs et que Sabrina rapiéçait de lamas rose vif… la-mer-ses-atomes-et-l-autre-cote-jpg

Enfant‑fleur qui se poilait de se la ramener tout nu comme il avait l’envie Vishnou réclamait à Mario les tatouages des Sioux aux poudres de couleurs touillées triturées avec la terre d’argile qu’on trouvait pas loin au bord des marres il lui en dessinait des lunes des soleils des signes des écritures anciennes pleines de formes géométriques et des lamas sa bestiole fétiche il lui tressait des couronnes de rayons sur le front des écailles et des cercles avec des triangles dedans qui lui graffaient les épaules jusqu’au derrière… Comme il existait tout seul milieu de la bande des grands qui pouvaient pas comprendre ses histoires de loupiot Vishnou se scotchait aux autres loustics qui radinaient au port avec leurs vieux des caves des blaireaux qui le trouvaient mariole et qui l’auraient adopté… Il  avait l’air de trouver ça trop excitant de débouler dedans le pataquès à l’époque du Flower Power ça lui convenait gentil au marmot et les kilomètres de pistes des landes que les genêts racolaient autour c’était son territoire d’exploration dans les panards de Mario le bonheur total !  

Sabrina elle s’y collait aux patchworks à force elle avait pris des goûts particuliers qu’on reconnaissait qu’on lui demandait y avait une mode c’est entendu et ça donnait à fond à cause du monde qu’en avait marre de cette tristesse qui remontait tant qui débordait des caves des soubassements de la vie on voulait autre chose on le désirait fort à se l’inventer s’en tartiner des façades de nos museaux de fouines des banlieues un peu pâlottes décolorées du poil et des calots… on était au parfum que ça s’annonçait et les Natives People avec leurs costumes qui voletaient tout en légèreté des tons qu’imitaient les patchworks de fleurs entre les feuilles des grands arbres ça nous causait bien… C’était des bleus d’abord des turquoises de la Cordillèrequ’elle réussissait du kif au même que si elle était d’origine de là‑bas Sabrina et aussi les orange sanguines des bandes entières pour les ponchos que les vieilles lui en réclamaient à la place de leurs châles noirs ça les rendait joyeuses c’était la jeunesse qui leur redéboulait aux basques !

Sinbad entre ses nights à l’abordage des tombereaux de poiscailles qui le lâchaient pas de l’odeur poisse et raide il en fournissait à qui mieux mieux et la fatigue des bourlingues de boui‑boui en aller‑retour d’la p’tite maison chaulée blanc il la mirait plus lerche sa vie à c’moment… Pourtant il se disait quand il avait un peu la possibilité de retrouver l’atmosphère des piafs de la Citédes Blocks qui lui piaillaient au fond des esgourdes qu’il les oublie pas… Piaouh ! Piaouh ! Raouf ! Cri ! Cri ! Cri ! que jamais autant il n’avait eu l’impression de la sentir lui bouillonner aux tripes et que les expériences qui lui bourraient ses sabots bottes en même temps que les poiscailles tombés du quai elles étaient tellement plus fortes que tout c’qu’il s’était farci comme agonies dedans la Medina depuis qu’il était p’tit ! Pas souvent qu’il avait trimardé de la sorte lui qu’est plutôt un gars fugueur vis‑à‑vis du boulot et des complications que les autres ils fourrent dans la musette sitôt que t’es à leur merci ! 

Et puis il se sentait pour la première fois après le drame avec Virgile de retour dans quelque chose de joyeux et d’enfantin comme s’ils allaient à nouveau partir son pote et lui les bombes aérosol au fond d’la besace tagger les murailles de la Babylonedésespoir des silhouettes d’oiseaux déjantés… Piaouh ! Piaouh ! Raouf ! Cri ! Cri ! Cri ! Sinbad il se demandait pas les raisons c’était tout ce qui lui chavirait comme une fête des brouettes d’aventures en plein naseaux qui le secouait de nouveautés épatantes et terribles et la lumière du bout d’la terre qui lui faisait fenêtres à peine réveillé à l’intérieur du duvet de Tomy le matinal qui cavalait au port avec les grains de la rosée dessus les tifs elle lui glissait au fond des mirettes ses iris mauves et jaune pâles une clarté laiteuse qu’il gardait longtemps avant de se bouger du pageot… Et pour finir de recommencer l’histoire à partir de c’moment‑là y avait Sabrina…

 deja-le-soleil-se-fait-sombre6.jpg 

A suivre...
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