Le retour de Sinbad suite...
Le coin de Mario qu’était aussi celui de Sabrina Sinbad y avait dégoté sans fouiller trop juste un
peu comme ça ses fringues de fille qu’étaient en vrac avec les paniers plastique des patchworks empilés à des hauteurs qu’ils finissaient par dégringoler s’écrouler se touiller les uns les autres
toutes les couleurs et surtout les lamas roses dessus les triangles vert pomme qu’y en avait des quantités !…
Et Vishnou qui cavalcadait autour de la piaule en vrombissant… on aurait dit un insecte prodigieux… Zoum ! Zoum !… à son moment
de délire et vu qu’il était plutôt solitaire comme môme dedans la p’tite maison chaulée blanc il se mitonnait sa bande à lui rien que des fantômes de corsaires et des pirates qu’il
s’inventait… Des animaux marins rejaillis droit des entourloupes aux abîmes et aussi d’abord le capitaine Achab qu’était son héros favori dans les lectures que Jean lui faisait le soir quand
y avait des veillées totales spontanées…
C’est une des façons qu’ils ont improvisée les lascars pour se retrouver tous ensemble à l’intérieur de la p’tite maison chaulée blanc et s’arranger des tambouilles de crêpes aux sardines et au miel‑citron que toute la bande en raffole jusqu’à s’en donner des indigestions mises en commun et on faisait couler là‑dessus des bocks de Kriek à la cerise qu’amenaient les mots des contes dans la bouche de Sinbad comme s’il était encore à bord de la baraque de M’mâ… Sinbad d’ordinaire on sait qu’il cause pas et ça s’était pas amélioré avec la mort de son poteau Virgile sauf pour les soirées aux histoires quand on se pose en rond dessus les duvets qu’on sort autour du feu des bois de flottages que chacun il rapporte à l’occase et qu’y en a des formidables des fois !… des sculptures d’océan épatantes… des poussahs au bidon rebondi… des chevaux et leurs crinières marines enturbannées… des colosses avec des micro panards au‑dessous de cuisses à l’épouvante !… Mais tant pis on les sacrifie à la déesses du feu Barat An-na la première dame de la pierre du feu sa torche phare à la paluche que Jean si tellement à la traque des légendes populaires elle a dénichée milieu des pages d’un bouquin qui cause des anciennes cités de Sumer…
Y a personne qui leur a soufflé aux Indiens de la p’tite maison chaulée blanc les veillées où on laisse causer ceux qu’ont le don des
palabres… c’est arrivé comme ça vu que dans le gourbi on a pas de téloche ou de radio ou quoi !… Juste y a Mario qui bricole pas mal de ses doigts dans l’électronique qu’a révisé
une platine disque et un gros ampli à lampes pour ses zicmus qu’il a entassées au fond d’son sac marin tout l’trajet depuis les US et même s’ils sont des fois un peu craquants saupoudrés de
grains de sable ses disques 33 tours ils mettent recta l’atmosphère à la teuf toute la journée et si personne va taffer toute la night pareil !… Mais les soirées aux histoires ils les
louperaient pas vous pensez bien !… comme s’ils ét
aient pareil que Vishnou des moutards qui se font des mondes à dévorer que leur baveuse elle va fouiner au fin fond des dédales des coquillages prodigieux sapés de rose crème à
paillettes caramel… On dirait les boîtes à coco ou les roudoudous avec les mots qu’on lèche délicieux et sucrés amers juste c’qu’y faut…
C’est le moyen de partage des rêves qu’ils ont à l’intérieur d’leur musette à folie les Indiens et que chacun il en refile chouïa chouïa aux autres le temps que ça dure qu’on se bricole du devenir d’illusoire de passage mais y a pas d’idée sur ce que ça deviendra demain après plus tard l’aventure des habitants de la petite maison chaulée blanc… Quand ça sera fini que ça aura bien donné sa provision de gourmandises et ses parfums du printemps des enfants‑fleurs… quand on aura été tout au bout d’ces instants‑là qui mijotent aux marmites de la douceur de vivre et de faire connaissance des gens qui entreprennent la grande transhumance et du monde alors on s’en ira et Hop ! et c’qu’on emportera avec nous autres ce sont les histoires !… Ouais c’est ça… les histoires Sinbad il les oubliera pas et il les gardera comme Vishnou qui pionce avec le songe d’Ismaël volant milieu des plumes légères d’un oreiller à nuages et il les rapportera aux p’tits de la tess’…
Ecoute… écoute…
Pour le coup les p’tites culottes en coton blanches et rouges aussi de Sabrina qu’elle fourrait milieu des sweets de Mario et qu’elle mettait sans soutif… on voyait ses seins sauter comme des jeunes matous le soir quand elle se sapait plus Indienne et qu’elle baladait son corps de gamine moitié nue entre la cuisine qui baillait du côté du bassin aux grenouilles et la piaule aux matelas ça le faisait ressouvenir de Virgile Sinbad et ça l’énervait un peu !… Sabrina elle arrivait juste là dedans ces années qu’éclataient grenades et leur jus rose brûlant qui giclait en gerbes comme des bengales à l’épanouissement et aux farces !… Elle débarquait sa dégaine de môme poussée aux cales de la pauvreté des quartiers populaires du Sud et dans les entreponts d’la joyeuse débrouille libertaire avec son vieux qui marnait sur les chantiers à Barcelone avant que les franquistes se lancent à la poursuite des combattants de la CNT et qu’ils crapahutent de c’côté sauver leur viande !…
Y avait rien qui pouvait la déranger dans le programme des camarades de la petite maison chaulée blanc de partager tout c’qui faisait le quotidien d’leur existence et de se donner en plein élan à ce qui s’ramenait d’inconnu de neuf et qui les séparait chaque jour un peu plus du monde vieux et pourri qu’ils avaient au milieu des pattes depuis qu’ils avaient mis le museau à la fenêtre… Avec son vieux elle avait flairé c’qu’y avait comme trouvailles à enchantements dans les cultures populaires des peuples d’Amérique du Sud… des tribus d’Afrique et de tous les nomades possibles… Ceux qu’ont pas arrêté de transhumer pour trouver des terres généreuses à l’autre bout d’l’océan !… Ce qu’ils ont apporté avec eux d’histoires héroïques et truculentes… de contes à n’pas dormir debout… de traditions paysannes à la turelure… de goualantes insoumises et scandaleuses ! Et eux les momignards des faubourgs des monstres Babel ils se réveillaient tout juste pour prendre ça plein dedans les naseaux !…
Mario il avait pas le caractère propriétaire non plus après ses errances on the road et ses semaines en folie à San Francisco il était musicos d’abord et même sa guitare il la prêtait facile à Jean qu’essayait de s’initier et qui répétait des heures les deux trois premières mesures de “ Blowing in the wind ”… L’histoire est arrivée un jour que Tomy a décidé de laisser un peu le turbin de docker que ça allait bien comme ça !… Et Hop !… Sinbad il l’a vu causer un midi après les heures à fond de cale avec Jonathan un camarade qui descendait aussi de temps en temps au poiscaille… Il créchait sur une des îles du Golfe et il récupérait des épaves de navires qu’il remettait à flots pour d’autres traversées avec des capitaines d’infortune… Jonathan avait pas d’autre domicile que ses rafiots et ça lui suffisait bien !…
C’était un poteau aux cormorans une bande entière de ramoneurs blacks pareils que celui qui pistait Sinbad depuis la tess’… ils le lâchaient pas et ils tournaient à son intention des danses farouches au bras de l’océan en hululant des appels frénétiques… Craou ! Craou ! Craou !… avant de s’abattre les uns derrière les autres au travers de la toile gris‑vert qui se déchirait en lambeaux d’écume mousseuse… Il venait juste d’arrimer à l’abri d’une crique protégée du Golfe un cotre à la voilure rouge sang qui dérivait depuis des jours… On aurait dit la carcasse d’un grand oiseau de mer abattu les ailes fracassées… Par chance y avait peu de dégâts dans la voilure et le bateau était un fameux loustic à l’allure étrange un peu revenant sur les bords… un navire fantôme abandonné en mer par des marins devenus fous… Et les cormorans en escadrille déjantée moitié furax moitié farceurs qu’avaient fait de l’épave leur perchoir à séchage favori… l’était bien pratique le radeau suivaient les opérations avec des farandoles de plongeons et de sauts périlleux d’épouvante !…
Jonathan il était venu proposer à Tomy et à Sinbad qu’il blairait bien à cause des oiseaux qui le quittaient pas de bricoler un peu le
v
oilier et de partir ensuite toute une semaine
caboter aux îlots… on ferait aussi quelques jours de pêche et de sieste sur le dos rond et calme de l’océan… C’était l’aubaine !… Comme ça que le goût de Sinbad le taggeur d’oiseaux…
Piaou !… piaou !… cri !… cri !… zaiout !… pour l’océan et pour ce qui existait forcément au-delà de l’horizon se transformait en un puzzle d’instants de plus en plus
proches de son rêve…
A suivre...
Lakhdar il est d’origine du Sud de l’Algérie alors la neige…





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