Le testament du jardin et du jardinier
Epinay, samedi, 27 février 2010
L'oiseau de la joie
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Dehors il y avait un grand hall de gare hostile
Qu'on ne pouvait pas traverser à pieds
Pour rejoindre les rails interlignes
Pourtant il fallait bien
L' oiseau‑tortue ne parvenait pas à se remettre
Dans le bon sens
Il ne savait pas choisir
Entre l'oiseau et la tortue il y'a qu'un pas
Je devais le faire à sa place
Alors on s'est assis l'oiseau et moi
Au bord du grand hall de gare couvert de sable
Et on a attendu le temps
Le temps pour que les choses se transforment
Et prennent l'allure du mot qui leur ressemble
Le temps pour que les patins du voyageur des vents
Se couvrent de givre
Et que je n'aie plus de peine en les regardant
Le temps de deviner qu'avec mes pieds
Je verrai le chemin mieux qu'avec mes yeux
Bleu le voyage bien au delà de moi
Ceux qui habitent au cœur des vents savent
Qu'ils se retrouveront quelque part entre deux glissades
Ils n'ont pas peur de laisser ouverte la main
Au creux de laquelle une autre paume s'est arrêtée
Face à face sous la tunique de lin blanc
En enfilant les patins j'ai cru que j'entrais
Dans des souliers de neige
Et j'ai constaté aussitôt que l'oiseau était à l'envers
Une fois remis dans le bon sens sur ses pieds à lui
L'oiseau a éclaté de rire
On aurait pu y penser plus tôt !
Qu'il a dit
Aussi légers que son rire mes pieds voulaient courir
Vers les lignes qui s'enfonçaient
Tout au bout dans la nuit
L'oiseau voletait autour de moi pour m'encourager
S'il y avait pas eu ce grand hall de gare recouvert de sable
A traverser
Ce grand hall de haine recouvert de regards
A transvaser d'un bout à l'autre de la ville
Est-ce que la table du café où j'avais dessiné l'oiseau
Quand il était encore un mot sans importance
Verglaçait toujours bleu dessous les lampes à gaz ?
Dès que j'avais pu marcher à travers la ville
Incendiée par les photophores
Qui donnaient aux chats des frissons métalliques sur leur dos
Après la mort du jardin j'avais libéré l'oiseau
A l'autre bout du grand hall de gare recouvert de sable
Les restes de l'OS brillaient
Comme deux canines blanches dans le ventre d'un fruit
Mon grand‑père le conducteur de locomotive sommeillait
A l'intérieur de l'estomac de sa motrice orange
C'est l'oiseau qui l'a déniché au moment même
Où je chaussais mes patins pour remonter vers mon septième étage
Face à face avec la lune
Douce ballade dans la continuité moelleuse des rails
Une enfilade de glace claire
Deux traces de mercure sur les trottoirs
Juste un peu plus étroites que celles de sa machine
C'était sa façon d'écrire les courants d'air de la vie
Il n'avait pas l'impression de changer de rêve
Il n'a pas fait de difficultés pour emboîter le pas à l'oiseau
Surtout qu'ils allaient dans la même direction
Celle des portes coulissant
Sur la lueur aveuglante des photophores
Et des chats hérissés de poils bleu-nuit
Il savait marcher sur le sable du hall
Sans faire crisser les pattes des petites bêtes
Cachées dessous
Un rire de galets brassés est arrivé
En même temps que lui
Au bout du message interstellaire à la seconde
Où j'allais m'attaquer au corps mutilé de l'OS
Ce qu'il me restait de l'oiseau à coups de ciseaux
Ça a tangué soudain comme lorsqu'on se retrouve
Après un long détour au seuil d'une main ouverte qui bat
Comme le silence après les petits grattements d'ongles
Sur la vitre solitude
Comme la joie de reconnaître la porte du jardin
Après que le temps ait coulé sur les yeux du jardinier
Sans former de rides
Comme le rire fou de l'oiseau qui sait qu'il est arrivé
Juste à l'heure
Pour danser au creux de sa main ouverte
Alors l’oiseau s’est posé sur le seuil de la fenêtre
Et il a dit regarde l’âme du jardin
Et le cœur du jardinier
Regarde et voyage bien au-delà de moi.





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