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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Mercredi 11 juin 2008 3 11 /06 /Juin /2008 15:18

Dans mon pays... Anouar Benmalek

Après vous avoir parlé des poèmes d'un grand ami Patrick Navaï voici un autre grand ami et dont j'aime mieux vous tchatcher quelques mots des écritures poétiques que de ses romans aujourd'hui... Les romans sont à venir pour dans un jour ou deux... Et de toute façon l'écriture d'Anouar est un désir de poèmes donc... à suivre...

Ma planète me monte à la tête, Historiettes à hue et à dia pour briser le cœur humain, Anouar Benmalek, Ed. Fayard, 2005.

 Quelques mots pour l’ami Anouar...


 
“ Dans mon pays
les oranges sont citrons
et les citrons sont oranges
les labyrinthes sont simples
et les fruits font beaucoup de bruit en naissant ”

      Quelques vers d’un poème d’Anouar Benmalek, intitulé “ dans mon pays ” ça peut paraître étrange à celles et ceux qui ne connaissent ni Anouar qui nous surprend toujours avec les thèmes de ses romans lui qui né en Algérie prend pour espace de ses livre des territoires toujours lointains et différents à la façon des voyageurs vrais de l’obscur d’écrire ni son goût d’une écriture poétique qui d’un coup se tire de l’ours à peine commencé pour faire un recueil de poèmes et voilà !
      On peut être en exil à l’intérieur de sa cité parmi l’exil de ceux avec lesquels on vit chaque jour comme le p’tit renard sur sa planète étrange lui qui ne manque pas les roses mais heureusement qu’y a les couchers de soleil ! Exil des habitants ouvrières et ouvriers renards de la cité d’urgence qu’ils ne cessent de raconter et qui devient de plus en plus mythique à mesure que le pays d’origine s’éloigne mais qui nourrit le présent de rêves et d’une sensualité faite de parfums de couleurs et de sonorités qui sont aussi les nôtres…
      Et on peut faire sa maison de cette étrangeté venue à nous comme une offrande d’ailleurs que tant de peintres de poètes et de simples voyageurs ont été chercher dans ces lointains lumineux. Nos paysages de banlieues et de périphéries sont oranges et citrons offerts par les mains de l’étranger l’ami étranger venues de ces contrées chères à Rimbaud qui est allé y chercher une autre maison que celle des mots…
      Embarqué pour Gênes et Alexandrie surveillant d’une carrière au désert dans l’île de Chypre puis surveillant au palais du Mont-Troodos le dieu Rimbe cherche du travail dans tous les ports de la Mer rouge… Djeddah… Souakim… Massaouah… Hodeidah… avant d’arriver en Abyssinie qui est l’Ethiopie magnifique d’aujourd’hui et de prendre le premier bateau ivre direction l’Arabie heureuse et Aden pour finir… ce “ roc affreux, sans un seul brin d’herbe ni une goutte d’eau bonne… ”
         Rimbaud et son éternelle fuite vers le désir d’étrangeté et d’inconnu qui le mène à Harar vendre le café les peaux l’ivoire et puis… Combien sont-ils ceux qui parmi les jeunes garçons et filles des cités les fils de la troisième génération d’immigrés songent peut-être à une destinée aussi incroyable vers l’Arabie lointaine de leur histoire extraordinaire mais qui pris au piège ne savent plus où se joue leur destinée… Voyageurs immobiles il ne leur reste plus sans doute à l’inverse de ce qu’avait décidé Rimbaud qu’à inventer leur histoire en la taggant sur les murs qui sont leur unique carnet de bord tel un Journal de voyage imaginaire…

      Celles et ceux qui connaissent ont entendu l’ami Anouar au moins une fois raconter des histoires avec pour prétexte de parler de ses livres savent qu’il est avant tout un sacré conteur et un manieur de mots pour qui les premiers textes écrits ont été des poèmes. Mais Anouar ayant décidé qu’on écrit sagement de la poésie publie avec modestie un recueil de ses “ historiettes ” tous les dix ans. Après Cortèges d’impatience paru aux Ed. Naaman Quebeck en 1984 voici publié en 2005 des petites histoires “ pour briser le cœur humain ” sortes de contes de légendes de… poèmes qui commencent bien sûr par : “ Cela s’est passé/il y a longtemps/il y a tellement longtemps… ” et qui nous parlent de la vie tout simplement.
      Parler d’un poème c’est naviguer à contre-sens de la poésie. Un poème ça se lit et puis c’est tout. Et pourtant… Comment ne pas dire l’histoire du “ chien abandonné ” qui “ chemine tristement dans la rue ” et répond à l’enquêteur sur la peine de mort “ Ah oui wouah wouah…afin d’éviter “ tous les désordres ” et pour finir se fait embarquer “ quelques minutes plus tard ” par un camion de la “ Fourrière municipale ”… Et nous voilà parmi les animaux, chats qui “ en été/sèchent ” et “ reverdissent/quand ils boivent/de l’eau ” “ hirondelle qui tousse ” “ Moula-moula/petit oiseau noir et blanc/du Tassili ” “ pinson éperdu ” “ un petit amour chaud dans un océan polaireou bien encore “ le vieil oiseau ” “ aux plumes dépareillées/lavées à l’eau de Javel du temps ”. 
      Et puis ce sont et pourquoi pas “ ver de pomme ” insectes “ cheval cassé ” “ hareng et héron ” venus culbuter contre des créatures humaines cette fois éparpillées telles les plumes du vieil oiseau au gré de “ notre planète ” qui “ a la nausée ” “ surtout les soirs de pleine lune ”. C’est “ une femme à Dehli ” un “ petit soldat courageux ”d’Iran ou d’Irak qui rêve à “ une aile de papillon ” “ une Chinoise à Singapour ” ” la petite catin brune/du quartier réservé de Constantine ” “ qui se voit déjà corde de cithare ” et un jeune garçon du camp de Sabra nommé Dallal. “ Et Dallal me raconta son pays ”
      Et puis après ce sont toutes ces choses de la vie qu’on croise sans trop s’y arrêter et qui elles nous regardent pourtant, comme “ la réalité se repose/à l’ombre du désir ”. Il y a du “ verre pilé ” où “ poser son cœur ” “ un bouquet de fleurs ” qui ne trouve pas les hommes beaux, et puis encore “ la pluie ”… “ Mon amie la pluie ” offerte dans une paume ouverte comme un “ clin d’œil à Jean suicidé ” “ Jean-poète ” “ trop frêle contre train ”…
      Et il y a “ la neige et le soleil ”… “ Tu ne fonds pas ? /Comment le pourrais-je répliqua la neige/puisque je brûle aussi ”… Il y a “ coco câline/douce opaline ” “ avec bouts d’obstination et escarbilles de cœur ” “ et cette odeur ” “ curieusement mêlée à des souvenirs de siestes chaudes/au goût sucré des oranges de Constantine ” et comme je l’imagine ce goût‑là aussi sucré que les mots qui lui ressemblent aussi sucrées les oranges de Constantine que la mémoire d’un désir perdu. Pendant que demeure dans son exil un jeune garçon du camp de Sabra nommé Dallal. “ Et Dallal me raconta son pays ”…
      Et enfin il y a l’amour car comment écrire des poèmes sans amour ? “ Le délicieux tam-tam d’un baiser ” qui répète répète à l’infini “ ne me mange pas/mon amour/je t’en prie ” “ goûte-moi/seulement ”… L’amour comme “ ce temps jamais calmé ” qui nous revient toujours, l’amour “ mauve ” “ plein rêve ”cet oiseau vert qui se moque de tout ” celui à qui seul on peut dire “ ma jarre d’eau nécessaireet qui rafraîchit l’herbe entre nos doigts. “ Le somptueux voyage d’ébèneoù “ nous faisons des gestes bien ordinairesavec au creux des paumes “ un fanal une ardoise un jour à Tanger ” et peut-être même Anouar pourrais-tu signer tes poèmes : “ Poisson ébloui ”.

“ Et Dallal me raconta son pays ”

Dans mon pays
les oiseaux se posent sur les têtes
ils mangent du soleil
qu’ils découpent en tranches
et te donnent en échange des miettes d’étoiles

Dans mon pays
ne t’étonne pas
si la lune verte
aux ruses de fennec
s’essayant à chaque montagne
chapeau pointu et hilare
ne t’étonne pas
si à l’improviste
elle te croque soudain le cœur
en battant les mains de joie

Dans mon pays
la mer n’est pas la mer
c’est une griffe
bleue ou violette c’est selon
qui se pavane sur ses vagues
et se tait parfois
dans une grotte
pour écouter le souffle des plantes qui respirent

Dans mon pays
les oranges sont citrons
et les citrons sont oranges
les labyrinthes sont simples
et les fruits font beaucoup de bruit en naissant

Dans mon pays
les pierres sont dures
les pierres t’écorchent
mais dans mon pays
les pierres ouvrent la main
et les musiciens rient toujours après la Mort

Et Dallal comme eux partit d’un grand éclat de rire
 

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Mardi 10 juin 2008 2 10 /06 /Juin /2008 23:05

Métissage d'encre Hélène Cixous Alice Cherki suite ...

      La mort du père-Algérie remise à jour et le corps enfin ré-enterré par la “ violence virtuelle ” qu’est l’écriture des Rêveries n’autorisent-ils pas l’expulsion hors de soi de la prison-douleur comme état d’être ?
      
      Et celle de “ l'enfant-mort ” partie du père, le fils mongolien, n'est-elle pas la dernière expulsion enfin libératrice après toutes les autres déjà subies et posées dans Les Rêveries ? “ L'expulsion pour nous mon frère et moi d'abord ( … ) était la forme même de notre existence et de notre relation au monde depuis la maison du Clos-Salembier ( … ) ”
      L'innocent absolu par défaut qu'est le mongolien, “ le saint simple ” de ce “ second ” livre, ignore “ l'interrogatoire ”, le supplice de la question qui met à la torture le corps d'enfance de la narratrice doublement aliéné - en tant que juive et en tant qu'algérienne - par la transmission d'un enchaînement de plaies inscrite comme initiale mémoire. “ Apprends à lire tue-meurs ! ”, il ne le pourra jamais. De ce fait comme L'Idiot de Dostoïevski, il nous autorise ainsi que celle qui le porte à être “ … gentil ! gentil ! gentil ! ” Et non seulement cela, mais il dé-liera également ce qui de “ tu meurs ” fait “ tumeur ”, ordre donné quelque part au père, qui ne cesse souterrainement en sa caverne d'accomplir l'expiation de l'amour inaccompli.
      C'est en ce sens aussi que se lit le premier acte de la narratrice dans Le Jour où je n'étais pas là, de creuser “ à même la terre durcie et froide ” pour “ enfouir ” “ une petite marmite d'un kilo ” contenant “ le souvenir d'une faute qui revient d'un lointain passé ”. Sur la nature de la faute, on peut continuer d'épiloguer indéfiniment, mais en tout cas il ne s'agit pas ici seulement de refouler, ou “ d'effacer ” cette “ faute ”, dont il est dit que “ ce n'est pas la mienne ” en en faisant du non-dit ou du déni. Il s'agit au contraire d'en finir avec la culpabilité et/ou l'innocence‑coupable. Il s'agit d'en finir avec la passion du père.
      Si Les Rêveries sont pour leur auteure un premier livre algérien, Le Jour où je n'étais pas là est, pour moi, un premier livre juif. Et je pose cela avec mille précautions en sachant que, justement, je ne sais pas. Et en sachant aussi que celle qui nous ouvre ce portail-là le fait depuis le lieu de la plus grande peur, le sanatorium : “ que je m'efforce de ne pas écrire satanorium ”, avec un geste d'amour forcené. Comme peut être forcené le geste de franchir, de s'affranchir de toutes peurs d'un petit bond de chien à trois pattes totalement déséquilibré par l'envergure de la grande bouffée d'air à dévorer.
      Après le questionnement du chien martyr Fips dans Les Rêveries, l'affirmation du chien à trois pattes : “ ce n'est pas ma faute ” puisque ce “ jour-là ”, elle, “ n'était pas là ”, suivie sans doute de : il n'y a pas de faute, est vraiment l'acte libératoire que celle qui écrit s'offre et nous offre pour sortir “ de l'encerclement ou de l'enclave ”.

“ - Les poules pensent aussi.
- Chez les Juifs la poule ne souffre pas. Ma mère ment et se croit.
- J'ai mal aux poules, dis-je. Ma mère a mieux à faire que d'écouter mon Choeur : il y a une émission passionnante sur les Camps de Concentration. Elle s'est retirée dans son programme et elle me laisse à mon caquet. ”

      Dans Les Rêveries, c'est à la mère originaire d'une famille juive d'Osnabrück - “ ville de Prusse ( Hanovre )“  - qu'est confié le soin de “mettre au monde trois cents ou quatre cents bébés algériens par an ”, à l'intérieur de “ La Clinique : ( … ) au beau et selon moi crapuleux milieu exactement de la Ville tout entière en proie aux couteaux imaginaires et réels, il y avait, enclavé d'abord par mon père et après sa mort par ma mère, le Berceau. ” Dans Le Jour où je n'étais pas là, c'est à nouveau à la mère qu'est remis le sort de l'enfant mongolien qu'elle accompagnera jusqu'à l'instant de la mort puisqu'elle est la seule à pouvoir rouvrir le passage de ses mains de vie. Entre les mains de la mère la mort ne mord plus elle réunit.
      L'innocence-coupable doucement exhumée est menée à son terme terrestre afin de pouvoir entamer enfin une trajectoire de légèreté comme une pluie d'étoiles. L'enfant mongolien, “ mon fils celui qui est mort, mon ancien fils mon fils qui n'est plus mon fils ”, porte les trois noms qui figurent son passé archaïque, son présent dépassé et son avenir utopique. “ En premier il s'appelle Adam; en deuxième elle l'appelle Georges le nom de son père mort qui attend d'être rappelé parmi les vivants depuis des années. En troisième elle l'appelle Lev le nom du Prince compliqué inexplicable. ”
      Adam, le prénom qu'elle ne choisit pas est le vis-à-vis de celui de la mère Eve dont on sait le rôle essentiel dans les R-êve-ries, Georges le prénom lié au corps dont l'OR seul demeure, et Lev par qui s'accomplit la résurrection du rêve et du désir. La métaphore du mongolien permet de surcroît d'interroger intimement l'inconscient des projections familiales. Son visage sans trace “ de méchanceté ” qui en fait un être “ gentil ”  étymologiquement, païen - et cette sorte de “ nouveau nez ” : “ ce qui m'est né, comme ayant cédé aux objurgations contre l'ancien nez les unes après les autres ”, demandent : “ serait-ce une espèce de non-juif ? ”
      Ainsi pourrait se réaliser le travail de deuil - de tous les deuils - à partir de l'enfant qui se lève au nom du père mort et renommé par sa fille. Au nom du jardin Algérie, premier souvenir paradisiaque offert dans le “ Parc du Cercle des Officiers à Oran ” d'où “ Adam ” fut chassé, et qui revient à nous sur la “ scène de papier ”. “ Lorsque mon père est devenu officier pendant la guerre, j'ai pu entrer dans le jardin… mon père a ensuite été jeté dehors un an après en tant que Juif… ”
      Sur “ la scène de papier ” avec le Livre comme “ premier ou dernier personnage ”, le décor planté dans Les Rêveries se développe et s'ouvre en un champ d'investigation que la mère investit de sa présence primordiale, celle qui éclaire chaque micro-récit et chaque petite scène de sa force et de “ sa gloire cachée ”. “ Donne-moi mais ne me dis pas ”, phrase qui revient à plusieurs reprises dans Le Jour où je n'étais pas là, pour signifier à la fois “ donne-moi ma mort ” et “ redonne-moi la vie ”, est symbolique du mouvement infini qui n'a cessé de “ porter la maternité à incandescence ”. Car c'est la mère qui fait au Livre cadeau d'Etre “ jusqu'à la fin ”.
      Nous avions dit au cours d'une réflexion précédant celle-ci qu'à l'intérieur du théâtre des Rêveries, intervenait un nombre illimité de personnages, pour ainsi dire presque tout était personnage. On retrouve ici ce jeu des icônes vivantes : “ Le Grand Portail ”, “ L'Enfer ”, “ le Paradis ”, “ la Ville ”, “ le Petit Bois ” et surtout “ La Clinique ”. C'est cette clinique d'accouchements, porte entrebâillée sur l'Algérie féminine, qui devient l'univers clef du mongolien. Le lieu de la bonté et de la simplicité recueillante pour l'enfant à trois pattes. Cette féminité qui automatiquement conçoit qu'un minuscule changement de lettre peut augurer d'un changement de monde. “ … aimez. Pas aidez. ”
      La présence crémeuse d'Aïcha, qui joue le rôle du double de la mère dans Les Rêveries, permet aussi de contrer l'univers inhumain de la brutalité coloniale, par sa chaleur d'aimance : “ c'est dans le choc entre les nombreux mondes que le sens surgit; et Aïcha a pris son intensité par rapport au personnage androgyne de la mère ”. Aïcha et La Clinique sont le ventre, l'utérus d'une géante baleine femelle où la générosité de l'être féminin peut retrouver sa force primitive. Mais hormis Aïcha, “ la nostalgie d'une féminité indicible ” dans le premier livre, explosent ici en figures cette fois repérables : “ Zohra ”, “ une bonne cuisinière. Une femme jetée dehors. ” “ Barta la femme de ménage, Maria la bossue, et la femme qui ne tombe pas dans les pommes. ” “ La femme corpulente. La sage-femme compétente. La femme du camionneur aux abois…  ”
      Au sein de La Clinique a commencé l'expulsion de quelque chose de nouveau à naître, au sens de “ dis-moi quelque chose ”, qui ne peut avoir lieu qu'entre femmes. Parce que tout ce qui “ naît-sens ” est dit d'abord par le rythme du corps en travail avec lui-même et avec la tension musculaire des autres corps aidant par mimétisme amoureux. “ Le Choeur encourage la femme. ”

“ Il y avait une femme dit ma mère, c'était d'ailleurs une juive, dit ma mère se donnant à elle-même l'autorisation d'utiliser le mot de juive qu'elle m'interdit farouchement de dire. ”
A suivre...

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Lundi 9 juin 2008 1 09 /06 /Juin /2008 23:19

Slam
Lundi, 9 juin 2008

 

Voici l’histoire pas inventée
D’un chat qui crèche dans une cité
Très bien sapée Jean pas déchiré
C’est un chat Avec tee-shirt moulant
Rouge sang ses petits seins peinards
Démarre sur ses pieds volant
Paire de baskets cosmique héritée
Des blacks guerriers un string de soie
Noire faut voir qui glisse se plisse
Sur sa peau réglisse C’est un chat
Couleur métisse Y’a pas de hasard
C’est un chat qui va faire une virée
Avec les matous de sa bande voyous
Pour traquer les rats bien gras les souris
Faire ses courses poubelles on parie
Que la belle a plein ses poches des cailloux
Les file au marchand pour payer ses achats
Slam c’est un chat Soutien-gorge le soir crisse
Bleus ses cheveux ras se hérissent
Iroquois et quoi ! C’est un chat
Il est né là dans les cartons bâtards
Fils d’un grand Cheyenne roux hagard fêtard
Et c’est pas tout ! Les jeunes Blacks du quartier
L’ont traité de gouttière sans pitié
Il se marre La cité ses petits seins
Font du bien aux doux assassins qui tuent
Avec délice d’un coup de plume et d’âme
Les ramasseurs les rabatteurs les traqueurs
Nœud coulant ils lui passent le dessin
D’un chat foutu allumeurs tu meurs
Si tu ne cours pas oreilles rabattues
Jusqu’à ses paupières indociles
Qu’elle emballe de rimmel ça va
Et c’est pas tout ils l’ont appelé Slam !
La cité prend des airs de gamine
Quand il radine sur ses chemins de brousse
C’est pas un nom facile cousin enfile
Ton frac indocile et file Slam c’est un chat
Qui rame pas en bas des blocks il va
A la rencontre des poseurs de mines
Vermines leurs bétaillères bourrées
De bâtons de rouge à lèvres tirés
De faciès pamplemousse Les détrousse
En douce de leur cargaison qui trace
Chat sauvage griffu fou sur leur pare-brise
S’élance pour danse pleine de grâce
Terreur chez la volaille mine grise
La rebelle s’étire et leur tire la langue
Déhanche et tangue avec les mangeurs de mangues
Slam sait que leurs lames c’est pour trancher
Entre les mailles amères du filet
Tendu par les gardiens de l’ordre mort
Parmi le peuple des enfants d’or
P’tits  renards prêts à la harangue
La cité en teignant ses cheveux henné chante
A toutes les fenêtres sa goualante
Slam c’est un chat qui ne boit pas de lait
Les bistrots sont ses palais c’est sûr
Aux trois billards il assure C’est un chat
Qui a de l’allure sur le tapis couché
Les boules lui roulent dessus
Ne craint rien des seigneurs cossus
Qui mènent le monde et le font marcher
Il va pas perdre furibond le Nord
De ce qui se passe crasse dehors
Gyrophares sales tronches déboulent
Sur elle ses petits chemins creux remplissent
De bétaillères encore et mouches saoules 
Dedans vendeurs d’enfants et de peaux réglisses
Des cités macquées matées barbelées
Filins plastiques pratiques pour t’empêcher
Interdit interdit de rentrer alors ?
Slam c’est un chat va pas laisser faire
Greffier des quartiers pelure courant d’air
S’ils veulent la guerre l’auront c’est d’accord
Avec le frangin Mozart qu’est crevé sans un
Leur faire la fête tambours trompettes hein !
Chez toi interdit marcher sur
Tes trottoirs tes parkings tes rues
Un camp militaire ils vont faire
De ta cité ça prend l’allure
Et son string nylon noir ils frôlent
Ses petits seins aux pointes nues
Tes doigts caressent son revolver
Détresse d’écume petit frère
Slam c’est un chat te file la recette

Faut inventer tamanoir les histoires
Tagger slamer rapper conter
N’ont pas les moyens de te les retirer
Le feu aux mots ! Les marchands de passoires
On les jette par-dessus l’épaule
Slam entame la quête muette pas bête
Du type qui avait la cervelle d’or
Se faufile d’aiguille en aiguille
Entre les bottes des braqueurs de billes
Y’a plein de héros morts dans les corridors
Aux trois billards on frotte les queues
Avec du savon noir ta vie c’est un jeu
Qu’on joue sans toi ici dans le trou va
La boule avec ton nom Slam à poil dehors
Pendant que le type sans cervelle meurt
Et sa bande de greffiers pas peur
Des flahs-ball boucliers miradors
Trop lourds trop forts trop lents trop durs
Slam c’est un chat Leur sautent à la figure
Et signent dans leur peau lisse et grasse
D’un coup de patte qui passe la trace
De la cité métisse matous peau réglisse
Le refrain qui n’a pas fini de les hanter
C’est Slam le chat clame la rumeur Enchantés !



















Monsieur Céline le chat de Louis vous salue bien...

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Vendredi 6 juin 2008 5 06 /06 /Juin /2008 23:58

Sakountala ou l'abandon... fin

     

      Dans l’ombre torride de ton atelier tu tourbillonnais tel le vent s’engouffrant à l’intérieur d’une flûte obscène et appelant appelant sans cesse ceux qui t’avaient un par un abandonnée à ta nuit. Tes doigts hésitaient saisir la terre la pétrir à nouveau… C’était la première fois que tu me regardais comme si j’avais été autre comme si j’avais été toi…

La louve assise dans la neige de la verrière était hors d’atteinte. A l’aube de lait caillé j’ai retiré mes poings du feu bourré de bûches neuves et je me suis sauvée afin de ne pas te voir reflétée sur le corps livide des statues indécente sous ta fourrure noire… Folle tu m’attendais ?

A l’aube de lait caillé l’esquisse d’argile de la petite joueuse de flûte fumait entre les linges mouillés tandis que les chats se partageaient à même la table de pierre les restes éparpillés d’un étrange festin.

 

Femme-terre femme-feu repli d’argile… Bon ça y est il l’a laissé entrer plus moyen de refermer la porte elle c’est pire qu’ouragan… Elle… l’ébauche de plâtre qu’il ne pourra pas finir… Fichu trop vieux il est trop vieux pour elle… C’est compliqué il n’en a plus envie seulement finir l’ébauche… Elle… la lumière violée par ses creux d’ombres… Et puis soudain violente torchère…

Il prend sa tête dans ses mains. L’a-t-il vraiment contrainte à partir ? Les sculptures de Camille étaient noueuses… Sakountala a fermé les yeux reconquis sa mémoire perdue ses couteaux bleus. Elle étalait devant lui chacune des figurines qui le hantaient ses diables… Elle leur donnait un visage de terre. Les formes s’emparaient d’une sueur nerveuse elles coulaient de ses veines s’immolaient en volutes frissonnantes…
         Elles désembrassaient ses complaisances de vieux bouc ses astres mous… Elle… coupable de danse coupable de vent… Elle… folle… sa folle… sa folie…


        Feu vertige la fille sous le réverbère tient ensemble des bouts d’elle.

Et l’autre qui le soupçonne sa vieille maîtresse son collage… Elle a pourtant l’habitude depuis le temps qu’il la trompe et qu’elle le veut bien. Maintenant ils vont fouiller dans tout ça c’est certain il faut qu’il brûle ses lettres… Elle va vouloir qu’il parle qu’il s’explique qu’il ramasse les débris… Les débris il y en a partout pourquoi a-t-elle cassé toutes ses statues ?

Il ne finira pas l’ébauche de plâtre… La fille sous le réverbère luit comme un sexe de velours rouge comme une petite tache de sang au centre d’un cercle de pierres.

 

Non elle ne sculptera plus jamais ! Il n’y a que ça qu’ils ne puissent pas la forcer à faire. Plus jamais… La farandole de sa robe tourne autour d’elle tels les linges mouillés des statues inachevées. C’est cette liberté-là qu’elle défend en rejetant loin derrière les oripeaux dont ils la revêtent… Ils l’ont enfermée dans leur salive ils l’ont ligotée avec les filins d’acier entourés de plastique blanc dont on entrave les chevaux à la descente des camions… Est-ce qu’il existe un abattoir d’artistes ? Ils la taisent ils lui renvoient ses mots autant de balles au creux de la gorge. Tout ce qu’il y a de vivant en elle s’insurge contre cette main qu’ils lui ont plaquée sur la bouche… Non elle ne sculptera plus jamais !

 

Sakountala… l’abandon… Elle avait donné à sa vie ce nom à double sens. Elle avait cessé d’errer dans le monde des fous respectables et avait trouvé deux bras pour l’accueillir… Elle avait cessé d’errer sur les trottoirs du monde. Le plâtre s’écaillait à l’intérieur d’une sorte de hangar ouvert aux vents et aux pluies familières où sommeillaient les chats… Entre un tas de planches pourries par l’âge et une cuvette crevée il attendait… Couvert de poussière et de toiles d’araignées le plâtre lavé à grande eau de sa patine d’or attendait comme un Indien rouge qu’on lui restitue son territoire.

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Jeudi 5 juin 2008 4 05 /06 /Juin /2008 14:54
Lettre de Leïla Sebbar 1997



























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