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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Mercredi 16 juillet 2008 3 16 /07 /Juil /2008 11:55

Toutes ces petites notes et ces poèmes sont inédits ou publiés dans le premier Cahier Jean Pélégri Jean Pélégri le poète Les mots de l'amitié
Jean me les avait confiés avant de nous quitter il y a quatre ans. La plupart font partie de brouillons écrits à la main.
Textes de réflexion intitulés “ L’homme ” par Jean Pélégri, écrits entre 1955 et 1979.

Plus guère d’espoir en l’homme… Croyance un peu naïve dans l’Arabe parce qu’il était pauvre.
… Une vieille histoire aux racines lointaines, un vieil arbre mal soigné, qui fleurit ( enfin )…
Fraternité (13 mai). Non pas un coup de vent sur la mer ; c’est la mer qui bouge
Intégration des âmes… comment les Musulmans, outre leur tendresse peuvent donner aux Européens ce supplément d’âme dont ils ont tant besoin.
Non daté

 






Lettre non datée dédiée à “ Monsieur le Président ”

 

 

Là où nos pères avaient planté de la vigne et du blé, vous avez semé cette ivraie. Sur cette terre encore sauvage elle poussait vite. Alors, nous sommes nous dit, il faut tout arracher, tout brûler. Votre haine nous conduisait à des solutions de désespoir. Ou se faire, dans la peur, votre complice. Ou se faire le complice de ceux qui, allaient récolter cette moisson de haine et la replanter dans les cœurs, pour qu’elle fructifie. Bientôt, à cause de vous, il faudrait choisir, entre deux formes de meurtres.

Vous nous avez dégoûtés de notre pays, Monsieur le Président, dégoûtés de l’homme.

17-5-1955

Combien d’heures, combien de jours,
à contempler la mer, les vignes et le soleil ;
à écouter chanter les oiseaux dans la chaleur de l’été.
Mon œil me créait des paradis artificiels, des après-midi païennes, d’où je revenais hagard, stupéfait
et où je retournais le lendemain, malgré moi, comme à une drague…
Combien d’heures, combien de jours, j’ai pu passer à essayer d’oublier mon âme… vainement…
Jusqu’au jour où j’ai découvert que la nature était (vide)… marquée du signe de la faute…
que seul l’homme libre, réconcilié avec lui-même et les siens pouvait l’innocenter et lui redonner sa beauté de paradis terrestre.
Celui qui n’a jamais entendu de flûte… ne connaîtra jamais l’atmosphère de ma plaine.
Seule la musique pourrait raconter mon histoire.

23-5-1955 Fête de l’Aïd es-Seghir

Dans les rues, les Arabes s’embrassant, rendant les visites familiales en costume de dimanche, et dignes,
Sous le soleil, j’en vois passer un, derrière les grilles et le lierre, un enfant à chaque main, et digne.
Et les enfants faisant l’aumône de pièces aux plus pauvres.
Un peuple retrouvant le sens de ses traditions, propre dans ses vêtements neufs,
et digne…
Mais combien encore contraints à mendier ! Comment se rejoindre ?
Nous ne pourrons vivre un bonheur véritable que lorsque tous le vivront…
Comment goûter l’ombre et la fraîcheur, les jeux de la famille autour de l’arbre du jardin quand cet arbre est défendu par des grilles, quand derrière ces feuilles, des enfants brûlent de faim au soleil.
Ah ! que vienne le temps où nous pourrons jouer avec nos enfants dans l’ombre des arbres de justice.
La fleur bonheur ne peut fleurir que sous ses branches…
Et au centre du jardin, dominant tous les autres, le balancement de l’arbre Liberté.

Lundi 30 mai 1955

Pendant que j’écrivais des poèmes sur eux ( six haïkaï ), des gamins se sont attaqués avant hier soir à celle qui les soigne. Des gamins que je connais peut-être – puisqu’ils sont du Clos Salembier.
- Va chercher ta police.
En application de l’Etat d’Urgence, les gendarmes étaient venus arrêter quelques suspects deux jours auparavant… Et c’est sur elle, l’innocente que s’exerce la vengeance – pendant que les responsables, bien protégés, continuent leurs criminelles erreurs.
Il y eut une révolte dans le Constantinois en 1945.
Répression sanglante.
Nous avons eu dix ans pour le faire oublier. Qu’avons-nous fait pour les “ intégrer ” à notre société ? Pour les rendre responsables de son destin ?
Pendant dix ans, tous les grands responsables locaux nous ont répété : “ Regardez comme l’Algérie est calme… ” Et ils en ont pris prétexte pour ne rien changer, pour ne tenir aucune des promesses politiques définies en 1945 dans le Statut de l’Algérie…
Ils ont usé les bonnes volontés et épuisé les patiences. Ils se sont sauvagement acharnés, malgré toutes les mises en garde des élus arabes les moins hostiles à notre cause, sur Mendés France, parce qu’il voulait redonner une matière, bien modeste cependant, à l’espoir…
Ils se sont réjouis du terrorisme, car cela donnait une raison à leur désir d’éviter tout progrès. Cela leur permettait de liquider une opposition politique… On a arrêté des élus ( Conseil Municipal Alger ), on a dissous un mouvement politique ( MTLD ). Ce que l’Arabe apprenait par les journaux, il l’apprend maintenant de bouche à oreille. Leur vérité se fait clandestine, et cette petite lampe qu’ils remarquaient à peine dans la clarté du jour, commence maintenant, dans le mystère de la nuit, à attirer tous les regards.
“ Il n’y a pas d’interlocuteurs valables… ” ( Bourges Maunory ), pour inaugurer son voyage en Algérie. Même pas le peuple, puisqu’on lui refuse de voter librement… Il y a “ nous ” et rien.
Quand la révolte se propage jusque dans cette grande m asse jusqu’alors hésitante… “ D’abord réprimer. Nous verrons ensuite pour les réformes… ”




Jean Pélégri à sa table de travail 2000
Photo Djamel Farès








Ce qui rend fatale l’issue de la situation, c’est que l’Européen moyen se range derrière les grands coloniaux. Et pourquoi moi payerai-je dans ma personne leurs erreurs !
On ne se comprenait plus, même entre amis. Ils prononçaient peut-être les mêmes mots, mais on ( ne ) les entendait ( plus ), ( ou ) mal, le bruit des nouvelles les couvrait d’un “ brouillage ” pareil à celui qu’on rencontrait à nouveau sur le poste de radio, et qui nous rappelait les années, déjà lointaines, de la guerre.
On ne voulait pas l’avouer, mais c’était bien la guerre qui commençait à roder, timide le jour mais, la nuit déjà cruelle. Elle ne pouvait commencer autrement. Comment frapper en plein jour celui qui avait été si longtemps votre voisin, votre camarade ( de guerre ) et peut-être votre ami. La nuit rendait aveugle et permettait de frapper sans reconnaître, la nuit des villages, des montagnes et des forêts – et celle, tout aussi cruelle, des commissariats et des prisons.
Au matin, quand en dépliant le journal, on parcourait la liste des attentats et des arrestations, on pouvait croire que tout cela n’avait pas plus d’existence qu’un cauchemar nocturne. Avec le jour, revenait le travail quotidien et l’on se retrouvait ensemble dans la rue, les trams, les chantiers ou les bureaux, fraternels, comme si rien ne s’était passé.
On raconte ses cauchemars à ses voisins, à ses compagnons de travail. Ce qu’il y avait de tragique, c’était que les leurs étaient pareils aux nôtres, et même plus terribles : la mort y frappait plus souvent. Nous, nous ne l’attendions que d’un côté. Pour eux, elle pouvait surgir de partout. Ah ! mes frères… 



Six HAIKAI Algériens
Mai-juin 1955

Un arbre dans un jardin
Tendant son fruit

Un Arabe contre la grille
Tendant la main


A suivre...

Publié dans : Ecritures d'Algérie
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Lundi 14 juillet 2008 1 14 /07 /Juil /2008 01:59

Djamel Farès Les créateurs de chez moi suite...

        Mais de 1960 à cette photo prise en 1971 où sont donc passées toutes ces images? L'Algérie est-elle entrée également dans la marge ? D. Farès approuve : “ Cette marge étroite, l'Algérie sans laquelle… ” La voix reste en suspend comme la révolution algérienne pour nombre d'entre nous qui ne l'ont pas connue. C'est une chance inouïe pour moi que notre rencontre… je vais enfin voir des images de ce que J. Sénac a appelé : “ Soleil dans le regard de tous ” capturées par quelqu'un qui y a réellement participé. Djamel me détrompe en sortant de leur coin noir au milieu de nombreuses boîtes alignées quelques négatifs qui semblent anciens et n'ont pas été touchés depuis plusieurs décennies.

D. F.
: Je considère aujourd'hui qu'il y a toute une période de ma vie où je n'ai pas de photographies. Entre 1960 et 1966 mes archives photographiques ont disparu. Il s'agit de celles de 1962 et des photographies de théâtre qui avaient le plus de sens. C'est une partie de mémoire qui est quelque part ou peut-être éparpillée, je ne sais pas. C'est probablement cette chambre noire qui a permis de fabriquer d'autres images. Je me suis reconstruit une mémoire à partir de la photographie de ma grand-mère. Les images qui se trouvent derrière elle accrochées sur son mur sont comme des strates ou comme des petits bouts éclairés par un projecteur. Lorsque tu regardes cette photo tu as une lecture globale avec un personnage et un décor, et si tu rentres dans l'image tu t'aperçois qu'il y a plein d'éléments qui racontent une histoire. Mais ils ne la racontent pas tout de suite. Certaines choses sont couvertes par d'autres qu'on ne peut pas soulever. Elle dessinait pour ne pas perdre la mémoire. C'est donc une image fondatrice qui est venue prendre la place d'autres que je n'ai plus.

          Mise à part l'image de Boumedienne en mars 1978 lors d'une conférence internationale avant qu'il ne tombe malade les photos de la révolution algérienne ont disparu avec la révolution… Soit. Et celles du théâtre algérien avec le théâtre tant pis pour moi… Faute d'images nous nous réfugions à nouveau dans les mots pour évoquer cette période où le théâtre algérien vibrait de toute part.

          “Je veux que tu sois l'Agnès Varda du Théâtre National Algérien.”

D. F.
: La seule chose que je pouvais dire à une époque et qui me plaisait beaucoup c'est que j'étais photographe de théâtre. C'est vrai que j'ai fait des milliers de photographies de théâtre. Mais maintenant que puis-je dire ? La question qui se pose est bien celle de la trace. Qu'est-ce qu'on va laisser ? Mohamed Boudia me disait : “ Je veux que tu sois l'Agnès Varda du Théâtre National Algérien. ” J'ai travaillé comme photographe du T.N.A. jusqu'en 1966 tout en étant journaliste à Alger ce soir, et c'est ce qui a été fondateur pour moi. Mohamed Boudia m'avait prêté son appareil photo, et on épinglait mes photos tout autour de la pièce chez Alain Viguier qui était professeur à l'Ecole nationale d'art dramatique. Il me disait : “ Celle-ci est bonne, tu peux la garder, celle-là, non ”.
          S'il ne subsiste que peu de traces de ce passage au T.N.A. en revanche c'est une photographie d'Alain Viguier qui sera pour D. Farès avec celle de sa grand-mère et celle du peintre Aksouh le point de départ, de l'exposition sur les créateurs d'Algérie La Source et le Secret à L'Institut du Monde Arabe. En regardant la photographie d'Aksouh on est attiré par une des caractéristiques de ces images, leur construction géométrique s'appuyant sur des courbes ou des diagonales qui s'opposent ou se rejoignent, et les dessins d'intensité lumineuse et de “ couleurs ” du noir profond et épais au blanc presque total. Rectangles, carrés, losanges se frottent et marquent l'espace comme dans u ne composition cubiste parfaitement calculée. La luminosité intérieure y est renvoyée et reflétée dans un mouvement très dynamique par ces plans comme par les facettes d'une lentille aux biseaux multiples. Il s'agit de ce métier que tout artiste se doit d'acquérir afin d'être vraiment libre d'inventer sa propre forme créatrice.

Alain Viguier


1966.
Retour en France avec passage obligé à Jeune Afrique comme beaucoup de photographes ayant un lien avec le Tiers-Monde. Puis confrontation avec le métier de photographe d'une manière plus classique. Nouvel apprentissage avant de repartir.

D. F.
: A ce moment-là j'ai expérimenté un tas de choses qui m'ont appris mon métier. La photographie de plateau à la télévision, le travail en studio et en agence. Mais il s'agissait toujours de photographies où une distance s'imposait comme dans l'architecture par exemple. C'était un travail esthétique d'abord. A cette période également j'ai suivi les cours d'ethnologie de Germaine Tillon et j'ai travaillé au laboratoire de sociologie de Bourdieu. C'est à partir de 1971 que les voyages en Algérie sont devenus une nécessité afin de rapporter des images de là-bas d'une part, et de pouvoir laisser des images là-bas sur la relation que j'avais avec les gens. L'idée sera alors de créer un lien entre ici et là-bas.

          Il y a effectivement deux moments différents dans ma façon de travailler. La période des reportages que ce soit en Algérie ou ailleurs qui a donné des photographies d'autant plus construites qu'elles correspondaient à l'influence que j'ai reçue du réalisme socialiste puis la période plus intimiste où les gens me laissaient entrer “ chez eux”.

         “ Il y a des images que l'on ne peut pas faire.”

          Cette phrase prononcée au sujet d'un écrivain que D. Farès n'a pas photographié parce qu'il n'y a pas eu d'histoire qui permette de créer un lien entre le regard et celui que l'on regarde se prête également au voyage qu'il a fait dans le Chili de Salvador Allende.

1970.
L'oeil du phare revient avec un léger décentrage. N'y a-t-il pas un étroit rapport avec la révolution algérienne ? Et justement, aucune photographie de ces moments forts ne semble satisfaisante.

D. F.
: J'ai passé trois mois à sillonner le Chili en pleine effervescence à la suite d'une rencontre avec un Chilien à Paris, avec lequel j'avais longuement parlé de la révolution algérienne. Je me demande comment cela peut être la révolution chilienne, lui disais-je. Eh bien vas-y… Le Chili fait partie de mon histoire sur le plan politique.
C'était la période d'après 68 où les idées foisonnaient mais je n'ai jamais été militant d'un parti et je m'y suis rendu par curiosité surtout. J'ai été formidablement bien accueilli et j'ai pu rencontrer un certain nombre de dirigeants syndicaux et de responsables. J'y ai appris beaucoup de choses sur le plan professionnel. Mais je considère que j'ai un peu raté la rencontre que j'aime faire avec les gens et qui distingue mes photographies de simples clichés de reportage.

1975.
Un temps discontinu au fil duquel l'oeil se guide à l'étoile. Le désert. Un désir infini dans lequel les hommes se déplacent pour demeurer ce qu'ils sont. Des traces de pas sur du sable, une écriture qui a sa place parmi les autres.

         
“ Les gens ont l'impression que quelque chose se poursuit dans le temps bien après mon départ.”












A suivre...

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Vendredi 11 juillet 2008 5 11 /07 /Juil /2008 11:50

L’oiseau sauve-âge
A Louis
Mardi, 10 mai 2005  

" C'est l'oiseau sauvage ! L'oiseau sauvage ! "
Le doigt des enfants fusille le temps
Tu l’as dessiné sur l’écran mirage
Derrière le verre image éclatée
Rebel et volage il s’est envolé

L’oiseau sauvage s’est fait violence
Il est entré dans l’ambulance
A l’intérieur plein d’alambics
Ça coulait dur du sang d’étoiles
On a pris le pouls de l’oiseau
Sauvage un tuyau en plastique
On a branché rapide dans son dos

C’est l’oiseau sauvage ! L’oiseau sauvage !
Volage et rebel le temps a volé
Lanterne magique il te l’a donné
Sur un écran bleu c’est New York City
Terrain vague cruel tout comme ici
Et des Blacks de Harlem qui se régalent
A chanter le blues il y a vingt ans
Leurs costumes blancs coulent dans le sang
D’étoiles muselées que tu étales
Sur les murs de béton et c’est chaud !

 
L’ambulance est une ferme-prison
Où goutte à goutte leur vie s’égoutte
Dans les alambics bouent des tas d’oiseaux
Sauvages que les Blacks de Harlem ont
Tatoués aujourd’hui sur la peau
Trente ans c’est long bleu le halo
Qui clignote les chants de leur déroute

“ C’est l’oiseau sauvage ! L’oiseau sauvage ! ”
Le doigt des enfants dénonce le temps
Volage et rebel connaît pas les cages
Des années tuées par les doigts tendus
Dessus l’écran silhouette rivale
Des flics armés de lanceurs de balles
Tu le dessines Il est vivant
Corsaire doux rêvant nos rages

Le cri de l’ambulance fait violence
A ceux qui boivent du sang d’étoiles
Qui font le plein à la pompe d’errance
Oiseau sauvage ils lui ont injecté
Des essences strange dans l’ambulance
Des flots de pavots et le paysage
Qu’on invente ici et qu’on se partage

“ C’est l’oiseau sauvage ! L’oiseau sauvage ! ”
Un vieux singe triste au fond d’une cage
Tendus vers lui des doigts d’enfants tuent
Son regard fier son rebel virage
Qu’il prendra demain quand l’oiseau sauvage
Fera gicler le verre aux nuages
En ruisseaux de blues orange le jus
Qu’on mélange au sang des cités orages

L’ambulance emporte ses alambics
Où les Blacks de Harlem ont mis
Des jeunes moineaux ivres de musique
Qui explosent dans les cités d’ici
Sur le trottoir un aveugle perdu
Frappe son chien noir comme lui
On ne sait pas si quelqu’un a vu
La peur jaillir comme un incendie

“ C’est l’oiseau sauvage ! L’oiseau sauvage ! ”
Amour marécage on vit hors du temps
L’oiseau sauvage s’est fait violence
Il est sorti de l’ambulance
Tu le dessines Plus d’alambics
Les mômes d’ici cassent le présent
Hors d’usage bombe à retardement
Dans la Cité coule le sang d’étoiles
Pas question de mettre les voiles
Des mains d’ouvriers qui ont la pratique
Ont coupé déjà le verre des cages

“ C’est l’oiseau sauve-âge ! L’oiseau sauve-âge ! ”
 

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Mercredi 9 juillet 2008 3 09 /07 /Juil /2008 11:34

Maille à l'endroit... maille à l'envers... suite...

           Vlim vloum ! Les dessous de la Cité ont des couleurs de champ printanier. L’odeur du sax hurlant soleil et banquise aux reflets de citron vert dérivant est inoubliable pour qui s’est roulé un jour avec l’air innocent d’un lapin en goguette de haut en bas d’un pré nacré de rosée. Et je ne dis pas ça pour les escargots qui eux ont leur feuille de salade à mastiquer à la table des cafés. Ensuite on a beau se laver ça ne part pas… Et on garde l’odeur sur soi jusqu’à ce qu’elle s’en aille au gré d’un tambour où tourne une lessive sans émotions…
        Je ne sais pas ce que vous en pensez mais il m’a semblé soudain que de commencer l’histoire avec ce conducteur de motrice aux chaussettes tricotés ça risquait de déranger qui n’aurait pas l’habitude de fréquenter les espaces de l’autre côté… Il vaudrait mieux que le conducteur de la motrice accepte de refermer son pardessus et qu’il porte comme tout le monde des chaussures noires cirées.
          - D’accord… il a murmuré l’air entendu… mais alors il n’était pas question que je franchisse la porte de verre… Pour quoi faire ?… C’était à prendre ou à laisser… Maille à l’endroit… Maille à l’envers… Vous comprenez ?
          Certains considèrent que les poètes mêlent souvent leurs chaussettes trouées aux histoires qu’ils bordent dans des lits de feuilles et d’herbes. C’est vrai mais quoi de plus élégant que des ongles de pieds vernis de perles de rosée ? De plus élégant et de plus joli…
          Cette musique du sax je l’entends à chaque fois que je descends dans les dessous du soir au hasard… Elle insiste pour me séduire moi qui n’aime que Mozart et Thelonius Monk avec quand même une petite exception pour le concerto de trompette de Haendel. Mais il ne faudrait pas croire pour autant que je vais l’empêcher d’entrer dans l’histoire…
          D’ailleurs elle a raison d’insister car ses sonorités graves m’attirent irrésistibles comme si quelqu’un jouait du sax au fond de l’océan.

          Ecoutez… écoutez braves gens…
          Le costume du conducteur de la motrice m’inquiétait et surtout ses chaussettes en grosse laine tricotées par sa grand-mère… Maille à l’endroit… Maille à l’envers… Ainsi que ses moufles toutes semblables qu’il défaisait à chaque fois qu’il lui fallait appuyer sur le bouton où il était écrit “ Stop ! ” avec l’index en lettres rouges. J’avais bien remarqué qu’il ne portait pas de chaussures et j’avais sorti de ma poche ventrale un petit carnet à spirale afin de ne pas oublier de noter tout cela…
          Normalement c’était moi qui décidais aussi pour cette histoire de chaussettes… Et puis non ça n’est pas vrai puisque les gens sont là tous nus devant nous avec leurs grosses chaussettes bleu turquoise tricotées maille à l’endroit… maille à l’envers… par les doigts tordus de rhumatismes attrapés au lavoir de l’hiver d’une grand-mère qui a fini elle aussi dévorée par le loup de l’histoire…
          Et que de la grand-mère personne n’a jamais parlé pour finir alors que le loup lui évidemment… Vlim vloum !…
         Le conducteur de la motrice du métropolitain se farcissait huit fois par jour la ligne Montreuil-Pont de Sèvre en chaussettes et moufles bleu turquoise pour bien prouver qu’il n’avait rien à demander à personne et qu’il avait retrouvé sa dignité.
           - Ça n’est pas donné à tout le monde… il me répétait en actionnant une nouvelle fois le bouton qui décidait de la fermeture des portes.
          Non… ça n’est pas donné à tout le monde…
          Pour les moufles c’est un peu plus compliqué mais je peux tenter quand même de noter l’explication sur une des pages du petit carnet à spirale car si je n’ai ni chaussettes ni moufles tricotées exprès pour moi je possède une grosse écharpe avec fierté qu’un vieil écrivain m’a donnée afin de m’habituer à passer d’un côté à l’autre de la vie…
          Dans notre jargon de passeurs de grains de blé sur des tamis de lune on appelle ça une métaphore poétique. L’écharpe du vieil écrivain c’est comme la mélodie grave irrésistible du sax de la jeune fille au regard bleu faïence explosé posée au pied des amoureux ensorcelés par leur danse d’amour. C’est un laissez-passer quoi… Un laissez-passer pour demeurer nuage printanier dans un monde cruel et insensé.
          A l’intérieur de ses moufles le conducteur de la motrice retrouve ses mains d’enfant. Ses mains qu’il frottait gelées au-dessus du poêle charbonnant que sa grand-mère bourrait de boulets avant de lui raconter l’histoire du grand sorcier qui voyageait au centre de la terre et que personne… non personne ne pouvait empêcher de refermer les portes entre le rêve et la réalité… Vlim vloum !…
          - Ça n’est pas donné à tout le monde … il me répétait en saisissant entre ses dents de loup la moufle de sa main droite avant d’appuyer avec grandeur sur le bouton rouge. Et l’histoire s’arrêtait aussitôt.
          Non… ça n’est pas donné à tout le monde… d’être le conducteur d’Histoire…

          Ecoutez… écoutez bien…
          Je ne sais pas si quelqu’un vous a déjà offert la joie ravissante de passer de l’autre côté alors que vous étiez depuis un moment de votre calendrier une grande personne… Si ça vous est arrivé vous reconnaîtrez le bonheur rien qu’à l’odeur…
          Vlim vloum ! Le spectacle des clowns n’est jamais fini… Ils acceptent de recommencer chaque jour à se déguiser comme s’ils étaient des intermittents de la vie.
          Vlim vloum ! Quelques minutes le nez à l’air et le reste du temps sous la terre. Pourquoi caressons-nous les lèvres du vent avec nos masques de fard blanc ?
           Oui… Les dessous de la Cité ont des couleurs de champ printanier. On n’imagine pas combien les gens qui entrent dans la terre en s’enfonçant à l’intérieur d’une taupinière de verre et de métal accomplissent de métamorphoses au cours d’une journée sans l’intervention des fées…
          Au-dessus ils sont chevaliers graves et conquérants tentant d’attirer vers eux les regards vert pomme des princesses caissières de super marchés. Au-dessous ils acceptent de revêtir les tenues bariolées et frivoles du diable Carnaval. En dessous c’est la fête sans fin des transports en commun où on peut jouer le personnage qu’on veut. Ça ne remontera jamais à la surface.
          Au moment où on descend dans les galeries éclairées par des lampions on a déjà pris la décision somnambule d’entrer dans la caverne d’Ali Baba où le trésor est une poignée de grains de blé éternellement jetée sur un tamis de lune…
         A chaque fois que je plonge à l’intérieur des courbes et des replis de son théâtre où les acteurs sont des débutants pour la vie je sais que je vais faire la rencontre inespérée sans laquelle ma journée serait un trou de souris… Ne serait-ce que celle d’un chat de g outtière à regard humain. C’est là que je vais piocher mes personnages les plus fragiles ou peut-être bien qu’ils m’attendent en contre point de ceux du jour qui ont de plus en plus de mal à trouver la porte toujours ouverte pour entrer dans l’histoire.
          Les êtres d’en dessous savent aussitôt qui je suis et ils déposent auprès de moi un regard tendre et malicieux qui me donne l’envie irrésistible de ne plus les quitter… La rencontre est toujours légère et délicate comme le souffle qui rebrousse les poils d’un chat de gouttière à regard humain. Je le sais et je l’envisage telle qu’elle n’a pas la possibilité de me décevoir. Je mène un combat de taupe contre les déceptions solides comme des monuments aux mots morts.

A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Lundi 7 juillet 2008 1 07 /07 /Juil /2008 11:05

Djamel Farès
Petite fresque-portrait d'un photographe
“ Les créateurs de chez moi ”

  Toutes les photos de cet article sont de Djamel Farès. Elles ont été publiées dans le cahier Parl'image La source et le secret n°56. Elles ont été exposée à l'Institut du Monde Arabe en 1990. 

      “ Si j'essaie de remonter le cours du temps entre gestation et achèvement, il me semble que j'aurais pu faire un roman autobiographique au lieu d'un album : en effet, j'ai toujours parlé -  et fait parler ‑ de mes photos, bien plus souvent que je ne les ai montrées. Et puis, je me suis rendu compte que, pour l'essentiel, mon discours reposait sur une triple référence à trois photos bien précises : celle de ma grand-mère, celle du comédien-metteur en scène Alain Viguier, et celle du peintre Mohamed Aksouh : trois portraits qui me tenaient au coeur pour des raisons a priori différentes, mais que je rassemblais dans ma tête sous un titre qui ne s'écrivit que tardivement : “ Les créateurs de chez moi ”.

Laurence Farès / Djamel Farès, La Source et le Secret

 Autoportrait

      En bord de mer un phare qui ne jette qu'un fin clin d'oeil sur les pierres et sur l'eau. Voilà l'image à partir de laquelle nous allons entrer dans les photographies de Djamel Farès. Une petite brèche de lumière oscillant autour d'un centre inconnu. Inconnu le photographe qui regarde et soudain immobilise un bref fragment de temps. Mais l'essentiel est-il le centre ou bien le lien que la photo révèle entre le regard et l'instant privilégié que l'oeil capture et éternise? Le photographe fait éclater la prétendue linéarité du temps pour la reconstituer à sa guise en laissant dans l'ombre des déchets d'histoire comme des bouts de pellicule inutilisés.

Djamel Farès
: Jean-Pierre Belland habitait à côté de Saint-Eugène juste à la sortie d'Alger, un endroit qui s'appelle “ Les Deux Moulins ”. Il y avait un phare au-dessus de chez lui qui éclairait pendant la nuit la mer et la colline de l'autre côté. En regardant ce faisceau qui balayait la nuit, on découvrait petit à petit les choses sortant de l'obscurité. C'est bien plus tard en y réfléchissant que j'ai fait le rapport entre l'image de ce phare et l'image de la mémoire ainsi qu'avec le travail de la photographie. L'image de la mémoire parce qu'il y a des choses qui te restent que tu essayes de retrouver mais dont une partie t'échappe toujours. 
C'est ce que fait le faisceau du phare qui provoque une superposition d'images. Le regard est pris par ce qu'il vient de voir qui disparaît au moment précis où quelque chose d'autre apparaît qui disparaît à nouveau et ainsi de suite. Cela correspond au mouvement de la photographie. La photographie que l'on regarde n'est pas seulement ce moment-là mais ce qu'il y a avant et après, ce qu'il y a dans l'image et autour de l'image. La difficulté de la photographie réside dans cette dynamique de l'histoire qui continue de se dérouler qui continue d'enregistrer.

      C'est justement ce qui m'intéresse dans l'idée d'esquisser le portrait d'un photographe algérien qui de plus ne prétend être ni reporter ni chroniqueur d'une époque. Cette quête de mémoire qui m'implique autant que lui dans le choix que nous allons devoir faire ensemble des images significatives de son travail créateur. Comme toute personne curieuse de l'histoire des Algériens et de notre histoire commune je suis à la recherche d'images à la fois intimes et porteuses de sens… à la fois esthétiques et m'autorisant au rêve à mettre au côté des mots de l'histoire que d'autres Algériens m'ont racontée. Je sais que pour D. Farès comme pour tout artiste la création et la vie sont mêlées. C'est pourquoi chacune des images que nous allons sortir de l'ombre seront des repères précis qui s'ils ne suivent pas une chronologie ordinaire n'en sont pas moins des points à partir desquels le récit s'articule et parfois bifurque.

      1962.
C'est auprès du peintre-ami Jean-Pierre Bellan et à Alger que Djamel commence donc à s'insinuer dans l'oeil du phare qui triture les icônes invisibles du quotidien. Les Algériens en cette année de révolution sont aussi en quête d'images d'eux-mêmes sorties de la nuit. L'Algérie n'est ni au centre ni à la périphérie. Elle est partout à la fois.
      C'est la fin de l'exécutif provisoire en juillet au Rocher Noir et l'arrivée du G.P.R.A. à Alger. Plongeon dans un bain de foule qui inaugure une prise de contact avec le reportage plaqué à l'immédiateté de l'histoire. Instantanés d'un rêve qui devient réalité. A ce moment-là il n'y a aucune distance entre ce qui est vécu et ce qui est photographié. Comme tous les jeunes Algériens, D. Farès vit ce qui doit être le début de la construction d'un pays.

Jean-Pierre Bellan    Peintre

" Il parait toujours rentrer de la plage de la Pointe-Pescade ; il traine dans ses cheveux l'odeur du jasmin ; dans ses yeux, la couleur d'une vague de la méditerranée.
Mais sa peinture monte comme un cri du tréfond de la douleur de sa renonciation. " D.Farès


D. F. : J'ai fait partie de ceux qui ont été présents à l'aéroport et témoins du retour du G.P.R.A. à Alger, ce qui a dû prendre au moins une journée compte tenu de l'affluence populaire et de l'euphorie. Je me suis rendu en voiture en dehors d'Alger avant que l'armée n'arrive. Tous ceux qui ont eu un rôle important dans la guerre d'Algérie étaient là. C'était un moment extraordinaire de vie. Ensuite il y a eu une période d'activité intense où on faisait tout à la fois. J'effectuais des reportages pour Alger Républicain, j'étais instructeur bénévole de photographie, je participais également à ce qu'on appelait les Ciné-Pop. On prenait la camionnette et un projecteur, on emportait des films du genre du Cuirassé Potemkine, et on se baladait à travers l'Algérie. René Vautier était à l'origine de ce genre d'expéditions. C'était tellement prenant qu'on ne songeait pas à exposer nos images.

      1962.
Djamel prend des centaines d'images de la révolution algérienne… mais qu'y a-t-il d'écrit derrière dans cette partie sombre qui ne se montre pas ?
      "L'écrit c'est une image pour moi."

      1960.
D. Farès qui vient juste d'avoir le baccalauréat à Paris déclare à tout hasard : “ Je veux devenir photographe ”. Aujourd'hui ici à Paris alors que nous avons décidé de retracer ensemble sa trajectoire il ouvre un cartable duquel il sort un cahier à spirale assez épais pour qu'on devine qu'il est le receleur de plus d'une histoire.

D. F.
: J'ai plein de cahiers comme celui-là, des gros, des petits. J'utilise absolument tout. Et parfois je fais écrire les gens, je les amène à faire des plans ou des dessins. Je me fabrique des petits carrés où j'essaye de placer les choses afin d'être totalement libre au moment de photographier. Lorsque je prends mon appareil je peux alors laisser libre cours à une espèce de fébrilité parce que le cadre est construit.

       
De certaines pages couvertes d'écriture et de croquis il ne subsiste que la marge choisie et mise en relief typographique. Découpée. D'autres pages au contraire sont entièrement noircies de mots.

D. F.
: Une marge sans laquelle l'équilibre de la page ne saurait exister. Ceux que je photographie ici ne sont pas tous Algériens. Mais chacun occupe sa place unique par ce qu'il montre de lui comme ma grand-mère l'a fait dans cette photo qu'elle m'a offerte un jour il y a longtemps en Algérie.

      De cette photo, qu'il désigne comme premier signe fixe dans le temps D. Farès reparlera souvent en dégageant à chaque fois un peu de ce qu'elle lui a révélé de son rapport avec ceux qu'il photographie, et qui sont comme sa grand-mère simplement “ des gens ”
      “ J'aime photographier les gens. ”
      Ils sont là “ les gens ” aussi présents dans ces lignes qu'ils le sont sur les photos. Certains ont écrit une lettre… un poème… fait un dessin que le cahier a reçu avec gratitude et curiosité. Ecriture double. Ecriture périphérique de leur vie qui est l'unique manière de leur permettre de parler d'eux.



Gida la grand-mère de Djamel Farès














D. F.
: Cette façon de photographier a débuté après l'exposition sur les artistes algériens présentée à l'I.M.A. en 1990 dont le coeur était la photographie de ma grand-mère. A partir de là j'ai dit aux gens chez qui je suis allé faire ce travail qui consistait à raconter un moment de leur vie : ‘Les photos que je vais faire avec vous vont s'inscrire dans ma propre histoire’. Cela signifiait avant tout prendre le temps de rencontrer ceux qui acceptent mon regard sur eux, et parler avec eux.
Au début je ne faisais qu'écouter et puis je me suis autorisé à prendre des notes. J'ai appris à noter d'une façon très rapide et néanmoins assez fidèle. Quelquefois je parviens à transcrire la phrase dans son intégralité pour retrouver vraiment l'intonation, la syntaxe, la manière dont parlent les gens. C'est ce qui me permet de construire des images en fonction de cette parole. 

      Ces gens sont la marge aussi celle que la ligne de mire du phare n'éclaire pas directement mais peut-être comme des ombres derrière un écran blanc simples silhouettes. Aller voir derrière l'écran. Du langage ils nous restituent la matière et la forme initiale. Des images-signes graffiti. Pour les reconstituer l'oeil va devoir effectuer un certain détour en passant par le regard-miroir d'une vieille femme pleine de malice.

      1971.
Djamel photographie sa grand-mère dans sa chambre avec pour toile de fond le mur de sa chambre où elle a accroché des dessins qu'elle a faits alors qu'elle a failli devenir aveugle. Après avoir subi l'opération de la cataracte elle a retrouvé la vue et ses images intérieures.

D. F.
: Jusqu'à cette exposition de 1990 je considérais cette photo comme une photo de famille que je ne montrais pas. Je l'avais prise lors d'un de mes voyages en Algérie. C'est Aksouh qui m'a dit qu'elle racontait une histoire et en particulier mon histoire. Parce que je suis aussi présent à l'intérieur, alors que je devais avoir cinq ans, dans un cadre que ma grand-mère avait posé dans sa chambre.

      " Tes aïeux n'ont pas fini d'occuper la mémoire des générations. Songe qu'aujourd'hui encore les gens jurent par ton grand-père Sidi Hamd Ou Yahia qui accrochait sa planche à une étoile. Oui, une étoile! Quand il avait fini d'écrire sa sourate sur cette écritoire sacrée, il faisait un signe de la main. Une étoile descendait du ciel. Il accrochait alors sa planche à ce clou céleste. [… ]
Elle guettait une réaction de moi, jaugeant l'effet produit par ses paroles sur mon imagination subjuguée par la révélation des pouvoirs qui étaient les miens et dont je ne soupçonnais même pas l'existence. "
Laurence Farès / Tewik Farès,

La Source et le Secret



Mohamed Aksouh    Peintre








A suivre...

Publié dans : Ecritures d'Algérie
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