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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Jeudi 7 août 2008 4 07 /08 /Août /2008 23:16

Le petit monde
Epinay, vendredi, 25 juillet 2008

 

Est-ce qu’il n’y a personne qui un jour
Va dire aux géants qui abattent les grands fromagers
Grattant la peau écailles bleues du ciel avant eux
Que notre monde est petit
Notre monde à nous qui habitons au bord du fleuve
Est petit notre monde à nous les nains de la mangrove
Au milieu des lézards d’eau le ventre gavé
De soleils grenades est juste assez vaste
Pour qu’une vague à la crête éclatée et au boubou
Turquoise y entre et nous berce immobiles rêveurs
Emmêlés à sa crinière verte parmi
Les racines des palétuviers et dérivant
Endormis comme les feuilles des nénuphars
Pendant que les ragondins les hôtes de nos palais
De terre crue et de nos grottes de nacre rouge
Taillées par le labour radar des chauve-souris
Minuscules pêchent pour nous des poissons d’argent vif
Notre monde à nous les nains qui buvons du lait d’huîtres
Et du rhum à la lune avant d’enfiler nos costumes
De vers luisants pour faire la fête encore
Encore dans la rosée notre monde est petit
Notre monde à nous les nains qui cueillons le sel
A midi dans les flaques de ciel oubliées au pied
De nos terrasses que les oiseaux pêcheurs ont tressées
Avec l’osier des rives ont maçonné de boue
Nacelles suspendues au-dessus de l’embouchure
Du fleuve écartelé par les îles de bananiers
Nous cueillons le sel pour l’offrir aux petits dieux païens
Nos ancêtres de pierres rondes sculptées par les eaux
Notre monde est petit et sucré
Comme un collier de jeunes bananes vertes de mangues
Explosées de goyaves et de citrons frais
Que les paresseux digérant leur lent festin de feuilles
Ramassent et laissent tomber dans nos calebasses
Paniers fendues nous buvons le jus violet et doux
Qui nous saoule d’une insouciance libellule
Nains poètes aux trompes goulues de miel sauvage
Nous marchons du pas généreux du colibri
Jusqu’au cœur de notre petite terre
Où les fougères lumineuses font le sable bleu
Comme la peau du ciel au-dessus des grands fromagers
Les géants achèteraient bien tout le bleu du monde
Avec leurs caisses pleines de papiers bizarres
Comme ils ont déjà raflé le rouge et le jaune
Aux oiseaux de nuit pour être les seuls à posséder
La pierre à lumière sculptée par les eaux du fleuve
Notre déesse païenne notre fiancée
Vénus d’onyx veillant sur la couleur de nos yeux
Verts notre monde de nains est si petit
Accroupi au bord du fleuve dans sa mangrove mauve
Qu’est-ce qu’on ferait de leurs caisses pleines de papiers
On dit les nains tous d’accord au conseil des sages
Immobiles rêveurs du petit monde bercé
Par une vague pépère au boubou turquoise.

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Mardi 5 août 2008 2 05 /08 /Août /2008 23:22

Une enfance bohême d’écrivain ordinaire 3  

 Epinay, dimanche, 29 juin 2008

       Ouaouf ! Ouaouf !… écrire tout l'monde peut faire… mais aboyer ça non !…
      Y’a que les chiens les vrais qui s’y risquent et encore… les autres ils cherchent même pas à imiter… Trop vulgaire pour leur pomme… trop popu… trop ouvrier avec son cahier quadrillé sa ligne d’horizon émeraude mal taillée son porte-plume à la plume de ferraille ébréchée et ses taches d’encre violette qu’on dirait des chiures de piafs… cette mémoire de la communale qui les débecte… pas de danger je n’crains rien… Ouaouf ! Ouaouf !…
      Le rendez-vous avec le garçon du bistrot de la gare Montparnasse dans une demi-heure… le parc qu’est alimenté au goutte-à-goutte des macchabées et des macchabées de l’imaginaire en plus qu’ont des plastrons fluos en dentelle coquillages et des bandeaux de velours cerise pas loin de la fontaine aux aubépines qui planque des loustics de moineaux au milieu de ses papillotes comme les vieilles femmes trop frisées qu’ont des parfums forts des parfums tue-mouches mais pas elle… Le rendez-vous… vous vous souvenez ?…
      Le rendez-vous c’est un banc qu’est toujours vide et j’ai même pas attendu longtemps avant qu’il me rapplique d’entre les pattes d’une sorte de pin bien tordu faut voir un rouquin écureuil la flammèche arrière taillée en pointe scotchée parure d’Iroquois incendiée au gel dur et qu’il stoppe aussitôt museau fin en passe-lacet avec sa perle de quinquet noir tournée vers le Nord…
      Le genre de bestiole pas farouche prête à la friandise qui me bondit dessus Hop ! Hop ! me bondit… je serais une noisette que j’y passerais ric-rac… me renifle… presque sa tête je la sens au bout d’mes doigts… que pourtant je dois l’avoir sur moi l’odeur la mauvaise celle des humains qui font peur… les monstres qu’ils sont prédateurs ah ! ouiche… que je leur en fouterai des torgnoles énormes… des gnons alors !…
      Je bouge pas… le rouquin il s’aventure mieux flammèche arrière aux vents son drapeau sa bannière rouge de nain magnifique cramoisi des pins qu’il est… Les alizés l’ébouriffent le décoiffent… sa mise en plis gel dur qu’en prend un coup… Flaouf ! la redressent la hissent au sommet de son corps… Je mate sa petite frimousse ouistiti coup d’œil rasoir ah ! ouiche… flèche filée du carquois d’Iroquois taillée dans du palissandre sang clair et vif… son museau fier pointé au bout d’la silhouette joyeuse… frissonne… frémit… fourre encore une fois son tarbouif minuscule au creux de ma paume… risque le tout… Pas possible c’est un héros c’rouquin-là…
      Hop ! Hop !… magistral il s’empare d’un coup de zef du Sud qui le propulse quasi d’une pichenette giclée de bombe aérosol qui l’arrange tourbillon jusqu’en haut du frêne d’à côté… le décoiffe encore… lui embrouille au passage sa panoplie aux épines des arbustes mais sa crinière de galopin des juteux à résine tient bon et il gigote étincelle complice des feux de pommes de pin avant disparition finale au fond d’son trou à gourmandises… Hop ! Hop !… Vlaouf !…

      J’ai beau me hisser sur le banc debout que j’escalade quasi que c’est un escabeau aux planches écaillées vertes grinçantes dessous tout contre le frêne son château de la ripaille je le vois plus… Même si je me transforme acrobate subit que je tirebouchonne mon corps pas habile qu’aimerait mieux rester caillou tranquille vautré poussière creux d’l’allée avec les piafs qui dandinent du ventre au fond de la soupe des gravillons je le perds comme le soleil quand il va se pieuter sa truffe rousse dans le ciel qu’est pareil à un verre d’absinthe… Et le garçon du bistrot “ A l’Ouest ” s’il radine alors qu’il me voit dans l’arbre ce qu’il va comprendre…
      Ouaouf ! Ouaouf !… pointe des pieds sur les planches écaillées vertes moulues du banc j’insiste acharne en grognant mes ongles s’agrippent griffent féroce l’écorce qui couine et l’odeur sucre doux de l’aubépine qui me lèche la trogne… faut voir… c’est de la grande frénésie… C’est un combat que je mène de ma naissance à maintenant dès que je peux qu’y a moyen… Ouaouf ! Ouaouf !… Un combat de fuite éperdue parmi les terriers les galeries les trous les profondeurs qui en terminent pas s’entortillent se labyrinthent…
      Et Hop ! les planques au sommet des arbres géants cathédrales baobabs… les repères à des hauteurs qu’ont pas cours au niveau des humains bipèdes catastrophes… des lieux pas maginables du tout… Et Hop ! hors d’atteinte de leur haine remontée comme un réveil à la place du palpitant et pas un poil de chair tendre sur leur carcasse totem forcené des pires malédictions…Les humains ils m’ont toujours fait une peur plus terrible que la mousse des extincteurs des musées et les statues des monuments aux morts fusil pointé…
      Mais le garçon du bistrot “ A l’Ouest ” s’il se pointe ce que ça va lui faire de me voir pendue là-haut genre ouistiti je me rends bien compte… et puis flûte c’est lui qui m’a inspirée pour l’endroit ses vertiges et ses enchantements… l’idée du parc… la fontaine aux aubépines avec l’odeur qui tourneboule l’imagination… les moineaux et le banc où y a jamais une âme qui traîne… il a rien vu le garçon du bistrot et le rouquin galopeur alors !… C’est lui… c’est lui qui m’a enfarinée la réalité que je vais pas rester au sol moi… probable… j’ai des rêves à aller ramasser dans les hauteurs des destins qui flottent nagent dans la marre des nuages…
      Ouaouf ! Ouaouf ! ces efforts que je fais d’enserrer l’arbre où qu’est empaquetée la maison du p’tit rouquin… attraper la première branche à ma portée et Hop ! Hop ! disparaître et paumer ma trace celle du duffle-coat bleu-marine que j’avais à 3 piges quand j’ai commencé à escalader raide les marronniers de l’école maternelle des bonne-sœurs d’Auber …
      A l’époque je pouvais même pas voir où il se taillait le tronc des p’tits rouquins… sous les édredons de feuilles des couchages ouistitis y’avait un refuge pour ma trouille pour mes aboiements pour mon envie de rien réussir de rien comprendre de n’pas avoir de récompenses… médailles… rosettes… toute leur confiture sucrée des petites filles modèles qui te barbouille à l’intérieur et te colle la nausée de ta vie à fond… Mais voilà aujourd’hui j’en ai pas fini… il me le faut ce territoire parmi les feuilles pour lécher les plaies de ma solitude de ma lâcheté de mon impuissance…
      Je mate la première branche envoie un bras c’est possible presque j’ai sous mes doigts les feuilles qui rassurent de fraîcheur ma peau les branches qui craquent si j’arrive ça fera un bon camouflage… J’ai toujours grimpé facile la souplesse d’une guenon et mes paumes qui s’enfoncent dans l’épaisseur de l’écorce humide et chaude qui tâtent la chair vive de l’arbre en dessous… ça palpite ça gémit ça ne me fera pas de mal aucun danger c’est pas humain…
      Tout c’qu’est pas humain est pas à craindre je sais… j’ai encore le duffle-coat bleu‑marine chez moi au fond d’un placard qui témoigne de cet apprentissage-là…
      
Hop ! Hop ! encore un peu que j’accroche que je me hisse c’est possible tout est possible… Je sens la sève qui se mêle à mon sang les entailles à la hauteur de mes poignets c’est ça… la greffe… la greffe qui a pris depuis mon enfance chez les bonnes sœurs à la maternelle d’Auber…
      J’ai ma moitié d’arbre qui me protège qui me sauve des femelles des ogresses humaines et de leur traque à mort… leur désir scotché sous leurs aisselles leurs moignons rognés y’a longtemps… elles ont jamais su voler… leur désir de me tirer mes pouvoirs de me relier aux rêves des pierres des forêts à l’âme des choses… libellules frissons verts des marres d’infini… mes étincelles plein les poches…
      Ce pacte de l’enchantement que j’ai passé… ma moitié d’arbre qui plonge sa main en plein ciel pour aller chercher la lune et la refiler à Caligula si je veux… La lune sur le dos des tortues marines elle se balade ouais ! Entre Caligula et moi y a plein de serments qui traînent mais celui fait à la lune alors… Déjà j’ai plus la même forme que les ogresses le même regard la même peau… Ouaouf ! Ouaouf !
      Le gardien du parc va bien se ramener il est leur complice elles le paient mais je ne les crains pas sous ma pelure d’arbre ils peuvent rien contre moi… J’ai toutes les métamorphoses à portée de mes paluches celle du rouquin aussi si je veux c’est possible… Hop ! Hop !
      Ouais le gardien du parc il peut se pointer je l’attends… tous ceux qui ont un petit pouvoir… un trousseau de clefs… une porte à claquemurer… des grilles pour enfermer l’eau des fontaines pour enfermer la lune et ses traîneaux de chiens aux yeux bleus pour enfermer les oiseaux libres sous les boucliers du vent… pour enfermer la neige dans des édredons de coquelicots…
      Tous ceux qui tiennent la minuscule et glandouilleuse certitude d’avoir leur part de figurants dans l’affaire sont à l’affût… je dois faire attention… ne jamais laisser entrevoir le duffle-coat bleu-marine et le page pas sage qui m’accompagne partout depuis l’époque où j’étais pas encore habitée par ma moitié d’arbre…
      Mais le garçon du bistrot “ A l’Ouest ” ce qu’il fait depuis que je l’attends sur le banc aux planches vertes moulues avec l’odeur des aubépines sucrées et la ronde des moineaux qui squattent la fontaine… y’a personne dans le parc à cette heure on va m’enfermer là-dedans c’est couru… j’aurai l’air de quoi je n’peux pas dormir ici moi… y a des êtres qui font le paillasson à m’attendre du côté d’la banlieue il le sait pas comment il saurait… deux ou trois pages pas plus qu’il avait dit… deux ou trois pages vous vous souvenez ?…
      Elle a sauté du TGV Paris-Montpellier Hop ! Hop !… Ouaouf ! Ouaouf !… elle a rien écouté du tout ce début de leur réunion elle le connaît par cœur indigeste irrespirable l’étouffoir… un sac de ciment éclaté… la tête enfoncée dedans… tous les mois c’est une répétition qui n’finit pas elle y a droit… le sommeil sous la couette rouge achetée à Emmaüs comme les vieux gros édredons… le sommeil qu’elles lui braquent des tas d’heures qui feraient des dunes vivantes depuis les années qu’elle trime à leur revue fossile…
      Elles les ogresses grasses et leurs moignons méchants qui lui refilent juste assez de tunes pas qu’elle arrête de taper leurs chiures de mouches aux relents vanille ménopause ces odeurs vous croiriez pas… leurs mots gadgets plastifiés en tas énormes au soleil sur leurs plages de papier privées… à l’ombre des grands palmiers… leurs mots bronzing et crème écran total vous pouvez vous pommader avec pas de risque… ressentirez rien… rien du tout…

      C’est ça rien… leurs mots rien elle se tape depuis… depuis quand… depuis quoi… Na na na… elle chantonne à l’intérieur de ses joues… rester en l’air… se donner du courage libellule… Le petit pain chaud parfumé croustillant il est loin… elle l’a englouti tout à l’heure pas eu le temps d’aller s’envoyer un grand bol de café crème au bistrot “ Chez Clément ” ils ont l’habitude qu’elle déboule… Pouvez pas croire sa gourmandise à se faire plaisir… les oublier…
      Hop ! Hop !… le premier TGV… 5H23 Gare de Lyon endormie elle se cogne aux tables… elle rêve d’un grand café-crème et de petits pains… heureusement y’a les quatre là au fond du sac… elle farfouille discret… ils sont où ?
      Autour elles s’agitent les sorcières à leur Saba se sont pas levées éjectées zébulon du lit et ses voyages enchantés à 4 plombes du mat même pas le temps d’une douche les gouttes sur sa peau comme la rosée sur les roses sinon le dur elle le rate et alors ça en ferait un pataquès si elle arrivait à la bourre à leur réunion d’état-major femelle…
      Que toute la terre doit s’arrêter pas moufter ce jour-là et leur offrir les médailles des combats gagnés d’avance emballés la veille dans des cartons à bananes leur gloire rancie vieillie pourrie énorme… qu’elle rate le dur et elle aura droit à la guillotine de leur regard triomphant un coup sec Vlim ! Vlam !… sur le bout de ses doigts… un cauchemar… elle le fait souvent… cette image qui la poursuit… qu’on lui coupe les doigts !… Elles sont trois… elles lui coupent les doigts et elles les mangent… Ouaouf ! Ouaouf !
      Ce qu’elles sont en train de comploter… qu’elle écoute un peu… qu’elle sache ce qui l’attend… l’odeur de lait sucré qui monte du papier dans le sac où les petits pains attendent… encore une image flash d’Oncle Ho sur le paillasson sa langue rose entre ses canines de chat sauvage et ses deux billes fluos qui crèvent la night du palier quand la minuterie le zappe brutal…
      Ouaouf ! Ouaouf ! D’un bond elle sort de sous l’édredon rouge celui de chez Emmaüs vous vous souvenez ?
      - Ça non alors !… je n’taperai pas vos histoires de pères !… Rien de rien… Non et non !… Vos histoires de pères j’veux pas me les farcir…
      La fumée de la clope qu’elle vient d’écraser dans le cendrier qui mégotte à mort la protège du regard guillotine des sorcières et de la haine une lame luisante qu’elles lui jettent derrière leurs binocles qui se débinent elles en ont toutes et des gros yeux de mouches accusatrices vrombissantes… Vroum ! Broum ! Vroum !… Tout le temps que ça dure leurs paroles complaisantes leur confortable humilité leur cruauté molle de maquerelles redoutables… ces réunions deux trois heures c’est dingue !…
      Tout le temps Hop ! Hop ! elle visionne Oncle Ho rappliquant avec un flingue qu’il lui propose gentil… sa baveuse entre ses canines très satisfait… elle refuse encore une fois elle ne les déteste pas assez… en fait elle s’en fout ou au moins elle essaie… Ouaouf ! Ouaouf !
A suivre...

Publié dans : Journal d'une fille de banlieue
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Lundi 4 août 2008 1 04 /08 /Août /2008 23:31

Siné sème sa zone  

Paris, lundi, 4 août 2008

      Ces derniers temps on était un peu en vacances l’ami Louis et moi comme vous vous en doutez et notre semaine modeste à Saint-Malo surtout début juillet où il a fait que faire pas beau a été trop trop courte scrogneugneu ! Même quand c’est la tempête et le temps mistigri le long de la plage du Sillon que les connaisseurs de la Bretagne ne peuvent pas oublier tellement c’est un coin d’extase pour les amants d’océan on est bien à mourir et c’était le cas cette année… On a eu droit à une marée de haute-mer le 8 juillet je crois je vous filerai les photos en fin de semaine quand j’aurai un peu rangé le bazar d’images qu’on a rapportées comme d’hab… Et les vagues s’éclatant contre la muraille de granit de la chaussée pour éclabousser à plusieurs mètres de hauteur c’est un spectacle qui ne lassera jamais les apprentis malouins qu’on se le die…

      De plus en plus qu’on adopte Saint-Malo la ville et ses habitants nous le rendent bien avec la façon d’accueil des Bretons qui pour avoir bourlingué dans le monde sont tout sauf fermés aux autres quoi qu’on en dise ! On s’est fait des poteaux dans les p’tits bistrots les p’tits restaus enfin partout où c’est bon et même les sternes aussi plongent exprès pour nous rapporter des poissons scintillant on est les enfants du pays nous autres les p’tits d’la banlieue ! Empêche pas qu’il a fallu retourner à Epinay pieds dans l’eau un peu vite pour n’pas claquer tous nos sous et pour travailler aussi à notre prochain Cahier des diables bleus qui va sortir en octobre 2008 et qui causera de La banlieue des travailleurs Sans parler de notre blog des Cahiers qui vogue la galère sans capitaine à bord depuis un mois c’est trop ! Ouala ! y fallait revenir et je suis revenue aujourd’hui et me voilà…
      Sauf que pendant ces journées dans notre cité de banlieue où on a pas chômé vu qu’on s’est fait une visite au Musée des arts premiers mater l’expo sur les créations des artistes des îles de la Polynésie au XVIIIème XIXème siècle allez-y c’est magique de génie de créativité et de force d’expression comme tout ce qu’on découvre dans ce Musée qui est un vrai bonheur !… oui sauf que j’n’ai quand même pas assez déconnecté de notre crasseuse réalité qui nous poisse les plumes depuis plus d’un an maintenant pour ne pas avoir le vent en poupe qui me siffle sur les oreilles au sujet de l’affaire d’écriture du moment… le virage de Siné du journal Charlie-Hebdo et ses suites m’a laissée ahurie mais depuis un an que l’ahurissement nous rend quasi niais et autistes pas à s’étonner…
      Pas de bol pour moi en tout cas vu que quand ça m’arrivait encore par obstination à ne pas me résigner à la faillite de toute expression libre et libertaire dans ce fichu pays d’acheter Charlie à la gare du Nord en prenant le dur pour Epinay le mercredi la première chose que je faisais c’était de fouiner à la fin pour trouver la chronique de Siné Siné sème sa zone qui me faisait invariablement étouffer de rigolade et c’était bon parc’que l’air renfrogné et vide des voyageurs après leur journée de boulot ça fait mal ! Siné c’était quasi le seul que je lisais dans ce journal devenu insipide et sans la moindre créativité d’écriture et sans la moindre passion à relever le museau face aux bouffons sinistres et gluants de la bavouille littéraire et journaleuse…
      Ouais… ça n’vous étonnera pas celles et ceux qui me connaissent un brin que je m’y retrouve dans ses bafouilles drôlatiques et mordantes vu que l’anar que je suis n’est pas prêt de lâcher le morceau quant à l’esprit critique et la caricature de la bêtise humaine et à l’heure qu’il est on en manque pas ! Donc Siné me refilait de l’énergie pour gribouiller mes petites chroniques et mes trucs de mon côté en me disant que pas nombreux on est à écrire ce qu’on pense en toute liberté et à être prêts à se faire fiche dehors de toutes publications qui nous demanderaient de dire le contraire… moi c’est déjà fait merci… plutôt que de lécher les trottoirs derrières les autos laveuses comme c’est le cas de la majorité des gens qui nous fatiguent avec leurs mots bouillis rebouillis javel détergent amoniaque niac niac y’a pu rien !…

      Et tant qu’à faire que de causer autant citer mes sources vu que moi je lis les paplars dont il est question dans mes articles et que quand j’étais responsable de rédaction d’une revue je lisais l’intégralité des textes qu’on publiait et y avait parfois 450 pages ! Alors un rédac chef tel que P.Val qui lit trois lignes d’un texte et ensuite dit que de toute façon il ne lit jamais plus car ça lui pète la tronche c’est un bouffon un blaireau un gros nul !
      Bref nous y voici Siné est depuis des lustres un gars qui ne supporte pas le colonialisme ni l’injustice abjecte et absurde hiérarchique qui fait que le monde est divisé en dominants dominés… en « gagnants » et en « perdants » en forts et en faibles en puissants et en fragiles en héros et en … quoi j’en sais rien tellement c’est branque mais c’est comme ça que ça fonctionne dans le crâne de pas mal de gogos…
      Inutile de revenir sur son implication active et ses prises de positions au moment de la guerre d’Algérie en faveur des Algériennes et des Algériens… de l’Indépendance et de l’insoumission à cette guerre pourrie… il a fait le choix juste et n’a pas changé par la suite dans son soutien au peuple palestinien face à l’occupation israélienne et au régime d’apartheid qu’il subit chaque jour depuis 1948. Et si y a bien une chose à quoi je tiens de mon côté c’est à mon engagement dans cette réalité-là depuis des années ! J’ai fait pour ma part partie de l’association France-Palestine et aujourd’hui je revendique toujours ma position inchangée également à travers les mots des poèmes et des articles que j’écris… Or rien qui fasse plus bêler les apôtres de la privation de la liberté de s’exprimer que de défendre la cause du peuple palestinien !
      Comme si le « terrorisme » qu’on met évidemment à toutes les sauces était uniquement le fait des individus et jamais celui des Etats alors que c’est tout le contraire et qu’il suffit d’avoir un peu lu et réfléchi sur ce sujet pour trouver le bout du fil qui permet de détisser ce mic-mac dans lequel nous sommes ligotés depuis que le premier homme a entrepris de faire un parcours en solitaire à l’écart des groupes des clans des tribus des familles des états et du reste… et qu’il l’a payé de sa peau… Donc Siné comme d’autres créateurs marginaux Léo Ferré Béranger Mahmoud Darwich Henri Bukowski Céline Jean Sénac Ousmane Sembène et tant de frangins rebelles n’entre pas du tout dans la propreté langagière de notre petite époque minable où faut se courber devant les princes qui ont d’ailleurs tous besoin d’un tabouret…
      Donc ce qui me fait aimer la liberté d’écrire de gueuler de penser de rêver de se contredire de s’insurger de se tirer aussi quand ça pue de trop autour rencontre parfois une forme de passion copine … entre solitaires on se sent on se reconnaît et on s’en va… Voici quelques mots de Siné piqués dans sa défunte chronique Siné sème sa zone du Charlie-Hebdo n°785 du 4 juillet 2007 y’a un an…

      “ En philosophie, comme en politique, c’est une impossibilité logique que de dire que l’on consent librement à un amoindrissement de la liberté. On ne peut consentir librement qu’à une consolidation ou une progression de la liberté. ’ C’est Philippe Val qui écrit cela, dans son dernier édito, à propos des élections palestiniennes qui ont donné une victoire incontestable au Hamas. Bien qu’il la reconnaisse légitime, il ne la juge pas ‘ démocratique ’ car il l’estime due à une ‘ aliénation antidémocratique ’ Cela vous étonnera peut-être mais je suis on ne peut plus d’accord avec lui.
      Où il ne le sera probablement pas avec moi, en revanche, c’est que je dresse absolument le même constat quant au résultat des élections israélienn es désignant le criminel de guerre Ariel Sharon à la tête du gouvernement pas plus que celle, récente, française, nommant Nicolas Sarkozy à nos commandes ! A mon avis, les Israéliens et les Français, pourtant considérés comme des démocrates conséquents, sont au moins aussi aliénés que les malheureux Palestiniens ! ”

Jeunes palestiniens à Gaza en 1993
Photo de Marc Fourny



      Voilà pour ce qui est des “ exagérations ” de Siné qui semble savoir de quoi il cause vu que ses engagements politiques n’ont pas été que des mots par le passé comme c’est le cas pour pas mal de bien pensants et de redresseurs de torts mais après… toujours après… Bien sûr ce dont il s’agit c’est de défendre le droit de s’exprimer dans ce pays où comme l’ont écrit pas mal d’autres personnes qui se sont manifestées sur le sujet on a l’impression désormais d’avoir un énorme couvercle sur la tête et de ne plus pouvoir moufter alors que justement il faut continuer à gueuler et à se bouger pour que ce monde ne soit pas qu’une marmite remplie à dégueuler de ragoût de moutons…
      Et je dois dire que de voir parmi les personnes qui ont apporté leur s outien à cette cabale figurer le nom d’Hélène Cixous que je pensais connaître bien m’a encore un peu plus fait songer qu’y a urgence à dégoupiller cette saleté de mic-mac qui fait déraper les êtres les plus fins les plus sensibles et les plus intelligents en direction d’une simplification des notions de bien et de mal de licite et d’illicite alors même qu’ils ont toujours défendu par le passé le droit de tout dire ( la revue Autodafé à laquelle participe Hélène Cixous a été créée pour prendre la défense de Salman Rushdie ) et celui qui n’est pas contradictoire de refuser qu’on sépare et qu’on oppose les gens en fonction de leur race de leur religion de leur origine de leur culture etc…
      Ce retour parisien est un peu hard mais rien d’étonnant… il faut toujours se battre pour ce qu’on a conquis y a pas si longtemps : le droit à la liberté sous toutes ses formes et celui de défendre la liberté des autres quand elle nous semble en péril… Ouaouf ! Ouaouf !…
      

Publié dans : Colères noires
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Vendredi 1 août 2008 5 01 /08 /Août /2008 14:59

La part du pauvre... suite...


















Pour celles et ceux qui auraient un peu de mal à faire le lien : cet extrait de conte prend la suite de celui publié le 2 juillet 2008

        Recroquevillée derrière la porte je sentais toutes les pierres qu’elle aurait pu me lancer solidifier ma chair qui désirait fuir dans n’importe quel endroit sombre et chaud où faire une petite boule vivante. Une petite boule pleine de crainte et d’odeurs glapissantes. Une petite boule d’erreurs centrée sur son impuissance et sa honte à ne pas vouloir saisir les armes d’or pour se défendre. Une petite boule de plumes au cœur brûlant. Rouge… rouge… noire et rouge…
        Un seul lieu où me réfugier était possible avec la porte qui ferme solide de l’intérieur... Pas trop loin pour mes jambes qui ne pouvaient plus marcher... Pas trop loin pour mon cœur qui allait exploser... C’étaient les cabinets. J’y suis allée comme dans un cauchemar où on ne peut pas avancer... A chaque pas que je faisais mes trop grandes chaussures de clown s’engluaient dans le chewin-gum du sol aux dents de vampire mou... C’était mon père le premier qui m’avait dit qu’il ne fallait pas que je compte m’en tirer comme ça...
        - Avec un nom pareil t’as aucune chance… Moi ça a commencé j’avais pas trois ans… alors…
        Le nom d’accord on y pouvait rien... Mais le prénom qu’il m’avait collé par-dessus… C’était exagéré…
        - Au contraire… Ton prénom il va avec… Ça sert à rien d’avancer contre les choses de son destin…
        Et s’il avait eu raison par hasard ? Et si ce nom si insupp ortable avait tout déclenché dans ma vie… Et surtout mon envie de parler aux autres afin qu’ils me pardonnent mon nom justement... Moi qui ne rêvais que d’être une petite boule repliée sur sa chaleur endormie...
        - Ange !… Ange !… Sors !… Tu peux sortir elle est partie… C’est Sarah…
        A quatre pattes dans les cabinets à la turque où je frottais mon angoisse contre les carreaux de faïence je tâtonnais…
        Sortir… Sortir… Pourquoi ?… Pour recommencer à avoir froid et peur… pas question…
        - Ange je t’en prie… C’est Sarah… Le café est chaud… Tu n’as rien à craindre… Benjamin s’en est occupé… Elle n’reviendra plus… Y a des pains au chocolat ce matin… Sors s’il te plaît…
        Chocolat… De la salive qui remontait de mon ventre jusqu’à ma gorge… De la salive plein ma bouche… Une envie mêlée de lait… Mon bol de chocolat avant de partir pour l’école sur le chemin aux églantiers rouges… Une image de bonheur arrêtée quelque part avant la chute sur les Boulevards… Les yeux aveuglés par la douleur rentrer dans un pylône dur et tomber… Ça ou autre chose… Eperdue d’enfance…

        Toute la nuit j’ai surveillé d’un œil la porte d’acier gris par où je croyais toujours la voir venir vers moi... Au moment de partir Benjamin a passé son bras autour de moi parce qu’il savait que solitaire je ne pouvais pas me mettre à la merci de la ville ghetto. Et puis aussi à cause de mon nom…
              - Allez viens !… Je t’offre un coup à boire dehors… J’ai bien le temps…
        Benjamin ne perdait jamais son temps à discuter sans rien dire. Il avait ses raisons… Lui non plus ne s’était pas inquiété de mon nom jusqu’ici. Il écoutait Sarah le prononcer comme on s’adresserait au dieu de la pluie ou des moissons mais il ne s’encombrait pas de cette fantasmagorie… Il était bien trop réel pour ça… Benjamin…
        Et puis il appartenait à cette clique d’anciens de la guerre d’Espagne qui avaient vu changer tant de fois leurs noms…
        On marchait l’un à côté de l’autre dans les ruelles où les poubelles décoraient le paysage de leurs guirlandes déchirées de sacs en plastique bleus... Le bras de Benjamin était posé sur mon épaule. Benjamin sentait ma peur comme un jeune chat à l’intérieur de sa paume.
        Arrivés sur la place le café était éclairé de grosses lampes à gaz qui bourdonnaient... S’asseoir parmi des gens qui ne vous regardent pas c’est facile. Ici personne ne remarque le bleu de chauffe dont les bretelles me dégringolent ou le tee-shirt rouge cerf-volant pas plus que la musette que Sarah a rempli de feuilles d’arbres séchées et d’écorces que la résine tartine encore de ses larmes épaisses d’ambre. Personne puisque tout le monde porte les mêmes fringues pareillement. Ou bien c’est ce qu’il me semble… 

        - Alors… tu choisis mal tes victimes… il dit en me surveillant du coin de l’œil avec un petit rire. Quelle furie celle-là… Il aurait pu ne pas lui dire ton nom… C’est vraiment courageux… Et puis je ne vois pas pourquoi tu aurais honte de t’appeler Ange Azraël… Pas plus que moi Benjamin…
        - Et d’abord qu’est-ce qu’il signifie ce nom ?… Azraël ça sonne plutôt bien moi je trouve… Ça a quelque chose d’un oiseau on dirait… Pourquoi ça serait monstrueux de s’appeler comme ça ?…
        Benjamin était du genre bourru qui ne vous laissait pas toujours le temps de répondre entre deux questions qu’il posait très vite comme si les réponses avaient pas d’importance…
        Mais soudain il attendait quelque chose qui s’offre à son regard posé sur moi pareil au funambule donnant au fil sa raison d’être… Suspendu…


        - Azraël… c’est l’ange de la mort des Arabes… je lui dis avec l’air qui convient… Celui qui reprend leur souffle sur leurs lèvres pour l’emporter vers kes terrains vagues de la nuit…
        - Alors tu comprends… si tu portes un nom comme ça tu ne peux te faire que des ennemis…A suivre...

A très bientôt... Nous serons de retour en chair et en plumes avec vous d'ici quelques jours...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Mercredi 30 juillet 2008 3 30 /07 /Juil /2008 12:48

Djamel Farès Les créateurs de chez moi suite...

        Qu'est-ce qu'être Musulman ? A la suite de ce pèlerinage une autre question se pose. Que signifie cette marque qu'est la circoncision empreinte commune aux deux religions hébraïque et islamique ? Identité marquée dans la chair afin de ne jamais être effacée. Rituel où toute l'Afrique et le Monde Arabe se reconnaissent. Les détails du récit de ce reportage au coeur de l'Islam se mêlent à ceux d'un autre moment qu'une photographie évoque précisément : la circoncision d'un jeune enfant de la famille prise en octobre 1977.

D. F.
: Cette circoncision qui s'effectue dans un milieu populaire s'est déroulée dans un garage. Sur la photographie il s'agit du moment où on amène le gamin chez les femmes qui se mettent à pousser des youyous. J'en ai plusieurs séries avec lesquelles nous travaillons dans les ateliers auxquels je participe. J'ai fait ces photographies presque par hasard. Ce sont des cousins qui vivent en Kabylie qui ont invité ma mère pour cet événement. Mon père était malade et c'est moi qui ait conduit ma mère. Et j'ai eu cette chance extraordinaire que ce soit une véritable cérémonie, ce qui m'a amené ensuite à avoir envie de comprendre ce que signifiait pour moi être circoncis.


Djamel Farès   Circoncision



D.F. : Pour en revenir à mon travail sur le pèlerinage, j'ai presque failli mourir là-bas étouffé dans un mouvement de foule, à l'endroit où a eu lieu la lapidation de Satan. La lanière de ma sacoche m'a coincé le cou et à force de remuer et de crier j'ai pu faire céder la courroie qui m'étranglait. J'y ai perdu une partie du matériel mais j'ai quand même réussi à respirer.

Pendant le pèlerinage un homme m'a invité à aller prier avec lui, j'ai donc pu faire des photographies et en même temps tourner autour de la Kaaba jusqu'à l'endroit où il y a la pierre. J'étais à la fois spectateur et acteur. J'en ai rapporté un premier reportage en couleur qui a donné lieu à une publication et à une exposition qui a beaucoup circulé.

 

1978. Afin d'illustrer cet état particulier de l'Algérie dont D. Farès parlait plus haut nous avons choisi deux photographies tirées du livre El Djazaïr l'autre soleil qui lui a été commandé par le Ministère de l'Information et de la Culture en 1978. Des photos “ d'un peuple au travail ” de ces “ dix-huit millions d'Algériens ” qui “ font à chaque instant, vibrer le pays tout entier ” il va falloir dégager peu à peu une autre réalité qui est celle des créateurs. Associer le réel à l'irréel. Faire entrer les gens dans leur histoire et ne plus l'écrire à leur place. De la photo qui dans le livre est intitulée Le travail et que Djamel appelle Le casse-noisettes à celle du maître et de ses élèves et celle du m arché aux moutons de Skida s'ouvre une trajectoire dans le faisceau du phare qui n'est plus toute tracée mais à inventer.

        


Djamel Farès Le Travail




     Découper les pages et ne laisser parfois subsister que la marge qui devient alors une maison d'écriture sans murs sans toit sans portes… Une maison de fenêtres. Fenêtres-images. Dessins de djida… portraits des artistes algériens… éclats-éclairs de femmes dans un espace à peine conquis : chez soi ? Cette marge étroite la vie - ce que nous avons en commun - sans laquelle…

 Le maître berger de Skida      




        Le travail de Djamel Farès est né comme un conte le conte dévidé par l'aïeule. Un jour, la grand‑mère qui était presque aveugle et vient de recouvrer la vue à la suite d'une opération demande au photographe de faire un portrait d'elle. Elle crée elle-même son cadre son fond pictural tapissant le mur de dessins qu'elle a exécutés. Elle meurt quelques temps après. Cette première pierre posée sans projet précis l'idée a cheminé presque vingt ans chez Djamel Farès qui un beau jour décide de peupler la galerie inaugurée par le portrait de la grand-mère et restée vide depuis.

Il veut établir une passerelle… un échange à titre posthume entre une vieille femme découvrant au déclin de sa vie la magie du dessin et des artistes d'aujourd'hui.


1990.
Exposition La Source et le Secret à l'Institut du Monde Arabe. Une cinquantaine de portraits d'artistes algériens choisis par D. Farès racontent leur “ aventure créatrice ”. Le secret se dévoile avant de retourner à l'ombre propice aux songes du rêveur éveillé.

 

D. F. : A un moment donné j'en ai eu marre du discours qu'on entendait un peu partout sur l'immigration. Je me suis dit que j'avais envie de montrer des gens qui n'étaient peut-être pas très connus du grand public mais qui apportaient quelque chose d'essentiel à la culture française. Et qui ne sont ni des ouvriers de l'industrie automobile ou du bâtiment, ni des cuisiniers. Suggérer qu'un étranger n'est pas nécessairement quelqu'un qui vient envahir mais aussi quelqu'un qui vient apporter quelque chose. Il n'y a pas de frontière pour les artistes. Même s'ils ne bougent pas ils voyagent, et ils nous font voyager.



Djamel Farès  Tahar Djaout écrivain

         La photo d'Alain Viguier représentait la continuité d'une histoire. Parce qu'il était pied-noir et qu'il vivait l'Algérie tous les jours. C'est lui qui avait été arrêté en Algérie au moment du coup d'état de Boumédienne et c'est chez lui qu'étaient mes photos qui ont disparu. L'idée est partie de là. C'était une manière de renouer autrement avec cette histoire algérienne. Je ne me positionnais plus seulement sur un plan affectif mais en tant qu'artiste. Et en tant qu'artiste je pouvais faire mon travail n'importe où. Je ne suis pas parti d'écrivains mais d'un plasticien et d'un metteur en scène. Et puis il y avait certains écrivains que j'avais envie de rencontrer particulièrement, et d'autres que je connaissais. C'était une sorte de pari : est-ce que je pourrai montrer un homme qui écrit ?

A suivre... 

Publié dans : Ecritures d'Algérie
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