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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Lundi 25 août 2008 1 25 /08 /Août /2008 16:49

                    Est-ce que tu sais le silence

Ecrire un poème avec ma pensée et mon émotion tournées en direction du poète qu'a été et que demeure Mahmoud Darwich je sais ce que ça a de terriblement absurde et dérisoire...
On écrit pas un poème pour un être de paroles et de présence tel de Mahmoud l'a été un poète dont l'océan seul pouvait contenir le chant et pourtant quoi d'autre quand on est pris dans le bateau ivre des mots et qu'on a rien d'autre à donner...
Après avoir lu 
" Passant parmi des paroles passagères " et le livre qui a suivi le scandale que ce poème a provoqué Palestine mon pays L'affaire du poème, avec la participation de Simone Bitton, Matitiahu Pelev et Ouri Avnéri, Ed. de Minuit, 1988 je me dis que les mots ont une force pas croyable et qu'ils peuvent faire ce que dix mille tonnes d'armes de mort ne feront jamais...
Voici un extrait du texte écrit par Mahmoud Darwich dans ce livre au sujet du poème...

" L'hystérie du poème 
 
Le poème, le poème... Jusqu'à quand ? Y aura-t-il encore en hébreu assez d'épées pour affronter le prochain poème d'écrivain qu'écrira un autre poète pour demander le retrait des occupants ? ( ... )
Les Israéliens ont été surpris de découvrir que le peuple palestinien n'aime ni l'occupation ni les occupants. Ce fut une surprise telle que Yediot Aharonot a pu titrer : " Unité retrouvée à la Kneset ", après que le Premier ministre eut présenté mon poème comme la meilleure preuve qu'il fallait poursuivre l'occupation. Quand aux écrivains libéraux, si épris de paix, ils ont versé des larmes de crocodile lorsqu'ils ont découvert à cette occasion que les Palestiniens persistaient à croire que la Palestine était leur patrie. Ce qui a poussé Amos Kenan à me menacer du fusil comme seule langue désormais possible entre nous.
Pendant ce temps, les orientalistes israéliens sont encore occupés à chercher le sens du mot " perdrix " ( Hajal ) et le sens à donner au fait que je l'ai mis après le mot " pierres " ( Hajar ). Mati Peled a fait à juste titre remarquer que c'est bien la marque d'une incompréhension, voire d'une véritable coupure, entre deux cultures vivant sur la même terre. Il faut que personne ne comprenne plus personne pour qu'aucun traducteur n'ait remarqué que la perdrix est un oiseau de la taille d'un pigeon qui vit au milieu des pierres.
Lorsqu'on fait remarquer à tel député du Likoud : " L'hymne israélien ne dit-il pas que le Jourdain a deux rives, une occidentale et l'autre orientale ? ", l'autre répond : " J'ai bien le droit de chanter. " Le Palestinien n'aurait-il pas le droit de chanter sa patrie comme l'Israélien son expansionnisme ? Non. L'Arabe n'a pas le droit de forger son langage en dehors des limites que l'Israélien lui a fixées. Ce qui déborde de ces limites est décrété hors de l'humain. L'humain, en nous, doit quitter son espace propre pour se confiner dans le "ghetto " de l'autre. Il doit se faire le gardien de sa propre absence, au profit de la présence de l'autre. ( ... )
Tout se passe comme si le Palestinien, qu'il soit absent ou présent, était l'essence même de l'existence de l'Israélien. A condition, bien sûr, que ce Palestinien respecte le rôle qu'on lui a assigné. Plus on nie son existence, plus on reconnaît le poids de celle-ci. Et plus au contraire l'Israélien tend à reconnaître cette existence, plus il met en péril la sienne propre. Comme si l'Israélien avait besoin de convoquer le Palestinien selon l'image de son choix pour rester israélien. 
N'y a-t-il d'autre identité que celle-là ? ( ... )

Le poème dont il s'agit :  " Passant parmi des paroles passagères se trouve dans la page précédente du blog de nos Cahiers concernant Mahmoud Darwich. 

Que ces quelques mots te disent Mahmoud que ta présence et ta pensée nous accompagnent...

Est-ce que tu sais le silence
A Mahmoud Darwich
Epinay, dimanche, 17 août 2008

Est-ce que tu sais est-ce que tu sais
Le silence que fait un poète qui meurt
Le silence que ça fait parmi les fleurs
Un silence de lait que les amandiers boivent
Les chèvres qu’on a traites ne gambadent pas
Sur les collines blanches que le soleil mord
Les branches suent des gouttes d’ombre pour son corps
Est-ce que tu sais le silence des lampes
Parmi les arbres parmi les jeunes plumes
Des oiseaux princes de tous royaumes le brume
De leurs ailes comme un édredon qui s’envole
D’une fenêtre brouille le ciel des vergers
Couleur de cendres Est-ce que tu sais
Le silence que ça fait parmi les pierres
Qui dorment au lit des oueds pierres que reçoivent
Les femmes comme une offrande de pain frais
Les femmes témoins du jasmin ne chantent pas
Dans les cours des maisons les louanges du jour
Voici un nouveau jour parmi les pierres
Qui lèvent et prennent la place des corps
Aux terrasses chauffées en quête de douceur
Est-ce que tu sais le silence des pleurs
Parmi les ruisseaux captifs des tapis de laine
Qu’on teint captifs des outres pleines des théières
Captifs des puits qui ne désaltèrent pas
Les grandes fleurs d’agaves les jeunes filles
Et leurs gazelles blanches le sel des paroles
Les sources des histoires ne tarissent pas
Eau qui guette la soif des hordes de chevaux
Suivant muettes son pas dessous les roseaux
Est-ce que tu sais le silence que ça fait
Les pleurs des gens simples qui l’aimaient séchant
Parmi les premières branches des cerisiers
Offertes au canif et à l’entaille
Qui le coupent de l’enfance sans un cri
Loin du café de sa mère et de son chant
Peau de l’amande verte qu’on déshabille

Est-ce que tu sais est-ce que tu sais
Le silence que fait un poète qui meurt
Le silence que ça fait parmi les fleurs
Qui murmuraient son nom rêve de l’amandier
Avènement de l’olivier turbulent
Secret du citronnier appel de la perdrix
Qui nourrit ses petits dans les ravins d’épines
Où se cachaient hier les jeunes combattants
Nus l’arbre et l’oiseau bruissent tout bas leur peine
Est-ce que tu sais est-ce que tu entends
Le glapissement des renards au ventre bleu
Rassemblant les cendres de la terre souillée
Dans la gorge du poète en poudre fine
S’éparpillent les ailes des papillons
Et sa voix disant ses poèmes disant
Le sommeil de sa terre impatiente lointaine
Est-ce que tu sais le silence du blé
De la langue échappée qui se désaltère
Comme l’eau sur les lèvres comme la rosée
Sur les fruits avec le goût pur du bonheur
Qui fait à l’enfance couverture légère

Est-ce que tu sais est-ce que tu sais
Le silence que fait un poète qui meurt
Le silence que ça fait parmi les fleurs
Parmi les forges parmi les souffles joyeux
Fondant la lame qui percera le cœur
Des maîtres asservis sous les citronniers bleus
Empêchant les chevaux de brouter l’azur
Est-ce que tu sais les souffles avalés
Par le dieu errant des vents de Sumer
Qui a cueilli les fruits desséchés du ciel
Semé leurs graines sur le chemin du retour
Dans le jaune du sable dans le miel
Dans l’ambre et la paille litières et labours
Préparé la couche avec le lin des crinières
Du poète et de sa jeune fiancée
Tournesols sous les sabots des chevaux d’azur
Est-ce que tu sais est-ce que tu sais
Le silence que ça fait parmi les couleurs
Le gris agrippé à un pays tout entier
Interdit l’arc-en-ciel attend la délivrance
Seuls les papillons de nuit aux cendres s’affairent
Un voile de pleurs fait fenêtres à l’enfance
Mais rouge le soleil à la forge grandit

Est-ce que tu sais est-ce que tu sais
Le silence que fait un poète qui meurt
Parmi les passants est-ce que tu sais
Le tambour tu les battements d’un cœur
Que le chant infini de la mer guérissait
Au pied des vergers lointains d’amandiers en fleurs.

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Vendredi 22 août 2008 5 22 /08 /Août /2008 23:14

Une enfance bohême d’écrivain ordinaire 5
Epinay, Vendredi, 18 juillet 2008 

 “ SIMPLEMENT LES BAS DE GAMME EN ONT MARRE QU’ON LES FASSE TROP CHIER. ”
Journal d’un vieux dégueulasse C.Bukowski, Ed.Grasset 2007

        Parole de lézard… si vous aviez passé votre enfance dans les gares vous auriez du bruit d’ouragan plein vos esgourdes et du vent fou musardant des quatre rebords du monde sous les semelles de vos baskets… raouf ! raouf !…
        Au bord des jardins ouvriers le long de la ligne Paris-Creil du réseau Nord Antonin et moi on s’en est payé des balades dans le vacarme des locos vapeur qu’arrivaient en hululant se croisaient nous saluaient comme des déesses des enfers du rail qu’elles étaient… tri ! tri ! tri !…
        Moi j’n’aurais pas pu rester comme tout l’monde à lorgner que les carottes soient cuites et j’avais déjà un poil baroudé à six piges ce qui me filait de l’avance et l’audace de fouiner dehors… Bistrots terrains vagues c’est pas des espaces pour les filles alors j’étais sacrément fière de raconter dans la cour de la communale où les autres qu’appliquaient déjà la pratique du poulailler des oies captives sans savoir et qu’elles se mettaient à cinq de front pour se moquer de mon allure ouistiti et de mes jupes plissées bleu-marine sur mes chaussettes blanches que grand-père Antonin était conducteur de locomotives dans le grand entrepôt aux murs et aux ferrailles on dirait la nef d’une cathédrale fabuleuse recouvert de lambeaux de suie anthracite de la Gare du Nord… Raouf ! raouf !…
        Pas besoin d’entrer dans tous ces détails de grondements et d’autres bruits d’odeurs de vapeurs surchauffées des lueurs éclairs qui striaient la verrière et d’incendies qui vomissaient d’écarlate le compas des rails à c’t’époque le turbin de cheminot et rien qu’le mot quand je le prononçais il faisait l’effet impeccable…
        C’était un métier avec le savoir faire dans les paluches et dans la tronche comme celui des compagnons du devoir ces sortes de magiciens des gargouilles tous un peu des poteaux de Quasimodo des connaisseurs en alchimie qui patouillaient parmi les équations d’or… des gaziers qu’étaient respectés vu qu’y avait aussi de la magie dans tout ça et de ces pouvoirs cosmiques qu’Antonin ne mouftait pas…
        Mais ça je l’ai pigé un peu plus tard… quand des bouts d’années après j’ai été apprendre le métier des céramistes qui nous vient de la Chine y a longtemps… on farfouillait à pleines mains dans le plaisir de jeter une boule de terre sur le plateau d’acier du tour et on enfonçait ses pouces au cœur de la gadoue rouge comme des petits dieux païens qu’auraient le monde entre les pattes…
        Le silence d’Antonin et de son poteau Sergio l’Espagnol c’était de l’intuition à bout portant à la façon des maçons ou des tailleurs de pierres qu’ils rejoignaient régulier au fond d’un bistrot aussi enfumé de vapeur bleue et terre de Sienne que la salle des locos… Ceux qu’ils retrouvaient là ils avaient gravé sur leur boîte à outils clouée de grosses planches rugueuses à t’agrafer les doigts qu’ils trimbalaient partout l’équerre et le compas de la confrérie des compagnons un signe que les anciens ouvriers de la belle ouvrage reconnaissaient pareil qu’une étoile dans le ciel tapineur d’indigo de la Babel sauvage…
        Ces après-midi-là c’était le vendredi obligé vu que les week-ends ensuite je me faisais prisonner à l’intérieur de notre appart d’Auber où j’avais c’qu’on appelle une famille ordinaire un daron et une darone qui bricolaient comme tout l’monde le rituel des fins de semaine au fond du gros aquarium d’eau croupie où u avait nécessité d’un coup de mijoter sardines…
        Et ça m’ennuyait bien à cause de l’ambiance là-dedans qui était genre fleurs en plastique des cimetières pareille à la soie noire du soir qui nous tombe dessus quand on est môme qu’on doit dormir et qu’on a pas sommeil… Bon je vous ai dit que je n’vous raconterai pas ma vie ah ouiche !… une histoire d’enfance tartignolle qui vous colle des bâillements des envies de somnoler marmotte au bout de deux mots vous n’voudriez pas quand même…

        Surtout pas vous la ramener avec les embrouilles barbouilles bave de limace trop grasse d’une famille comme y en a cinquante par blocks d’une cité de banlieue gris béton mironton au milieu de milliers qui barbotent carottes et oignons dans les années 60 du siècle d’avant… C’était ni du Céline ni du Bukowski la tragédie de mes vieux… et si j’avais pas eu le monde autour pour maginer une peu et l’ascenseur où j’ai pas fini de me planquer pas qu’on me file le duffle-coat bleu-marine par-dessus le pull la jupe plissée bleus itou et vas-y te farcir la promenade du dimanche qu’est notre enterrement à chaque fois aux autres gamins scoubidous et moi boudinés à l’intérieur de nos fringues mochardes… probable que j’en serais crevée du dégoût et du triste de la banlieue le dimanche fallait voir…
        Alors l’ascenseur j’y glandais des heures si je me débrouillais à le coincer entre deux étages et accroupie au fond de sa caisse à fleurs volages mirages des terrains vagues bluets et coquelicots je nomadais dans les nuages c’était trop extra… Hop ! Hop !… ils n’pouvaient pas me traquer aux hauteurs où on arrivait à se garer l’ascenseur et moi le dernier étage toujours… eux la tête par la fenêtre ils avaient le tourni…
       Ces après-midi-là c’était le vendredi qu’on remontait une rue le long de la petite ménagerie breloque du Jardin des Plantes où les bestioles me collaient aux mirettes que ça reniflait les odeurs âcres et chaudes des animaux qui me branchaient me chatouillaient les aisselles que je voulais encore aller y voir… C’était les ouistitis avec qui je me sentais famille de grimaces et de farandoles et le lion qui a mal fini je vous ai raconté déjà…
        Il m’entraînait Antonin sa main tenait la mienne on galopait plus vite direction le bistrot “ A la préhistoire ”… je me souviens qu’il s’appelait et comme je savais que c’était mes derniers moments débarbouillés à la féerie et aux enchantements d’Antonin sauf s’il était d’astreinte ce samedi sur sa loco alors là obligé il pionçait dans notre turne à Auber avant de remonter à bord de sa machine qui nous postillonnait d’escarbilles et nos vadrouilles recommençaient Hop ! Hop !… j’accélérais mes pas dans les siens sans me forcer…
        “ A la préhistoire ” je me baladais au milieu des hommes qui mesuraient le tem ps de leurs mains de compagnons larges et généreuses comme la nappe immense d’un grand festin toujours à partager…
        Ces après-midi-là au bistrot le temps il avait fini d’être de l’ennui couleur du pelage gris des rats et de la mort qui flashait leurs iris blacks bourrés de peur résignée… C’était la même chose quand on grimpait à l’intérieur de la loco qui crachait sous les verrières bleuâtres du grand entrepôt ses salves de vapeur gris orange avec des crêtes d’écume turquoise Antonin et moi et que ses mains légères voletaient chauve-souris au milieu des cadrans d’acier qui traçaient deux rails d’ombre violette étirés jusqu’à un point de l’horizon où elles se posaient pour finir au clair de la lune en train de se lever…
        Tri… tri… tri… les sifflets bondissant sautillant des locos je les entendais quand Antonin poussait la porte du bistrot qui couinait aussi fort que les plaques d’acier des motrices et qu’on y voyait rien d’autre  que les bouffardes noires et rousses pareilles que des culs de volcans qui se frottaient aux pans de fumée aussi épais que les morceaux d’amadou les mousses les lichens des forêts d’Afrique pendouillant des grands fromagers…
        On y voyait rien et moi qui arrivais juste à la hauteur des chaises je me cognais aux jambes de tous ces hommes solides comme des troncs de baobabs et j’aimais ça et je n’avais pas peur… c’était des hommes arbres les compagnons et ils ne pouvaient pas me faire de mal…
A suivre... 

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Jeudi 21 août 2008 4 21 /08 /Août /2008 23:31

      Journal de Palestine suite...

Enfant au camp de Khan Younis à Gaza en 1993
Photo Marc Fourny


Extraits de ce Journal de Palestine composé de lettres que nous nous sommes écrites mon ami Marc et moi en 1993

Quelque part de ce côté-ci de la Méditerranée dans des espaces encore en marge des grands ghettos nous étions en pleine correspondance avec un double projet fou en tête… Un voyage en Palestine d’où devait naître un livre mêlant photos graphismes à l’encre et textes à partir du journal de bord de cette rencontre. Et ce quelques mois avant que ne prenne figure en Palestine un rêve à préserver à tout prix… L’illusion qu’un autre monde était possible à naître.

Lettre de Marc, Juillet 1993 suite…


C’est simple de poser seulement la question : qui a tort, qui a raison ? Ça évite surtout de se demander en quoi on fait partie du “ qui ”. Mais c’est souvent difficile à définir et puis dans des conflits de longue durée on oublie souvent l’origine des choses. Par exemple : est-ce que ce sont vraiment les Juifs qui ont décidé un jour que devait à tout prix exister un Etat où regrouper tous les Juifs et rien que des Juifs ? ou bien est-ce que ça ne peut pas servir d’autres intérêts ?

Et aussi qui en prend plein la gueule et qui est le plus fort et outrepasse les limites ( lesquelles ? ) de la “ légitime défense ” ? Qu’est-ce qu’il y a de légitime dans la barbarie qui réduit l’autre à “ moins qu’un chien ” pour reprendre les termes utilisés en Algérie ? Ne pas oublier que l’oppresseur d’aujourd’hui est l’oppressé de demain ( et vice-versa comme c’est le cas d’Israël ).
C’est banal de le dire mais il faut quand même poser les choses clairement ( toujours à cause de cette fichue culpabilité qui “ nous ” rendrait plus immobiles que des cailloux… ), le comportement du gouvernement et de l’armée d’Israël est inacceptable en ce qui concerne “ la question palestinienne ” et de plus met en péril la paix future.
Le problème des colons ? ( Je veux dire celui qui se pose aujourd’hui au sujet de ceux qu’on nomme “ colons ” à Gaza et en Cisjordanie ). D’abord ce sont des hommes. Mais ils ont trop d’intérêts, qui ne tiennent pas compte de l’Homme justement dans l’histoire pour ne pas vouloir la destruction des Palestiniens sans comprendre qu’ils le paieront un jour de la leur et par eux-mêmes. ( … )
Donc, qu’est-ce que je vais foutre là-bas, je vais essayer de te répondre. Il y a des gens qui souffrent et il me semble essentiel que cela se sache… Il y a des gens que l’on réduit à l’ombre d’eux-mêmes et il est important que cela se sache pour : que peut-être les endormis d’ici se réveillent et qu’au lieu de se bercer dans leurs rêves devenus confortables de coupables qui expient, ils agissent pour qu’on ne soit pas tous ( et depuis Sabra et Chatila ont sait ce que ça veut dire tous… ) en train de revomir toutes les chèvres innocentes qu’on a laissé engloutir…

Bidons
Camp de Khan Younis
Gaza 1993
Marc Fourny















Pour que peut-être demain “ nous ” ne fassions pas la même chose sous une autre forme. Pour qu’on comprenne que l’intégrisme n’est pas seulement musulman mais aussi juif. ( et chrétien tiens ! ) Et que l’intégrisme naît de la dictature avant de la créer. Enfin, qu’un Musulman, un Juif ou un communiste qui souffre est avant tout un Homme qui souffre, et que nous nous devons de lui porter assistance.
Pour faire passer ne serait-ce que 10% de tout ça il faut du talent, de l’intuition et du cœur. En ai-je ? Je ne sais pas. Je sais que je veux être utile, sans dogmatisme et en étant conscient de ce que c’est un Homme.
Ce n’est qu’une parcelle de ce que je pense, mais j’espère que tu me comprends mieux…
Je n’ai pas confiance dans L’HOMME. Même si c’est super un être vivant… Mais j’espère en lui. ( Je sais que nous ne sommes pas d’accord… ) Je me mets dans le lot. Je vais là-bas pour porter au regard des autres l’image d’un peuple à qui on refuse la paix, et la dignité. ( … )
Pour savoir si des extraits de ce texte ( L’Indien Rouge ) qui est super iront avec mes photos et parmi tes dessins, je ne peux pas répondre. Encore une fois j’ai besoin ( plus que toi car les artistes sont dans l’expérimentation par l’intuition sans cesse… ), de concret, de partir, de toucher du doigt, de voir et de recevoir. J’essaie de noter des idées, mais je dois avouer que je suis un peu préoccupé par le côté mise en place du matériel. Ex : comment protéger mes films et ne pas me les faire piquer par Tsahal ( c’est arrivé à plus d’un photographe )… Comment entrer en contact avec les gens, ( il semble que les Israéliens aient tenté de les infiltrer souvent ), et trouver l eur confiance. Et puis si ça continue, je sais que je vais avoir un peu la trouille ! ( … )

Alors tu vois, que d’inconnu…
Mais tu peux croire en mon honnêteté. Ciao ma petite camarade. Marc






Une rue du camp de Khan Younis
Gaza 1993
Marc Fourny


A suivre...

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Mardi 19 août 2008 2 19 /08 /Août /2008 23:28

La part du pauvre suite...

        A mesure que je racontais Benjamin avait de plus en plus l’air de quelqu’un qui a envie de se marrer parce qu’il a vécu des affaires aussi étrangement cruelles et qu’on en meurt pas…

- Vous avez quelque chose à voir avec les Arabes dans votre famille ?…

- Ça… même mon vieux en savait rien… Nous on est bretons depuis toujours… il paraît…

- C’étaient des Chouans mes ancêtres… je sais pas si tu vois… Ils imitaient le cri du chat-huant parmi les terrains vagues de la nuit éclairés par des bûchers de genêts pour signaler aux autres les cachettes où on ne viendrait pas les chercher…

- Dessous la bruyère ils se déplaçaient plus légers que les pieds des chevaux qui retrouvaient seuls l’endroit où il y a des pierres dressées. Ils planquaient leurs vêtements de petits nobles et ils se transformaient en gueux… C’étaient déjà des travestis mes ancêtres… J’ai de qui tenir…

Il voulait savoir Benjamin… Il saurait. Rient n’est simple quand on a vraiment envie de voir tous les côtés des hommes…

- Mais ça ne suffisait pas de changer de costume… Y avait aussi  les noms qui étaient dangereux quand ils faisaient un peu trop Monseigneur… Alors ils ont mélangé les voyelles et les consonnes à leur façon… Sans cérémonie autour des pierres dressées. Et voilà ce que ça a donné !…

- C’est sans doute pour s’amuser que mon père m’a refilé un prénom sans sexe… j’ai dit avec un peu de tristesse à la fin.

- Il a peut-être pas de sexe ton prénom mais toi tu te rattrapes… a dit Benjamin en rigolant franchement… Ne me dis pas qu’on t’a déjà prise pour un garçon ?…

S’il savait Benjamin…

           - Ecoute Ange… il a continué en posant à nouveau sa main sur mon épaule. Ecoute… ces histoires de nom ça ne compte pas… Ou plutôt… un nom c’est fait pour que tu le mènes quelque part… pas pour que tu regardes tout le temps d’où il vient… Toi il ne faut pas que tu restes dans cet entrepôt à faire le clown parmi nous autres… Tu saisis ?…

- C’est pas ta place ici… T’as mieux à faire… Et c’est pas la place de Sarah non plus… Sers-toi de tes ailes et tire-toi avant que les rats qui dorment au fond des cartons de papiers ne te les bouffent…

- Mais toi Benjamin… pourquoi tu restes alors ?… Avec tout ce que tu sais…

- Justement c’est pour ça que je me tiens tranquille… en attendant… Allez… il faut que j’y retourne sinon les types des camions vont pas repartir à l’heure… Et toi… va choisir une autre proie avec tes yeux d’ange… Il y a tant d’êtres solitaires dans les entrailles molles de la ville…

Et Benjamin est reparti vers l’entrepôt en m’abandonnant à l’arrêt de l’autobus comme un papillon de nuit hésitant à s’installer sous la lumière bleuâtre des lampes à gaz.

Pourquoi est-ce qu’il avait parlé de proie… Benjamin ?… Tous ceux qui viennent vers moi le font avec joie… Et qu’est-ce qu’il a voulu dire avec ce mot : “ solitaire ” ?…  Il y a tant de mots que je ne connais pas… Et cette folle qu’avait-elle après moi ?
            
              Ecoute Khaled l’aveugle… chaque soir en passant devant toi lorsque je quitte la terrasse du Tanagra et que je laisse les soleils de cuivre à ta portée tu me souris. Je sais maintenant que tu me reconnais et que le lézard de lumière perdu dans l’ombre de tes pupilles se raccroche aux contours de mon corps qui ne fuit pas le tien. Nous sommes presque semblables car nous avons autant de mal à voir les autres comme ils sont. A voir les autres.

Nous les imaginons sautillant aussi avec de trop grandes chaussures de clowns afin de ne pas nous sentir seuls à chercher l’embouchure de ce macadam sang. Noir… noir… noir et rouge.
              Cet hiver il faisait si froid que Clarisse le Guadeloupéen avait fini par se mettre à tousser et qu’on avait plus entendu alors sa voix aux échos graves comme un ruissellement au milieu des appels hystériques de la broyeuse. On allait à tour de rôle dans la casemate remplir le thermos de café bouillant qu’on se passait entre deux cartons éventrés et deux arrivées de camions pleins comme des tortues géantes… Fallait surtout penser à faire les commissions chaque jour afin de réapprovisionner l’armoire sinon c’était la mort sûre… D’abord pour Clarisse dont on voyait à peine la traînée noire des yeux dans la fente de la cagoule à l’intérieur de laquelle il reniflait son chant un peu cassé…

        Ecoute… la dame qui est couchée sur des cartons appuyée contre la boutique aux papillons de tissus ne quitte pas le sarcophage gelé de la nuit où elle me conduit malgré moi à errer en descendant la rue jusqu’à la Rhumerie et à me heurter aux types bourrés qui courent à contre sens… Les chocs sont durs sur leur armure d’ivresse. Lorsqu’ils me cognent je résonne d’un bruit de pièces s’entrechoquant comme si je transportais un sac d’or et je suis sûre qu’elle entend et qu’elle me hait à ce moment-là. Oui… elle aussi elle me hait et je ne peux rien contre ça…

Depuis que le brasero nous entortille dans sa tiédeur de charbons roses on a convenus ensemble de glisser une pièce à l’intérieur d’une boîte de conserve éventrée à chaque fois qu’on se servirait une tasse de café pour dégeler un instant nos doigts et nos carcasses. J’ai eu beaucoup de mal à persuader Sarah qui nous roule en cachette des cigarettes au goût de miel et de salive tiède que je n’avais pas froid… Et que le café me faisait mal au cœur…

Garder les pièces de monnaie dont je remplissais les poches de la salopette avant de partir je l’ai fait pendant un cycle lunaire sans me poser de questions. Il ne faudrait pas que tu croies Khaled l’aveugle que c’est quelque chose qui m’a coûté. Je suis sûre que la dame qui me guettait de ses yeux de proie contre la vitrine de la “ Nuit câline ” le pensait aussi.

Quand on était des enfants dans cette maison où on ne chauffait qu’une seule pièce celle où on partageait nos repas à côté de la grosse cuisinière en fonte une part qui n’était à aucun d’entre nous attendait toute la nuit sur l’étagère du placard bien en vue  que le pauvre vienne la prendre…

En retrouvant au matin l’assiette vide je songeais que le pauvre n’avait pas de nom… Et qu’il s’en était retourné de chez nous le ventre plein peut-être mais tout aussi étranger à lui-même et à ceux qui continueraient à le nourrir. Il s’en était retourné errer parmi les vivants comme une silhouette désincarnée dont personne ne se souviendrait. Il s’en était retourné sans laisser de trace…

Alors je me promenais les doigts gelés avec les pièces des cafés refusés plein les poches tout un hiver… Mais je n’ai pas pu les lui donner… Si je l’avais fait j’aurais eu le sentiment de l’humilier encore plus parce qu’elle ne voulait de nous autres de que la colère. Et pas de la charité. En moi c’était de la colère qui hurlait face à elle et pas de la bonté. De la colère parce que ça ne se pouvait pas que je sois coupable pour elle aussi… Non. Pas pour elle aussi…

Un des derniers jours avant le printemps Khaled l’aveugle… je me suis décidée… Il ne me restait plus beaucoup de temps si je voulais pouvoir continuer à soulever mes trop grandes chaussures de clown et ne pas peser de mon poids mort de petits sous sur le trottoir du Boulevard… Il ne me restait plus beaucoup de temps si je voulais te rendre ce que tu m’avais offert durant tout l’hiver…

Comme chaque soir en passant devant t oi je te disais bonjour et tu me répondais en souriant à la brume de lumière qui faisait de moi un sortilège dans le miroir de tes yeux obscurs. Comme chaque soir… Khaled l’aveugle… ce soir-là je n’ai eu qu’à me baisser et à poser la pièce dans ta main en appuyant ma paume contre la tienne. Tu as refermé tes deux mains sur mes doigts et la chaleur de ton corps qui avait bu tout le soleil délaissé par tes yeux est entrée dans le mien.

Le “ merci ” que tu as prononcé en me touchant à la manière dont on caresse le dos fragile d’un lézard était doux au point de me brûler. Il s’est envolé avec le murmure d’un papillon de nuit délivré de la lampe. Et toutes les pièces accumulées au fond des poches de la salopette de bleu nous ont servi à ne plus être des étrangers. A ne plus être des anges à l’intérieur de nos corps en danger de froid à mort.

Après il a fallu réapprendre à marcher sur les trottoirs du Boulevard avec nos trop grandes chaussures de clowns. Après… Mais tu connais mieux l’histoire que moi Khaled l’aveugle…





A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Lundi 18 août 2008 1 18 /08 /Août /2008 23:53

Une enfance bohême d'écrivain ordinaire 4

        Oncle Ho c’est un greffier qu’elle a ramassé un jour qu’elle se méfiait pas comme on récolte une maladie exotique dans l’hiver d’une ville du Nord en bas des escaliers du block où les rats ont des espaces de jeu souterrains délimités à coups de dentiers et les chats en bandes guerrières les guettent pour leur niquer la queue vu qu’ils sont aussi balèzes qu’eux… Il lui a filé le train sans l’ouvrir et il a visité reniflé toute sa piaule qui avait l’air cauchemar du vestiaire d’une équipe de foot…

Ses fringues crasses par terre mélangées à ses cuissardes rouges et aux baskets et les piles de feuillets corrigés sur une chaise de paille qui pendouillaient à côté d’un ex pot de fleurs sans fleurs taillé dans une moitié de calebasse tatoué de formes géométriques blanches et noires quasi plein de mégots et qui puait le tabac refroidi la sueur pamplemousse l’eau de toilette Orange Verte les petites culottes et les fumantes sales… une horreur d’infamie qui la gênait pas mais quand même…

Pour finir le greffier avec deux quinquets au beurre noir nature qui lui donnaient le look corsaire aveugle au milieu de sa pelure de rouquin malfrat le pif taggé de piercings roses et les esgourdes médaillées de cicatrices à l’arrache avait trop la tronche d’un Viet après Dien Bien Phu et elle l’avait nommé tout de suite Oncle Ho pendant qu’il sautait à l’intérieur de la moitié de calebasse et qu’il la matait distrait aller et venir les iris en fente horizon le cul dans les mégots… Ouaouf ! Ouaouf !

La fumée de la clope qu’elle vient d’écraser la protège des regards qu’elles lui balancent comme si elle avait jeté d’un coup abattu au milieu de la table un tas d’mots vulgaires et orduriers des cochonneries pas possibles et elle a l’impression que leur tarbouif s’allonge dans sa direction comme la langue des tamanoirs d’Afrique et qu’elles vont la gober la mâcher la croquer crue… Cric-crac ! et l’embarbouiller de leur bave qui pue Ha !…

Tout le temps que ça dure ces réunions… on entend même les murs qu’elles ont repeint en blanc craquer d’ennui… que vous me croyez pas je me doute c’est difficile… faut s’y coller à cette réalité-là faut la vivre… gluante en dedans… c’est pas donné Ah ouiche !…

Et pendant ce temps les caravanes se sont arrêtées au puits planqué sous un cairn couché que le sable a à moitié recouvert et le TGV de 10H18 vient de partir de la Gare Montparnasse direction l’océan et ses pierres de sel que les grenouilles bleues assiègent… et au fond du sac à dos l’odeur sucrée des petits pains sur ses lèvres… si seulement elle pouvait ouvrir le sac et leur manger les petits pains un par un sous le nez… les narguer… à l’intérieur elle en rigole…

        Leurs trois regards sur elle… bourré de mépris chacun autant qu’un pétard du 14 juillet de sa poudre… Elle savait bien à qui elle avait affaire… elle les connaissait depuis plus de dix ans qu’elle était embauchée dans leur assoc de femmes qui avait toutes les allures vue de l’extérieur d’un initiative solidaire féminine et ce que ça en mettait plein la vue comme tartuferie aux naïfs et aux innocents de sa façon alors je peux vous en raconter…

Elle en a plein sa besace des forfaitures et saloperies qu’elles lui ont faites et pas qu’à elle avec leur figure enfarinée de femelles généreuses qu’y fallait faire le tour pour voir Hop ! Hop ! bien voir ce qu’était planqué derrière comme coups bas… Vlim !Vloum ! De ces comportements de contremaîtres des usines d’autos quand vous avez les paluches prises par les pièces de tôle nue coupante qui vous écorchent vous taillent par tous les bouts elles se ramènent en caquetant volailles prêtes à vous picorer et vas-y ! Vlim ! Vloum ! Un coup de bec dans les mollets dans les cuisses dans les reins… Vlim ! Vloum !…

Leur méchanceté… on n’peut pas dire… une assoc de femmes qu’ont jamais sorti la tête de la masse des oies en batterie et qu’attendent que ça pour se faire voir des badauds venus au spectacle de la mise à mort des volailles les plus faibles faut imaginer ce que c’est comme saignage à la gorge crevage des iris roulant leurs billes folles de rage et arrachage de plumes à faire un tas géant propice aux édredons rouges… c’est un spectacle à n’pas louper pour sûr…

Elle aussi elle y avait cru… elle qui dormait lézarde sur les bancs plein soleil ses poèmes gribouillés d’oreillers… elle évitait de se mêler… sa méfiance pourtant elle aurait dû lui brancher des gyrophares d’avertissement… ce qu’elle avait été mollusque dans cette affaire… c’est Antonin qui se marrerait bien s’il la reluquait à attendre pour sûr les petits pains dans le sac…

Elles la payaient à la pige comme ça qu’on appelle dans le métier quand vous avez pas de salaire fixe et que vous trimez deux fois en somme… une fois normal et une fois vous faites le job des autres qui sont pas capables et qui récupèrent la monnaie qui tombe à la vente de la chose bouclée bichonnée que vous y avez passé vos nuits les quinquets à moitié crevés à force pareils que ceux au beurre noir nature d’Oncle Ho…

Non… elle s’était pas méfiée… pas plus pour ses trouvailles mirages… ses libellules… les mots de ses poèmes mangroves… ses idées météores noires qu’elle rêvait tout haut… ses pistes d’invention ses voix lactées… tout ça elle l’avait retrou vé ci et là dans les pages de leur revue où elle avait son nom juste comme correctrice ouais tout juste…

Mais les trains eux pendant ce temps ils arrêtent pas de partir de la Gare Montparnasse avec des cormorans noirs à casquette qui les conduisent et Oncle Ho la langue coincée entre les canines les fixe passionné le cul dans les mégots de la calebasse coupée en deux…

 

Ouaouf ! Ouaouf !… écrire tout l’monde peut faire… mais aboyer ça non !…

C’est vrai elle a dit : “ me les farcir… ” elle oublie toujours que les mots faut les prendre avec des pincettes vu qu’elles sont toutes les trois rédactrices en chef… qu’elles écrivent avec une des plumes taxée au croupion des oies sacrifiées les pattes trifouillant leur tas de fumier tout en haut au-dessus… au-dessus de l’imperturbable parfum de la merde commune…

Faire attention ! Elles ont chacune leur prétention d’écriture et de projecteur clignotant Far West sur leur décolleté de dames respectables et encore craquantes enfin si on peut dire… mais c’est pas ça du tout qu’elles montrent ah non !… ce qu’elles montrent exhibent déshabillent mettent complètement à poil c’est leur moi dans toute son humilité et toute sa vertu resplendissante… leur moi oh oui !… leur moi mouillé d’ambitions secrètement mijotées et auréolées de couronnes de marguerites qu’elles effeuillent avec simplicité… je m’aime… on m’aime… vous m’aimez… ils m’aiment…

Et elle alors avec ses odeurs de petits pains au fond du sac… ce qu’elle a mérité… son fric qu’elles lui comptent ric-rac au bout de la table leur museau renfrogné et une sorte de dégoût pour son insouciant manque d’ambition… Elles ont chacune leur œuvre unique dans la poche ventrale sauf la secrétaire qui a des yeux de bulldog mais même la secrétaire elle a pris l’habitude qu’elle ne soit pas plus qu’un volatile migrateur qui débarque du TGV de 5H23 arrivé à la Gare de Montpellier à 9H30 et qui rembarque dans celui de la night y’a intérêt vu qu’Oncle Ho fait le pied de grue de paillasson et que passé une heure du mat il s’en retourne bouffer la queue des rats… Hop ! Hop !…

 Ouaouf ! Ouaouf !… écrire tout l’monde peut faire… mais aboyer ça non !…




A suivre...

Publié dans : Journal d'une fille de banlieue
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