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Colères noires

Vendredi 11 mars 2011 5 11 /03 /Mars /2011 23:39

Cet article a été publié sur le site de http://www.fidelista.net/reflexions/l%E2%80%99otan-la-guerre-le-mensonge-et-les-affaires-2909

 

L’OTAN, LA GUERRE, LE MENSONGE ET LES AFFAIRES

Posté le 10 / 03 / 2011

Fidel Castro Ruz 231416-fidel-castro.jpg

 

Comme certains le savent, le colonel Mouammar el-Kadhafi, un Bédouin au caractère particulier, s’inspirant des idées du leader égyptien Gamal Abdel Nasser, prépara au sein des forces armées un mouvement qui renversa en septembre 1969 Idris Ier, roi de Libye, un pays désertique en sa quasi-totalité et faiblement peuplé, situé au nord de l’Afrique, entre la Tunisie et l’Égypte.

Ce n’est que peu à peu que  l’on découvrit ses très grosses et utiles ressources énergétiques.

Né dans une famille de bédouins, dans la région de Tripoli, Kadhafi était foncièrement anticolonialiste. On dit que son grand-père paternel mourut en luttant contre les envahisseurs italiens en 1911 : le régime colonial et le fascisme changèrent la vie de tous les habitants. On dit aussi que son père endura la prison avant de pouvoir gagner sa vie comme ouvrier industriel.

Jusqu’aux adversaires de Kadhafi assurent qu’il se fit remarquer par son intelligence durant ses études. Expulsé du lycée pour ses activités antimonarchiques, il s’inscrivit dans un autre, puis conclut des études de droit à l’université de Benghazi à vingt et un ans. Il entra ensuite à l’école militaire de cette ville où il créa en secret le Mouvement des officiers unionistes libres, et il conclut ses études dans une école militaire britannique.

Ces antécédents expliquent l’influence notable qu’il a exercée ensuite en Libye et sur d’autres dirigeants politiques, qu’ils soient aujourd’hui pour ou contre lui.

Il s’engagea dans la vie politique par des actions incontestablement révolutionnaires.

En mars 1970, il obtint que les soldats britanniques évacuent le pays au terme de manifestations nationalistes massives et, en juin, que les États-Unis se retirent d’une grande base aérienne proche de Tripoli, qui fut remise à des instructeurs militaires égyptiens dont le pays était l’allié de la Libye.

En 1970, la Révolution toucha à plusieurs sociétés pétrolières occidentales et à des banques à participation étrangère. Fin 1971, la fameuse British Petroleum subit le même sort. Dans le domaine agricole, tous les biens italiens furent saisis, et les colons et leurs descendants expulsés de Libye.

 

L’État entreprit donc de contrôler les grandes sociétés. La production commença à devenir l’une des plus élevées du monde arabe. Le jeu et l’alcool furent interdits. Le statut juridique de la femme, traditionnellement limitée, s’améliora.

Le dirigeant libyen élabora des théories extrémistes, s’opposant à la fois au communisme et au capitalisme. Ça n’aurait pas de sens d’inclure cette étape de théorisations de sa part dans mon analyse, quoique je doive signaler que l’article premier de la Proclamation constitutionnelle de 1969 stipulait la nature “ socialiste ” de la Jamahiriya arabe libyenne populaire.

Je tiens en revanche à insister sur le fait que les droits humains n’ont jamais intéressé les États-Unis ni leurs alliés de l’OTAN.lespis-magna-en-lybie-1368319278-1282058.jpg

La réunion du Conseil de sécurité, la réunion du Conseil des droits de l’homme à Genève et l’Assemblée générale des Nations Unies à New York n’ont été que du théâtre, un panier de crabes.

Je comprends parfaitement les réactions des dirigeants politiques impliqués dans tant de contradictions et dans des débats si stériles, compte tenu de l’entrelacs d’intérêts et de problèmes dans lequel ils se retrouvent.

Nous savons tous très bien que le statut de membre permanent du Conseil de sécurité associé au pouvoir de veto, la possession d’armes nucléaires et l’appartenance à maintes institutions sont des sources de privilèges et d’intérêts que l’0n impose de force à l’humanité. On peut être d’accord ou non avec nombre de ces institutions, mais on ne saurait les accepter comme des juges justes ou moraux.

L’Empire prétend maintenant faire tourner les événements autour de ce qu’a fait ou n’a pas fait Kadhafi, parce qu’il a besoin d’intervenir militairement en Libye et de bloquer la vague révolutionnaire qui déferle dans le monde arabe. Car, à ce jour, personne ne disait mot, tout le monde faisait silence… et de bonnes affaires. Que la rébellion libyenne ait été attisée par les services secrets yankees ou par les erreurs de Kadhafi lui-même, il est important que les peuples ne se laissent pas duper, car l’opinion mondiale aurait très bientôt suffisamment de preuves pour savoir à quoi s’en tenir.

Il fallait – et je l’ai dit dès le premier moment – dénoncer les plans de cette organisation belliciste qu’est l’OTAN. À l’instar de nombreux pays du Tiers-monde, la Libye est membre du Mouvement des pays non alignés, du Groupe des 77 et d’autres organisations internationales à travers lesquelles se nouent des relations, indépendamment de leur système économique et social.

À grands traits : la révolution, inspirée de principes marxistes-léninistes et martiniens, triompha en 1959 à Cuba, à cent cinquante kilomètres des États-Unis qui nous avaient imposé l’amendement Platt et qui étaient propriétaires de l’économie de  notre pays. L’Empire déclencha presque aussitôt contre notre peuple sa sale guerre, organisa des bandes contre‑révolutionnaires, décréta un blocus économique criminel et peaufina l’invasion mercenaire de Playa Girón, durant laquelle un de ses porte-avion patrouillait non loin et ses marines étaient prêts à débarquer au cas où ses forces mercenaires auraient atteints les objectifs prévus.

À peine un an et demi, il nous menaça de son arsenal nucléaire, et une guerre de cette nature faillit éclater. Tous les pays latino-américains, hormis le Mexique, participèrent au blocus criminel qui est toujours en place. Mais notre pays ne s’est jamais rendu. Il est important de le rappeler à ceux qui ont la mémoire historique courte.

 

En janvier 1986, sous prétexte que la Libye était derrière le terrorisme dit révolutionnaire, Reagan rompit les relations économiques et commerciales avec ce pays. En mars de cette même année, une force embarquée à bord de porte-avions situés dans le golfe de Syrte, dans les eaux que la Libye considère comme nationales, déclencha des attaques qui détruisirent plusieurs navires équipés de lance-missiles et des systèmes de radars côtiers que ce pays avait achetés à l’URSS.

Le 5 avril, une discothèque de Berlin-Ouest fréquentée par des soldats étasuniens fut plastiquée : trois personnes moururent, dont deux militaires étasuniens, et beaucoup furent blessées. Reagan en accusa Kadhafi et ordonna à ses forces de l’air de riposter. Trois escadrilles décollèrent des porte-avions de la VIe flotte et de bases du Royaume-Uni et lancèrent des bombes et des missiles sur sept objectifs militaires à Tripoli et à Benghazi. Un quarantaine de personnes moururent, dont quinze civils. Averti de l’avance des bombardiers, Kadhafi était en train d’évacuer  sa famille de sa résidence située dans le complexe militaire de Bab Al Aziziya, au sud de la capitale, quand un missile la frappa de plein fouet : sa fille Hanna mourut, et deux autres enfants furent blessés. Cette attaque fut largement condamnée ; l’Assemblée générale des Nations Unies vota une résolution la condamnant pour violation de la Charte des Nations Unies et du droit international. Le Mouvement des pays non alignés, la Ligue arabe et l’OUA adoptèrent des positions tout aussi énergiques.

Le 21 décembre 1988, un Boeing 747 de Pan Am se désintégra en plein vol entre Londres et New York sous l’effet d’une bombe, et les restes tombèrent sur la localité de Lockerbie. La tragédie tua deux cent soixante-dix personnes de vingt et une nationalités. Au départ, l’administration étasunienne pensa à des représailles de l’Iran, dont un avion de ligne, un Airbus, avait été abattu par les USA, causant la mort de deux cent quatre-vingt-dix personnes. Selon les Yankees, les recherches impliquaient deux agents secrets libyens. Des imputations similaires furent faites contre la Libye au sujet d’un avion de ligne français desservant Brazzaville-N’Djamena-Paris, mais Kadhafi refusa d’extrader les fonctionnaires libyens censément impliqués dans des faits qu’il nia catégoriquement. On commença à tisser une légende ténébreuse contre lui, avec la participation de Reagan et de Bush père.

De 1975 jusqu’à la fin de l’administration Reagan, Cuba se consacra à ses devoirs internationalistes en Angola et dans d’autres pays africains. Je connaissais les conflits qui se déroulaient en Libye ou autour d’elle grâce à des lectures et aux témoignages de personnes très liées à ce pays et au monde arabe, ainsi qu’aux impressions que je gardais de nombreuses personnalités de différents pays avec lesquelles j’avais eu des contacts durant ces années-là. fanon frantz castro fidel 03

De nombreux leaders africains connus avec lesquels Kadhafi maintenait des rapports étroits s’efforcèrent de chercher des solutions à la forte tension existant entre la Libye et le Royaume-Uni. Le Conseil de sécurité avait imposé à la Libye des sanctions qui commencèrent à être levées quand Kadhafi accepta de faire juger, dans des conditions données, les deux accusés pour le sabotage de l’avion en Écosse. Dès lors, on commença à inviter des délégations libyennes à des réunions européennes. En juillet 1999, Londres entreprit de renouer totalement ses relations diplomatiques avec la Libye, après que celle-ci eut fait encore plus de concessions. En septembre, les ministres de l’Union européenne acceptèrent d’annuler les mesures de restrictions commerciales adoptées en 1992. Le 2 décembre, Massimo D’Alema, Premier ministre italien, fut le premier chef de gouvernement européen à se rendre en Libye. L’URSS et le camp socialiste européen avaient disparu, et Kadhafi avait décidé d’accepter les réclamations des USA et de l’OTAN.

Quand je me suis rendu en Libye en mai 2001, Kadhafi me montra les ruines provoquées par l’attaque traîtresse par laquelle Reagan assassina sa fillette et faillit exterminer toute sa famille. Début 2002, le département d’État faisait savoir que des conversations diplomatiques étaient en cours entre les USA et la Libye. En mai, il avait inscrit de nouveau la Libye sur la liste des États promoteurs de terrorisme, bien que George W. Bush n’eût pas mentionné ce pays africain dans son fameux discours de janvier sur “ l’axe du mal ”.

Début 2003, après que la Libye eut accepté de signer un accord économique d’indemnisations avec les pays demandeurs, le Royaume-Uni et la France, le Conseil de sécurité de l’ONU leva les sanctions qu’il lui avait infligées en 1992. Avant la fin de 2003, Bush et Antony Blair informèrent d’un accord avec la Libye, qui avait remis à des experts en renseignements britanniques et étasuniens de la documentation sur ses programmes d’armements non classiques et sur ses missiles balistiques d’une portée supérieure à trois cents kilomètres. Des fonctionnaires de ces deux pays avaient visité différentes installations. Cet accord, comme le révéla Bush, couronnait des mois de conversations entre Tripoli et Washington.

Kadhafi tint ses promesses de désarmement. En quelques mois, la Libye se débarrassa de ses cinq batteries de missiles Scud-C d’une portée de huit cents kilomètres et ses centaines de Scud-B d’une portée supérieures à trois cents kilomètres parmi ses engins défensifs de courte portée. Un marathon de visites à Tripoli démarra en octobre 2002 : Berlusconi, en octobre 2002 ; José María Aznar, en septembre 2003 ; de nouveau Berlusconi en  février, août et octobre 2004 ; Blair, en mars 2004 ; le chancelier allemand Schroeder, en octobre 2004 ; Jacques Chirac, en novembre 2004. Tout le monde était aux anges. Comme le dit le fameux poème espagnol : “ Don Argent est un puissant monsieur. ”

Kadhafi parcourait l’Europe en triomphe. Il fut reçu à Bruxelles en avril 2004 par  Romano Prodi, le président de la Commission européenne ; en août, il fut invité par Bush ; Exxon Mobil, Chevron Texaco et Conoco Philips mettaient la dernière main à la reprise de l’extraction de pétrole par des joint ventures. En mai 2006, les USA faisaient savoir qu’ils retiraient la Libye de la liste des pays terroristes et qu’ils renouaient pleinement les relations diplomatiques. En 2006 et 2007, la France et les États-Unis souscrivirent des accords de coopération nucléaire à de fins pacifiques. En mai 2007, Blair visite de nouveau Kadhafi à Syrte. La British Petroleum signa un contrat de prospection de gisements de gaz “ extraordinairement important ”, selon les informations de l’époque. En décembre 2007, Kadhafi se rendit deux fois en France et signa des contrats d’équipements militaires et civils pour dix milliards d’euros, et en Espagne, où il eut des entretiens avec le chef de gouvernement José Luis Rodríguez Zapatero. Il signa de  très gros contrats avec d’importants pays de l’OTAN. lybie3a.jpg

Pourquoi donc les États-Unis et les autres membres de l’OTAN ont-ils évacué maintenant leurs ambassades en Libye ?

Tout ceci est extrêmement curieux.

 

George W. Bush, le père de cette stupide guerre antiterroriste, avait déclaré le 20 septembre 2001 devant les élèves de l’école militaire de West Point : “ Notre sécurité exigera… le recours aux forces militaires que vous commanderez et qui doivent prêtes à attaquer sur-le-champ n’importe quel sombre recoin du monde, et notre sécurité exigera que nous soyons prêts, le cas échéant, à déclencher des attaques préventives pour défendre notre liberté et… nos vies. […] Nous devons découvrir des cellules terroristes dans une soixantaine de pays… Aux côtés de nos amis et alliés, nous devons nous opposer à la prolifération et faire face aux régimes qui promeuvent le terrorisme en fonction de chaque cas. ”

Que pense donc Obama de ce discours ?

Le Conseil de sécurité imposera-t-il des sanctions à ceux qui ont tué plus d’un million de civils en Iraq et à ceux qui assassinent tous les jours des hommes, des femmes et des enfants en Afghanistan où, tout récemment, la population en colère est descendue dans la rue pour protester contre le massacre d’enfants innocents ?

Une dépêche de l’AFP, daté de Kaboul aujourd’hui même, révèle :

“ L’année passée a été la plus meurtrière pour les civils après neuf années de guerre entre les Talibans et les forces internationales en Afghanistan : presque 2 800 morts, soit 15 p. 100 de plus qu’en 2009, a affirmé ce mercredi un rapport de l’ONU qui insiste sur les coûts humains de ce conflit pour la population. …les Talibans ont intensifié leur insurrection ces dernières mois, gagnant du terrain par des actions de guérilla réalisées au-delà de leurs bastions traditionnels du Sud et de l’Est. Avec exactement 2 777 civils morts en 2010, la quantité de victimes a augmenté de 15 p. 100 par rapport à 2009, indique le rapport annuel conjoint de la Mission d’aide des Nations Unies en Afghanistan…

Le président Barack Obama a exprimé, le 3 mars, son “ profond regret ” au peuple afghan pour les neuf enfants tués, tout comme l’ont fait le général étasunien David Petraeus, commandant en chef de l’ISAF, et le secrétaire à la Défense, Robert Gates. …le rapport de l’UNAMA souligne que le chiffre de civils morts en 2010 est quatre fois supérieur à celui des soldats des forces internationales tombés en combat cette même année. L’année 2010 a pourtant été, et de loin, la plus meurtrière pour les soldats étrangers en neuf années de guerre, soit 711 morts, ce qui conforme que la guérilla des Talibans s’est intensifiée malgré l’envoi en renfort, l’an dernier, de trente mille soldats étasuniens. ”

Pendant dix jours, on a entendu aux Nations Unies – entre Genève et New York – plus de cent cinquante discours sur les violations des droits humains, qui ont été repris des millions de fois à la télévision, à la radio, dans la presse écrite et sur Internet. Notre ministre des Relations extérieures, Bruno Rodríguez, est intervenu devant ses pairs réunis à Genève dans le cadre de Conseil des droits de l’homme, le 1er mars dernier. Il y a dit notamment :

“ La conscience humaine s’élève contre la mort d’innocents en toute circonstance et en tout lieu. Cuba fait tout à fait sienne l’inquiétude du monde devant les morts de civils en Libye et souhaite que son peuple règle d’une manière pacifique et souveraine la guerre civile qui s’y déroule, sans aucune ingérence étrangère et d’une façon qui garantisse l’intégrité de cette nation. ”

Certains paragraphes finals de son intervention ont été péremptoires :

“ S’il est vrai que le droit humain essentiel est le droit à la vie, alors le Conseil est-il prêt à en expulser les États qui déclenchent une guerre ? Expulsera-t-il donc les États qui offrent un financement et une aide militaire à un autre État qui les utilise à des violations massives, flagrantes et systématiques des droits humains et à des attaques contre la population civile, comme cela se passe en Palestine ?

Appliquera-t-il donc cette mesure à des pays puissants qui réalisent des exécutions extrajudiciaires sur le territoire d’autres États en recourant à une technologie de pointe, telle que les munitions intelligents et les drones ? Qu’arrivera-t-il donc aux États qui acceptent d’héberger sur leur territoire des prisons secrètes illégales, qui facilitent le transit secret d’avions emportant des personnes séquestrées ou qui participent à la torture ? Carte-Libye.gif

Je partage à fond la courageuse position du dirigeant vénézuélien Hugo Chávez et de l’ALBA. Nous sommes contre la guerre intestine en Libye, en faveur de la paix immédiate et du plein respect de la vie et des droits de tous les citoyens, sans intervention étrangère, car celle-ci ne servirait qu’à prolonger le conflit et à favoriser les visées de l’OTAN.

Publié dans : Colères noires
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Vendredi 4 mars 2011 5 04 /03 /Mars /2011 19:16

Le temps des peuples retrouvés suite... frantz_fanon-390.jpg


Car ce à quoi la jeunesse tunisienne et la jeunesse égyptienne s’affrontent ce ne sont rien d’autre que les dernières murailles encore solides et tenaces des forteresses que nous avons commencées à abattre en essayant de mettre en route ce rapprochement entre les fils d’ouvriers des villes que nous étions et le monde paysan des années 70 qui réapprenait l’efficacité des anciennes jacqueries sur le Plateau du Larzac.

Elles ont à chercher des modèles pour donner un sens à leur lutte en deçà et au‑delà de l’histoire récente qui les a coupées à la fois des combats menés par ceux qui ont conquis leur liberté avant que l’Afrique ne soit partagée en fragments d’empire pour remplir les écuelles de l’Occident et à la fois de ceux qui sur d’autres territoires et dans d’autres situations ont pris conscience comme l’écrit Fanon dans Les damnés de la terre à propos de la décolonisation que ce “ qui se propose de changer l’ordre du monde, est, on le voit, un programme de désordre absolu. ”

Et c’est bien parce qu’il est au plein cœur de la lutte partagée quotidiennement avec ses compagnons de l’ALN que Fanon développe le récit de ce qu’il croit être les futurs “ Etats‑Unis d’Afrique ” dans ses notes Pour la révolution africaine à travers ses différents articles où à chaque progression de la révolution algérienne il précise ses intuitions sur ce qu’il regarde comme un des principaux dangers menaçant l’Afrique qui est “ le manque d’idéologie ” des bourgeoisies nationales. Bourgeoisies commerçantes ou paysannes qui ont toutes plus ou moins été les alliées objectives des anciens colons et qui voient bien mal ce temps où elles vont enfin pouvoir prendre la place convoitée des maîtres comme il l’écrit plus tard dans Les Damnés de la terre “ Le colon fait l’histoire. Sa vie est une épopée, une odyssée. Il est le commencement absolu : ‘ Cette terre, c’est nous qui l’avons faite. ” leur échapper au profit de quelqu’un qui prétend dans un élan de charisme fou comme Patrice Lumumba au Congo ou Thomas Sankara au Burkina Faso rendre au peuple ce qui lui revient.

 

“ Depuis près de trois ans, j’essaie de faire sortir la fumeuse idée d’Unité africaine des marasmes subjectivistes, voire carrément fantasmatiques de la majorité de ses supporters. L’Unité africaine est un principe à partir duquel on se propose de réaliser les Etats‑Unis d’Afrique sans passer par la phase nationale chauvine avec son cortège de guerres et de deuils. ”

Notes écrites au cours de la mission en Afrique occidentale in “ Unité africaine ”, 1960

 

Participer à la libération d’un monde aliéné depuis toujours celui des classes populaires par la situation de dominés qui leur est faite dans un univers hiérarchisé où la verticalité absurde tient lieu de rapports humains et celui des classes dominantes qui ignorent leur propre asservissement à ce type de réalité où il faut sans cesse renforcer ses pouvoirs faute de quoi c’est la chute et la trahison de ceux qui guettent la place en toute amitié, et le faire comme a pu le faire Fanon acteur au présent révolutionnaire avec ses camarades de combat et écrivain premier témoin de l’histoire en train de s’écrire sous ses yeux, c’est le rôle qui nous reviendrait à nous autres les rebelles des années 70…  beaute.jpg

Nous qui étions traités de néo‑ruraux et d’Indiens par les paysans alliés aux petits commerçants et artisans locaux des Cévennes et autres provinces du Sud qui nous voyaient débarquer avec notre enthousiasme et nos convictions et qui se moquaient bien de nos discours tiers-mondistes…

Nous qui avons été frustrés tout ce temps de l’inaction et de l’imposture d’une langue formatée par les fabricants de moules à produire du bonheur de vivre obligatoire individuel et factice réservé aux élus du monde riche‑blanc‑dominant nous avons adopté durant toutes ces années la posture de “ présumé coupable ” du colonisé qui “ attend patiemment que le colon relâche sa vigilance pour lui sauter dessus… ”, colonisés qui toujours dans les mots de Fanon passent soudain de “ spectateurs écrasés d’inessentialité ” à “ acteurs privilégiés, saisis de façon quasi grandiose par le faisceau de l’Histoire. ” 

Oui notre attente a été lancinante et secrète et il y a quarante ans qu’elle écoute aux portes du désert conçu et réalisé par les organisateurs des Expositions coloniales avec villages nègres et zoos humains pour effacer les cultures et les civilisations africaines avec la même efficacité qu’ils ont balayé les cultures paysannes et ouvrières populaires du vieil Occident… “ Dans ses muscles, le colonisé est toujours en attente… ”  écrit Fanon. Et aujourd’hui nous qui sommes retournés vivre à l’intérieur des cité périphériques de notre enfance nous partageons le temps impatient et tendu à bloc comme l’élastique de nos lance‑pierres des jeunes fils et filles des ex‑colonisés exilés de la prodigieuse épopée africaine que les griots ne racontent pas veilleurs d’un monde qui s’invente à mesure que les peuples apprennent à relier ensemble les périodes où ils ont décidés d’être responsables de leur destinée… 

Entre temps entre ces temps de jouissance du présent exalté de solidarités nouvelles il n’y a que du temps mort du temps vide comme les 40 années de Franco la Muerte en Espagne et les 17 années de Pinochet au Chili qui n’appartiennent toujours pas au passé qu’on peut laisser pourrir au passé décomposé. Voilà d’ailleurs ce que pensait Aimé Césaire dans son Discours sur le colonialisme de cet “ avant ” des peuples colonisés qui rejoint un autre “ avant ” celui des peuples objectivés… chosifiés… Celui des paysans sans terres des ouvriers sans outil de travail qui déjà séparés et coupés d’eux‑mêmes et des autres par la perte de vue de leur idéal commun ont oublié la culture populaire qui les enracine dans un temps partagé…

 

“ Les Vietnamiens, avant l’arrivée des Français dans leur pays, étaient des gens de culture vieille, exquise et raffinée. Ce rappel indispose la Banque d’Indochine. Faites fonctionner l’oublioir !

Ces Malgaches, que l’on torture aujourd’hui, étaient, il y a moins d’un siècle, des poètes, des artistes, des administrateurs ? Chut ! Bouche cousue ! Et le silence se fait profond comme un coffre‑fort ! Heureusement qu’il reste les nègres. Ah ! les nègre aime_cesaire.jpg s ! parlons‑en des nègres ! 

Eh bien, oui, parlons‑en des nègres !

Des empires soudanais ? Des bronzes du Bénin ? De la sculpture Shongo ? Je veux bien ; ça nous changera de tant de sensationnels navets qui adornent tant de capitales européennes. De la musique africaine. Pourquoi pas ?

Et de ce qu’ont dit, de ce qu’ont vu les premiers explorateurs… Pas de ceux qui mangent aux râteliers des Compagnies ! Mais des d’Elbée, des Marchais, des Pigafetta ! Et puis de Frobénius ! Hein, vous savez qui c’est, Frobénius ? Et nous lisons ensemble : 

‘ Civilisés jusqu’à la moelle des os ! L’idée du nègre barbare est une invention européenne. 

 

Notre temps d’alors à bord des villages communautaires où nous freinions de toutes nos forces devant la société virtuelle qui arrivait et qui n’est rien d’autre que celui d’une génération quarante ans à peine auquel on nous reproche de nous relier nous réassure et nous renseigne sans cesse sur l’avènement d’un devenir révolutionnaire des peuples qui ne sont pas encore branchés au goutte‑à‑goutte de l’abondance inépuisable des richesses et des choses jetées pour être aussitôt reproduites… Notre temps insoumis en nous renvoyant bien plus loin en arrière à l’origine des nôtres paysans‑ouvriers hors de toute référence au prolétariat des villes décadent des années 60 que nous avons fui tant sa capacité autodestructrice nous remplissait de sa violence, nous qui n’avons jamais été des intellectuels par refus et par goût de l’aventure paysanne et de la création manuelle nous a rendus proches des feddayins palestiniens en quête de leur terre volée, des paysans Cubains luttant contre l’United‑Fruit et des paysans sans terres du Chiapas animés par le Sous Commandant Marcos…  

 Quand Fanon parle en considérant les périodes colonialistes d’“ un temps historique falsifié ”et qu’il précise que “ le colonialiste, par un mécanisme de pensée somme toute assez banal, en arrive à ne plus pouvoir imaginer un temps se faisant sans lui… ” c’est déjà d’un temps post‑colonial dont il parle sans le savoir car une fois passée l’ère des Indépendances africaines dont nous avons senti d es années après le souffle brûlant sur nos lèvres nous nous sommes retrouvés à partir des années 80 abasourdis par la persistance de ce temps colonial greffé à l’intérieur du corps des hommes noirs et arabes qui  n’avaient plus besoin de la présence effective des anciens maîtres pour persévérer dans ce bannissement de leur propre histoire. Seule l’expérience de Thomas Sankara au Burkina Faso jusqu’en 1987 était porteuse d’ une énergie populaire poétique et rebelle où nous pouvions nous inscrire sans hésiter comme témoins et scribes engagés dans le récit de l’épopée en train de s’accomplir sans attendre qu’elle s’inscrive dans la durée.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             “ Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous cro Thomas_Sankara-43579.jpg iser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse. 

Aimé Césaire Cahier d'un retour au pays natal, 1939

 

 

“ Le plus important, je crois, c’est d’avoir amené le peuple à avoir confiance en lui-même, à comprendre que, finalement, il peut s’asseoir et écrire son développement ; il peut s’asseoir et écrire son bonheur ; il peut dire ce qu’il désire. Et en même temps, sentir quel est le prix à payer pour ce bonheur.”

“ Fratricide au Burkina, Sankara et la Françafrique ”, documentaire de Thuy Tien Hi et Didier Mauro, production ICTV Solférino

 

Pour celles et ceux qui sont curieux de découvrir qui a été Thomas Sankara et son travail formidable au Burkina Faso à travers deux documentaires qui sont plein de témoignages émouvants et forts et qui nous donnent à croire dans la jeunesse black et dans la jeunesse tout court voici un lien qui vous époustouflera beaucoup passionnément... Je n'ai pas encore visionné le film sur la Françafrique mais dès que c'est fait je vous en cause promis !

Partie 1 : «Sur les traces de Thomas Sankara»

http://www.dailymotion.com/video/xda48v_news

 

Partie 2 : "Thomas Sankara : Heritages en partage..."

 http://www.dailymotion.com/video/xdaogi_partie-2-thomas-sankara-heritages-e_news


A suivre...

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Jeudi 3 mars 2011 4 03 /03 /Mars /2011 14:25

INVESTIG'ACTION michelcollon.info

 

“ Bush en Irak, c'était formidable. Vous en reprendrez bien un peu en Libye ? ”

 

Michel Collon Michel-Collon.jpg

 

L'Otan se déclare prête à intervenir en Libye.

Nous voilà tout émus. Ainsi, ceux qui bombardent les civils en Afghanistan, veulent au contraire les protéger en Libye. Ceux qui n'ont pas levé le petit doigt quand Israël massacrait Gaza, se prennent tout à coup d'un amour immense pour les Arabes !

 

La larme à l'oeil, Bernard-Henri Lévy appelle à nouveau à la guerre, comme il le fit contre l'Irak. Mais la guerre humanitaire n'existe pas. La guerre pour le pétrole, si. Henry Kissinger ( chef de la diplomatie US sous Nixon ) avoua, un jour de franchise : “ Les grandes puissances n'ont pas de principes, seulement des intérêts. ”

 

Même si on veut que ça cesse, les Libyens ne souffriront pas moins sous une occupation par les Etats-Unis. Bush l'a prouvé en Irak, Obama en Afghanistan. Drogues, violences, terreur...

 

Tout en soutenant les revendications légitimes des peuples, et en réprouvant toute violence dictatoriale, on se souviendra que toutes les guerres des USA ont été bâties sur des médiamensonges. Chaque info ou prétendue info sera donc analysée avec l'émotion de la solidarité, mais aussi avec la raison de l'expérience...

 

Si la guerre humanitaire existait, les USA et l'Europe seraient intervenues pour sauver Gaza.

 

Extrait du direct du journal en ligne Le Monde ce matin jeudi, 3 mars 2011

 

Hugo-Chavez.jpg De son côté, le président vénézuélien Hugo Chavez s'est entretenu avec Mouammar Kadhafi d'une proposition d'envoi d'une mission internationale de paix pour régler le conflit, a annoncé Caracas mercredi.

 La Ligue arabe dit étudier le plan de paix proposé par le président vénézuélien Hugo Chavez pour mettre un terme à la crise en Libye, jugeant prématurées les informations faisant état d'un accord. La chaîne Al-Jazira affirme que Mouammar Kadhafi et la Ligue arabe auraient accepté la proposition d'Hugo Chavez.

Caracas propose l'envoi d'une mission de médiation internationale formée de représentants de pays d'Amérique latine, d'Europe et du Moyen-Orient pour tenter de négocier une issue entre le pouvoir libyen et les forces rebelles.

La Ligue arabe, qui s'est prononcée contre une intervention militaire extérieure directe, a indiqué qu'elle pourrait s'associer à une zone d'exclusion aérienne en coopération avec l’Union africaine.

Chavez‑Kadhafi

Hugo Chavez s'est entretenu avec Mouammar Kadhafi d'une proposition d'envoi d'une mission internationale de paix pour régler le conflit en Libye, a annoncé mercredi le ministre vénézuélien des communications, Andres Izarra.

Lundi M. Chavez avait lancé cette proposition formée par plusieurs pays amis qui puisse faire office de médiateur entre le dirigeant libyen et les insurgés, en condamnant toute intervention militaire, qui, selon lui, serait “ une catastrophe ”.“ Et si au lieu d'envoyer des marines et des avions nous envoyons une mission de bonne volonté pour aider à ce que nos frères cessent de s'entretuer ”, avait-il déclaré.

“ Les Etats-Unis se sont déjà dits disposés à envahir la Libye. Et presque tous les pays d'Europe ” ont condamné la Libye. “ Que veulent-ils ? Le pétrole libyen , avait ajouté Chavez, qui dans les derniers jours a exprimé son appui au gouvernement de Kadhafi tout en gardant une certaine distance.

“ Moi, je ne peux pas dire que j'appuie, je soutiens et j'applaudis toute décision quelle qu'elle soit que prend un ami quel qu'il soit où que ce soit dans le monde, Hugo-Chavez-Michel-Collon.jpg avait notamment indiqué M. Chavez vendredi au cours d'un conseil de ministres. “ Mais oui, nous appuyons le gouvernement de Libye, l'indépendance de la Libye. Nous voulons la paix pour la Libye et nous devons nous opposer radicalement aux volontés d'intervention , avait-il ajouté.

Le Venezuela et la Libye se sont rapprochés ces dernières années. M. Chavez avait déclaré lors d'une visite de M. Kadhafi dans son pays en 2009 que les deux pays étaient “ unis dans un même destin, dans la même bataille contre un ennemi commun , l'impérialisme américain.

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Mercredi 2 mars 2011 3 02 /03 /Mars /2011 14:46

Le temps des peuples retrouvés fanon2.jpg

Epinay, dimanche, 20 février 2011

 

 

“ Le bruit rapide et tranquillisant des cités libérées qui rompent leurs amarres et s’avancent grandiloquentes mais nullement grandioses, ces anciens militants aujourd’hui admis définitivement à tous leurs examens qui s’asseyent et… se souviennent, mais le soleil est encore très haut dans le ciel et si l’on écoute l’oreille collée au sol rouge, on entend très distinctement des bruits de chaînes rouillées, des ‘ han ’ de détresse et les épaules vous en tombent tant est toujours présente la chair meurtrie dans ce midi assommant. L’Afrique de tous les jours, oh ! pas celle des poètes, pas celle qui endort, mais celle qui empêche de dormir, car le peuple est impatient de faire, de jouer, de dire. Le peuple qui dit : je veux me construire en tant que peuple, je veux bâtir, aimer, respecter, créer. Ce peuple qui pleure quand vous dites : je viens d’un pays où les femmes sont sans enfants et les enfants sans mère et qui chante : l’Algérie, pays frère, pays qui appelle, pays qui espère.

C’est bien l’Afrique, cette Afrique‑là qu’il nous fallait lâcher dans le sillon continental, dans la direction continentale. Cette Afrique‑là qu’il fallait orienter, mobiliser, lancer à l’offensive. Cette Afrique à venir. ”

 “ Unité africaine ” in Pour la révolution africaine Frantz Fanon

Librairie François Maspéro, Paris, 1964, 1969.

 

Je ne sais pas si vous êtes comme moi et si vous frémissez d’enthousiasme à la perspective fumante de fêter vos 55 ans de vie à bord du rafiot d’un monde sénile que dans notre jeunesse insoumise des seventies on s’acharnait à envoyer par le fond pendant que Salvador Allende se suicidait dans le Palais de la Moneda à Santiago du Chili le 11 septembre 1973 et que les avions de combat et les détachements armés des militaires qui l’avaient trahi détruisaient tranquillement le gouvernement de l'Unidad Popular, en même temps que ce dont nous autres les rescapés d’utopie on n’a pas cessé de rêver… Cette révolte des peuples d’Afrique que Frantz Fanon l’écrivain antillais militant de l’Indépendance algérienne imaginait avec l’intuition des passeurs de témoin quand il rédigeait ses articles à Tunis dans l’équipe des animateurs d’El Moudjahid dont ce sont les premiers numéros en 1957 qui renvoie à nos quinquets ravis quasi soixante ans après sa lumineuse évidence nous n’avons pas cessé de l’attendre…

Bien qu’on ne sache pas du tout quel avenir révolutionnaire pourra sortir sa tête de jeune tournesol encore fripé et prêt pour l’ensoleil total et sa bonté ni si la chaleur de l’astre rayonnant à Tipaza de gloire et de grandeur suffira à multiplier l’élan des fleurs solitaires que sont redevenus chacun des peuples après la grande et furtive union des Indépendances pour qu’ils se rejoignent enfin comme dans la toile du peintre de la maison jaune d’Arles en une nouvelle jeunesse éblouissante et fraternelle on ne peut pas ne pas croire que Fanon qui va mourir en 1961 sans avoir vu l’Indépendance de l’Algérie se réaliser ni “ cette Afrique à venir ” qu’il contribue à préparer à partir de mars 1960 durant sa mission en Afrique occidentale à Accra la capitale du Ghana, sait déjà d’où nous viendra le vent brûlant d’espoirs anciens et neufs de notre libération commune d’une commune aliénation…

En fait pris par sa passion urgente pour la prise de conscience de tous les peuples noirs qu’il aurait sans doute appelés le peuple noir et pour ce que Aimé Césaire nommait dans Discours sur le colonialisme les deux problèmes majeurs “ que la civilisation dite ‘ européenne ’, la civilisation ‘ occidentale ’, telle que l’ont façonnée deux siècles de régime bourgeois, est incapable de résoudre ” “ le problème du prolétariat et le problème colonial ”, Fanon sans hésiter a fait le choix de l’action dans le contexte d’une guerre de libération dont il était certain qu’elle était à la fois portée par une âme populaire et à la fois par le désir de tout Africain de rompre définitivement le tissage où il se trouve noué parmi les autres à la toile de l’esclavage.

 

“ Mettre l’Afrique en branle, collaborer à son organisation, à son regroupement, derrière des principes révolutionnaires. Participer au mouvement ordonné d’un continent, c’était cela, en définitive, le travail que j’avais choisi. ”

Notes écrites au cours de la mission en Afrique occidentale in “ Unité africaine ”, 1960

 

En revoyant les images du film de Patricio Guzman La bataille du Chili tourné entre 1975 et 1979 sur les décombres abandonnés aux caillots secs et aux épines barbelées sans mémoire de ce qui avait été une tentative de construction d’un autre état des choses humaines une société du peuple en actes et en devenir j’ai toujours du mal avec les dernières visions de ce peuple fuyant au moment de l’attaque de la Moneda par les forces associées des Empires fabriques d’esclaves et laissant Allende seul avec ses quelques compagnons face à l’oubli qui vient déjà… Moi qui ai toujours cru savoir avec Fanon que les peuples mais peut-être avant tous les autres les peuples d’Afrique par le fait qu’ils ont été tenus esclaves si tellement long temps sont capables de “ prendre l’absurde et l’impossible à rebrousse‑poil et lancer un continent à l’assaut des derniers remparts de la puissance coloniale ” ce que j’ai vu à Tunis et au Caire me redonne courage et foi en nous qui sommes aussi enfants de ce peuple rebelle et partageux fanon_frantz_castro_fidel_03.jpg

Le temps est‑il venu enfin un temps réel et non plus un temps fantasmé un temps mis entre parenthèses du temps historique et laborieux ( ce temps volé de vie par chaque journée de travail abrutissant et répété ce temps fracassé ce temps en miettes ) des peuples où nous cesserons de regarder en arrière d’une manière nostalgique pour renouer le lien entre les actions accomplies et celles en train de se réaliser ? Un temps d’imagination populaire devenue action et création quotidiennes dans ce creuset des foules qui savent à nouveau s’organiser en communes et qui devrait être le nôtre… Un temps qu’on aurait pu appeler au moment où Fanon écrivait sur ce futur de l’Afrique le temps des peuples retrouvés ?

 

“ Entre la rupture avec le passé algérien avec, comme conséquence, l’installation dans une colonisation rénovée mais continuée et la fidélité à la nation transitoirement asservie, le peuple algérien a choisi. ”

El Moudjahid, n°22, 16 avril 1958

A suivre...

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Vendredi 25 février 2011 5 25 /02 /Fév /2011 15:36

      Il y a plusieurs jours que je veux vous écrire quelques lignes au sujet de ce qui se passe en Libye qui n'est pas du tout à mon avis semblable aux révolutions tunisienne et égyptienne mais compte tenu de mon peu de connaissances concernant ce pays et de la difficulté de trouver des articles fiables et de bonnes sources... j'ai préféré attendre...

      Voici un article publié par le site qu'anime Michel Collon Investig'Action qui correspond à ma propre analyse des faits et qui vous permettra d'y voir plus clair dans ce chaos d'infos pas toujours bien vues...

 

La Libye et l’impérialisme world_in_hands.png

Sara Flounders

 

24 février 2011

 

De toutes les luttes qui se déroulent actuellement en Afrique du Nord et au Moyen‑Orient, la plus malaisée à décortiquer est celle qui se passe en Libye.

Quel est le caractère de l’opposition au régime de Kadhafi et qui, rapporte-t-on, contrôle actuellement la ville de Benghazi, dans l’est du pays ?

Est-ce précisément une coïncidence si la rébellion a démarré à Benghazi, située au nord des champs pétroliers les plus riches de la Libye et proche en même temps de ses oléoducs, gazoducs, raffineries et port GNL ? Existe-t-il un plan de partition du pays ?

 Quel est le risque d’intervention militaire impérialiste, ce qui pose un très grave danger pour la population de toute la région ?

 

La Libye n’est pas comparable à l’Égypte. Son dirigeant, Mouammar Kadhafi, n’a pas été une marionnette de l’impérialisme comme Hosni Moubarak. Durant de nombreuses années, Kadhafi a été l’allié de pays et de mouvements combattant l’impérialisme. En prenant le pouvoir en 1969, à la faveur d’un coup d’État militaire, il a nationalisé le pétrole libyen et a utilisé une grosse partie de cet argent pour développer l’économie libyenne. Les conditions de vie se sont considérablement améliorées, pour le peuple.

Pour cette raison, les impérialistes étaient bel et bien décidés à écraser la Libye. En fait, en 1986, les États-Unis ont lancé des frappes aériennes sur Tripoli et Benghazi, lesquelles avaient tué 60 personnes, dont la petite fille de Kadhafi – chose que l’on mentionne rarement dans les médias traditionnels. Des sanctions dévastatrices ont été imposées à la fois par les États-Unis et par les Nations unies, afin de couler l’économie libyenne.

 Après l’invasion de l’Irak par les Américains, en 2003, et la destruction d’une grande partie de Bagdad via une campagne de bombardement orgueilleusement baptisée “ shock & awe ” ( choc et terreur ) par le Pentagone, Kadhafi a tenté d’écarter d’autres menaces d’agression contre la Libye en faisant d’importantes concessions politiques et économiques aux impérialistes. Il a ouvert l’économie aux banques et sociétés étrangères, il a abondé dans le sens des demandes d’“ ajustements structurels ” émanant du FMI, privatisant ainsi de nombreuses entreprises de l’État et réduisant fortement les subsides de l’État à l’alimentation et au carburant.

 Le peuple libyen souffre de ces mêmes prix élevés et du chômage à la base des rébellions qui éclatent ailleurs et qui découlent de la crise économique capitaliste mondiale.

 

Il ne fait pas de doute que la lutte pour la liberté politique et la justice économique qui balaie actuellement le monde arabe a également trouvé son écho en Libye. On, ne peut douter que le mécontentement suscité par le régime de Kadhafi motive une section signification de la population.

 Toutefois, il est important que les progressistes sachent qu’un grand nombre des personnages dont l’Occident fait la promotion en tant que dirigeants de l’opposition sont à long terme des agents de l’impérialisme. Le 22 février, la BBC a montré des séquences où l’on voit à Benghazi des foules qui arrachent le drapeau vert de la république pour le remplacer par celui du monarque renversé ( en 1969, NdT ), le roi Idris – qui avait été une marionnette de l’impérialisme américain et britannique.

 Les médias occidentaux appuient une bonne partie de leurs reportages sur des faits supposés, fournis par le groupe d’exilés du Front national pour la sauvegarde de la Libye, formé et financé par la CIA américaine. Cherchez sur Google en introduisant le nom du front plus CIA et vous découvrirez des centaines de références.

 Dans un édito du 23 février, The Wall Street Journal écrivait ceci : “ Les États-Unis et l’Europe devraient aider les Libyens à renverser le régime de Kadhafi. ” On n’y dit mot des chambres de commission ou des corridors de Washington sur une intervention destinée à aider le peuple du Koweït, de l’Arabie saoudite ou du Bahreïn à renverser leurs dirigeants dictatoriaux. Même avec tout le semblant d’intérêt accordé aux luttes de masse secouant la région actuellement, la chose serait impensable. Quant à l’Égypte et à la Tunisie, les impérialistes tirent sur toutes les ficelles possibles pour retirer les masses des rues.

 Il n’a pas été question d’intervention américaine pour aider le peuple palestinien de Gaza quand des milliers de personnes ont perdu la vie suite au blocus, aux bombardements et à l’invasion par Israël. Ce fut exactement le contraire : les États-Unis sont intervenus afin d’empêcher la condamnation de l’État sioniste occupant.

Il n’est pas difficile de voir où résident les intérêts de l’impérialisme, en Libye. Le 22 février, Bloomberg.com disait, à ce propos, que, tout en étant le troisième pays producteur de pétrole de l’Afrique, la Libye est en même temps le pays qui possède les plus importantes réserves – prouvées – du continent, avec 44,3 milliards de barils. C’est un pays à la population relativement peu nombreuse mais qui doté d’un important potentiel de production de bénéfices pour les compagnies pétrolières géantes. Voilà comment les grosses fortunes voient la Libye et c’est ce qui sous-tend les préoccupations qu’elles expriment quand aux droits démocratiques du peuple libyen.

 Obtenir des concessions de Kadhafi ne suffit pas, pour les barons impérialistes du pétrole. Ils veulent un gouvernement dont ils peuvent disposer directement, le cadenasser, le tenir en dépôt et le mettre en fût. Ils n’ont jamais pardonné à Kadhafi d’avoir renversé la monarchie et nationalisé le pétrole. Dans sa rubrique “ Réflexions ”, Fidel Castro, de Cuba, met en exergue la soif de pétrole de l’impérialisme et met en garde contre le fait que les États-Unis posent actuellement les bases d’une intervention militaire en Libye.

 Aux États-Unis, certaines forces tentent de lancer au niveau de la rue une campagne de promotion en faveur d’une telle intervention américaine. Nous devrions nous y opposer carrément et rappeler à toutes les personnes bien intentionnées les millions de morts et de personnes déplacées provoquées par l’intervention américaine en Irak et en Afghanistan.

 

 Les progressistes éprouvent de la sympathie pour ce qu’ils considèrent comme Libye.jpg un mouvement populaire en Libye. Nous pouvons aider un tel mouvement en soutenant ses revendications légitimes tout en rejetant toute intervention impérialiste, quelle que soit la forme qu’elle puisse revêtir. C’est au peuple libyen qu’il revient de décider de son avenir.

 

 Traduit de l'anglais par Jean-Marie Flémal pour Investig'Action

Source : www.michelcollon.info

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