Lakhdar suite...

Ouais c’est sûr que Lakhdar y a que de ça qu’il veut bien causer avec ses potes du foyer maintenant qu’ils sont tous
crounis rassis tordus les uns comme les autres et que le bâtiment du départ il est ruiné pourri mais c’est chez eux !… Leur foyer celui du Fort de la Briche ils l’ont monté en transit
avec leurs mots qu’on n’comprend pas et ils y sont restés… Ils se sont retrouvés tassés empilés poussés ceux du bidonville les hommes… qu’ils vont raser la moitié des baraques et qu’ça
va être le bonheur !… Là‑d’dans y a l’eau la cuisine les gourbis avec des lits et des armoires et la télé dans la pièce pour manger !
C’était y a 50 piges de ça mais Lakhdar il a pas oublié l’affaire du déménagement bric et broc dans la drôle de bâtisse dessous les lignes à haute tension qui craquent couinent autant que les pattes des rats sur les tôles des baraques… Cri ! Cri ! Cri !… D’abord il a trouvé ça drôle qu’on les mélange eux les gars d’Afrique du Nord qu’étaient presque des Blancs en fait avec des vrais Africains du Sud des Blacks qu’avaient reconstitué les tribus des villages du Mali du Sénégal et même son poteau Ousmane qu’était venu de la Casamance comme Fatou !…
D’abord c’est vrai ouais ça a failli faire vilain et pis chacun il a trouvé son recoin et y s’est pas passé deux mois avant qu’y ait la bonne entente entre eux et qu’ils se retrouvent au turbin sur les chantiers des cités qu’ils ont construites avec leurs paluches que la poussière du ciment elle a bien bectées… Toute la bande des habitants de Romain Rolland… Lakhdar et Mahieddine les Algériens… Ousmane et Arouna les Sénégalais… Youssou et Omar les Maliens… C’est dans le foyer que ceux comme Lakhdar les célibataires et les Africains qu’ont laissé les femmes et les p’tits au village d’origine ils vont devenir des vieux ouvriers au bord du fleuve du pays d’ici…
Ce jour‑là… Ces temps‑là… Ce lieu‑là…
C’est entre les murs qui puent l’humide et la mousse verte en bas avec les écailles qui font comme la peau des gros lézards… entre les murs du vieux foyer nu au bord du fleuve que les gars qui débarquent ces années‑là ils vont venir chercher le refuge à leur tour et que Lakhdar il les entend à nouveau les mots comme un refrain qui remonte des rives avec les silhouettes dressées sculptées taillées à l’intérieur du corps des araucarias debout…
Droit d’a‑si‑le…
Ecoute… écoute…
Droit d’asile… un cordon de laine fragile tressé à dix centimètres de hauteur qui les retient dans leurs robe rouges sur le seuil arrêtées… Fatou elle se souvient des cris des hurlements des deux côtés de l’entrée de la cour mais elle a rien su des cérémonies parc’que les épaules et le dos large aux marques violettes de M’man Aïssatou l’ont protégée des rituels des femmes. Le village de Boulom c’est le seul à avoir une école ce jour‑là… de ce temps‑là… juste au bord de la forêt des manguiers avec les animaux sauvages des léopards et aussi des serpents à la peau comme une tôle luisante verte et grise qui nichent tout près et quand sa M’man elle l’emmène par la main elle sait qu’elle n’est pas une fille comme les autres…
Ce jour‑là Aïssatou marche avec la lenteur et le rythme rouge de l’Afrique à l’intérieur de la peau des gros reptiles dont les chasseurs blancs ouvrent le ventre à la machette. Leur chair mêlée à de petits piments écrasée est agréable sur la langue…
Fatou et Suah marchent de leur pas lent d’Africaines le long de la rue qui monte de l’autre côté du fleuve qu’il a fallu traverser… le fleuve aujourd’hui il a son écaille brune boueuse qui s’agite tressaille… l’écaille du seigneur crocodile à la fin de l’hivernage qui attend sa proie à la fleur des eaux rouges du fleuve Casamance… Après les heures de démarches entre les pattes de la banlieue araignée Fatou et sa copine Suah ont enfin trouvé l’adresse du docteur Nam qui habite à l’intérieur de la ville bien plus grande que Ziguinchor tout en haut de la rue qui monte et qui tourne…
Fatou elle a noté l’adresse sur un p’tit bout de papier bouchonné au fond d’la poche qu’il ne faut pas perdre… Le quartier où il se trouve le cabinet du docteur Nam il est tout clignotant de boutiques et surtout y a des quantités de grandes vitrines où se grimpent les uns dessus les autres des livres aux images extraordinaires que Fatou elle veut s’arrêter pour regarder à chacun de leur pas… La librairie de Ziguinchor à côté elle est si tellement minuscule ! La librairie c’est le lieu la petite remise qu’est devenue après la maison de sa M’man à l’intérieur de la cour des femmes le refuge de Fatou…
C’est là qu’elle a rencontré Suah ce jour‑là… de ce temps‑là… et aussi les femmes d’une des villes de la banlieue où le
vieux Lakhdar il habite encore un peu… Les femmes elles sont allées voir Aïssatou et elles ont palabré des heures dedans la cour avec les p’tits qui jouaient autour les chevreaux et les
poulets aussi… Elles ont parlé d’une association pour celles qui ont vécu le rituel de la salindé… Y a un docteur ici en France… de l’autre côté du fleuve…
A suivre...

à l’intérieur d’un gros frigo qu’ils on maginé de planquer
dessous les tôles et les bidons d’une vieille remise au bout du jardin avec les plans d’herbe à rêves qu’est contre la clôture des bambous aux touffes de crin bleu direction les marais que les
sternes ils surveillent en braillant leur chant d’amour… Craou ! Craou ! Craou !… alors ils auront de quoi passer un bon hiver peinards avec du bois pour le
poêle et de quoi faire la teuf…



s qui rendent chaque pas plus fou et plus
inquiétant… Après tant de pas dans la ville et ses faubourgs elles sont allongées toutes les deux sur le lit bas de la chambre qu’elles partageaient au foyer des femmes célibataires
d’une banlieue pleine de gens comme elles… pleine de gens venus d’Afrique… A l’intérieur du foyer y a des femmes vêtues du boubou traditionnel comme sa M’man qui partent le matin très tôt
aux entreprises de nettoyage ou la nuit… des jeunes avec un ou deux p’tits qui cherchent à se faire embaucher dans les boutiques de fringues ou chez les coiffeurs et les maquilleurs
Afros… des filles pas plus vieilles qu’elle et sa copine Suah qui font la prostitution pour les gars des foyers elles se paient des coiffures pas croyables des nattes épaisses avec des
mèches de couleurs ocre rouquines et safran… des mini jupes en cuir rouge des collants résille violets et des bottes cuissardes argentées…
ont blanches comme les
pagnes de la circoncision…

nt leurs
teintures bigarrées devant les kilomètres d’épices et de condiments débordent les nattes que les caisses et les récipients de terre envahissent contre les sacs fendus en larges déchirures dont
toutes les sortes de riz de mil de sorgho de maïs luisent milieu de la poussière…
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