“Je t'ai trouvé ta voix suffit le monde s'ouvre
nous arracherons l'homme à son ombre ensemble
nous fermons ses plaies”.
J.Sénac Terre possible Notes
La petite chaise de paille

Pourquoi
La petite chaise de paille jaune sur la tomette rouge
A-t-elle l'allure abandonnée
Du coin où poussaient les groseilliers ?
Il faudrait refaire le voyage
Remonter dans la barque bleue
Museler les nénuphars gloutons
Ramer à l'envers de l'eau
Nous frayer un passage entre les maisons des saules
Où habitent les sorcières
Dans un refuge d'argile et de tourbe
Casser le temps du Ghetto et des incendies
Le temps des pavés en pleine figure
Mais
Il pousse de l'herbe drue sur ton sexe
Pudique un vieil eucalyptus que je connais
Te couvre d'étoiles ébouriffées comme des brins de laine
Les gardiens du muséum n'imaginent pas que tu es là
Tendre et lascive tu es un hibou dormant le jour
Son corset d'aube café-crème lacé sur sa poitrine
Derrière moi j'entends leurs imprécations d'esclaves laborieux
" C'est un oiseau de malheur ! "
L'arbre aux sorcières s'entrebâille un instant
Pour donner la parole aux monstres
Les petites fées rouges arrachent l'écorce
Et les lambeaux de cris de guerre s'écoulent
De sous la mousse vorace
" Qu'on leur cloue le bec ! "
Ils entrent en bande dans les Blocks
Pour voler la paille des chaises
Y'a plus rien pour s'asseoir
Ni ici ni ailleurs
Nous marchons d'un bout à l'autre de la douceur bleu-marine
Des rues
Au coin d'un porche masqué dans l'enduit frais
Un type guette ton pas de louve
Le voleur d'oiseaux passe à quelques mètres de lui
Dommage ! Ils ne vont pas dans la même direction
Des squelettes d'éléphants blancs comme des clairs de lune
Surveillent jalousement tes petits seins sous ton tee-shirt
Grains de groseille
Squelettes blafards Vigiles du jardin
Mes grands oiseaux de nuit
Les lattes du vieux plancher ne craquent pas lorsque tu danses
Entre les lèvres de la petite joueuse de flûte
"C'est une regrettable erreur…"
Ricane le vent des fous à l'entrée des artistes
Le muséum est un endroit où on empaille des sexes vivants
Au coin d'un porche un type guette ton pas de louve
Je songe
A ta jupe tirée sur tes genoux
A tes cahiers d'écolière
A la mousse des ruisseaux et aux godasses des militaires
Aux baquets où trempent les bas des filles
A la buée rousse du hammam
A la petite chaise de paille jaune en plein désert
Sous un soleil de souffre
Qui ne lui arrive pas à la cheville
Fermeture éclaire
Ton jean ouvert pour les mésanges
Nos messagères éblouissantes
Vite ! Avant qu'il ne dégaine
J'ai fabriqué une fronde avec un porte-jarretelles
Mes poches sont bourrées de cailloux De boulons De billes d'agate
Dans les casernes les enfants-citrons
Lèchent la verge des mitraillettes
Pendant que l'œuf d'or du monde roule au fond du terrier du renard
Dedans il y avait le Requiem de Mozart
La petite chaise de paille jaune sur les tomettes rouges
Le ventre de la louve recousu
Après l'intervention des vigiles dans le jardin
Les groseilliers
Un poète assassiné dans un bassin de nénuphars
Et le soleil de souffre
Qui ne s'est pas pointé à son enterrement
Le coupeur de doigts est passé à quelques mètres
Du champ de lotus pourpres
Où il s'est arrêté pour pisser
C'est un spécimen de toute beauté
Mais…
Dommage!… On n'empaille pas en ce moment
A suivre...

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