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Saïd et Diana

Said-et-Diana-2.jpg

Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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P'tits poèmes diabolique

Dimanche 23 mai 2010 7 23 /05 /Mai /2010 00:59

 

“Je t'ai trouvé ta voix suffit le monde s'ouvre

nous arracherons l'homme à son ombre ensemble      

nous fermons ses plaies”.

J.Sénac Terre possible Notes

 

La petite chaise de paille

Chameau-de-chat.jpg

 

                       

Pourquoi

La petite chaise de paille jaune sur la tomette rouge

A-t-elle l'allure abandonnée

Du coin où poussaient les groseilliers ?

 

Il faudrait refaire le voyage

Remonter dans la barque bleue

Museler les nénuphars gloutons

Ramer à l'envers de l'eau

Nous frayer un passage entre les maisons des saules

Où habitent les sorcières                     

Dans un refuge d'argile et de tourbe

Casser le temps du Ghetto et des incendies

Le temps des pavés en pleine figure

 

Mais

Il pousse de l'herbe drue sur ton sexe

Pudique un vieil eucalyptus que je connais

Te couvre d'étoiles ébouriffées comme des brins de laine

Les gardiens du muséum n'imaginent pas que tu es là

Tendre et lascive tu es un hibou dormant le jour

Son corset d'aube café-crème lacé sur sa poitrine

Derrière moi j'entends leurs imprécations d'esclaves laborieux

" C'est un oiseau de malheur ! "

L'arbre aux sorcières s'entrebâille un instant

Pour donner la parole aux monstres

Les petites fées rouges arrachent l'écorce

Et les lambeaux de cris de guerre s'écoulent

De sous la mousse vorace

" Qu'on  leur cloue le bec ! "

Ils entrent en bande dans les Blocks

Pour voler la paille des chaises

Y'a plus rien pour s'asseoir

Ni ici ni ailleurs

Nous marchons d'un bout à l'autre de la douceur bleu-marine

Des rues

Au coin d'un porche masqué dans l'enduit frais

Un type guette ton pas de louve

Le voleur d'oiseaux passe à quelques mètres de lui

Dommage ! Ils ne vont pas dans la même direction

 

Des squelettes d'éléphants blancs comme des clairs de lune

Surveillent jalousement tes petits seins sous ton tee-shirt

Grains de groseille

Squelettes blafards Vigiles du jardin

Mes grands oiseaux de nuit

Les lattes du vieux plancher ne craquent pas lorsque tu danses

Entre les lèvres de la petite joueuse de flûte

"C'est une regrettable erreur…"

Ricane le vent des fous à l'entrée des artistes

Le muséum est un endroit où on empaille des sexes vivants

Au coin d'un porche un type guette ton pas de louve

 

Je songe

A ta jupe tirée sur tes genoux

A tes cahiers d'écolière

A la mousse des ruisseaux et aux godasses des militaires

Aux baquets où trempent les bas des filles

A la buée rousse du hammam

A la petite chaise de paille jaune en plein désert

Sous un soleil de souffre

Qui ne lui arrive pas à la cheville

Fermeture éclaire

Ton jean ouvert pour les mésanges

Nos messagères éblouissantes

Vite ! Avant qu'il ne dégaine

J'ai fabriqué une fronde avec un porte-jarretelles

Mes poches sont bourrées de cailloux De boulons De billes d'agate

Dans les casernes les enfants-citrons

Lèchent la verge des mitraillettes

Pendant que l'œuf d'or du monde roule au fond du terrier du renard

Dedans il y avait le Requiem de Mozart

La petite chaise de paille jaune sur les tomettes rouges

Le ventre de la louve recousu

Après l'intervention des vigiles dans le jardin

Les groseilliers

Un poète assassiné dans un bassin de nénuphars

Et le soleil de souffre

Qui ne s'est pas pointé à son enterrement

Le coupeur de doigts est passé à quelques mètres

Du champ de lotus pourpres

Où il s'est arrêté pour pisser

C'est un spécimen de toute beautéLa-route-de-l-ete.jpg

Mais…

Dommage!… On n'empaille pas en ce moment

A suivre...

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Lundi 10 mai 2010 1 10 /05 /Mai /2010 20:13

A  bout de souffre

 Mecanique-du-reve-2.jpg

Mais

Qu'est-ce qu'il y a sous les dessous de la vie ?

Inassouvie la vie nous tire

A la courte paille

Elle Jarretelle Eclaircie

Qui pose son sommeil de femme-chat

Sous les ponts

D'un fauteuil complice à l'autre saute

Bondit d'un petit bond doux Ravie la vie

Elle Jarretelle Jongle et rit

Sa forêt rouge

Puisque nous sommes entre-chats

Je peux bien le dire

A le goût de noisette

Le bout de son nez qui bouge

La trahit

Elle entre-temps

Sous les ponts sourit à l'eau qui l'enlace

Elle ment à ses amants

Jarretelle Poudrerie

Entre-deux bâillements Grandit grandit

Les empaille et s'en fout

Rien qu'un petit courant-d'erre

Dans le baquet des lavandières

Bleue la lumière

A genoux pour deux sous la vie

Dans les lavandes d'hier

Mais C'est déjà fini ?

Elle En bout de paille A bout de course

Jouit de nous

Bulle réglisse s'épanouit

Elle Nue glisse en dessous de nos cils

Elle Nous saoule d'arcs-en-ciel

Qu'est-ce qu'il y a sous la vie ?

Elle Jarretelle Charbonnière Nuit Mecanique-du-reve-detail.jpg

Un petit trou sous les ponts

Pas méchant

Triangle de mousse Nous pousse Mésanges

A sauter du lit

Ses iris de chat nous mangent

Mais les anges asservis

Savent depuis longtemps 

Puisque nous sommes entre-chats

Je peux bien le dire

Qu'y a rien sous la vie

Rien qu'elle Mare-d'elle

Jarretelle Insomnie

Ciel ! Se tirer d'aile

Mais comment se passer de ses mains d'eau douce

Et de ses bracelets changeants ?         

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Lundi 3 mai 2010 1 03 /05 /Mai /2010 20:18
Jessica

  Rivage.jpg

 

Une fille sur le trottoir en bas

Une fille chaque jour je la vois

Une fille belle telle une citadelle

Prise d'assaut par des bagnoles en troupeaux

Qui frôlent ses reins et matent ses seins

Sa chevelure de feuilles comme un manteau

Couvert de flocons de lune les étreint

Une fille aux poignets striés d'étincelles

Aux cuisses fuseaux cinglant de cuir rouge

Que surveillent mes archers du haut de mes tours

Une fille amazone montant haut et court

De petites juments folles la nuit venue

 

Vincennes Nation Tiens son nombril s'émeraude

Elle hypnose des types au volant qui rodent

Une fille sur le trottoir qui fait

Les cent pas lorsque je sors acheter le lait

Une fille guerrière comme moi

Tiens chaque nuit une bagnole sur le toit

Les types de la brigade tombent des nues

Autour d'eux sifflent les flèches des Iroquois

 

Vincennes Nation les flics et les macs

Cela fait des mois que dure la traque

Les corps qu'ils ramassent sont châtrés haut et court

On dit que les Iroquois volent leurs godasses

On dit qu'une fille belle comme la lune

Et le soleil fondus en un sceau amoureux

Se transforme en louve après chaque passe

Lorsque gicle sur elle leur ruisseau de lait

 

Une fille sur le trottoir Nation

Vincennes Ils ne la captureront jamais

Une fille Entre leurs pattes rien qu'un manteau

De feuilles de cuir rouge et de flocons

Se transformant en pierres de lune aussitôt

Tiens une fille nue qui leur crève la vue

Mais il n'y a par terre que des bouts de verre

Et un sac d'émeraudes pièce à conviction.

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Mardi 20 avril 2010 2 20 /04 /Avr /2010 20:19

Black naissance Au pays Yorouba

Soudain comme un poids trop lourd à porter Dune

Trop lourd à porter pour la terre le sable

Le sable s’est couché sur moi Le sable

S’est couché Désormais je suis la dune

La dune qui marche Dune à la peau

De femme black Peau de lune brûlée

La dune noire au sexe éblouissant

Mon sang nourrit des troncs de torche flambant

Désormais dune je marche sur le dos

Du jet puissant dans le feu de leurs branches

Le sable couché comme un silex frottant

Dune ma peau d’onyx Dune mes hanches

Fait monter des forêts aux fûts ardents

Dune brûlée ma peau de femme black Dune

De leurs veines naît un alambic bouillant

Je marche sur les rives du temps d’eau vive

Jaillissant de mon sexe l’élixir noir

Grandes cataractes de cendres ivoire

Diamant humus où pousse à travers le sable

Sable couché sur moi l’incendie véritable

Terre trop lourde à porter je suis la dune

Dune dune black aux lourds seins gémissants

Des lignes affûtées entre ciel et terre

Les milliers d’arbres neufs renaissant la lumière.

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Lundi 5 avril 2010 1 05 /04 /Avr /2010 17:20

A toi Saïd à tous les tiens mes pensées mon âme mon désarroi

A Diana

 

A Saïd Bourarach

J’aime mieux être un chien

Epinay, dimanche, 4 avril 2010

said1.png  

La chienne de Saïd

Repêchée après la noyade de son maître

Est restée longtemps assise près du Canal de l’Ourq

 

C’est une histoire qui s’écrit au pays d’ici

Le pays de quoi le pays de qui

On ne sait pas on en sait rien

C’est une affaire qui n’a pas fait la Une

des journaux ni des radios

comme un banal fait divers de banlieue

Ça se passe à Batkor à Pantin ou à Bobigny

C’était quel jour déjà ?

Le 30 ou le 31 mars qui le sait on sait pas

Saïd était vigile

Il faisait la fermeture du magasin avec Diana

Diana c’est sa chienne

Saïd c’est un Marocain et son frangin Abdelkader

Dit que c’était un gars sympath gentil et doux

Mais Saïd c’est un Arabe au pays d’ici

Ça ne vous dit rien ?

Etre Arabe ou Black au pays d’ici

Le pays de quoi le pays de qui

Saïd est mort noyé un peu après la fermeture

dans le canal de l’Ourcq

On a retrouvé son corps longtemps après

Personne n’a donné l’alerte personne n’a rien dit

Au pays de quoi au pays de qui

Comme par hasard les caméras de surveillance

n’ont pas pu filmer la scène

car elles n’étaient pas branchées

C’est drôle ce qu’on peut faire dire à des journaux

Qui n’sont rien que du papier

Comme celui avec lequel on affiche les condamnations

Rouges à mort

Saïd a été battu il paraît à cause de sont corps

Qui porte des ecchymoses pas significatives

C’est drôle ce qu’on peut faire dire à un article

Qui n’est rien qu’un tas de mots

Comme ceux avec lesquels on accuse jamais les plus forts

Comme ceux par lesquels on défend des assassins

Au pays de quoi au pays de qui

Mardi soir entre 19 h 05 et 19 h 15

Un type est descendu de sa bagnole sur le parking

C’est un blond d’environ 25 ans

Il veut acheter un pinceau et un pot de peinture

Mais c’est l’heure de la fermeture

Saïd refuse qu’il entre dans le magasin

Saïd est vigile avec Diana sa chienne

à Pantin au pays d’ici

Ils sont revenus à plusieurs

Ses cousins son frère avec un cric ou avec leurs mains

Ils sont six une vraie histoire de famille

Saïd est seul avec Diana sur le parking

Ils ont jeté une grosse pierre sur la chienne

Qui ne comprend rien à ces affaires d’humains

Qui ne pige rien à ces odeurs de haine

Au pays de quoi au pays de qui

Ils ont poursuivi Saïd jusqu’au canal

Sur le chemin de hallage à six c’est le carnage !

Saïd et Diana et nous on était où ?

Saïd s’est noyé et Diana n’a rien pu

Plusieurs heures après les flics sont venus

Sur la rive y a son pull‑over et une bombe lacrymo

Ils ont repéché la chienne dans le canal

dans le canal sans que l’on sache comment elle est arrivée là…

“ Les circonstances dans lesquelles Saïd s’est retrouvé

dans le canal de l’Ourcq sont totalement inconnues ”

a expliqué la procureure

C’est fou ce qu’on peut faire dire à des gens

Qui ne sont rien que des pantins de papier

Au pays de quoi au pays de qui

Le principal suspect a avoué à la police avoir…

mais dément formellement jusqu’ici l’avoir…

Saïd était venu à Paris chercher du boulot

Avec Diana gagner un peu de pognon pour survivre

Les quatre agresseurs ont été retrouvés par la police

en raison de l’abandon de l’un de leurs véhicules

contenant un passeport

Ils étaient tous les quatre connus de la police

pour des faits de violence mineurs

et l’usage de stupéfiants

On ne sait pas pourquoi mais on se doute

qu’ils ne seront pas trop inquiétés

Dans le pays de quoi le pays de qui

Quand on est blanc pas de soucis

La Justice et les médias alignés

ont présenté la version la plus éducolrée possible

d’une sombre bagarre de banlieue

“ aucun élément de nature à donner

à ces faits une connotation raciste ou religieuse ”

Saïd était un Marocain un Musulman

Le passeport retrouvé dans l’auto est israélien

Le grand rabbin de France

a adressé vendredi ses condoléances

à la famille de la victime

Deux des agresseurs sont repartis tranquilles

Massacrer d’autres gens un autre jour dans une autre ville

Au pays de quoi au pays de qui

Saïd avait un petit garçon de 3 piges

Il avait une femme et aussi des amis

Des frères des sœurs il avait toute la terre

Qui ne veut pas sombrer dans la folie

Il avait Diana qui n’a rien compris

A cette affaire d’humains et à ce soir maudit

Le parquet a indiqué que

l’intention homicide n’était pas retenue

C’est fou ce qu’on peut faire dire à un parquet

Qui n’est rien qu’un tas de bois mort et pourri

Au pays de quoi au pays d’ici

Saïd est mort dans le canal à 36 ans

La bombe lacrymogène ne lui appartenait pas

Il est mort apparemment de noyade…

Et tous les torchons respectent l’omerta

C’est fou ce qu’on peut faire dans un pays

Qui n’a plus ni dignité ni courage ni grandeur

Et qui laisse des assassins

Faire la loi semer la peur

Au pays de quoi au pays de qui

Au pays de nous au pays d’ici

 

Salam Saïd repose en paix

et que ceux qui t’ont tué n’aient plus jamais

la paix ni ici bas ni là haut ni ailleurs

que leur vie soit un enfer de braises et de cendres

  said-bourarach-7607b.jpg

Et moi je hurle j’appelle j’exige

Qu’on m’enlève ma peau blanche

ma peau d’homme

J’aime mieux être un chien Diana

J’aime mieux être comme toi Diana

Que de ressembler à cette espèce‑là

Que de ressembler à cette espèce‑là

 

La chienne de Saïd

Repêchée après la noyade de son maître

Est restée longtemps assise près du Canal de l’Ourq.

 

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