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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Vendredi 12 septembre 2008 5 12 /09 /Sep /2008 11:39

                           Petites chroniques
                       Ma chienne de banlieue…

Jeudi, 11 septembre 2008    Aujourd’hui ils ont massacré les arbres…

      Ouaouf ! ouaouf !… je voulais vous dire… comme vous savez écrire c’est rien c’est aboyer qu’il faut… alors cet été je n’ai fait qu’aboyer…
      Je voulais vous dire… vous dire qu’il y a eu l’été lourd épais sur l’épaule comme un sac de mauvais grains… il y a eu ce mois d’août terrible moi qui aime la chaleur et les glaïeuls… rouges les glaïeuls…
      Vous dire qu’il y a eu ce mois d’août et la mort qui rôdait et je ne le savais pas… mais la mort des poètes princes des hérissons qu’est-ce que ça fait ?
      Vous dire… Mahmoud est mort ça vous le savez et en ce début de septembre ça fait un an pour Ali… y’a rien que j’aime moins que les commémorations et voilà que je commémore les morts c’est un signe que les temps sont ceux des cordes de pendus et des gibets où se balancent nos pantins d’enfance… Pas de merguez partie cet été à côté de la boucherie musulmane les jeunes sont restés terrés chez eux ou bien ils ont fait des parties d’autre chose et on a pas été conviés au banquet probable…
      Sur la cité le vent n’a pas arrêté de souffler et le feu s’est allumé bien souvent… la nuit citadelle de vagues bleu ultramarin qui s’enroulent autour des blocks et éclatent en gerbes d’avions argentés au-dessus un par minute pas moins… la nuit des étés d’acier sur la cité je ne dors pas avant que ça soit Ramadan je ne dors pas…
      L’ami Louis au museau de jeune fennec du désert est un des habitants audacieux de cette tanière d’orages depuis dix piges et son quatrième étage avec sa bulle plexiglas au-dessus de l’escalier qui donne sur un toit terrasse où on ne va pas c’est bouclé creuse sa galerie au milieu du terreau d’étoiles… Louis dort bordé par les draps de sable qui le séparent des bruits en bas l’été la nuit dans les rues les parkings les escaliers de la cité personne n’a sommeil et cette année c’est un grand vacarme qui nous remplit les esgourdes…
      Mais Louis ne se réveille en sursaut que lorsqu’un effarant troupeau de hérissons à l’odeur de gas-oil entre par la fenêtre en glissant tellement léger qu’on entend rien sauf qu’ils grignotent au pied du lit un paquet de gaufrettes café tombées par terre déjà très entamé c’est la ruée la baston et leurs piquants luisants dans le clignement au phosphore des réverbères on ne le voit pas non plus vu qu’on est obsédés par l’odeur gluante du gas-oil… moites de sommeil on se croit sur un quai à l’embarquement des navires et on se frotte les yeux et le nez façon des loupiots qui émergent du black-out…
      C’est drôle… y a pas eu un été comme celui-là depuis quatre années que je zone du côté de notre cité… jamais je n’l’ai sentie aussi tendue l’atmosphère avec des nerfs prêts à appuyer sur la gâchette de la chasse aux lapins des villes et les gens qui ne la ramènent pas qui regardent en dessous et qui attendent…
      Quand on vit depuis longtemps dans la zone c’est des trucs qu’on sent cette sorte de câble invisible qui nous retient et s’il se rompt c’est toute la violence des milliers d’heures de semaines de mois d’années d’imposture avalée engloutie avec silence par-dessus depuis qu’on a été parqués dans les réserves pour “ personnes sauvages ” ces ghettos attribués aux “ Indiens” déjà comme ça qu’on nous appelait quand on vivait dans nos villages autogérés des sixties… qui va couler sur la ville son fleuve de boue rouge sang et qui va digérer ce qu’y aura sur son passage…
      Ouais… je voudrais vous dire… vous prévenir… que vous soyez au parfum avant que l’incendie le massif le grandiose artifice aux farandoles d’épis de fer bleu turquoise s’en prenne à tout ce qui dans les faubourgs peut cramer… Ouaouf ! ouaouf !… c’est une chienne de banlieue qui a pas pour habitude de hurler avec les loups qui vous l’assure… C’est un moment qu’on peut encore faire marche arrière… redonner un sens à la vie des gens le goût de l’avenir à ceux qui sont là depuis que leurs vieux ont débarqué du bateau à Marseille et qui ne voient pour les p’tits que la zermi ou la haine pure et coupante comme le rasoir sur la gorge…

      Ouaouf ! ouaouf !
      C’était une nuit d’août turbulente… une nuit de pleine lune d’août et y avait eu comme d’habitude en face du bistrot turc qui s’est ouvert des gars qui buvaient le thé causaient haut jouaient aux cartes sur des tables improvisées cartons et un peu plus loin le groupe des Blacks tout pareil avec la zic à fond portières des autos ouvertes… On s’était endormis sans doute malgré l’ambiance stridente des voix qui montaient jusqu’à notre embarcation amarrée là derrière ses fenêtres grandes ouvertes aux voilures qui claquaient ses haubans qui carillonnaient un désir salé écrabouillés par la chaleur la peau couverte de rosée…
      J’n’ai pas souvenir d’avoir sombré et pourtant… c’est l’odeur de gas-oil et le troupeau des hérissons lacté qui m’a fait bondir assise comme Louis tous les deux renfrognés ahuris étonnés… c’était une odeur épaisse grasse qui grattait la gorge une qu’on avait pas coutume de renifler dans la cité la nuit les odeurs ça n’manque pas… Les poubelles le cramé les clopes la bouffe sucrée salée épicée les chats les chiens les rats la pluie et des tas d’autres bien pires encore !
      Louis qui ne s’inquiète jamais pas la peine ici c’est le cirque toute l’année et nous on en fait partie alors… il est quand même allé voir à la fenêtre mais en bas c’était tranquille calme presque… à la porte aussi des fois que ça soit dans l’escalier mais non… Ce qu’ils faisaient encore les frangins ? Ce qu’ils nous préparaient comme surprise amusement nouveau qui les sortirait juste le temps d’un délire d’été de cette marmite où ils mijotaient eux qui avaient été un jour les fils du soleil… Siphonnaient la réserve de la chaudière en vue d’une recette de cocktails molotov inédite ? Ou bien c’était pour mélanger à la bière et se faire une détonation intérieure du tonnerre et cracher des pépites météores incandescents ?…
      Les avions passaient très bas comme pour un bombardement et les murailles de nos blocks tressaillaient toutes les minutes pas moins… il était quatre heures du mat le silence en bas ça nous faisait bizarre pareil que celui de l’océan à Saint-Malo la veille de la marée des hautes eaux qui se fracassaient contre les brise lames dans un vacarme d’armures froissées et d’étincelles mouillées… eh bien la veille l’océan il ressemblait à un immense géant lac vert onyx qu’on l’avais jamais vu de la sorte poussif et immobile… nous là c’était bien comme ça…
      Le troupeau de hérissons il a dû se décider à se tirer en remportant l’odeur avec lui vu que d’un coup elle a disparu presque et qu’on s’est rendormis blottis l’un contre l’autre au milieu des draps salés de lune jusqu’à ce qu’une explosion tout près sur le parking un boum ! très honnête de puissance nous sorte brutal de nos rêves déjà prêts à appareiller pour Aden au moins…
      Que je vous décrive ce que c’est comme genre de boum ! à vous qui ne vivez pas dans une cité de banlieue et qui avez pas l’habitude de tous les bruits des géantes forteresses acier béton et plastique mélangé… vous qui dormez des nuits entières dans le silence ouateux d’une presque mort et qui ignorez tout du plaisir piquant des troupeaux de hérissons… Ce boum-là c’est pas comme un pétard de 14 juillet même pas un gros ou les pétarades des fêtes foraines et des feux d’artifices… non… c’est une sorte de forte explosion de l’intérieur façon d’un volcan qui d’un coup envoie la purée plein ciel de sa lave orangée…
      Ouais c’est ça… on dirait que c’est les intestins de la terre qui lui remontent dans la gorge et broum ! vroum ! ce feu qui couve en dedans qui macère au centre d’un four énorme à céramique quand on ouvre les bouteilles de gaz à donf et qu’on lance le grand feu… le ronflement des brûleurs et la chaleur qui se dilate vermeille et bleuâtre sur les bords… et soudain ça devient rouge cerise vous savez ? Bon… vous allez dire que j’exagère… y’a rien à voir entre une bagnole qui crame et une cuisson de poteries… alors c’est que vous avez jamais entendu un pot pas assez sec ou qui a un défaut “ une bulle d’air ” ça s’appelle qui pète en plein milieu de la fournaise et qui entraîne avec lui c’qui a autour… broum ! vroum ! badaboum !…
      Dans notre caverne des Cévennes y a… trente piges de ça quand on faisait la cuisson de nos céramiques on attendait en bouquinant somnolait à moitié à cause de la chaleur et c’était pas toujours au même moment que ça explosait… boum ! Alors on écoutait on retenait notre souffle si y en avait qu’une ça allait encore mais deux ou trois ça voulait dire une partie de notre travail d’un mois ou deux qui volait en éclats et dans ces temps de notre pauvreté ordinaire c’était un petit drame vous comprenez ?
      Ouaouf ! ouaouf ! Boum et boum !…    
      On a entendu la petite fille black de l’autre côté de la cloison aussi fine que c’est possible se mettre à pleurer les crépitements légers comme un feu de chaume qui court une autre explosion et le ronflement habituel du camion des pompiers qui manoeuvrait en marche arrière le sifflement de la pompe cri cri cri… et le chuintement de l’eau flaouf flaouf… pendant que l’odeur familière celle-là et rassurante de caoutchouc brûlé qui accompagnait les ordres brefs et les paroles comme un chant nocturne nous renvoyaient sans crainte à nos rêves interrompus…
      Ouais… je voulais vous dire… cette nuit-là c’est celle où Mahmoud s’est tiré de ce monde et j’ai rêvé de Beyrouth au mois d’août 1982 sous les bombes de l’aviation israélienne c’est drôle…    

      Je voulais vous dire… Je sais… voilà plus de trois mois que j’n’ai pas écrit un seul mot dans notre Petite Chronique des cités de banlieue… pas écrit un de mes reportages sur le vif une petite histoire comme il nous en arrive tous les jours et qui font la vie de nos cités et qui feront à force partie du témoignage de notre imaginaire collectif.
      Ouaouf ! ouaouf ! vous savez si vous lisez de temps en temps les radotages de l’écrivaine ordinaire et ses récits au clair de lune que je me suis promis d’aboyer parce que le reste ça n’vaut pas la peine… Eh bien même aboyer ces mois qui viennent de s’écouler je n’ai pas pu… c’était trop c’était tout c’était rien…
      Pas qu’il ne se passe pas des choses dans notre cité d’Orgemont à Epinay oh si ! il s’en passe et cet été n’a pas été de toute légèreté et depuis un an c’est tellement hard la vie pour nous tous qu’y aurait à dire… Mais justement comment moi qui ai choisi de ne pas vous faire entrer dans du drame au quotidien ce qui est le rôle de la presse à papier cul… ouais comment je pourrais vous faire rêver avec des choses… des choses qui font mal souvent et qui sont la cause qu’on en oublie un peu de s’enchanter des ciels bleus pas croyables de la banlieue les nuits où l’été nous fait signe avec son grand cheich indigo et ses petites lumières lucioles des réverbères tout au long du chemin de la rue de Marseille où les chauve-souris se chamaillent dans le généreux banquet aux moucherons ?
      Il faudrait que je vous parle de Cyrano le greffier gris rayures d’authentique gouttière le fils de la petite star sauvageonne à la figure d’une de ces bestioles de la brousse jamais apprivoisée qui crèchent chez le vieux bonhomme du rez-de-chaussée vous savez ?… Le vieux la dernière fois que je l’ai vu sortir sur les marches du block avec ses pantoufles des charentaises pur jus extras et qu’il avait du mal à arquer je me suis dit qu’il rajeunissait pas lerche et qu’est-ce qu’il allait devenir Cyrano le gros paresseux qui guignait de l’œil les pigeons flemmards à deux mètres de son nez retroussé en train de taxer les graines de gazon débiles que les mecs des jardins si on ose dire de Plaine Commune avaient semé pour eux tout juste ?
      Ouais Cyrano il était en sursis et la petite féline chasseuse elle et pourfendeuse des rats des poubelles des heures à l’affût et Hop ! d’un coup de mâchoire sec elle les happait disparaissait direction les sous-sols la queue rose et frétillant encore entre ses pattes fines au poil gris doux comme les nuages du soir juste avant que la lune elle se pointe…
      Ouais… je voulais vous dire…
      Ouaouf ! ouaouf ! mais ce matin c’était trop je n’ai pas pu me taire comme je fais depuis trois mois par lâcheté sans doute face au monde qui devient un fracas bouillonnant où les baladins comme moi perdent les notes de leur rengaine et ne dégainent plus que pour eux‑mêmes sur des bouts de papier qu’on laisse traîner aux tables des cafés dans les wagons des trains de banlieue en bas des escaliers n’importe où… ailleurs… là où ils ne seront lus probables que par les chiens…
      Ouais ce matin ils ont entrepris le massacrage des arbres de la cité nos grands maîtres de la forêt notre toison solaire et nacrée d’ocre rouquin et ses bataillons d’oiseaux voyous farfelus effarés chassés de leur repaire une horreur ! Les grands arbres vous les connaissez bien vous qui lisez les p’tites chroniques Ouaouf ! ouaouf ! en pleine orgie de mots qui font la culbute et dansent sur leurs pattes de clebs des rues et des faubourgs et rebondissent Hop ! Hop !
      Les grands arbres de la forêt qui nous protègent de la folie du désert bitume et parkings blues du béton gris tombe des murailles des blocks ils sont tout notre royaume de bouffons maudits aux bonnets carillonnant leurs grelots et leurs plaintes de coton rouge à vif nous qui vivons là merdre alors !… Nos grands arbres en ce début d’automne notre parure d’or liquide et voyageur saupoudrée parmi leurs costumes de pourpre de jaune paille et ocre… nos gardiens farouches et incendieurs d’aubes absurdes qui se lèvent au milieu des containers plastique vert débordants d’ordures lancinantes…
      Voilà ! c’est tout ce qu’ils ont trouvé à faire pour nous rendre la vie ici un peu plus pourrie un peu plus dure encore dans cet endroit qui est notre ghetto et où on a juste assez d’oxygène de rêves pour pas crever tout à fait… cet endroit qu’on n’appelle pas autrement que la zone et où on a encore le bonheur d’imaginer qu’on crèche dans des arbres à notre quatrième au milieu des piafs… cet endroit qui fait malgré tout malgré eux partie d’une ville où Lacépède et Jean-Jacques Rousseau ont fait venir des espèces d’arbres rares et exotiques style du Jardin d’Essai à Alger comme une vaste forêt aux portes de la citadelle…
      Ouais voilà… à 9 plombes du mat à peine ils sont arrivés avec leurs engins de chantier leurs écrabouilleuses broyeuses cracheuses de sciure de feuilles déchiquetées de branches en rondelles… Et ils ont ratiboisé le saule pleureur et sa volage crinière verte juste avant l’automne et ses flammèches jaune lui ont laissé que le tronc… De ce carnage-là qui n’fera pas causer dan s les gazettes la moitié de ce qu’on lit au sujet d’une auto qui brûle dans une cité moi j’ai pas voulu voir la suite parce que ça me mettait trop la haine partout dans mon corps et de la douleur aussi plein !…
      Alors je suis partie je me suis tirée vu que quand on vit au milieu des dingues qui préfèrent des tas de ferrailles puants et pestilents à des arbres y a rien d’autre à faire que de foutre le camp pour rester encore un peu intact… Ce qu’il en reste des platanes des tilleuls des frênes des acacias des sapins… je sais pas je saurai demain sera bien temps… Mais ce que je voulais vous dire c’est que si un jour je ne retourne pas dans notre chienne de cité c’est qu’ils auront fini leur sale boulot et qu’ils auront massacré dévasté tué définitif tous les arbres…
      Ouais voilà… c’est ce que je voulais vous dire… en gros…
      Ouaouf ! ouaouf !



A suivre...   
 

Publié dans : Journal d'une fille de banlieue
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Mardi 9 septembre 2008 2 09 /09 /Sep /2008 23:28

La petite ouistiti ou la vengeance des singes suite...

      L’œil comme on l’appelait était tout à fait du style de cette bonne sœur qui me regardait bourrée d’indifférence pareille qu’un bâton de dynamite de sa poudre devant mon désespoir de môme pas encore rôdée à la perversité de routine des adultes…

Devant l’œil inquisiteur du Cyclope femelle j’ai sorti de ma musette un paquet de feuillets où j’avais recopié pendant les heures d’étude pour la dixième fois pas moins à force j’arrivais à écrire très vite ce qui est bien utile l’évangile de St Mathieu c’était toujours celui‑là que je me tapais quand j’étais collée je pourrais en dire des bouts par cœur encore aujourd’hui l’aliénation que c’était… parce que j’occupais les cours de religion à dessiner des serpents des rats des chauve-souris des crapauds un bestiaire provocateur en somme…

Une forme de résistance passive que j’avais mise au point après la lecture interdite de Vipère au poing qui avait provoqué la nuit sous l’oreiller à la lampe de poche mes premières insomnies au milieu du dortoir soumis à l’œil violet de la veilleuse et favorisé l’évolution animale dont je vous causais…

Elle a pris le temps de lire les pages une par une je l’observais traquer méthodique et avisée la faute qui faisait se retrousser ses lèvres étroites comme une coupure au rasoir… entourer d’un trait rouge le mot coupable… fouiller chaque ligne chaque page et finalement me tendre le paquer de feuilles en annonçant d’une voix où perçait le mépris et la satisfaction :

- 3 pages…

Mon regard restait vide absent…

- Oui ma mère…

Elle savait moi aussi…

Y avait des filles qui croyaient lui faire la nique en utilisant du carbone pour avoir plusieurs exemplaires mais rien n’échappait à l’œil de cette Carabosse bossue du cœur et son corps frigide avait un tas de vengeances cruelles à sa disposition qui consistaient d’abord à nous priver des rares moments de liberté qui ponctuaient l’année de leur loupiote rouge qu’on guettait de loin…

Avec moi impossible pour elle d’en rajouter je ne quittais le stalag qu’à Noël Pâques et au début de l’été et c’était plutôt souvent que je restais alors qu’elle se tirait je ne sais où… La p’tite ouistiti guettait derrière mon dos et dès qu’elle était plus là le stalag pensionnat était à nous… J’étais à la garde de trois vieilles bonnes sœurs à moitié branques et aveugles chargées de me cuire mes repas que je prenais de manière surréaliste inimaginablement et royalement seule dans le réfectoire où je trouvais à chaque fois pareil mon assiette et mon verre une portion rabougrie saucisse purée un morceau de pain un broc d’eau et un fruit…

Tout ça était posé sur une des tables la plus proche de la porte et je m’asseyais à un bout du banc face à un crucifix de bois noir qui faisait un trou semblable à un éclat de grenade dans le mur en haut au fond et à qui je tirais la langue de plaisir vu que pour une fois je n’avais pas en plus à réciter le bénédicité… à grogner hypocrite merci pour ce repas patati patata…

Une fois fini mon déjeuner ce qui même en flânant beaucoup me prenait dix minutes maxi mais ça n’avait pas d’importance je portais la vaisselle sale à l’arrière-cuisine au bout d’un défilé de couloirs puisque toutes les portes d’accès à la cuisine ouvertes d’ordinaire étaient fermées à clef… N’aurait plus manqué que je puisse rafler des barres de chocolat noir moisi de la confiture de mirabelles guêpées à mort ou des bouts de sucre mitraillés de chiures de mouches !

Je plongeais le tout dans l’eau grasse et sale qui n’attendait plus que moi je frottais un peu un geste machinal la vaisselle on avait l’habitude… aujourd’hui c’était rien y avait que trois assiettes dans le bac trois couverts trois verres… J’expédiais vite fait lavage rinçage essuyage torchon mouillé rangeage sur la pile dans les bacs plastique dans les casiers à verres… vidage retournage du broc… vidage rinçage des bacs et voilà terminé… fermage de la porte ouf ! Dehors ailleurs au creux animal de la petite forêt mes mains mes pieds nus dans la fraîcheur rassurante des feuilles…

 

En attendant L’œil inspectait fouillait les pages de mon cahier de texte vérifier si j’avais assez de quoi m’occuper pour ce dimanche… l’oisiveté ça me menait à dessiner des serpents des rats des animaux infernaux… elle me répétait :

- Vous finirez par vous lasser… elle ne se doutait pas…

En plus des corvées habituelles le programme se composait d’un thème et d’une version latine une explication de texte Victor Hugo un extrait des Misérables la carte de l’agriculture de la Hollande à dessiner et mes 3 pages de St Mathieu à recopier une fois de plus… ça pouvait aller…

- Et tâchez de vous tenir tranquille si vous ne voulez pas être collée à nouveau samedi prochain… recommandation superflue elle avait déjà préparé de quoi me faire suer toute la matinée du samedi cette sorcière…

- Oui ma mère…

- Vous pouvez descendre au réfectoire… dépêchez-vous tâchez de ne pas arriver après le bénédicité…

- Oui ma mère… merci ma mère…

Y a pas une époque où je me souviens avoir marmonné plus de mots de ce style d’une voix sucrée et poisseuse de ressentiments et en même temps avec tant d’énormes rires en dedans à pouffer sitôt que je n’étais plus dans le rayon inquisiteur du Cyclope…

Tout juste si on ne sortait pas de son bureau en marche arrière… elle était la maîtresse régnante la reine mère du stalag pensionnat et elle avait cent façons de nous terroriser de faire de nous des petites esclaves soumises et sournoises forcées de s’abaisser s’aplatir mentir face à son pouvoir de nuire qu’on croyait immense et qui en réalité existait pas mais nous on en savait rien…

J’avais rejoint le couloir sombre à cause du plancher noirci des hauts murs peints couleur chiasse de rats malgré deux fenêtres avec grilles qui prenaient tout l’étage à chaque extrémité où à cette un samedi y aurait dû y avoir personne… Les filles et les bonnes-sœurs se préparaient à manger et à sortir le plus vite c’était le mieux le week-end était déjà bien entamé et tout ce qui pouvait quitter le navire foutait le camp dare dare…

Je me décidais à foncer me remplir l’estomac vu que le jour de sortie c’était patates sautées à volonté pour la raison que nos vieux radinaient s’ils avaient vu et reniflé ce qu’on se tapait comme menu à leur santé ils auraient un peu tiqué probable… quand je suis tombée pile et j’ai dû freiner d’urgence pour ne pas rentrer en plein dedans le groupe des trois péqueneaux  qui radinait en sens inverse…

Tiens je les avais complètement oubliés ceux-là concentrée que j’étais sur le rôle à exécuter sans fautes pendant que la malfaisante me tenait en joue et dans l’obscurité du couloir impossible de mater leurs figures… ce que ça m’a eu l’air c’est que c’était des paysans du coin comme on en croisait à chacune des marches obligées promenades de santé qui duraient des heures… D’autant plus qu’il gelait dans nos godasses les samedis et dimanches de petite sortie avec les pionnes qui nous talonnaient et les villageois qui nous surveillaient soulevant sur notre passage les rideaux jaunes pisseux de leurs existences quasi-animales…

Sauf que ces trois-là m’avaient l’air de ces sortes de conspirateurs comme y en a des quantités partout où des gens en contraignent d’autres à vivre sous leur domination… Le stalag pensionnat c’est un endroit qui favorise les comportements dégueulasses et ces trois-là qui arrivaient style les rois mages ne venaient pas les mains vides refiler à la vieille carabosse des cadeaux que j’avais pas de mal à imaginer…

J’ai pas mis longtemps à décider le sacrifice des patates sautées ce qui était abominable alors que nos ventres miaulaient après la nourriture d’un bout à l’autre de l’année qu’on se serait livrées un combat à mort pour un bout de baguette du goûter et une demi barre de chocolat noir momifiée poussière et j’ai fait demi-tour retourné sur mes pas godasses à la main pas que cette cochonnerie de parquet ciré me dénonce… Mais la curiosité de l’âme des gens était plus forte déjà… ouais la p’tite ouistiti avait d’autres idées en tête qu’un vulgaire plat de patates… on allait bien rigoler… 
 A suivre...             

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Lundi 8 septembre 2008 1 08 /09 /Sep /2008 23:18

      Djamel Farès Les créateurs de chez moi fin

1980.
Après le travail particulièrement dense sur l'Algérie en train de se construire c'est le début du voyage dans la Cité qui renvoie à la marge au désir déjà évoqué de sortir du cadre rigide mis en place dans l'inconscient. Les enfants de la Cité sont eux aussi dans la marge puisqu'il appartiennent à l'immigration ou bien se trouvent sous contrôle judiciaire ou encore pour d'autres qu'ils ont partie liée à l'univers clos de l'autisme et sont proches de la folie.
“ Je ne veux pas qu'on m'enferme. ”
1980. L'image devient récit dans les intervalles que la Cité a laissés ouverts. La Cité a plus que tout autre lieu besoin qu'on lui démonte son apparence et qu'on aille gratter du bout de l'ongle ses palimpsestes de plâtre écaillé pour toucher le corps en transe et en égratignures de ses habitants troglodytes. Gratter et reconstituer.
“ Ce sont eux qui m'ont montré toutes ces choses auxquelles on ne prend pas garde mais que l'autre renvoie. ”

D. F.
: Au début de ces années 80, j'ai lancé un projet un peu fou qui consistait à travailler une année entière dans un quartier avec des jeunes issus de l'immigration. J'ai été soutenu par le conservateur du Musée des Enfants, Catherine Hubert. On a formé une équipe qui a évolué essentiellement dans la ville de Créteil. Le travail consistait à se raconter à travers la parole, l'écrit, l'image, l'architecture… A la fin de cette année nous nous sommes installés pendant un mois et demi au musée pour monter l'exposition qui était une véritable architecture.
Elle a été inscrite dans le cadre du 2ème mois de la photo, et elle a duré presque quatre mois ce qui lui a permis de vivre jusqu'à aujourd'hui. C'est une trace. C'est là que j'ai commencé à entrer chez les gens avec mon appareil photo.
Les gens savaient que j'étais photographe, que je venais chez eux faire des photos que je montrerais ensuite. Mais ce travail-là se faisait toujours en commun. Ils me racontaient l'histoire des objets qui occupaient leur univers et que je photographiais. Ces objets et cet espace prenaient du sens pour moi. On n'était plus seulement dans l'esthétique mais aussi dans le récit. Cela a orienté petit à petit mon travail.

      Après cette tentative de “ retour chez soi ” en 1992, un autre regard devient possible et peut-être nécessaire sur celles qui cherchent à se créer un chez soi dans l'ailleurs.

1999.
En vingt ans l'immigration est devenue notre histoire commune. Nous sommes tous les émigrés d'un espace d'enfance perdu irrémédiablement car les repères qui étaient les nôtres ont basculé à toute vitesse dans un passé où notre corps demeure cloué aux portes closes. Comment retrouver ces clefs sans lesquelles… Au Théâtre Gérard Philippe à Saint Denis l'exposition Un Désir de (chez) soi projette cet espace tellement désiré que des jeunes mères n'osent pas toujours nommer “ chez moi ”. Parce que leur corps n'est chez lui bien souvent que dans l'étroite fissure qui zigzague du vide sans regard au trop plein d'un foyer gavé de valises prêtes et de meubles abstraits qui seront longtemps ceux des autres.

“ … Ma galère, c'était un trou noir, éclairé parfois par des rencontres chaleureuses… Je veux pour toi une enfance, une vraie enfance, avec un toit, des rires et de l'espoir… ”
Karima

“ … Aujourd'hui, je suis chez moi. Quand je rentre, j'ai mes clés dans ma poche… 
Fadma

“ … Te souviens-tu de Bamako-Coura, de la maison avec sa grande cour ? J'en parle souvent avec mes filles… ”
Maïmouna 





Maïmouna
Photo Djamel Farès
Un désir de (chez) soi Association Image et Récit, 1999







D. F.
: Les jeunes femmes qui ont choisi de se laisser voir au cours de ce passage qui, avec les autres, leur permet de “ réparer quelque chose, quelque part dans mon enfance, dans mon histoire ”, m'ont fait confiance. Il y a une sorte de rapport qui s'est installé un peu comme si j'étais leur père.

1980.
Autre coup de pinceau du phare sur un retour au théâtre par cette singulière “ image de soi ” que les adolescents n'hésitent pas à mettre en scène et à bombarder comme un pantin de carnaval.

D. F.
: Dans ma tête il n'y a pas d'idée de mise en scène. Cela m'arrive rarement de dire à quelqu'un : “ Mettez-vous là. ” C'est moi qui me déplace et qui tourne autour. Cela me pose des problèmes sur le plan de la luminosité, mais j'ai fini par comprendre que si les gens se mettaient comme ça, c'est parce qu'ils avaient quelque chose à dire comme ça et pas autrement. Il fallait que je sois suffisamment à l'écoute pour pouvoir en montrer l'essentiel.
C'est ainsi que je me suis mis aussi en position d'être vu par les gens que je photographiais.
“ Vous êtes aussi voyeurs que moi. ”
D. F. : En 1980 j'ai travaillé avec des adolescents sous contrôle judiciaire, par le biais d'une association qui s'appelle “ Le Théâtre du Fil ”. Elle a débuté dans les années 60 et Alain Viguier était un des responsables. J'y ai appris à confronter ma pratique à leur expérience, et à réfléchir sur mon propre travail. Comment faire de la photographie avec ces jeunes dont ce n'était pas du tout la préoccupation, et pourquoi ?

Aïssatou
Photo Djamel Farès
Association Image et Récit, 1999




On s'est demandés ce que signifiait quelque chose d'aussi élémentaire que “ l'image de soi ”. Le portrait, l'autoportrait, comment je vois ce qui est en face de moi, qu'est-ce qui m'empêche de voir ce que je voudrais montrer, pourquoi je coupe la tête des gens… Je les ai accompagnés durant une dizaine d'années. J'organisais des ateliers et je photographiais en même temps la préparation des spectacles, la vie quotidienne dans ces lieux qui, de fermés, se sont ouverts.
Nous avons réalisé un certain nombre de documents où la parole et l'écrit sont venus s'associer de façon très imbriquée dans mes images. J'ai compris la nécessité pour moi de passer par cette parole, d'en garder une trace écrite. A un moment j'ai même travaillé sur des polyptyques photographiques. On se déplace lorsqu'on effectue la prise de vue pour pouvoir construire un récit.

1999.
Passer du regard sur les autres sur le décor-paysage sur la légèreté des gestes qu'on happe au moment où ils communiquent leur présence qu'on n'aimerait pas oublier au regard des autres sur soi et à ce qui se dit dans ce croisement bref comme un claquement de doigts.

D. F.
: Ce qui n'est pas montré peut être le sujet ou introduire le vrai sujet. Pour cette jeune femme qui s'appelle Elisabeth, ce qui se passait c'est qu'à chaque fois que je devais la photographier c'était impossible. “ Parce qu'elle n'était pas prête ”. Comment rendre cette réalité d'elle d'une manière qu'elle puisse accepter ?
Sur la photo elle se trouve donc en premier plan assez floue, avec derrière elle sa petite fille dont elle parle beaucoup. C'est là que je m'aperçois que la photographie est à la fois quelque chose de très élaboré, et que cela ne peut, en même temps, se passer qu'en une fraction de seconde. Sinon on passe à côté.


Elisabeth
Photo Djamel Farès Association Image et Récit, 1999














Mon enfant qui va naître,
c'est à toi que je veux dire toutes ces choses
qui bouillonnent en moi et que j'ai souvent envie de crier.
Je suis heureuse de te sentir dans mon ventre, heureuse d'avoir décidé de te mettre au monde envers et
contre l'avis de tous. Je t'aime déjà de toutes mes forces comme j'aime ton père.
Je suis impatiente de te voir, de te connaître. [… ]
Je voudrais revoir ton oncle, mon frère jumeau qui, lui, cherche ses racines dans la religion: il est devenu
musulman, comme s'il voulait se rapprocher d'Oran, là où notre mère est née.
Il s'est éloigné de moi. Mais il faudra bien qu'il revienne me parler, qu'il accepte la vie que j'ai décidé de
mener.
Je sais qu'il cherche à savoir ce que nous devenons : il demande des nouvelles à mes soeurs aînées.
Je voudrais partager avec lui ce que je ressens,
le bonheur d'avoir à te mettre au monde.
Elisabeth, Un Désir de (chez) soi

D. F.
: Le métier que l'on fait nous oblige à être reconnus et vus par les autres ce qui n'est pas une situation simple, et aussi à accepter que l'image qu'on leur renvoie soit un reflet de nous-mêmes à travers eux. Ce qu'on leur offre est parfois un coup de poing, et ils ne sont pas forcément le centre de l'image. C'est ce qui leur suggère, s'il le peuvent, de décaler un peu leur façon d'interpréter la vie, de la voir. Cela, c'est le propre de tout acte créateur.
Avant de risquer de perdre la vue voilà ce qu'elle a dû penser djida : si tu ne me vois pas je n'existe pas. Mais chaque regard renforce la solitude de la sienne propre. La clef de ses yeux est accrochée au mur. Mille fois le monde qui entre et qui sort de ce paysage qu'elle a composé pour nous.

“ Tu as compris, mon fils ?… Oui, je ‘ vois ’ que tu as compris… Surtout, n'oublie pas… Mais ne gaspille pas cet héritage sacré. ” Depuis ce temps-là, je sais que je peux, d'un mot d'un seul, faire s'envoler n'importe quelle jument, ou bien accrocher les planches de mes secrets aux étoiles du ciel et je sais aussi que je peux faire jaillir toutes les sources de la terre. Mais je n'ai jamais encore essayé. J'attends le jour, le moment, le signe, de cette insigne hérédité cachée. ”
Tewik Farès, Gida Cahier Parl'Image

 Aïcha
Photo Djamel Farès
Association Image et Récit, 1999
   
      L'oeil errant réinvente sa langue ou plutôt il laisse ses multiples sens se dénuder devant lui, et prononcer d'autres mots. Des mots-marge.
1992. Ne plus pouvoir poser un regard humain sur les gens. Trente ans. Le laser étroit du phare dépouille d'autres présences masquées derrière les mots : “ Il faudra que tu reviennes. ” Accepter cela aussi : un certain désordre du monde n'impressionne pas la pellicule. Noir. Il faudra inventer de la lumière.

Publié dans : Ecritures d'Algérie
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Vendredi 5 septembre 2008 5 05 /09 /Sep /2008 17:47

Maille à l'endroit... maille à l'envers... fin

Ce texte est dédié à mon ami Jean Pélégri écrivain et poète d'Algérie qui nous a quittés il y a bientôt 5 ans... le 24 septembre 2003... Jean merci...


 Mozart par Greuze 1763-64             


    Vlim vloum !…
     Ecoutez… écoutez bien…
    Mozart se pointe souvent sur le quai aux heures de pointe sans perruque et mal rasé et ça fait drôlement mal au ventre de voir comment l’imposture du temps mité a arrangé sa musique magique. Des tas de types pauvres cavalent sur les pavés blancs et noirs en faisant croire qu’ils sont Mozart et les jolis grelots du tambourin de Papageno prennent des allures de chaîne industrielle d’où sortent à la pelle des flûtes métalliques désenchantées.

    Vlim vloum !… C’est la balade du métropolitain. C’est à peu près à la troisième station qu’il est entré les cheveux déjà un peu grisonnants et pas très joli de sa personne trop enrobée à mon gré avec son accordéon qui reposait contre son ventre rond.
    Ah non ! j’ai pensé en me disant que cette journée allait s’achever n’importe comment et que je finirais par passer ma colère d’auteure bredouille et révoltée devant une assiette remplie d’escargots morts et ne pouvant plus baver sur personne…
    Il est entré avec lenteur et sans saluer et sans sourire il a commencé à jouer la tête inclinée vers son accordéon et les doigts glissant légers comme pour des caresses. Nous c’est-à-dire tous les autres autour de lui à part l’accordéon ça n’avait pas l’air de l’intéresser. On aurait dit qu’il venait de reprendre avec lui une conversation en confidence interrompue un instant auparavant… C’était La petite musique de nuit ma préférée parmi toutes celles qui m’ont bercée dans mes tendresses amoureuses et j’ai toujours eu l’impression que ses doigts amants la pianotaient légère sur mon corps offert…
    Je ne l’avais jamais ressentie se couler ainsi en moi avec la présence charnelle et si proche de l’être qui la créait à cet instant arrêté là rien que pour moi.
    Je savais que c’était lui et pourtant j’avais bien du mal à y croire tant je m’étais fait une autre image de son personnage à travers toutes celles que j’avais si souvent regardées dans les livres et d’autres que les mises en scène les plus osées avaient inventées pour nous faire rêver. Il a joué ainsi la tête inclinée vers son accordéon les yeux sans doute fermés sur un monde qui n’avait déjà plus rien à voir avec celui où nous nous étions perdus depuis longtemps durant les trois quarts du trajet puis soudain il s’est arrêté.
    Alors j’ai bondi de mon siège les mains tendues vers lui pensant qu’il allait descendre avant que je n’aie le temps de lui dire… Je ne voulais pas le perdre lui aussi… Ça non alors !
    Il a tourné la tête vers moi et il a souri comme s’il était venu là tout exprès et qu’il m’attendait afin que nous fassions ensemble le voyage que j’avais imaginé depuis que j’avais écouté pour la première fois La flûte enchantée quand j’avais vingt ans et que je me croyais poète…
    - Vous jouez… vous jouez… j’ai murmuré en sachant que les mots ne pouvaient rien pour moi dans ce cas précis.
    - … divinement… il a ajouté avec ce rire que les clochettes que je connaissais ont accompagné et fait rebondir jusqu’à l’autre bout de la rame et revenir vers nous comme si nous étions seuls et que personne d’autre que moi n’ait deviné qui il était…

Mozart composant Ernest Meissonnier XIXème siècle   

    Vlim vloum !…
    Jusqu’à ce que la rame du métropolitain s’arrête avec un petit hoquet satisfait à la dernière station Porte de Montreuil j’ai pu chercher quelle était la couleur de ses yeux gris clairs après qu’il ait replié son accordéon vu qu’il me regardait d’un air tendre et amusé un peu protecteur ce qui était bien normal étant donné toute la vie qu’il avait déjà parcourue.
    Il ne fallait surtout pas que je le perde lui aussi… et je m’obstinais à fixer le moindre de ses traits dans ma mémoire fraîche. Au moment où les portes se sont ouvertes il m’a pris la main d’un geste frôleur d’oiseau de nuit très sûr de lui et il m’a dit d’un air malicieux :
    - Vous venez… on va rejoindre les autres…
    Rejoindre les autres… j’ai pensé pendant qu’il m’entraînait à sa suite d’un pas qui dansait un peu à droite un peu à gauche comme s’il entendait tout le temps une petite musique qui carillonnait ses clochettes à l’intérieur de sa tête… J’ai pensé aussi qu’il était très alerte malgré sa personne trop grosse à mon gré car il filait sans hésiter on aurait dit un écureuil par petits bonds le long des couloirs et je ne savais pas où il allait mais lui le savait…
    On a traversé des rues souterraines et le macadam black est venu à notre rencontre dans des virages brûlant sous nos chaussures… On a pris plusieurs fois des bifurcations mystérieuses et descendu des escaliers comme si on s’enfonçait au creux d’un monde de plus en plus incertain… Et soudain il s’est arrêté devant une porte peinte en bleu turquoise en plein milieu d’un mur blanc… Il a frappé quelques coups sans insister et de l’autre côté quelqu’un a ouvert …
   Vlim vloum…
    De l’autre côté c’était un espace aussi vaste qu’un hall de gare avec des couleurs de champ printanier et de petites lampes à filament incandescent posées par terre ci et là… Un air chaud et parfumé comme celui d’un matin d’été est venu à notre rencontre et je distinguais dans la lumière ocre qui flânait au ras du sol les silhouettes de centaines de chats gris de fumée assis en rond tandis qu’un petit singe à la casquette violette nous regardait avancer.
    - Voilà… m’a dit alors Mozart en me lâchant la main doucement… allez-y… ils vous attendent…
    Je me suis retournée vers lui d’un mouvement panique en quête de ses yeux gris mais il m’a rassurée en ajoutant dans un petit rire :
    - Ne vous inquiétez pas… je vous suis… ma chère…
  
Papageno dans La flute enchantée   

    De l’autre côté du cercle des chats crépitait un feu de cageots qui formait un halo orange à l’intérieur duquel ils étaient tous assis excepté Papageno sous son plumage bleu turquoise et vert pomme qui agitait comme d’habitude ses clochettes afin qu’on oublie pas que c’était lui le bavard de l’histoire.
    Mozart avait raison ils étaient tous là et le premier qui a quitté le cercle orange pour venir à ma rencontre ça a été Melchior que j’ai reconnu aussitôt bien qu’il ait eu maintenant les mains nues. Nues et noires avec de fines entailles à l’intérieur des paumes.
    Ils étaient tous là… Iris la femme de ménage de la tour Arc-en-Ciel… le bonhomme au journal en lambeaux… la jeune fille aux yeux bleu faïence explosé avec son sax étincelant… Melchior et ses dread locks dressées comme des doigts… Mozart… Papageno… les chats gris de fumée installés sur leur queue… le petit singe acheté dans un magasin de ciboires et de pendules… le courant d’air des gares… et moi…
    Ils étaient tous là et ils me fixaient avec l’air grave de ceux pour qui la vie ne tient qu’au fil d’une histoire.
    Ils étaient tous là et soudain j’ai senti une main se poser sur mon épaule et j’ai entendu… oui je vous jure que j’ai entendu la voix de mon vieil ami écrivain qui me disait d’un ton amusé :
    - Allez… maintenant il faut commencer… vous ne pouvez pas les décevoir n’est-ce pas ?…
    Alors rien que pour lui je me suis assise au centre du cercle orange et j’ai ouvert l’histoire en tapant dans mes mains deux fois juste comme ç a :
    Vlim vloum !…
    Ecoutez braves gens… écoutez bien… c’est la balade du métropolitain…

    Quand je me suis réveillée très tard le lendemain vers trois heures de l’après-midi j’ai retrouvé partout autour de mon lit une centaine de feuillets noircis et un peu à l’écart posée sur une page qui semblait avoir échappé à l’aventure la tache rouge d’une écharpe…
    Encore bercée par la petite musique du sommeil j’ai pris le feuillet blanc plié en deux et à l’intérieur j’ai vu qu’une main qui tremblait légèrement avait dessiné la coquille spirale d’un escargot. De l’autre côté il était écrit d’une écriture qui ressemblait à la mienne un seul mot aussi simple et aussi tendre que la vie : “ Merci ”.



Jean Pélégri et moi à la Maison des Ecrivains en 2001 pour une soirée à partir du livre d'entretiens publié par les Ed. Marsa Jean Pélégri l'Algérien
 Le scribe du caillou 

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Jeudi 4 septembre 2008 4 04 /09 /Sep /2008 23:18

La petite ouistiti ou la vengeance des singes suite...

      La petite ouistiti avec ses membres trop longs et sa passion pour les cachettes à l’intérieur de l’épaisse toison verte pareille à la pelure de plumes des perroquets d’Afrique où les grands fromagers font une ombre bonne pour les rêves il faut dire qu’elle m’est venue de loin comme je vous le racontais… La petite ouistiti et ses grimaces un peu du style de celles des automates qu’on remonte figées sur sa frimousse et ses mouvements mécaniques arrêtés qui déboulaient invariable en un rire dont personne pas une des femelles tournoyant sous leurs voiles noirs ne connaissait le désarroi…

Je me souviens très bien de la façon dont ça s’était passé notre rencontre à toutes les deux la petite ouistiti et moi… deux créatures qui venaient de naître au début du monde avec les premiers gestes pour se protéger du froid et de la mort à l’intérieur de la caverne obscure notre demeure de fortune là où on nous avait retiré la maison de naissance et ses cent mille fenêtres parfumées…

On l’avait remplacée la maison au milieu de cette cour d’école et de son préau qui ressemblait vraiment à l’abattoir à cochons de l’autre côté de la rue par un banc où il fallait s’asseoir quand l’heure de la soirée arrivait et que les lampes barbouillaient d’or les carreaux…

S’asseoir et attendre je me souviens et il n’y avait personne à qui parler car les paroles dessous les voiles noirs étaient des murmures destinés à des statues qui verrouillaient le temps…

S’asseoir et ne rien faire ne rien dire exister le moins possible s’habiller d’un joli costume d’absence qui avait la même couleur que la blouse bleue les chaussettes blanches et les chaussures montantes moches mais solides… et attendre alignées sur le banc comme des oignons dans leur caisse…

Ça faisait la journée entière qu’on était là ensemble comme les cochons de l’abattoir de l’autre côté de la rue et forcé on avait plus rien à partager à cette heure-là celle de la mise à mort… De petites mômes de trois ans dans une école de la banlieue ouvrière des années 60 où tout était aussi sombre que les cabinets et blafard et nu comme une lame de couteau… des blouses roses pour les externes des blouses bleues pour les demi-pension il suffisait d’attendre…

La fois où on s’est rencontrées la petite ouistiti et moi y avait plus personne j’étais assise au centre du banc qu’on avait traîné face à la porte d’ombre qui devenait pour moi à mesure que la nuit lui refilait son masque vernis de réglisse la porte de l’enfer… J’étais vraiment d’une manière pas croyable et sordide abandonnée à ma solitude… Et les chauve-souris et les chouettes blanches venaient voir de temps en temps ce qu’il restait de moi et leur sifflement qui transperçait la peau givrée du silence me remplissait de reconnaissance…

J’étais un pantin de chiffons on avait lâché toutes mes ficelles ceux qui décidaient là au-dessus les monstres… je me recroquevillais pendouillais morniflais ma terreur au fond de ma gorge avec le sel de mes larmes pendant que de l’autre côté de la rue le dernier cochon criait sa mort et sa peur… Sa peur de ce qui se préparait sur son dos qui était la même que celle des bombes des incendies des tanks dernier cri des avions cracheurs de phosphore et des milliers de papillons de papier glacé où il était écrit qu’on avait pas fini de s’occuper de nous… La peur du cochon qui lui crevait les entrailles c’était celle des hommes pareil… tout pareil…
          
           Le cochon et moi on était un bloc de chair luisante on faisait corps dans notre terreur commune de ce qu’on ne comprenait pas et de temps en temps une bonne sœur venait se renseigner si ça n’était pas bientôt fini…

Venait voir si mon paternel qui devait comme tous les soirs parce qu’il avait ce rôle de père à jouer et qu’il s’appliquait allait enfin récupérer le paquet vivant déposé le matin emballé au creux de son silence endormi allait enfin se pointer oui ou non… C’était à 18 heures 30 qu’il était convenu qu’il radine l’animal pour qu’on soit à la tanière familiale vers les 19… fallait pas louper l’horaire sinon après il digérait plus c’était la tragédie qui nous guettait… pendant que l’horloge immense du faubourg suspendue à son soleil rouge comme une montgolfière qui la tirait de l’autre bout de la terre carillonnait un angélus pour coquelicots des terrains vagues…

Mais ce soir le paternel avait déjà une heure d’imposture et les secondes arrêtaient pas de s’additionner tandis que la bonne sœur avait fait trois passages dans son suaire noir qui me terrifiait parce que c’était la nuit et que rien de pire ne pouvait m’arriver que d’être livrée à cette femelle nocturne loin de ma maison qui n’était pas ma maison vu que je n’avais aucun moyen d’y retourner…

Elle me regardait de ses petits yeux de bourreau comme on constate un désastre de loin… elle m’approchait pas… je la dégouttais trop… elle farfouillait sa manche pour en sortir sa montre pensant que le cochon de l’autre côté poussait encore deux ou trois hurlements rauques… elle se demandait s’il allait bientôt se pointer c’était pas possible qu’il m’ait oubliée et qu’on allait devoir me garder là à dormir… tu parles d’une épouvante… elle imaginait la cérémonie…

- Allons ne vous en faites pas… votre papa va arriver…

Il y avait tellement d’indifférence dans sa voix que je préférais le sifflement des chauve-souris et des chouettes blanches et même les couinements affolés et misérables du cochon de l’autre côté de la rue…

Ce qu’elle ne savait pas c’est que comme pour le cochon sans doute qui dans sa litière de paille rouge ne voulait pas se décider à cesser de résister au destin qui l’emportait tout était contre moi dans cette histoire la première de ma vie où je devais me frotter à la peau écaillée de gel de la mort et il n’y avait pas de mots pour ça…

Ce qu’elle ne savait pas c’est que la veille de ce jour qui était ma première nuit on m’avait prévenue que si je continuais dans mon obstination d’enfant pleine de caprices et de contradictions à ne pas vouloir dormir… je bondissais du lit pour regarder la lune et c’est là qu’on me trouvait accroupie dans mes rêves sommeillant sur mes pieds nus devant la fenêtre parfumée… si je continuais on me mettrait à dormir chez les sœurs… Et le cochon lui de l’autre côté de la rue qui grognait dans sa sueur de peur salée qui hurlait on l’avait bien prévenu aussi… s’il continuait à grossir à bâfrer à faire du lard bêtement alors à son tour on lui ferait sa fête couic !…

Ouais… il avait reçu l’avertissem ent le cochon et il n’avait pas pu s’empêcher de jouer son rôle comme moi je jouais le mien et c’était d’aller chercher la lune pardi !… Il y avait que les adultes et les gens vraiment très étrangers à la vie pour ne pas piger qu’on ne peut rien contre ce genre d’intuition-là… Le cochon c’était la nature qui l’avait mis à cette place comme elle y mettait les roses à jouer leur rôle d’enchanteuses des sens et peut-être que moi c’était la même chose…   

 Et maintenant le cochon tout comme moi il entendait la voix mielleuse du type au large tablier bleu qui couvrait son estomac rebondi et qui avait planqué son couteau d’égorgeur derrière son dos pour éviter qu’il ait le stress et que son sang soit tourné d’avance lui dire qu’il fallait pas qu’il ait peur… que ça allait s’arranger… qu’on ne lui voulait que du bien… et plus il l’entendait la voix plus il savait que c’était celle de la bombe au phosphore de l’incendie et du bourreau… couic !…

 

Au moment où je n’entendais plus que des petits gémissements affaiblis pareils à ceux d’un mioche qui chouine dans son sommeil je décidais que j’allais sauter du banc et foncer contre cette porte d’ombre la secouer la pulvériser et une fois dans la rue je verrai si je n’étais pas capable de retourner à la maison vu qu’on me faisait apprendre le chemin chaque matin par cœur au cas où il arrive un événement… oui on verrait bien…

Je me souviens que juste à ce moment-là une fois pris la décision la peur qui avait ratatiné le pantin de chiffon s’était réduit à une grosse boule de peine dans mon gosier qui m’étouffait encore mais y avait une sorte d’espoir allumé au-dessus de la porte de l’autre côté de la rue direction de l’abattoir à cochons et en tournant la tête par hasard sur ma droite j’ai vu assise à côté de moi la petite ouistiti qui se marrait tranquille un doigt d’une de ses mains fine et agile enfoncé dans son nez et l’autre farfouillant au creux de son poil brun et rouquin elle se grattait elle avait des puces c’est probable !

J’n’ai pas tout de suite pigé pourquoi cette bestiole qui ne m’avait jamais fait signe avant depuis que je m’ennuyais chez les sœurs avait choisi cette soirée de l’enfer afin de me mettre la paluche dessus mais c’est pas des questions qu’on se pose quand on a trois ans et qu’on est abandonnée sur un banc dans une école de la banlieue ouvrière par sa famille au bord de la nuit parmi des créatures voilées de noir qui apportent avec elles des pommes et des tas de fruits empoisonnés couverts de rosée velours pour mieux vous tromper exactement ce qui était arrivé au cochon de l’autre côté…

Le cochon lui c’était trop tard pour lui on n’l’entendait plus et probable que personne ne lui était venu en aide pour lui souffler la suite de son histoire mais moi j’avais d’un coup la sensation que sur le banc devant la porte de l’enfer on était deux et ça changeait tout… cette p etite ouistiti elle avait une allure qui n’ressemblait pas un poil à celle des êtres qui m’entouraient m’engluaient me pressuraient à la maison et dans cette salle d’école noiraude et blafarde… voilà je me suis dit en reniflant le sel de mes larmes et en me léchant les lèvres… voilà quelqu’un qui va me sortir de là… Et comme sa façon de se marrer et de grimacer en enfonçant un doigt dans son nez me plaisait énormément je me suis mise à l’imiter…

C’est quelques minutes plus tard que la porte d’ombre s’est ouverte et que mon paternel s’est pointé essoufflé et tout suant pareil que s’il avait le diable dans son pantalon culpabilisé à mort de ce retard qui était une sorte de bombe à sa façon et il en avait conscience alors il n’a pas compris pourquoi je le regardais arriver en rigolant et en grimaçant des mimiques d’abomination… Je crois que c’est à partir de cette soirée que ma vie nocturne a vraiment commencé et que la petite ouistiti et moi on n’avait plus qu’un projet qui était de grandir pour avoir la liberté enfin d’aller chercher la lune… 
 

A suivre... 
 

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