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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Samedi 18 octobre 2008 6 18 /10 /Oct /2008 11:32

La Closerie des Lilas suite...

             Qu'aurais-je pu vous dire ?
              Que lorsque je revenais à pied dans le froissement des sous-vêtements mauves de l'aube c'était toujours avant que les bistrots n'allument par l'odeur imaginée de terribles passions au creux de mon estomac. Et que je ne pensais alors qu'à une grande tasse de chocolat mousseux avec autant de pain que j'en aurais le désir car j'avais la chance honteuse de na pas être une artiste du point de vue de l'estomac justement.
               Tous les autres désastres je les connaissais et j'en faisais mon affaire. Mais comment choisir entre les baisemains et la servitude consistant à ouvrir des portières comme on ouvre des huîtres et la misère crasseuse qui ne laisse souvent pas le moindre galetas au poète ?
          Ecrire aujourd'hui c'est peut-être encore bien pire que du temps d'Antonin Artaud montant manger la soupe chez des amis.
           Ah ! oui c'est tout à fait ça que j'aurais aimé vous dire… 
           Monsieur Antonin… c'est ainsi que je l'appelais lorsque je me représentais sa démarche sautillante et l'ampleur de son long corps sombre vêtu comme on l'est au théâtre longeant les murailles interminables de l'asile où il s'était fait prendre au piège et dont il perdait les clés pour avoir la jouissance galopine de faire le mur.
           Monsieur Antonin… Je le voyais… là… juste à côté de la rue de l'Ouest… effarant de vertu et de hurlements me désignant de sa canne et puis lorsque j'approchais mise en confiance par sa drôlerie dans l'allure et les tournures de son habit me prenant le bras et m'emportant vers des chemins de traverse connus de lui seul et de ses soleils monstrueux.
          C'est ça… Je n'avais pas choisi. J'avais machinalement planté mes pieds dans les chemins de traverse. Mes pieds macadam.
           Fallait-il tenter de vous parler de ces lieux d'où nous venions avant d'avoir remonté à la rame le cours tumultueux de la rue de l'Ouest avec sa déferlante de blues et ses jeunes Blacks indociles ? Le fallait-il ?
            Car en dépit de votre beauté qui reflétait un cœur pur et de l'encre grise du lavis qu'Hokusai avait fait à vos yeux j'étais sûre que ce type se baissant et se relevant d'un mouvement d'automate pour saisir les clefs vous ne le verriez pas de la façon dont je le voyais. Ni lui ni aucun de ses semblables vous ne les verriez ainsi vous qui aviez pourtant noué avec l'Afrique une tendre dépendance amoureuse à laquelle vous ne cessiez d'être fidèle. Jusqu'à vous arrêter à l'entrée d'une des bouches dévoreuses du métro fascinée par un jeune africain en boubou blanc qui vous avait prise pour une autre.
           Comment aurais-je pu vous dire le choix des doigts gelés griffés de coupures et de la marche matinale l'écharpe rouge liant les lèvres pour éviter de crier de froid en courant presque alors que cette quarantaine à laquelle je ne croyais pas m'arrivait de plein fouet en sens inverse ?
            Oui. Comment vous dire que j'avais toujours peint ou écrit dans des lieux qui ne se prêtaient à rien d'autre qu'aux bourrasques ? Comment vous dire que j'abandonnais au lon g des rues étrangères à l'heure du crépuscule des toiles où rayonnaient des sexes de femmes telles des grenades et des carnets inachevés ?
           Et que s'attroupaient parfois autour de cette jungle de couleurs sans nom offerte aux semelles macadam des gens qui regardaient comme s'ils avaient été dans un musée silencieux et graves.
          Pourquoi restais-je en dehors de moi-même compagne d'un banc vert à quelques pas de la rumeur des verres s'entrechoquant ? Et des plaques de cuivre où des noms étaient écrits ainsi qu’on le fait sur les colliers des chiens. Peut-être était-ce à cause de mon ami le joueur de guitare dont le père était africain et que j'avais retrouvé un matin après trois jours de recherches insensées aux urgences de l'Hôtel Dieu avec pour nom "inconnu".
           Il me semble que nous avons toujours été des inconnus tentant désespérément de créer un monde à la lisière de celui qui marchait sur nous en nous perforant de ses talons hauts et sur nos créatures de papier qui faisaient crisser de joie les trottoirs.


A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Jeudi 16 octobre 2008 4 16 /10 /Oct /2008 19:03

Petits soldats
Epinay, mercredi, 15 octobre 2008

  Petits soldats comme on se joue
De vous on oublie le poème
On oublie la chanson
La chanson que vous écoutiez mouillés de boue
Petits soldats où irez-vous ?
Petits soldats que deviendrez-vous ?
La chanson rend fous jeunes garçons
Du poème les mots nous font frissons
Dans la nuit vous crevez comme le grain qu’on sème
Brune moisson de l’aube blême
Petits soldats on met en joue
Votre innocence la boisson
De toute enfance même
Le fanal balance au pas lent de la chanson
C’est votre premier rendez-vous
La porte se referme après vous
Dans les rues de Berlin le poème
Va dans les rues de Bagdad c’est le même
Petits soldats las sans le sou
Petits soldats perdus et saouls
La pluie bleue des rimes qu’on aime
Charme vos verres d’amère boisson
De nos jeux injuste rançon
Ce sont vos vies qu’on noue
Au fil du temps qui tisse le monde sans vous
Vagues silhouettes café-crème
Ombres de laine ombres debout
Petits soldats à la façon
Des paroles de la chanson
On vous emballe on vous emblème
On vous range dans la boîte à joujoux
Vous reviendrez à la mi-carême
Et comme si vous étiez du plomb même
On oublie le poème on oublie la leçon
Petits soldats où dormez-vous ?
Petits soldats à quoi rêvez-vous ?
A la douceur des jours lorsque les mains bohêmes
Dans l’âme des jeunes garçons
Rejouent l’enfance joie suprême
Pas un mot pour Lili Marlène et même
Pas un mot pour Malbrough.
 

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Mardi 14 octobre 2008 2 14 /10 /Oct /2008 16:20

                                    “ Plus rien d’épique… ” 
Mardi, 14 octobre 2008 

        Tenir un blog surtout quand par ailleurs on é crit pour soi et pour les autres quand on fait un peu critique litt. comme je fais et beaucoup de récits coups de vent pour notre revue des Cahiers des Diables bleus c’est un job à plein temps… S’occuper d’une revue même petite et prendre le temps d’écrire des articles au quotidien qui témoignent de la réalité et d’autres choses dans une cité de banlieue ça demande d’en avoir envie et de savoir que c’est lu et que ça fait bouger des choses dans la tronche des lecteurs lectrices et chiens de rues Ouaouf ! Ouaouf !
          Et puis peut-être aussi que l’époque où c’qu’on vit est un moment de total autisme où chacun vit avec soi et ses potes et le reste basta… donc y a des gus comme moi qui ne sont pas des piliers de réseaux ou de familles de pensée pouah ! qui se posent la question au moment où dépassés par les événements style Salon des Revues comme c’ui qu’on vient de se farcir : mais pour quoi donc et pour qui donc que je me casse à réaliser un blog si à la première occase y souffle dessus le vent du désert comme le Simoun y a plus qu’un peu de poussière rouge sang et voilà !
          Moi contrairement à des tas d’gens je me vis très bien dans la solitude c’est ça qui permet d’écrire… de travailler comme disait Céline et par ces temps de folie où les rats retapent le rafiot vu qu’ils z’ont bien l’intention de continuer à bâfrer à jouir à profiter face aux autres d’ailleurs qui s’la crèvent de faim et d’autre chose aussi j’voudrais avoir une p’tite cabane de pêcheur pas loin de Saint-Malo et rester là et voilà ! Ouaouf ! Ouaouf !
          Mais y a p’tit Louis et ses images trop belles et nos projets de réaliser nos Cahiers des Diables bleus avec un ou deux copains et copines qui ne nous lâchent pas les pattes comme Patrick Navaï et Françoise Bezombes avec qui on voyage depuis trois piges maintenant et les larguer je n’peux pas alors forcé on continue… Ouais mais on va infléchir la courbe pour cause que nos p’tites créations “ d’artistes sans art ” elles sont très hard à fabriquer et qu’on a pas envie de les standardiser mais au contraire de les raréfier et d’les faire encore plus extras et magiques…
          Donc y en aura moins et on va tâcher de les rendre sorcières pour celles et ceux qui voudront venir voir se bouger sortir d’leur gourbi un jour peut-être… Car le monde virtuel des blogs c’est joli mais quand ça donne pour finir que les gens qui viennent regarder des images et lire des textes n’font pas un p’tit effort pour découvrir à l’occasion d’un Salon les gusses qui se dépatouillent avec pas de fric et toute l’énergie qu’on veut pour que ça existe… et pas plus ils ont la curiosité des Revues en papier et en poils alors basta…
          Donc l’écriture de notre blog des Cahiers va redevenir tranquille pépère ce qu’elle était y’a deux ans avant que j’y passe mes nuits et que j’n’écrive plus assez pour moi et que les mots s’éparpillent au fil des gouttes de rosée rouge sang du désert s’évaporent s’effacent Pfuitt… Pfuitt… Serez pas étonnés d’être prévenus et p’t’être qu’alors z’aurez envie de faire c’qu’on appelle je crois : interaction… Allez à plus… Ouaouf ! Ouaouf !
    

Publié dans : Les Diables bleus
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Mardi 7 octobre 2008 2 07 /10 /Oct /2008 22:59

Dites-leur de me laisser passer suite...

          Mais ce qui rajoute encore au plaisir du secret des mots dans un livre de nouvelles est qu'on se prend à chercher, sans chercher vraiment, celle qui pour nous figure le coeur. Aussi le lieu où siègent le tambour et son officiant pour mon goût dans ce texte, est celui dont je ne vous dirai rien précisément. Parce que chacun doit chercher lui-même l'emplacement de sa propre cérémonie. Rien, si ce n'est qu'il se déploie à mes yeux tout entier dans le mot “ soleil ”.

Abdelkader Djemaï a choisi pour cette nouvelle qui me touche particulièrement en raison de tant d'or caché, le titre volontairement contradictoire de “ La Nuit de l'Eclipse ”. Titre d'autant plus étrange si l'on songe que cette “ éclipse solaire, la dernière du millénaire, attendue dans une sorte d'excitation inquiète pour le mercredi 11 août ”, est associée dans le texte, au seul peintre qui ait connu la grâce de poser sur la modeste surface de ses toiles le soleil lui-même. Et que ce peintre-là est bien le même qui a apprivoisé la magique mouvance des atomes dans sa Nuit étoilée, et est mourt en s'écoulant doucement par un grand trou noir qu'il s'était fait dans la poitrine, poursuivi par ceux qu'il nommait “ les anthropophages ”, au coeur de l'été, le 29 juillet 1890.

“ Identité Je voulais être SOLEIL J'ai joué avec les mots J'ai trouvé L'ISOLE. ” écrit Daniel Maximin, cité par Christiane Chaulet-Achour dans son récent livre La trilogie caribéenne de Daniel Maximin. Isolé comme soleil l'est le créateur dans son geste qui le résume et le fait éclater. Le fait mourir mais mourir modestement au grand carnaval des mots. Pour parler du livre d'A. Djemaï je voudrais emprunter encore cette citation à C. Chaulet-Achour, tirée de l'essai que je viens de citer : “ Aussi la seule manière de parler efficacement du passé, sans se faire piéger par lui, c'est d'adopter une écriture carnavalesque pour échapper au culte et garder sa lucidité en exerçant son pouvoir de dérision. ” 

Je crois qu'en effet la langue de la dérision qui nous fait légers et celle de la sensualité qui nous relie avec notre “ animalité ”, avec notre “ jardin originel ”, sont celles qui nous permettent le mieux de nous ébattre au-dessus des champs de bataille, passé présent confondus, et d'écrire notre soleil au centre de notre nuit.

Par ces mots s'ouvre le livre :

 

“ Ressemblant à un morceau de bois mort, le plus vieux des villageois avait dit, d'un ton presque laconique, que le jeune postier ‑ il devait avoir vingt­‑six ans ‑ était arrivé dans cette région de pierres, d'arbustes et de fournaise par l'autocar de huit heures. Ce matin-là, sous le soleil déjà redoutable, il avait longé la grande rue pour rejoindre la petite agence où il allait désormais vivre et travailler. ”

( “ La guêpe ” )

           Dès le départ les deux mots-clefs sont lancés : “ soleil ” et “ mort ” qui pourrait s'écrire : soleil est mort. Mort de ne plus pouvoir être vu, être contemplé comme dieu ou déesse de vie auquel on dressait de petites statuettes reconnaissantes, des temples géants, des pyramides et des sculptures d'animaux totem. Soleil puissance féconde, ignorée par des êtres avides de leur propre soleil, de leur glorieuse et démente démesure n'ayant d'égale que leur dangereuse médiocrité. Que ne sommes-nous encore en train de vouer un culte primitif au soleil comme matrice généreuse au lieu de regarder le monde à la manière de ce jeune garçon, comme un fruit coupé en deux : “ une précaution qui lui permettait de couper, tel un citron, les murs, les objets et les personnes jusqu'à cette hauteur précise et rassurante… ”

      Ou comme ce géant fou aux chevilles grossissant d'un seul coup dans la nuit, “ des pieds horribles qu'il retirait en tremblant avant qu'ils ne débordent de la bassine, ne se mettent à grimper le long des cloisons et à courir sur le plafond ”, qui marche sur la ville morte, ne pouvant plus rien voir d'autre que sa silhouette monstrueuse.

Soleil est mort donc, mais pas pour tout le monde car qui pourrait empêcher le peintre ou l'écrivain de continuer à fleurir l'autel de ce petit dieu soleil et vie comme l'acte créateur lui-même ? Acte qui n'a de sens que dans ce qu'il se partage, dans ce qu'il est notre commune mesure. L'art est notre “ soleil fraternel ”. L'astre descendu de son trône. Il appartient à chacun et n'appartient pas. Et celui qui prend la responsabilité d'offrir son œuvre comme soleil possible au regard des autres est forcément amant de la plus grande liberté et gourmand insatiable de la vie.

Aucun effort à fournir pour écarter la mort de sa trajectoire, il l'ignore, elle n'existe pas, elle ne le concerne pas. Dévoreur de lumière il se balade, clochard céleste dans ces cités nouvelles où d'immenses monuments aux morts lui servent d'écritoire. Facétieux et rusé en diable, il retourne le sort et utilise un innocent panier de prunes “ suaves, parfumées et juteuses ” pour faire exploser en mille morceaux “ l'ingénieur en informatique et l'heureux papa d'une famille honnête et pieuse ” s'apprêtant à “ se rendre au marché pour y déposer tranquillement le panier en osier dans lequel palpitait, comme le ventre d'une bête redoutable et sanguinaire, une bombe artisanale recouverte d'une feuille de journal ”.

Prenant tout à revers il fait parler les morts, ou plutôt il prête voix au “ trou de silence ” par lequel la mort est entrée dans la tête “ côté jardin ” de l'écrivain de théâtre. Voix qui va prendre la suite de celle du “ grand trou noir de l'écriture ”. Il n'est pas seulement celui qui joue comme un chat à donner des coups de patte aux mots, il met aussi le doigt sur leur falsification. Le point de départ de toute erreur de vie est peut-être de ne pas voir que tout a un double sens. Et que le désir de “ passer de l'autre côté ” peut ne pas être seulement l'expression d'un libre choix.

 

“ J'aurais voulu aussi me mettre dans la peau de la limace ou de la tortue qui vit dans la montagne et qui, malgré sa lenteur, finira par passer de l'autre côté. J'aurais souhaité aussi être un lièvre, un hérisson pour franchir librement la frontière qui court entre les buissons, les plantes sauvages et les arbres. ”

( “ Dites-leur de me laisser passer ” )

 

L'homme qui se dit qu'il ne dispose d'aucune liberté s'il ne peut même pas, comme un mouton destiné à l'abattoir, franchir une frontière, n'est-il pas lui-même réellement en train de courir à “ l'abattoir ” ? Car en même temps que nous l'entendons crier son désir de passer outre ‑  d'outrepasser ‑  nous ne pouvons pas ne pas nous dire que ce qui le mène c'est “ aussi ”ce qui le refoule ‑ ce qu'il refoule de lui ‑ le besoin inconscient d'être accepté, reçu chez ceux qui furent ses anciens maîtres. Nous pouvons tout sauf ce que nous donnons de pouvoir aux autres de nous interdire de pouvoir.

Soleil est mort parce que l'homme se voile la face de honte. Car seuls peut-être les poètes et les gueux le considèrent-ils encore comme leur unique prophétie, celle qui fait de l'homme un être rayonnant de sa liberté. Un des héros du texte, Diogène-clochard, exprime bien qu'il est le centre de ses préoccupations :

 

“En voyant l'affiche qui le fit saliver, l'estomac de l'homme aux cartons se creusa encore plus. C'est à ce moment-là qu'il s'aperçut que le panneau lui cachait aussi le soleil.”

( “ L'Affiche ” )











A suivre...

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Lundi 6 octobre 2008 1 06 /10 /Oct /2008 23:21

La Closerie des Lilas suite...

          Il me semblait que nous les enfants des banlieues vers de grisées nous n'avions pour amis parmi les poètes et les artistes que les créatures fantasques et les fous qui gardaient avec la réalité d'une société que nous trouvions très vieillotte des relations illusoires de pacotille. Je trouvais au sculpteur Brancusi que j'avais découvert grâce à mon ami le joueur de guitare familier de l'atelier et des petits jardins aux cabanes étonnantes de l'Impasse Ronsin un charme dû à ses rondins de plâtre sur lesquels il faisait dîner les invités les plus distingués.
          J'imaginais bien ces gens en complets noirs d'un certain chic sortant de là maquillés de terre ocre de poussière blanche et sans doute d'un peu de boue récoltée dans les recoins obscurs des jardins roussis par l'automne à la chemise retroussée et abritant de fantomatiques statues couvertes de givre que seule la lune venait couvrir d'un léger vêtement aux paillettes argentées.
          Oui. Brancusi et ses sculptures étranges et provocantes aurait pu sans soucis appartenir à notre monde en marge des feux des projecteurs… notre phare-ouest éclairé uniquement la nuit par d'énormes réverbères qui nous empêchaient de dormir et rendaient l'obscur des parkings luisant de glace noire. Nous y étions les petits dieux païens des temps modernes avec pour armes les bombes aérosol dont les couleurs brutales épuisaient celles de peintres captifs à l'intérieur des ateliers de la Grande Chaumière sous la lueur rose cendre de la verrière.
          La Closerie des Lilas… oui j'en poussais la porte cet après-midi-là un peu après dix-sept heures en pensant je ne sais pourquoi à Boris Vian et à un de ses poèmes que j'aimais le plus et qui s'intitulait "Vous mariez pas les filles". Je l'aimais parce qu'il me faisait rire de ce désarroi quotidien qu'était pour nous autres funambules la vie avec les pieds sur terre. Et à cause de mon ami le joueur de guitare qui ne partageait son lit qu'avec elle.
          J'avais un grand plaisir à vous revoir parce qu'en me parlant de Marguerite Duras que je n'avais jamais lue et de la revue dans laquelle vous écriviez à l'époque à côté du banc vert un peu mousseux fidèle à mes déconvenues vous m'aviez donné accès simplement à ce que j'avais longtemps cru être un temple. Et parce que votre visage était beau. Parce que vous n'aviez pas d'âge pour moi tout en étant sans doute de l'âge des femmes que j'aimais aussi car elles abordaient la soixantaine telles de grandes déesses oiseaux. Des oiseaux femmes légères et parfumées.
          Pourtant je pensais bien que vous me poseriez la question tant redoutée après laquelle il me faudrait me résoudre à mentir à nouveau sous le frémissement complice de votre regard gris comme une des encres lavées d'Hokusai. Mentir à la moiteur douce du lieu semblable à une serre d'êtres rares. Mentir au piano qui s'en moquait et ne jouait que pour lui-même et pour un homme en costume très ordinaire qui arrivait seulement vers sept heures l orsqu'on commençait à être aussi serrés les uns contre les autres que dans l'autobus qui descendait la rue de l'Ouest et que je n'empruntais pas. Mentir au garçon qui apportait machinalement une assiette de petites olives vertes dans lesquelles je croquais joyeusement en les saisissant avec mes doigts.
          En passant cet étrange tourniquet tamis vertical j'avais repéré aussitôt votre visage. Ce n'était pas encore l'heure où les écrivains rejoignent chacun leur table ou celle d'un illustre prédécesseur étiquetée d'une petite plaque de cuivre telle qu'on en pose sur le collier des chiens pour ne pas les perdre.
          Mon blouson de cuir de journaliste qui était assez vaste pour autoriser plusieurs pull-overs m'a paru alors un peu lourd comme si une certaine pesanteur s'était sournoisement perchée sur mes épaules. Mais je me suis réconfortée aussi vite en songeant qu'aux artistes toute dégaine est permise même et surtout en certains endroits de la rive gauche.
          La question n'a pas jailli de vos lèvres tout de suite car le champagne aidant vous aviez oublié que vous ne saviez rien de moi ou si peu. Vous ne pouviez soupçonner combien ma présence en face de vous à cette table de la Closerie était incongrue voire insensée autant que l'aurait été celle d'un crocodile dans le lit d'une courtisane.
          En m'égarant au gré de l'encre grise du lavis qu'Hokusai avait fait à vos yeux et à vos boucles cendrées je cessais d'être constamment sur mes gardes comme il convient lorsqu'on sort de son territoire pour entrer dans celui des autres. J'étais émue par l'ingénuité avec laquelle vous me parliez de vous pendant que le dictaphone absorbait pêle-mêle nos voix et les sonorités barbares de ce bar mondain dans lequel entraient des gens qui étaient pour moi des ombres sans visage.
          - Et quel métier faites-vous en dehors de l'écriture ?
         Au moment où vous formuliez la question qui demeurait posée devant moi comme une chose épluchée à vif qu'on ne sait par quel bout prendre je pensais curieusement à la phrase que l'ange Heurtebise répétait avec obstination à Cocteau dans l'ascenseur le menant chez Picasso : "Mon nom est sur la plaque… Mon nom est sur la plaque…"
          Je cherchais désespérément des yeux da ns le miroir géant s'étirant derrière vous une inscription venant à mon secours et n'en dénichant aucune je me suis résolue à proférer des paroles qui certainement allaient me rendre aussi ridicule que Pinocchio tentant de masquer ce nez qui n'arrêtait plus de grandir.
          Qu'aurais-je pu vous dire ?
          Qu'à la nuit largement tombée j'allais accomplir une besogne si absurde que je me refusais à la nommer car elle ne comportait aucune gloire ainsi que c'était le cas pour mes amis blacks d'il y a vingt ans déchargeant de lourdes plaques de plâtre d'un four incandescent.
          A l'époque de notre gueuse jeunesse nous n'imaginions pas pour nous de destin autre que l'errance accompagnant ce qui aurait pu s'appeler mise au monde d'un monde plus doux comme la voix de Nina Simone quand elle descendait dans les graves mais nous n'y pensions pas.
            A l'époque de notre gueuse jeunesse dans les cités de banlieue je ne pouvais pas croire qu'un jour je boirais tranquille et attablée là où un des poètes  que j'aimais avait écrit à son frère de sang perdu quelque part aux rebords de l'enfance qui nous garde des froidures avec son manteau d'insouciance ces mots incroyables : "… venez chère âme… on vous espère… on vous attend…"
          Ces mots qui me blessaient l'intérieur des paumes quand je les regardais tailladées et fraîchement couvertes d'écailles de couleur sanguine séchées après avoir travaillé toute la nuit à vider des cartons de papier sur des tapis roulants de caoutchouc noir.
A suivre...

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