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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Vendredi 23 janvier 2009 5 23 /01 /Jan /2009 18:30

      Des oiseaux dans la guerre...

      Comme vous l'avez vu le massacre de gamins de Gaza nous a totalement traumatisés et on n'est pas prêts d'oublier ça ni de passer là-dessus... Maintenant ça va être le temps des comptes à rendre pour ces assassins que sont les militaires de toutes les armées du monde et ceux qui les dirigent !
      Pas rêver... on aura pas leur peau comme ça mais on va s'y atteler ferme et surtout travailler ensemble pour arriver à protéger les peuples sans défenses des tueurs qui pullullent dans ce monde de dingues...
      Et comme notre blog des Cahiers est d'abord dédié aux jeunes et aux mômes de la banlieue voici un extrait du Journal de Bord que tenait Majeda publié par Le Monde et qui nous a drôlement plu tant les passages qu'on a choisis sont proches de la vie... Presque une histoire de Petit Prince...




Cette odeur si particulière revient polluer nos vies

 

Animatrice socioculturelle à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, Majeda al-Saqqa tient un carnet de bord depuis le début de l’opération “ Plomb durci ”. Nous en publions des extraits.

 

Samedi 27 décembre Comme un tremblement de terre.

 

      J’étais sûre que les Israéliens attaqueraient pendant les vacances de Noël. Et que ni l’Union européenne, ni les Etats-Unis ne réagiraient […] Mais pas une seconde, je n’aurais imaginé ce qui est arrivé.

      Vers 11 h 30, c’est comme un tremblement de terre qui frappe Khan Younès. Mon cœur bondit : ma mère, mes sœurs ! Mes neveux à l’école et au jardin d’enfants ! Je cours dehors pour aller les chercher. Ils sont déjà revenus : par hasard, notre voisin les a ramenés avec son fils. Totalement terrifiés. Wael, mon neveu de 4 ans, n’y comprend rien - il ne savait même pas qu’Israël existait. Maintenant il sait. Ils savent tous.

      Nous nous rassemblons dans le jardin. Lors de la dernière attaque, les fenêtres ont volé en éclats sur nos têtes, les portes ont été cassées. Ce bombardement est tellement plus puissant que rester dehors semble être la meilleure solution. Le tonnerre de bombes continue, la fumée s’élève alentour. Et cette odeur si particulière revient polluer nos vies. ( … )

 

Vendredi 2 janvier Le F16 et les oiseaux

 

      Wael s’est réveillé très fâché contre moi :

      ‑ Tu nous avais promis un arbre de Noël, on n’en a pas eu. Tu avais promis de m’emmener à la plage, tu ne l’as pas fait. Tu avais promis qu’on regarderait les oiseaux et tu ne nous laisses même pas jouer dans le jardin.

      Wael adore regarder les oiseaux. Ces derniers jours, il a souvent regardé vers le ciel et demandé pourquoi les oiseaux mettent autant de temps à retrouver leur nid dans le jardin. Hier, Wael regardait les oiseaux quand un F16 est arrivé, occupant tout le ciel. A chaque bombe lâchée, les oiseaux s’éparpillaient, paniqués. Au début, cela amusait Wael. Maintenant, il sent que les oiseaux sont en danger. Il me dit :

      ‑ Cette nuit, l’avion a encore blessé mon doigt. Je sais que tu ne me crois pas, mais il est tom bé et a mis le feu au jardin. J’ai senti l’odeur.

      - Alors tu as fait quoi ?

      - J’ai cherché mon avion pour ramener tous les oiseaux à leur maman parce qu’ils m’appelaient à l’aide.

      - Et tu les as aidés ?

      Il me lance un regard noir :

      ‑ Bien sûr que non !

      - Pourquoi ?

      - Parce que tu ne m’as pas acheté d’avion ! Je n’ai rien pu faire pour eux et ils sont vraiment fâchés contre moi !

      Je le regarde dans les yeux :

      ‑ Wael, je te promets qu’à la fin de la guerre, je t’achète un avion très grand, avec une télécommande.

      Il demande :

      ‑ C’est quoi, la guerre ?

      - C’est ce qu’on est en train de vivre. C’est ce que tu as vu dans ton rêve.

      - Mais pourquoi des gens veulent faire cette guerre ? Pourquoi des gens voudraient que les oiseaux ne puissent pas retourner à leur nid ?

      Je lui tends les bras :

   ‑ Wael, pardon pour toutes les choses que j’ai ratées ces derniers jours. J’ai du travail… On continue plus tard.   
      Il est content de ma promesse de cadeau. Et moi d’avoir pu abréger cette conversation.

Dimanche 4 janvier Danse de drones, mélodie de guerre

      Sûrement le pire jour de notre vie. Ma mère dit que même la guerre de 1967 n’était pas si terrible. Pas d’électricité, très peu d’eau et ce froid horrible qui accompagne l’orchestre de la guerre en direct. Les canons des chars, les bombardements des F16, le drone qui fait des cercles jour et nuit… Comme si une abeille bourdonnait juste dans le creux de l’oreille. J’ai décidé d’appeler ça la mélodie de la guerre. Comme cela, peut-être que Wael me questionnera sur cette mélodie au lieu de demander, encore et encore :

       ‑ C’est quoi la guerre ? Qui a commencé ? Pourquoi ?

Mais la mélodie ne l’intéresse pas du tout. Maintenant, il questionne sans relâche :

      ‑ Pourquoi le pilote veut tuer les oiseaux ? Pourquoi il les déteste ? Il ne sait pas que les oiseaux ont une vie, comme nous ?

      Je suis saisie par cette dernière question. […]

      Les bombardements continuent. Wael est très nerveux. […] Alors, j’obéis à ma mère : on se colle les uns aux autres, ce qui est très bien pour la chaleur, mais très mauvais pour la sécurité. Dehors, la mélodie continue, alors on compte à voix haute : 1, 2, 3, … 28, … 43… Comme les enfants ne savent pas compter après 50, on arrête. ( … )

 

Lundi 5 janvier Tout compte ( de bombes ) fait.


      Juste avant d’aller au lit, Wael lance :

      ‑ En fait, j’aime bien la guerre.

      - Pourquoi ?

      - Je ne suis pas obligé de me laver le visage ou les mains dans le froid. Je ne me lève pas pour aller au jardin d’enfants.

      - Mais si tu n’y vas pas, tu n’apprendras pas à compter et tu ne pourras pas compter les bombes…

      - J’aime pas compter les bombes, de toute façon, et il monte vers sa chambre.

      Je me sens tellement stupide d’avoir fait compter les bombes à ce petit garçon !         
      Wael revient :

      ‑ Je voulais te demander : si un garçon et son papa sont en fer, la bombe les détruira ?

      - Oui.

      - Et s’ils sont en bois ?

      - Aussi.

      - Et s’ils sont en arbres ?

      Tout à coup, je comprends que je dois répondre non, juste pour qu’il puisse dormir…

Publié dans : Colères noires
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Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /Jan /2009 22:48

      Le marchand d'oiseaux

      Cela s’était passé un matin de Mai je m’en souviens. Cela s’était passé au moment le plus frais des cerisiers. Celui où tu avais pris l’habitude au lieu de te rendre à l’école de marcher pieds nus dans l’herbe lorsque les mains des magiciens retiennent les gouttes d’eau. De marcher pieds nus tes chaussures nouées autour de ton cou sous les églantiers blancs. Tu nous avais regardé passer la bête et moi le visage enfoncé dans nos pensées de solitude sans doute car nous ne parlions pas.
      Tu t’étais caché dans l’odeur mielleuse des baies naissantes et le goût acidulé des petites pousses vertes au bout des branches de cette année comme un jeune hérisson inquiet et excité à la fois par ce qui allait arriver.
      Tu as eu envie quand tu nous as vu disparaître entre les branches lourdes qui pleuvaient leurs masses de parfums crèmes et orangés de pousser la porte rouge du petit jardin. Mais tu t’es repris aussitôt par la peur que tu avais d’y être enfermé à ton tour.
      Alors tu as attendu en surveillant le vol taquin des mésanges charbonnières. Et puis soudain la porte a grincé de nouveau et une main si fine que tu l’as pensé être celle d’une créature féerique s’est posée sur le bois écaillé qui avait la douceur d’une ancienne écorce.
      Alors tu t’es approché avec dans le dos des ruisseaux de sueur sous ta chemise. Et tu as saisi au fond de ta poche une grosse poignée de billes si claires qu’on aurait dit des citrons ou des berlingots à la pâte filante. Et tu as tendu ta main vers moi comme pour une offrande de jour nouveau.
      Ma paume était pleine de pétales de roses sang et la bête à mes côtés ne disait rien. J’ai regardé les billes couler tels des berlingots entre mes doigts et les pétales de roses s’env oler légers vers le soleil. On aurait cru la queue d’un cerf-volant à la ficelle cassée. Fragiles tu as serré mes doigts dans les tiens et tu as dit :
      - Si tu veux je connais un endroit où il y a des iris d’eau et des nénuphars…             
      Et comme je te souriais et que j’hésitais devant ta tignasse où s’emmêlaient des brindilles d’églantiers au-dessus de tes yeux de noisettes tu as demandé en pointant de l’index les griffures sur mon visage :
      - Et ça qu’est-ce que c’est ?…
      - Oh ! je t’ai répondu… Ça c’est les roses… Mais ça n’est pas grave… Non ça n’est pas grave du tout…
      Pendant que nous remontions en riant le chemin qui mène à la forêt nos deux mains nouées tu pensais que maintenant cela n’avait pas d’importance si on se perdait un peu de vue dans le fouillis de la vie. Car tu possédais le signe. Et le signe te permettrait de me retrouver n’importe où sur la terre qui est plus grande sûrement qu’on le voit au fil des cartes qui n’ont jamais bougé des murs d’ennui de l’école.
     Toi partout où tu irais tu te souviendrais des doigts si fins sur la porte écaillée rouge comme un coquelicot à peine entrebaîllé.


      La première fois où je t’avais vu à nouveau j’étais assise seule en plein milieu de la salle du bar accoudée presque endormie à cette table rouge vermillon car le marchand d’oiseaux m’avait fixé rendez-vous.

La première fois où je t’ai vu à nouveau j’ai compris la tragique et silencieuse beauté de la bête quand j’ai contemplé tel un mirage nuage le kaléidoscope de ton regard émerveillé se dépliant grave de douceur et de passion polisson. Ton regard qui redonnait d’un seul embrasement un souffle venu de loin à toutes ces roses fanées sur moi.
      Car la bête qui loge dans nos antres a le front barré d’une nostalgie obstinée d’avoir été si longtemps présente mais obligée de se cacher à nos côtés. Maintenant je sais qu’elle a le droit d’apparaître dans la lumière et les parfums du jour tout autant que le tournesol dont les mille visages sont agréables à surprendre entre les mains des magiciens mouillées de rosées.
      C’était un dimanche matin et la bête et moi nous nous sommes enfin réconciliées avec toutes les aubes frissonnantes.
      C’était un dimanche matin à six heures alors que tu venais de prendre ta douche brûlante sous laquelle ta peau se défaisait un peu de son costume de fatigue et du maquillage de lassitude ordinaire que l’usine n’en finissait pas de fabriquer. Après les vestiaires tu glissais vite la petite carte dans la fente de la pointeuse machinale dont les dents étaient depuis longtemps usées avant de chercher dans le brouillard entre roudoudous et framboise rose cendre ta voiture quelque part… tu ne savais jamais où… au milieu du parking à moitié vide ce jour-là.
      C’est en ouvrant la portière que tu l’as senti se poser sur ton épaule gauche mais senti à peine car il ne pesait pas plus lourd que le vent jouant joyeux dans ton cou.
      C’était un perroquet vert pomme ou bleu turquoise dont la petite tête aux yeux de billes jaune citron s’est nichée contre ton oreille avec des cris d’amitié bien reconnaissables.
      - Eh bien bonjour !… tu as dit pendant que la voiture crachouillait vaguement de fins flocons gris mauves avant de démarrer.
      - Bonjour !… Bonjour !… a crié le perroquet vert pomme en surveillant d’un œil chacun de tes mouvements.
      - Eh !… pas dans l’oreille s’il te plaît… Et tu as patienté quelques instants avant de demander sans le regarder :
      - Alors j’espère que tu sais où on va car moi à cette heure je ne sais plus rien du tout…
      - A gauche toute !… s’est exclamé sur un ton de commandement sévère et goguenard le perroquet bleu turquoise.
      - A gauche toute d’accord !… mais pas dans l’oreille… tu as obtempéré avec un grand rire que le perroquet vert pomme a repris en sourdine aussitôt.
      A chaque croisement tu avais droit à un :
      - A gauche !… ou A droite !… strident tandis que le perroquet vert ou bleu effectuait sur ton épaule une danse de plus en plus frénétique et que les plumes de sa tête se redressaient lui offrant une couronne de petit roi.
      - C’est ici !… C’est ici !… il s’est écrié soudain en se mettant à voleter dans le kokpit de la voiture où le soleil tissait une buée que les mains des magiciens parsemaient de poussière d’ambre rose légère.
      - Ici !… Ici !… Juste à côté du bistrot “ Au chien qui fume ” il a fallu encore que tu négocies un créneau avant de le suivre tourbillonnant au-dessus de toi et jacassant au point que tu as enfoncé tes doigts dans tes oreilles jusqu’à ce qu’il disparaisse par la porte rouge entrebaîllée dans la lueur rouquine du café.
A suivre...
Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Mardi 20 janvier 2009 2 20 /01 /Jan /2009 23:08

      On oubliera pas...

      Après ces trois semaines de violence dont nous sommes à peine en train de nous remettre un peu il y aurait bien des choses à dire sur l'indifférence absolue de la plupart des gens ici devant ce qu'on fait aux autres mais on a l'habitude... ça fait vingt piges que ça dure dans ce pays ils sont autistes... ne voient qu'eux et leurs petites affaires... leurs soldes leurs sports d'hiver leur prime de fin d'année.... Pauvres gens....
      D'autres heureusement ne leur ressemblent pas mais alors pas du tout ! Marie Virolle mon amie qui habite Vallauris et dont l'assoc Le Moulin des deux rives fait travailler écrire danser faire de la musique ensemble aux fous qui des deux côtés de la Méditerranée ont envie de se rapprocher et de s'éclater ensemble m'a écrit des mots qui font du bien...
      La Zaïne c'est la cité de Vallauris où vivent la plupart des gens qui ont pas beaucoup de pognon et une grande quatité d'immigrés et leurs familles deuxième et troisième génération on connaît le principe... C'est dans la cité que des quêtes ont été organisées pour envoyer des médicaments de la nourriture et tout ce dont les enfants de Gaza et les familles pouvaient avoir le plus besoin durant cet abominable Noël qu'on oubliera pas c'est sûr... Et comme me le disait Marie : " tout le monde a donné ce qu'il n'avait pas... c'était beau... " Ouais... entre frangins de mistoufle faut s'entraider et la solidarité ça existe encore z'inquiétez pas... on fera ça sans vous...
      Non... on oubliera pas les p'tits mômes de Gaza traumatisés à donf pour toute leur vie... massacrés amôchés et le reste... On oubliera pas les citronniers déracinés les champs labourés par les chenilles des tanks dernier cri... les fermes dévastées les vaches zigouillées l'eau polluée les détritus éparpillés...
      Cette terre-là aussi c'est la nôtre... toute la terre est aussi la nôtre et les enfants de Palestine assassinés sont les nôtres...
      Pour eux pour effacer la honte de ce que des adultes imbéciles et barbares ont fait on reconstruira on recommencera une fois encore... pour la vie qui était la leur et qui nous reste au creux des mains...

GAZA : on n’oubliera pas

                                                                                       Camp de Khan Younis  Gaza 1993  

Publié le 19-01-2009

 

      Israël a déjà mis au point tout son arsenal de propagande pour aider les “ faiseurs d’opinion ” à effacer le plus rapidement possible le souvenir des atrocités commises par son armée, et à redorer son blason. Pour des centaines de millions de personnes dans le monde, c’est peine perdue. Et le billet que nous envoie Paula, traduit bien que nous ne sommes pas dupes et que nous n’oublierons pas.

 

ZEITOUN

 

      Ils ont dix-huit ans peut-être vingt. Ils surveillent, armes au poing, les alentours peu sûrs. Ils prennent possession du lieu, un immeuble éventré par leurs amis venus du ciel et jouant du cerf-volant à la beauté assassine. Dans les gravats, gît la mère au corps ensanglanté. Les enfants s’agrippent aux jupes, au foulard, à la chevelure, à ce qu’il reste de sa tendresse protectrice.      
      Les enfants murmurent : maman, maman… La vie est en eux encore et ils voudraient se lever. Les petites jambes frêles après dix-huit mois de privations infligées les abandonnent. Ils retombent serrés à la mère. Ainsi ils demeurent quatre jours durant.

      Ils ont dix-huit ans peut-être vingt et ils amoncellent maintenant terre et caillasse, manière de ne pas voir, de ne pas entendre les petites voix qui dérangent. Après moult discussions locales et onusiennes, au bout de quatre jours une ambulance est autorisée à venir sur les lieux. Le petit amoncellement ne lui permet pas de passer. Les secouristes sautent du véhicule sous les menaces et injures des jeunes hommes armés et crispés.

      On va chercher un âne tirant une carriole pour dégager la mère et les enfants. Alors ils pointent leurs armes sur l’âne, la carriole, la mère, les enfants, les secouristes.

      La misère fait des ravages dans la jeunesse armée. Mais quand le travail sera terminé, on leur offrira pour soigner leurs cauchemars un voyage en Inde ou en Amérique Latine pendant un an ou deux.

      Et dans vingt ans nous aurons un autre très beau “ Valse avec Bachir ” que nous applaudirons.

      Ils auront bien travaillé les petits, ils seront même capables après tant d’années de bouleverser les salles de cinéma du monde entier qui aura oublié la mère et ses enfants. Et les enfants auront-ils oublié ?

Paula

















Gaza  Janvier 2009

Publié dans : Colères noires
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Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /Jan /2009 22:16

D'autres printemps à Gaza...
 
Petit âne avec sa charette à Khan Younès en 1993

     
      A la veille de ce que nous espérons être les derniers moments de l'épouvante que vivent les enfants de Gaza j'ai recopié pour vous le faire découvrir ce témoignage de la vie quotidienne dans un lieu sous les bombes écrit par une jeune femme de la ville de Khan Younès.
      Mon ami Marc avait été au camp de Khan Younès au moment du processus de paix en 1993 et les photos qui accompagnent ces articles depuis le début de la guerre menée par Israël contre les Palestiniens sont celles qu'il avait prises alors...
      Ce témoignage plein de tendresse de joie malgré l'horreur et la peur et d'humour nous fait du bien je crois alors que tant de mal est arrivé déjà aux enfants de Gaza qui comme tous les enfants ne sont responsables de rien de tout ça ! Que cette guerre atroce comme toutes les guerres se termine vite vite et que les enfants de Gaza aient enfin le droit de rire et de jouer dehors comme tous les gamins sans que la mort ne leur tombe dessus...
      Nous souhaitons à Majeda que son témoignage de la vie sous les bombes s'arrête là et que le prochain soit un message qui nous dise que la vie va renaître et qu'il y aura d'autres printemps à Gaza et à Khan Younès...

" Il n’y a rien de plus effrayant que les bruits de la guerre "

Deuxième rendez-vous avec Majeda al-Saqqa, animatrice socioculturelle à Khan Younès, qui tient un journal de bord sur le quotidien d'une famille sous les bombes.

 

Jeune femme à Khan Younès en 1993

MAJEDA AL-SAQQA

     Nous poursuivons aujourd’hui la publication commencée lundi ( Libération du 12 janvier ) du carnet de bord de Majeda al-Saqqa. Animatrice socioculturelle à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, elle tient un journal depuis le début de l’opération israélienne " Plomb durci ", le 27 décembre. Voici de nouveaux extraits de cette vie au quotidien sous les bombes d’une famille palestinienne.

 

MERCREDI 7 JANVIER: l’orchestre de la guerre

 

       Comme dans une boîte de sardines, nous sommes tous regroupés dans une seule pièce. C’est devenu trop dangereux pour mon frère et ma famille de dormir à l’étage. Et c’est très angoissant de voir la maison trembler. Wael et moi partageons un petit matelas étalé au sol. Nous regardons ensemble des photos sur mon téléphone portable, en tentant d’ignorer l’orchestre de la guerre dehors. En l’espace de quelques minutes, Wael s’endort en suçant son pouce, le portable dans une main. Je m’éveille en sursaut à cinq heures. Wael dessine sur mon visage avec ses petits doigts et chuchote à mes oreilles: " La guerre est finie, nous devons sortir. Tu es mon avion. Levons-nous. Je veux aller au jardin d’enfants.
      - Nous irons quand la guerre sera finie.

       - La guerre est finie.

        - Non, la guerre n’est pas finie. "
       Il réveille tout le monde et à 5h30, toute la maison est en mouvement. A 8 heures, le soleil brille et nous avons de l’électricité. Wael vient de prendre sa douche et descend les escaliers avec sa veste rouge. " Allons-y ! "
       - Non, dis-je, la guerre n’est PAS finie ! Wael, crois-moi, c’est trop dangereux de trop s’éloigner de la maison. " 
        Il va dans le jardin et décide de jouer exactement là où je lui avais dit de ne pas jouer : devant notre jardin, sur la gauche, il y a un immeuble que les Israéliens ont déjà bombardé. Tout le monde s’attend à ce qu’ils recommencent.
      - Wael, je t’ai demandé de ne pas jouer là.
      - Je t’ai demandé de me faire sortir. 
      - Mais c’est dangereux ! "

     Au milieu de cette discussion frustrante, ma nièce débarque de chez elle, à deux maisons de la nôtre. Dima, 9ans, a pu, elle aussi, se doucher aujourd’hui. Elle s’assoit au soleil pour se réchauffer.

     Je rentre à la maison. Wael me suit. Soudain, une énorme explosion. Les avions noirs sont partout. Ils tapissent le ciel. Un bruit effrayant. Dima hurle, elle ne peut pas bouger. Elle est seule dans le jardin. Partout dans le voisinage, des enfants pleurent. Wael se cramponne à mes jambes, en suçant son pouce. Je le relève et le donne à sa mère. Je récupère Dima. Elle tremble. Elle hurle. J’essaye de la serrer dans mes bras, mais tout son corps est raide, sauf ses jambes qui tremblent. Les avions sont toujours dans les airs. 
       - Je ne veux plus sortir aujourd’hui, lance Wael. Je confie Dima à sa mère. Je sens chaque battement de son cœur. Elle pose sa tête au creux de mon cou. :
       - Dima, calme. Ils sont partis. Ils n’ont frappé personne. C’était juste un exercice.
       Cette fois, je ne mens pas. Mais la vérité n’a guère d’importance.

 

VENDREDI 9 JANVIER : trois secondes de survie

     Aujourd’hui, ma mère a rapporté une vieille lampe à huile dont elle a hérité de sa mère. Elle a longtemps fait partie du décor de notre salon où étaient conservés les souvenirs kitsch. Ma mère l’a rempli de mazout bien que la moitié de la famille y soit allergique. La lampe diffuse une douce ambiance. Curieusement, chacun de nous assis dans ce salon, parle tout bas, comme si nous devions masquer nos voix à quelque chose, à quelqu’un. Je ne sais pas.
     - J’ai l’impression que l’un de mes points de suture est en train de lâcher, dit Zeina. Mon médecin est à Gaza et la route pour y aller est coupée. De toute façon, les hôpitaux ne soignent que les urgences et ça n’en est pas une !
      Hitham me regarde et demande :  
      - Peux-tu le faire ? 
       - Moi ?
       - Oui, toi…

     Avant qu’il ait fini de parler, la maison tremble de gauche et de droite, dans un horrible bruit sans fin. Des courants d’air s’engouffrent par les fenêtres, les portes claquent. Un éclair immense illumine toute la ville de Khan Younès. Nos yeux fixent la porte. Nous essayons de nous souvenir de ce que nous avons appris hier, quand un F16 ( avion, nlde ) frappe ton quartier. Mais est-ce bien un F16 ? S’il s’agit de tirs de chars, les instructions sont différentes.

     Apparemment, nous sommes de mauvais élèves, parce notre seule réaction est le silence. Nous restons les yeux fixés sur la porte et attendons. Peut-on dire " attendre " quand il ne s’agit que de trois secondes ? Je suppose qu’à Gaza, c’est le cas. Trois secondes à Gaza peuvent changer votre vie. Puis, comme des athlètes sur la ligne de départ, nous fonçons tous en même temps vers le jardin. La fumée s’élève à plus de 500 mètres de la maison. Dieu merci.

     - Nous avons survécu à une nouvelle frappe, déclare ma mère. Nous avons survécu trois secondes de plus. Dorénavant, notre survie s’évalue en secondes, plus en jours.

 

SAMEDI 10 JANVIER: au marché aux légumes

 Au camp de Khan Younès en 1993

        
       Après une nuit horrible de tirs de chars, de bombardements de F16, peut-être d’Apache ( hélicoptère, ndle ) de drones et, le plus inquiétant de tout, l’odeur des gaz au phosphore qui nous parviennent du voisinage, je veux m’excuser, aujourd’hui, auprès de tous les musiciens du monde pour avoir employé le mot orchestre au sujet des bruits des bombardements. Il n’y a rien de plus effrayant et de plus laid que les bruits de la guerre. Aujourd’hui, je ne plaisante pas. Pas assez de nourriture à la maison. Découragés, les enfants veulent quitter cette prison. La fin n’est pas pour aujourd’hui. Il n’y a pas d’endroit sûr dans la bande de Gaza. Si mon propre lit n’est pas sûr, alors le marché n’est pas sûr non plus. Mais il pourrait l’être autant que mon lit… Donc, je me réveille tôt.

     J’appelle les enfants :

     - Allez, nous allons tous aller au marché aux légumes.

     - Est-ce que la guerre est finie ? interroge gaiement Arslam, mon neveu de 5 ans.

     - Non, mais il y aura un cessez-le-feu entre 13 et 15 heures.

     - Qu’est-ce qu’un cessez-le-feu?, demande Wael à ma sœur Najat.

     - On dirait qu’il y a du mouvement dans la rue, dis-je. Essayons de sortir maintenant.

     Je n’ai jamais vu les enfants si heureux. Ils n’attendent même pas que je sorte la voiture du garage.          
     Comme des oiseaux s’échappant de leur cage, ils chantent et dansent devant la maison.

     Je décide de regarder uniquement dans le rétroviseur et devant moi. Je ne veux rien voir autour de moi. J’aime Khan Younès.

      Un camion distribue de la farine aux habitants. Nous nous essayons et attendons que les familles aient reçu leur quota. Une femme âgée vend la moitié de ce qu’elle a reçu. Je lui demande si je peux lui en acheter.

      - Oui. Je dois rentrer vite. Si mes fils apprennent que je suis là, ils vont s’énerver. Je suis venue là car nous n’avons plus rien à la maison et nous devons faire vivre 12 enfants

     Je lui demande pourquoi vend-elle alors cette farine ?

     - Nous avons reçu deux sacs des Nations unies. Nous en vendons un pour acheter des légumes. Je lui achète le sac.

     Quand je démarre la voiture, Dima m’interroge:

     - Pourquoi as-tu acheté ce sac de farine. Il est écrit dessus “ Ne doit pas être vendu ” ?

     Je lui souris :

     - Je l’ai acheté, je ne le vendrai pas, car il ne doit pas être vendu.

     Nous rentrons. Je fixe mes yeux bien droit devant. Wael, Arslan, Dima et Majed commencent un nouveau jeu :

     - Je vois quelque chose de différent. Je ne suis pas en mesure de regarder.

     Les frappes reprennent à Khan Younès. Nous arrivons à la maison tout le monde est content.

     Le téléphone sonne. Wael se précipite et décroche.

     - Bonjour, qui est-ce? Il reste silencieux un moment puis :

     - Non, nous n’avons pas. Mais nous avons besoin de sucre et je veux une voiture et un avion avec une télécommande.

     Je m’empare du combiné. Il s’agit d’un message enregistré des militaires israéliens :

     - Si vous avez des armes à domicile, vous devez les rendre. Si vous cachez des membres de la milice, signalez-le au numéro suivant… Si vous voulez nous communiquer une information, composez le numéro suivant…

     Wael me demande s’il peut réclamer à la voix d’acheter également du chocolat pour son frère. Je lui donne mon accord.

     - Apportez-en aussi pour Majed, Arslam et Dima.

 

DIMANCHE 11 JANVIER: le coq décalé

 

     - Qu’est-ce qui arrive à ton coq ?, me demande une amie au téléphone. Il est 21 heures et il chante comme si c’était l’aube !

     - Il souffre du décalage horaire, lui dis-je. Il n’a pas fermé l’œil de la nuit à cause des explosions. Il a faim parce qu’il n’y a pas de nourriture pour eux au marché et, en plus un hélicoptère Apache vient d’illuminer tout Khan Younès avec ses fusées éclairantes. Il pense que c’est le matin. Je la rassure : Ne t’inquiète pas. Il va se rendormir.

























       Enfant à Khan Younès  en 1993...

Publié dans : Colères noires
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Vendredi 16 janvier 2009 5 16 /01 /Jan /2009 23:37

Comment apprendre à vivre ensemble ?

     





















          Un autre regard sur ce qui se passe entre les Palestiniens et les Israéliens qui n'est pas directement celui porté sur la guerre et sur le massacre actuel de la population de Gaza mais plutôt sur l'irréalité dans laquelle beaucoup d'Israéliens vivent leur rapport au peuple de Palestine... Le regard d'un artiste et musicien israélien...

      Gilad Atzmon est un musicien de jazz réputé dans le monde entier dont le CD “ Exile ” a été sélectionné comme meilleur CD de jazz de l’année par la BBC.
      Né en Israël en 1963, Gilad Atzmon, compositeur qui joue de tous les saxos ( soprano, alto, tenor, bariton ), mais aussi de la clarinette, du zurna et de la flûte, a émigré à Londres en 1994 où il a fondé l’Orient House Ensemble, qui s’est produit dans le monde entier, avec Asaf Sirkis à la batterie, Yaron Stavi à la basse et Frank Harrison au piano.
Au fil des ans Gilad Atzmon a intégré différents styles dans sa musique, un mélange détonant de Coltrane de be-bop et de Moyen-Orient, produisant un mélange très personnel d’une très grande puissance. ( http://www.gilad.co.uk )
Gilad Atzmon, critique acerbe de la politique israélienne, est aussi l’auteur de plusieurs essais et romans dont ’A Guide to the Perplexed’ et ’My One and Only Love’, qui ont été traduits dans 24 langues.

 

Vivre en en sursis sur une terre volée

Par Gilad Atzmon

 

      Discuter avec des Israéliens a de quoi laisser pantois. Même en ce moment, alors que l'aviation israélienne assassine au grand jour des centaines des civils, des personnes âgées, des femmes et des enfants, le peuple israélien parvient à se convaincre qu'il est la véritable victime de cette saga violente.
      Ceux qui sont intimement familiers du peuple israélien réalisent que ce dernier n'est absolument pas informé des racines du conflit qui domine son existence. Assez souvent, les Israéliens en viennent à des arguments d'un genre bizarre qui ont tout leur sens dans le discours israélien, mais sont dénués de toute signification hors la rue juive.
      Un de ces arguments est le suivant : “ Ces Palestiniens, pourquoi insistent-ils pour vivre sur notre terre ( Israël) , pourquoi ne s'installent-ils pas tout simplement en Égypte, en Syrie, au Liban ou dans n'importe quel autre pays arabe ? ”
      Une autre perle de sagesse hébraïque est du genre : “ Qu'est-ce qui ne va pas avec les Palestiniens ? Nous leurs avons apporté l'eau, l'électricité, l'éducation et tout ce qu'ils trouvent à faire c'est d'essayer de nous jeter à la mer. ”
      De manière assez étonnante, les Israéliens même ceux de la soi-disant ‘ gauche ’ et même ceux de la ‘ gauche ’ intellectuelle sont incapables de comprendre qui sont les Palestiniens, d'où ils viennent et le pourquoi de leur résistance. Ils n'arrivent pas à comprendre qu'Israël a été créé aux dépens du peuple palestinien, de la terre palestinienne, des villages, des villes, des champs et des vergers palestiniens. Les Israéliens ne réalisent pas que les Palestiniens de Gaza et des camps de réfugiés de la région sont en réalité les populations dépossédées de Ber Shive, Jaffa, Tel Kabir, Sheikh Munis, Lod, Haïfa, Jérusalem et de bien d'autres villes et villages.
      Si vous vous demandez comment il se fait que les Israéliens ignorent leur histoire, la réponse est très simple, on ne la leur a jamais racontée. Les circonstances qui ont conduit au conflit israélo-palestinien sont bien cachées à l'intérieur de leur culture. Dans le paysage, les traces de la civilisation palestinienne d'avant 1948 ont été effacées. Non seulement la Nakba, le nettoyage ethnique en 1948 des indigènes palestiniens, ne fait pas partie des programmes scolaires israéliens, elle n'est pas même mentionnée ni discutée par aucun forum officiel ou universitaire israélien.
      Dans le centre de presque chaque ville israélienne on peut trouver une statue commémorative en forme bizarre, presque abstraite, de tuyauterie. Cette tuyauterie est appelée Davidka et est en réalité un canon de mortier israélien de 1948. Il est intéressant de savoir que le Davidka était une arme particulièrement inefficace. Ses obus n'avaient pas une portée supérieure à 300 mètres et causaient peu de dégâts. Mais si le Davidka causait un minimum de dommages, il était par contre très bruyant. Selon l'histoire israélienne officielle, les Arabes, c.à.d. les Palestiniens, s'enfuyaient tout simplement pour sauver leurs vies dès qu'ils entendaient le Davidka au loin.
      Selon le discours israélien, les Juifs, c.à.d.. les Israéliens ‘ récents ’ faisaient quelques feux d'artifices et les ‘ Arabes poltrons ’ couraient tout simplement comme des idiots. Dans la version israélienne officielle, on ne trouve aucune mention des nombreux massacres planifiés et perpétrés par la jeune armée israélienne et les unités paramilitaires qui l'ont précédée. Il n'y a aucune mention non plus des lois racistes qui interdisent aux Palestiniens de revenir sur leurs terres et dans leurs maisons.
      La signification de ce qui précède est assez simple. Les Israéliens ne sont absolument pas familiers avec la cause palestinienne. Dès lors, ils ne peuvent interpréter la lutte palestinienne que comme une lubie meurtrière irrationnelle. A l'intérieur de l'univers israélien avec son caractère judéo-centré et de seule réalité existante, l'Israélien est une innocente victime et le Palestinien rien moins qu'un meurtrier barbare.

Cette grave situation qui laisse l'Israélien dans l'ignorance totale de son passé mine toute possibilité de réconciliation future. Dès lors que l'Israélien n'a pas un minimum de compréhension du conflit, il est incapable d'envisager la possibilité d'une solution qui ne serait pas l'extermination ou le nettoyage de ‘ l'ennemi. ’ Tout ce que l'israélien a la possibilité de savoir sont des variations du récit de la souffrance juive. La souffrance des Palestiniens lui est complètement étrangère. ‘ Le droit au retour des Palestiniens ” lui semble une idée farfelue. Même les ‘ humanistes israéliens ” les plus en pointe ne sont pas prêts à partager le territoire avec ses habitants indigènes. Ce qui ne laisse guère d'autre possibilité aux Palestiniens que de se libérer eux-mêmes. A l'évidence, il n'y a pas de partenaire pour la paix du côté israélien.
      Cette semaine, nous en avons appris un peu plus sur l'arsenal balistique du Hamas. Il est évident que le Hamas a fait preuve d'une certaine retenue avec Israël depuis trop longtemps. Le Hamas s'est retenu d'étendre le conflit à l'ensemble du sud d'Israël. Il m'est venu à l'esprit que les volées de roquettes qui se sont abattues sporadiquement sur Sderot et Ashkelon n'étaient en réalité rien d'autre qu'un message des Palestiniens emprisonnés. C'était d'abord un message à la terre, aux champs et aux vergers volés : “ Notre terre adorée, nous ne t'avons pas oubliée, nous combattons encore pour toi, au plus vite nous reviendrons, nous reprendrons là où nous avons été arrêtés ”. Mais c'était aussi un message clair aux Israéliens. “ Vous là-bas, à Sderot, à Beer Sheva, Ashkelon, Tel Aviv et Haïfa, que vous le sachiez ou pas, vous vivez en réalité sur la terre qui nous a été volée… ”
      Voyons les choses en face, en réalité la situation en Israël est assez grave. Il y a deux ans, c'était le Hezbollah qui bombardait à la roquette le nord d'Israël. Cette semaine, le Hamas a prouvé sans doute possible sa capacité à distribuer au sud d'Israël quelques cocktails de missiles vengeurs. Dans le cas du Hezbollah comme dans celui du Hamas, Israël n'a pas trouvé de réponse militaire. Il peut certes tuer des civils mais ne parvient pas à enrayer les tirs de roquettes. L'armée israélienne n'a pas les moyens de protéger Israël sauf si recouvrir Israël d'une toiture en béton peut être vu comme une solution viable. Au bout du compte, c'est peut‑être ce que les responsables israéliens essaieront de faire.
      Mais nous ne sommes pas à la fin de l'histoire. En fait ce n'est que le début. Tous les experts du Moyen-Orient savent que le Hamas peut prendre le contrôle de la Cisjordanie en quelques heures. En fait, le contrôle de l'Autorité Palestinienne et du Fatah sur la Cisjordanie est maintenu par l'armée israélienne. Dès que le Hamas se sera emparé de la Cisjordanie, les plus grands centres urbains israéliens seront à sa merci. Pour ceux qui ne parviennent pas à le voir, ce serait la fin de l'Israël juif. ça peut arriver dès ce soir, dans trois mois ou dans cinq ans, la question n'est pas de savoir ‘ si ça se produira ’, mais ‘ quand. ’ A ce moment là, l'ensemble d'Israël sera à portée de tir du Hamas et du Hezbollah et la société israélienne s'effondrera, son économie sera ruinée. Le prix d'une maison individuelle de Tel Aviv nord équivaudra à celui d'un cabanon à Kiryat Shmone ou à Sderot. Au moment où une seule roquette touchera Tel Aviv, c'en sera terminé du rêve sioniste.
      Les généraux israéliens le savent, les dirigeants Israéliens le savent. C'est pourquoi ils intensifient la guerre d'extermination contre les Palestiniens. Les Israéliens n'envisagent pas d'occuper Gaza. Ils n'ont rien perdu là-bas. Tout ce qu'ils veulent c'est terminer la Nakba. Ils larguent des bombes sur les Palestiniens dans le but de les anéantir. Ils veulent les Palestiniens hors de la région. Il est évident que ça ne marchera pas et que les Palestiniens resteront. Non seulement ils resteront, mais le jour de leur retour chez eux ne fait que se rapprocher vu qu'Israël a épuisé ses tactiques les plus meurtrières.
      C'est précisément à ce moment que le déni israélien de la réalité entre en jeu. Israël a dépassé le ‘ point de non retour ’. Son destin funeste est gravé au creux de chaque bombe qu'il largue sur les civils Palestiniens. Il n'y a rien qu'Israël puisse faire pour se sauver lui-même. Il n'y a pas de stratégie de sortie. Il ne peut pas négocier une issue à ce conflit car ni les Israéliens ni leurs dirigeants n'en comprennent les paramètres fondamentaux. Israël n'a pas les moyens militaires d'achever cette bataille. Il peut réussir à tuer les leaders de la base palestinienne comme il le fait depuis des années, pourtant la résistance et l'opiniâtreté des Palestiniens ne font que se renforcer au lieu de faiblir. Ainsi que l'avait prédit un général des services de renseignements israéliens pendant la première Intifada, “ pour vaincre, tout ce que les Palestiniens ont à faire est de survivre. ” Ils survivent et ils sont en fait en train de vaincre.
      Les dirigeants Israéliens comprennent tout ça. Israël a déjà tout essayé, retrait unilatéral, famine et maintenant extermination. Ils ont cru se débarrasser du problème démographique en se recroquevillant dans un ghetto juif intime et douillet. Rien n'a marché. C'est la ténacité palestinienne incarnée par la politique du Hamas qui définit l'avenir de la région.
      Tout ce qui reste aux Israéliens, c'est de s'accrocher à leurs œillères et à leur déni de la réalité pour fuir leur le triste destin qui leur est déjà fixé. Tout au long de leur déchéance, les Israéliens entonneront les divers chants de victimisation dont ils sont coutumiers. Imprégnés d'une réalité faite de suprématie égocentrée, ils seront hypersensibles à leurs propres souffrances tout en restant aveugles à celles qu'ils infligent aux autres.
      De façon assez singulière, les Israéliens se comportent comme un collectif uni quand ils bombardent les autres mais, s'ils sont légèrement blessés, ils deviennent des monades de vulnérabilité innocente. C'est cet écart entre la façon dont les Israéliens se voient et celle dont les autres les voient qui transforme les Israéliens en monstrueux exterminateurs. C'est cet écart qui les empêche de comprendre les tentatives nombreuses et répétées de détruire leur État. C'est cet écart qui empêche les Israéliens de comprendre la signification de la Shoah et d'être capable d'éviter la prochaine. C'est cet écart qui empêche les Israéliens de faire partie de l'humanité.

Une fois encore, les Juifs devront errer vers une destinée inconnue. D'une certaine manière, j'ai personnellement commencé mon voyage depuis un moment.

 Vous pouvez lire ce texte sur le site http://palestine.over-blog.net/

Gaza Camp de Khan Younès 1993
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