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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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Ecritures d'Algérie

Lundi 8 septembre 2008 1 08 /09 /Sep /2008 23:18

      Djamel Farès Les créateurs de chez moi fin

1980.
Après le travail particulièrement dense sur l'Algérie en train de se construire c'est le début du voyage dans la Cité qui renvoie à la marge au désir déjà évoqué de sortir du cadre rigide mis en place dans l'inconscient. Les enfants de la Cité sont eux aussi dans la marge puisqu'il appartiennent à l'immigration ou bien se trouvent sous contrôle judiciaire ou encore pour d'autres qu'ils ont partie liée à l'univers clos de l'autisme et sont proches de la folie.
“ Je ne veux pas qu'on m'enferme. ”
1980. L'image devient récit dans les intervalles que la Cité a laissés ouverts. La Cité a plus que tout autre lieu besoin qu'on lui démonte son apparence et qu'on aille gratter du bout de l'ongle ses palimpsestes de plâtre écaillé pour toucher le corps en transe et en égratignures de ses habitants troglodytes. Gratter et reconstituer.
“ Ce sont eux qui m'ont montré toutes ces choses auxquelles on ne prend pas garde mais que l'autre renvoie. ”

D. F.
: Au début de ces années 80, j'ai lancé un projet un peu fou qui consistait à travailler une année entière dans un quartier avec des jeunes issus de l'immigration. J'ai été soutenu par le conservateur du Musée des Enfants, Catherine Hubert. On a formé une équipe qui a évolué essentiellement dans la ville de Créteil. Le travail consistait à se raconter à travers la parole, l'écrit, l'image, l'architecture… A la fin de cette année nous nous sommes installés pendant un mois et demi au musée pour monter l'exposition qui était une véritable architecture.
Elle a été inscrite dans le cadre du 2ème mois de la photo, et elle a duré presque quatre mois ce qui lui a permis de vivre jusqu'à aujourd'hui. C'est une trace. C'est là que j'ai commencé à entrer chez les gens avec mon appareil photo.
Les gens savaient que j'étais photographe, que je venais chez eux faire des photos que je montrerais ensuite. Mais ce travail-là se faisait toujours en commun. Ils me racontaient l'histoire des objets qui occupaient leur univers et que je photographiais. Ces objets et cet espace prenaient du sens pour moi. On n'était plus seulement dans l'esthétique mais aussi dans le récit. Cela a orienté petit à petit mon travail.

      Après cette tentative de “ retour chez soi ” en 1992, un autre regard devient possible et peut-être nécessaire sur celles qui cherchent à se créer un chez soi dans l'ailleurs.

1999.
En vingt ans l'immigration est devenue notre histoire commune. Nous sommes tous les émigrés d'un espace d'enfance perdu irrémédiablement car les repères qui étaient les nôtres ont basculé à toute vitesse dans un passé où notre corps demeure cloué aux portes closes. Comment retrouver ces clefs sans lesquelles… Au Théâtre Gérard Philippe à Saint Denis l'exposition Un Désir de (chez) soi projette cet espace tellement désiré que des jeunes mères n'osent pas toujours nommer “ chez moi ”. Parce que leur corps n'est chez lui bien souvent que dans l'étroite fissure qui zigzague du vide sans regard au trop plein d'un foyer gavé de valises prêtes et de meubles abstraits qui seront longtemps ceux des autres.

“ … Ma galère, c'était un trou noir, éclairé parfois par des rencontres chaleureuses… Je veux pour toi une enfance, une vraie enfance, avec un toit, des rires et de l'espoir… ”
Karima

“ … Aujourd'hui, je suis chez moi. Quand je rentre, j'ai mes clés dans ma poche… 
Fadma

“ … Te souviens-tu de Bamako-Coura, de la maison avec sa grande cour ? J'en parle souvent avec mes filles… ”
Maïmouna 





Maïmouna
Photo Djamel Farès
Un désir de (chez) soi Association Image et Récit, 1999







D. F.
: Les jeunes femmes qui ont choisi de se laisser voir au cours de ce passage qui, avec les autres, leur permet de “ réparer quelque chose, quelque part dans mon enfance, dans mon histoire ”, m'ont fait confiance. Il y a une sorte de rapport qui s'est installé un peu comme si j'étais leur père.

1980.
Autre coup de pinceau du phare sur un retour au théâtre par cette singulière “ image de soi ” que les adolescents n'hésitent pas à mettre en scène et à bombarder comme un pantin de carnaval.

D. F.
: Dans ma tête il n'y a pas d'idée de mise en scène. Cela m'arrive rarement de dire à quelqu'un : “ Mettez-vous là. ” C'est moi qui me déplace et qui tourne autour. Cela me pose des problèmes sur le plan de la luminosité, mais j'ai fini par comprendre que si les gens se mettaient comme ça, c'est parce qu'ils avaient quelque chose à dire comme ça et pas autrement. Il fallait que je sois suffisamment à l'écoute pour pouvoir en montrer l'essentiel.
C'est ainsi que je me suis mis aussi en position d'être vu par les gens que je photographiais.
“ Vous êtes aussi voyeurs que moi. ”
D. F. : En 1980 j'ai travaillé avec des adolescents sous contrôle judiciaire, par le biais d'une association qui s'appelle “ Le Théâtre du Fil ”. Elle a débuté dans les années 60 et Alain Viguier était un des responsables. J'y ai appris à confronter ma pratique à leur expérience, et à réfléchir sur mon propre travail. Comment faire de la photographie avec ces jeunes dont ce n'était pas du tout la préoccupation, et pourquoi ?

Aïssatou
Photo Djamel Farès
Association Image et Récit, 1999




On s'est demandés ce que signifiait quelque chose d'aussi élémentaire que “ l'image de soi ”. Le portrait, l'autoportrait, comment je vois ce qui est en face de moi, qu'est-ce qui m'empêche de voir ce que je voudrais montrer, pourquoi je coupe la tête des gens… Je les ai accompagnés durant une dizaine d'années. J'organisais des ateliers et je photographiais en même temps la préparation des spectacles, la vie quotidienne dans ces lieux qui, de fermés, se sont ouverts.
Nous avons réalisé un certain nombre de documents où la parole et l'écrit sont venus s'associer de façon très imbriquée dans mes images. J'ai compris la nécessité pour moi de passer par cette parole, d'en garder une trace écrite. A un moment j'ai même travaillé sur des polyptyques photographiques. On se déplace lorsqu'on effectue la prise de vue pour pouvoir construire un récit.

1999.
Passer du regard sur les autres sur le décor-paysage sur la légèreté des gestes qu'on happe au moment où ils communiquent leur présence qu'on n'aimerait pas oublier au regard des autres sur soi et à ce qui se dit dans ce croisement bref comme un claquement de doigts.

D. F.
: Ce qui n'est pas montré peut être le sujet ou introduire le vrai sujet. Pour cette jeune femme qui s'appelle Elisabeth, ce qui se passait c'est qu'à chaque fois que je devais la photographier c'était impossible. “ Parce qu'elle n'était pas prête ”. Comment rendre cette réalité d'elle d'une manière qu'elle puisse accepter ?
Sur la photo elle se trouve donc en premier plan assez floue, avec derrière elle sa petite fille dont elle parle beaucoup. C'est là que je m'aperçois que la photographie est à la fois quelque chose de très élaboré, et que cela ne peut, en même temps, se passer qu'en une fraction de seconde. Sinon on passe à côté.


Elisabeth
Photo Djamel Farès Association Image et Récit, 1999














Mon enfant qui va naître,
c'est à toi que je veux dire toutes ces choses
qui bouillonnent en moi et que j'ai souvent envie de crier.
Je suis heureuse de te sentir dans mon ventre, heureuse d'avoir décidé de te mettre au monde envers et
contre l'avis de tous. Je t'aime déjà de toutes mes forces comme j'aime ton père.
Je suis impatiente de te voir, de te connaître. [… ]
Je voudrais revoir ton oncle, mon frère jumeau qui, lui, cherche ses racines dans la religion: il est devenu
musulman, comme s'il voulait se rapprocher d'Oran, là où notre mère est née.
Il s'est éloigné de moi. Mais il faudra bien qu'il revienne me parler, qu'il accepte la vie que j'ai décidé de
mener.
Je sais qu'il cherche à savoir ce que nous devenons : il demande des nouvelles à mes soeurs aînées.
Je voudrais partager avec lui ce que je ressens,
le bonheur d'avoir à te mettre au monde.
Elisabeth, Un Désir de (chez) soi

D. F.
: Le métier que l'on fait nous oblige à être reconnus et vus par les autres ce qui n'est pas une situation simple, et aussi à accepter que l'image qu'on leur renvoie soit un reflet de nous-mêmes à travers eux. Ce qu'on leur offre est parfois un coup de poing, et ils ne sont pas forcément le centre de l'image. C'est ce qui leur suggère, s'il le peuvent, de décaler un peu leur façon d'interpréter la vie, de la voir. Cela, c'est le propre de tout acte créateur.
Avant de risquer de perdre la vue voilà ce qu'elle a dû penser djida : si tu ne me vois pas je n'existe pas. Mais chaque regard renforce la solitude de la sienne propre. La clef de ses yeux est accrochée au mur. Mille fois le monde qui entre et qui sort de ce paysage qu'elle a composé pour nous.

“ Tu as compris, mon fils ?… Oui, je ‘ vois ’ que tu as compris… Surtout, n'oublie pas… Mais ne gaspille pas cet héritage sacré. ” Depuis ce temps-là, je sais que je peux, d'un mot d'un seul, faire s'envoler n'importe quelle jument, ou bien accrocher les planches de mes secrets aux étoiles du ciel et je sais aussi que je peux faire jaillir toutes les sources de la terre. Mais je n'ai jamais encore essayé. J'attends le jour, le moment, le signe, de cette insigne hérédité cachée. ”
Tewik Farès, Gida Cahier Parl'Image

 Aïcha
Photo Djamel Farès
Association Image et Récit, 1999
   
      L'oeil errant réinvente sa langue ou plutôt il laisse ses multiples sens se dénuder devant lui, et prononcer d'autres mots. Des mots-marge.
1992. Ne plus pouvoir poser un regard humain sur les gens. Trente ans. Le laser étroit du phare dépouille d'autres présences masquées derrière les mots : “ Il faudra que tu reviennes. ” Accepter cela aussi : un certain désordre du monde n'impressionne pas la pellicule. Noir. Il faudra inventer de la lumière.

Publié dans : Ecritures d'Algérie
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Jeudi 28 août 2008 4 28 /08 /Août /2008 17:43

Djamel Farès Les créateurs de chez moi suite...
 
D.F. : Je ne voulais pas que les artistes que je photographiais soient derrière leur oeuvre mais devant. Le premier écrivain que j'ai photographié c'est Rachid Mimouni. J'avais eu l'idée de l'associer à ce travail sur le plan de l'écriture et ça ne s'est pas fait. Je connaissais Mohammed Dib que j'avais lu et qui m'impressionnait par ailleurs. Lorsque je rencontrais l'un ou l'autre, je disais toujours la raison pour laquelle j'avais voulu le voir et le photographier.
      Avec Rabah Belamri c'était l'idée de comment photographier un écrivain qui ne voit pas ? Quel regard capter ? Quant à Leïla Sebbar j'ai été la voir car elle habitait pas loin de chez moi à Alger dans une belle maison mais qui me semblait un lieu caché. J'avais envie de la retrouver et de parler de tout cela. Son bureau chez elle est tout petit. Je connaissais son rapport privilégié à la photographie mais je n'y suis pas allé pour cela.
      Tahar Djaout c'est au travers de Hamid Tibouchi que j'ai pensé à lui. Il était en France à cette époque-là. Je ne le connaissais pas très bien mais j'avais été fasciné par sa langue poétique fourmillante d'images. Je cherchais le nom d'un oiseau en kabyle, et Hamid m'a dit que Tahar, lui, me fournirait autant de noms d'oiseaux que je voudrais. Ensuite il a écrit cet article sur l'exposition dans Algérie Actualité, qui nous a beaucoup touchés.

1962-1992.
Trente années d'une trajectoire en élipse-nébuleuse. Point de départ l'Indépendance algérienne. Point de retour une panne mécanique à quelques pas du village d'origine en Kabylie.

D. F.
: Cela faisait un moment que je n'avais pas été en Algérie et j'ai décidé d'y aller faire des photographies de ma famille. Mon père m'a prêté sa voiture pour me rendre en Kabylie. Je suis parti avec mes cousins car on allait en même temps chercher de l'huile, mais il fallait revenir avant le couvre-feu de 11 heures du soir. On est arrivés à la bifurcation du village où je suis né et de l'endroit où sont enterrés mes ancêtres quand la voiture est tombée en panne. Mais en réalité, ça n'est pas ça qui s'est vraiment passé. C'est plus compliqué et plus difficile à raconter.


Mohammed Dib par Djamel Farès
Cahiers Parl'image, La Source et le Secret, 1990


      J'avais décidé d'aller voir la tombe de ma soeur jumelle qui est morte lorsque j'étais bébé et que je n'ai jamais connue. Mon père m'avait situé à peu près le cimetière et je devais me renseigner à la mairie. La voiture tombe donc en panne à l'endroit où je suis né. Impossible d'aller plus loin. Pas de dépanneuse, pas de garage, rien. On finit par découvrir un taxi brinquebalant qui nous a conduits chez un cousin au village. Cela avait déjà mis des heures. Il nous a prêté sa voiture pour repartir sur Alger. Cela se passait près de Bougie où je n'ai donc pas pu me rendre. C'est ainsi que mon cousin a conclu :
“ Il faudra que tu reviennes.

D. F.
: Voilà l'histoire du voyage inachevé. Je voulais remonter vers une certaine origine pour passer à autre chose. Mais on ne passe pas comme ça à autre chose. C'est aussi pour cela que je me suis intéressé aux rituels de passage. Les photos qui me parlent sont celles qui passent d'un moment à un autre comme moi je peux le faire dans ma vie.

1992.
Dernier passage en Algérie avant la panne d'essentiel - après il ne sera peut-être plus possible de poser un regard d'homme sur les gens. Photographies de famille… pour ne pas se perdre loin de leurs yeux. Eux aussi ils entrent dans la marge à leur tour. Clandestins. Il commence à y avoir un monde fou dans la marge.

C'est ce que vous me montrez que je peux photographier et montrer à mon tour. ”



Rabah Belamri par Djamel Farès, 1990





D. F.
: Je veux qu'ils soient étonnés par ce qu'ils voient d'eux et pourtant qu'ils se reconnaissent. J'ai fini par avoir confiance en moi parce qu'ils savent ce que je vais montrer. J'ai toujours peur de trahir, mais si je ne trahis pas je ne montre pas. C'est pourquoi je ne cesse de répéter que ce qu'il y a sur la photographie ce n'est pas vrai. C'est une réalité. C'est un moment. C'est autre chose. Peu à peu là, également, le rituel s'est installé entre nous. Je ne venais plus seulement comme photographe mais pour parler avec eux et les écouter. Et les photographies étaient prises sans que nous en ayons conscience.

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Mercredi 30 juillet 2008 3 30 /07 /Juil /2008 12:48

Djamel Farès Les créateurs de chez moi suite...

        Qu'est-ce qu'être Musulman ? A la suite de ce pèlerinage une autre question se pose. Que signifie cette marque qu'est la circoncision empreinte commune aux deux religions hébraïque et islamique ? Identité marquée dans la chair afin de ne jamais être effacée. Rituel où toute l'Afrique et le Monde Arabe se reconnaissent. Les détails du récit de ce reportage au coeur de l'Islam se mêlent à ceux d'un autre moment qu'une photographie évoque précisément : la circoncision d'un jeune enfant de la famille prise en octobre 1977.

D. F.
: Cette circoncision qui s'effectue dans un milieu populaire s'est déroulée dans un garage. Sur la photographie il s'agit du moment où on amène le gamin chez les femmes qui se mettent à pousser des youyous. J'en ai plusieurs séries avec lesquelles nous travaillons dans les ateliers auxquels je participe. J'ai fait ces photographies presque par hasard. Ce sont des cousins qui vivent en Kabylie qui ont invité ma mère pour cet événement. Mon père était malade et c'est moi qui ait conduit ma mère. Et j'ai eu cette chance extraordinaire que ce soit une véritable cérémonie, ce qui m'a amené ensuite à avoir envie de comprendre ce que signifiait pour moi être circoncis.


Djamel Farès   Circoncision



D.F. : Pour en revenir à mon travail sur le pèlerinage, j'ai presque failli mourir là-bas étouffé dans un mouvement de foule, à l'endroit où a eu lieu la lapidation de Satan. La lanière de ma sacoche m'a coincé le cou et à force de remuer et de crier j'ai pu faire céder la courroie qui m'étranglait. J'y ai perdu une partie du matériel mais j'ai quand même réussi à respirer.

Pendant le pèlerinage un homme m'a invité à aller prier avec lui, j'ai donc pu faire des photographies et en même temps tourner autour de la Kaaba jusqu'à l'endroit où il y a la pierre. J'étais à la fois spectateur et acteur. J'en ai rapporté un premier reportage en couleur qui a donné lieu à une publication et à une exposition qui a beaucoup circulé.

 

1978. Afin d'illustrer cet état particulier de l'Algérie dont D. Farès parlait plus haut nous avons choisi deux photographies tirées du livre El Djazaïr l'autre soleil qui lui a été commandé par le Ministère de l'Information et de la Culture en 1978. Des photos “ d'un peuple au travail ” de ces “ dix-huit millions d'Algériens ” qui “ font à chaque instant, vibrer le pays tout entier ” il va falloir dégager peu à peu une autre réalité qui est celle des créateurs. Associer le réel à l'irréel. Faire entrer les gens dans leur histoire et ne plus l'écrire à leur place. De la photo qui dans le livre est intitulée Le travail et que Djamel appelle Le casse-noisettes à celle du maître et de ses élèves et celle du m arché aux moutons de Skida s'ouvre une trajectoire dans le faisceau du phare qui n'est plus toute tracée mais à inventer.

        


Djamel Farès Le Travail




     Découper les pages et ne laisser parfois subsister que la marge qui devient alors une maison d'écriture sans murs sans toit sans portes… Une maison de fenêtres. Fenêtres-images. Dessins de djida… portraits des artistes algériens… éclats-éclairs de femmes dans un espace à peine conquis : chez soi ? Cette marge étroite la vie - ce que nous avons en commun - sans laquelle…

 Le maître berger de Skida      




        Le travail de Djamel Farès est né comme un conte le conte dévidé par l'aïeule. Un jour, la grand‑mère qui était presque aveugle et vient de recouvrer la vue à la suite d'une opération demande au photographe de faire un portrait d'elle. Elle crée elle-même son cadre son fond pictural tapissant le mur de dessins qu'elle a exécutés. Elle meurt quelques temps après. Cette première pierre posée sans projet précis l'idée a cheminé presque vingt ans chez Djamel Farès qui un beau jour décide de peupler la galerie inaugurée par le portrait de la grand-mère et restée vide depuis.

Il veut établir une passerelle… un échange à titre posthume entre une vieille femme découvrant au déclin de sa vie la magie du dessin et des artistes d'aujourd'hui.


1990.
Exposition La Source et le Secret à l'Institut du Monde Arabe. Une cinquantaine de portraits d'artistes algériens choisis par D. Farès racontent leur “ aventure créatrice ”. Le secret se dévoile avant de retourner à l'ombre propice aux songes du rêveur éveillé.

 

D. F. : A un moment donné j'en ai eu marre du discours qu'on entendait un peu partout sur l'immigration. Je me suis dit que j'avais envie de montrer des gens qui n'étaient peut-être pas très connus du grand public mais qui apportaient quelque chose d'essentiel à la culture française. Et qui ne sont ni des ouvriers de l'industrie automobile ou du bâtiment, ni des cuisiniers. Suggérer qu'un étranger n'est pas nécessairement quelqu'un qui vient envahir mais aussi quelqu'un qui vient apporter quelque chose. Il n'y a pas de frontière pour les artistes. Même s'ils ne bougent pas ils voyagent, et ils nous font voyager.



Djamel Farès  Tahar Djaout écrivain

         La photo d'Alain Viguier représentait la continuité d'une histoire. Parce qu'il était pied-noir et qu'il vivait l'Algérie tous les jours. C'est lui qui avait été arrêté en Algérie au moment du coup d'état de Boumédienne et c'est chez lui qu'étaient mes photos qui ont disparu. L'idée est partie de là. C'était une manière de renouer autrement avec cette histoire algérienne. Je ne me positionnais plus seulement sur un plan affectif mais en tant qu'artiste. Et en tant qu'artiste je pouvais faire mon travail n'importe où. Je ne suis pas parti d'écrivains mais d'un plasticien et d'un metteur en scène. Et puis il y avait certains écrivains que j'avais envie de rencontrer particulièrement, et d'autres que je connaissais. C'était une sorte de pari : est-ce que je pourrai montrer un homme qui écrit ?

A suivre... 

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Mercredi 23 juillet 2008 3 23 /07 /Juil /2008 11:41

Djamel Farès Les créateurs de chez moi... suite...

D. F. : En 1975, je suis parti durant un mois d'une base algérienne en compagnie d'un groupe de Saharaouis. Je voulais absolument y aller et c'était compliqué. Il fallait obtenir une autorisation de la Présidence de la République algérienne. J'étais dans des conditions que je ne connaissais pas, avec des gens en armes dont je partageais la vie et l'histoire un moment. C'était cela que j'allais raconter et pas seulement la guerre. Cette façon de se déplacer qui m'était étrangère, où je n'ai pu apprendre à lire vaguement les directions que l'on prenait qu'en regardant les étoiles. Tout cela doit être écrit dans les photos qui ne sont pas le reflet d'une actualité mais des passages forts d'existences partagées.

        Prendre conscience qu'à mesure qu'ils entrent dans notre vie nous pénétrons dans la leur. Par effraction tout d'abord. Une partie du “ jeu ” consiste à se reconnaître voyeur de ce qu'ils désignent comme “ ce peu de moi qui vaut la peine d'être mis en commun ”. Plus tard bien plus tard lorsque de multiples étapes auront été franchies ils deviendront eux-mêmes les gardiens du phare. Les veilleurs. Ce sont eux qui conserveront ce fragment de leur présent que les images prises par D. Farès leur ont révélé et qui n'est ni passé ni futur mais toujours vivant.

"Ce qui m’inquiétait le plus, c'était ce côté voyeur, intrusif."

D. F.
: Il y a quelques temps j'avais photographié mes voisins qui sont des paysans à la retraite, et la première fois que je suis retourné chez eux ils avaient encadré la photo et ils l'avaient mise sur le téléviseur. A chaque fois que je leur envoie une photo je la retrouve encadrée quelque part. C'est aussi une manière d'accepter que mes images puissent vivre autrement que dans une exposition. Là, je suis chez les gens. Je prends une place dans cette intimité de leur vie. Ma photo devient un objet familier au même titre qu'un autre qu'ils ont aimé. “ C'est marrant votre manière de travailler, me disait un jour une vieille dame, d'habitude, c'est nous qui allons chez le photographe, et là c'est le photographe qui vient chez nous. ”

        Ces quelques mots nous renvoient à nouveau à l'image de cette djida kabyle si importante parce qu'elle est en somme la mémoire algérienne que D. Farès porte avec lui et qu'il nous transmet ainsi. Tatouages… le mur de sa chambre raconte. Une vieille femme algérienne a dessiné le monde à son image.

D. F.
: Cette image n'est pas une anecdote et elle n'est pas non plus une image uniquement personnelle. On peut y découvrir ce qu'on a envie. Pour commencer on ne sait pas forcément que tous ces dessins sont d'elle. Dans un premier temps les gens pensent que ce sont des dessins d'enfants. Ils sont en effet pour elle une manière de retrouver son enfance. Dans notre enfance à nous elle a tenu une grande place. On peut dire qu'elle nous a élevés.
Elle nous racontait des histoires pour nous endormir. Des histoires d'ogresses par exemple qu'on adorait. Et une fois devenu adulte lorsque je rentrais tard de mon travail, elle m'attendait jusqu'à deux ou trois heures du matin car elle ne dormait pas la nuit. Je trouvais toujours un verre de lait et des figues qu'elle avait préparés pour moi. Elle ne parlait pas français et c'est grâce à cela que je parle et que je comprends encore le kabyle aujourd'hui. C'est peut-être parce que elle, qui était ma grand-mère, dessinait, que j'ai fait de la photographie. Elle n'a jamais fait d'école d'arts plastiques et pourtant ses dessins avaient une personnalité très marquée. D'où tout cela lui venait‑il ?

Djida par Djamel Farès

        Cette photographie pourrait elle aussi prendre la place du phare : le centre d'où tout rayonne et où tout revient. Cette quête des racines qu'un plus récent voyage en Algérie non abouti n'apaisera pas est tournée vers elle comme un cheminement vers soi-même pris dans le cycle du temps.

D. F.
: A partir de 1990 les sujets que j'ai pu traiter font partie d'une histoire qui se déroule, qui a à voir, avec mon histoire et avec l'Algérie. L'Algérie avec laquelle il n'y a jamais eu de rupture, seulement une “ impossibilité mécanique ” de poursuivre… Ainsi lorsque j'ai photographié des personnes âgées qui vieillissent en France, je me suis trouvé confronté à une situation que je ne connaissais pas : la vieillesse. Mais ces gens avaient en commun avec moi le fait d'être étrangers et d'avoir décidé de rester ici. L'âge faisait la différence. Ils me renvoyaient à une image du temps à venir avec lequel c'était ma première confrontation. Vieillir ici ça ne signifiait pas forcément mourir ici. Première découverte de ce que je ne voulais pas voir et n'imaginais pas : vieillir. Je me suis dit : “ tiens, il va falloir que j'y songe… ”

        Dans l'entrée chez Djamel Farès il y a une autre photo de djida en gros plan entourée d'un cadre de bois teinté de mauve avec de petits décors peints à la main. Sur un des angles est accroché un chapelet rustique aux grains blancs. Cette vieille femme a un regard tellement malicieux et rempli de tendresse derrière ses lunettes loupes que son voile blanc lui donne l'allure d'une sorte d'ange bienveillant protecteur des lieux mais concrètement présent. Il me semble qu'elle me souhaite la bienvenue.
        Je songe à la voir ainsi habiter l'espace telle une djinia qui nous accompagne d'une pièce à l'autre parmi les visages que Djamel a photographiés de ces femmes saharaouies sous leurs tentes avec les enfants pendant que les hommes montent la garde près des fusils juste à côté. Multiplicité de l'Algérie… un soleil en éclats dont chaque parcelle exige un regard. Autre vision possible de soi-même élargie à l'ensemble du monde arabo-musulman : partir du coeur de l'Islam la Kaaba pour franchir la distance vers ce territoire qui refuse toute monopolisation du sens. Pour parler de cette expérience D. Farès commence par ces mots :

"J'étais spectateur de mon propre spectacle."

D. F.
: En 1978 j'ai connu cette curieuse expérience d'effectuer le pèlerinage à la Mecque comme un simple pèlerin, et en même temps de faire un reportage photographique pour le Ministère de la Culture algérien. Je me suis servi du fait d'être arabo-musulman pour pouvoir faire cela. Ensuite cela m'a posé la question de savoir ce que cela signifiait comme acte.
L'enjeu était de réaliser un reportage, de raconter cette histoire, sachant à l'époque que j'étais là considéré comme appartenant à la communauté musulmane, ayant été élevé dans la religion musulmane, mais sans être musulman ni pratiquant ni croyant. La difficulté consistant à faire les photographies sans effectuer les rites moi-même. Au regard des autres que tu le fasses ou non, à partir du moment où tu y es allé, tu es considéré comme quelqu'un qui a fait le pèlerinage. Je n'ai d'ailleurs pas abordé cela à la légère. Avant de partir j'ai lu tout ce que j'ai trouvé qui a été écrit sur la vie du Prophète, sur ce qui concerne les rituels et le pèlerinage en particulier. J'ai encore approfondi cela à mon retour en fonction du reportage que j'avais fait. Je considère que ce travail fait vraiment partie de mon histoire, plus que celui sur le Chili.



















Abdallah Benanteur peintre par Djamel Farès
dans la Galerie Nicaise à Saint-Germain des Près. Dans les années 60 les lithos d'Abdallah voisinnent avec les poèmes de René Char.
Cahiers Parl'image N°56  La source et le secret

A suivre...

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Mercredi 16 juillet 2008 3 16 /07 /Juil /2008 11:55

Toutes ces petites notes et ces poèmes sont inédits ou publiés dans le premier Cahier Jean Pélégri Jean Pélégri le poète Les mots de l'amitié
Jean me les avait confiés avant de nous quitter il y a quatre ans. La plupart font partie de brouillons écrits à la main.
Textes de réflexion intitulés “ L’homme ” par Jean Pélégri, écrits entre 1955 et 1979.

Plus guère d’espoir en l’homme… Croyance un peu naïve dans l’Arabe parce qu’il était pauvre.
… Une vieille histoire aux racines lointaines, un vieil arbre mal soigné, qui fleurit ( enfin )…
Fraternité (13 mai). Non pas un coup de vent sur la mer ; c’est la mer qui bouge
Intégration des âmes… comment les Musulmans, outre leur tendresse peuvent donner aux Européens ce supplément d’âme dont ils ont tant besoin.
Non daté

 






Lettre non datée dédiée à “ Monsieur le Président ”

 

 

Là où nos pères avaient planté de la vigne et du blé, vous avez semé cette ivraie. Sur cette terre encore sauvage elle poussait vite. Alors, nous sommes nous dit, il faut tout arracher, tout brûler. Votre haine nous conduisait à des solutions de désespoir. Ou se faire, dans la peur, votre complice. Ou se faire le complice de ceux qui, allaient récolter cette moisson de haine et la replanter dans les cœurs, pour qu’elle fructifie. Bientôt, à cause de vous, il faudrait choisir, entre deux formes de meurtres.

Vous nous avez dégoûtés de notre pays, Monsieur le Président, dégoûtés de l’homme.

17-5-1955

Combien d’heures, combien de jours,
à contempler la mer, les vignes et le soleil ;
à écouter chanter les oiseaux dans la chaleur de l’été.
Mon œil me créait des paradis artificiels, des après-midi païennes, d’où je revenais hagard, stupéfait
et où je retournais le lendemain, malgré moi, comme à une drague…
Combien d’heures, combien de jours, j’ai pu passer à essayer d’oublier mon âme… vainement…
Jusqu’au jour où j’ai découvert que la nature était (vide)… marquée du signe de la faute…
que seul l’homme libre, réconcilié avec lui-même et les siens pouvait l’innocenter et lui redonner sa beauté de paradis terrestre.
Celui qui n’a jamais entendu de flûte… ne connaîtra jamais l’atmosphère de ma plaine.
Seule la musique pourrait raconter mon histoire.

23-5-1955 Fête de l’Aïd es-Seghir

Dans les rues, les Arabes s’embrassant, rendant les visites familiales en costume de dimanche, et dignes,
Sous le soleil, j’en vois passer un, derrière les grilles et le lierre, un enfant à chaque main, et digne.
Et les enfants faisant l’aumône de pièces aux plus pauvres.
Un peuple retrouvant le sens de ses traditions, propre dans ses vêtements neufs,
et digne…
Mais combien encore contraints à mendier ! Comment se rejoindre ?
Nous ne pourrons vivre un bonheur véritable que lorsque tous le vivront…
Comment goûter l’ombre et la fraîcheur, les jeux de la famille autour de l’arbre du jardin quand cet arbre est défendu par des grilles, quand derrière ces feuilles, des enfants brûlent de faim au soleil.
Ah ! que vienne le temps où nous pourrons jouer avec nos enfants dans l’ombre des arbres de justice.
La fleur bonheur ne peut fleurir que sous ses branches…
Et au centre du jardin, dominant tous les autres, le balancement de l’arbre Liberté.

Lundi 30 mai 1955

Pendant que j’écrivais des poèmes sur eux ( six haïkaï ), des gamins se sont attaqués avant hier soir à celle qui les soigne. Des gamins que je connais peut-être – puisqu’ils sont du Clos Salembier.
- Va chercher ta police.
En application de l’Etat d’Urgence, les gendarmes étaient venus arrêter quelques suspects deux jours auparavant… Et c’est sur elle, l’innocente que s’exerce la vengeance – pendant que les responsables, bien protégés, continuent leurs criminelles erreurs.
Il y eut une révolte dans le Constantinois en 1945.
Répression sanglante.
Nous avons eu dix ans pour le faire oublier. Qu’avons-nous fait pour les “ intégrer ” à notre société ? Pour les rendre responsables de son destin ?
Pendant dix ans, tous les grands responsables locaux nous ont répété : “ Regardez comme l’Algérie est calme… ” Et ils en ont pris prétexte pour ne rien changer, pour ne tenir aucune des promesses politiques définies en 1945 dans le Statut de l’Algérie…
Ils ont usé les bonnes volontés et épuisé les patiences. Ils se sont sauvagement acharnés, malgré toutes les mises en garde des élus arabes les moins hostiles à notre cause, sur Mendés France, parce qu’il voulait redonner une matière, bien modeste cependant, à l’espoir…
Ils se sont réjouis du terrorisme, car cela donnait une raison à leur désir d’éviter tout progrès. Cela leur permettait de liquider une opposition politique… On a arrêté des élus ( Conseil Municipal Alger ), on a dissous un mouvement politique ( MTLD ). Ce que l’Arabe apprenait par les journaux, il l’apprend maintenant de bouche à oreille. Leur vérité se fait clandestine, et cette petite lampe qu’ils remarquaient à peine dans la clarté du jour, commence maintenant, dans le mystère de la nuit, à attirer tous les regards.
“ Il n’y a pas d’interlocuteurs valables… ” ( Bourges Maunory ), pour inaugurer son voyage en Algérie. Même pas le peuple, puisqu’on lui refuse de voter librement… Il y a “ nous ” et rien.
Quand la révolte se propage jusque dans cette grande m asse jusqu’alors hésitante… “ D’abord réprimer. Nous verrons ensuite pour les réformes… ”




Jean Pélégri à sa table de travail 2000
Photo Djamel Farès








Ce qui rend fatale l’issue de la situation, c’est que l’Européen moyen se range derrière les grands coloniaux. Et pourquoi moi payerai-je dans ma personne leurs erreurs !
On ne se comprenait plus, même entre amis. Ils prononçaient peut-être les mêmes mots, mais on ( ne ) les entendait ( plus ), ( ou ) mal, le bruit des nouvelles les couvrait d’un “ brouillage ” pareil à celui qu’on rencontrait à nouveau sur le poste de radio, et qui nous rappelait les années, déjà lointaines, de la guerre.
On ne voulait pas l’avouer, mais c’était bien la guerre qui commençait à roder, timide le jour mais, la nuit déjà cruelle. Elle ne pouvait commencer autrement. Comment frapper en plein jour celui qui avait été si longtemps votre voisin, votre camarade ( de guerre ) et peut-être votre ami. La nuit rendait aveugle et permettait de frapper sans reconnaître, la nuit des villages, des montagnes et des forêts – et celle, tout aussi cruelle, des commissariats et des prisons.
Au matin, quand en dépliant le journal, on parcourait la liste des attentats et des arrestations, on pouvait croire que tout cela n’avait pas plus d’existence qu’un cauchemar nocturne. Avec le jour, revenait le travail quotidien et l’on se retrouvait ensemble dans la rue, les trams, les chantiers ou les bureaux, fraternels, comme si rien ne s’était passé.
On raconte ses cauchemars à ses voisins, à ses compagnons de travail. Ce qu’il y avait de tragique, c’était que les leurs étaient pareils aux nôtres, et même plus terribles : la mort y frappait plus souvent. Nous, nous ne l’attendions que d’un côté. Pour eux, elle pouvait surgir de partout. Ah ! mes frères… 



Six HAIKAI Algériens
Mai-juin 1955

Un arbre dans un jardin
Tendant son fruit

Un Arabe contre la grille
Tendant la main


A suivre...

Publié dans : Ecritures d'Algérie
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