Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Saïd et Diana

Said-et-Diana-2.jpg

Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
  • Retour à la page d'accueil
  • Partager ce blog

Texte Libre

Texte Libre

Pour faire défiler les images du catalogue cliquez sur la fenêtre dans le bleu et placer le curseur de la souris sur la page à gauche...

Commentaires

Image de Dominique par Louis

Recherche

Les Diables bleus

Dimanche 26 février 2006 7 26 /02 /Fév /2006 00:12

Les Cahiers des Diables bleus

participent durant tous le week-end au Salon

Venez rejoindre les Diables bleus !

Le Maghreb des Livres 2006

25 26 Février 2006 .

La grande fête annuelle du livre du Maghreb aura lieu cette année à l'Hôtel de Ville de Paris.Maghreb des Livres 2006
Le Samedi 25 Février de 12 heures à 20 heures
Le Dimanche 26 Février de 10 heures à 18 heures

Programme

Le Maroc, invité d'honneur

LE MAGHREB DES LIVRES 2006, C'EST:

Le plus grand Salon du Livre sur le Maghreb et l'intégration, sur les deux rives de la Méditerranée.

L'un des événements culturels-phares de ceux qui s'intéressent au Maghreb, en viennent, ont des échanges ou des liens avec le Maghreb : plus de 6 000 visiteurs venus pour l'édition 2005.

Près de 1000 titres publiés en France en 2005 sur le Maghreb et l'intégration ou par des auteurs originaires du Maghreb: preuve de l'extraordinaire vitalité éditoriale sur ces thèmes, et de la demande du public pour ces questions.

Près de 10 000 titres différents proposés, dans les domaines les plus divers: littérature, histoire, sociologie, politique, beaux-arts, BD, cuisine, déco, jeunesse...

Le meilleur de la production en français des éditeurs d'Algérie, du Maroc, et de Tunisie : pour découvrir les talents émergents et les nouvelles tendances de la littérature du Maghreb.

200 auteurs d'ici et de là-bas viennent signer leurs ouvrages: de Yasmina Khadra à Benjamin Stora, de Leïla Sebbar à Abdellatif Laabi, d'Albert Memmi à Catherine Wihtol de Wenden, le public vient rencontrer les plus grands écrivains et penseurs sur des questions au cœur de l'actualité.

Parmi les exposants: des revues, magazines, producteurs de disques, témoignent de la vitalité de la vie culturelle maghrébine en France .
Des dizaines de débats, expositions, films, ainsi qu'un café maure , animent ces deux journées.

Le Maghreb des Livres, dont c'est la 12° édition, est organisé par Coup de Soleil, association de 300 bénévoles née il y a 20 ans, qui réunit des Maghrébins et des Français, d'ici et de là-bas, pour mettre en valeur tout ce que les gens originaires du Maghreb apportent à la France et à l'Europe.


Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Les Diables bleus
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 22 février 2006 3 22 /02 /Fév /2006 13:07

Les Cahiers des Diables bleus au Salon

Les Cahiers des Diables bleus qui viennent juste de publier leur premier Cahier collectif avec pour thème les sans-papiers vous annoncent qu'ils ont maintenant un site sur lequel vous pouvez venir les voir et jeter un p'tit coup d'oeil aux diableries qui animent leurs pages.

Voici l'adresse où vous pouvez nous rejoindre : www.lesdiablesbleus.com

Et puisqu'aucune bonne nouvelle n'arrive jamais seule, Les Cahiers des Diables bleus seront présents au Salon du Maghreb des Livres ce week-end du 25 et 26 février à l'Hôtel de Ville de Paris pour faire découvrir aux gens les histoires des banlieues et les émerveiller.

Si vous avez envie de venir causer avec nous et de boire un p'tit thé à la menthe, nous serons très fiers et ravis de faire votre connaissance. Les Diables bleus vous attendent avec grande impatience et mille diableries !

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Les Diables bleus
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 31 janvier 2006 2 31 /01 /Jan /2006 01:07

                              Les Cahiers des Diables bleus

      Comme nous vous l’avions annoncé en démarrant ce blog il y a bientôt trois mois, nos Cahiers des Diables bleus qui venaient à l’époque de prendre leur envol pour cette aventure d’écritures et d’images partagées depuis les banlieues que nous aimons vers chacune et chacun de celles et de ceux qui ont envie de découvrir des formes d’expression souvent ignorées ou traitées avec un certain mépris, publient en ce mois de février 2006 leur premier Cahier collectif qui à pour thème les sans-papiers.

        Après de nombreuses après-midi, soirées et journées de week-end passées avec acharnement et passion, et aussi avec une grande jubilation à mettre ensemble les textes que nous ont envoyés amies et amis devenus collaboratrices et collaborateurs, images et photos, les nôtres et les vôtres, et à inventer jour après jour ce qui allait être l’univers visuel et poétique de nos Cahiers, nous avons eu le plaisir début janvier de voir sortir de l’imprimante le premier exemplaire de cette réalisation hors normes et qui va maintenant être regardée par d’autres que nous.
      Les premières réactions de personnes amies ou également moins proches mais vivant leur quotidien dans la banlieue qui nous a si fortement et généreusement inspirés ayant été enthousiastes vis-à-vis de l’aspect visuel et graphique (chouette alors, on y a drôlement bossé !), on attend avec impatience d’autres commentaires, après lecture et découverte de cet espace où l’imaginaire, la poésie et les témoignages de vie au quotidien s’emmêlent pour vous enchanter.
      Et comme les responsables du Salon du Maghreb du Livres, ou plutôt de l’Association « Coup de Soleil » qui décide de qui aura droit à quelques mètres dans les extras salons de l’Hôtel de Ville de Paris pour présenter sa revue au public très nombreux en cette fin de février, ne semblent pas vouloir nous louer une p’tite place, bien que nous ayons honoré la cotisation depuis deux ans, je vous redonne l’adresse à laquelle vous pourrez vous procurer ces Cahiers des sans-papiers rebelles et créateurs, ainsi que nos adresses mail pour nous envoyer textes et images en vue de la publication du prochain Cahier collectif.
      Celui-ci aura un thème qui ne vous étonnera pas : « Banlieue », et sa parution est prévue pour septembre ou octobre 2006 avec toujours environ 100 pages A4 recto verso et toujours un visuel fou fou fou…
      Vous pouvez donc commander le Cahier des sans-papiers pour la modique somme de 12€ port compris, en envoyant un chèque accompagné de vos nom et adresse postale à l’adresse suivante, ou bien en contre-remboursement :


Dominique Le Boucher
41, Cours de Vincennes
75020 Paris
Nos adresses mail : le-boucher.d@wanadoo.fr
ILOUFOU@aol.com

      Et voici pour vous mettre l’eau à la bouche un rapide descriptif du Cahier des sans-papiers, ainsi que quelques extrais que nous ne connaissez pas encore.

 

      Les Cahiers des sans-papiers publiés par les Diables bleus et fabriqués à Epinay-sur-Seine sont un recueil de textes collectifs illustrés de photos et d’images composées à partir d’un graphisme largement inspiré de la création actuelle des banlieues.
      Le thème des sans-papiers a été choisi en raison de la situation de plus en plus grave faite aux immigrés sans papiers dans les banlieues ainsi que des récentes morts des personnes dans les hôtels parisiens détruits par le feu dans le courant de l’automne 2005. Certains textes écrits au fil des événements relatent également notre témoignage concernant la colère des jeunes des banlieues en Novembre 2005.

      Ce Cahier est divisé en cinq rubriques :


Fictions : nouvelles et récits créatifs courts
Petites chroniques : témoignages vécus
Revue de presse : articles et coupures de presse
Journal d’une fille de banlieue : Récit au jour le jour à travers la banlieue
Histoires à suivre : contes et textes créatifs en épisodes

      Les personnes ayant participé à ce premier Cahier collectif sont :

 Laurent Bieber artiste de théâtre amateur, Eliette Anne Donnat, Aïcha Kerfah, Dominique Godfard écrivaine, Patrick Larriveau écrivain de nouvelles, Jacques Du Mont photographe, Louis Fleury pour le graphisme et la création d’images et Dominique le Boucher pour la mise en page et la création de textes.


      Ce premier Cahier collectif des Diables bleus a été conçu et réalisé dans l’univers de la banlieue parisienne afin de servir de témoignage et de donner un exemple de ce que peut être la culture métisse des différentes banlieues dans lesquelles vivent, créent et travaillent ensemble les populations d’origines diverses réunies là depuis cinquante ans. Notre but et notre désir sont de réunir les expériences et récits multiples des gens et de les communiquer à celles et à ceux qui y sont sensibles afin qu’une connaissance de cet univers souvent clos et un échange réciproque de mots, d’images et de sens s’établisse.


Dominique Godfard
La carte de séjour

Extrait

 

      Le visage du vieux routier fait penser à un masque tragique quand il évoque cette année là. Mais il le chasse d’un clin d’œil et retrouve sa bonne humeur pour parler du cas de Diabé, un ami qu’il avait soutenu dans ses démarches.

      « Quelle saloperie, cette carte de séjour… Vingt ans qu’il y pense jour et nuit. Elle a volé mon époux, elle a volé le père de mes enfants. Quelle saloperie ! » affirme Diaminatou.

      Le rire cristallin de Natou l’interrompt :
« Tu exagères, maman ! Papa, y connaît tous les papiers ! Et il a bien fait parce que, comme ça, à la Préfecture, on peut rien contre lui !
-Tu crois, ma fille ? » répond-elle dans un soupir.
Sa voix est douce, mais tellement lasse.
Avril 1994


Le sourire blanc des crocodiles
Patrick Larriveau

Extrait


      Au petit matin…
      Nous avons atterri.
      Le silence a hurlé entre nous, s’engouffrant dans nos corps épuisés par une nuit d’errance. Du coton des étoiles que personne ne ramasse, il avait tiré du lait glacé qui, maintenant que l’avion finissait sa course, coulait dans nos veines sombres comme sur nos tombes.
      J’ai à peine regardé Ibrahima, à côté de moi. Derrière le hublot, une lumière d’ivoire ciselait la terre. Rien ne bougeait. Pas plus de vent dans les hautes herbes, autour de la piste, que de nuages dans le ciel safran.
      J’ai cessé de pleurer. Derrière mes yeux, j’apercevais mon double, Edidi, debout sur la pirogue, au milieu du marigot, semblable au gardien du troupeau, ses deux bras maigres et longs agrippés au bâton de marche. Son vêtement était poussiéreux. Son visage émacié portait les ravines de la fatigue. Parce qu’il avait mis toute ma vie pour me trouver.
      L’hôtesse de l’air – sans rire – a dit de ne pas bouger. Les autorités locales prenaient les choses en main. On allait nous servir du café. Quelques-uns de nos “ accompagnateurs ”, ainsi se disent-ils, sont descendus. Par la porte ouverte de la carlingue, le soleil est entré avec son masque Bobo et son ventre de chacal. Il est venu manger notre liberté, jeter les restes dans la fournaise de la brousse. J’ai fermé les yeux. Un instant. J’ai su alors que j’étais sauvé puisque au milieu des eaux boueuses mon double n’a pas bougé. Ensemble, nous avons regardé les flammes mordre la rive, essayer en vain de nous atteindre.
      - Tu as de la chance, m’a-t-il dit, il te reste encore un rêve.

      J’ai longtemps frotté mes poignets endoloris par le métal.
      Ibrahima a murmuré :
      - On ne nous pardonnera jamais. Même comme esclaves, les blancs ne nous veulent pas.
      A ses mots du vieux sénoufo, bien malgré moi, j’ai refait le chemin d’une misère à l’autre.

Il existe/ Il existera encore/ Sur la Terre/
Des/ Connaisseurs/ Qui luttent/ En silence
Qui pleurent/ En silence/
Pour interdire/ Aux autres/
De verser/ Des larmes.
Pacéré Titinga







Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Les Diables bleus
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 4 novembre 2005 5 04 /11 /Nov /2005 00:00
      Aujourd’hui après une semaine au bord de l’océan vert émeraude et turquoise nous voici à peine de retour dans notre banlieue sur Macadam city blues que nous le voyons s’enflammer de partout et que les mots aussi le couvrent de braises.
      Mais la banlieue dans laquelle nous vivons… la nôtre à nous toutes et tous qui y sommes nés qui y avons grandi… la banlieue elle n’est pas ce qu’on en dit… non pas du tout… Ce quartier d’Orgemont à Epinay par exemple… d’y habiter plusieurs jours par semaine me fait ressentir combien on n’a pas le droit de parler des lieux où on n’a jamais mis les pieds sauf pour quelque promenade de convenance avec bataillon de gardes du corps…
      Ces quartiers nous avons depuis notre enfance appris à y cohabiter avec le plus difficile qui est de ne pas avoir peur des autres… et ceux qui y viennent aujourd’hui avec armes et gros bagages ils ont eux une sacrée frousse !
      Alors voici quelques mots pour parler encore de ce que c’est qu’être de l’autre côté de la marge rouge.
 
Lundi, 14 mars 2004
 
      Il y a peu de temps la psy. que je fréquente depuis quelques années me disait en faisant allusion à mes rencontres en rupture avec une vie bien tranquille : “ vous n’avez rien à craindre, vous êtes ancrée… ” J’ai éclaté de rire en lui répercutant : “ ça oui et dans les deux sens du terme ! ” Tant c’est bien vrai que l’encre m’a ancrée au port d’une écriture que l’enfance m’avait déjà offerte comme un gros bouquet de mots couverts de perles d’eaux vives.
       Depuis mon enfance je me suis sentie habiter ce lieu “ de l’autre côté de la marge rouge ”. Double imposture : y être et ne pas y être… 
      Y être d’abord parce que la différence te désigne de l’extérieur, elle te marque au front de son fameux caillou jeté par d’autres… ton “ étrangeté ” s’affiche rouge ! Et puis ne pas y être car par le hasard de ton état tu appartiens aux êtres dits “ dominants ”.
      Race blanche religion catholique fille aînée d’une famille normalement composée de deux individus mariés aux revenus confortables petits bourgeois paisibles en temps de paix… Rien à déclarer à la douane du cahier d’écriture.
      Bonne élève en français douée d’une imagination débordant comme la mousse de la lessiveuse oubliée sur le feu ce matin-là… Alors pourquoi donc avoir choisi ou m’être laissée tenter par cette écriture des marges et des ratures celle qu’on ne lit que bien des années plus tard un fois le reste du cahier tombé en poussières ?
 
      Parce qu’il y a des tas de façons d’écrire vous comprenez ?
      Quand j’écris j’ai la peau noire ou bien quelque chose comme ça…
 
       Je me sens quoi que je veuille y faire appartenir plus que jamais à cet univers périphérique ce monde où naît un art brut… acéré… cruel et tendre de désespoir et de révolte et qui n’a aucun chemin pour s’accomplir si ce n’est la violence des mots et désormais puisqu’on lui a ôté les mots en les ridiculisant en les manipulant… celle des gestes.
 
      D’abord on m’a volé le jardin. Les fleurs et les mots du jardin posés comme des papillons au bord de mon enfance. Les gros livres au dos rouge cartonné poudré d’or enfermés dans l’armoire qu’on ouvrait avec un rituel précieux gardaient l’ordre des histoires et des images. Ensuite on me les a volés aussi.
      Comme Frida la Mexicaine qui revendiquait son indiennité mes racines ont été coupées laissant place à des pieds qui m’ont permis d’aller ailleurs sur la terre conquérir d’autres espaces où bitume et béton allaient faire naître un désir créatif qui n’aurait pas le choix des armes. Les mots des poèmes peuvent se glisser en douce au creux de n’importe quelle main ouverte.
 
      Je crois que ma place aujourd’hui comme celle de tous les  créateurs qui ont la nostalgie d’un lien originel entre les êtres et les choses est dans la rue… sur un parking… au milieu des friches des terrains vagues et à la terrasse ou au comptoir d’un bistrot parmi les gens… en jean et en baskets rouges à les écouter à les regarder à les sentir et à gribouiller quelques notes et quelques signes dans un petit carnet.
 
De l’autre côté de la marge rouge.
      D’ailleurs de mon cahier d’écriture il ne subsiste que la marge. C’est là où nous pouvons tenter de parler avec les gamins et les gamines des cités que nous n’approchons plus tellement ils nous font peur parce qu’ils ont eux bien d’autres vérités dans le ventre que les nôtres.
      Lorsque je repense à la cave vigie de Jean Sénac je sais que cette “ culture populaire ” nous anime et nous porte parce que d’une manière toute informelle nous en sommes les dépositaires. Les voyeurs et les voyants. C’est en regardant les mains d’un ouvrier bouffées par l’acide des machines que j’avais croisé dans une cité où il  rentrait chaque soir dormir que j’ai écrit dans ma tête les premiers mots du poème A mains nues.
      Cette rencontre entre mon regard errant et ses mains brûlées par les signaux d’une vie tue s’est faite par hasard. Ce hasard qui fait aussi la poésie. Je n’écris pas pour qu’on me reconnaisse mais pour qu’on nous rende ce qu’on nous a volé. Notre simple humanité.
      Les mots du jardin et des livres au dos rouge cartonné surgissent en palimpseste sous ceux d’une langue métisse qui est celle que je revendique aujourd’hui.
 
Samedi, 3 avril 2004
 
      C’est marrant quand même… Pourquoi ces mots Mon cœur comme une fleur de grenadier me reviennent-ils si souvent alors que mes poèmes parlent une langue plutôt hard plutôt béton et goudron ? Parce que… sur et au travers de béton et goudron naissent des fleurs de couleurs sorties des bombes d’aéro-solitude… des fleurs de craie… des fleurs de papier arraché et recollé par-dessus… des fleurs de fil de fer ou de bas nylon…
      L’imagination ne se limite pas moins que jamais aujourd’hui vous comprenez ? Elle crée ses jardins partout parce que l’être a besoin de retrouver ses quelques brins d’herbe verte ses arbres ses fleurs ses fruits où qu’il soit… Sinon l’être il crève ou il devient fou. 
      Ecrire par ces temps où explosion rime avec tous les mots que nous aimons : création invention imagination illusion… C’est absurde non ?
 
      “ Ils ” c’est-à-dire les dingues qui nous cernent n’ont rien trouvé de mieux que de nous réduire en bouillie pour les chats afin de satisfaire à leur passion du non sens… Et nous continuons à mitonner nos bouquets printaniers et à griffonner des poèmes avec le même plaisir enfantin que nous le faisions il y a… vingt ans et plus. Sans nous demander un instant : “ mais à quoi ça sert ? ”
      Bon… c’est notre façon de traquer le moindre recoin de bonheur-plaisir dans un kaléidoscope aux facettes d’ombre peut-être.
 
      Vrai je me sens de moins en moins apte à écrire pour des êtres humains sursaturés de mots (TV., bouquins… pubs… informations ressassées jusque dans les ascenseurs…), et si indifférents à une écriture nouvelle… à une poésie du quotidien qui les happerait aux tripes et les contraindrait encore à faire le mur des habituelles paroles béton qu’on leur offre chaque jour avec garantie de vide et de bruit associés.
      Les petits dieux païens les mots sont épatés devant la beauté d’une rose rouge ou d’un soleil orange offert sur un plateau d’océan bleu cuivré. Ils s’émerveillent et en même temps ils se mettent à l’ouvrage pour préparer un palais de nacre à la reine des roses et un habit de satin brumeux au soleil joyau.
      Rien de ce qui leur a été donné avec une telle bonté ne reste sans éveiller en eux le désir du don en retour. Et c’est ainsi que le monde dans sa splendeur rouge veinée d’orange se reflète en eux comme dans un miroir reconnaissant.
      C’est à travers le rouge de la rose et l’orange du soleil que nous pouvons encore nous autres rejoindre ces êtres humains dont nous nous sentons terriblement séparés.
 
      Séparés des dingues qui nous cernent chaque jour et qui nous tuent à grand feu depuis qu’on est nés. Et séparés aussi des “ autres ” à cause de notre passion pour une rose… Va comprendre ce qui s’est tramé là…
 
      Séparée mais si proche d’un ouvrier immigré maghrébin parmi d’autres qui m’offre ses mains nues en rentrant chez lui au détour d’un block… ses mains nues qui me touchent parce que comme l’a dit un ami  en parlant de son père qui a été maçon “ elles ont en elles les traces de la vie ”.
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Les Diables bleus
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 26 octobre 2005 3 26 /10 /Oct /2005 00:00
Paris, le 11 mars 2004
 Des mots des champs
 
 
      …Peut-être que je vous l’ai déjà raconté… écrire était mon territoire d’enfance… Recevoir les mots et les renvoyer telles des balles de caoutchouc mousse rouges et bleues juste après l’expérience liée aux livres à grosse couverture cartonnée… celle racontée plus ou moins dans la préface de mon premier récit-conte Par la queue des diables.
      Ecrire et donner des formes à mon imaginaire endiablé a toujours été me sauver de la vie. De la vie qu’on m’avait faite et qui était d’un jour à l’autre tout l’envers d’une fête.
 
      Mais à l’époque je ne savais pas que j’écrivais… bien que je n’aie pas cessé de tailler durant des années la même plume et d’allumer chaque soir une chandelle vive.
      Je n’en savais encore rien car j’écrivais à l’intérieur de moi avec de l’encre sanguine. Mon corps tout entier prenait acte. Et signait d’un sceau rouge muet.
      Pour que les mots viennent au jour du papier blanc il faudrait arracher le sceau et cela se ferait avec pas mal de souffrance. Puis avec joie.Vous comprenez ?
 
      L’enfance en dehors de ses coups de lance violence qui pour tout être sensible demeurent comme autant de foulards rouges et noirs noués autour de la gorge…
      L’enfance a été une sorte d’étang aux ombres vertes envoûtantes auprès duquel se dressaient des masses de roseaux coupant la lumière de leur lame et cerné de gros arbres penchés saules pleureurs gardiens de Mélancolie et aulnes du Roi des aulnes ou plutôt dans sa langue Der Erlkönig de Goethe certainement.
      Et je peux encore me réciter par cœur certains vers de ce poème en Allemand lus et murmurés avec une passion jusqu’alors inconnue de moi excepté pour Le dormeur du val de Rimbaud découvert, par quelle intervention enchantée, à l’âge de sept ans ?
 
“ Wer reiter so spät durch Nacht und Wind ? 
Es ist des Vater mit seinem Kind… ”
      Alors j’avais douze années à peine et j’allais à mon tour emportée derrière le cheval du père vers une certaine forme de mort rejoindre un pensionnat si éloigné de la maison et de la famille que j’avais crues jusqu’alors être les miennes.
      Et ces premiers vers qui sont venus au creux d’un de ces immenses désespoirs d’enfant que borde l’insensé me chercher et me dire tout bas qu’au fond de l’étang sous l’épaisseur des vases vertes s’étend un royaume secret… ces premiers vers m’ont ouvert le porte du château mystérieux des mots.
 
      Car ce sont bien les mots qui nous donnent à moi et à d’autres avec qui nous partageons la jouissance de l’écriture accès à cette lucidité tombée sur nous comme une traîne lumineuse des étoiles.
      Rimbaud se disait “ Voyant ” et sans ce “ Voir là ” pas de poésie… pas d’écriture même… pas de rythme qui court accompagnant la houle des mains sur des écorces d’arbres creux… pas d’écho dans l’oreill…, de sons qui se précisent à mesure qu’ils remontent à la surface et pas d’images crevant la peau des mots.
       Non… sans ce “ Voir là ” pas de poésie.
 
      Tout cela enfants nous l’avions pressenti déjà comme l’enfant poète de Jean Cocteau blessé au front par la pierre qui lui laisse une étoile de sang en mémoire de…
      En mémoire d’une première blessure qui a peut-être consisté simplement à naître et à n’être pas tout à fait semblable aux autres. Quelle différence ?… vous me direz puisqu’on ne peut pas la nommer…
      Et moi je vous répondrai que c’est justement à la poursuite de cette différence qui n’a pas eu de nom que je cours avec les mots depuis que la pierre m’a moi aussi frappée au front d’un insigne de sang.
      Ecrire passait par là alors qu’enfant plutôt joyeuse j’étais en proie à une mélancolie inexplicable et je n’ai fait que le cueillir comme un bouquet coloré.
 
      Nous avons été à cette époque – et avant nous Rimbaud déjà – des enfants des champs et des fourrés libres de courir pieds nus dans les ruisseaux fardés de mousse et de cailloux dorés… des enfants des chemins bordés de ces fleurs des champs qui étaient de vrais joyaux dans leur écrin d’herbe dont je faisais d’énormes et anarchistes bouquets sans savoir que je cueillais là des brassées de vie comme je glanerais ensuite des brassées de mots au creux d’autres sous-bois.
      Puis on nous a dispersés au centre des cités nouvelles où tout ce que nos corps avaient expérimenté de la liberté d’être dans un présent aux sensations multiples et puissantes nous a été soudain interdit.
      En songeant à tout ça je ne peux m’empêcher de revenir à quelques jours d’ici alors que je me promenais non loin de Paris dans une campagne que Colette n’aurait pas désavouée afin de renouer avec la terre dont j’ai un besoin animal et enfantin.
      J’avais eu envie de faire un de ces bouquets de fleurs sauvages qu’enfant je ramassais sur les talus et au pied des grands arbres comme un rite. Il en poussait alors des centaines d’espèces différentes et je les connaissais par leur nom qui déjà me racontait une histoire.
 
      Une fois fait avec un bonheur avide un gros bouquet de coucous et de jacinthes des bois et rejoint une petite route champêtre où devaient s’ébattre au matin des lapins je marchais d’un pas léger en songeant à Rimbaud : “ Les deux poings dans mes poches crevées… ” oui… “ Petit poucet rêveur ” pour sûr je l’étais avant de rencontrer le regard réprobateur d’un couple grisement vêtu se tenant debout à côté d’une voiture arrêtée par erreur sans doute en pleine campagne à l’heure de la soupe et des informations.
      Aussitôt je me suis sentie coupable de quelque forfait sans bien comprendre de quoi il s’agissait mais… la culpabilité vieille ogresse qui nous dévorera toutes et tous a des mamelles qui font le tour de la terre auxquelles nous buvons goulûment.
      J’ai avancé de quelques pas sur la route qui s’enfonçait dans une forêt de hêtres argentés et j’ai vu plantés de part et d’autre des talus où pendaient les branches des noisetiers mêlées aux aubépines encore en fleurs des panneaux sérieux et droits comme des hommes en armes.
      “ Il est interdit de cueillir des fleurs et de se promener dans les sous-bois… ”
 
      Aussitôt mon bouquet m’est apparu aussi incongru qu’une mauvaise réplique dite par un acteur sur la scène observée par des tas de spectateurs connaissant le texte par cœur.
      “ Interdit ”… voilà bien le mot avec lequel toute mon enfance a jonglé car ceux que l’on me posait je les transgressais déjà avec l’impression qu’aucun des rôles de la pièce ne serait jamais le mien. Vous comprenez ?
 
      Oui… beaucoup de femmes conjuguent très bien l’interdit c’est certain tellement il est impossible pour elles de se dire que le lieu d’où elles viennent n’est pas celui du père.
      Ce lieu “ Interdit ” et “ d’Interdits ” qu’elles hantent tels des spectres sans savoir que toutes les couleurs de la vie les habitent et les habillent… ce lieu qu’elles ont juste à traverser afin de se trouver de l’autre côté là où la page peut enfin s’étendre et s’étirer à l’infini.
      Cet espace réinvesti je l’ai appelé dans un poème “ l’autre côté de la marge rouge ” parce que c’est là où, dans nos cahiers d’enfants figuraient les corrections portées à l’encre rouge également.
      Cette marge nous l’avons d’un seul geste squattée de nos mots fous… nos mots incorrects… nous savions que c’était là notre domaine… notre territoire d’inconvenance d’indocilité.
      Et nous avons balayé tous les “ Interdits ” en les transformant en “ Inter-dits ” car au jeu de mots il faut savoir sauter par dessus bord et ne saute pas juste qui veut.
 
      Ces mots d’adolescence pour moi et pour toutes celles et tous ceux qui ont eu très tôt l’écriture en cadeau dans la marge rouge ils étaient là parsemant le talus sans pancartes. Il n’y avait qu’à les cueillir.
      Ils nous ont permis de traverser la haine la honte la culpabilité le mépris et la peur fichés dans le regard des autres… ces autres qui se sont appropriés une encre rouge couleur du sang qui étoilera toujours le front du poète.
 
Et je ne crois pas à d’autre vérité qu’à celle qui naît printanière et moqueuse comme un bouquet.                                                                   
  
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Les Diables bleus
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés