Après cet étrange retour un peu brutal dans la réalité
quotidienne avec patte cassée un p'tit clin d'oeil à celui qui s'est cassé lui tout entier mais pas sa musique ni ses poèmes et heureusement pour nous autres un 14 de juillet ce qui n'est pas
rien...
Hola Léo ! si je t'envoie ce message papillon le jour de mon anniversaire ça n'est pas pour rien non plus toi qui est né aussi dans ce mois d'août ardent...
A toi ces quelques mots chiennement tendres et complices pour tout ce que tu n'as pas cessé de filer aux mômes comme nous autres qui ont regardé le monde des utopies trop belles à travers tes paroles et celles de tes frangins Rimbe et Baudelaire et tant d'autres...
On est pas prêts d'arrêter nos combats et les jeunes rappeurs et slameurs ont repris le témoin que tu as posé avant de t'en aller entre nos mains... Hola Poète ! on ne t'oublie pas...
Hola Léo !
Epinay, mercredi, 25 août 2010
Léo tu n’es plus là c’est drôle
Ce que ça fait mal d’abord le bruit
D’une balle qui perce un bout de tôle
Un chien couché au refuge qui aboie
Le silence à ras bord après ta voix
La marée sur nos lèvres qui revient
Et puis on se dit que ça ira
De ce jour‑là comment je me souviens
C’était un 14 d’été où on avait
Foutu le feu aux tonneaux d’artifices
Après les moissons changé les rôles
Viré un roi fait respecter nos droits
Notre grandeur humaine enfin c’est ce qu’on croit
Brandi nos poings exigé du pain blanc
Vidé les fournils des boulanges du palais
Descendus des trônes les gros courtisans
Affûté nos faux sur des pierres pâles
Sacqué des grimoires notre histoire factice
Inventé la goualante des gueux en avant !
Tiré le lait de nos peines avec la poudre
Il faut le boire maintenant !
Léo tu n’es plus là c’est drôle
Ce que ça tue en nous ce coup en douce
Sans riposte un beau flingue qu’on tirera
De sous notre ignorance un cri qui pousse
Dans un champ d’épis tout prêts on tombe en arrêt
Et puis on se dit que ça ira
A nos adolescences sans rien à moudre
Aucun blé à porter au moulin de Quichotte
Aux moutards pas malins le licol à l’épaule
Tu as filé du sens un monde à découdre
Du suaire sueur tissé au labeur
De nos vieux dedans le velours de leurs côtes
Et ce jour‑là comment la honte s’en vient
De ces 14 d’été où l’ivresse frôle
Nos pieds parmi les pierres et les genêts
De l’envie d’oublier ce peuple sans culottes
Les Camisards qui se moquaient de nos mains
Le premier ticket où on a embarqué tant
Avec Rimbe sur le quai de Londres je l’ai
Gardé entre les pages de ce livre tiens
A nous ton damné testament !
Léo tu n’es plus là c’est drôle
Ce que ça fait quand les gens continuent
A exister en rond au fond de leur taule
Et que le sable des dunes devient noir
A s’agiter dedans un p’tit bocal
Au milieu de l’eau qui n’est pas l’océan
A bétonner de hauts châteaux pour les rois nus
Que les enfants du Sud ont des habits blancs
Du sel de Danakil dans l’ombre des soirs
Et que leurs mains glanent des plats imprévus
Nous on ne peut pas vivre sans idéal
Mais on se dit que ça ira !
De ce jour‑là si je me souviens
Du haut d’un 14 d’été on a revu
L’hiver à Charleville et la boue de nos groles
La peur et l’ennui triste dessous la suie
Collant à la toile des tabliers d’école
Les vitres des aubes obscures qu’on essuie
De l’autre côté courent hagards les chiens
Des poètes leur désir se frottera
Au grattoir des allumettes après la pluie
Hola Léo y en a plus pour longtemps !
Que ce peuple croupisse sans paroles
Des tribus le long du fleuve remontant
Ont posé ici les tapis de haute laine
Noire et rouge et du bleu d’indigo intense
Leurs fils sont des jongleurs de balles au vol
Ils ont attrapé les brutales rengaines
Et les refrains canailles des usines
Le chant des rues au bout des transhumances
De nos vieux toujours rallumant le brûleur
Des hauts‑fourneaux qui sont le soleil renversé
Sur nos enfances loin de l’Erythrée
Quand il fallait attendre que l’été radine
Et les chameaux chargés du trésor glacé
De la banquise avec leurs voyageurs glissant
Un billet pour le Nord dessous leur gandourah
Guettent les navires où on va traverser
Lents porteurs de lanternes de couleurs
Direction l’Afrique pour ne plus rentrer
Je sais que les fils du Sud ont le même sang
Que
les vieux sans culotte et que ça ira !



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