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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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P'tits poèmes diabolique

Mardi 31 août 2010 2 31 /08 /Août /2010 18:14

      70388-avec-le-temps-leo-ferre- Après cet étrange retour un peu brutal dans la réalité quotidienne avec patte cassée un p'tit clin d'oeil à celui qui s'est cassé lui tout entier mais pas sa musique ni ses poèmes et heureusement pour nous autres un 14 de juillet ce qui n'est pas rien... 

      Hola Léo ! si je t'envoie ce message papillon le jour de mon anniversaire ça n'est pas pour rien non plus toi qui est né aussi dans ce mois d'août ardent...

      A toi ces quelques mots chiennement tendres et complices pour tout ce que tu n'as pas cessé de filer aux mômes comme nous autres qui ont regardé le monde des utopies trop belles à travers tes paroles et celles de tes frangins Rimbe et Baudelaire et tant d'autres... 

      On est pas prêts d'arrêter nos combats et les jeunes rappeurs et slameurs ont repris le témoin que tu as posé avant de t'en aller entre nos mains... Hola Poète ! on ne t'oublie pas...  

 

Hola Léo !

Epinay, mercredi, 25 août 2010

La route de l'été

 

Léo tu n’es plus là c’est drôle

Ce que ça fait mal d’abord le bruit

D’une balle qui perce un bout de tôle

Un chien couché au refuge qui aboie

Le silence à ras bord après ta voix

La marée sur nos lèvres qui revient

Et puis on se dit que ça ira

De ce jour‑là comment je me souviens

Le tambourineurC’était un 14 d’été où on avait

Foutu le feu aux tonneaux d’artifices

Après les moissons changé les rôles

Viré un roi fait respecter nos droits

Notre grandeur humaine enfin c’est ce qu’on croit

Brandi nos poings exigé du pain blanc

Vidé les fournils des boulanges du palais

Descendus des trônes les gros courtisans

Affûté nos faux sur des pierres pâles

Sacqué des grimoires notre histoire factice

Inventé la goualante des gueux en avant !

Tiré le lait de nos peines avec la poudre

Il faut le boire maintenant !

 

Léo tu n’es plus là c’est drôle

Ce que ça tue en nous ce coup en douce

Sans riposte un beau flingue qu’on tirera

De sous notre ignorance un cri qui pousse

Dans un champ d’épis tout prêts on tombe en arrêt

Et puis on se dit que ça ira

A nos adolescences sans rien à moudre

Aucun blé à porter au moulin de Quichotte

Aux moutards pas malins le licol à l’épaule

Tu as filé du sens un monde à découdre

Du suaire sueur tissé au labeur

De nos vieux dedans le velours de leurs côtes

Et ce jour‑là comment la honte s’en vient

De ces 14 d’été où l’ivresse frôle

Nos pieds parmi les pierres et les genêts

De l’envie d’oublier ce peuple sans culottesMagiciens

Les Camisards qui se moquaient de nos mains

Le premier ticket où on a embarqué tant

Avec Rimbe sur le quai de Londres je l’ai

Gardé entre les pages de ce livre tiens

A nous ton damné testament !

 

Léo tu n’es plus là c’est drôle

Ce que ça fait quand les gens continuent

A exister en rond au fond de leur taule

Et que le sable des dunes devient noir

A s’agiter dedans un p’tit bocal

Au milieu de l’eau qui n’est pas l’océan

A bétonner de hauts châteaux pour les rois nus

Que les enfants du Sud ont des habits blancs

Du sel de Danakil dans l’ombre des soirs

Et que leurs mains glanent des plats imprévus

Nous on ne peut pas vivre sans idéal

Mais on se dit que ça ira !

De ce jour‑là si je me souviens

Du haut d’un 14 d’été on a revu

L’hiver à Charleville et la boue de nos groles

La peur et l’ennui triste dessous la suie

Collant à la toile des tabliers d’école

Les vitres des aubes obscures qu’on essuie

De l’autre côté courent hagards les chiens

Des poètes leur désir se frottera

Au grattoir des allumettes après la pluie

 

Hola Léo y en a plus pour longtemps !

Que ce peuple croupisse sans parolesdéja le soleil se fait sombre6

Des tribus le long du fleuve remontant

Ont posé ici les tapis de haute laine

Noire et rouge et du bleu d’indigo intense

Leurs fils sont des jongleurs de balles au vol

Ils ont attrapé les brutales rengaines

Et les refrains canailles des usines

Le chant des rues au bout des transhumances

De nos vieux toujours rallumant le brûleur

Des hauts‑fourneaux qui sont le soleil renversé

Sur nos enfances loin de l’Erythrée

Quand il fallait attendre que l’été radine

Et les chameaux chargés du trésor glacé

De la banquise avec leurs voyageurs glissant

Un billet pour le Nord dessous leur gandourah

Guettent les navires où on va traverser

Lents porteurs de lanternes de couleurs

Direction l’Afrique pour ne plus rentrer

Je sais que les fils du Sud ont le même sang

Que les vieux sans culotte et que ça ira ! LeoFerre

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Jeudi 1 juillet 2010 4 01 /07 /Juil /2010 23:04

Poudrerie


  Une-liberte.jpg

 

 

Comme neige gelée au bout des doigts

Et qui ne fondra pas

Résistance Je m'assois

Au centre de la lueur du fanal

Pendant que dansent

Leur danse les rats

Là tout autour de moi

Qui croyez-vous que je sois ?

 

Gamine au nez percé d'anneaux

A-fric Ça s'écrit comme ça ?

Rebelle Alors je pique

A l'étalage luxe des cerises

Me faire la belle Pourquoi ?

Je m'appelle première fois

Sans bagage et sans valise

Larguée au nez de la lune trottoir

Qui croyez-vous que je sois ?

 

Y'a un type appuyé au comptoir

Insoumise Je m'empare

De sa chemise et de son papier buvard

Aussitôt me sape d'histoires

Il neige des princes et des héros

Sur moi sur moi pourquoi pas ?

Qui croyez-vous que je sois ?

 

Héroïne refuse de hanter

Un sournois palais de verre

Différente Je desserre

Les poings de ceux qui m'ont dévisagée

Et je me laisse caresse

Par tes lèvres errance encanailler

Qui croyez-vous que je sois ?

 

Comme neige gelée au bout des doigts An-2000.jpg

Alors la honte s'efface

Qu'ils ont reposée sur moi

Plus jamais perdre la face

Pendant que dansent

Leur danse les rats

Là tout autour de moi

Qui croyez-vous que je sois ?

 

Sous les lampes du fanal je me fais fée

Poudre d'or au bout de mes doigts

Afrique Poudre de rêve éveillé

Te disperser te retrouver

La musique des hommes sorciers

Là où je vais me rejoindra

Mais qui croyez-vous que je sois ?

 

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Lundi 7 juin 2010 1 07 /06 /Juin /2010 23:03

Villes de feu Cités d’argile

  Le-peintre-aveugle.jpg

Sur mes pieds d’argile je vais

Je vais petits chemins exquis

Jeune géant vers les conquêtes

Sur mes pieds d’argile fragile

Et ma tête grosse je suis

Dodelinant marionnette

Mon corps fossile qui ne sait

Si c’est exil ou si c’est fête

 

Sur mes pieds d’argile je suis

Gargantuesque et frénésie

Plus grand qu’arbre de la forêt

Feuillages couronnant ma tête

Et fruits Ma tête grosse aussi

Pastèque offerte aux coups de dents

Des enfants cruels aux aguets

Me feront mille et une fêtes

 

Sur mes pieds d’argile je cours

Entre les tours grattant le ciel

J’enjambe les ponts les amours

Leurs longues robes Rêvant d’elles

Mais jeune géant j’ai en tête

Un astre rouge à engranger

Dans mon théâtre sur la cour

Enfants des villes c’est ma fête

 

Sur mes pieds d’argile je vole

Des bonbons bleus et un guignol

Un sac de blé rien ne m’arrête

Des livres pour poser ma tête

Dans le grenier des rats des champs

N’avoir d’ami qu’un éléphantFLUTE.jpg

A qui je donne ma parole

Mes gants j’enfile pour la fête

 

Sur mes pieds d’argile j’arrive

Avec des mots plein mon tonneau

Je le roule au bord de la rive 

Au-dedans nichent les oiseaux

Au fil des eaux mon feu dérive

Entre mes mains ma grosse tête

Marionnette petits morceaux

Ame indocile cœur en fête

 

Sur mes pieds d’argile j’achète

Des boîtes pleines d’éclaircies

Jeune géant nuage envie

Un revolver et une balle

Mourir facile Ivre la vie

Au fond d’un tonneau c’est pas mal

Rats des champs enchantent ma tête

J’ai trop grandi me faut sortir

Ne saurai jamais pour finir

Si c’est exil ou si c’est fête.

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Jeudi 3 juin 2010 4 03 /06 /Juin /2010 23:52

Mâle au cœur


Ange-dechu.jpg  

Toute la terre a mâle au cœur

Les fleurs se pointent à l'envers

Les pommiers s'emparent du plus pressé

A faire des pommes sans manières

Petites demeures bourrées de peur

Que les grands penseurs appellent péché

Les grands techniciens perversité

Et les grands carnassiers sorcières

 

Toute la terre a mâle au cœur

Et les grands médecins les grands médecins

Ont retiré des mains sacrées

Des mains blotties dans le lit des rivières

La faucille des cueillettes lunaires

Les crinières blanches des chevaux au matin

Reviennent en touffes enlacer les branches

On ne coupe plus le gui dans la rosée

 

Toute la terre a mâle au cœur

Les druides ont planqué les neiges de l'hiver

Dans leur gibecière avec les feux de l'été

Les brasiers de roses aux solstices ardents

Ils ont emporté les rituels de la terre

Et la femme hibou immole à la forêt

En nommant le désir au sexe des clairières

La danse du soleil avec son premier sang

 

Toute la terre a mâle au cœur

Nous tombent dessus des étoiles de pierre

La porte du jardin est en acier chromé

N'y a qu'un moyen de faire marche arrière

C'est de donner le cœur des grands penseurs

A dévorer aux grands carnassiers

Et la verge dressée des grands techniciens

A empailler aux grands médecins

Le-grand-jardinier.jpg

Alors elles redeviendront les pommes

Les petites reines des tapis rouges

Dans lesquelles croqueront les dents des amants

Des fleurs et de la terre comme

Les druides veillant sur les odeurs de bruyère

De nos jardins d'antan.

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Mardi 25 mai 2010 2 25 /05 /Mai /2010 19:31

La petite chaise de paille suite

LA-MARCHANDE-DE-SOLEIL-OVERBLOG.jpg

De grands papillons de nuit se posent sur ton ventre

Et le caressent

Dans l'herbe tes cheveux se mêlent aux narcisses

La poubelle renversée rit

Niveau moins trois

La bande des chats hirsutes entre en transe

Ils se vautrent dans la luxure

Et les brins de laine

L'un d'eux a repéré la petite chaise de paille jaune

Abandonnée sur la tomette rouge

Mais il hésite à franchir le seuil de la cuisine obscure

Des mains d'Ogre fouillent la terre chaude entre tes cuisses d'enfant

Le troupeau d'éléphants fait cercle autour de toi

" Ma parole… ils sont tombés de la lune ! "…

Le renard est en train de se taper un festin de groseilles

En attendant

Au niveau moins trois

On a remonté la fermeture éclaire jusqu'à ta bouche

 

Tu ne parleras pas aux enfants citrons


Au coin d'un porche un type a sorti un couteau d'argent

Blanc comme le clair de lune

On ne sait pas s'il veut se faire la peau du chat

Ou celle de la petite chaise de paille jaune

Larguée dans la tomette rouge

De la salle des éléphants vigiles du muséum

Je songe

A tes petits seins sous ton tee-shirt

Au baiser des papillons sur ton sexe-enfant

A tes poings trop serrés pour contenir

Les étoiles de laine ébouriffées

Les cailloux Les boulons Les billes d'agate

Le Requiem de Mozart

Et tes bas roulés en boule

Nos secrets de femmes

Nos foulards et nos jeans ouverts

Où se planquent les mésanges

Et cette douleur d'enfant qui ne passe pas


Il faudrait ramer à l'envers de l'eau

Surtout ne pas perdre tout cela

Ce trou minuscule à notre oreille

Cette marée haute à l'odeur louve

Tout cela si peu si tant de nous et des narcisses

S'ils pouvaient nous le prendre tout cela

Et nos genoux que nos mains tiennent

Il suffirait d'un coup de pinceau maladroit

Pour remettre la chaise à sa place jaune

Dans la cuisine ocre-rouge de Nuenen

Au coin du feu qui n'a jamais entendu parler du soleil de souffre

Ni des squelettes d'éléphants blancs comme des clairs de lune

Dans la grande salle du muséum

 

Mais…

Tout cela

S'ils viennent nous le prendre Les chats pourront enfin s'asseoir

Au centre du triangle d'or des soupirails          

Les groseilles rapatrieront le goût écrasé des confitures

L'entre-deux des filles baillera salement

Sur des jarretelles marée noire

Et on entendra voler les mouches

Dans le crâne perdu de Mozart

Alors tout rentrera dans l'ordre viril des extincteurs

" Si seulement ils cessaient de se prendre pour des artistes ! "… Mesanges.jpg

Et qu'ils bouffaient tranquilles la paille de leurs cachots

Le marchand de rats est passé à quelques mètres de l'asile

Mais on n'allait pas dans la même direction 

Lui et moi

Dommage !… 

 

La petite chaise de paille jaune 

Dans le théâtre abandonné

Surveille courageusement l'entrée des artistes

"On ne sait jamais "         

 

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