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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 23:53

      Il y a des années j'aurais tout fait pour être peintre et j'ai peint durant vingt piges et je n'ai pas montré ça à grand monde... Ils y a des années que je voulais être écrivain et j'ai beaucoup écrit et j'ai un peu montré ça à pas grand monde... Aujourd'hui je ne sais pas bien ni ce que je veux ni ce que je suis et je n'ai plus envie de montrer ça à personne...

      Pourtant c'était un temps où l'espoir portait chacun de nous vers un grand idéal partagé... et déjà j'étais une voyageuse solitaire... Je ne crois pas que ce poème ait jamais été publié alors voilà...

      A Antonin et à Vincent... deux fous qui me font supporter ma folie...


“ Chacune des floraisons glacières de mon âme intérieure bave sur moi ”… 

A.Artaud  Oeuvres complètes I artaud9.jpg

 

“ Floraisons glacières ”

 

Trottoir cinglant théâtre à vif

Jupe entrouverte avant les trois coups

Voiture gyrophare bleu exploser le décor

Odeur de pneus chaude à vomir pas possible de ralentir

Freins miaulant écrasés le sable a grimpé sur les planches

Un type à quatre pattes cherche au pied d'un rosier                

Son trousseau de clefs

Epine de glace dans le corps du rosier

 

Ville qui crépite et se déhanche

Maisons bidons juste pour rire

Murs fulgurants coups de poings écarlates

Achète ! c'est combien ?

Toute la cité est à vendre

C'est un théâtre gigantesque où les rats tiennent les chandelles

Et entretiennent les grimoires

De la lubricité géométrique

Moisissures sanglantes d'orchidées béton

Deux vieux regardent l'escalier en lambeaux Vincent_van_Gogh_1872.jpg

Qu'un balancier fracasse lentement 

Poèmes implosés comme “ le cri de la vie ”

Dans une assiette d'encre 

 

“ Vous me détestez parce que je ne vous ressemble pas ”

Un type fatigué a laissé son costume de lézard au vestiaire 

Le garde-barrière habite une petite maison jaune

Dans les coulisses

Toit de chaume hérissé d'iris

           

Trottoir cinglant théâtre à vif

Masque de vieux clown                                  

Exonérer sa tronche des rides du hibou

Se voir est proprement dégueulasse 

Bas frontières entre ventre et parking

Arlequin à losanges noirs sur sexe blanc

Passer par ici repasser par là

Trou du souffleur à la fourrure louve

La douleur se marre comme un blouson noir

Camisole de glace au couteau flagrant

Bouquets de roses-haine dans des yeux enfants

 

Enfants barbares comptent leur fric dans les parkings

Le vieux clown joue sa vie sur le trottoir fragile

Les rats notent dans les grimoires

Que le trottoir est un théâtre

Trottoir frontière entre jupes rouges et bas noirs

Histrions purs comme l'épine de glace 

Qui défend le garde-barrière des trains voraces

 

La porte de la maison est fendue sur des champs

De tulipes rougeoyantes                                  

Des signaux d'alarme

Et des femmes courbées aux hanches larges

Le corps grand ouvert un type écarte les jambes

Au milieu de la ville en hurlant

Comme un soleil avorté

 

Trottoir cinglant théâtre à vif

Tournoiement des anges projecteurs soleils castrés

Dans la lueur de son visage     

Pourriture des mots au fond des flaques d'eau vertes   

Mangue-solitude dévorée par des yeux de jeunes loups

Qu'un sax incendie de silences             Ossip-Zadkine.jpg

Trottoirs creusés par des galops de doigts

Bleus gyrophares allument

Leurs jambes comme des aiguillages

Les loges sont remplies de blousons-noirs

Qui protègent les artistes affamés des courants d'ère

 

Trottoir cinglant un ange a entrouvert ma peau  

Avec une épine de glace et m'a faite rosier

Vous entendez bien rosier non pas rose

Et c'est pour cela que vous me détestez

J'ai griffé mes fleurs de glace

A la rampe de l'escalier

Chaque main posée sur elle

Sentira son cœur qui bat dans les décombres

 

La maison au toit d'iris mauves

Brille au fond des souterrains de ma mémoire

Je sais qu'il faut sautiller dans un champ de mines

Pour y parvenir

Un chien aux tendances suicidaires est assis

Au sommet d'un monticule d'escarbilles 

Les rails coupent les champs de tulipes rougeoyantes

De scarifications qui fuient

                       

L'homme au corps grand ouvert rayonne un soleil sanglant

A l'extrémité du sexe

Gouttes de sang dans les grimoires

C'est de nous tout ce qui restera

Moins qu'un costume de lézard

           

Trottoir cinglant Théâtre à vif

Pestilence des rues suant l'urine et les lilas                               

Des centaines de nez rouges se pointent

Dans l'herbe d'un terrain vague

“ Ça sent le rat crevé ”                        

Murmure la petite dame Vincent_Willem_van_Gogh_102.jpg

Dans le trou du souffleur

“ Parlez pour vous ”

Ricane le vieux clown

A quatre pattes il caresse les feuilles

Avec ses mains illusionnistes

“ Nous sommes en pays de barbarie ” 

Souffle la dame obstinément                           

Aux pieds ailés des anges incendiaires

Qui prennent leur envol                                   

En froissant leurs ailes de tôle

Dans les poussières de mercure

Leurs dents s'enfoncent dans la viande crue des étoiles

Mastiquent les mots avalent les lettres

Déchiquètent les points-virgules et les lilas

Sur la scène du parking désert les rats achèvent

De réduire à néant les grimoires

           

Une épine de glace a percé le cœur du rosier

Son cœur de chair seulement

Car son cœur de rose a explosé

En mille cathédrales d'odeurs inhabitées

 

Le garde-barrière de la petite maison

Au toit d'iris a conservé

Secrètement quelques grimoires

Sûr qu'ils se souviennent

Que le dernier train est passé juste à l'heure

Où un type se faisait dans sa baignoire

Un mauvais sang d'encre

 

Deux vieux assis au cinquante quatrième étage

Dans l'escalier de la Tour Azur

Qui résonne de coups de canne et de hululements

Regardent quelques centaines de mètres plus bas

Un homme au corps grand ouvert leur faire signe

Que la répétition va commencer

 

Trottoir cinglant théâtre à vif

Des filles hiboux chassent en rase-bitume                                

L'asphalte rend gorge des mecs au sexe fric 1857.jpg

Petite lampe du géomètre lubrique                              

Guide client pas regardant

Achète ! c'est combien ?

Toute femme est à vendre

C'est un bordel gigantesque     

De triangles éphémères 

Où les écureuils font les fous               

Pas de murs qui résistent

A leurs griffes rouillées

 

Ils entrent un à un                                           

Dans les bocaux de verre des épiciers

Et rapportent aux filles et aux poètes

Des poignées de berlingots acidulés 

Et d'étoiles d'araignées

Incandescente indécence

Des trottoirs lucioles aux trésors dévoilés

Où j'ai traqué pour leur déplaire

Le corps de la rose et le cœur du rosier

 

La petite maison au toit d'iris

Est retournée se blottir

Dans son rectangle flamboyant

Il n'y a plus de refuge pour les enfants barbares

Sauf les grimoires ensorcelés

Où les anges noirs et blancs

Se glissent dans les coulisses

Enjambant la ligne rouge qui sépare

Les trottoirs-saltimbanques

Du ventre mou des honnêtes gens A-Artaud.jpg

           

Au  milieu de la ville

Un type au corps grand ouvert comme un livre d'images

Tourne les pages vierges de l'été

Où tombent une à une les épines de glace

Des étoiles d'araignées.

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 01:11

Clair‑obscur caravage2.small.jpg

 

En bas… La nuit… L’ombre bitume… Le métro… Les couloirs poisseux gras chauds… Des trous violets… Des ténèbres qui bouillent d’odeur de puits… Des stridences par endroits… Plein plein… C’est pas si noir que ça au fond… Des stridences… Des traînées… Comme de l’argent… 

Des comètes… Des loupiotes qu’on balance… Remonter… Les voûtes aux carreaux blancs comme de la glace… Remonter encore… Beaucoup… Sortir… Dehors… En haut… La rue… La lumière… Crapahuter des marches des marches et des marches… Ça y est… Toute la clarté d’un coup… Y en aura pour tout le monde… C’est ça qu’est bien alors !

A l’entrée du trou suffisait de s’asseoir… c’était pas compliqué… La bouche du métro… Sa goule qu’avale les gaziers les clebs les baluchons et le jour pareil et le soleil et la lune… Se poser là bien tranquille bien visible… Là où les passants balancent leurs mégots et les prospectus en confettis d’étoiles mortes qui scintillent encore un peu des belles galéjades qu’on leur a faites… Avec ses deux paluches il a balayé dégagé deux emplacements emmanchés l’un contre l’autre noirs et luisants comme du velours… Là‑dessus il a déposé déplié les bouts d’un carton qu’avait contenu de quoi s’en mettre plein le lampion et y restait les miettes… le boulanger les fourrait en tas devant la lourde de sa cagna à fuel… Et par‑dessus il a déroulé un plaid en lainage rouge un peu passé avec même des trous dedans mais ça pouvait aller… 

Il s’est redressé pour zyeuter l’installation… s’assurer que personne allait piétiner la crèche plantée qu’elle était juste là on y voyait pas lerche et le jour c’était tout comme la nuit ça tournait court… En fait il était plutôt veinard là en haut à cette saison d’hiver et ses grelots d’absence qu’on évite pas qu’il se mette pas à neiger ni à faire grand froid en plus… que ça ne le poisse pas d’un coup par-dessous ses frusques qui avaient des tournures qu’on imagine être celles d’un jardinier du printemps avant le printemps… Mais il était remonté et sa veste et son futale en velours avaient la couleur des brisures de marrons glacés qui attendaient les bourgeoises gourmandes le morlingue pas facile devant la vitrine de la boulange avec les grandes pièces solides aux coudes et aux genoux comme le brun brûlé des châtaignes sur les tôles percées des carrioles à braseros… Ses pieds nus glissaient à l’intérieur des godasses en toile dont il avait viré les lacets et ça faisait entrer des plaques de poussière brillantes et grises que la bas du pantalon déchiré La-chandelle.jpgn’arrivait pas à camoufler…

L’endroit lui a paru bien convenable et situé gentiment au bout de la place de la Nation un quartier populaire et même tout à fait ouvrier qui s’était embourgeoisé avec une mémoire de pauvreté exactement suffisante pour émoustiller les bonnes consciences prêtes à tout afin de ne pas y retourner jamais… laisser les autres y plonger à leur place dans le ragoût de la trouille et leur semer comme ça avec la monnaie un coup d’œil indifférent… et s’en aller loin vite fait… le plus vite qu’on peut aussi loin que le monde là‑bas endormi au creux de la clarté noire de l’aube…

C’était une place aussi bonne que toutes les autres entourée de boutiques pimpantes qui donnaient le change à faire croire que les affaires allaient leur bonhomme en chemin … des petits commerces qui faisaient sauter l’ardoise des prix sous le tarbouif des grands‑mères radinant tout juste du bureau de poste à côté la pension du trimestre fourrée au fond du keusse… des vitrines bourrées de colifichets brimborions factices qui clignotaient leurs guirlandes aux leds têtes d’aiguilles bleus et argent pour la fête qu’on préparait partout là en haut… C’était une place aussi honnête que possible et personne pas un caïd du secteur pas un manchot qui ait essayé de la lui faucher… Un strapontin à l’orchestre en face du canardier dans sa guérite de phare en carton barbouillée vert d’armée où la troupe des besogneux du jour dételle et se retourne les fouilles pour acheter les nouvelles de la vie et lui fait rouler les picaillons dans sa gamelle…

C’est vrai que c’était vraiment une bonne place et on pouvait descendre se nicher aux premières gouttes de lansquine sans crier gare comme les autres loustics qui s’enfonçaient maraudaient au‑dedans des couloirs en grognant et quand ça leur prenait ils ressortaient bondissaient au dehors en bandes sitôt éparpillées ce qui en jetait plein la musique à Baraka la chienne boxer la pelure en panache moitié café moitié chocolat qui couchait en joue le mouvement sur son morceau de carton et son territoire de couvrante rouge passé…

Ça n’avait jamais été dans ses cartons de s’encombrer d’un clébard vu que ça lui interdisait l’entrée des refuges à compter de sept plombes quand la nuit estourbit la moitié de la figure des passants de la ville qui refilent aux filendèches comme lui un pageot en fer avec dessus un matelas en mousse à la housse crasse et une berlanche de laine rêche et du même gris quasi noir que les boulets de poussier des poêles de son enfance comme y en a dans les pensionnats et les prisons et une douche à l’eau tiédasse plus une savonnette dans un carton où il est écrit en lettres majuscules : SS Services Sociaux et une serviette bleue de taille rikiki qu’on changeait à chaque fois…un-dortoir-chez-kye-4431374juqve.jpg

Non… c’était pas son affaire du tout et pourtant il avait récupéré Baraka tout juste à la belle d’un de ses passages au dortoir du refuge le plus proche de la place où il galvaudait à l’époque… C’était comme il roupillait en chien de fusil sur son sac et ses godasses pour ne pas se les faire faucher qu’il avait été sorti du pageot dans l’obscurité de la veilleuse violette au‑dessus de la porte au milieu des ronflements et des grognements humains par les aboiements rageurs emmêlés aux petits jappements étranglés et tenaces d’un clébard tout jeunot qu’il ne pouvait pas repérer et qui arrivaient de la rangée de puceux juste à côté de la sienne…

Après qu’il ait renfilé ses pompes et fourré le sac sous sa veste en velours il était allé à tâtons se rencarder du pataquès qui ne dérangeait pas un quidam dans la cagna et il est tombé sur l’ivrogne familier du refuge qui se frottait à la castagne avec tout le monde ce qui ne l’empêchait pas de rentrer en loucedé un litron de jaja qu’il partageait avec les potes… Tomate comme c’était son blaze que même le directeur du refuge le toubib et les cerbères lui refilaient était en train de bourrer de coups de pieds un jeune boxer qui avait pas six marques et qui se défendait accrochait donnait dedans reculait des quatre pattes la gueule au vent et refonçait dans le tas avec le courage de l’aventure de la vie… Ses quinquets noirs luisants dans la clarté verte changeante de la lune et le violet de la veilleuse l’ont maté sans caler quand il s’est ramené dans la bigorne…

‑ Eh dis Tomate ! ça va pas de tabasser un clebs qui t’arrive aux genoux hein… Allez arrête ça et va cuver ! Tu réveilles tout l’monde bâtard de Tomate !

La combure qui tombait d’en haut par de grandes lucarnes vu que le toit du refuge n’était pas séparé du dortoir faisait un damier de carreaux crème et les pieux aux couvrantes grises étaient les carreaux d’ombre… Y avait là un côté dramatique que l’éclairage qui ne laissait voir et apparaître avant de se faire dévorer par les ténèbres que la part la plus brute des êtres et des choses mettait à nu comme un réverbère à la bougie vacillante servant de projecteur à ce monde en folie et décadent… 

Tomate à moitié pris dans l’enchaînement des rebondissements de l’histoire qui lui échappaient depuis longtemps avait continué à envoyer de méchants coups de tatanes en direction de la chienne dont le museau ocre rose piqueté de tatouages gris étoilés bullait autant qu’une assiette d’eau savonneuse et qui s’était trouvée d’un coup réconfortée par l’intervention louche d’un inconnu humain mais c’était pas le moment de faire des manières et elle a commencé à gronder en remontant à l’assaut avec de petites chandelles de bave qui lui faisaient des stalactites rigolotes au  coin des babines…

‑ Saleté de clébard !… Je vas te crever moi !… Attends tu vas voir ma salope !…

Alors vu que c’était pas la peine et qu’y en avait assez il l’avait attrapé par le derrière de son futale de toile bleue qu’était toujours trop large et il l’avait fait basculer dessus le puceux où le Tomate noyé dans son jaja deux minutes plus tard ronflait déjà… Quant à la chienne qu’il avait probable fait passer en contrebande avec un ou deux litrons balancés aux cerbères du foyer elle attendait assise sur son cul des bulles scotchées au djamaa.jpg bout du museau qu’elle léchait d’un mouvement d’automate placide comme si tout avait été une bonne rigolade… Ses deux quinquets braqués sur lui n’avaient pas de reconnaissance mais une fraternité animale qui est la seule chose sur laquelle on peut compter dans ce monde.

A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 20:16

      Cet article qui a été publié sur le site : www.info-palestine.net m'a passionnée à sa première lecture parce qu'il est à la fois tellement bien écrit avec le coeur et toute la poésie que j'aime et parce qu'enfin une personne de culture judéo-arabe ou orientale comme on veut le revendique avec fierté et intelligence... avec l'intuition de ces êtres qui ont tout perdu d'eux-mêmes en devant " choisir " d'appartenir à un seul peuple alors que leur réalité comme celle de la plupart des êtres humains est multiple...

     Ce témoignage permet également de s'inscrire en faux contre la théorie mille fois utilisée qui consiste à dire que les populations juives des pays arabes ont été chassées de leur pays d'origine bien avant la création de l'état d'Israël... Il y a encore par exemple une importante communauté juive en Iran aujourd'hui qui tient à continuer à vivre sur le lieu de ses origines et que personne ne persécute... pour l'instant car si une guerre est fomentée par les pays occidentaux...

     

Réflexions d’une juive arabe Boycott Israel-copie-1

Lundi, 2 janvier 2012

 

Ella Habiba Shohat

BintJbeil

 

Dépouillés de notre histoire, nous avons été forcés par notre situation de huis clos de refréner notre nostalgie collective, au moins au sein de la sphère publique. La notion omniprésente d’“ un peuple unique ” réuni dans sa patrie antique n’autorise aucune mémoire attendrissante de la vie avant Israël.

 

Ella Habiba Shohat est professeur en Études culturelles et en Études des femmes à Cuny. Écrivaine, oratrice et militante, elle a écrit Israeli Cinema : East/West and the Politics of Representation (université du Texas - Press, 1989) et elle est co-auteur (avec Robert Stam) de Unthinking Eurocentrism : Multiculturalism and the Media (Routledge 1994). Shohat a également co-édité Dangerous Liaisons : Gender, Nation and Postcolonial Reflections (Université de Minnesota - Press 1997) et est la rédactrice de Talking Visions : Multicultural Feminism in a Transnational Age (MIT Press - The New Museum, 2000). Elle écrit souvent pour des journaux comme Social Text et le Journal for Palestine Studies. Son adresse : ella.shohat@nyu.edu

 

Quand les questions de discours racial et colonialiste sont débattues aux États-Unis, les personnes originaires du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord en sont souvent exclues. Cet article est écrit avec l’intention d’ouvrir un débat multiculturel, dépassant la catégorisation simpliste du recensement U.S. des peuples du Moyen-Orient en tant que “ Blancs ”.

Il est aussi écrit avec l’intention d’aborder les multicultures des notions américaines de la judaïté. Mon récit personnel remet en question l’opposition eurocentrique des Arabes et des juifs, particulièrement le déni des voix des Arabes juifs ( Séfarades ) tant dans le contexte moyen-oriental qu’américain. Ella-Habiba-Shohat.jpg

 

Je suis une juive arabe. Ou, pour être plus précise, une femme israélo-iraquienne vivant, écrivant et enseignant aux États-Unis. La plupart des membres de ma famille sont nés et ont grandi à Bagdad, et maintenant vivent en Iraq, en Israël, aux États-Unis, en Angleterre et en Hollande. Quand ma grand-mère a d’abord rencontré la société israélienne dans les années cinquante, elle a été convaincue que les gens qui regardaient, parlaient et mangeaient si différemment - les juifs européens - étaient en fait des chrétiens européens. La judaïté pour sa génération était inextricablement associée au Moyen-Orient.

Ma grand-mère, qui vit toujours en Israël et communique toujours largement en arabe, a dû apprendre à parler de “ nous ”, en tant que juifs, et d’“ eux ” en tant qu’Arabes. Pour les Moyen-Orientaux, la distinction s’est toujours opérée sur “ musulmans ”, “ juifs ” et “ chrétiens ”, pas sur Arabes par rapport à juifs. Il était supposé que l’“ arabité ” se référait à une culture et à une langue partagées en commun, quoique avec des différences religieuses.

Les Américains sont souvent étonnés de découvrir les possibilités existentiellement nauséabondes ou délicieusement exotiques d’une telle identité syncrétique. Je me souviens d’un collègue bien établi qui, malgré mes leçons élaborées sur l’histoire des juifs arabes, avait toujours du mal à comprendre que je n’étais pas une anomalie tragique - par exemple, la fille d’un Arabe ( palestinien ) et d’une Israélienne ( juive européenne ).

Vivre en Amérique du Nord fait qu’il est plus difficile encore de communiquer que nous sommes juifs et que nous avons toujours droit à notre différence moyen-orientale. Et que nous sommes arabes avec toujours le droit à notre différence religieuse, comme les chrétiens arabes et les musulmans arabes.

Ce fut précisément la police des frontières culturelles en Israël qui a conduit certains d’entre nous à nous échapper dans des métropoles d’identités syncrétiques. Pourtant, dans un contexte américain, nous sommes confrontés à nouveau à une hégémonie qui nous permet de raconter une mémoire juive unique, c’est-à-dire, une mémoire européenne. Pour tous ceux d’entre nous qui ne cachent pas leur moyen-orientalité sous un “ nous ” juif, il devient de plus en plus difficile d’exister dans un contexte américain hostile à la notion même d’orientalité.

En tant que juive arabe, je suis souvent obligée d’expliquer les “ mystères ” de cette entité oxymore. Que nous parlions arabe, pas yiddish ; que pendant des millénaires, notre créativité culturelle, laïque et religieuse, a été largement articulée en arabe ( les Maimonides étant de ces quelques intellectuels à “ la faire ” dans la conscience de l’Occident ) ; et que même les plus religieuses de nos communautés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ne se sont jamais exprimées dans des prières hébraïques à fort accent yiddish, ni qu’elles n’aient mis en pratique les normes gestuelles de la liturgie et les codes vestimentaires favorisant les couleurs sombres de la Pologne d’il y a des siècles.

Les femmes du Moyen-Orient n’ont pareillement jamais porté de perruques ; pour se couvrir les cheveux, si elles les couvraient, cela dépendait des vêtements régionaux ( dans le sillage de l’impérialisme britannique et français, beaucoup portaient des vêtements de style occidental ). Si vous allez dans nos synagogues, même à New York, Montréal, Paris ou Londres, vous serez étonnés d’entendre les quarts de ton modulés de notre musique que les non-initiés pourraient penser venir d’une mosquée.

Maintenant que les trois topographies culturelles qui composent mon histoire éclatée et disloquée - Iraq, Israël et États-Unis - ont été impliquées dans une guerre, il est crucial de dire que nous existons. Certains d’entre nous refusent de se dissoudre comme pour encourager des divisions nationales et ethniques “ nettes ”. Mon anxiété et ma peine durant les attaques de Scud sur Israël, où vivent certains membres de ma famille, n’ont pas étouffé ma peur et mon angoisse pour les victimes des bombardements sur l’Iraq, où j’ai aussi des parents.

La guerre, cependant, est l’amie des binarités, laissant peu de place aux identités complexes. La Guerre du Golfe, par exemple, a intensifié une pression déjà familière sur la diaspora arabe-juive dans le prolongement du conflit israélo-arabe : une pression pour choisir entre, être juif ou être arabe. Pour nos familles qui vivaient en Mésopotamie au moins depuis l’exil babylonien, qui ont été arabisées pendant des millénaires, et qui ont été brutalement dégagées en Israël il y a 45 ans, d’être soudain contraintes d’assumer une identité juive européenne homogène, basée sur des vécus en Russie, en Pologne et en Allemagne, fut un exercice d’auto-dévastation.

Etre juif et européen ou américain n’a guère été perçu comme une contradiction, mais être juif arabe a été vu comme une sorte de paradoxe logique, même une subversion ontologique. Cette binarité a entraîné de nombreux juifs orientaux ( notre nom en Israël, en se référant à nos pays asiatiques et africains communs d’origine, est mizrahi ou mizrachi ) vers une schizophrénie profonde et viscérale, puisque pour la première fois dans notre histoire, arabité et judaïté étaient imposés comme des antonymes. 1_IRAQ_461.jpg

 

Le discours intellectuel en Occident met en lumière une tradition judéo-chrétienne, mais reconnaît rarement la culture judéo-musulmane du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord, ou de l’Espagne antérieure à l’expulsion (1492) comme des parties européennes de l’Empire ottoman. Le vécu juif dans le monde musulman a souvent été dépeint comme un cauchemar sans fin d’oppressions et d’humiliations.

Même si je ne veux en aucune manière idéaliser ce vécu - il y avait des tensions, des discriminations occasionnellement, voire de la violence -, dans l’ensemble, nous vivions très facilement avec les sociétés musulmanes.

Notre histoire ne peut pas simplement être débattue en terminologie juive européenne. En tant que juifs iraquiens, tout en conservant une identité commune, nous étions généralement bien intégrés et considérés comme des autochtones dans le pays, formant un élément indissociable de sa vie sociale et culturelle. Bien qu’arabisés, nous utilisions l’arabe même dans les hymnes et nos cérémonies religieuses. Les tendances libérales et laïques du 20e siècle ont engendré une association encore plus solide des juifs iraquiens et de la culture arabe, qui a mené les juifs dans une arène extrêmement active dans la vie publique et culturelle. D’éminents écrivains, poètes et universitaires juifs ont joué un rôle vital dans la culture arabe, se distinguant dans le théâtre, la musique de langue arabe, comme chanteurs, compositeurs et joueurs d’instruments traditionnels.

En Égypte, au Maroc, en Syrie, au Liban, en Iraq et Tunisie, des juifs sont devenus membres des assemblées législatives, de conseils municipaux, de l’institution judiciaire, et même ont occupé des postes importants dans l’économie. ( Le ministre des Finances d’Iraq dans les années quarante était Ishak Sasson, et en Égypte, Jamas Sanua - des postes plus élevés, comble d’ironie, que ceux que notre communauté obtenait généralement au sein de l’État juif jusque dans les années quatre-vingt-dix ! ).

Le même processus historique qui a dépossédé les Palestiniens de leurs biens, terres et droits politiques nationaux, est lié à la dépossession des juifs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord de leurs biens, terres, et racines dans les pays musulmans. En tant que réfugiés, ou immigrants de masse ( selon le point de vue politique auquel on se place ), nous avons été forcés de tout quitter et d’abandonner nos passeports iraquiens. Le même processus a aussi touché notre déracinement ou notre positionnement ambigu en Israël même, où nous avons été systématiquement discriminés par les institutions qui déployaient toute leur énergie et leur matériel pour que les avantages aillent constamment aux juifs européens et les désavantages aux juifs orientaux.

Même notre physionomie nous trahissait, allant jusqu’à une perception colonialiste ou physique internalisée. Les femmes séfarades orientales teignaient souvent leurs cheveux noirs en blond, tandis que les hommes ont été plus d’une fois arrêtés ou frappés alors qu’on les prenait pour des Palestiniens. Si pour les immigrants ashkénazes venant de Russie et de Pologne c’était une aliya sociale ( littéralement, une “ montée ” ), pour les juifs sépharades d’Orient, c’était une yerida ( une “ descente ” ). I_am_Iraq.jpg

Dépouillés de notre histoire, nous avons été forcés par notre situation de huis clos de refréner notre nostalgie collective, au moins au sein de la sphère publique. La notion omniprésente d’“ un peuple unique ” réuni dans sa patrie antique n’autorise aucune mémoire attendrissante de la vie avant Israël. Nous n’avons jamais été autorisés à pleurer un traumatisme que les images de destructions en Iraq n’ont fait qu’amplifier et cristalliser pour certains d’entre nous. Notre créativité culturelle en arabe, hébreu et araméen n’est guère étudiée dans les écoles israéliennes, et il devient difficile de convaincre nos enfants que nous avons vraiment existé là-bas, et que certains d’entre nous sont toujours en Iraq, au Maroc, au Yémen et en Iran.

Les médias occidentaux préfèrent de beaucoup le spectacle de la marche triomphale de la technologie occidentale à celui de la survie des peuples et cultures du Moyen-Orient. Le cas des juifs arabes n’est qu’une de ces nombreuses élisions. De l’extérieur, il y a peu de peu de perception de notre communauté, et encore moins de la diversité de nos opinions politiques. Les mouvements pacifiques séfarades orientaux, des Panthères Noires des années soixante-dix à la nouvelle Keshet ( une coalition “ Arc-en-Ciel ” [ “ Rainbow ” ] de groupes mizrahim en Israël ), non seulement appellent à une paix juste pour les Israéliens et les Palestiniens, mais aussi à une intégration culturelle, politique et économique d’Israël/Palestine au Moyen-Orient. Et ainsi, à mettre fin aux binarités de guerre, et à une cartographie simpliste des identités moyen-orientales.

 

Du même auteur :

-  Juifs séfarades en Israël - avec Michel Warschawski - Le Monde diplomatique arton2017-2.jpg

14 décembre 2011 - BintJbeil - Irvi Nasawi - Cultures séfarades et moyen-orientales - Traduction : Info-Palestine.net JPP

 

Qui sommes-nous ?

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Publié dans : Colères noires
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Dimanche 1 janvier 2012 7 01 /01 /Jan /2012 17:56

C’est Beyrouth ici !

Il a combattu jusqu'au bout 1

Epinay, dimanche, 1erjanvier 2011

Que faire quand on habite à Beyrouth

Qui sait l’enfer de notre décadence

Rouge vif l’impuissance de la violence

C’est comme un piège de neige refermé

Qui fond sur nous et muet nous envoûte

Du présent il nous reste lasse cramée

Sur le parking la carcasse rouillée

Un temps cassé toute la vie verrouillée

C’est un monde entier parqué au fond des soutes

Qui n’en finit pas de faire naissance

 Ça va faire pas loin de deux piges que je n’écris plus sur ce qui a fait au départ le sujet des Petites Chroniques des Diables Bleus et ne plus écrire pour quelqu’un qui bricole dans les plumes et les bouts de paplars comme d’autres font cuire le pain du petit matin c’est quelque chose qui a de la gravité… En reprenant rien que pour comprendre mon silence vu que du silence c’est de ça dont y va être question ici quelques‑unes des Chroniques d’une chienne de vie j’ai constaté comme ça que la dernière date du 27 août 2010 et que son sujet c’est ce qui venait juste de m’arriver… me fracasser l’épaule droite il y a juste un an et demi et la douleur qui s’en est suivie… bref ! je n’écris plus parce que je ne peux plus écrire c’est mon corps qui en a décidé et voilà…

Y a bien plus longtemps que ça que je ne donne plus de nouvelles de l’existence des gens des cités de banlieue à tous ceux qui vivent ailleurs et qui n’ont pas la moindre mais pas la moindre petite intuition de ce que ça peut être de crécher à l’intérieur d’une tess’ qui est comme un grand village rassemblé là mais sans rien des institutions ni des liens sociaux qui vont avec… Ouais… y a sans doute à peu près cinq piges que je me suis renfermée peu à peu avec la conscience de ne pas avoir le choix ou peut‑être pas envie de l’affronter ce choix dans le silence mortel le même ou peut‑être pas tout à fait que celui qui me fait bondir dehors du trou à mémoire ce matin tout soudain et Hop ! Les infos formatées au quotidien par les graveux de la presse ça fait longtemps qu’elles ont été cadrées exact aux mesures du cerveau de l’humain d’aujourd’hui qui les accepte et les engloutit et la bande de ceux qui refusent l’abrutissage collectif écrivent eux ailleurs autrement… 

Ouais… c’est vrai mais voilà que concernant les cités de banlieue et leur micro monde tellement pas ordinaire et casé dans la case : “ Y a rien à dire et pas de mots pour le dire… ” qu’il a failli faire sa petite révolution tout seul dans l’hiver 2005 que pas un d’entre nous autres les mutants des faubourgs n’a mis au rancart il n’y a pas de parole vraie et venue de l’intérieur du ghetto parce qu’il faut bien l’appeler par son nom qui circule respectant du coup l’ordre mortifère du silence alors même que le bruit le barouf le hurlement est ici plus puissant et plus désespéré que jamais… “ Mais c’est Beyrouth ici !… ” cette expression‑là c’est en 2005 novembre pour être précis que je l’ai entendue la première fois pendant que la plupart des quartiers étaient chaque nuit en pleine guérilla et que les incendies nous tenaient debout parce que nous autres les habitants on savait que d’un instant l’autre ça pouvait devenir autre chose que ce qu’ils ont appelé une émeute des jeunes des quartiers…

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Et puis ce matin il se trouve que ça suffit ! Ouais c’est ça le silence qu’on s’impose qu’on s’implose qu’on se fait péter à l’intérieur chaque nuit un peu plus profond parce que c’est convenu c’est entendu qu’il ne faut pas dire que c’est sans doute des quartiers que nous montera nous enchantera la plus belle la plus éblouissante des fins de ce monde taré toxique à plus en pouvoir la fin de ce monde de morts vivants qu’aucune jeunesse pas plus celle des papillons que celle des petits humains ne peut supporter… ce silence de ceux qui savent qu’y a longtemps déjà que “ C’est Beyrouth ici ! ” et que ça empêche de dormir il vient lui aussi de voler en éclats de cris… Vous tous qui ne vivez pas à Beyrouth ou qui le croyez vu que la séparation en tribus hostiles en clans opposés par la haine et la peur en voisins qui planquent la kalach sous le matelas ça fait pas mal de petits matins qu’elle a démarré sa reptation mine de rien pépère en silence pour sûr vous l’avez avalé comme mézigue ce matin l’info la nouvelle la bonne l’année Hein ? A moins d’être sourdingues vous l’avez bien entendu : “ Il ne s’est rien passé cette nuit nulle part… nouvel an dans la sérénité… ”

Eh bien non ! Ouaouf ! Ouaouf ! Moi je peux vous le hurler vous l’aboyer vous le gratter dans la plaie à vif et rouge de notre nuit sans sommeil encore une encore dix encore cent mille !… Au nom des explosions et des incendies répétés qui crèchent encore à l’intérieur de mes esgourdes bien profond et au nom de cette jeunesse qui n’en veut pas plus qu’on en voulait nous autres y a de ça quarante piges au bas mot mais on a pas changé on est toujours là avec nos rêves formidables et nos enchantements avec notre idéal au bout de nos nuits… au nom de cette vie qui n’en peut plus de l’énorme du géant ghetto des marchandises avariées et dégueulasses dessous lesquelles on l’étouffe on l’enterre on la trépasse je peux vous raconter qu’il s’en passe des choses ici à Beyrouth et que le printemps que nous vous avons laissé enfermer dessous les neiges de l’hiver ne ressemble pas mais pas du tout à ce que vous avez jusqu’ici réussi à propagander partout parce que le printemps c’est nous tous le peuple tout simplement qui allons décider de quand il sera temps de le mettre au goût du jour !

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 La Cité d’Orgemont à Epinay‑sur‑Seine… vous savez je vous en ai déjà causé… c’est un quartier à elle toute seule d’ailleurs on l’appelle le quartier d’Orgemont tellement elle est vaste et étendue aussi bien sa surface son territoire que le nombre des blocks des barres des tours… elle a ses commerces sa poste son annexe de la gendarmerie sa bibliothèque ses sept écoles ses dizaines de rues d’impasses de recoins de couloirs ses centaines de halls d’escaliers et ses milliers de familles d’habitants de passants… Une cité comme toutes les grandes cités de toutes les banlieues qui vit exactement les mêmes bouleversements depuis plus de 50 piges qu’elles existent… les mêmes migrations mouvements déplacements les mêmes révoltes car la population qui y vit est toujours la plus déclassée déconsidérée la plus pauvre… une population qui se retrouve quoi qu’il arrive depuis 50 ans mise au ban de la société dans son ghetto à misères à galères à petites ou grosses magouilles pour s’en sortir et sortir la famille de la faim de la honte du mépris et croyez‑moi je sais de quoi je cause vu que dans de genre de lieu j’y suis née j’y ai grandi et désormais j’y vis une partie de ma vie…

Donc la cité… ce soir c’est la fin de l’année et tout le monde a envie de faire la teuf comme partout comme toujours bon… Nous on est là chaque fin d’année depuis que comme les favorisés qui se font des p’tites vacances l’été on a plus du tout de quoi partir le reste de l’année mais on ne va pas se plaindre vu qu’on s’est préparé un petit repas agréable et qu’on a l’intention de passer une soirée tranquille et de faire notre teuf à nous avec musique Jazz and co c’est notre blot notre bonheur et voilà… Ni plus ni moins que tout le monde on a envie de se prendre la tototte de s’angoisser et d’avoir le lampion serré par les carambouilles des empêcheurs de vivre et leurs conséquences toujours néfastes… Mais hier soir pour tout dire on était plutôt optimistes Louis et mézigue vu que ça fait plus d’un an qu’il ne s’est rien passé de hard dont on a pris l’habitude à force pas le choix là non plus… Aucune voiture cramée pas de combats de rues avec la BAC depuis les descentes de ces messieurs cet été tous les soirs à l’heure de la rupture du jeûne durant Ramadan ramdam comme on l’appelle nous autres… Là ça avait été la grosse provocation et le Monsieur marocain notre voisin nous a raconté à notre retour des vacances que les gros bras de la BAC s’en étaient pris comme c’est le cas à chaque fois qu’ils déboulent dans la tess’ à tout le monde et à n’importe qui les gens très nombreux sur les trottoirs en cette période de fête tirant avec leurs balles de caoutchouc là où jouent les p’tits et provocant la réaction des jeunes à coups de canettes de bière…

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Mais ce soir c’est drôle on a à la fois l’espoir que ça va bien se passer et à la fois l’intuition que le calme étrange presque bizarre et disproportionné pour un quartier d’ordinaire vivant et animé à ces moments‑là ne va pas durer… Sur le coup d’un peu avant minuit par la fenêtre grande ouverte grâce à la tiédeur de l’air on voit débouler trois camionnettes et voitures des poulagas qui viennent probable nous souhaiter la bonne année on les connaît… Nous comme on est rue de Marseille une des rues chaudes du quartier tout au début de l’entrée de la tess’ côté Enghein et Argenteuil on est toujours aux premières loges pour ce qui est de la baston on est vernis… A peine les premiers cris de “ Bonne Année ” et le tam‑tam des casseroles avec deux ou trois pétards mouillés de feu d’artifice parce qu’il pleut ont commencé à retentir et les habitants qui sont là pas sortis à Paris faire la teuf à se mettre à la fenêtre pour exprimer leur joie et échanger leur enthousiasme que les gaziers descendent de leurs voitures et appellent à rentrer chez soi et à la boucler… 

C’est drôle ça alors l’année dernière ils nous ont pareil interdit de nous souhaiter la bonne année et de manifester notre plaisir d’exister ensemble dans notre quartier en criant de la fermer en envoyant des insultes et des quolibets… Ce sont encore une fois les maîtres du monde qui ne fichent jamais les pieds là où on vit qui décident qui a le droit de faire la teuf aux Champs‑Elisées à Neuilly à Juan‑les‑Pins ou à Nice Promenade des Anglais et pas dans le quartier d’Orgemont ou à La Source hein ? Bon on s’en tape… on continue à crier à chanter à mettre la zik à donf et à s’embrasser dans la rue pendant que la petite pluie fine recouvre la cité de son voile léger et protecteur… Ce qui nous inquiète vraiment c’est qu’à part les poulagas qui font le tour avec voitures au ralenti et une dizaine de gaziers à pieds roulant des mécaniques en plein milieu de la rue de Marseille il n’y a carrément pas un chat dehors une nuit de fin de l’année à minuit dans une cité surpeuplée… Oui c’est ça il n’y a précisément pas un chat… La pluie ? La résignation ? Ou bien les chats ils sont ailleurs en train de préparer une fête à leur façon à tous ceux qui ne se doutent pas que leur règne est bien près d’être achevé ?

Tranquilles on se couche sur le coup de une heure du mat après avoir éteint les bougies de la fête de la lumière et vérifié que rien ne risque de fiche le feu au gourbi car ça crame énormément ces derniers temps par ici entre les apparts pas restaurés depuis 1956 la création de la tess’ qui sont dans un état que vous maginez facile et les boutiques de la rue de Marseille qui sont victimes d’embrasement spontané les unes après les autres… Toujours pas un bruit en bas et on s’endort vite fait et d’un coup brutal je me réveille en sursaut avec dans les oreilles un bruit pourtant familier mais que j’avais un peu oublié celui d’une explosion… C’est tout près pas loin du tout de notre block peut-être le parking en face ou l’autre juste derrière… Boum ! Re boum !… Louis est déjà debout à la fenêtre moi j’hésite entre un cauchemar et remettre les panards dans le réel qui en pleine nuit est soudain plein de bruits… Louis me rassure c’est rien une voiture qui crame sur le parking de l’autre côté on ne voit pas les flammes mais une grande lueur blafarde qui monte au‑dessus de l’immeuble d’en face… une fumée noire et puis blanche et puis des éclats de voix et Boum ! Boum ! Boum !… 

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C’est pas un cauchemar mais il y a une série d’explosions les unes après les autres très rapprochées comme si tout le parking prenait feu et je me dis dans mon demi réveil que c’est drôle d’habitude ça ne pète pas comme ça et ça pue tout de suite le caoutchouc fondu et l’essence… Là ça ne sent pas et ça éclaire d’enfer le ciel les arbres la rue les façades tout autour comme si c’était du phosphore en fusion comme si c’était… Beyrouth ! Boum ! Pan ! Boum ! “ Mais ils vont foutre le feu à la cité c’est Beyrouth !… ” Louis qui en a vu d’autres reste accroché à la fenêtre pendant que dans les blocks autour du nôtre les fenêtres s’allument et que dehors les gens descendent enlever leurs voitures les sortir des parkings les autres reviennent de la fête à Paris ils se croisent et l’incendie crépite comme un fou de joie et les pompiers qui n’arrivent pas… Je suis debout devant l’autre fenêtre pour voir qu’il y a un nouveau départ de feu plus loin de l’autre côté de la cité sans doute un grand panache noir et de petites lueurs orange et blanches et Boum ! Boum !… 

Des explosions encore et encore… on ne sait plus combien et toujours cette immense violente redoutable lueur blafarde qui éclaire les blocks de béton en contre jour et les fait scintiller d’une ombre noire inquiétante… On n’arrive pas à retourner se coucher même après que les pompiers aient commencé à arroser le désastre et que la ronde des voitures de police avec klaxon ou sans traverse notre rue d’un sens et de l’autre dans un tourniquet effaré et incessant… Pour finir on se blottit l’un contre l’autre angoissés par le crépitement qui ne cesse pas et cette vision de guerre qui nous rappelle celle de l’hiver 2005 à chaque fois une guerre qui ne dit pas son nom et qui débouche sur un peu plus de misère et de désarroi… Je me rendors avec bien du mal et sans avoir la moindre notion du temps qui a pu s’écouler je me réveille à nouveau en sursaut même scénario c’est un remake !… Louis à la fenêtre Boum ! et Boum ! cette fois‑ci c’est en face de notre immeuble sur le parking une voiture qui explose et réexplose de notre quatrième on a le feu grandeur nature devant les yeux…

Le bazar recommence il est cinq heures du mat nuit noire flammes rouges orange jaunes lueur blanche Boum ! à répétition comme s’il y avait des dizaines de bâtons de dynamite dans la carcasse incendiée fumée noire épaisse lumières qui s’allument les pompiers enfin ils ont mis du temps ils sont débordés sans doute on a eu peur que ça se communique aux autos d’à côté il y a un monde fou en bas les gens commentent crient enlèvent leur voiture courent partout s’appellent rient les camionnettes de police reprennent leur va‑et‑vient… Boum ! Boum !… je reste à la fenêtre jusqu’à ce que tout soit éteint Louis s’est rendormi épuisé résigné… on n’en parle pas entre nous pas la peine… comment en parler aux autres… ce qu’ils vont dire ce qu’ils vont croire… mais au fond ce que je m’en fous !… Des phrases sans suite se forment dans ma tête et je ne cherche pas à les arrêter… 

Que faire quand on habite à Beyrouth

Quand le présent à toute allure recule clichy-sous-bois.jpg

Ne nous laissant que la carcasse cramée

D’un temps mort au matin et notre déroute

Que faire quand c’est tout un monde qui brûle

Eparpillant les cendres de notre histoire

La mémoire d’un peuple désarmé

Adorant les dieux qui de lui le séparent

De ses combats et de sa destinée

Que faire quand on habite à Beyrouth       

Publié dans : Journal d'une fille de banlieue
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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 23:12

Les tables de sable suite...

Syrte avant la guerre

A 634 kilomètres de là au Nord‑Ouest il y a un homme qui écrit dans un cahier qu’il emporte avec lui au milieu de la ville en feu… 

Journal du jour d’après Nuit du 8 octobre 2011

Syrte ma ville une fois encore tout à l’heure je t’ai regardée… avant que le soleil ne se déchire au‑dessus de tes derniers quartiers qu’ils n’ont pas encore réduits à de funestes brasiers blancs je t’ai regardée… je sais que cette nuit sera celle de ton linceul de cendres et de poussières d’acier violettes… Ma ville je le sais et je cherche en vain au creux de tes entrailles bouillonnantes un homme avec qui partager le sort de ceux qui vont perdre pour toujours l’image de ta jeunesse et de la nôtre.

 Syrte ma ville… Ne surtout pas courir… les dernières paroles d’Hamou mon presque frère de sang et sa main par la fenêtre qui s’agite en même temps que l’auto s’éloigne prenant la file des autres véhicules. Des centaines une queue de bête épuisée picorée de débris de plâtras et de bois éparpillés une queue de ces gens qui vivaient là et qui ne vivraient plus nulle part… Hommes errant de campements en campements poussés bousculés traînés… Hommes porteurs de discorde aux tables du festin… qu’on ne voudra pas voir parce qu’ils portent le malheur sur eux partout où ils vont s’échouer éternels passagers voyageurs éternels.

Ce qui me surprenait depuis trois heures de l’après‑midi à peu près le temps de ma fuite sous la blancheur des aigles ils revenaient sans cesse et leur vision était plus juste que celle de l’oracle malgré l’épaisseur des traînes de fumées étouffantes masquant toute la lueur du soleil d’un halo de plomb…ils s’amusaient jouaient avec mes innombrables zigzags pour éviter de manière absurde leurs frappes celles des chars et les balles des tireurs venant toutes d’un lieu céleste invisible… c’est que je n’avais pas trouvé sur mon chemin hésitant et ses mille détours ces hommes blessés au‑dedans des ruines qui ne dissimulent rien pas plus que je n’avais buté dans des cadavres de jeunes charognes avec encore des grumeaux de vie bien que les explosions se fassent de plus en plus fréquentes et précises…

 Syrte ma ville à la chair sucrée comme celle des dattes de l’oasis les vagues de la Méditerranéedéposent sur toi le sel de toutes nos larmes… Nous sommes d’un pays qui n’a jamais eu besoin de demander la charité à personne. Les nôtres ont appris qu’il n’y a pas de joie ni de grandeur à se promener librement au‑dedans des murailles de béton où les hautes façades de verre luisantes des supermarchés ruissellent sans nous offrir la soif et que librement nous n’avons pas besoin d’emballages dorés pour les selles de nos chameaux. Les nôtres ont appris que la liberté de l’eau dans nos imaginaires n’existe pas sans la liberté de la soif. Les nôtres ont appris parce qu’ils se déplacent… La liberté des hommes est de pouvoir se déplacer avec le ruisseau de leur désir sur l’étendue du monde que ne recouvrira jamais leur désir. Nous sommes un peuple qui connaît le bonheur de la soif et qui n’a pas besoin de supplier qu’on lui donne à boire…

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Syrte ma ville j’ai espéré tout à l’heure… il faisait encore jour et les palmiers au feuillage épais bleuté qui bordaient chaque côté de la rue donnaient au désastre en train de s’accomplir une douceur déjà perdue… aller à la rencontre d’autres égarés cherchant à rejoindre la plage et son grognement monstrueux en dépit du danger qui doit survenir de ce côté… le port est occupé par les navires de guerre je le sais… Je le sais mais il y a une image qui ne cesse pas de s’échouer portée par l’été qui ne meurt pas derrière mes paupières si je ferme les yeux malgré la présence de la peur envoûtante… il y a des grosses tortues qui viennent pondre leur œufs… des tribus encore et encore… innombrables des quantités des centaines des milliers… la lune les graisse d’un glacis couleur de mousse… elles grattent elles creusent et elles les recouvrent d’une couche de sable clair avant de retourner à la mer reformant la tribu et se mêlant aux profondeurs sans lumière jusqu’à la prochaine nuit lunaire.

 Syrte ma cité immortelle tu es redevenue sable et argile tu es redevenue pierres… La vie renouvelle ses manifestations et ses cérémonies que même les plus âgés des nôtres ne peuvent plus nommer… Ils ont oublié de nous transmettre le récit de nos exils mais je sais par mon enfance farouche entre la Hamada et les grands ergs du Sud que rien ne pourra arrêter leur accomplissement… Syrte ma cité engloutie tu retournes toi aussi au cœur des eaux libérant notre soif à mesure que tu enfouis à l’intérieur du sable de tes déserts les trésors qui seront les fruits de notre quête future…

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Avant de monter en voiture Hamou a profité que Baya s’occupait des petits pour sortir  de la poche de sa veste un pistolet de taille bien plus petite que ceux qui nous servaient aux exercices de tir pendant notre service militaire… on nous confie chaque arme personnellement ainsi qu’un fusil mitrailleur avec plusieurs chargeurs déjà je n’aimais pas la guerre qui rend les hommes fous qui leur met dans la bouche le goût du sang et de la chair. Que personne ne se moque de nos ancêtres guerriers fiers dresseurs de montures… que personne ne se moque des cavaliers des Ziaras les plus grands debout chevauchant dans leur takakat de tous les bleus de l’azur…

Je me souviens de la takouba de Medur le frère de mon père marquée sur sa lame aux flancs froids du double croissant lunaire avec sa poignée en peau et sa garde en cuivre gravée de motifs géométriques qu’il tirait du fourreau de cuir rouge aux plaques d’argent poinçonnées de petits triangles afin de m’éblouir et de mesurer mon courage de jeune targui…

‑ Aw… fils… aw targa… fils de targui… ne montre jamais ta peur !

Il prononçait ces mots en riant après avoir roulé le tagelmout autour de ma tête… il faisait siffler l’acier de la takouba au ras de mes oreilles…

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Heureusement pour lui oncle Medur avait des fils vifs et habiles comme le faucon et ses fils ont été nombreux à poursuivre la grande tradition touarègue de la transhumance… Heureusement oncle Medur avait des fils faucons à l’œil aiguisé de cette lignée d’hommes prodigues des traces et des pistes pour accompagner la marche de nos troupeaux. D’Al Jufrah à Mourzouk de Ghât à Tamanrasset ils ont monté les kaïmas de peaux brunes et de laines blanches et jusqu’au marché de Gossi dans le désert de Gourma ils ont rejoint les fils des tribus qui partagent le désir  de la soif et le chant des tobols… C’est l’aîné de ses fils Abarug le renard aux yeux fendus de la couleur laiteuse du fruit de l’amandier qui a reçu la tabouka des mains les meilleures pour cueillir le lait du trayon fin des chamelles de son père Medur le vivant et ni lui ni ses frères n’ont trahi l’âme creusée dans le soleil des peuples des oasis…

Au creux du ventre d’Al Jufrah je suis retourné chaque été poussant mon errance entre les écheveaux de coton crème des dunes aux sentinelles palmiers bleus j’ai mesuré la force de mon corps adolescent… Je suis retourné me pencher au‑dessus des puits d’eau verte de Soknah à l’intérieur de la forteresse trop étroite sur notre terre que je n’ai pas connue hier je me suis assoiffé au miel des dattes du marché de Waddan mesurant mon ivresse à la source d’El‑Bhalill… Avec pour monture Azenzêr le rayon de lumière d’oncle Medur la narine droite percée du tigemt l’anneau solaire j’ai retenu dans mes poings les akala tressés rouge vif et leurs pompons verts et violets… La terik de bois d’acacia et de cuir roux m’a tailladé les cuisses et j’étais cavalier et j’étais roi et j’étais vent… Yaouah ! Yaouh !

Avec Azenzêr la chamelle de lumière j’ai couru jusqu’aux pierres noires du Jabal Es‑Sôda et jusqu’aux flancs secs du Jabal Waddan sans parvenir à me rassasier de la présence des lourdes mamelles ocre ni de la chaleur des jours… Yaouah ! Yaouh !

Au creux du ventre d’Al Jufrah oncle Medur avait élevé Idjih la seule fille de toute sa tribu avec les qualités du meilleur cavalier et les touffes des plantes sauvages au parfum le plus pur ne lui arrivent pas à la cheville. Car c’est vrai que je n’ai que des cousins qui seront meneurs de troupeaux et chameliers vertueux respectant les lois et l’honneur du clan… Et si l’un d’eux Awinagh qui a les yeux bleus mais pas du bleu de lait de ceux d’Idjih ma cousine devient forgeron maître des lames tranchantes des tabouka et des telek trempés dans la clarté lunaire je le saurai…Eux ils sauront trouver l’emplacement des puits aux branches d’étoiles désenchantées sur les pistes du Fezzan entre les milliers de replis grondant de la tôle ondulée du sable et les têtes des serpents roses sacrés… ils sauront et je ne saurai rien d’autre que ma soif…

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Idjih ma cousine qui repoussait en riant son alacho indigo chevauchait au creux de l’ombre de ses frères à nos côtés et nous étions Hamou et moi ses chevaliers et nous n’appartenions déjà plus à la tribu et nous étions déjà étrangers au peuple nomade de l’oasis et à ses fogarras dont l’eau avait le goût acidulé des feuilles des citronniers. Idjih était ma cousine et une alliance entre nous aurait été le sceau de sang de mon retour sur la terre propice aux cavaliers bondissant la tabouka et l’allarh au poing et se mesurant aux Ziaras dans le tourbillon salé des écumes de sable et de la sueur… Idjih était ma cousine et l’ébène de ma peau m’a délivré d’une alliance qu’ancien fils d’esclave ayant accompli pieds nus aux chaînes la marche des quarante jours sans la soif d’aucun peuple ni d’aucun rêve qui l’accompagne je ne pouvais désirer… En me tendant le pistolet Hamou avait fixé sur moi le même regard que celui d’oncle Medur à notre départ de l’oasis qui mêlait à la gravité de l’instant la nostalgie d’un temps déjà lointain et presque oublié.

A suivre... 41_Touaregs_1.jpg

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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