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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Murs de papier

Mardi 13 mai 2008 2 13 /05 /Mai /2008 18:54

Mangeurs de terre
                              Sylvain

A Sylvain

Epinay, jeudi, 8 mai 2008

Je rêve que je n’ai pas d’autre famille
Qu’un très vieil ouvrier aux filatures
Du Nord c’était le temps de la Commune
Il s’appelait Sylvain c’était un homme bon
Il avait vingt ans et pas appris à lire
La campagne est charbon là où il est né
La maison a une treille un petit jardin
Son père trime au service d’un grand Monsieur
Un grand seigneur des terres On a la vie dure
A l’usine le travail c’est comme les billes
Qu’il garde précieuses quand il en a
Mais pas souvent si c’est bonne fortune
Si c’est mauvaise on fait leur fête aux lapins
Quand les grands chassent à courre ça a du bon
Dans la petite maison des champs soupire
La marmite Sylvain serait tout étonné
D’apprendre que Vincent qui n’est pas un Monsieur
A peint comme un labour sur une toile brune
Des pommes de terre lui quand il en a
Précieuses il les mange avec les épluchures
                        Portrait après la chasse

Je rêve que je n’ai pas d’autre famille
Qu’un très vieil homme assis son chien son fusil
Sous la treille devant la maison le soir
Attend que la campagne charbon crépite
De lampes aux verres luisants comme les yeux
Des hiboux A l’usine il est mécanicien
C’est l’hiver pas de travail on débauche dur
Lui il préférait le jardin les chemins
De givre ou de bruyère il connaît le pays
Avec ses pieds avec ses mains comme les billes
De plomb il a appris à compter faut voir
Pas un qui lui raflait c’était ses pépites
Sombres Il fait froid le jardin donne peu
Bientôt plus que des pommes de terre c’est sûr
Mais le grand Monsieur généreux qui chasse à courre
Sur son domaine les prend comme rabatteurs
Lui il n’aime pas tuer les bêtes pour rien
Eux ils ont le droit de tirer les lapins pour
Remplir la marmite grâce au seigneur
Des terres Il sent bien qu’il y a forfaiture
                                                 Mains d'ouvrier paysan

Je rêve que je n’ai pas d’autre famille
Que Sylvain son chien les hérissons du jardin
Sous la treille de la petite maison
L’été il boit un verre de vin le dimanche
Le chien à ses pieds en quête d’aventure
Il fait doux sur la photo sépia il pose
Solitaire sans savoir que c’est pour moi
Cent ans après la Commune on se rencontre
Je sais qu’il regardait les livres d’images
Peut-être qu’il a appris à lire enfin
Sa culture c’étaient les oiseaux les saisons
Les fruits les arbres les fleurs et les ruches blanches
L’âme profonde des sources et de la terre
Il ne possédait rien mais il était leur roi
Dans ses mains d’ouvrier paysan les roses
Ont la couleur du sang rouge et noir l’un contre
L’autre sur ma palette qui mirage
La campagne charbon là où il est né
Serait-il étonné que je l’imagine
Rebelle et fraternel et que je sois fière
De l’idéal humain qu’il m’a donné
Que mon labour de la peinture à l’écriture
Nourrisse le jardin et la treille mutine.
                    Sylvain dans les années 1870-80

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Mardi 29 avril 2008 2 29 /04 /Avr /2008 00:06
                                         Rêveries...
      A la suite de l'entretien que j'ai eu avec elle à partir de son livre Les rêveries de la femme sauvage Hélène Cixous m'avait invitée à parler de ce recueil devant ses élèves à la Fac de Saint-Denis... J'ai gardé un souvenir très fort de cet échange avec une femme hors du commun... et avec les étudiantes et les étudiants tout aussi passionnés qu'elle... Voici la lettre qu'elle m'a envoyée après ces moments de travail partagé intense et vrai...
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Mercredi 16 avril 2008 3 16 /04 /Avr /2008 00:53
             Peintre ou écrivaine ?
      Celles et ceux qui viennent se balader sur notre blog des Cahiers des Diables bleus savent qu'avant d'être écrivaine j'ai trifouillé dans la barbouille pendant 20 piges et que j'en suis sortie à moitié ivre comme le bateau de Rimbe de désespoir et de folie...
      Ouais rien que ça... mais les frangines et les frangins qui sont faits aux pattes pris à la gorge par cette passion-là savent... et les autres ils ont qu'à imaginer...
      Aujourd'hui j'ai rien envie d'écrire... cette nuit j'avais la géante nostalgie et pas trop de souvenir d'où j'ai fichu les photos de mes quelques peintures que j'ai pas bazardées mais celle-là je savais...
      Je savais pour cause que c'est la dernière image que j'ai créée avant de briser mes pinceaux et que je l'ai poussée au bout tout au bout de la nuit du peintre explosé que j'étais... je vous raconterai...
      Elle s'appelle
Afrika et je n'peux pas la regarder sans douleur et sans jubilation... Après elle y a eu le rien la mort et... l'écriture...
      Je voulais juste vous l'offrir...
Afrika  huile sur bois 1995
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Lundi 24 septembre 2007 1 24 /09 /Sep /2007 23:01

Poèmes à deux sous Dimanche, 15 juillet 2007 Epinay

J’ai écrit des dizaines de poèmes qui n’ont été lus par personne…

Et alors…

Je suis en quelque sorte aussi inconnue que l’araignée qui dans le petit matin frais de l’été tisse sa toile entre deux fleurs fragiles de coquelicots et les relie par un filet transparent qu’elle regarde se couvrir de gouttes de rosée qui s’enchantent des premiers rayons du soleil levant…

L’araignée dans le petit matin frais je la regarde tisser son poème de rosée et je me dis qu’alors ça c’est une chouette petite œuvre d’art…

Comme elle ce que je fais est inutile aux yeux du monde qui s’agite tout autour… Pourtant je crois que mes poèmes aussi sont de légers capteurs de lumière et que pour les yeux du vagabond marchant à l’aube sur les chemins bornés par des cailloux blancs et ronds il deviennent pendant un court instant inoubliables… et tout à fait superflus…

Et alors…

Ce sont ma légèreté et la présence fugace de ce qui se pose sur les fils tendus de la pièce où j’écris comme des hirondelles qu’il faut préserver du poids des reconnaissances…

Du poids des godasses lourdes qui marchent sur les petits doigts des étoiles de mer… Se laisser rouler comme les cailloux blancs et ronds par les vagues d’Océan et n’avoir assez d’être que pour habiter les rêves d’un enfant en train d’imaginer le monde… Qu’ils sont sûrs d’eux ceux qui savent le nombre de pétales des roses

Qu’ils sont sûrs d’eux debout au milieu des estrades vides

Balançant leur masque d’or devant les yeux ronds des oiseaux de nuit

Qu’ils sont sûrs d’eux ceux qui rient des mots de rien des poèmes

Ecrits du bout de l’enfance comme on met à l’abri des choses

Bien-aimées Qu’ils sont sûrs d’eux leur vieillesse sans rides

Taillée de marbre mort tue mieux que leurs miroirs de suie

Brandis face à la bouille ahurie des voyous nocturnes qui aiment

Trop se faire des festins de souris vertes et s’échanger des billes

Citron orange et grenadine bourrées de mots mouvants

Qui se tirent des yeux de verre sur les ailes des hiboux blancs

Qu’ils sont sûrs d’eux les graves fabricants de fers aux pattes

Moi j’appartiens au monde des gueux poètes sans familles

Mon p’tit sac d’histoires sur le dos je me carapate

De leurs cités de fer rien à faire je préfère les girouettes du vent

Qui chahute mes plumes d’oiseau de nuit à hautes doses

De bourrasques et d’incendies jusqu’à ce que des traîneaux de pluie

Emportent loin d’eux et de leurs livres d’or aux fenêtres closes

Les poèmes de rosée volés aux araignées par les oiseaux de nuit.

Lundi, 24 septembre 2007  A Jean le poète méconnu de la part du peuple des hiboux

          Il y a quatre ans tout juste que mon ami Jean Pélégri poète et écrivain d’Algérie s’est tiré pour un autre paysage et qu’il m’a laissée là avec un gros paquet de papiers brouillons… Il y a quatre ans que j’ai eu le plus bel héritage pour quelqu’un qui n’vit qu’avec les mots… les mots d’un poète… des poètes vu qu’à c’t’époque les gens qui fréquentaient la poésie s’écrivaient les uns les autres comme Rimbaud à Verlaine… s’écrivaient et s’échangeaient des paroles qu’on rêve d’avoir entre les mains… et puis quand on les a…

        Jean était un être rare et bon qui aujourd’hui me manque plus encore dans ce monde de furieux avec rien que des mots de haine au bec… Son amitié a été mon gros soleil rouge durant six années de rencontres et de causeries d’où il est sorti surtout un bouquin que Jean aimait bien je crois : Jean Pélégri l’Algérien Le scribe du caillou aux Ed. Marsa en 2000 et puis bien d’autres écritures dont je vous parle souvent… Le lieu où vivait Jean était une île pour moi son île d’Algérie en plein Paris dans le 14ème arrondissement tout près de la Porte d’Orléans…

          C’est là que nous avons tourné le documentaire qui raconte son histoire réalisé par Jean-Pierre Lledo quelques années avant que Jean ne nous largue comme Mohamed Dib son camarade algérien à quelques mois d’écart à peine… C’est là que nous avons ri comme des fous pendant ces journées de tournage car nous formions une drôle d’équipe tous ensemble et cet appartement était si peu commode qu’il fallait déplacer tous les meubles et que Juliette la femme de Jean se mettait en colère contre notre bazar mais juste pour le plaisir…

          C’est là que je suis revenue après la mort de Jean dans ce lieu qui n’était plus habité que par ses livres mais où Juliette et Fatima qui est Algérienne et qui s’occupe de tout désormais vu que Juliette vient légèrement de passer les 90 berges veillent sur sa présence secrète… J’y suis revenue le cœur serré pour faire l’inventaire des innombrables archives que Jean nous confiait et pour trier classer ranger dans des boîtes d’archives ce qui allait constituer à la Bibliothèque Nationale le fond Jean Pélégri. En compagnie des deux êtres que vous aimiez et que vous estimiez Camus et Dib vous êtes désormais vivant pour toujours Jean… et je suis tellement heureuse de ça que le manque de vous me peine un peu moins…

          Désormais il me reste encore une tache à accomplir… Celle de poursuivre la réalisation des Cahiers Jean Pélégri avec les brouillons de tout ce que vous avez écrit et que je déchiffre peu à peu dans vos cahiers de jeunesse que vous considériez comme des choses sans importance… Il y a là de si belles choses que le premier Cahier Jean Pélégri Les Mots de l’amitié paru en février 2007 a déjà livrées aux lecteurs étonnés de tant de mots de vous qu’ils n’imaginaient pas… C’est un gros travail cher Jean qui heureusement vous retient auprès de moi longtemps encore…  

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Murs de papier
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Samedi 22 septembre 2007 6 22 /09 /Sep /2007 00:25

Le feu aux livres… Vendredi, 17 août 2007 Epinay  “ Nuit sexuelle ” ou le feu aux livres…

Article Charlie-Hebdo Mercredi, 15 août 2007

“ Autodafé au Banquet du Livre ”  Marine Chanel

 

Des livres qu’on bousille en les couvrant d’huile de vidange et de goudron ça ressemble à quoi ? Mais à de l’Interdit pardi que ça ressemble ! Comme on interdisait les poèmes érotiques des Fleurs du mal de Baudelaire ou ceux écrits par Verlaine et Rimbe… comme on refusait à Artaud de faire entendre ses glossolalies à la radio et ses imprécations sexuo-anarchistes… Et à tant d’autres poètes d’écrire et de rêver de cul… ou d’anges… c’est pareil…

Quand il y a le feu aux livres dans une société où l’ensemble de la populace s’est mis à dé-penser à fond et à encenser les fondements de ce qui la tue c’est qu’il y a aussi le feu autrepart…

Les livres ne sont plus aimés parce qu’à force d’être écrits par n’importe quels maquignons des mots ils défont le sens que leur ont donné les écrivains et les poètes graveurs du temps…

S’il y a des gens qui écrivent sans avoir le sentiment d’un idéal tellement singulier qu’il nous est humainement commun… d’avoir comme l’a résumé Céline “ au moins tenté quelque chose ” pour que ce monde fou cesse un instant dans son auto-destruction absurde et réfléchisse… et pour que la barbarie des hommes s’arrête là… alors les incendies de livres ne font sans doute que nous débarrasser de leurs manifestations d’impuissance…

C’est vrai qu’on peut écrire avec légèreté avec insouciance… juste pour le plaisir et la jubilation des mots et parce qu’on ne parlera jamais trop des roses pompon de l’Oncle Ho… du béret étoilé du Che… du renard du Petit Prince… de l’arbre à pierres précieuses de Sindbab ni du lapin blanc d’Alice… et que La nuit étoilée de Vincent nous fait probable autant de bien que Guernica de Picasso ou Tres de Mayo de Goya…

Les “ Nuits sexuelles ” avec des lectures de Sade sont de l’ordre de ce qui nous affranchit des interdits qui claquemurent notre corps à l’intérieur de la morale des autres et pour ça elles sont aussi bonnes que si on y lisait “ Le dormeur du val ” de Rimbe ou bien “ La chasse à l’enfant ” de Prévert vu que toutes les formes d’interdit de vivre s’en prennent à notre corps avec la même violence…

Les livres ne sont plus aimés parce qu’ils sont devenus vulgaires au sens propre de ce mot c’est-à-dire “ chose commune ”… banale… ordinaire… sans singularité… La vulgarité ça n’est ni le corps ni le sexe qui s’y collent mais les choses réalisées sans passion… sans intelligence et sans émotion créatrice… les livres y compris…

Pas une raison pour les brûler certainement mais si on ne faisait d’incendies qu’avec les “ mauvais livres ” je crois que j’aurais autant de sympathie pour les incendiaires que pour ceux qui ont embrasé nos cités de banlieue en Novembre 2005…

   S’il y avait le feu aus livres vulgaires… aux peintures vulgaires… aux moyens de communication vulgaires… et à toutes formes de réalisations humaines et de pensées vulgaires sûr que l’ensemble de la populace aurait déjà commencé à se réveiller voire… à se rebeller et qu’avec ou sans conscience de classe elle refuserait qu’on touche à ce qui fait sa dignité humaine… la culture populaire qui est son héritage et sa force et ce qui a marqué gravé inscrit dans le temps une libération de tous les Interdits…

Qu’on brûle des livres dans une société où la culture n’a plus rien de précieux ni d’essentiel n’est pas étonnant… Ce qui est étonnant c’est qu’il y ait encore des poètes qui prennent le temps d’écrire et que tous leurs livres ne soient pas encore interdits…

 

Et pour faire suite avec la jubilation gourmande de la lectrice incorrigible et jamais rassasiée que je suis de mots jolis qu’on a envie voici là un début d’info sur un bouquin que j’ai déniché pioché dans l’énorme malle aux livres et qui m’a aussitôt tout d’suite drôlement plu parc’qu’il n’a pas d’auteurs…

Je vous en causerai plus quand je l’aurai fini ce qui ne saurait être long vu qu’il n’a que 125 petites pages… petites de format mais bien pleines de sens et de sensations ce qui me ravit terrible vous pensez bien… Il est paru y a déjà quelques encablures vu que c’est mars 2007 mais normal que j’aie eu un peu de mal à le repérer puisqu’il est écrit sur la couverture d’une couleur indéterminée… si si c’est vrai… “ Comité invisible ”…

Je songe à des copains anars toujours parés pour la bonne aventure et plus que jamais se marrant des lustres à venir qui n’vont pas être tristes fait bien le dire… Donc le bouquin s’intitule

L’insurrection qui vient réuni par le Comité invisible et publié aux Ed. La fabrique : lafabrique@lafabrique.fr  

Vous vous doutez qu’il ne s’agit pas d’une recette pour faire les crêpes et si je vous en dis quelques mots là c’est que ça fait trop du bien de sentir que la résistance s’organise et qu’on n’est pas tout seuls comme des cornichons à se débattre contre la bêtise infâme et la haine de tant de vieux gâteux mous réunis… Voici la 4ème de couv qui vous met au parfum mieux que moi :

“ Rien ne manque au triomphe de la civilisation.

Ni la terreur politique ni la misère affective.

Ni la stérilité universelle.

Le désert ne peut plus croître : il est partout.

Mais il peut encore s’approfondir.

Devant l’évidence de la catastrophe, il y a ceux qui s’indignent et ceux qui prennent acte, ceux qui dénoncent et ceux qui s’organisent.

 

Le comité invisible est du côté de ceux qui s’organisent. ”

 

Bon, ce bouquin il a beau être né avant que le pire ne nous arrive et que le ciel bleu de la banlieue ne nous fracasse toutes origines confondues Gaulois Blacks Beurs Chinois Indiens et tous les autres il est diablement présent et prêt à nous bondir entre les pattes comme les milliers de mots des poèmes écrits depuis des siècles qui sont bourrés de rébellion et de refus d’interdire autant que de roses et de renards…

Et à la veille de la première Fête de la poésie internationale pour la paix qui a lieu ce week-end un peu partout et Les Cahiers des Diables bleus y seront évident Mairie du 20èmec’est un pur bonheur d’avoir ça sous la paluche foi de jeune diablotin ! 

                                                                                                      

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Murs de papier
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