Un monde qui nous crève les
yeux
C’est plutôt rare que j’aie
besoin de commenter les poèmes que j’écris… Pas mon style mais là c’est autre chose…
Y a quelques jours que le système le plus nuisible et le plus toxique sur lequel repose la société mafieuse
où on est tous ensablés a par un hasard poétique incongru pris un coup dans l’estomac… Ce monde comme vous savez est un réseau de mafias toutes plus suceuses de sang les unes que les autres
et elles se filent la paluche pour traire le brave lascar qui n’y voit que dalle d’ordinaire… Et aussi pour le tuer lentement ou un peu plus vite selon leurs nécessités propres parce
qu’elles n’aiment que la mort…
La came… les armes… les trafics de bagnoles et d’êtres humains… le pillage des ressources
naturelles de l’Afrique et de l’Arabie… la destruction de toutes les formes de cultures et de civilisations… tout ça fonctionne ensemble peinard et infâme à fond sans que quiconque
ouvre les quinquets pour regarder en face la totale arnaque !
Et pourquoi donc que je me demandais en lisant les commentaires indulgents voire complices à l’égard du
dealer de mort Neyret la plupart des gens qui ont des mômes en âge de se faire filer le train par des revendeurs de poudre sont‑ils prêts à cautionner n’importe quel comportement pervers et
mortifère à partir du moment où ce sont des types bourrés aux as et puissants qui s’y donnent ?
Oui pourquoi ?… Étonnants ces commentaires rigolards ou toujours un peu à côté de la plaque
concernant cette “ affaire policière ” qui n'en est pas une... Ça doit gêner pas mal de gens qu'on dévoile un tantinet de ce que nous qui vivons dans les cités de banlieue depuis des
années et qui avons pas mal écrit sur le sujet on a pu observer et qui confirme nos analyses et nos réflexions quant à ce qui se joue dans ces lieux-là..
.
Le fait que les trafics de came… de bagnoles volées… de tout ce qui circule de manière illicite dans les
lieux dit “ chauds ” des périphéries des grandes villes sans qu'aucune intervention policière ne soit efficace pour les faire cesser soient utilisés par certains aux plus hauts niveaux
de la police et des pouvoirs à des fins à la fois de profits personnels et politiques on le sait et on le répète vu qu’on en subit les errements et les violences en fin de course et sur place
chaque jour…
Si je n'écris plus dans notre blog pour raconter l'existence des gens dans la cité où on vit p’tit Louis et
cézigue c'est parce que les racines du mal ne sont pas du tout là où on veut nous faire regarder : à la base dans les rangs de ceux qu'on voit et qu'on nous désigne du doigt… Eux, les petits
revendeurs et casseurs qui nous rendent le plus souvent la vie trop dure sont au bout de la chaîne et s'ils y sont depuis très longtemps c'est bien parce que en haut y a du “ joli
monde ” que ça intéresse qu'ils y soient…
Qu'enfin ce qu’on clame avec obstination et expérience à l'appui depuis toujours surgisse d'un seul coup pour
donner à voir une société et un monde qui préfèrent là comme ailleurs demeurer aveugles et accuser les mêmes toujours et encore : les petits voyous de la rue qui eux ne sont pas des
“ références respectables ” c'est une chance qui nous est offerte à tous de décider de changer la donne…
La came ça rapporte un argent considérable à ceux qui la font circuler et en tirent tous les profits
possibles… Désormais on peut savoir où et qui ils sont si on a envie de le savoir et de pouvoir ensuite commencer à reconstruire des sociétés plus justes et plus solidaires…
Mais pas question de se leurrer… cette possibilité de regarder là où les choses se mettent en place pour
pourrir l'existence humaine et la ravaler à celle d'aliénés persuadés que rien jamais ne peut être vécu autrement que selon le modèle donné pour immuable va être de courte durée…
Rapidement il est probable que ces “ individus hors de tout soupçon ” seront blanchis comme celle
qu'ils contribuent à faire passer aux gamins des banlieues car “ là au moins tu peux bien t'éclater ”… et que nous continuerons à ne pas réagir face à ce qui peut tout à fait
devenir un Etat et un monde que seules régiront bientôt la violence et la déloyauté devenues les normes…
Et j’ai de bonnes raisons d’avoir la haine la plus féroce qui soit vis‑à‑vis de ce genre de type
dégueulasse comme celui qui vient de se faire crever afin sans doute de mieux relancer le système… J’ai vu y a trente piges de ça crever aussi mais pas pour de rire pas mal de mes poteaux
d’overdose et je peux vous assurer que ceux qui leur vendaient cette saloperie de poison étaient des mecs de milieux bourgeois bien friqués et tout à fait “ respectables ”…
Je ne vous oublierai pas vous mes petits frères morts à la sortie de l’enfance grâce à tous ceux autour de
vous qui ont résolument fermé les yeux devant les tueurs comme ils les ferment aujourd’hui quand on balance des missiles de fabrication bien de chez nous sur les enfants de Libye…
Ce monde actuel est totalement décadent et inhumain et nous en avons les responsables sous les yeux. A nous
de voir...
Journal du jour d’après
Epinay, Dimanche, 2 octobre 2011
A mes petits frères morts d’overdose
C’était hier c’était demain
On a tous pris le même chemin
Nos vieux comme nous ils étaient tout nus
Les tueurs nous ont mis la mort au menu
Ce matin je jubile au bout de mon fil
Pendu comme un pendule de cristal
Nos destins de soleils éteints oscillent
Au‑dessus de leurs suaires de métal
Y a longtemps qu’ils nous ont fait suer la peur
Comme un troupeau animal face aux couteaux
Mes petits frères hier les tapeurs
Apportaient la blanche le flingue au fourreau
Dans les cités facile on les repère
Le fric déjà leur tire dans le dos
Ils jouaient votre peau d’enfants fossiles
Contre une Ferrari leurs mains salies de sang
Quand on en serre un on sait que c’est rien
Leurs mafias raffolent du chaos final
On aura moins mal quand on sera cent
Notre temps fatal solitaire détale
C’était hier c’était demain
On a tous pris le même chemin
Nos vieux comme nous ils étaient tout nus
Les tueurs nous ont mis la mort au menu
Y a longtemps qu’ils nous la servent fraîche
Sur un plateau dans les coulisses glissent
Leurs mains de maquignons contre nos peaux
Des caresses de commerçants tous de mèche
C’est le gang des gagneurs de mômes hagards
Ceux qui versent le sucre à la cuillère
Dedans nos tasses amères à boire
Les dealers nous cueillent dans leur étroit calice
Le sang et l’or sèchent la douceur du soir
Qu’on n’aura pas ils ont mis du noir sur l’aurore
Qui va vous réveiller mes petits frères
Refroidis sur les oreillers de pierre lisse
Balancés d’une aiguille grave à la saignée
De nos carrefours d’enfance sans malice
Vos vingt berges à ramer qui a daigné
Dans le journal d’hier s’en soucier
C’était hier c’était demain
On a tous pris le même chemin
Nos vieux comme nous ils étaient tout nus
Les tueurs nous ont mis la mort au menu
Sur les paliers en bas des escaliers
On est reliés au fil de la défaite
Et au cœur du dédale retenus
Faute d’avoir la force on a voulu la fête
Les traqueurs hantent le rebord des trous
Où demain les enfants basculeront encore
Comme vous mes petits frères et je leur voue
Toute la haine et notre enfer à reculons
Ce sont eux qui ont maqué le décor d’un monde
Plus immonde que l’intérieur de leurs bunkers
Faits pour passer outre la traversée
A travers leurs hivers d’outre mort nucléaires
Au long des pistes de brousse on a tous
La camarde aux trousses légère l’araignée
Dans nos corps abîmés tisse sa toile rousse
A l’hiver de nos veines la vie va saigner
C’était hier c’était demain
On a tous pris le même chemin
Nos vieux comme nous ils étaient tout nus
Les tueurs nous ont mis la mort au menu
Y a longtemps que la clique glauque fricfraque
Que ses gamers aux fringues du ghetto narguent
Les fils des gueux qui comme leurs vieux raquent
Ça n’est plus l’impôt l’arnaque c’est la défonce
Contre de la défense d’éléphant on largue
L’amarre de nos rêves au cloaque on fonce
Comme vous petits frères on est tout au bout
Du tunnel et pour toucher la lumière
Celle qui bout là‑bas d’un bon coup d’aile
Il faudra de la thune autant demain qu’hier
Vous qu’êtes du bon côté ouvrez vos mirettes
Tous ils amassent le flous à la pelle
Marchands d’armes de came même mise à mort
Sa ligne blanche coupe nos banlieues
Et sa guillotine à dimanches nous mord
C’est elle qui a tranché les mains de nos vieux
C’était hier c’était demain
On a tous pris le même chemin
Flics richards artistes et paysans
Employés ouvriers macs ou commerçants
On a tant aimé la guerre on a oublié
Il est bien tard et le fil est tout rouillé
Mes petits frères morts un jour sur terre encore
Pour que la mémoire du fleuve à l’aurore
Rouge de notre sang obscur demeure.
Commentaires