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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Petites notes de lecture

Samedi 22 janvier 2011 6 22 /01 /Jan /2011 01:12

Ah ben ! en vla une bien bonne qui nous arrive d Celine04.jpg irect du côté des bouffons alors... que notre Céline et son poteau Bardamu il n'seront pas mis à la   te cette année pour les 50 ans de leur passage du côté des neigeurs de lune hein ?

 

Ben heureusement encore ! Qu'y nous manquerait plus que ça qu'ils nous  bousillent Céline l'anarchiste en lui récupérant sa tronche de magicien et tout le pataquès des mots fées qu'il a turbinés des heures de damné à nous expédier au tarbouif ! Ouais manquerait plus !

 

C'est nous autres qu'allons lui faire une bamboula du tonnerre des diables à Céline vous allez voir ça tiens ! Et qu'on n'va pas attendre le premier juillet pour s'y coller et d'abord voici la suite du premier épisode du chien du monde tout chaud et tout frétillant d'la queue Ouaouf !

 

Et du coup je vais m'y remettre à vous l'écrire ce chien fatiguez pas va... vous l'aurez et il sera aussi fou que c'est possible ! Allez Zouh !

 

 

 

 

 

 

 

Le chien du monde 2


Ce qu’elle a dû entendre quand elle était môme à Courbevoie du côté de son père qu’était employé au dépôt des tramways et de sa mère lingère ça l’avait formée d’avance à la glossolalie des faubourgs qu’elle met comme Céline dans la bouche de ses personnages tous plus ou moins sortis des bas fonds et des quartiers de pauvreté qui traînent leurs loques de costumes le long du fleuve Arletty… La Seine… le fleuve ou bien les goulées étroites du Canal Saint‑Martin quand les écluses à l’intérieur de la ville lui serrent le kiki… ses ponts tournants aux mécaniques qui grincent et aux passerelles qui ont servi à tous les mômes de tremplin pour se faire du danger à deux ronds quand elles s’ouvrent qu’elles se ferment et qu’on sautait par‑dessus les rambardes vert pomme… La Seine… le fleuve… les gamins d’la banlieue on s’y retrouvait comme attirés par ses remous troubles et ses noyés pas toujours ceux qu’on voudrait les héros malheureux d’une histoire d’amour qui ressemble à celle qu’on voit dans Hôtel du Nord… 

Non pas toujours… plutôt des noyés pareils aux immigrés du bidonville d’Aubervilliers… les Algériens du chemin du halage… y avait encore des cabanes moitié ruines de tôles et de planches de récup toutes les couleurs avec autour des terrains de boue et comme des jardins friches grignotés par des bouquets de ronces énormes où on s’écrasait dans la bouche des fournées de mûres quand on était p’tits. Ouais c’est ça… les Algériens eux aussi ils avaient posé leurs baraques au rebords du fleuve… ils étaient attirés pareillement aimantés comme nous autres quand on courait dès qu’on entendait le bruit qu’on reconnaissait de loin le ploup‑ploup‑ploup… des péniches… On se disait qu’un jour on monterait là‑d’dans on quitterait pour toujours les rues de suie on s’en irait… Mais les Algériens eux qui étaient venus d’un pays sans eau peut‑être qu’ils regardaient couler là devant eux toute la peine qu’ils avaient accumulée quand ils avaient quitté les déserts du Sud et leur frénésie et leur grandeur malgré la misère… Après que le bidonville ait été rasé définitif les vieux hommes et les vielles femmes immigrés c’est au foyer de La Briche qu’ils se sont entassés pour finir à nouveau près du fleuve comme si c’était écrit… c’était leur destin en quelque sorte… 

Ouais faut le dire que dans les banlieues… les faubourgs comme on les appelait à l’époque d’Arletty et de Céline y a les villes qui ont leur fleuve avec ses ruminations et ses brouillards à embarquer l’imaginaire qui les traverse et puis y a les autres… c’est ça qui fait la différence… la classe quoi ! Arletty elle l’avait dans la gorge la rumeur rauque des quais leurs brumes et leurs fumées qui raclent et sa lecture de Voyage avec Michel Simon que j’avais entendue peu après celle de Céline lui-même elle m’a do celine-et-arletty.jpg nnée à moi aussi envie de lire ce texte à haute voix ce que j’ai fait au moins pour la moitié du bouquin.

Et c’est comme ça que la langue de Ferdine moi aussi je l’ai aboyée… grognée… chuintée… gueulée…

Et c’est là que le chien du monde et moi on a commencé à être de bons camarades et à renifler la trace des langues des rues qui font la retape et qui nous prennent avec du sentiment et de l’atmosphère…

Ouaouf ! Ouaouf !…

Ouais c’est ça… Ouaouf ! Ouaouf  pas mort Céline!

Vivant dans sa langue à vif et dans les milliers de bafouilles qu’il a écrites aux poteaux de Montmartre aux critiques aux journaleux baveux aux régleurs de comptes de tous les comités d’épuration et aux autres ! 

Partout où il les charmait pourfendait de sa botte favorite l’humour ultralucide y a plus que la durée de la vie d’un homme… Y a du temps cosmique explosé en millions de myriades de comètes de rires et d’émotions qui en finiront jamais d’époustoufler ceux qui le liront et de les convaincre à faire de leur existence le plus énervant et bohème des feux d’artifices. S’il le flaire bien et s’il a la truffe chiennement fine aussi F. Vitoux quand il débobine le fil qui a existé du départ pour Ferdinand Destouches‑Louis Céline ses deux personnages reliés d’un trait rouge de la médecine à l’écriture… son dédale rien qu’à lui…

“ Et Destouches‑Céline allait bientôt, lui aussi, plonger dans la nuit, forcer son rêve dans les plus convulsives promiscuités que la littérature aurait pour charge de traduire. Comme Semmelweis, Céline allait être un accoucheur, un inventeur romanesque de formes et de personnages, il allait donner en quelque sorte la vie pour mieux en épier ensuite l’atroce et bref sursis, pour assister, romancier démuni et rageur, médecin du dérisoire, à tous les râles et sursauts de la mort. ” La vie de Céline, Frédéric Vitoux, p. 242 )

Drôle quand même qu’un type qui ne pouvait pas blairer les agitations cornichones les envoûtements à la parlote ni les visiteurs casse bonbons des tas… il nous ait tous un peu enchantés par le fait… Enfin ce qu’on peut dire le chien et moi c’est que s’il y’a bien une chose qu’on sent du Docteur Destouches quand on zone le long des rives aux péniches de plus en plus pourries… une chose qui nous remonte de tout ce pourrissement des mondes et des êtres c’est sa gentillesse ouais… Oh ! pas une gentillesse innocente non… et c’est ça qui est fortiche…  Ferdinand s’il est furieux c’est vrai il garde pourtant une gentillesse qui sait… pour les gens ordinaires des pareils à nous autres qu’il allait soigner le soir du côté de la Seine justement sa vieille malade cancéreuse elle l’attendait… Et lui par Le sentier des bœufs il descendait… le sentier qu’existe encore de nos jours et que c’est si étroit que pour sûr le bœufs ils allaient boire à la queue leu leu au géant abreuvoir et puis ils remontaient tranquilles et braves dans le soir aussi…

Et Céline probable qu’il les avait en lui ces images-là d’une bienveillance animale comme il aimait et que ça lui faisait bien plaisir… Alors ces notes dans ses Cahiers de prison ça ne peut que nous toucher forcément… louis-ferdinand-celine-a-meudon.jpg

“ [ Folio 4 I°  ] – 

Le lendemain visite Courbevoie – à Marie – A Arletty – Lucette est née là tout près – rue St Louis‑en‑l’île – Bébert à la Samaritaine – On est < nés > tous les trois bien nés sur les au murmure des berges < par le fait > ‑ on va nous s’arracher de là ‑ < cela compte peut-être pour nous avoir donné bien de la gentillesse à tous les trois > ‑ C’est toujours aux rives à ces rives que je reviens – c’est là entre les ponts que je sens bien ma

[ Folio 4 V° ] vie passer‑ ( … ) ”  

( Henri Godard, Un autre Céline Deux cahiers de prison Suivi de Lettres à Lucienne Delforge, Ed. textuel, 2008 Cahier 4 p. 55 )

A suivre...

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Dimanche 14 novembre 2010 7 14 /11 /Nov /2010 22:54

      Y a des mois de ça avant que je m'éclate l'épaule droite et que ça dure je vous avais fait la surprise d'une Petite chronique au sujet de Monsieur Céline et ceux qui lisent notre blog régulier savent que Céline c'est pour mézigue bien plus qu'un écrivain... Sur le coup de la grande jubilation de cette écriture vu que quand on cause de Céline forcé on entre dans un délire qui n's'arrête plus j'ai décidé d'en faire un bouquin de ma tribulation célinienne et puis après avoir bien entamé l'affaire j'ai laissé de côté parc'que Céline tout le monde écrit dessus n'importe quoi alors à quoi bon...

      Et pis voilà qu'avec la patte cassée le fantôme du géant oiseau black splendide de Meudon est venu tourner au-dessus de mézigue un de ces jours où y avait plus personne et plus rien et c'est encore lui sa silhouette familière comme quand on est allés au cimetière de Meudon l'ami Louis et moi lui faire un signe qui m'a redonné l'envie des mots et la force de l'émotion qu'il faut continuer y aller écrire aboyer Ouaouf ! Ouaouf ! Alors voilà des fragments de ces chroniques du chien du monde... des brouillons bien sûr hein ? Et pour le bouquin on verra... Céline c'est un vrai poteau y'a pas à dire !

Le chien du monde  celine-louis-petit.jpg

Epinay, samedi, 14 février 2009

          “ Ces gens-là même que je regardais par la fenêtre et qui n’avaient l’air de rien, à marcher comme ça dans la rue, ils m’y faisaient penser, à bavarder au coin des portes, à se frotter les uns contre les autres. Je savais moi, ce qu’ils cherchaient, ce qu’ils cachaient avec leurs airs de rien les gens. C’est tuer et se tuer qu’ils voulaient, pas d’un seul coup bien sûr, mais petit à petit comme Robinson avec tout ce qu’ils trouvaient, des vieux chagrins, des nouvelles misères, des haines encore sans nom quand ça n’est pas la guerre toute crue et que ça se passe alors plus vite encore que d’habitude. ”

Voyage au bout de la nuit Louis-Ferdinand Céline Ed. La Pléiade, 1981

         Ouaouf ! Ouaouf ! Le revoilà ce chien du monde encore ! Ce sacré bon sang de clébard qui tient à la ramener chaque fois qu’on cherche à la lui faire fermer et qu’il y a péril pour sa peau pour ses poils pour sa tronche de vieux baroudeur d’utopies qui cavale d’un bout de cette carcasse de terre l’autre depuis quarante balais et le reste… Et pourquoi sa gueulerie vous me direz hein ? 

Ouais d’accord il se mêle ! il se mêle !… mais vous n’croyez pas qu’y’a lieu après tous ceux qu’on a vu crever ces derniers temps dans des guerres qui n’sont là que pour le rapport et la finance et bien endormir le populo comme toutes les guerres de toujours Hein ? Ceux qu’on a dégommés pantins du joli jeu de massacre… Paf ! Pif ! Paf ! pour le plaisir… et les autres les fabricants d’armement qui se repassent les jumelles et qu’applaudissent. Et la haine des larbins de la fricaille les chasseurs de négros et de basanés toute catégorie bien établis en ce monde-ci direction des gens du Sud… y’a pas de quoi se mêler des fois ? Et la cervelle en putréfaction des véreux politicards et rentiers gras qui mène la troupe des bigorneaux prolétaires et autres bouffons à se laisser estourbir au formol et sa morbide odeur qu’ils reniflent ravis… y’a pas de quoi ? 

Ouaouf ! Ouaouf ! La question qu’il se pose le chien qu’a la manie des interrogations dans son for intérieur vu que dehors les causeries des autres les humains intelligents il se mêle pas… il a pas lu assez il peut pas hein ? La question… ouais c’est ça… ce qu’il en aurait écrit Céline de la mort crépuscule d’aujourd’hui… la mort des p’tits loupiots n’importe où au fond du sas d’Arabie d’Afrique qu’on les surveille grouiller vermine emportée par le souffle puant de notre chaos moderne avec cette passion qu’ils ont dans leur bande de vieillards mafieux à faire du néant de ce qui veut à toute force s’entourlouper de la vie…

S’il y songeait déjà Céline à la cafardeuse manie de l’humain de malmener sa tribu et ses petits qu’aucune bête aurait l’idée… Dans son discours sur Zola à Médan en 1933 cité par François Gibault ( Céline 1932-1944 Délires et persécutions, Ed. Mercure de France, 1985 p. 59 ) ( Texte intégral in Cahiers Céline, n°1,  Ed. Gallimard, 1976 pp. 78‑93 ) il leur prédisait aux comiques que ça serait de pire en pire leur manière d’abominer le monde et c’est triste comme il avait raison alors !

“ Mais le goût des guerres et des massacres ne saurait avoir pour origine essentielle l’appétit de conquête, de pouvoir et de bénéfices des classes dirigeantes. ( … ) Le sadisme unanime actuel procède avant tout d’un désir de néant profondément installé dans l’homme et surtout dans la masse des hommes, une sorte d’impatience amoureuse, à peu près irrésistible, unanime, pour la mort. ( … ) Quand nous serons devenus normaux tout à fait au sens où nos civilisations l’entendent et le désirent et bientôt l’exigeront, je crois que nous finirons par éclater tout à fait aussi de méchanceté. On ne nous aura laissé pour nous distraire que l’instinct de destruction. C’est lui qu’on cultive dès l’école et qu’on entretient tout au long de ce qu’on intitule encore La vie. ” 

Céline ouais !… oh là là ! faut pas causer hein ?… Je vous ai effleuré déjà ce que le pas imaginable Docteur Destouches m’avait refilé… parc’que Céline excusez dans ma tronche d’ex môme de la banlieue zone d’indicible c’est d’abord toujours le “ Docteur Destouches ” … excusez ou excusez pas mais de l’époque d’après la première tuerie grandiose comme de celle d’aujourd’hui choisir la banlieue de n’importe quelle grande Babylone pourrie de peur effarement misère et compagnie pour marner dans la médecine c’est pas donné à tout l’monde… Et ceux qui n’ont souvent même pas assez de tunes pour aller se faire soigner les ratiches… excusez mais ils sont au parfum de c’qu’un toubib qu’est pas venu là par hasard ou parce qu’il a pas eu le choix mais à cause de son envie de filer la paluche aux gens des faubourgs c’est précieux ça ouais !

Le chien et moi on a pas cessé depuis notre vagabondage à Meudon d’essayer d’entrer en communication avec ce type trop incroyable qui soignait les pires lascars et qui en connaissait un bout sur l’âme des gens alors !… Ouaouf ! Ouaouf ! Mort Céline en 1961 dans la grande fournaise du juillet qui démarre et pose son couvercle de marmite banlieue sur la Seine aux brumes d’herbes folles… Vous y croyez vous ? Eh bien nous autres pour sûr qu’on y croit pas une seconde et qu’à chaque fois on la sent sa présence là au creux du fouillis des plantes en sauvagerie des bords de Seine comme il aimait aller s’y frotter avec Agar le grand chien terrible ! Pas dire qu’on les voit en chair et en poils non… et pourtant hein ?… des fois qu’on se pointe dans la Nightd’automne quand les ciseaux des rives taillent au creux des tissus des brumes des fantômes légers qui dansent entre les silhouettes noires des saules et des plantes d’eau géantes… celine-affiche.jpg

Mort Céline lui qu’a fait que s’empoigner avec la chienne d’existence qui lui tenait si fort à l’âme et à la peau qu’il s’est battu brandissant les armes en papier du chevalier Don Quichotte pas qu’on le traîne au gibet et Lucette et Bébert itou tant qu’il a pu ? Et même bien avant d’avoir entrepris de passer sa médecine et de boucler sa thèse sur le médecin accoucheur hongrois Semmelweis alors qu’il en revient juste de la grande tuerie déjà il s’intéressait à donner des tuyaux aux gens pas qu’ils soient dévorés crus par les maladies de la misère qui fréquente partout dans les milieux ouvriers. Oh ! c’était des choses simples… des conseils sur l’hygiène et des petites façons de se soigner comme on en a bien besoin dans les maisons des familles semblables à la mienne ainsi que le raconte Frédéric Vitoux dans son histoire de La vie de Céline, ( Ed. Gallimard, collection Folio 2004, p. 219 ) :

“ La paix pour lui ne changeait donc rien. La mort demeurait au programme, à l’horizon. Il fallait continuer d’engager contre elle une guerre de chaque instant. Appelons‑là la croisade contre la tuberculose, mettons. Il fallait s’épuiser à dresser une parole vigilante, consolatrice – comme autant de conseils inutiles au fond, inutiles autant qu’indispensables. Face à la mort donc, la dernière triomphatrice contre laquelle on n’en finit pas de lutter, avant de rendre les armes. ”

“  Elle est alors elle‑même aux prises avec les paparazzi et les journaleux de la presse à sensation. Mais, si quelque chose ne lui a jamais manqué, c’est la répartie, le quolibet comme elle dit elle‑même. Elle sait, très vite, et pour quelques secondes, abandonner cette aristocratie naturelle qui tient si bien les autres à distance et proclamer avec calme : ‘ Je ne trouve ces feuilles‑là qu’aux chiottes, et mon cul ne sait pas lire. ” ( Ferdinand furieux, Pierre Monnier Avec 313 lettres de Louis‑Ferdinand Céline à Pierre Monnier, Ed. L’âge d’homme, 2009, p. 37 )

Arletty aussi on aurait pu la croiser sa dégaine de grand oiseau nocturne au plumage luxueux blanc des chouettes effraies qu’on entend du côté de Meudon et des péniches du chemin de hallage les grosses bien ventrues bien épaisses avec leurs pontons d’amarrage aux couleurs pastel rouillées rose vif… bleu turquoise… vert pomme… leurs boîtes aux lettres branlantes pourries qui pendouillent à des poteaux où on a peint des noms tous plus croquignoles qui seraient sortis  des films de Carné ou de Renoir qu’ça aurait pas d’étonnement… Ce qu’on en a fait du chemin là… nous autres à renifler les relents qui viennent direct des berges de la vase mélangée touillée avec les plantes d’eau leurs lacets bleuâtres qui grimpent gigotent aux pieds des pontons qu’on voit profond malgré les remous bruns terre et ocre et les bandes de canards bavardeux… ils ont la gouaille des faubourgs eux aussi… qui piétinent à fleur de flotte autour des barques en bois dont la peinture verte rouge cerise ou chocolat s’arrache des flancs pour dériver en reflets touillés à ceux de leurs énormes frangines… courbevoie   

Sûr qu’elle les avait à la bonne pareillement les rives à cet endroit de la Seine qui se frotte sa pelure un peu rouquine contre les ruines béton gris de L’île Seguin Arletty et qu’elle y a bourlingué des fois au bas Meudon avec Céline évident avant qu’ils remontent direction la Routedes Gardes… leurs deux formes noires silhouettes longues fantômes presque déjà d’un temps révolu… Les bords de la Seine à Meudon ça ne pouvait que l’enchanter même si ça n’a pas le côté heureux et insouciant que la bande des peintres impressionnistes ont donné pour toujours aux guinguettes des bords de Marne et leurs taches mauves roses blanches… elle qui avait posé pour Marie Laurencin et Van Dongen dans sa jeunesse… Et puis justement à cet endroit‑là Meudon vers Billancourt c’était encore du petit peuple et de la débine des prolos qu’on pouvait trouver… Enfin c’est ce qu’il en restait et Céline à son retour d’exil il n’a pas pu faire autrement que d’y aller attiré par cette population où il avait démarré y’avait une cinquantaine d’année de ça à Courbevoie pareillement… Arletty ça n’la gênait pas la langue de Céline… ses ricochets… ses balbutiements toujours à la limite extrême du retour à l’animalité… aux grognements et aux aboiements…

“ Une amie m’invite à prendre le café et me réserve une surprise. Dans un coin du salon, debout, un très bel homme aux yeux gris – Présentations : ‑ Céline. – Arletty. Ensemble : ‘ Courbevoie ’. Longue embrassade. Début d’une amitié que rien n’a pu troubler. ”  ( La Défense, Arletty, Ed. La Table ronde, 1971, pp. 140 et 141 )  La-vie-de-Celine-F-Vitoux.jpg

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Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /Juin /2009 23:52

     
              Comme promis il y a quelques jours voici le reportage que notre reporter spéciale S Bretagne Françoise Bezombe
s qui participe à nos Cahiers depuis qu'ils existent nous a concocté au Festival des Etonnants Voyageurs de Saint-Malo. C'est vraiment un plaisir extra de se balader avec elle dans notre ville d'adoption de Saint-Malo au milieu des écrivains et des bouquins ! Alors Bon voyage et Bon vent dans toutes nos voiles sans oublier de remercier le photographe Robert Bezombes !

SAINT-MALO DES LIVRES

 

 

Depuis vingt ans Saint-Malo accueille en son sein le Festival Etonnants Voyageurs et ceci durant trois inoubliables journées.

Et depuis cinq ans, comme un aimant, cette manifestation m'attire tant la passion des livres et de la lecture me dévore ! Dès l'école primaire où je fis l'apprentissage de la lecture comme tout un chacun je suis devenue une papivore !

 

Arrivée dans la cité corsaire, joyau de la Côte d'Emeraude, le samedi 30 mai 2009.

 

Les nourritures spirituelles s'alliant à celles du corps en Bretagne, je m'empresse de déguster les traditionnelles galette-crêpe dans ma crêperie préférée Le Salidou tenue par une autre Françoise dont le chaleureux accueil m'a fidélisée. Déambulation dans les ruelles intra-muros si chères à Dominique et sur les remparts afin de humer l'air iodé et tonique de la cité malouine. En remontant la Chaussée du Sillon où la brise en permanence caresse le promeneur - quand ce n'est pas le vent qui carrément le revivifie ! - je prends mon billet pour passer toute la journée du lendemain au Salon du Livre car cette manifestation draine un monde fou et il faut savoir s'organiser afin de faire la queue le moins possible : on est là pour se détendre!

 

Dimanche 31 mai, journée bouquins.

 

Toute cette journée je déambulerai parmi les stands qui acc ueillent de nombreux auteurs. Il fait chaud, le soleil est au rendez-vous.

Un de mes premiers arrêts sera réservé à un éditeur breton, Diabase, où je suis toujours gentiment accueillie car nous commençons à bien nous connaître vu qu'il est aussi présent au Salon du Livre de Paris. Pour moi l'occasion d'acheter le dernier recueil de nouvelles d'Hervé Jaouen  Petites trahisons et grands malentendus ( tout un programme... )


           Dans les allées surchauffées par la chaleur due au soleil qui s'en donne à coeur joie et la foule compacte – qui a dit qu'il ne fait jamais beau en Bretagne ?? - je croiserai Azouz Begag, Patrick Rambaud, auteur de  deux livres de Chroniques du règne de Nicolas 1er, satires politiques à ne pas rater que j'ai lues récemment et lesquelles en y repensant m'ont fait lui sourire lorsque je suis passée près de lui..

Lorsqu'une longue file attend devant un stand, attendez-vous à une « vedette ». Et, en effet, en me haussant sur la pointe des pieds j'ai pu constater que l'une d'elles aboutissait à une dédicace de Bernard Giraudeau : est-ce l'écrivain ou l'acteur qui attire le plus ces gens ?

Je suis allée parler et me faire dédicacer un ouvrage ( mon “ petit truc à moi ” c'est d'emmener toujours sur moi dans les salons des ouvrages que j'ai déjà en ma possession lorsque les auteurs sont prévus au programme ) par Anna Moï, écrivaine française d'origine vietnamienne, Hervé Jaouen le Quimpérois, Jean-Marie Blas de Roblès dont j'ai acquis Là où les tigres sont chez eux, Prix Médicis, « gros pavé », comme l'on dit, que je me réserve en tant que lecture estivale. Les livres étant pour moi une formidable incitation au voyage…

Je croiserai aussi la route d'Amin Maalouf, d'Alain Mabanckou au sourire épanoui et à l'éternelle casquette vissée sur le crâne.

Ce que j'aime à Saint-Malo c'est qu'on ne reste pas confiné à l'intérieur du bâtiment du Salon du Livre, la ville offrant plusieurs sites pour les différentes manifestations. C'est ainsi qu'au Palais du Grand Large – rien qu'à ce nom évocateur on se voit en partance vers des horizons lointains – suite à la projection du film de Christophe de Ponfilly L'étoile du soldat sur l'Afghanistan j'ai assisté à une rencontre à laquelle participait Atiq Rahimi, Prix Goncourt.

A travers la ville on a le plaisir de croiser de nombreux auteurs. Sur mon chemin par deux fois j'ai vu l'écrivain Abdelkader Djemaï mais il était très occupé car je pense qu'il devait se rendre à des rencontres littéraires, les auteurs ayant apparemment à ce salon de nombreuses interventions à effectuer. Mon angoisse était de ne pouvoir le voir, lui parler et me faire dédicacer mes ouvrages. Et enfin, bonheur, dans les allées du salon en fin de journée, nous avons pu échanger. Mon mari qui l'avait aperçu m'a vite prévenue et il a voulu immortaliser ce moment par le cliché que Dominique a mis en ligne sur ce blog précédemment. Ce fut un échange enrichissant, tant cet auteur est chaleureux et surtout tant de gentillesse et de patience émanent de lui.
        Son dernier livre Un moment d'oubli a été justement un moment absolument inoubliable pour la lectrice que je suis et je ne peux que vous inciter à vous y plonger à votre tour. De plus l'article de Dominique sur ce blog donnait déjà une forte envie d'ouvrir le roman d'Abdelkader Djemaï.


             Cette journée littéraire se terminera par un petit tour du côté de ma chère crêperie Le Salidou et un tour des remparts par le chemin de ronde afin de voir le soleil se coucher car aujourd'hui il a bien bossé et il a droit au repos !

 

Lundi 1er juin

 

Saint-Malo, je dois hélas te quitter !

Un dernier tour sur le Sillon, un clin d'oeil au Fort National photographié hier soir parmi les ors du coucher de soleil somptueux.


            Après un détour par Cancale et ses célèbres huîtres dont une flopée d'Anglais ravis se régalaient en bordure de la jetée, direction le Morbihan chez ma soeurette... avec dans ma besace de la lecture pour cet été et de belles images plein les mirettes !

Et un grand désir au fond du coeur : être là pour la 21ème édition en 2010 en souhaitant que mon amie Dominique y soit aussi...

Et merci de m'avoir suivie – sans ennui je l'espère – au pays des Corsaires et des Etonnants Voyageurs.

 

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Jeudi 7 mai 2009 4 07 /05 /Mai /2009 22:08

Bon voilà encore un bout un fragment de mes gribouillis et petites chroniques que je mets au point par le principe de l'écriture spirale de l'escargot ( ceux qui connaissent l'écrivain Jean Pélégri comprennent... ) sur ce que L.F.Céline a apporté dans l'écriture de quelqu'un comme mézigue tout cru sortie d'un milieu populaire et qui a rien d'intello ni d'écrivain pro et qui aboie frénétique Ouaouf ! Ouaouf ! C'est tout fouillis... c'est comme ça... ceux qui ont la passion de Céline apprécieront...

Le chien du monde suite...


      Le chien et moi on a pas cessé depuis notre vagabondage à Meudon d'essayer d'entrer en communication avec ce type trop incroyable qui soignait les pires lascars et qui en connaissait un bout sur l'âme des gens alors !... Ouaouf ! Ouaouf ! mort Céline en 1961 dans la grande fournaise du juillet qui démarre et pose son couvercle de marmite banlieue sur la Seine aux brumes d'herbes fraîches... Vous y croyez vous ? Eh bien nous autres pour sûr qu'on y croit pas une seconde et qu'à chaque fois on la sent sa présence là au creux du fouillis des plantes en sauvagerie des bords de Seine comme il aimait aller s'y frotter avec Agar le grand chien terrible !       
      Pas dire qu'on les voit en chair et en poils non... pour ça faudrait qu'on se pointe dans la Night d'automne quand les ciseaux des rives taillent au creux des tissus des brumes des fantômes légers qui dansent entre les silhouettes noires des saules et des plantes d'eau géantes...
      Mort Céline lui qui n'a fait que s'empoigner avec la chienne d'existence qui lui tenait si fort à l'âme et à la peau qu'il s'est battu brandissant les armes en papier du chevalier Don Quichotte pas qu'on le traîne au gibet et Lucette et Bébert itou tant qu'il a pu... Et même bien avant d'avoir entrepris de passer sa médecine et de boucler sa thèse sur le médecin accoucheur hongrois Semmelweis alors qu'il en revient juste de la grande tuerie déjà il s'intéressait à donner des tuyaux aux gens pas qu'ils soient dévorés crus par les maladies de la misère qui fréquente partout dans les milieux ouvriers. Oh ! c'était des choses simples... des conseils sur l'hygiène et des petites façons de se soigner comme on en a bien besoin dans les maisons des familles semblables à la mienne ainsi que le raconte Frédéric Vitoux dans son histoire de La vie de Céline, ( Ed. Gallimard, collection Folio 2004, p. 219 ) :
      " La paix pour lui ne changeait donc rien. La mort demeurait au programme, à l'horizon. Il fallait continuer d'engager contre elle une guerre de chaque instant. Appelons là la croisade contre la tuberculose, mettons. Il fallait s'épuiser à dresser une parole vigilante, consolatrice - comme autant de conseils inutiles au fond, inutiles autant qu'indispensables. Face à la mort donc, la dernière triomphatrice contre laquelle on n'en finit pas de lutter, avant de rendre les armes. "
      Non pas mort Céline pour sûr lui qu'acceptait pas jamais la mort des autres et qu'était la compassion même pour ceux qu'il soignait comme on le voit si on veut bien... je vous en ai déjà causé dans la petite chronique précédente... quand le môme Bébert le neveu de la bignolle de Ferdinand lui meurt doucement entre les pattes d'une fièvre typhoïde. " Sur sa face livide dansotait cet infini petit sourire d'affection pure que je n'ai jamais pu oublier. Une gaieté pour l'univers. " (Voyage au bout de la nuit Louis-Ferdinand Céline Ed. La Pléiade, 1981, p. 242 ) Pas plus ni moins mort qu'il est Ferdinand que sa complice Arletty qu'a comme lui la gouaille et la classe des gens des faubourgs... Ouaouf ! Ouaouf ! qu'il oublie jamais de citer dans ses lettres de Klarskovsgard au Danemark qu'il écrit à Pierre Monnier un de ses poteaux d'Armorique. Voilà comment il en cause Monnier... sûr que Ferdinand et elle ils étaient de la même trempe !
      " Elle est alors elle même aux prises avec les paparazzi et les journaleux de la presse à sensation. Mais, si quelque chose ne lui a jamais manqué, c'est la répartie, le quolibet comme elle dit elle même. Elle sait, très vite, et pour quelques secondes, abandonner cette aristocratie naturelle qui tient si bien les autres à distance et proclamer avec calme : ‘ Je ne trouve ces feuilles là qu'aux chiottes, et mon cul ne sait pas lire. " ( Ferdinand furieux, Pierre Monnier Avec 313 lettres de Louis Ferdinand Céline à Pierre Monnier, Ed. L'âge d'homme, 2009, p. 37 )

      Arletty aussi on aurait pu la croiser sa dégaine de grand oiseau nocturne au plumage luxueux blanc des chouettes effraies qu'on entend du côté de Meudon et des péniches du chemin de hallage les grosses bien ventrues bien épaisses avec leurs pontons d'amarrage aux couleurs pastel rouillées rose vif... bleu turquoise... vert pomme... leurs boîtes aux lettres branlantes pourries qui pendouillent à des poteaux où on a peint des noms tous plus croquignoles qui seraient sortis des films de Carné ou de Renoir qu'ça aurait pas d'étonnement... Ce qu'on en a fait du chemin là... nous autres à renifler les relents qui viennent direct des berges de la vase mélangée touillée avec les plantes d'eau leurs lacets bleuâtres qui grimpent gigotent aux pieds des pontons qu'on voit profond malgré les remous bruns terre et ocre et les bandes de canards bavardeux... ils ont la gouaille des faubourgs eux aussi... qui piétinent à fleur de flotte autour des barques en bois dont la peinture verte rouge cerise ou chocolat s'arrache des flancs pour dériver en reflets touillés à ceux de leurs énormes frangines...
      Sûr qu'elle les avait à la bonne pareillement les rives à cet endroit de la Seine qui se frotte sa pelure un peu rouquine contre les ruines béton gris de L'île Seguin Arletty et qu'elle y a bourlingué des fois au bas Meudon avec Céline évident avant qu'ils remontent direction la Route des Gardes... leurs deux formes noires silhouettes longues fantômes presque déjà d'un temps révolu... Les bords de la Seine à Meudon ça ne pouvait que l'enchanter même si ça n'a pas le côté heureux et insouciant que la bande des peintres impressionnistes ont donné pour toujours aux guinguettes des bords de Marne et leurs taches mauves roses blanches... elle qui avait posé pour Marie Laurencin et Van Dongen dans sa jeunesse... Et puis justement à cet endroit là Meudon vers Billancourt c'était encore du petit peuple et de la débine des prolos qu'on pouvait trouver... Enfin c'est ce qu'il en restait et Céline à son retour d'exil il n'a pas pu faire autrement que d'y aller attiré par cette population où il avait démarré y'avait une cinquantaine d'année de ça à Courbevoie pareillement... Arletty ça n'la gênait pas la langue de Céline... ses ricochets... ses balbutiements toujours à la limite extrême du retour à l'animalité... aux grognements et aux aboiements...

“ Une amie m’invite à prendre le café et me réserve une surprise. Dans un coin du salon, debout, un très bel homme aux yeux gris – Présentations : ‑ Céline. – Arletty. Ensemble : ‘ Courbevoie ’. Longue embrassade. Début d’une amitié que rien n’a pu troubler. ”  ( La Défense, Arletty, Ed. La Table ronde, 1971, pp. 140 et 141 )

A suivre...

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Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 23:42

Le chien du monde suite...

            Le médecin vous voulez que je vous dise ce que ça représente pour les gens des campagnes dans les années 50‑60 par là que je me souviens drôlement vu qu’à la cambrousse j’y étais des longs bouts à cause de la mauvaise atmosphère des banlieues qui me rendait malade des bronches justement… la bouillasse noire des rues l’hiver et la poussière des fumées et le mouillé partout ça aidait pas… Mes parents ils faisaient leur possible et on allait les dimanches prendre l’air tous ensemble aux bois de Clichy avec les autres loupiots des cités on se retrouvait mêlés aux clébards qui caracolaient dingues s’étripaient se coursaient… les grands-mères qui tanguaient sur leurs rhumatismes et leurs kilos de bouffe bon marché mais je continuais quand même à tousser. Alors on m’a empaquetée un jour et Hop ! j’ai d’un coup avec la paluche solide de mon grand-père le cheminot du réseau Nord qui m’entraînait largué mes terrains vagues familiers pour me retrouver au milieu des prairies des vergers de pommiers et des ruisseaux à cresson… un énorme bond dans l’inconnu… Hop ! Hop !

D’abord la campagne ça n’a pas eu un grand effet sur mes maladies que la family life des années pas très luxueuses avait pas arrangées mais pour ce qui est de la suite et de mon goût à me barrer dans les rêveries et l’imaginaire ça a bien donné des fruits… Mais au sujet de la médecine des campagnes j’ai pu observer ce que j’ai voulu et en garder des échantillons dans ma mémoire car à cause de moi le toubib il se pointait régulier une ou deux fois le mois pour des otites des bronchites des coqueluches des eczémas des éruptions enfin vous voyez… Entendu que mes grands-parents avaient pas tout à fait les habitudes des paysans du coin bien qu’ils aient vécu dans les petites bourgades du Nord assez folichonnes… mais je crois que de la manière qu’ils le considéraient le médecin c’est exemplaire de c’t’époque et du milieu où Céline il a zoné aussi sans doute malgré les progrès de la médecine et de la pauvreté…

Ma grand-mère elle le faisait prévenir par la personne de l’épicerie vu qu’entendu qu’on avait pas le téléphone la veille au soir pour qu’il nous mette dans sa tournée pareil que le facteur et au moins deux plombes avant qu’il radine déjà c’était le branle-bas… Y’avait que la grande cuisine où on faisait tout qu’était entretenue tiède par l’énorme cuisinière à bois l’hiver et c’est dessus qu’on mettait la marmite d’eau à chauffer vu qu’y avait que l’eau froide au robinet. Fallait d’abord désinfecter à fond la cuvette tôle émaillée où le Docteur il se lavait les mains… Ah ouiche ! c’est que c’était sa cuvette rien qu’à lui qu’on rangeait après usage et personne y touchait hein ! Même si j’étais auscultée que des oreilles ou de la poitrine moi on me lavait d’un bout à l’autre de ma personne au gant de toilette tout contre la grosse bécane qui ronflait et me cramait la couenne et vite on me frictionnait avec l’eau de Cologne dès fois que je sente… On aurait eu la honte !

Quand le médecin se pointait ma grand-mère qui l’appelait toujours Docteur… sur un ton respectueux lui apportait l’eau chaude la savonnette neuve le torchon blanc juste sorti de l’armoire qu’il se lave les mains c’était le rituel que s’il se prêtait pas il était grillé fichu pour des siècles à des centaines de lieues tout autour… De c’t’époque j’ai le souvenir des cataplasmes à la farine et lin et de moutarde qui piquaient abominable… des tisanes de thym des décoctions d’eucalyptus qui bouillaient des heures sur la cuisinière pour assainir l’atmosphère… De la main qui tenait la mienne comme une caresse de fraîcheur que j’attendais et des discussions qui en finissaient pas avec mon grand-père sur les gelées tardives qui allaient massacrer les fleurs des abricotiers et les ruses pour détourner l’interdiction de pêcher les écrevisses dans la vase de la rivière où les poissons faisaient miroir au soleil… Le chien du monde lui couché devant la porte il guettait la fin de la séance heureux qu’y ait des hommes pour rendre la vie et la mort plus légère…

Avant de repartir continuer sa tournée des gourbis le Docteur se relavait les mains et ma grand-mère lui payait cérémonieusement la consultation avec les sous qui étaient prêts posés sur la table pendant qu’il expliquait les choses écrites sur l’ordonnance mais on connaissait tout… Y avait que des choses simples et pas chères qu’on allait acheter au bourg à côté avec l’autobus et pour les tisanes on cueillait les plantes au jardin et Hop ! Comme Céline après quand je l’ai lu il nous filait des conseils de pas se prendre le chou avec mes maladies… à force de prendre l’air dans les p’tits chemins où on marchait après l’école avec mon grand-père jusqu’à la nuit elles ficheraient le camp un jour… C’était aussi simple que ça… Ma grand-mère disait “ Au revoir Docteur et merci pour le dérangement… ” en le raccompagnant à la grille et toute la journée on avait entre nous la présence bienveillante d’une ombre  paisible qui nous accompagnait…

C’est vrai que l’enfance dont je cause elle n’est pas aussi proche du début du siècle que la période où Céline entreprend ses tournées médicales en Bretagne sous la direction du docteur Follet pour parler aux paysans de la tuberculose et des microbes en général… Mais quand j’accompagnais mon grand-père chez certains paysans dans ces années 60 la pauvreté installée là-dedans comme chez elle avec l’alcoolisme les maladies mentales et les gamins qui arrêtaient l’école au certificat qui ne savaient pas tous lire couramment c’était pas si rare et ça me serre la gorge de rage et d’impuissance quand ça me revient… En y pensant je n’crois pas que si le Docteur Destouches s’était pointé avec son attirail de cinéma sur la place de l’école comme le r aconte Henri Mahé il aurait été déplacé…

“ Je me souviens encore de ce soldat américain dégingandé qui parcourait le bourg une pile de bouquins sous le bras. Nous, les mômes, nous l’escortions, car il nous faisait rire et nous donnait du chouine-gomme… Puis tu rentrais à l’Hôtel Piton et nous écrasions notre nez sur les vitres pour t’apercevoir griffonnant à la craie sur une ardoise… Ainsi, seul, tu préparais ton bac… Le soir, sous la halle, conférencier itinérant de la mission Rockefeller, tu gueulais aux bonnes gens accourus, leur faisant à la lanterne magique des projections de microbes qui auraient bien ‘ graissé ’ :

‘ – Le microbe c’est la mort ! Il y en a plein dans l’eau ! Il y en a plein dans le lait ! Faites bouillir votre eau ! Faites bouillir votre lait !… ”  La Brinquebale avec Céline, Henri Mahé, Ed. La Table ronde, 1969, p. 215

 


A suivre...

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