La citadelle engloutie suite...
‑ Alors vous êtes partis comme ça sans une adresse où aller à Marseille ?… Là pour le dire il me soufflait mon daron… je n’le voyais pas trop voyageur lui ça non !… Mais c’est vrai que la grand‑mère Morgane elle avait pas du tout l’air de se faire des soucis tout le contraire qu’elle était… Sûr que j’avais de son sang à elle dedans mes veines et que ça me réconciliait avec la family cette aventure‑là !…
‑ Hum… qu’il a continué Rémi après une pause pour reprendre son calme de grand baobab… ou de palétuvier faut voir… elle s’en occupait pas grand‑mère Morgane de c’qui allait arriver ça non… Elle disait qu’on avait déménagé “ à la cloche de bois ” et après on a pas arrêté de se la farcir la cloche… Ouais ça c’est vrai… il a repris avec une sorte de colère qui lui montait… elle s’en faisait pas elle… elle était l’insouciance et la vie elle lui pesait pas…
A Marseille quand on est arrivés on a été reçus par le soleil comme j’en avais pas repéré à Rennes jamais faut le reconnaître elle avait pas menti… Y avait un ciel qui éclairait tout avec du bleu épatant et y faisait doux alors on a marché à droite à gauche avec les valises dans les rues qu’elle se rappelait un peu… Elle connaissait assez et elle m’a montré le vieux port… elle voulait qu’on voie tout… qu’on aille dans le Quartier du Panier à peine qu’on débarquait et avec les valoches hein ?…
Il s’est mis à rire et ça m’a un peu étonnée vu que Rémi pour la rigolade il est pas le plus fort ça non !… Mais je voyais bien que ça lui rappelait quand même des bons moments cette débandade dans la night comme s’il avait largué derrière les années de mouise et les souvenirs des hôtels ripous…
‑ A elle ça lui faisait comme de retourner dans sa jeunesse d’être là et se traînailler grimper zyeuter les
ruelles qui déboulaient sur des boulevards immenses… elle était pas fatiguée et moi je suivais avec l’inquiétude d’où on allait poser nos affaires pour finir et si on se retrouverait pas
encore au milieu des quartiers sales parc’que pour l’histoire des sous on avait rien résolu et je flairais pas trop c’qui nous attendait… Elle en a quand même eu marre de les balader les
valises et moi j’avais mon cartable en plus qui me tirait les épaules alors elle nous a posés sur un banc et elle a réfléchi qu’on devait se débarrasser du fourniment et louer une chambre pour
commencer c’était le plus commode comme arrangement… J’n’ai pas eu le temps de demander si elle avait une piste pour un hôtel bon marché qu’elle avait repris la brinquebale et qu’il a fallu
que je me grouille encore de sautiller pour pas la perdre… Moi j’en pouvais plus… je suais dedans mon pull bleu marine du collège que j’avais mis pour partir avec le blouson en laine
aussi c’était le seul que j’avais… Tout ça qui m’collait sur la peau à cause du soleil et y avait la poussière noire des fumées des gares… j’avais envie d’me gratter et le casse‑croûte
du matin à la gare de Rennes il était loin… qu’il a continué comme si tout ça lui encombrait les dédales de son existence de jardinier depuis des années et qu’il était bien ravi d’pouvoir causer
vu que mézigue j’étais toujours au créneau pour les questionnements…
‑ Elle a pris tout droit d’où qu’on était venus direction du Vieux Port et pis on a remonté la Cannebière jusqu’au Cours Julien… c’était encore une trotte tout ça et je voyais pas où on allait en venir à force de nos cavales depuis le matin qu’on y était à trotter c’était dur… enfin après qu’on ait traversé encore deux pâtés on a surgi sur une petite place où y avait plein d’verdure… des arbres et des tas d’bistrots autour alors elle s’est retournée sur moi et elle a appelé l’air d’une guerrière triomphante qu’elle avait…
‘ Eh Rémi !… nous y voilà !… je t’ai dit que c’est le paradis ici… ’
Ce coin d’Marseille où on a fait que passer ça s’appelle la Place Paul Cézanne… Elle m’a entraîné vers un recoin et j’me rappelle qu’y avait là une boutique d’épices et d’produits qui venaient d’l’Orient tellement que ça sentait fort et la devanture elle était peinte en orange vif alors juste tout contre y avait une sorte de boui‑boui avec une terrasse comme c’est là‑bas et une pancarte où c’était écrit “ Bar Hôtel Reinette l’Oranaise ”… Ouais… qu’il a répété Rémi mon vieux en soufflant la fumée d’sa maïs du côté du ciel qui s’vernissait des bleus des azulejos… j’risque pas d’l’oublier celui‑là !…
Il a jeté un regard du côté d’notre gourbi en haut du block vu que la daronne allait pas tarder à claironner l’heure du dîner et il a hoché la tête comme s’il était vraiment reparti là‑bas à l’intérieur d’son histoire et que ça le tenait bien…
‑ Ouais j’risque pas… c’était que le premier de tous les hôtels branquignoles où on allait faire escale dans c’te ville s’y en a eu alors !… Et là dedans c’était tous des musicos bien entendu qui jouaient des instruments du Maghreb et d’l’Afrique… des tam‑tams et des violons et qui chantaient toutes les nuits des fêtes pas possibles… Ah ! elle était à son affaire la grand‑mère Morgane fallait voir !… Quand on s’est pointés le bazar il était ouvert une chance vu que je pouvais plus arquer et y’avait l’odeur du thé à la menthe qu’une vieille Algérienne elle préparait toute la journée… Sûr qu’c’était l’paradis de pouvoir lâcher les valises et mon cartable et d’s’asseoir surtout qu’on était pas dérangés c’était l’heure d’la sieste encore et la femme nous a regardés gentiment… ça m’a fait du bien et j’me suis dit que ça serait peut-être pas pire qu’à Rennes…
‑ Grand‑mère Morgane elle s’est pas affolée… elle connaissait l’ancien patron qu’avait quitté pour retourner en Algérie… c’est la femme qui nous a raconté les aventures du bistrot depuis que Morgane elle était à Rennes et elle nous a questionné si on arrivait de loin comme ça… Du coup grand‑mère Morgane a profité pour demander si on n’pourrait pas manger des fois qu’on allait tomber de faim et mourir là sur le sol en carreaux bleus et jaunes raides pareils à des clébards… La femme nous a regardés en levant les bras et elle a crié tout d’suite ‘… mes pov’s gens c’est pas Aïcha qui va vous laisser avoir faim !… ben ça… ben ça… ’ elle a foncé direction du bar et derrière on l’a vue disparaître en tourbillon dans sa gandourah bleue… on se s’rait quasi endormis de fatigue sur les chaises de paille en l’attendant…
‑ Elle est revenue avec deux assiettes à ras bord de coucous et les morceaux de galette chaude posés par‑dessus et son visage de vieille femme qu’avait les rides profonde du soleil il était joyeux du sourire et d’la bonté qu’ils ont les gens qui font quelque chose qu’est simple pour eux…
‑ Faut pas en vouloir à Aïcha… qu’elle a dit en posant les assiettes sur la p’tite nappe de
papier… Aïcha elle est vieille elle a pas sa tête… c’est
l’couscous de c’midi c’est bon… c’est tout chaud… Et comme je m’suis jeté sur la galette je l’ai vue qui
repartait vers le bar en répétant…
‘ Ah !… j’oublie l’thé… Ah ! la la la la !… Elle a rapporté deux verres de thé à la menthe qu’elle nous a posés devant les assiettes de couscous et elle s’est mise à nous regarder manger en lissant ses p’tits cheveux rouges qui sortaient d’son foulard qu’était plein de couleurs… elle en avait de toutes les sortes des pailletés d’argent ou d’or… Elle avait l’air heureuse Aïcha…
Toujours ta grand‑mère Morgane quand elle allait chez ces gens‑là elle avait l’hospitalité et on était reçus comme si on était de la famille… c’est drôle… qu’il a ajouté en écrasant son mégot contre sa godasse où la terre d’argile des jardins elle avait collé en grosses plaques brunes qu’il détachait avant d’rentrer dans le hall pour pas que Fati elle se farcisse le ramassage de la gadoue après…
A suivre...

itres entiers sur les cahiers pelures… Il en
achète des plus gros des 150 pages à petits carreaux qu’il range avec la date sur la dernière ligne en bas dans l’armoire collective à côté de ses sweets et de ses jeans la pile elle est
énorme…
avec le bâton de colle blanche des p’tits… il
appuie bien avec le côté de la main pour que ça n’rebique pas et qu’y ait aucune cloque parc’que le papier il est jaune et trop fin de mauvaise qualité…

it que la ville avait l’air de s’être enfoncée loin dans l’Afrique des
hauts arbres sauvages… araucarias fromagers séquoias baobabs…
n cerf‑volant agitée par le vent… Au pied de
la tombe sur la seconde stèle quelqu’un avait déposé une pastèque mûre et fendue… Ils avaient vu sa chair rose et ce fruit rond et généreux était à leur jeunesse assoiffée la promesse d’un
monde où la vie serait faite d’abondance et de rêves partagés…



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