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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Petites notes de lecture

Vendredi 16 février 2007 5 16 /02 /Fév /2007 01:28

                                     Commencements

                      Djalila Dechache

                            Calligraphies de Ghani Alani

      Je voulais vous dire à nouveau deux mots du livre de poèmes de Djalila Dechache dont je vous avais parlé il y a deux jours. Commencements est publié aux Ed. Marsa dirigées par Marie Virolle en octobre 2006, et voici un tout petit extrait de la préface écrite par Claude Merlin, poète et comédien, qui m'a bien plu.

      " Ce qui nous donne asile véritablement aussitôt nous exile. Mais c'est à ce prix d'une perpétuelle migration intérieure que nous pouvons être poètes. (...) Aussi on dirait que les poèmes de Djalila Dechache viennent se poser sur notre épaule, ou sur le dos de notre main, ou peser d'un poids léger sur une de nos paupières."

      Et voici deux poèmes qui m'ont particulièrement touchée parce qu'ils sont proches de moi et qu'ils tracent comme d'un coup de pinceau calligraphe un chemin au milieu des terrains vagues du quotidien entre l'enfance et la mort dans le regard d'un ouvrier immigré... enfin c'est ainsi que je l'imagine et que Djalila me l'a donné à voir...

Emigrant

Gueule cassée au regard perdu,

brûlée de tabac, de lassitude,

de café et de marc illusoire...

Les travaux rêches, douze mois par an

ont usé ta peau.

Les privations aussi... voleuses de

sourires insouciants.

Ce petit enfant, astre rose et tardif

dans tes bras forts,

que tu tiens d'une main puissante et rugueuse

en une étreinte sûre, presque délicate,

sonore de tes baisers, fait de toi

au bout de toutes ses années

un père véridique, fidèle à ton rêve.

Il te réconcilie une nouvelle fois avec le jour qui vient

et les fastes de ta destinée.

      Djalila et Marie qui l'a publiée ont en commun l'Algérie et les mots cela fait beaucoup et en même temps c'est vrai qu'au fil des poèmes et des calligraphies qui les accompagnent on a la sensation que ce sont des libellules vert émeraude qui dansent au bout du kalam et de la plume...

Greffe d'os

Elle est venue, comme prévu

en mars de cette année-là

avec son sac

pour le feu éteint d'Aïcha, l'aïeule

pour toi, la procession du chariot.

Le mystère aveuglant

traversait la chambre.

Paupières percées

j'ai serré les dents.

Blanche est ta décision.

Impeccabilité du linceul :

déjà ce n'est plus toi.

Rougeoiement du tapis

des prières anonymes.

Terre brune, odorante, nue

du cimetière étoilé

surplombant l'azur arabe.

Tes papiers sont en règle.

Sois tranquille,

ô saison du citronnier.

Pin protecteur,

Greffe d'os,

Tombeau des corps.

           Oui ses papiers sont en règle pas comme ceux de la vieille femme libanaise au fichu bleu d'un de mes poèmes y a quelques temps de ça... elle faisait la queue dans la file des sans-papiers avec un sourire posé comme un papillon sur ses lèvres qui ne m'ont pas dit un mot mais pourtant... on n'sait jamais comment ça naît un poème et ceux de Djalila dans leur danse de feux follets quand ils parlent de la mort parlent de la vie...

Les photos sont de Jacques Du Mont

A bientôt...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Petites notes de lecture
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Mercredi 7 février 2007 3 07 /02 /Fév /2007 01:44

                        Poèmes de Patrick Navaï

J'ai reçu il y a quelques jours un livre de poèmes L'écho des dits publié aux Ed. L'Harmattan par Patrick Navaï que ceux qui apprécient la revue Migraphonie connaissent bien, et pour moi qui suis tellement à fond avec les poèmes que j'aime et qui peux dormir avec un bouquin de J. Sénac ou de Prévert, de la poésie comme ça qui allume des milliers de p'tits follets d'or dans mes mirettes, c'est le vrai bonheur !

      Alors voilà, je viens vous faire partager un morceau minuscule de mon enchantement à la lecture des mots que Patrick est allé cueillir dans les branches des arbres à diamant quelque part du côté de l'Iran des contes où son père est né... avec des rythmes et des sonorités que l'Arabie heureuse fera siens c'est sûr...

"Entre ma chair d'Occident

Et ma chair d'Orient

Se dessine une terre bleue"

"La mer est là

A portée de main

A portée de sang

Le sable est plein d'enfants

Et je cherche en vain le nôtre

Il ne viendra pas aujourd'hui

Il ne viendra pas demain

Les rochers portent ta chevelure

Que j'embrasse à pleine bouche

La mer est là

Aportée de main

A portée de sang

Le sable est plein d'enfants

Et je cherche en vain le nôtre"

"Abricot azur divan jasmin tulipe

Longtemps j'ai cherché

La langue paternelle

Dans la langue maternelle

Abricot azur divan jasmin tulipe

Mots des peuples iraniens

Habitent en seigneurs mon palais

Ruissellent dans ma gorge

Coulent dans mon sang

Abricot azur divan jasmin tulipe

Mots issus des migrations

Sont les instruments

De l'harmonie retrouvée"

      Et ce ne sont là que quelques extraits de ce bouquin trop beau pour être traité comme ça alors j'ai le projet de faire un petit entretien avec Patrick pour un de nos Cahiers des Diables bleus à venir et il y aura à nouveau plein de mots musique de cet Orient qu'on a au coeur.

A bientôt...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Petites notes de lecture
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Mercredi 31 janvier 2007 3 31 /01 /Jan /2007 01:23

                                              Morts pour rien

      Morts pour rien c'est certain quand on meurt à quinze ans et à dix-sept ans c'est toujours pour rien... Mais pour rajouter encore à l'injustice et à la cruauté imbécile et vide de sens de cette mort, on a traité les familles des jeunes de banlieue comme on l'a rarement fait pour d'autres, pour des gens natifs comme on dit... Pas de respect pour ces gens et leur douleur, des insultes et du mépris, alors que seul le silence...

      Et pourtant ces gens étaient à la hauteur de leur tragédie comme le sont les gens simples, vrais et grands dans l'imposture et la violence...

"Jamais vous n'avez entendu les parents des victimes hausser le ton, réclamer vengeance ? Après tout, ils vivent un drame terrible...

Ce sont des gens qui savent se tenir. Sans haine. Sans ressentiment. D'une grande politesse, avec tout un rituel d'atention à l'autre auquel, nous-mêmes, hélas, ne sommes peut-être plus habitués. La foi les aide à surmonter la douleur.

Tant de choses imbéciles ont été dites sur ces habitants de notre pays depuis les émeutes ! S'il y a beaucoup d'enfants, chacun trouve sa place, ce qui est une bonne nouvelle pour la démographie française. Ce sont des familles où les enfants sont aimés, où on vérifie s'ils se laissent aller à fumer, où on sent leurs vêtements quand ils rentrent, des enfants que l'on gronde s'ils arrivent en retard. La question pour les familles de ces jeunes, ce n'est évidemment pas l'amour. L'amour, ici, il y en a à revendre. Non, ce sont les moyens culturels et les moyens tout court. (...)

Vous parlez de cette histoire comme si elle vous avait conduits à retrouver quelque chose que vous aviez perdu...

Oui, c'est vrai. Nous avons à apprendre des populations venues d'ailleurs. Elles nous apportent ce que nos villes ont perdu. On ne peut pas les voir uniquement sous le jour des incidents, de l'insécurité, de la délinquance. (...)

Nous en témoignons : la vie de ces jeunes et de leurs familles est aussi faite de liens, de résistances, de solidarités, d'amitiés. Ils pourraient nous dire comment on fait. (...)

Un mot sur la France, enfin. Il est vrai que notre pays ne va pas bien et qu'il se cherche. Il a pourtant une grande aventure humaine qui l'attend, à une dizaine de kilomètres de ses centres-ville. Que la France s'ébroue. Qu'elle sorte d'elle-même. Qu'elle tende la main. Qu'elle accueille toutes ses filles et tous ses fils, les blonds et les bruns, les blancs et les noirs.

Alors pourra-t-elle devenir ce qu'elle prétend être.

Oui, il faut faire sauter le verrou de la peur."

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Petites notes de lecture
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Mercredi 24 janvier 2007 3 24 /01 /Jan /2007 14:21

Morts pour rien suite

   Je tenais à vous parler encore un peu du livre que j'ai déniché par hasard au cours d'une de mes balades en quête de bouquins sur la banlieue Morts pour rien, et qui m'a accompagnée durant toute cette semaine tant les thèmes qu'il aborde à partir de la mort insensée de deux jeunes garçons Bouna et Zyed à Clichy-sous-Bois il y a un peu plus d'un an me touchent et sont proches de tous nos désarrois actuels, ainsi que de nos peurs quant à ce qui nous attend...

       Impossible pour l’instant de mettre dans ce texte les images qui devaient y prendre part, donc cette suite de l’article qui m’est venue spontanément en fragments après la lecture à deux reprises de ce bouquin sera brut d’images, dans sa violence même car en dépit de tout l’enthousiasme qui nous anime et de notre côté un peu fou et insouciants, la mort de Bouna et de Zyed dans son injustice et sa barbarie forcent les portes du drame, et nous rendent nous autres dans les banlieues, ivres de colère et de dégoût.

      En quelques mots ces avocats qui ne connaissent ni la banlieue ni les multiples façons d’y vivre et d’y être pris à partie par toutes sortes d’agressions que faute d’humour et de beaucoup d’inventivité, de patience et d’énergie vitale on n’pourrait pas supporter, vont dire ce qu’ils ressentent et qui les prend aux tripes dès leur premier contact découverte de la ville de Clichy et des cités qui sont l’unique univers de beaucoup de gens :

 « Ce ne sont pas vos questions qui dominent dans les médias durant ces premiers jours. Comment se fait-il que vous n’ayez pas su faire partager votre conviction ou, simplement la faire entendre plus fortement ? »

 J-P. M/E. T. : La question concerne tous les acteurs de notre vie publique. Quand une vérité, une petite vérité factuelle n’arrive pas à frayer son chemin, c’est que quelque chose ne marche plus bien dans notre vie démocratique. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que nous nous sommes sentis très seuls. Tout comme Claude Dilain, le maire de Clichy. Tout comme beaucoup d’habitants de Clichy, y compris ceux dont les voitures ont brûlé. Car, eux, ils connaissent la réalité sociale de ces quartiers et ils savent, au fond d’eux-mêmes, que le problème est bien plus profond qu’on ne le dit.

 Nous nous sommes sentis seuls, face à une vague énorme que nous n’arrivions pas à briser. Seuls comme les gens que nous avions décidé de défendre. C’est cela qui fut le plus douloureux et qui, pour nous deux, fut un choc moral, comme une brutale prise de conscience. Ceux que nous défendons sont le plus souvent seuls. Personne, dans leur vie quotidienne, ne semble vouloir les écouter ni les entendre. Les partis, les syndicats, tout le tissu politique et social d’un pays, toutes tendances confondues, ne leur donnent pas les moyens de s’exprimer. Ils n’ont pas de défenseurs naturels. Ils ne comptent pas ou si peu. (…) »

      Cette solitude et ce sentiment d’impuissance nous les connaissons bien dans nos banlieues, où chacune de nos propositions pour entreprendre quelque chose de social et d’humain, de créatif et de vivant, chacun de nos gestes pour créer du lien et de la rencontre, chacun de nos projets sont taxés d’inutilité avant que nous n’ayons eu le temps de prouver que le béton peut être aussi couvert d’herbes vives, de prairies barbouillées de coquelicots, de vergers et de moissons si on leur donne l’espace et la lumière pour devenir, pour naître et s’élancer vers les blocks où on n’attend que ça !

      Solitude ouais, et comment ! C’est ça d’abord la raison d’exister de nos Cahiers des Diables bleus, ce besoin qu’on ressent tellement de se retrouver, de se rejoindre quelque part pour ne plus crever dans nos blocks béton sans mots qui savent traverser l’épaisseur du silence gris des murailles… Solitude ouais, la nôtre et celle des autres aussi… solitudes multipliées et parallèles qui en nous séparant, en nous éloignant, en créant des castes d’intouchables, d’infréquentables, de tellement différents que forcément hostiles, tu parles ! au sein d’une population, d’une société, d’un monde, permettent à toutes les violences, les exclusions, les discriminations de s’installer en plein cœur de nos existences, de notre réalité singulière et fraternelle, de nos désirs communs pourtant, d’une solidarité nouvelle à mettre en route !

 « Si vous vous êtes sentis déstabilisé par les attaques dont vous avez fait l’objet, comment avez-vous pu y résister ?

 Grâce aux familles. Grâce aux frères des victimes. Grâce aux jeunes de Clichy qui font rempart. Ils gardent leur calme, eux. Ils ne tombent pas dans n’importe quel piège. S’ils avaient choisi un avocat culturellement proche d’eux, les mêmes qui ont tenté de nous discréditer, et peut-être récidiveront-ils, auraient mené campagne sur le thème du communautarisme. Ainsi, dans le prolongement des discriminations sociales qu’ils vivent quotidiennement, nos clients ne seraient pas des justiciables comme les autres ! Soit on les enferme dans la case « communautarisme », soit on prétend qu’ils sont manipulés politiquement. En fait, ils n’existent pas.

 Et en allant à leur rencontre, nous avons paradoxalement mis en évidence ce déni ordinaire, cette indifférence, cet aveuglement. Car à notre manière, nous sommes au cœur de ce pouvoir. Nous en connaissons les rites, les codes et le langage. Pour une fois, nous n’avons pas mis ce savoir au service des mêmes. Impardonnable ? »

       A suivre…                           

                
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Petites notes de lecture
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Samedi 20 janvier 2007 6 20 /01 /Jan /2007 01:18

                                   Morts pour rien suite

    Le livre dont je vous ai parlé dans l'article précédent s'intitule :

   L'affaire Clichy Morts pour rien  Jean-Pierre Mignard Emmanuel Tordjman

   publié aux Ed. Stock en févri er 2006

      Février 2006... c'est-à-dire il y a presque un an, et moi qui farfouille partout pour dénicher d'improbables bouquins sur et avec la banlieue je n'aurais rien vu... voire... m'étonne un peu beaucoup, et je m'demande bien où il était ce bouquin ?

      Pas grave, l'essentiel c'est qu'on se soit retrouvés pour finir lui et moi et que vous puissiez vous aussi y plonger votre nez et retrouver une parole pas truquée qui témoigne de ce qui s'est fabriqué comme pataquès dans notre banlieue jolie y a de ça un an ou presque...

      Donc je vous disais hier que ce dialogue entre les deux hommes qui sont les avocats des familles de Bouna, Zied et Muhittin nous remet en plein dans notre réalité d'auhourd'hui : celle de nos cités où nous autres nous vivons et où il faut bien qu'on arrive à exister avec des rires, de la tristesse, de la folie, du désarroi, de la tendresse et des tas de passions comme tout le monde quoi !

      Un autre petit extrait de ce bouquin qui vous dira mieux que moi qui sont ces gens qui justement habitent dans ces cités dont on vous parle si peu si trop si mal si faux et si indigne...

"M et Mme Traoré sont les parents de la plus jeune des victimes. Mort électrocuté, Bouna avait 15 ans. Qu'étaient-ils venus dire au ministre de l'Intérieur ?

M. Traoré prit la parole après M. Altun, ( le père de Muhittin qui est le seul des trois jeunes à s'en être sorti ) écrasé par le drame, et après M. Benna, le chagrin habillé par la pudeur. Ce fut une parole de seigneur, morale, haute et forte, qui avait toute sa place sous les dorures de ce salon du ministère de l'Intérieur.

Grand, mince, il s'était vêtu selon les coutumes mauritaniennes, de sa plus belle tenue. Pour être sûr de formuler au mieux ce qu'il tenait à dire, M. Traoré avait préféré ne pas s'exprimer en français et souhaité qu'un interprète de l'ambassade soit présent.

Affirmant qu'il avait deux pays, la Mauritanie et la France, évoquant la mémoire de son père qui, durant la Deuxième Guerre, avait engagé sa vie pour cette seconde patrie, il témoignait solennellement de son amour pour ce pays, le nôtre. (...)

Il aurait pu tenir un discours de rage ou de colère. Après tout, il venait de perdre un jeune fils. Tout au contraire, il s'est élevé au-dessus de sa condition malheureuse de père d'une des victimes. Des voitures brûlaient depuis près d'une semaine, celles des habitants des quartiers, celles de ses voisins de banlieue, celles de ses collègues de travail. C'est alors qu'évoquant la colère des jeunes, il s'est adressé à Nicolas Sarkozy. Il l'a mis en garde, toujours avec la même voix douce et précise.

Sans menace, sans agressivité, sur un mode poignant, il lui a parlé de sa responsabilité, une responsabilité historique, précisait-il. Pas seulement celle, immédiate, de devoir éviter un affrontement, de prendre toutes les mesures pour éviter que cela dégénère. M. Traoré a été plus loin, plus haut, plus fort. Il a même parlé de guerre civile. (...)

Le ministre avait devant lui des familles dignes dans l'épreuve. Et bien disposées, prêtes à appeler au calme, des interlocuteurs potentiels, de possibles porte-parole de paix, qui avaient déjà lancé un appel public au calme. Cette occasion de dialogue n'a pas été saisie."

      Pas besoin d'en dire tellement plus pour comprendre tout ce qui s'est joué après dans les banlieues et ce à quoi nous autres on a assisté impuissants et plein de colère et de désarroi depuis notre fenêtre dans la cité. Je l'ai écrit dans les récits des Cahiers des Diables intitulé Enfances de banlieue, en réponse à leur juste indignation et désespoir d'avoir eu leurs copains d'enfance tués de cette manière absurde et barbare, ils ont eu en plus mépris et mensonges, ils ont eu la violence habituelle et la savane sèche de nos terrains vagues est devenue un géant brasier qui a tout recouvert des cendres du silence et de la neige de notre hiver sans mots.

      Ce livre enfin dit sans brutalité et sans ce trop de mots qui a recouvert nos banlieues ce que nous voudrions dire nous aussi dans nos Cahiers qu'une société qui n'aime pas ses enfants et qui les tue est une société malade de la peste et déjà dévorée par ses propres rats.

      Sa dédicace nous la reprenons à notre compte :

"A Bouna et Zyed, morts à Clichy-sous-Bois le 27 octobre 2005

A Muhittin,

A tous les enfants de Clichy-sous-Bois,

A tous les enfants de la République."

      Oui, nous la reprenons à notre compte et nous dédions de la même façon les Cahiers des Diables bleus à tous les enfants des banlieues du monde...

 

A bientôt...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Petites notes de lecture
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