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Colères noires

Mardi 5 avril 2011 2 05 /04 /Avr /2011 23:10

Militant pour la paix, Mer Khamis a été assassiné à Jénine

Mardi 5 avril 2011 Boycott Israel-copie-1

 

Conal Urqhart - The Guardian

 

Mer Khamis - qui a dirigé un projet théâtral dans un camp de réfugiés palestiniens - a été abattu de cinq balles par des hommes masqués.

 

Mer-Khamis.jpg

Mer Khamis au théatre de Jénine - Photo AFP/Saif Dahlah

 

Un acteur israélien et militant pour la paix, qui a mené un projet théâtre dans un camp de réfugiés palestiniens, a été abattu par des hommes masqués, à quelques mètres du théâtre qu’il a fondé.

Juliano Mer Khamis, âgé de 52 ans, avait reçu des menaces à cause de ses activités à Jénine au nord de la Cisjordanie, mais il avait continué à partager son temps entre Jénine et Haïfa au nord d’Israël. Selon des témoins, il a été abattu de cinq balles.

Mer Khamis est apparu dans un certain nombre de films israéliens après un premier rôle au cinéma dans la production du roman de John Le Carre The Little Drummer Girl en 1984, racontant la chasse du Mossad contre un artificier de l’OLP.

Il était né d’une mère juive et d’un père arabe et chrétien. Sa mère, Arna, était renommée pour la création d’une troupe de théâtre à Jénine pendant la première Intifada qui avait commencé en 1987. Mer Khamis a réalisé le film Les enfants d’Arna, qui célébrait le travail de sa mère ; travail qu’il a poursuivi après la mort de celle-ci en 1994. Son épouse, Jenny, de nationalité finlandaise, est enceinte de jumeaux. Elle a appris la mort de Mer par la radio israélienne.

Le corps de Mer Khamis a été transporté à un checkpoint israélien, d’où il a été emmené à Tel Aviv pour un examen post-mortem.

Bien que son action ait été largement appréciée par les Palestiniens, le fait de rassembler des jeunes hommes et des jeunes femmes avait mis en colère des Musulmans conservateurs à Jénine. En plus des menaces reçues, des bombes incendiaires ont été lancées sur le théâtre. Toutefois, le projet a été soutenu par des militants locaux. Zakaria Zubeidi, un chef de file des Brigades des martyrs d’al Aqsa, avait fréquenté le théâtre alors qu’il était enfant.

Kadura Musa, gouverneur de Jénine, a déclaré : “ Il était un citoyen palestinien d’origine israélienne. Un acteur et un artiste mais surtout un être véritable être humain. Nous ne savons pas pourquoi cela s’est produit, mais tous les gens du camp condamnent la mort de celui qui était notre fils et dont la mère a également fait beaucoup pour les gens de Jénine. ”

Alaa Eddin Saadi qui vit à côté du théâtre a déclaré que Mer Khamis a été abattu alors qu’il était dans sa voiture, transportant aussi son fils âgé d’un an ainsi que la nourrice, qui a été blessée à la main. “ Je ne pense pas qu’il a été tué parce qu’il était juif. Certaines personnes étaient en colère contre les idées libérales dont il faisait la promotion dans son théâtre, mais pour moi c’était quelqu’un de très sympathique qui a travaillé dur pour les gens d’ici. ” les-enfants-d-arna.jpg

 

4 avril 2011 - The Guardian - Vous pouvez consulter cet article à :

http://www.guardian.co.uk/world/201...

Traduction : Info-Palestine.net

 

Un symbole israélo-palestinien assassiné à Jénine

Mardi 5 avril 2011

 

Gilles Paris - Le Monde

 

Il s’appelait Juliano Mer-Khamis et nourrissait un dessein déraisonnable et inconvenant : rapprocher les peuples israélien et palestinien.

Son projet n’avait rien de la mièvrerie des rencontres sportives organisées à des centaines de kilomètres du théâtre des opérations.

C’est au contraire dans le camp de réfugiés de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, ancien “ bastion du terrorisme ” selon la terminologie israélienne du début de la deuxième intifada, que cet Israélien volontiers provocateur avait décidé de porter le fer de convictions héritées d’un couple de parents communistes eux-mêmes sangs mêlés ( Arna Mer et Saliba Khamis ).

Contre vents et marées, il y avait défendu le théâtre ouvert en 1989, en pleine première Intifada, par sa mère et rasé au cours de la seconde après l’assaut donné en avril 2002 au lieu où s’étaient retranchés des miliciens palestiniens.

Selon l’AFP, ce militant a été assassiné lundi 4 avril dans ce même camp de Jénine par un groupe d’hommes armés. juliano_mer_khamis.1301929754.jpg

Acteur et réalisateur, Juliano Mer-Khamis avait consacrée à l’oeuvre de sa mère em portée en 1995 par un cancer, un documentaire extraordinaire : Les enfants d’Arna. Sans nul doute le meilleur film pour comprendre la seconde Intifada.

 

L’une des dernières brèches encore ouvertes du conflit israélo-palestinien vient de se refermer. Dans le sang.

Publié dans : Colères noires
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Jeudi 31 mars 2011 4 31 /03 /Mars /2011 14:57

      beauté Il y a quelque chose de caractéristique des temps que nous vivons et que pointe cet article c'est la déformation du langage qui peut se produire dans les sociétés comme la nôtre où le langage d'échange entre les gens est monopolisé par les intellectuels les journalistes les écrivains... les professionnels de l'écriture ainsi que d'un autre côté les conférenciers les journalistes ausio ou TV les pros de la communication... peu à peu comme s'il fallait que l'esprit s'habitue une fois disparus les intellectuels qui portaient une parole critique et lucide sur le monde établi une parole veilleuse d'utopies... à une perte du sens et de la conscience communes...

       Ne vous y trompez pas c'est de ça qu'il est question sur notre blog depuis sa création : est-ce qu'on laisse notre langue métisse et rebelle se dévoyer jusqu'à ce qu'elle trahisse même nos désirs les plus fous et modifie la portée et la cible de nos actes les plus déterminés pour changer de Monde avant que sa fin ne soit inévitable... Ce qui se passe en ce moment aussi bien avec la guerre en Libye qu'avec l'accident dramatique de Fukushima illustre mieux que jamais la déviance du langage utilisé par des êtres qui n'ont aucune vision d'avenir ni aucune éthique et qui s'amusent à détruire notre espace à tous... espace de partage et de convivialité et espace Vital avec l'imbécilité et la barbarie de ceux qui se croient Maîtres du Monde et possesseurs d'un pouvoir illimité...

        Faute de gardiens de ce langage qui est le nôtre il faut nous y coller tous et être à même de défendre avec une parole populaire humaine généreuse et poétique nos rêves nos réalités les plus chères et la vision que nous avons d'un a venir qui sans notre indignation notre vigilance et notre lucidité ne sera bientôt plus qu'un mort à crédit très limité... Alors ne laissons personne nous dire ce qu'il en est d'une conscience humaine partagée !

 

Cet article est publié dans le Quotidien d'Oran : http://www.lequotidien-oran.com/?news=5150879

 

Libye : “ Aube de l'odyssée ” ou cheval de Troie

L'actualité Autrement Vue :

par Djamel LabidiProméthée

 

“ Aube de l'Odyssée ” est le nom de code de l'intervention militaire occidentale en Libye.

La France, la première, a bombardé en Libye, en Afrique du Nord, aux frontières de l'Algérie. Cela n'était pas arrivé depuis un demi-siècle, depuis la fin de notre guerre de libération.

Du coup, le hurlement des réacteurs des avions de chasse français, le sifflement strident des rockets, le hurlement funèbre des missiles américains, donnent une autre réalité à l'appel des insurgés libyens à l'aide de l'Occident. L'enfer est pavé de bonnes intentions. Certes, il pouvait être difficile' pour les plus sincères des insurgés de faire la part des choses entre la cause nationale et celle de la démocratie. Mais désormais, ils ne peuvent plus ignorer cette réalité, celle des bombardements de forces étrangères sur leurs propres villes, sur leurs propres aéroports, sur leurs propres routes, sur leur propre peuple, car là aussi il s'agit de bombardements contre des populations civiles, et il n'y a pas un bon et un mauvais peuple. Démocratie où serait ta victoire si elle se faisait à ce prix.

Tout petit, mon père m'avait raconté cette histoire: C'était pendant la période coloniale. Clemenceau, le président du Conseil français, visitait l'Algérie et était arrivé à la porte d'une ville'. Un bachagha algérien, l'accueillant, lui dit: “ C'est mon père qui a ouvert cette ville à la France ”. Et Clemenceau de lui répondre: “ Monsieur, chez nous, on appelle cela un traître. ”

Que les insurgés libyens, et les Etats arabes qui ont appelé à l'intervention armée, prennent garde aux flatteries occidentales sur “ leur courage ” et “ leur détermination démocratique' ”. Il n'y a aucun courage à compter sur des armées étrangères pour vaincre. Ces flatteries ne cachent, en réalité, que mépris pour eux. Peut-on défendre une révolution démocratique et nationale en indiquant à des forces armées étrangères les sites de son propre pays à bombarder. Espérons que les plus lucides des démocrates libyens prendront conscience du terrible engrenage dans lequel on veut les entraîner, de glissement en glissement, et qu'ils comprendront qu'on ne peut défendre la démocratie sans défendre la nation.Les peuples hiérarchisent les priorités.

Le nouveau pouvoir Libyen, s'il est installé par l'étranger, sera marqué par les conditions de sa naissance. Il sera vulnérable, soumis à la volonté de ceux qui l'auront fait. Rien n'aura été réglé. Pire, la crise démocratique se sera transformée en crise nationale Tout cela est dommage. Terriblement dommage. Si les vrais démocrates libyens ne redressent pas la situation, on pourra dire alors que la révolution démocratique libyenne aura, pour le moment, échoué. Il n'est pas d'exemple historique de révolution qui ait été véritable en étant apportée par des forces armées étrangères.

 

DESINFORMATION et MANIPULATIONSAn 2000

 

La crise libyenne restera probablement dans l'Histoire comme l'une des plus grandes opérations de désinformation et de violation du droit international de notre époque.

Un point est à cet égard significatif: la résolution 1973 adoptée Jeudi 17 mars par le Conseil de sécurité. Cette résolution dans son article 1, qui a donc la primauté sur tous les autres, ordonne un cessez le feu en Libye, et dans son article 2 préconise expressément “ un dialogue qui débouche sur les reformes politiques nécessaires à un règlement pacifique et durable ” ( souligné par nous ).Ce sont ces dispositions qui vont faire que les principales grandes nations émergentes ( Chine, Russie, Inde, Brésil ) ne vont pas voter contre cette résolution mais s'abstenir, pour exprimer leur méfiance au fait que la résolution laisse quand même la possibilité d'une intervention extérieure ( article 4 ).

Mais les dispositions réelles de la résolution vont être passées sous silence dans une gigantesque campagne médiatique qui ne veut y voir que “ l'autorisation du recours à la force contre le régime de Kadhafi ” ( journal Le Monde du 18 mars ), et donc celle de procéder à “ des frappes ”. Ceci n'est pourtant pas dit dans la résolution qui parle seulement “ de toutes mesures nécessaires à la protection des populations civiles ” sans citer nulle part le “ régime de Kadhafi ”, c'est à dire en s'adressant à toutes les parties en conflit.

La campagne médiatique est si violente que l'opinion est sidérée et qu'il lui est littéralement impossible de ne pas croire à ce qu'on lui dit. Le ministre des affaires étrangères français, Alain Juppé, tient à prendre la parole devant le Conseil de sécurité, donnant l'impression d'être triomphant à la suite de l'adoption de la résolution. Il s'essaie d'ailleurs à reprendre les accents lyriques de Dominique de Villepin lors du refus de la France à la résolution concernant l'Irak ( en 2003 ), mais il n'en est que le négatif, la triste et pâle copie, là où l'un s'était opposé à une agression, l'autre la réclame. Alain Juppé sort, ensuite, quasiment en courant, de la réunion du Conseil de sécurité et se précipite vers les medias comme s'il venait de recevoir l'autorisation d'une intervention armée en Libye. D'ailleurs les medias occidentaux s'impatientent que les frappes ne commencent pas de suite.

Cette campagne médiatique est totalitaire, ne laisse aucun espace à l'esprit critique. Il ne doit y avoir aucune place à d'autres opinions que celle caricaturant El Gueddafi, le présentant comme un fou dangereux qui doit être éliminé. Il faut empêcher les gens de réfléchir au delà d'El Gueddafi, c'est à dire au fond de la crise actuelle, à tous ses aspects, aux véritables enjeux, bref les obliger au conformisme le plus plat.

Les grandes chaînes satellitaires et des journaux arabes, au Machrek et au Maghreb, participent à cette immense manipulation, soit parce qu'ils soutiennent les positions occidentales, soit parce qu'ils sont eux aussi impressionnés par cette pression médiatique extrême. C'est le cas de la chaîne El Djazira, dont le pays d'accueil, le Qatar est partie prenante de la coalition occidentale, mais aussi d'“ El Arabiya ” et d'autres, dans un contexte d'unanimisme, et d'uniformisation de l'information encore jamais vu.

L'un des instruments essentiels de la désinformation va être de cacher, non seulement le contenu réel de la résolution, mais aussi que l'essentiel de l'humanité est contre une intervention militaire étrangère. D'abord les grandes nations émergentes : la Chine, l'Inde, le Brésil, la Russie. Il faut y ajouter la Turquie. Ces pays ont dénoncé le détournement de la résolution et l'usage qui en a été fait. C'est le cas aussi de l'Union Africaine qui s'oppose aux attaques militaires actuelles et qui n'a pas voulu participer au sommet de Samedi à Paris. Et c'est le cas même de la Ligue arabe, dont le Secrétaire général vient de dénoncer l'interprétation qui a été faite de la notion “ de zone d'exclusion aérienne ”. La résolution adoptée par la Ligue arabe à ce sujet a été surtout le fait des monarchies du Golfe, Etats à faible population et représentant une minorité du monde arabe. Parmi les pays voisins, l'Algérie a voté contre. L'Egypte et la Tunisie sont en période de transition mais, notamment la première, prend de plus en plus ses distances avec la coalition occidentale. Il n'y reste que le Qatar, qui s'y retrouve aujourd'hui seul, isolé.

Un autre aspect de la désinformation va consister à présenter l'intervention armée comme la seule alternative. “ Pouvait on laisser des populations civiles être massacrées ”, voilà ce qui va être le leitmotiv. Rien n'est là aussi plus faux. Le président Chavez avait présenté, dés le début de la crise un plan de dialogue qui avait été accepté par El Gueddafi, la Ligue arabe et l'Union africaine. Et comme on l'a vu l'article 2 de la résolution du conseil de sécurité privilégiait aussi le dialogue. L'opinion a donc été désinformée de la véritable décision de l'ONU. Chauffée à blanc, elle va même s'impatienter du retard à lancer l'attaque. Mais il était difficile de violer à ce point la lettre de la résolution du Conseil de sécurité qui accordait la priorité à un cessez le feu, et donc de violer d'évidence le droit international. Or le pouvoir libyen déclare de suite accepter la résolution de l'ONU, qu'il s'y soumet et il décrète un cessez le feu immédiat. Il fallait donc prouver à tout prix que le régime libyen ne respectait pas le cessez le feu.

 

LES FAMEUX TEMOINS OCULAIRESbaillon

 

Le relais est alors pris par des chaînes satellitaires arabes, notamment El Djazira, la chaîne Qatari.C'est la fameuse utilisation de la source des “ témoins oculaires ” ( en arabe chouhoud ayan ) qui restera probablement comme l'une des caractéristiques des méthodes d'information ( et de désinformation ) durant cette crise ). Et c'est ainsi qu'à l'ère du règne des images et des évènements suivis en direct, ce sont des “ témoins ” ( qu'on entend souvent sans les voir ) qui nous donnent des informations sans images. Et lorsqu'on a des images, on a l'impression gênante souvent de mises en scènes: soldats et hommes armés accoutrés de façon disparate, pièces de DCA dont les servants semblent s'amuser comme avec un jouet, en les tournant dans tous les sens et en tirant au hasard comme contre des avions devant les cameras, armées de mercenaires noirs signalées dans un langage qui confine au racisme mais invisibles etc.

Dans la nuit du Jeudi 17 mars au Vendredi 18 mars, “ El Djazira ” ( et aussi “ El Arabiya ” mais avec plus de retenue ) va créer une atmosphère dramatiquement intense de témoignages oculaires affirmant que le cessez le feu n'est pas respecté et que les troupes gouvernementales sont “ entrées dans les faubourgs de Benghazi ”. Le soir, El Djazira, aux environs de 19h ( heure d'Alger ), interviewe en direct l'ambassadrice américaine Susan Rice pour lui affirmer que le cessez le feu n'est pas respecté et lui reprocher avec véhémence de ne pas se porter au secours de Benghazi “ avant qu'il ne soit trop tard ”. Quelques minutes après, l'ambassadrice américaine, comme si elle n'attendait que cela, reprenant El Djazira, dira que le cessez le feu n'est pas respecté et France 24 reprendra ceci comme une information officielle.

Les envoyés spéciaux de France 24 utiliseront eux aussi le procédé du “ témoin oculaire ”. Ils n'ont pas d'images, n'ont rien vu, bien qu'ils soient “ sur le terrain ” mais le fait “ d'être sur le terrain ” a ici pour fonction de leur donner plus de crédibilité. La pression devient le Samedi matin de plus en plus intense, au fur et à mesure qu'on s'approche du sommet international réuni à Paris ce jour et qui doit décider des frappes militaires. On donne l'image d'un avion de chasse qui s'écrase en feu sur Benghazi, dont on dira après qu'il n'est vraisemblablement pas un avion sous contrôle du gouvernement libyen, mais on préféra bizarrement ne plus le dire.

Il est clair que le pouvoir libyen a intérêt à respecter le cessez le feu et à ne donner aucun prétexte aux frappes. Mais qu'importe. Quand on veut noyer son chien, on l'accuse de la rage. “ ElGueddafi est un menteur, on ne peut faire confiance à ce régime ”, cette affirmation va désormais être répétée sans arrêt et servir d'argument générique, permettant l'économie de toute argumentation, de toute preuve. Soit. Il n'est pas digne de confiance, mais alors pourquoi ne pas avoir recours à des observateurs chargés de contrôler le cessez le feu. C'est ce que proposent les libyens mais en vain.

Après les frappes, et comme par enchantement, on ne parlera plus de troupes de El Gueddafi “ dans les faubourgs de Benghazi ”. Et lorsqu'on annoncera les premières victimes des missiles américains sur Tripoli, les journalistes de France 24 et d'El Djazira, devenus soudains sceptiques et professionnels, diront qu'il est nécessaire de vérifier ces informations.

 

COMME A LA “ BELLE EPOQUE ”

 

Quel que soit le comportement du gouvernement libyen, la cause était entendue d'avance. Il fallait éliminer El Gueddafi, et si besoin est physiquement, comme on le verra suggéré. La façon dont ont été déclenchées les frappes, les cibles visées, prouvent la préméditation et que les préparatifs ont été faits bien à l'avance, déjà au moins lorsque les bâtiments de guerre américains, français et anglais sont venus croiser au large des côtes libyennes. L'évolution même du langage des medias et des officiels occidentaux montre les buts réels de l'opération : on passe successivement de “ zone d'exclusion aérienne ” à “ frappes ciblées ” puis à “ frappes préventives ”, puis à “ l'appui à donner aux insurgés pour renverser El Gueddafi qui est de toute façon fini politiquement ”. La partition de la Lybie, entre d'une part la Tripolitaine et d'autre part la Cyrénaïque est déjà évoquée comme une option.

Certains intellectuels français, comme Antoine Sfeir, qui a réclamé avec acharnement avec Bernard Henry Lévy une intervention militaire, va jusqu'à envisager sur la chaîne France 5 ( émission “ C dans l'air ”,16 mars ) l'éventualité “ que quelqu'un mette à Gueddafi une balle dans la tête ”. Un autre “ spécialiste des pays arabes ”, Antoine Basbous suggère sur France 2 ( “ Télématin ”, 21 mars ) que la disparition de El Gueddafi résoudrait bien des problèmes. La crise libyenne révèle d'un seul coup l'état culturel d'une grande partie de l'intelligentsia française. Certains ne se contentent pas seulement de justifier l'intervention armée en Libye, ils vont même jusqu'à prendre un plaisir inquiétant à donner des conseils sur la manière de mener l'action militaire, comme le font Pascal Boniface, Pierre Hesner, Paul Pancracio, Jean François Daguzan, des intellectuels et chercheurs français dans le journal Le Monde du 16 Mars 2011.

S'il y a une contradiction trop évidente, comme l'étrange tolérance sur ce qui se passe à Bahreïn, le problème est écarté d'un revers de la main, et on propose là une grille de lecture d'un conflit entre sunnites et chiites, en oubliant de dire qu'ils sont avant tout tous arabes. Sur les plateaux des medias français se succèdent intellectuels, experts militaires et hommes politiques, dans une alliance sacrée qui va de la droite à la gauche. Chacun adresse des louanges à la lucidité et à “ l'audace ” du président Sarkozy. L'atmosphère est à une hystérie guerrière, à une frénésie militaire, à un sentiment de puissance au spectacle des Mirages qui décollent pour une proie si facile, pour une guerre sans risques. Tout ce monde laisse l'impression de respirer un moment, euphorique, l'air de la “ la belle époque ”, celle de la domination coloniale.

Le chauvinisme se cache comme toujours, et comme déjà à cette époque, derrière des arguments humanitaires et civilisationnels. Des mots méprisants et révélateurs sont parfois lâchés comme ce journaliste de France 24, Silvain Attal, qui veut justifier le rôle leader de la France dans cette opération, en revendiquant le Maghreb comme “ l'arrière cour de la France ”. Le plaisir guerrier, est ici d'autant plus fort que la France doute d'elle même dans un monde qui change inexorablement et où les pays occidentaux auront à accepter leur nouvelle place, une place égale aux autres.

Les interventions militaires se suivent et se ressemblent, en Irak, en Afghanistan etc. On ne change même pas le script et presque pas le casting du côté des acteurs occidentaux. “ opérations humanitaires, défense des populations civiles ”, les justifications sont les mêmes. C'est chaque fois la catastrophe et d'immenses souffrances pour les peuples victimes, mais on recommence chaque fois.

 

IRAK REPLAYDeux-jeunes-Blacks-4-copie.jpg-petit.jpg

 

C'est le remake des deux guerres contre l'Irak. Tout y est, exactement, comme s'ils n'avaient rien appris depuis 20 ans. Le premier ministre anglais, David Cameron, retrouve exactement les mêmes mots que Bush et Tony Blair et commence son discours de justification de l'attaque contre la Lybie en disant “ Nous avons des informations fiables que… ”. On affirme à nouveau que les frappes des missiles Cruise et Tomawak sont des “ frappes chirurgicales ” pour une nouvelle “ guerre propre ”. Dans la nuit de Tripoli recommence le feu d'artifice monstrueux, comme à Bagdad.

Le plus douloureux est de retrouver des chaînes et des journaux arabes justifier tout cela et avec des arguments semblables. La chaîne El Djazira a représenté, pour l'opinion arabe, un grand espoir d'esprit critique, de pluralité de l'information, bref de démocratie. Avec la crise libyenne, elle devient brusquement une chaîne gouvernementale arabe comme les autres, un instrument de propagande. On se souvient soudain qu'elle est la chaîne du Qatar. Où est El Djazira qui représentait une source d'informations, une alternative à la désinformation pendant les guerres contre l'Irak, contre le Liban, contre Gaza ?

Le 19 mars, 110 missiles tomahawks avaient été tirés sur la Lybie. Le soir, les journalistes de “ El Djazira ” nous expliquaient, admiratifs, que les missiles tomahawks coûtent extrêmement chers mais qu'ils sont très précis, et qu'il est donc à l'honneur des américains de les utiliser contre Tripoli pour faire le moins possible de victimes civiles. C'est là aussi dommage, bien dommage pour l'avenir et la crédibilité d'El Djazira auprès de l'opinion arabe mais aussi pour nous tous car les chaînes satellitaires arabes ont été, malgré tout, l'un des plus grands progrès de ces dernières années. Mais espérons qu'il ne s'agisse que d'un épisode. En tout cas, il prouve comment la cause nationale et la cause démocratique sont profondément imbriquées dans le monde arabe et que tout recul de l'une est le recul de l'autre.

Les Etats occidentaux ont baptisé leur opération militaire contre la Lybie “ Aube de l'Odyssée ”. Est ce un lapsus car on pense invinciblement alors au Cheval de Troie. La Démocratie pourra-t-elle être utilisée comme Cheval de Troie d'un retour du colonialisme, comme peut le faire croir la-lutte-copie.jpg e ce qui se passe en Libye. C'est ce que pourraient penser les nostalgiques des régimes nationalistes autoritaires. Mais rien n'est plus faux. En réalité, les Etats occidentaux dominants sont inquiets, désemparés devant cette intervention massive des Arabes sur la scène historique. La révolution démocratique arabe mûrit partout y compris lorsqu'elle échoue momentanément ici et là. En Tunisie et en Egypte, elle ne tardera pas à fournir ses fruits au bénéfice de tout le monde arabe. Elle est aujourd'hui un formidable outil de libération nationale et sociale, le seul fourni finalement par l'Histoire. Il n'y a pas d'autre alternative, y compris pour le pouvoir libyen actuel, qui ne doit pas comprendre que l'hostilité, qui se développera certainement dans l'opinion mondiale et arabe à l'agression étrangère, signifie un soutien à lui.

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Lundi 28 mars 2011 1 28 /03 /Mars /2011 15:17

Octobre 1911 - Quand l’Italie mettait la main sur la Libye

Dimanche 27 mars 2011

Jaques Fontenoy - Lutte Ouvrière Libye--Italie-1909-R.JPG

 

Les revendications italiennes sur la Libye remontaient au congrès de Berlin de 1878. En 1902, l’Italie et la France avaient signé un accord secret laissant à la France le Maroc et à l’Italie la Tripolitaine.

L’État italien entama une politique de pénétration économique à Tripoli avec le soutien du Banco di Roma lié en particulier au Vatican. Des entreprises apparurent, têtes de pont d’une conquête à venir. Le gouvernement ottoman basé à Istanbul tenta de contrecarrer cette expansion. La banque exerça alors des pressions pour que le gouvernement italien intervienne et protège ses investissements. Plusieurs associations nationalistes italiennes, mais aussi des intellectuels comme Gabriele d’Annunzio étalaient leurs rêves d’un retour à la “ Rome impériale ” et à ses conquêtes en Afrique.

En septembre 1911, la question de Tripoli fit l’objet d’une campagne dans la presse italienne. L’Italie cherchait un prétexte pour entrer en guerre. Le 25 septembre, l’empire ottoman envoyait vers la garnison turque de Tripoli un navire de matériel militaire. Le 26, l’Italie mit en place un blocus de la ville et lança un ultimatum de 24 heures, imposant la présence de ses troupes pour protéger le millier d’Italiens de Tripoli.

Le 29 septembre, sans même attendre la fin de l’ultimatum, le gouvernement italien, soutenu par Londres et Paris, déclarait la guerre à la Turquie. Le 2 octobre commençait le bombardement de la ville. Le 5 octobre, les troupes italiennes débarquaient à Tripoli. Le lendemain, elles envahissaient Tobrouk. Le 16, tombait la ville de Derna, puis Benghazi le 20 et Homs le 21. Bientôt, le contingent italien comptait 100 000 soldats sur place. Mais il se heurta à forte résistance.

Le 24 octobre, les positions italiennes autour de Tripoli étaient prises d’assaut à Chara’achat par des troupes arabes. Des soldats italiens furent massacrés. La riposte fut alors violente et féroce. Des milliers d’habitants de la région furent massacrés, ou déportés dans des conditions épouvantables dans des îles italiennes désertes où beaucoup allaient périr.

Des officiers “ jeunes turcs ” réagirent contre l’invasion italienne. Plusieurs d’entre eux, dont Mustafa Kemal, se rendirent secrètement en Libye, formèrent des milliers de recrues notamment parmi la population arabe. Les quelques centaines de combattants du début furent bientôt près de 60 000. L’avance italienne fut stoppée. Le commencement de la guerre des Balkans en 1912 obligea l’empire ottoman à ramener ses troupes en Europe, et on aboutit en octobre 1912 à la signature du traité d’Ouchy. La Tripolitaine fut abandonnée à l’Italie, qui devait rendre aux Ottomans les îles qu’elle occupait, mais n’en fit rien.

On estime que sur les 300 000 habitants que comptait la Libye, plus de la moitié moururent entre 1911 et 1914. Ce qui n’empêcha pas, en 1915, une nouvelle grande révolte arabe de s’étendre dans tout le pays, posant de sérieux problèmes aux troupes occupantes. Prisonniers_lybiens-d67bf.jpg

L’arrivée du fascisme en Italie accéléra la conquête coloniale. Mussolini, socialiste avant la guerre de 1914 et alors farouche opposant à l’invasion impérialiste de Tripoli, expliquait désormais que « l’impérialisme est la loi éternelle et immuable de la vie ». Il lança une entreprise de colonisation de la Libye.

Pour venir à bout de la partie de la population arabe qui continuait de résister, l’État italien eut recours à des représailles impitoyables contre la population locale accusée d’appuyer la rébellion. Comme l’expliqua le général Graziani, maître d’œuvre de la répression : “ Si les Libyens ne se convainquent pas du bien-fondé de ce qui leur est proposé, alors les Italiens devront mener une lutte continuelle contre eux et pourront détruire tout le peuple libyen pour parvenir à la paix, la paix des cimetières ”. Plus de trente chefs de la rébellion furent déportés en Italie.

En 1930, la lutte ne continuait plus qu’en Cyrénaïque, où résistait encore le chef de la guérilla, Omar Al-Mokhtar. Celui-ci fut capturé le 11 septembre 1931 et pendu le 16 devant 20 000 Libyens qu’on avait fait venir en foule.

La colonisation italienne allait durer jusqu’en 1947, date à laquelle elle fut relayée par une administration britannique, avant l’indépendance en 1951. On comprend cependant que cette féroce entreprise coloniale ait laissé de cuisants souvenirs. En août 2008, en échange du contrôle des départs d’immigrants clandestins vers l’Europe par le régime de Kadhafi, B LybieItalienne.jpg erlusconi a signé avec celui-ci un « accord de coopération » prévoyant 5 milliards d’euros de dédommagement à la Libye pour les « blessures causées par la colonisation italienne ». Ces milliards devaient surtout être dépensés sous forme de commandes à des entreprises italiennes.

La facture de la colonisation est donc encore bien loin d’être sol dée.

25 mars 2011 - Lutte Ouvrière - Vous pouvez consulter cet article à :

 
http://www.lutte-ouvriere-journal.o...

 

 

 

 

Paris et Londres définissent l’après-Kadhafi en Libye

Lundi 28 mars 2011

 

Kharroubi Habib - Le Quotidien d’Oran Tripoli.jpg

 

Il est clair que Paris et Londres vont tout faire pour avoir un pouvoir libyen à leurs bottes.

La résolution 1973 votée par le Conseil de sécurité a donné mandat à la coalition internationale d’instaurer une zone d’exclusion aérienne sur la Libye et d’empêcher les troupes de Kadhafi de poursuivre leurs offensives contre les insurgés et les villes sous leur contrôle. Elle ne donne aucunement mandat à cette coalition de décider ce que sera l’après‑Kadhafi en Libye.

Or, c’est précisément ce que le couple franco-anglais, membre de cette coalition, entend faire et ce pourquoi il a programmé une réunion au sommet à Londres. Il n’est pas fortuit que le président français Nicolas Sarkozy a annoncé la tenue de cette réunion au moment où s’ouvrait à Addis-Abeba, en Éthiopie, une réunion de l’Union africaine consacrée à la recherche d’une solution politique à la crise libyenne, à laquelle ont pris part des représentants de Kadhafi et du Conseil national de transition s’exprimant au nom de l’insurrection.

C’était en fait pour Sarkozy faire comprendre à l’Union africaine que le couple franco-anglais tient pour nulle et non avenue son intervention dans la crise libyenne. Paris et Londres sont le fer de lance de l’intervention internationale et estiment de ce fait avoir le droit de regard sur ses prolongeme Occupation-Libye.jpg nts politiques. Elles s’arrogent par conséquent celui de décréter comment va être mis en place l’après-Kadhafi en Libye et qui en conduira l’instauration. Surpris et dépassés par les révolutions populaires qui ont mis à bas les régimes de Ben Ali en Tunisie et de Hosni Moubarak en Egypte, les gouvernements français et anglais tiennent à exercer un tutorat sur celle qui a cours en Libye et va triompher grâce à l’intervention militaire internationale dont ils ont été les instigateurs et leur arsenal militaire, le protagoniste déterminant. Une ingérence franco-britannique sur ce que sera le pouvoir en Libye après la chute de Kadhafi ne fait pour cette raison aucun doute.

L’insurrection s’est dotée d’un Conseil national de transition et d’un gouvernement provisoire, sans que l’on sache si ceux qui font partie de ces institutions sont vraiment représentatifs de tous les courants qui sont dans l’opposition à Kadhafi et à son régime. Paris leur a donné son onction et sa reconnaissance, avec le calcul qu’ils seront de ce fait malléables et perméables à ses visées politiques pour la Libye post-Kadhafi.

Des visées qui sont de brider l’élan révolutionnaire de l’insurrection libyenne et donc l’émergence d’un nouveau pouvoir authentiquement en phase avec les revendications de la démocratie totale pour le peuple libyen et sourcilleux de l’indépendance du pays vis-à-vis de l’étranger, y compris donc de la France ou de la Grande-Bretagne. Immigres-Libyens.jpg

Il est clair que Paris et Londres vont tout faire pour avoir un pouvoir libyen à leurs bottes. Elles s’arrangeront donc pour propulser sur le devant de la scène politique libyenne des protégés à qui elles fourniront l’aide multiforme nécessaire qui leur permettra de s’imposer.

Qu’en la circonstance, Français et Anglais ne s’embarrasseront pas d’aller à l’encontre de l’aspiration des Libyens à instaurer la démocratie dans le pays et à avoir les gouvernants de leur choix, n’est pas pour surprendre. Car pour eux, le Printemps arabe doit avoir ses limites que lui tracent leurs intérêts politiques, géostratégiques et économiques. L’Américain, qui joue le même rôle en Tunisie et en Égypte, leur a accordé la sous-traitance du cas libyen. Qui croit encore que les interventions de ces puissances dans le monde arabe en révolution sont guidées par la seule considération de protéger les peuples en insurrection de la répression de leurs potentats ?

 

Du même auteur :

 

-  Sarko dans le costume de George W. Bush

-  M.A.M., l’arbre qui cache la forêt

-  Un coup pour rien

-  L’Occident est en train de rater une opportunité historique

-  La place Ettahrir n’a pas dit son dernier mot Fuites.jpg

-  Moubarak fait donner ses nervis

-  Moubarak au pied du mur

 

28 mars 2011 - Le Quotidien d’Oran - Analyse

Publié dans : Colères noires
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Jeudi 24 mars 2011 4 24 /03 /Mars /2011 20:07

      En ce moment nous sommes tous angoissés et révoltés par ce qui se passe en Libye en notre nom et nous cherchons des moyens de compréhension c'est pourquoi j'essaie de nourrir notre blog avec les articles les plus ouverts sur une vision des évènements différente de celle qui nous est donnée toute mâchée par les médias qui font le boulot qu'on sait... Je ne donne pas les liens à chaque fois car je pense que vous savez un peu désormais où je vais piocher ces nouvelles et vous pouvez vous-mêmes au fil des lectures vous faire votre idée sur cette sinistre mise en scène morbide...

      Sachons être lucides face à ce qui est instrumentalisé en ce moment et n'oublions jamais que ceux qui tuent n'ont pas en tête le bien des gens... mais leur propre pouvoir et que la perte de ce pouvoir entraîne souvent dans la pire des folies... Nous avons la chance de n'avoir pas connu de guerre sur notre sol depuis longtemps mais imaginons l'horreur d'être bombardés par ces horribles machines de guerre dont les missiles contiennent probablement de l'uranium appauvri et qui appartiennent à des dizaines de pays d'Occident les plus riches du monde ! Restons humains...


La Libye face à l’impérialisme humanitaire paix_guerrej6c8c-4f96c.jpg

Jeudi 24 mars 2011

 

Entretien avec Jean Bricmont

 

Kosovo, Irak, Afghanistan : les partisans d’une intervention en Libye n’auraient-ils pas retenu la leçon ? Jean Bricmont, auteur d’un ouvrage sur l’impérialisme humanitaire, nous explique pourquoi le droit d’ingérence est incompatible avec la paix dans le monde et dessert les causes humanitaires. A moins bien-sûr, que ces causes ne soient que des prétextes...

 

Interview : Grégoire Lalieu

 

Pouvez-vous nous rappeler en quoi consiste l’impérialisme humanitaire ?

C’est une idéologie qui vise à légitimer l’ingérence militaire contre des pays souverains au nom de la démocratie et des droits de l’Homme. La motivation est toujours la même : une population est victime d’un dictateur, donc il faut agir. On nous sort alors les références à la Deuxième Guerre mondiale, à la guerre d’Espagne et j’en passe. Le but étant de faire accepter l’intervention. C’est ce qui s’est passé pour le Kosovo, l’Irak ou l’Afghanistan.

Et aujourd’hui, c’est le tour de la Libye ?

Il y a une différence car ici, une résolution du Conseil de Sécurité des Nations-Unies l’autorise. Mais cette résolution a été votée à l’encontre des principes-mêmes de la Charte des Nations-Unies. En effet, je ne vois aucune menace extérieure dans le conflit libyen. On a évoqué la notion de la “ responsabilité de protéger ” les populations, mais en brûlant un peu les étapes. De plus, il n’y a pas de preuves que Kadhafi massacre la population dans le simple but de la massacrer. C’est un peu plus compliqué que cela : il s’agit plutôt d’une insurrection armée et je ne connais pas de gouvernement qui ne réprimerait pas ce type d’insurrection.

Évidemment, il y a des dommages collatéraux et des morts parmi les civils. Mais si les États-Unis savent comment éviter de tels dommages, qu’ils aillent l’expliquer aux Israéliens et qu’ils l’appliquent eux-mêmes en Irak et en Afghanistan. Nul doute également que les bombardements de la coalition vont aussi provoquer des pertes civiles.

Je pense donc que d’un point de vue strictement légal, la résolution du Conseil de Sécurité est discutable. Elle est en fait le résultat d’années de lobbying pour faire reconnaître le droit d’ingérence qui se trouve ici légitimé.

 

Pourtant, même dans la gauche, beaucoup pensent qu’il fallait intervenir en Libye pour arrêter le massacre. C’est une erreur de jugement selon vous ?

Oui et pour plusieurs raisons. Tout d’abord, cette campagne établit le règne de l’arbitraire. En effet, le conflit libyen n’a rien d’exceptionnel. Il y en a beaucoup d’autres dans le monde, que ce soit à Gaza, à Bahreïn ou, il y a quelques années, au Congo. Dans ce dernier cas, nous étions dans le cadre d’une agression extérieure de la part du Rwanda et du Burundi. L’application du droit international aurait permis de sauver des millions de vie mais on ne l’a pas fait. Pourquoi ?

Ensuite, si on applique les principes de l’ingérence qui sous-tendent l’attaque contre la Libye, cela veut dire que tout le monde peut intervenir partout. Imaginons que les Russes interviennent à Bahreïn ou les Chinois au Yémen : ce serait la guerre généralisée et permanente. Une grande caractéristique du droit d’ingérence est donc le non-respect du droit international classique. Et si on devait modifier le droit international par de nouvelles règles légitimant le droit d’ingérence, cela déboucherait sur la guerre du tous contre tous. C’est un argument auquel les partisans du droit d’ingérence ne répondent jamais.

Enfin, ces ingérences renforcent ce que j’appelle l’“ effet barricade ” : tous les pays qui sont dans la ligne de mire des États-Unis vont se sentir menacés et vont chercher à renforcer leur armement. On a vu ce qui s’est passé avec Saddam. Kadhafi avait d’ailleurs déclaré à la ligue arabe : “ On vient de pendre un membre de cette ligue et vous n’avez rien dit. Mais ça peut vous arriver aussi car, si vous êtes tous des alliés des États-Unis, Saddam l’était aussi autrefois. ” Aujourd’hui, la même chose se reproduit avec Kadhafi et la menace qui pèse sur de nombreux États risque de relancer la course à l’armement. La Russie, qui n’est pourtant pas un pays désarmé, a déjà annoncé qu’elle allait renforcer ses troupes. Mais ça peut même aller plus loin : si la Libye avait l’arme nucléaire, elle n’aurait jamais été attaquée. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on n’attaque pas la Corée du Nord. La gauche qui soutient l’intervention en Libye devrait donc bien se rendre compte que la conséquence de l’ingérence humanitaire est de relancer la course à l’armement et de créer des logiques de guerre à long-terme. ONU.png

Cette intervention militaire contre Kadhafi ne serait-elle pas pourtant un moindre mal ?

Il faut réfléchir aux conséquences. Maintenant que les forces occidentales sont engagées, il est évident qu’elles vont devoir aller jusqu’au bout, renverser Kadhafi et installer les rebelles au pouvoir. Que va-t-il se passer alors ? La Libye semble divisée. S’il y a une résistance à Tripoli, l’Occident va-t-il occuper le pays et s’embarquer dans une guerre sans fin comme en Irak ou en Afghanistan ?

Imaginons quand même que tout se passe bien : les coalisés se débarrassent de Kadhafi en quelques jours, les rebelles prennent le pouvoir et le peuple libyen est uni. Tout le monde est content et après ? Je ne pense pas que l’Occident va dire : “ Voilà, on a fait ça parce qu’on est gentil et qu’on aime bien les droits de l’Homme. Maintenant, vous pouvez faire ce que vous voulez. ”. Que se passera-t-il si le nouveau gouvernement libyen apparaît trop musulman ou ne limite pas correctement les flux migratoires ? Vous croyez qu’on va les laisser faire ? Il est évident qu’après cette intervention, le nouveau gouvernement libyen sera prisonnier des intérêts occidentaux.

Si l’intervention militaire n’est pas la solution, que faire ?

Il aurait déjà fallu essayer honnêtement toutes les solutions pacifiques. Ca n’aurait peut-être pas fonctionné mais là, il y a eu une volonté manifeste de rejeter ces solutions. C’est d’ailleurs une constante dans les guerres humanitaires. Pour le Kosovo, il y avait des propositions serbes très détaillées pour aboutir à une solution pacifique mais elles ont été refusées. L’Occident a même imposé des conditions qui rendaient toute négociation impossible comme l’occupation de la Serbie par les troupes de l’Otan. En Afghanistan, les Talibans ont proposé de faire juger Ben Laden par un tribunal international si on leur fournissait les preuves de son implication dans l’attentat du World Trade Center. Les États-Unis ont refusé et bombardé.

En Irak, Saddam avait accepté le retour des inspecteurs de l’ONU ainsi que de nombreuses conditions extrêmement contraignantes. Mais ce n’était jamais assez. En Libye, Kadhafi a accepté un cessez-le-feu et proposé qu’on envoie des observateurs internationaux. Les observateurs n’ont pas été envoyés et on a dit que Kadhafi ne respectait pas le cessez‑le‑feu. L’Occident a aussi rejeté la proposition de médiation de Chavez, pourtant suivie par de nombreux pays latinos ainsi que l’Organisation de l’Unité Africaine.

A ce sujet, je suis furieux quand j’entends, en Europe, des gens de gauche dénoncer l’horrible Alliance Bolivarienne qui soutient le dictateur Kadhafi. Ces gens n’ont rien compris ! Les dirigeants latinos sont des personnes au pouvoir avec d’importantes responsabilités. Ce ne sont pas des petits gauchistes qui bavardent dans leur coin. Et le grand problème de ces dirigeants, c’est l’ingérence des États-Unis : moins les États-Unis pourront faire ce qu’ils veulent partout dans le monde, mieux ça vaudra pour tous ces pays qui tentent de s’émanciper de leur tutelle et pour le monde entier.

Le fait de rejeter systématiquement les solutions pacifiques signifie-t-il que l’ingérence humanitaire est un prétexte ? libye-machiavelisme-paris-londres-washington-L-lLcUiv.jpeg

Oui, mais si ça fonctionne bien auprès des intellectuels, j’ai plus de doute sur la réaction des peuples européens. Vont-ils soutenir leurs dirigeants dans l’attaque contre Kadhafi ? Au niveau des peuples, ce sont les guerres sécuritaires qui trouvent plus de légitimité : lorsqu’il y a, par exemple, une menace contre nos populations, nos modes de vie, etc. Mais ici et en France, avec tout le climat islamophobe ( que je n’approuve pas, mais qui existe ), allez expliquer qu’on va se battre en Cyrénaïque pour des insurgés qu’on voit crier “ Allah U Akbar ”... C’est contradictoire !

Au niveau politique, la plupart des partis soutiennent l’intervention. Même à gauche, des trotskistes à Mélenchon ( pas le PCF (*) – ndp ), tous partent la fleur à fusil. Les plus modérés soutenaient juste l’application d’une zone d’interdiction aérienne mais si Kadhafi envoie ses tanks vers Benghazi, qu’est-ce qu’on fait ? Durant la Deuxième Guerre mondiale, les Allemands ont perdu le contrôle aérien assez rapidement mais ils ont tenu encore plusieurs années. Les modérés devaient bien se douter que, dans la mesure où l’objectif est de renverser Kadhafi, on irait plus loin que l’établissement d’une zone d’interdiction aérienne.

La gauche, incapable de soutenir de vraies positions alternatives, se trouve piégée par la logique de l’ingérence humanitaire et est obligée de soutenir Sarkozy. Si la guerre se passe vite et bien, le président français sera sans doute bien positionné pour 2012 et la gauche lui aura mis le pied à l’étrier. Cette gauche n’assumant pas un discours cohérent opposé aux guerres est obligée de se mettre à la remorque de la politique d’ingérence.

 

Et si la guerre se passe mal ?

C’est malheureux, mais le seul parti français à s’être opposé à l’intervention en Libye est le Front National. ( rappel : le PCF s’y est opposé – ndp ). Il a notamment évoqué la menace des flux migratoires et en a profité pour se démarquer de l’UMP et du PS en disant qu’il n’avait jamais collaboré avec Kadhafi. Si la guerre en Libye ne se passe pas comme prévu, ça pourra bénéficier au Front National pour 2012.

Si l’ingérence humanitaire n’est qu’un prétexte, quel est l’objectif de cette guerre ?

Les révolutions arabes ont surpris les Occidentaux qui n’étaient pas assez bien informés sur ce qui se passait au Maghreb et au Moyen-Orient. Je ne conteste pas qu’il y a de bons spécialistes de la question mais souvent, ils ne sont pas assez écoutés à un certain niveau de pouvoir et s’en plaignent d’ailleurs. Donc maintenant, les nouveaux gouvernements égyptien et tunisien risquent de ne plus s’aligner sur les intérêts occidentaux et par conséquent, pourraient être hostiles à Israël.

Pour s’assurer le contrôle de la région et protéger Tel-Aviv, les Occidentaux veulent probablement se débarrasser des gouvernements déjà hostiles à Israël et aux Occidentaux. Les trois principaux sont l’Iran, la Syrie et la Libye. Cette dernière étant la plus faible, on l’attaque.

Ca peut fonctionner ?

L’Occident rêvait de dominer le monde mais on voit depuis 2003, avec le fiasco irakien, qu’il en est incapable. Avant, les États-Unis pouvaient se permettre de renverser des dirigeants qu’ils avaient eux-mêmes portés au pouvoir, comme Ngô Dinh Diêm au Sud‑Viêtnam dans les années 60. Mais Washington n’a plus la possibilité de faire ça aujourd’hui. Au Kosovo, les Etats-Unis doivent composer avec un régime mafieux. En Afghanistan, tout le monde dit que Karzaï est corrompu mais ils n’ont pas d’alternative. En Irak, ils doivent aussi s’accommoder d’un gouvernement qui est loin de leur convenir totalement.

 

Le problème se posera certainement en Libye aussi. Un Irakien me disait un jour : “ Dans cette partie du monde, il n’y a pas de libéraux au sens occidental du terme, hormis quelques intellectuels assez isolés. ” Comme l’Occident ne peut pas s’appuyer sur des dirigeants qui partagent ses idées et défendent totalement ses intérêts, il essaie d’imposer des dictateurs par la force. Mais ça crée évidemment un décalage avec les aspirations de la base populaire.

De plus, cette démarche se révèle être un échec et les gens ne devraient pas être dupes sur ce qui se passe. L’Occident, qui pensait pouvoir contrôler le monde arabe avec des marionnettes comme Ben Ali et Moubarak, se dirait soudainement : “ On a eu tout faux, maintenant on va soutenir la démocratie en Tunisie, en Egypte et en Libye. ” ? C’est d’autant plus absurde que l’une des grandes revendications des révolutions arabes est le droit à la souveraineté. Autrement dit, pas d’ingérence !

L’Occident doit se résigner : le monde arabe, tout comme l’Afrique et les Caraïbes, ne lui appartient pas. En fait, les régions où l’Occident s’ingère le plus sont les moins développées. Si on respecte leur souveraineté, ces régions pourront se développer, tout comme l’Asie l’a fait et l’Amérique latine le fera sans doute. La politique d’ingérence est un échec pour tout le monde.

Quelle alternative alors ?

Tout d’abord, il faut savoir que la politique d’ingérence nécessite un budget militaire important. Sans le soutien des États-Unis et leur budget militaire délirant, la France et la Grande-Bretagne ne se seraient pas engagées. La Belgique encore moins. Mais tous ces moyens mis à disposition ne tombent pas du ciel. Ce budget est basé sur des emprunts à la Chine qui entraînent des déficits US et toutes sortes de problèmes économiques. On y pense rarement.

De plus, on nous répète tout le temps qu’il n’y a pas d’argent pour l’éducation, la recherche, les pensions, etc. Et subitement, il y a une grosse somme qui tombe pour faire la guerre en Libye. C’est une somme illimitée car on ne sait pas combien de temps cette guerre va durer ! On dépense par ailleurs déjà de l’argent en pure perte en Afghanistan.

Il faut donc avoir une autre vision politique et la Suisse est, selon moi, un bon exemple. Ce pays consacre son budget militaire uniquement à la protection de son territoire. Les Suisses ont une politique de non-intervention cohérente car leur armée ne peut pas, par principe, quitter le territoire. On peut dire que la Suisse laisse Kadhafi massacrer les insurgés mais premièrement, elle n’a jamais commis de génocide ou d’autres massacres, même si on peut critiquer sa politique sur d’autres plans ( banques ou immigration ). Et deuxièmement, si tout le monde faisait comme la Suisse, pour les raisons que j’ai expliquées précédemment, le monde irait beaucoup mieux.

Les guerres et les embargos ont toujours des conséquences désastreuses. Selon moi, la meilleure alternative est la coopération avec les différents pays, quels que soient leurs régimes. A travers le commerce, mais pas celui des armes évidemment, les idées circulent et les choses peuvent évoluer, sans guerre. On peut bien sûr discuter des modalités : commerce équitable, écologique, etc. Mais le commerce est une alternative beaucoup moins sanglante aux sanctions et aux embargos qui sont la version soft des guerres humanitaires.

 

(*) Voir l’intervention du député communiste Roland Muzeau à la séance du 22 mars 2011 à l’Assemblée nationale : “ Déclaration du Gouvernement sur l’intervention des forces armées en Libye et débat sur cette déclaration ”, et notamment : “ Trop d’incertitudes pèsent sur cette intervention militaire et ses conséquences. Le risque d’une escalade est trop grand. Et s’il y a un prix à payer dans l’avenir, il faut souhaiter que ce ne soit pas au peuple libyen de le faire. Il paye déjà trop cher le maintien d’une dictature dont il ne veut plus.

 

Du reste, nous ne cautionnerons pas la moindre intervention qui, comme de plus en plus de voix l’affirment au-delà de nos frontières, ne viserait qu’à faire main basse sur le pétrole libyen en instrumentalisant le peuple et en en passant par la scission du pays.

Les députés communistes et républicains font aujourd’hui preuve de courage politique en refusant de mêler leur voix à l’unanimisme béat et aveugle qui semble rassembler autour du Président Sarkozy et de l’entrée en guerre de la France. Comme le dit fort justement Rony Brauman, jamais des bombardements n’ont permis d’installer la démocratie ou de pacifier un pays ! ” libye-bhl-stratege-guerre-devin-L-v0CixK.jpeg

 

Figure du mouvement anti-impérialiste, Jean Bricmont est professeur de physique théorique à l’Université de Louvain ( Belgique ). Il a publié Impérialisme humanitaire. Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ? ( Éditions Aden, 2005 ).

 

De Jean Bricmont :

 

-  Libye : la gauche européenne et le retour de l’impérialisme humanitaire

-  Un monde plus juste et la “ responsabilité de protéger ”

-  Sur le retour du ni-ni, l’islamisme et l’antisémitisme dans les manifestations

-  Entretien avec Jean Bricmont

-  Trois idées simples

-  Pour en finir avec “ l’antisémitisme ”

 

23 mars 2011 - Michel Collon

Publié dans : Colères noires
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Mercredi 23 mars 2011 3 23 /03 /Mars /2011 15:34

      Cet article est publié sur le site : www.info-palestine.net

      Au moment où la guerre en Libye va être totale et sanguinaire comme toute guerre et que nous en sommes les premiers responsables et si on en croit certaines rumeurs responsables ravis à plus de 60% ce qui concernant ce pays qui ne rêve que massacres et tueries depuis des siècles ne m'étonnera pas moi qui suis contre toute forme d'armée et de guerre, voici un article qui nous permet de décoller un peu de trop d'émotions et de mieux comprendre les enjeux qui vont sans doute éloigner encore plus de nous la paix et l'harmonie entre les peuples... Mon propre texte avec des extraits de L'homme révolté de Camus suivra bientôt...

 

Enfin, la porte est grande ouverte...

Mireille. Fanon-Mendès France UFJP Libye-5.png

 

Mercredi 23 mars 2011

 

Contre les aspirations des peuples, la porte pour de nouvelles relations internationales basées sur la loi du plus fort, est enfin grande ouverte...

 

Si la France et la Grande-Bretagne ont mené le combat pour que le Conseil de Sécurité obtienne de ses membres le vote de la résolution 1973 c’est :

d’une part, parce que ses États membres sont affolés de la venue potentielle de milliers de migrants et que la Libye qui faisait fonction des services policiers externalisés de l’Europe ne remplit plus, pour l’heure, ce rôle ;

c’est aussi parce que l’Europe, n’arrêtant pas de justifier l’adoption de lois de plus en plus xénophobes et du coup liberticides - au point d’être montrée du doigt par le Conseil des droits de l’homme et d’être dénoncée par de nombreuses organisations des droits humains -, a peur de ce que représentent les hommes et les femmes venant de l’autre rive de la Méditerranée, en un mot l’Europe n’est pas prête à changer ses références religieuses et les représentations qu’elle a construites à l’égard de tout ce qui est différent d’elle ou plus exactement ce qu’elle considère différent d’elle.

L’Europe n’a d’autre objectif que d’être le très bon élève des néoconservateurs des États-Unis et le rempart contre ce qu’elle appréhende comme une invasion.

A cela s’ajoute les révoltes des peuples arabes avec leur dynamique qui, si elles rayonnent dans le monde entier et donnent espoir et courage, obligent l’Union européenne à repenser la nature de ses relations avec ces pays et plus largement avec l’ensemble du continent africain dont la plupart des pays ont été ignorés ou maintenus à l’écart.

Ce qui se joue aujourd’hui au sud et à l’est de la Méditerranée est comparable en intensité à la chute du Mur de Berlin, et n’en doutons pas, amorce la seconde phase de la décolonisation qui pourrait permettre - si rien n’empêche le processus d’aller à son but, ce qui est loin d’être certain tant les pays occidentaux semblent, avec cette intervention, vouloir mettre fin au besoin de changement - aux anciens pays colonisés de sortir des relations coupables dans lesquelles les colonisateurs les ont maintenus.

Les peuples, qui se sont soulevés, pourront-ils mettre fin à des régimes autoritaires qui semblaient, avec l’appui de gouvernements occidentaux, inébranlables et même pour la Tunisie avec les compliments du Fonds monétaire international qui trouvait que ce pays était le meilleur élève du continent africain et que les autres devraient suivre cet exemple ? Sans oublier les relations coupables de la France avec ce régime qui a tué, emprisonné, bâillonné, terrorisé sans jamais trouver à redire de ces violations massives des droits humains... Silence coupable qui engage la responsabilité de ce pays !

Il est donc temps de faire rentrer dans le rang les peuples qui se sont révoltés et ont exprimé leurs désirs de changements. Palestine-1.jpg

 

Mais cela n’est qu’un des aspects de la résolution 1973 et l’analyse ne serait pas complète sans regarder ce qui se joue fondamentalement avec cette entrée en guerre contre un État de la communauté internationale, quoi que l’on puisse éprouver à l’égard du Président de la Libye qui, depuis quarante trois ans, fait régner un régime de terreur, de tortures sur l’ensemble du peuple libyen.

Ne peut-on penser que ce qui se joue exactement dans cette partie du monde est la place de l’État d’Israël dans un espace du Moyen-Orient qui pourrait être changé ?

Le monde arabe est entrain de se repenser non plus à partir de systèmes dictatoriaux mais de revendications basées sur le besoin de démocratie - fut-elle pensée à partir de fondamentaux spécifiques à ces pays. En effet, qui peut croire qu’il n’y a qu’un modèle démocratique, le penser c’est déjà vouloir imposer une vue hégémonique au monde. Or, les révoltes arabes portent en elles, outre le droit à vivre dignement, libres, avec une effective répartition des richesses, l’aspiration à d’autres relations internationales et entre autres un autre positionnement sur la Palestine.

Les dictateurs n’ont jamais voulu entendre leurs rues qui demandent que le droit international soit respecté et effectif pour le peuple palestinien et que les responsables de l’État d’Israël qui permettent que soient commis des crimes de guerre soient jugés devant la Cour pénale internationale. Dès lors, en arrière plan, lors du vote de la résolution 1973, il y a la peur de voir changer la nature des rapports de force dans cette région du monde. Ce n’est donc pas un hasard si l’Arabie saoudite a fourni des forces policières pour faire céder la révolte du peuple barheini sans que cette même communauté internationale ne prenne une seule résolution contre cet État qui tue en direct ses citoyens, pas plus qu’elle ne l’a fait contre le Yémen -même si les enjeux diffèrent.

Comment le “ peuple des Nations ” qui a déclaré vouloir “ vivre en paix l’un avec l’autre dans un esprit de bon voisinage et à unir leurs forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales ”, peut-il aujourd’hui se reconnaître dans ce que cette communauté internationale donne à voir d’elle-même ?

Il ne s’agit plus de vivre en paix dans un esprit de bon voisinage mais de s’assurer de sa suprématie et de son emprise sur l’ensemble des autres peuples à des fins de domination impérialiste.

Dès lors, tout est possible.Le-retour.jpg

 

Ainsi avec la résolution 1973, les membres du Conseil de Sécurité arrivent, dans un même élan à “ réaffirmer leur ferme attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale de la Jamahiriya arabe libyenne ” et à assumer de “ prendre toutes mesures nécessaires, nonobstant le paragraphe 9 de la résolution 1970 ( 2011 ), pour protéger les populations et les zones civiles menacées d’attaque en Jamahiriya arabe libyenne, y compris Benghazi, tout en excluant le déploiement d’une force d’occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n’importe quelle partie du territoire libyen ”. Comment un tel paradoxe est il possible alors que cette résolution est illégitime ?

Comment une telle résolution n’a-t-elle pas pu être obtenue lors de l’agression israélienne en 2006 sur le Liban alors que 1 500 civils sont morts tués sous les bombes israéliennes ?

Comment aucune résolution n’a été prise à l’encontre de l’État israélien alors qu’à l’hiver 2008-2009, 1 490 personnes sont mortes sous les mêmes bombes israéliennes, et comment aucune procédure n’est ouverte à la Cour pénale internationale, sous la responsabilité du Conseil de Sécurité, à l’égard des responsables des nombreux crimes de guerre et possiblement des crimes contre l’humanité commis contre le peuple palestinien depuis qu’il est illégalement maintenu sous occupation alors que le Conseil de Sécurité, sans aucun état d’âme face à l’iniquité de traitement, a saisi “ le Procureur de la Cour pénale internationale de la situation en Jamahiriya arabe libyenne pour que les auteurs d’attaques, y compris aériennes et navales, dirigées contre la population civile, ou leurs complices répondent de leurs actes ” ?

Juste pour mémoire, il est utile de rappeler que, dans un souci de cautionner la loi du plus fort, le Conseil de sécurité a demandé à la Cour pénale internationale qu’elle n’engage ni ne mène aucune enquête ou aucune poursuite pénale à l’égard des responsables ou des personnels en activité ou d’anciens responsables ou personnels d’un État contributeur qui n’est pas partie au Statut de Rome à raison d’actes ou d’omissions liés à des opérations établies ou autorisées par l’Organisation des Nations Unies !

La réponse essentielle à tous ces dysfonctionnements est à chercher dans l’importance de la place tenue par l’État d’Israël dans le cœur de tous les Occidentaux.

 

Cet État serait un des remparts important contre l’invasion arabe que craignent l’ensemble des pays occidentaux - parce que soi-disant seul État démocratique dans cette région du monde, - c’est faire peu de cas de la Palestine et du résultat des élections de 2006.

Tout est possible dès lors qu’il faut contenir cette “ invasion ” ; le moindre prétexte est bon pour utiliser les organes onusiens à d’autres visées que celles qui lui sont assignées au regard de la Charte des Nations-Unies.

Dans cet exercice de transfiguration des normes du droit international est la France qui, dans ce cas, c’est montrée le très bon élève de la délégitimation du droit international.

Soucieuse de ne pas renouveler son non-engagement contre l’Irak, elle a mené bataille pour que des attaques ciblées aient lieu - quitte à le faire hors du cadre onusien au nom du droit d’ingérence et de l’obligation de protéger les populations civiles. Pourtant le gouvernement sait très bien que l’usage de la force, ou même la menace de l’usage de la force, est interdit par l’article 2§4 de la Charte des Nations-Unies. Certes, en l’état actuel du dispositif impérialiste, il est somme toute normal que la France, membre du Conseil de Sécurité, ne se soit par portée garante de cette norme impérative du droit international et ait préféré surfer sur des idées comme le droit d’ingérence qui n’est dans aucune convention internationale mais qui ouvre dangereusement la porte à la loi du plus fort et à la déstructuration de l’ensemble des normes impératives du droit international.prom-th-3.jpg

 

Préférer la violence et la guerre à la recherche de moyens pour maintenir la paix et la sécurité internationales pour l’ensemble des peuples, c’est permettre que tout le système multilatéral onusien soit remis en cause alors qu’il y avait d’autre moyens pour mettre au pas le dictateur de la Libye. Ainsi, il aurait été préférable de maintenir avec encore plus de conviction l’embargo sur les armes, la technologie militaire et la coopération scientifique ; d’interdire les relations commerciales et les investissements et de geler les capitaux ou de suspendre l’ensemble des accords relatifs au transport aérien, entre autres... Mais s’il en était besoin, ce qui se passe avec la Libye ne vient que confirmer que le système onusien a perdu toute sa crédibilité et dès lors qu’il est aisé de le bafouer, voire de faire comme s’il n’existait pas.

Avoir choisi la voie de la violence, d’une possible balkanisation de la Libye, d’un enlisement à l’irakienne au prétexte d’aider à l’installation d’une démocratie - mais selon les principes occidentaux -, est faire preuve d’un cynisme, voire d’un calcul éminemment “ rationnel ” dont seules sont capables les grandes puissances qui ne veulent en cette occasion que tenter de reprendre la main dans la région, riche en pétrole, et imposer leur modèle démocratique sans prendre en compte les aspirations des peuples mais surtout ne pas voir remis en cause l’équilibre stratégique qu’ils avaient pu mettre en place à coups d’aides financières, économiques et militaires pour les pays qui se montraient les bons amis des pays qui symbolisaient l’axe du bien.

Certains pays membres du Conseil de Sécurité - principalement ceux identifiés sous les BRICS - ont certainement appréhendé l’un ou l’autre aspect de la question posée par la Libye, ce qui explique leur abstention mais ils auraient été bien inspirés d’assumer leur veto si le rapport de force, dans ce cas précis, avait était en leur faveur. Ce qui n’est pas le cas !

Ces pays et ceux qui ont voté cette résolution jouent dangereusement avec le feu et renforcent la course vers la mutation du droit international déjà bien avancée et ne font qu’accentuer la politique du deux poids deux mesures que ressentent nombre de pays qui doivent passer sous les fourches caudines des accords qui leur sont imposés ou qui sont victimes de l’omission des obligations, en terme de responsabilité internationale, dont est redevable la communauté internationale.

Pourtant certains organes onusiens ont plusieurs fois rappelé l’obligation de tous les Membres de l’ONU de s’abstenir dans leur relations internationales de recourir à la force et le principe de l’autodétermination des peuples en particulier la disposition de l’article 1er commun aux pactes internationaux relatifs aux droits économiques, sociaux et culturels et aux droits civils et politiques. L’Assemblée générale de l’ONU, quant à elle, continue, à proclamer la nécessité du respect des principes et des règles de la Charte ; en particulier, l’obligation de respecter l’égalité souveraine de tous les États et de s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, ou d’agir de toute autre manière qui serait incompatible avec les buts des Nations‑Unies.

Elle a aussi rappelé que tous les peuples aspirent à un ordre international fondé sur les principes consacrés dans la Charte et, notamment, sur la nécessité de promouvoir les droits de l’homme et les libertés fondamentales pour tous et d’en encourager le respect, ainsi que celui des principes relatifs à l’égalité des droits et à l’autodétermination des peuples, mais aussi de promouvoir la paix, la démocratie, la justice, l’égalité, la primauté du droit, le pluralisme, le développement, l’instauration de meilleures conditions de vie et la solidarité.

Mais les puissants n’ont que faire de ces revendications dès lors qu’elles dérangent leurs propres intérêts et la représentation qu’ils se sont construits du monde auquel ils aspirent et préfèrent assouplir la portée des dites obligations, notamment par le biais de l’intervention dite humanitaire. Ainsi, nous assistons, depuis quelques temps, à la déstructuration du droit international “ classique ” et “ dur ” fondé sur la Charte, qui est l’objet d’une neutralisation de la part des États-Unis et de leurs alliés ( Japon, États européens ) particulièrement en ce qui concerne la coopération internationale, le règlement pacifique des différends, la paix et la sécurité internationales ou si l‘on veut, le droit à la paix.

En déstructurant ce droit politique, est légitimé le déchaînement de la violence des plus puissants : ils partent, au nom d’une nouvelle civilisation, comme jadis l’invasion européenne des terres américaines, ou des terres de l’empire ottoman en une croisade qui cache mal les politiques et les visées de soumission des peuples et d’appropriation des ressources communes.

Et, paradoxalement, l’ONU qui devrait être l’élément de contention et de régulation juridique de la violence, est instrumentalisé et du coup participe à la conquête du monde. Désordre mondial, anarchie, déchaînement de la violence des puissants, crise de légitimité, crise de légalité, crise de gouvernabilité mondiale, crise institutionnelle, crise démocratique, voici les principales caractéristiques de la société internationale. Le Conseil de sécurité n’a plus pour objectif de maintenir la paix et la sécurité internationales, mais préfère punir les États qui s’écartent de l’ordre libéral mondial. Il devient, ainsi, l’organe d’interprétation arbitraire au service des grandes puissances. Le pouvoir discrétionnaire qui lui a été attribué par la Charte des Nations-Unies est devenu un pouvoir mis au service des seuls intérêts des plus forts, légitimant leurs stratégies de domination et couvrant des violations graves des règles internationales.

 

Contre les aspirations des peuples, la porte pour de nouvelles relations iun-silence.jpgnternationales basées sur la loi du plus fort, est enfin grande ouverte...

Le monde entre dans l’oeil du cyclone qui pourrait se transformer en guerre.

 

 

Mireille Fanon-Mendès France

Fondation Frantz Fanon

membre du Conseil scientifique d’ATTAC

 

22 mars 2011 - Union juive française pour la paix

Publié dans : Colères noires
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