Alimentation générale
Comme promis il y a quelques jours je vais vous parler ici du film de Chantal Briet "Alimentation générale"qui nous touche particulièrement aux Cahiers des Diables bleus parce qu'il se déroule à Epinay dans la cité de La source que nous connaissons bien et à côté de laquelle l'ami Louis a habité durant toute son enfance.
Ce film dont je vous recopie ici les commentaires de la réalisatrice et le petit résumé du dépliant très bien fait ainsi que ses photos, est l'exemple même de ce qu'on peut montrer de manière enthousiaste et poétique de la vie des gens dans une cité de banlieue, sans rien en omettre et sans pour autant en faire un pseudo drame au quotidien comme on l'a vu si souvent ces derniers temps.
Note documentaire
Pendant 4 ans, Chantal Briet a installé sa caméra à l'épicerie de la Source. À la cité de la Source à Epinay-sur-Seine, dans un centre commercial vétuste menacé de destruction, l'épicerie d'Ali reste l'unique lieu d'échange, un refuge où peuvent se retrouver les habitants du quartier. Ce film documentaire nous plonge avec bonheur dans le quotidien d'une petite épicerie, véritable oasis de vie. Les clients se succèdent sous l'oeil bienveillant d'Ali, l'épicier charismatique, chanteur à ses heures.
Cette chronique émouvante et souvent drôle met en valeur l'importance d'un tel lieu : un petit commerce de quartier où jaillissent encore, malgré les difficultés, la chaleur humaine, le rire, la convivialité.
Ali tient son alimentation générale plus pour rencontrer les autres que pour leur vendre forcément quelque chose. Il est ce qu'on pourrait appeler un être d'une bonté et d'une intuition qui existent souvent chez les gens qui ont établi un autre rapport au quotidien avec ceux qui les entourent, un rapport solidaire et fraternel. Rien d'angélique là-dedans, non... des gens comme ça y en a dans nos banlieues où par la force des choses on vit ensemble et très proches les uns des autres alors on a bien le temps de se connaître si on veut, et de se reconnaître aussi. Une cité c'est un petit monde en soi où les gens ne cessent de se rencontrer et parfois ça donne des résultats épatants qu'on ignore à l'extérieur évidemment. La bonté d'Ali qui n'est pas un sentiment très estimé de nos jours elle a à voir avec le plaisir qu'il prend à regarder celles et ceux qui entrent chaque jour dans son épicerie, et à partager leur existence, à les aimer parce qu'ils sont formidables. Vivant dans des conditions de relative pauvreté ou de peu d'aisance, dans un lieu qui n'est pas toujours agréable lorsque pas d'ascenceur par exemple et que vous créchez au 8ème étage... et venant d'un peu partout, ils cohabitent et se fréquentent avec passion, patience et tendresse même si parfois c'est avec ecxès.
Note de la réalisatrice
« Lorsque je suis entrée pour la première fois dans l'épicerie de la Source à Epinay-sur-Seine, Ali m'a offert le café - servi sur les congélateurs, entre la machine à jambon et le journal destiné à tous. Les clients et les habitués qui défilaient chez lui racontaient comme à l'habitude les mini-évènements de leur vie : la pluie, le beau temps, les angoisses du moment, la vie dans la cité, les émissions télé.
De ces diverses conversations sortaient des accents de solitude, de détresse, mais aussi beaucoup de bonne humeur et une sacrée dose d'humour - comme pour faire passer le goût un peu amer de la vie.
C'était en 1999. J'ai rendu des visites régulières à Ali pendant plusieurs mois, surtout le matin, pour partager le rituel du petit déjeuner avec Janine, Bertho, Djama et les autres. Je crois bien que je suis devenue, moi aussi, une habituée. J'ai rapidement compris que ce lieu me donnerait la possibilité de poursuivre ma quête : filmer le temps dans un lieu, filmer le temps qui passe sur des êtres, des visages, et sur leurs destinées. Filmer également une manière d'exister ensemble - un petit « commerce », qui reprendrait à son compte l'origine du mot lui-même : un lieu d'échange, où l'on s'alimenterait de manière générale. » Chantal BRIET
Pour Chantal Briet ainsi qu'elle le dit dans l'entretien qui figure sur le dépliant du film, cette histoire est une quête d'utopie "un pays imaginaire où un gouvernement idéal règne sur un peuple heureux". Djama qui est lettré en allemand et pourtant sans emploi avec sa chienne Mélodie a retrouvé un semblant d'estime car il est embauché par Ali à porter les paquets trop lourds pour les personnes un peu agées comme Mamie et Jeannine, livrer les courses et surtout raconter des bribes de sa vie comme tous ceux qui entrent dans cette boutique féerique. Tous les autres sont comme nous dans notre cité, des gens qui y vivent avec plaisir, avec colère, avec tendresse et révolte, avec les autres avant tout et qui ne veulent pas qu'on parle de leur territoire et de leur espace d'imaginaire avec mépris et dégout voire avec haine. Ils aiment leur espace et leur bloc, leurs parkings et leurs macadams blues parce que c'est là qu'ils sont nés, qu'ils ont grandi avec ceux venus d'ailleurs qu'ils ont appris à apprécier et cela seuls ceux qui ont un jour fréquenté l'univers d'une cité peuvent le sentir avec tendresse et un rien de nostalgie. Ni mieux ni pire, ce monde-là est d'abord extrêmement vivant et c'est dans son ventre de béton qu'une jeunesse qui est notre avenir refuse d'être rien et de vivre "au ban du lieu" c'est-à-dire nulle part. C'est elle, c'est nous qui faisons de notre univers un espace de vie passionné et amical, un espace ouvert et pas un ghetto. Ce film le montre, le donne à voir avec des images simples et belles, comme la vie. Fiche technique
ALIMENTATION GÉNÉRALE un film de Chantal Briet
produit par Ludovic Arnal (Yenta production) france - 2005 une coproduction Yenta Production, Images Plus, Arcadi (Région Ile-de-France)
avec la participation du Centre National de la Cinématographie, du FASILD et de la Mairie d'Epinay-sur-Seine
avec le soutien de l'ACID (Agence du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) et recommandé par le GNCR (Groupement National des Cinéma de Recherche)
image Sophie Bachelier, Sylvia Calle, Chantal Briet
Alors surtout allez le voir dans le seul cinéma qui le passe : L'Espace Saint-Michel, en plus c'est pas cher et il ne faut pas louper ça ! On méditera le fait qu'aucun cinéma de banlieue ni le gigantesque cinéma tout neuf avec ses 12 salles d'Epinay la cité du cinéma et ses célèbres Studios Eclair ne le montre aux gens chez qui il a été tourné... Vous pouvez également vous rendre sur le site du film : www.alimentationgenerale-lefilm.com qui est impeccablement bien fait et vous y trouverez bien plus de détails et d'images. Alors à bientôt avec tous les Diables bleus d'Epinay
(THE GENERAL STORE)
1 h 24 mn - vidéo - couleur - 1,33 - DTS LTRT
son Jean-Paul Guirado, Guillaume Le Braz
montage Benoît Alavoine, Nathalie Charles
création musicale Martin Wheeler
montage son Nadine Makris
prémixage Lionel Vidal
enregistrements Jean-Marc Schick
mixage Frédéric Bielle
Ecoute… écoute…
Gare du Nord… vous connaissez ?
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