Des images que vous ne verrez pas ailleurs...
Nous avons bien hésité avant de ne pas choisir cette photo d'un voyageur à vélo qui parcourt les banlieues et les alentours de la capitale pour participer à des brocantes afin de l'inclure dans la nouvelle rubrique de notre Cahier Banlieue terre d'exil : Ils ont posé pour nous...
Mais il est vraiment trop chouette pour ne pas faire une pleine page à lui tout seul, bien que Jacques notre photographe favori dans son élan ait oublié de lui demander son prénom... Donc vous le retrouverez en bonne place dans un de nos prochains Cahiers et en attendant voici les photos que nous aurions pu utiliser dans celui-ci, qui, faute de place n'y seront pas, mais on vous les offre sur notre blog pour accompagner l'Edito de ce nouveau numéro diabolique que vous lirez en avant première, petits veinards !
Edito
En choisissant pour thème de ce nouveau Cahier des Diables bleus “ Banlieue terre d’exil ” nous avons songé aussi bien aux immigrés venus du Maghreb et de toute l’Afrique à partir des années 60, qu’aux paysans et ouvriers qui quittaient les campagnes françaises afin de rejoindre leurs compagnons d’ailleurs aux portes des grandes cités et qu’on a installés sans scrupules et sans souci d’humanité dans ce qui s’est ensuite appelé les banlieues.
Inutile de revenir sur les termes choisis et tellement évocateurs où ces gens tous d’origine populaire ont été relégués : ghettos, bidonvilles, terrains vagues, friches, cités d’urgence, cités dortoirs, blocks… et sur leur histoire, il y aurait trop à écrire et les mots ne peuvent rien pour apaiser la réalité quand elle devient barbare. Ils ne savent que la raconter afin de tenter de lui rendre sa poésie et sa douceur de vivre et de témoigner.
Terre d’exil la banlieue qui surgissait à peine parmi les campagnes sauvages qui entouraient les villes il y a cinquante ans elle l’était déjà pour l’immigration alors bienvenue aux yeux des nantis des pays riches auxquels elle offrait des mains on l’a dit et redit. Des mains de femmes et d’hommes qui les donnaient aux machines et qui n’existaient pas. Terre d’exil pour celles et ceux qui avaient tout quitté et tout perdu de cet ailleurs inconnu de nous qui les rejoignions à bord du rafiot de légère misère des périphéries… légère car à côté de ce qui se mettait en place dans les pays ex colonisés d’où ils arrivaient, ça n’était presque rien.
Quand il a fallu choisir le titre de ce Cahier des Diables bleus nous avons hésité entre Banlieue terre d’exil et terre d’asile… Et le terme de “ terre d’asile ” nous a tentés un moment car il faisait référence à celui de “ Moolaadé ” en langue peul, si justement illustré par le réalisateur Ousmane Sembenné dans le film qui portait ce titre. Le Moolaadé lieu d’asile formé par les cases d’argile blanche entourant la cour dont l’entrée est délimitée à l’aide d’un lien de laine tressé de trois couleurs rouge orange et écru forme un espace où on trouve refuge, protection et soutient. Il s’agit en l’occurrence de petites filles fuyant l’excision, mais le symbole est là et il nous parle.
Oui… Banlieue terre d’asile aurait été un beau titre pour ce troisième Cahier des Diables bleus, beau mais désormais irréaliste voire dérisoire vu ce qu’on sait et ce que nous autres qui fréquentons une cité de banlieue assidûment constatons de la façon dont les gens qui sont un jour venus d’ailleurs et dont les enfants ont été nos camarades de jeux se trouvent exclus même de ce territoire qui est devenu le leur, qui est devenu le nôtre au fil des jours et des années. En exil sur leur propre macadam, dans leurs rues familières, jusqu’au pied de leurs blocks et en bas de leurs escaliers, et cet exil nous le partageons puisque nous sommes enfants issus du même métissage et de la même fratrie, de la grande tribu des fleurs d’agaves.
Et c’est spontanément que les textes de fiction que vous trouverez dans ce Cahier parlent tous des exils successifs et dispersés dans différents lieux car l’exil n’est pas une question de sol ou de sang mais de reconnaissance de soi parmi les autres. Il y a quarante ans de la campagne vers la ville, du Sud vers le Nord, des camps de transit aux espaces sidérurgiques d’Usinor ou aux usines de l’Ile Seguin, puis aujourd’hui d’hypothétiques retours en direction des pays d’origines inconnus du Maghreb et de l’Afrique, les voyages se répètent avec les ruptures qu’ils provoquent agrandissant un peu plus à chaque génération la séparation de sa propre histoire et de celle des autres. Seuls peut-être les corps des êtres si souvent fragmentés au cours de leur trajectoire depuis les plus anciens esclavages demeurent un moyen de se faire sa place pour un temps au sein d’une société qui vante le spectacle et la compétition sportive…
Et c’est au milieu de ces morcellements comme pour mieux affirmer notre singularité qui ne cesse de se renouveler que nos Cahiers des Diables bleus ont réuni pour vous les offrir deux regards autres portés sur nos banlieues et plus particulièrement sur notre ville d’Epinay. Celui de
Et celui des agents de l’école Dumas primaire toujours dans notre ville d’Epinay qui ont accepté avec enthousiasme de poser devant l’objectif afin de signer par ce clin d’œil en commun une chanson écrite pour dire la réalité de leur travail d’équipe à leur façon. Ce sont aussi des mains, les leurs qui vibrent au rythme de la moto brosse, des mains semblables à celles des fondeurs, des mineurs, des métallos et des maçons. Des mains métisses dansant ensemble aux rythmes des mots d’une autre chanson qui elle raconte l’exil de milliers d’ouvriers pour qui le travail était bien plus qu’un gagne pain, une façon d’exister : “ Je voudrais travailler encore… travailler encore… forger l’acier rouge avec mes mains d’or… acier rouge et mains d’or… acier rouge et mains d’or… ”
Toutes ces photos sont de Jacques Du Mont
A bientôt...
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Donc voilà, cette année vous serez et nous serons privés de ces retrouvailles et rencontres magiques et amicales qui nous font tant de bien dans ce monde de taupes carnivores ( c'est pas sympath pour les taupes ! ), vous vous contenterez des bouquins et des "vrais" écrivains, et les gribouilleurs scribouilleurs de Revues comme nos Cahiers et bien tant pis pour eux, qu'ils aillent au diable justement !Bon, vaut mieux en rire si on peut car sinon on deviendrait comme eux, les décideurs de nous rapter ce minimum d'espace vital pour rencontrer les gens et leur faire découvrir nos petites créations communes, on deviendrait méchants et grincheux et bêtes et envieux et nases, pas question !
Mais s'ils voyagent au bout de toutes nos nuits les exilés d'un paysage et d'une mémoire ne larguent jamais leurs songes et c'est grâce à eux que dans un univers de bêtise et de cruauté nous avons encore plein de paillettes sur les lèvres...
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