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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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P'tits poèmes diabolique

Mardi 23 novembre 2010 2 23 /11 /Nov /2010 23:55

Je t’écris comme Muse

Jeudi, 19 janvier 2006

A Louis

 

 

Je t’écris comme le cri d’une mouette

Sur la mer

Comme un grand vaisseau blanc menant au large

Ses rameurs sûrs

Et ses pirogues qu’on attend et qu’on charge

De poivre vert

Je t’écris lorsque ta sueur s’achemine

Claire obscure

Je t’écris quand des parfums d’algue marine

Jouent très fiers

Avec la chevelure des coraux roux

Et ma fourrure

Je t’écris comme bat la rumeur des vagues

Sa mesure

Comme un métronome cormoran dessous

Désordre vert

Qui remonte avec poisson d’argent et dague

Un bout d’azur

Je t’écris quand les oursins doux et leur bogue

Refont l’hiver

Dans des couvercles troués que nos narines

Nous capturent

 

Je t’écris comme un vrai carrousel qui tourne

Et s’exaspère

Je t’écris comme les chevaux recouverts

D’écailles dures

Qui s’ébrouent et s’arrachent à ces trop lourdes

Armures

Je t’écris quand la peau d’océan retourne

Nos rires clairs

Sur nous que de ses grands draps d’eau fraîche sourdent

Des volcans mûrs

Quand leur lave vient dans les rues de la terre

Toujours hivers

Je t’écris sur les voiles nues des navires

De haute mer

Comme un capitaine fou virant de bord

Et sa mâture

Arbres qu’on entend craquer fort et gémir

De leurs blessuresMoisonneur solitaire

Je t’écris comme on ne rejoint pas le port

De grande guerre

 

Je t’écris j’attends à quelques encablures

Ton feu vert

Pour lécher là ta sueur de pourpre et d’or

Voici Mercure 

Et son attelage d’oiseaux bleu marine

Tout à l’envers

Je t’écris sur la peau de ses pieds volant

L’encre et la pierre

Où j’attends qu’on broie les couleurs les plus fines

Purs clairs-obscurs

Et qu’Arlequin m’offre un peu avant l’aurore 

Ses chaussures

Pour marcher comme les mouettes frangines

Sur la mer

Et comme un grand vaisseau t’apporter câline

Mille parures

Dans mes cales pleines tous les mots encore

Des poèmes inconnus te comblant d’azur.

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Lundi 8 novembre 2010 1 08 /11 /Nov /2010 20:37

Enfer blanc

Jeudi, 19 mai 2005

  immeubles-bleus-3-foules-copie.jpg-petit.jpg

Les cités bavent leur lave volcanique

La nuit

De gros soleils blancs nous empêchent de dormir

De rêver

Une bagnole volée aux maîtres de tôle

Et d’acier

D’où se tord un cordon de fumée comme d’un

Tippi

Rend à notre herbe qui pousse fort sous l’antique

Macadam

La colère de la terre qu’on nous a

Volée

 

La Cité aime se couvrir de neige blanche

La nuit

Nous courons sur elle avec nos extincteurs

Enchantés

Nos édredons et nos oreillers le portail

Electrique

S’entrebâille nous étoufferons l’incendie

A temps

Pendant qu’un enfant d’Afrique sous un soleil

De plomb

Dans une boîte de conserve fabrique

La nuit

Une petite bagnole à la carcasse en

Fer blanc

 

Indiens des Cités ! Les oreillers de tôle

Et d’acier

De vos volcans endormis sont de vrais cocktails

D’enfer

Que nous ne parviendrons pas toujours à couvrir

A temps

De neige et de plumes carboniques pour rire

Dans nos lits

Des brasiers que vous allumez avec les choses

Maudites

Qui empoisonnent la terre l’herbe les roses

Volées

Par les grands prêtres agenouillés sur la lave

Macadam Fer-blanc.JPG

De nos Cités dont la bave volcanique

La nuit 

Recouvre les gros soleils blancs qui entravent

Nos rêves

Et le corps d’un enfant d’Afrique endormi 

A temps

Contre une petite bagnole à la carcasse

En fer blanc.

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Vendredi 29 octobre 2010 5 29 /10 /Oct /2010 19:41

A Zied et à Bouna pour dire que je ne vous oublie pas

En mémoire du 28 octobre 2005 Zyed-et-Bouna.png

Cette image je l'ai empruntée au blog dédié à Zyed et à Bouna :

http://www.zied-bouna.c.la / http://zied.bouna.free.fr

 

 

Crèvent cœur

Mardi, 27 décembre 2005

A Zied et à Bouna

 

Est-ce qu’on peut me dire pourquoi

Nos tortues rêves ne suivent pas

Les lièvres vifs de nos dérives

Musardant mais prêts à tout

C’est qu’elles préfèrent jouer je crois

Aux combats de nos mains de bois

Sur la scène on tue nos livres

Et tous ces mots qu’on ne dit pas

Enchantent leurs carapaces ivres

Ailés nos pieds ne courront pas

Dans des fourrures de loups

Au fond de nos caves des plateaux de cuivre

Soleil ! Et nos feux te survivent

 

Nos campagnes obscures dévêtues

Filent des bas de soie aux reines brèves

Des ordures partout c’est la relève

Dans les asiles des fous

Qui approchent la coupe des lèvres

Crèvent nos cœurs debout

 

Est-ce qu’on peut me dire pourquoi

Les troubadours affûtent le glaive

Des rois On perce nos tortues rêves

D’une navette aux abois

Les artistes comptent leurs sous

Muets quand les gardes marchent sur nous

Aux lièvres vifs le terrier fait trêve

D’émois Leur cœur est pris sous

Une banquise qu’on ne lèche pas

Langue grise langue de bois

Et sur la scène on attise

La haine des rois contre les fous

Mais de leurs condamnations on se joue

 

Ailés nos pieds ne fuiront pasLiberté

Les dentiers d’or des maîtres jaloux

Leurs maisons d’ombre les prostituent

Ils n’ont rien mais ils croient avoir tout

Fous nous irons jusqu’au bout

Au fond de nos caves les grelots de cuivre

Soleil ! Et nos feux te survivent.

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Mardi 26 octobre 2010 2 26 /10 /Oct /2010 19:09

Le testament de Yurugu suite...

Au pays Yorouba 

Je ne veux plus habiter ce monde ! 

C’est le cri de Gao le premier cri du fils d’Amma le frère jumeau que le griot m’a donné

Amma soleil brasero qui veille sur une terre généreuse et sur les habitants de la falaise

Qui ont creusé les demeures des ancêtres et sur leurs corps qui ne se hisseront pas

Dans la chambre du baobab il l’a nourrie de son lait des rêves et de l’eau des paroles

Qui est la parure du Nommo avant que les jumeaux ne se séparent et qu’elles s’enfouissent

Au creux des puits à histoires du Sud dont personne ne retrouvera plus la trace

Le fantôme de l’Afrique mise en sacrifice à l’intérieur du corps du buffle blanc

Le combattant ultime dépecée par la cohorte des hommes pâles servie par les troupes

D’hommes sombres couronnés de rubis de sang les nains souverains des charniers

Enroulée dans son boubou suaire de pétales crèmes les fleurs d’oro le baobab

Au nectar pressé des quartiers de lune ne s’ouvrent que la nuit et les bigarades

Mouillent de jus amer ses petites nattes le fantôme de l’Afrique paré de tous ses masques

Que les dieux de la pluie abreuvent des 266 signes d’Amma les bummō des créatures

Qu’il a dessinées pour qu’elles existent danse et chante dans le ventre de la falaise

Il veille sur les trous creusés par les ancêtres jumeaux les sanctuaires des vieux masques

Pillés par l’avenir le totem au faciès blafard qui a marqué les enfants de la transhumance

Du sceau de l’impuissance et la haine carcasse royale nous a laissé ravis tout arrêter

Jusqu’au spectre du manque sa faux diamantée l’huile des beaux forages nous a trahis

Je ne veux pas habiter ce monde !

 

Ah Yurugu ! Le fantôme de l’Afrique migratoire danse et ses peuples chassés silex de Nubie

Blond des terres fertiles ses peuples Sonrhaï mes frères par Gao le jumeau aimé enfantement Des pharaons noirs les Sorko maîtres des eaux poursuivis par Do maîtres des terres amants

Des chevaliers à l’armure de haute laine assis sur le dos d’Aya le crocodile et les armées

Peaux nues d’hippopotames cuirasses grises tatouées nénuphars et de lamantins jusqu’auCreation.jpg

Delta orangé du fleuve Niger que le Bani fait boire de son bleu remontent ils ont créé la ville

Gao la souveraine la bosse rose de tes chameaux s’est arrêtée là et la tombe spirale des princes

Hérissée de bâtons retient le nyama de tes poissons multipliés par le Nommo et l’argent

Des lampes mouillées dans les remous de tes rives qui flambent leurs chants d’arbres

Ah Yurugu ! Les pêcheurs Sorko ont quitté la cité sa forge  aux pendants rubis

Mamadou Touré l’a montée sur l’anneau des Askias Gao au creux de son boubou blanc Mirage sculpté dans le sel et la perte des caravanes le Sahara les a prises il a rendu

Les chamelles stériles et les hommes du fleuve sont repartis plus loin encore les prairies

D’herbes grasses du lac Debo ont attaché leurs pieds les essaims de pies alçyon secouent

Leurs dominos de plumes pour un carnaval festin au­‑dessus des filets dansent les cuisses

De karité roux des femmes leurs pagnes feuilles de palmiers couvent des enfants fruits doux

Les pêcheurs des pinasses rouges dansent ! Les pêcheurs des pinasses jaunes dansent !

Mes frères par Gao ont rejoint les pêcheurs Bozos et les cornes du taureau à chaque bout

De la pirogue affûtées comme le couteau du nomade tranchent les  paquets de joncs

Les îlots fluorent de l’émeraude perçante et de l’ivoire des peaux s’étirent les tentes teintes

Avec la lumière pareille à des berceaux au bord des eaux au bord des ciels deux lapis‑lazuli

Taillés au fond sinueux des cavernes de Sar‑e‑Sang et descendus à dos de géants

Les Bouddhas jumeaux les ont soutenus et les Nommo les gardent du malheur semé ici

Reflets miroitant les paillotes et les voiles aux rectangles de tissus clairs cousus

Drakkar de bois d’ombre qui crèvent l’acier tendu des rives volent les filets

Au‑dessus du safran poussière jaune des dunes ramènent des papillons de nacre

Tombés du soleil pour les enfants cacao princes parés de trésors grenadilles

Petits navigateurs à la proue des pinasses rouges qui dansent pagaie levée

Comme lance paisible des pinasses jaunes qui dansent Ah Yurugu !

Je ne veux pas habiter ce monde !      

 

Comme nous mon frère Gao les jumeaux vivaient à l’intérieur de l’œuf de terre volé

A la termitière et sur sa peau de la couleur du renard pâle Amma a réuni les signes pour écrire

L’histoire des hommes d’avant qui ont peuplé les flancs offerts et chauds de Badiagara

Les hommes aux tuniques de coton écru la nuit empreinte vive des triangles indigo

Yurugu l’errant dedans la poussière brune de brousse égaré ses pattes griffent à la recherche

Du mot qui veut dire âme dans la langue des hommes le nyama du peuple amant qu’il a perdu

Yurugu le devin tu peux écrire notre destin la chair échange de nos paumes ouvrières

Sur le sable de la maison couchée que les chasseurs dessinent à l’écart des totems

Et les seigneurs des masques l’appellent Ah Yurugu ! Yurugu !

Amma a modelé sa femme la terre un jour avec ses deux mains et il a jeté le croissant d’argile Rouge comme le feu des braises dans le ciel il y en a qui disent que c’était un œuf

Grand comme le monde qui est né des mains bonnes d’Amma mais moi je dis que

C’était un croissant comme la lune cuite au four de la colline et trempée dans l’eau du Raku

L’eau des jarres ouvertes où les femmes de Kalabougou plongent les poteries

Sorties des braises grasses de l’acacia bleu moi je dis que nos mains de potiers

Retourneront ce monde Ah Yurugu ! Je peux dire ce que je veux car je n’appartiens

A aucune caste et j’ai droit à la parole sur le plateau de cuivre soleil à l’aube tu me l’apportes

La parole de Gao le premier jumeau mon frère est celle de l’ancêtre griot 

Qui ne m’a pas refusé le droit de raconter le monde tel que je l’ai vu derrière le masque

De l’antilope walu que Yurugu le renard pâle reconnaît penchée sur l’eau des marigots Masq

Et il la laisse boire Ah Yurugu ! il est temps !

 

Je ne veux pas habiter ce monde !

Gao mon frère jumeau les a provoqués et ils exigeaient de moi que j’écrive

L’histoire comme ils la racontent de l’autre côté de la falaise de Badiagara

De l’autre côté de Mopti et ses pirogues au museau pointu que le Maître des eaux a quittée

Où les lances de turquoise et de cobalt du fleuve Bani creusent les chairs rouge fer du Niger

Il est temps de rejoindre les lavandières avec leurs bassines de tissus multicolores

Leurs corps plantés entre les pinasses comme des nacelles qui balancent les coques obscures

Et leurs rectangles turquoise mandarine ou safran et leurs toits de paille tressée

Ah Yurugu ! De l’autre côté sur les colonnes des tagu‑na les couples humains

Attendent avec le masque du lièvre Yanda et de la gazelle que la cérémonie commence

Il est temps !

De l’autre côté du fleuve les femmes qui devaient me protéger m’ont enfermée

Dans la maison du sang elles m’ont touché l’épaule droite pour connaître mon soleil

Et la joie stérile de mes hanches qui ont donné naissance à un fils de lune l’enfant de Gao 

Dans la peau verte des tamariniers Yurugu le renard pâle a laissé l’empreinte de son nom

Lõmmo l’arc‑en‑ciel esprit de l’eau qui jaillit dehors de la bouche des puits anciens

M’a donné les couleurs pour commencer à repeindre les portes du monde

Ah Yurugu ! Il est temps !

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Mardi 19 octobre 2010 2 19 /10 /Oct /2010 23:40

Couvre-feu

clichy-sous-bois.jpg

Sous les braises attendent des flammes géantes

Un couvercle très lourd leur a cloué le bec

Qu’est-ce qu’il y a cousin qu’est-ce qui nous hante

Ça fait bien longtemps que chez nous le ventre est sec

Bouent plus les haricots piments sur le feu doux

Des bois du foyer manger faut se débrouiller

Dehors c’est bien cousin couvre pas la marmite

Des feux qu’on a mis trop longtemps à allumer

Ils ont partagé nos royaumes tam-tam joue

Qu’est-ce qui nous reste à nous qui nous reste à nous

Des bouteilles vides essence et fleurs brûlantes

Et les guns braquées sur nous la nuit tam-tam joue

Ne couvre pas le feu cousin nos poings hésitent

A retourner la terre des brasiers d’hier

Où nos vieux ouvriers la cité est maudite

Dans leurs boubous rouges marchaient de griots fiers

Saison d’enfer cousin Ho ! bientôt c’est l’hiver

Pour se réchauffer comment on va faire Hein ?

 

Vivre faut se débrouiller alors on invente

Ici pour les palabres les bancs c’est béton

Bouteilles de Coca c’est Mickey qui nous tente

Avec ses grandes dents dans nos trottoirs goudrons

Sous les braises attendent des flammes géantes

Ne couvre pas le feu cousin Ho ! tam-tam joue

Achète ! Et puis voilà la sirène qui vient

Voiture rouge noie le cœur des incendies

Qui bat dessous nos peaux belles rages ardentes

Faut pas brûler le monde ici c’est interdit

Ici c’est interdit mais ailleurs tam-tam joue

Ils ont saccagé nos royaumes les parkings

Echangent réverbères contre sacs poubelles

Où ripaillent les chats Ho ! ici c’est chez nous

Nous ont entassés là on est les rois du ring

Faut pas qu’ils viennent cousin nous faire querelle

Faut pas nous neiger carbonique tam-tam joue

Nous poursuivre notre peur est incandescente

 

Qu’est-ce qui nous reste à nous qui nous reste à nous

Des braseros d’enfance au maïs pétillant

Dans les jantes ouvertes des foyers d’accueil

Les vieux ont raconté encore on les entend revolte-petit.jpg

De leur rêve insensé faut qu’on porte le deuil

Ne couvre pas le feu cousin Ho ! tam-tam joue

Notre passé toujours allume notre sang 

Black notre désir va craquer ses allumettes

Black comme une fille heureuse la nuit attend

Qu’on monte à l’assaut Ho ! qu’on lui fasse la fête

Qu’on arrache les suaires des griots fiers

Pas devenir comme eux froissés usés cassés

Sous les braises sommeillent les flammes géantes

Mickey va digérer ses bagnoles cramées

Ici c’est chez nous cousin fais un feu d’enfer

Pour couvrir de cendres le monde qui nous hante

Ouais ci c’est chez nous cousin Ho ! tam-tam joue

Tam-tam joue comme un fou notre histoire naissante.

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