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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Petites notes de lecture

Samedi 21 mars 2009 6 21 /03 /2009 22:48

Le chien du monde suite...

Vous savez que notre blog est un territoire d'expérimentation d'écritures et d'images alors que ceux qui ont lu le début de mon article sur mes " Petites chroniques d'après Céline" ne m'en veuillent pas de cette partie de texte à rajouter à l'intérieur de la précédente esquisse... J'espère que vous vous y retrouverez...

   

      “ Avec la médecine, moi, pas très doué, tout de même, je m’étais bien rapproché des hommes, des bêtes, de tout. Maintenant, il n’y avait plus qu’à y aller carrément, dans le tas. ” ( Voyage au bout de la nuit, Ed. La Pléiade, 1952 p. 240)

Ouais… que Céline soit médecin successivement et au hasard de ses tribulations dans les dispensaires à Clichy Bezons Sartrouville… et tant d’autres villes de banlieue c’est pas anodin… Imaginez ce que ça signifie que “ la médecine sociale ” d’l’époque et l’atmosphère qu’est pas plus copine aujourd’hui des dispensaires avec la misère humaine qui se presse dedans pousse les murs pique les chaises des couloirs et leur troupeau gris agglutiné… Et même quand il faisait le toubib à son compte le Docteur Destouches il a  soigné les gens de tous les bas fonds des campagnes et des villes… ceux qui sont pris dans une sorte de résignation au malheur… une complicité presque… “ Les gens étaient si pauvres et si méfiants dans mon quartier qu’il fallait qu’il fasse nuit pour qu’ils se décident à me faire venir, moi, le médecin pas cher pourtant. J’en ai parcouru ainsi des nuits et des nuits à chercher des dix francs et des quinze à travers les courettes sans lune. ” ( Voyage au bout de la nuit, Ed. La Pléiade, 1952 pps. 241‑242 )

Parc’que de la façon étrange qu’il avait le Docteur Louis Destouches de pratiquer la médecine que même les carabins pas trop délicats en général qui le reniflaient passer à portée étaient perplexes et la plupart bien admiratifs ou ébahis faut quand même en causer… Sur ce point on y reviendra… mais ce que la médecine qu’il bricole Céline à chaque endroit à chaque réalité différente met en évidence c’est son rapport à lui avec c’qu’y a d’intime de secret au-dedans de la vie et ça c’est drôlement proche de nous autres le chien du monde et moi… Ouaouf ! Ouaouf ! Dans sa thèse sur La Vie et l’œuvre de Philippe‑Ignace Semmelweis ( 1818‑1865 ) il donne sa vision de cette médecine qui jamais dans son job de médecin ne changera et qui bien au-delà des soins bienveillants qu’elle procure au corps se penche sur l’ineffable malheur humain…

“ L’heure trop triste vient toujours où le Bonheur, cette confiance absurde et superbe dans la vie, fait place à la Vérité dans le cœur humain.

Parmi tous nos frères, n’est-ce point notre rôle de regarder en face cette terrible Vérité, le plus utilement, le plus sagement ? Et c’est peut-être cette calme intimité avec leur plus grand secret que l’orgueil des hommes nous pardonne le moins. ” ( Cahiers Céline, n°3, Ed. Gallimard, 1977, p. 18. )

 Car c’est tout dans la manière complexe qu’il a Céline de s’approcher des gens qu’il considère comme pourris de haine les uns envers les autres ces tristes cornichons... que tient son rapport si étonnant à la mort et d’abord sûr à la vie… Et le seul endroit où lui qu’est un solitaire acharné même s’il lui faut ses rencontres avec les potes de Montmartre sans qui forcé il crèverait de n’pas pouvoir causer brailler observer ce grand bouillon maudit du monde… ouais le seul lieu de l’approche des autres c’est la pratique de la médecine pour se coltiner avec le pire des créatures et des fois aussi par aventure explorer aussi la tendresse comme avec les bêtes… Ouaouf ! Ouaouf !

Une approche qu’il pourrait pas faire autrement Ferdine avec la pudeur énorme qu’est la sienne et là alors dans ces moments avec d’un côté l’ambiance bidoche et le tout à l’avenant du sexe et de la mort des hôpitaux hospices dispensaires… des gourbis étroits et crasses des petites rues poisses d’la banlieue… si vous avez fréquenté vous voyez un peu cette chiennerie hein ? et de l’autre la présence à flots un déferlement pareil qu’à la gueuse de guerre du gigantesque troupeau d’humains malmenés c’est toute la  liberté et la grandeur de l’homme seul parmi ses semblables qu’il expérimente !

 “ J’étais trop complaisant avec tout le monde et je le savais bien. Personne ne me payait. J’ai consulté à l’œil, surtout par curiosité. C’est un tort. Les gens se vengent des services qu’on leur rend. ” ( Voyage au bout de la nuit, Ed. La Pléiade, 1952 p. 244)

Bien sûr qu’y a dans ce monde-là qui déboule de tous les recoins les plus noirauds des sujets d’écriture pour des siècles Ah ouiche ! Mais d’abord et ça va ensemble y avait sujet à l’émotion… L’émotion qu’on n’peut pas résister… le terrible effarement qui vous prend à la gorge à la tripe à la peau… L’émotion c’est ça qui vaut la peine et pas autre chose et c’est en se passionnant  pour la souffrance du corps des gens souvent les plus largués les plus démunis… ceux que la bonne société balance par‑dessus bord : les mômes des trottoirs les vieux les putes… tout comme il se passionne du même coup pour la beauté et la féerie qui radinent quand il regarde les danseuses qu’il a son rythme des faubourgs… son accordéon des bals popus et des petits troquets de la zone… sa musique qu’est celle de tous les natifs des endroits où sont venus se planter comme dans un port les vagabonds qui appartiennent à nulle part …

 “ Ils me tenaient, pleurnichaient les clients malades, chaque jour d’avantage, me conduisaient à leur merci. En même temps ils me montraient de laideurs en laideurs tout ce qu’ils dissimulaient dans la boutique de leur âme et ne le montraient à personne qu’à moi. ” ( Voyage au bout de la nuit, Ed. La Pléiade, 1952 p. 244)

 

 Et avec ça Céline médecin ou écrivain c’est l’anarchiste total qui radine dans nos expérimentations marginales vagabondes au chien et à moi… “ Anarchiste déjà tu étais, Louis. Brutal aux aspects puérils, révolutionnaires, égalitaires, oui ! ” Cahiers de L’Herne n°3, p. 16 ) Une de ses façons à lui qu’il lâchera pas même quand il est au régiment du 12e cuirassiers et qu’il a à peine dix huit balais la hiérarchie et les classifications sociales que les bourgeois ont installées pour en fiche plein les mirettes du populo et le faire s’aplaventrer devant les maîtres ça lui a jamais causé !

D’abord il l’écrit à son poteau des années d’apprentissage de la médecine Albert Milon qui l’accompagne dans les tournées en Bretagne contre les ravages de la tuberculose : “ Mais la misère n’est concevable que pour ceux qui l’ont tâtée – et le cœur des bourgeois est quelque chose d’inconcevablement terne et d’insensible à la misère des autres – ( … ) Oui, mon vieux, j’ai gravi et successivement descendu déjà bien des échelons de l’échelle sociale et je reste confondu de l’incompréhension des cloisons étanches qui existent entre les hommes – Il y a foutrement plus de différences entre un bourgeois français et un pauvre Gaulois qu’entre riche François et un opulent Teuton. ” ( Lettre non datée à Albert Milon, Céline, le Temps des espérances, François Gibault, Ed. Mercure de France, p. 226 )

Anar Céline et comment ! et pas dupe du fait que cette manie de hiérarchie comme il le dit là elle sert à faire miroiter à l’homme du peuple que s’il arrive par des tas d’entourloupes à se hisser à la hauteur et à entrer dans la clique des nantis il pourra tranquille se fiche pas mal des camarades et voilà ! Là-dessus fallait pas compter sur lui pour faire du sentiment avec le prolétaire comme il l’appelait parce qu’il était de la troupe des exploités… Dans tous ses voyages il avait pu remarquer que le chien du monde il en crevait partout de la rapacité de la meute qui défend sa tribu son clan sa classe sociale sa famille et sa gueule et si vous ne faites pas partie du lot c’est pas la peine hein ?

“ Jamais les prolétaires ‘ favorisés ’ n’ont été si fort attachés à leurs relatifs privilèges patriotiques, ceux qui détiennent dans leurs frontières des richesses du sol abondantes, n’ont aucune envie de partager. ( … ) Les hommes ils se mettent en quart terrible tant qu’ils peuvent, ils y tiennent plus qu’à l’honneur à ces bonnes richesses du sol… Ils les défendent à vrai dire, comme la prunelle de leurs yeux… contre toute immixtion, contre tout genre de partage avec les prolétaires des autres pays miteux, avec les enfants de la malchance, qui sont pas nés sur du pétrole… ( … ) Pour les prolétariats cossus, les autres n’ont qu’à se démerder, ou tous crever dans leur fange… ”Bagatelles pour un massacre, Ed. Denoël, 1937 p. 152 )

 Sûr qu’il digérait pas le manque de solidarité et même plus d’empathie m inimum entre les êtres et comme il avait raison de sa colère face à tous ces misérables qui pas capables de se soutenir les uns les autres dans la pire des débines fonçaient en masse comme les types du régiment des cuirassiers se faire ratatiner et trucider les autres pour le profit honteux de quelques-uns…  

“ ( … ) Tristes gens – mystiques. Je les ai vus foncer à la mort – sans ciller – les 800 – comme un seul homme et chevaux – une sorte d’attirance – pas une fois – dix ! Comme d’un débarras. Pas de sensualité – pas un sur dix parlant français – doux et brutes à la fois – des cons en somme. ” Bulletin célinien, n° 24, Bruxelles. Lettre à Roger Nimier du 14 novembre 1950 in Biographie de L‑F. Céline Frédéric Vitoux

Alors Céline lui qu’a assisté à cette vendange des corps jeunes et joyeux ce qui lui a pris  à votre avis de bifurquer direction la médecine à peine qu’il revient de son périple d’Afrique Douala en 1917… même si c’est en faisant  le détour par son job de “ conférencier pour la fondation Rockfeller de propagande contre la tuberculose ” ? 


A suivre...  

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Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /2009 23:42

Le chien du monde suite...

            Le médecin vous voulez que je vous dise ce que ça représente pour les gens des campagnes dans les années 50‑60 par là que je me souviens drôlement vu qu’à la cambrousse j’y étais des longs bouts à cause de la mauvaise atmosphère des banlieues qui me rendait malade des bronches justement… la bouillasse noire des rues l’hiver et la poussière des fumées et le mouillé partout ça aidait pas… Mes parents ils faisaient leur possible et on allait les dimanches prendre l’air tous ensemble aux bois de Clichy avec les autres loupiots des cités on se retrouvait mêlés aux clébards qui caracolaient dingues s’étripaient se coursaient… les grands-mères qui tanguaient sur leurs rhumatismes et leurs kilos de bouffe bon marché mais je continuais quand même à tousser. Alors on m’a empaquetée un jour et Hop ! j’ai d’un coup avec la paluche solide de mon grand-père le cheminot du réseau Nord qui m’entraînait largué mes terrains vagues familiers pour me retrouver au milieu des prairies des vergers de pommiers et des ruisseaux à cresson… un énorme bond dans l’inconnu… Hop ! Hop !

D’abord la campagne ça n’a pas eu un grand effet sur mes maladies que la family life des années pas très luxueuses avait pas arrangées mais pour ce qui est de la suite et de mon goût à me barrer dans les rêveries et l’imaginaire ça a bien donné des fruits… Mais au sujet de la médecine des campagnes j’ai pu observer ce que j’ai voulu et en garder des échantillons dans ma mémoire car à cause de moi le toubib il se pointait régulier une ou deux fois le mois pour des otites des bronchites des coqueluches des eczémas des éruptions enfin vous voyez… Entendu que mes grands-parents avaient pas tout à fait les habitudes des paysans du coin bien qu’ils aient vécu dans les petites bourgades du Nord assez folichonnes… mais je crois que de la manière qu’ils le considéraient le médecin c’est exemplaire de c’t’époque et du milieu où Céline il a zoné aussi sans doute malgré les progrès de la médecine et de la pauvreté…

Ma grand-mère elle le faisait prévenir par la personne de l’épicerie vu qu’entendu qu’on avait pas le téléphone la veille au soir pour qu’il nous mette dans sa tournée pareil que le facteur et au moins deux plombes avant qu’il radine déjà c’était le branle-bas… Y’avait que la grande cuisine où on faisait tout qu’était entretenue tiède par l’énorme cuisinière à bois l’hiver et c’est dessus qu’on mettait la marmite d’eau à chauffer vu qu’y avait que l’eau froide au robinet. Fallait d’abord désinfecter à fond la cuvette tôle émaillée où le Docteur il se lavait les mains… Ah ouiche ! c’est que c’était sa cuvette rien qu’à lui qu’on rangeait après usage et personne y touchait hein ! Même si j’étais auscultée que des oreilles ou de la poitrine moi on me lavait d’un bout à l’autre de ma personne au gant de toilette tout contre la grosse bécane qui ronflait et me cramait la couenne et vite on me frictionnait avec l’eau de Cologne dès fois que je sente… On aurait eu la honte !

Quand le médecin se pointait ma grand-mère qui l’appelait toujours Docteur… sur un ton respectueux lui apportait l’eau chaude la savonnette neuve le torchon blanc juste sorti de l’armoire qu’il se lave les mains c’était le rituel que s’il se prêtait pas il était grillé fichu pour des siècles à des centaines de lieues tout autour… De c’t’époque j’ai le souvenir des cataplasmes à la farine et lin et de moutarde qui piquaient abominable… des tisanes de thym des décoctions d’eucalyptus qui bouillaient des heures sur la cuisinière pour assainir l’atmosphère… De la main qui tenait la mienne comme une caresse de fraîcheur que j’attendais et des discussions qui en finissaient pas avec mon grand-père sur les gelées tardives qui allaient massacrer les fleurs des abricotiers et les ruses pour détourner l’interdiction de pêcher les écrevisses dans la vase de la rivière où les poissons faisaient miroir au soleil… Le chien du monde lui couché devant la porte il guettait la fin de la séance heureux qu’y ait des hommes pour rendre la vie et la mort plus légère…

Avant de repartir continuer sa tournée des gourbis le Docteur se relavait les mains et ma grand-mère lui payait cérémonieusement la consultation avec les sous qui étaient prêts posés sur la table pendant qu’il expliquait les choses écrites sur l’ordonnance mais on connaissait tout… Y avait que des choses simples et pas chères qu’on allait acheter au bourg à côté avec l’autobus et pour les tisanes on cueillait les plantes au jardin et Hop ! Comme Céline après quand je l’ai lu il nous filait des conseils de pas se prendre le chou avec mes maladies… à force de prendre l’air dans les p’tits chemins où on marchait après l’école avec mon grand-père jusqu’à la nuit elles ficheraient le camp un jour… C’était aussi simple que ça… Ma grand-mère disait “ Au revoir Docteur et merci pour le dérangement… ” en le raccompagnant à la grille et toute la journée on avait entre nous la présence bienveillante d’une ombre  paisible qui nous accompagnait…

C’est vrai que l’enfance dont je cause elle n’est pas aussi proche du début du siècle que la période où Céline entreprend ses tournées médicales en Bretagne sous la direction du docteur Follet pour parler aux paysans de la tuberculose et des microbes en général… Mais quand j’accompagnais mon grand-père chez certains paysans dans ces années 60 la pauvreté installée là-dedans comme chez elle avec l’alcoolisme les maladies mentales et les gamins qui arrêtaient l’école au certificat qui ne savaient pas tous lire couramment c’était pas si rare et ça me serre la gorge de rage et d’impuissance quand ça me revient… En y pensant je n’crois pas que si le Docteur Destouches s’était pointé avec son attirail de cinéma sur la place de l’école comme le r aconte Henri Mahé il aurait été déplacé…

“ Je me souviens encore de ce soldat américain dégingandé qui parcourait le bourg une pile de bouquins sous le bras. Nous, les mômes, nous l’escortions, car il nous faisait rire et nous donnait du chouine-gomme… Puis tu rentrais à l’Hôtel Piton et nous écrasions notre nez sur les vitres pour t’apercevoir griffonnant à la craie sur une ardoise… Ainsi, seul, tu préparais ton bac… Le soir, sous la halle, conférencier itinérant de la mission Rockefeller, tu gueulais aux bonnes gens accourus, leur faisant à la lanterne magique des projections de microbes qui auraient bien ‘ graissé ’ :

‘ – Le microbe c’est la mort ! Il y en a plein dans l’eau ! Il y en a plein dans le lait ! Faites bouillir votre eau ! Faites bouillir votre lait !… ”  La Brinquebale avec Céline, Henri Mahé, Ed. La Table ronde, 1969, p. 215

 


A suivre...

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Jeudi 7 mai 2009 4 07 /05 /2009 22:08

Bon voilà encore un bout un fragment de mes gribouillis et petites chroniques que je mets au point par le principe de l'écriture spirale de l'escargot ( ceux qui connaissent l'écrivain Jean Pélégri comprennent... ) sur ce que L.F.Céline a apporté dans l'écriture de quelqu'un comme mézigue tout cru sortie d'un milieu populaire et qui a rien d'intello ni d'écrivain pro et qui aboie frénétique Ouaouf ! Ouaouf ! C'est tout fouillis... c'est comme ça... ceux qui ont la passion de Céline apprécieront...

Le chien du monde suite...


      Le chien et moi on a pas cessé depuis notre vagabondage à Meudon d'essayer d'entrer en communication avec ce type trop incroyable qui soignait les pires lascars et qui en connaissait un bout sur l'âme des gens alors !... Ouaouf ! Ouaouf ! mort Céline en 1961 dans la grande fournaise du juillet qui démarre et pose son couvercle de marmite banlieue sur la Seine aux brumes d'herbes fraîches... Vous y croyez vous ? Eh bien nous autres pour sûr qu'on y croit pas une seconde et qu'à chaque fois on la sent sa présence là au creux du fouillis des plantes en sauvagerie des bords de Seine comme il aimait aller s'y frotter avec Agar le grand chien terrible !       
      Pas dire qu'on les voit en chair et en poils non... pour ça faudrait qu'on se pointe dans la Night d'automne quand les ciseaux des rives taillent au creux des tissus des brumes des fantômes légers qui dansent entre les silhouettes noires des saules et des plantes d'eau géantes...
      Mort Céline lui qui n'a fait que s'empoigner avec la chienne d'existence qui lui tenait si fort à l'âme et à la peau qu'il s'est battu brandissant les armes en papier du chevalier Don Quichotte pas qu'on le traîne au gibet et Lucette et Bébert itou tant qu'il a pu... Et même bien avant d'avoir entrepris de passer sa médecine et de boucler sa thèse sur le médecin accoucheur hongrois Semmelweis alors qu'il en revient juste de la grande tuerie déjà il s'intéressait à donner des tuyaux aux gens pas qu'ils soient dévorés crus par les maladies de la misère qui fréquente partout dans les milieux ouvriers. Oh ! c'était des choses simples... des conseils sur l'hygiène et des petites façons de se soigner comme on en a bien besoin dans les maisons des familles semblables à la mienne ainsi que le raconte Frédéric Vitoux dans son histoire de La vie de Céline, ( Ed. Gallimard, collection Folio 2004, p. 219 ) :
      " La paix pour lui ne changeait donc rien. La mort demeurait au programme, à l'horizon. Il fallait continuer d'engager contre elle une guerre de chaque instant. Appelons là la croisade contre la tuberculose, mettons. Il fallait s'épuiser à dresser une parole vigilante, consolatrice - comme autant de conseils inutiles au fond, inutiles autant qu'indispensables. Face à la mort donc, la dernière triomphatrice contre laquelle on n'en finit pas de lutter, avant de rendre les armes. "
      Non pas mort Céline pour sûr lui qu'acceptait pas jamais la mort des autres et qu'était la compassion même pour ceux qu'il soignait comme on le voit si on veut bien... je vous en ai déjà causé dans la petite chronique précédente... quand le môme Bébert le neveu de la bignolle de Ferdinand lui meurt doucement entre les pattes d'une fièvre typhoïde. " Sur sa face livide dansotait cet infini petit sourire d'affection pure que je n'ai jamais pu oublier. Une gaieté pour l'univers. " (Voyage au bout de la nuit Louis-Ferdinand Céline Ed. La Pléiade, 1981, p. 242 ) Pas plus ni moins mort qu'il est Ferdinand que sa complice Arletty qu'a comme lui la gouaille et la classe des gens des faubourgs... Ouaouf ! Ouaouf ! qu'il oublie jamais de citer dans ses lettres de Klarskovsgard au Danemark qu'il écrit à Pierre Monnier un de ses poteaux d'Armorique. Voilà comment il en cause Monnier... sûr que Ferdinand et elle ils étaient de la même trempe !
      " Elle est alors elle même aux prises avec les paparazzi et les journaleux de la presse à sensation. Mais, si quelque chose ne lui a jamais manqué, c'est la répartie, le quolibet comme elle dit elle même. Elle sait, très vite, et pour quelques secondes, abandonner cette aristocratie naturelle qui tient si bien les autres à distance et proclamer avec calme : ‘ Je ne trouve ces feuilles là qu'aux chiottes, et mon cul ne sait pas lire. " ( Ferdinand furieux, Pierre Monnier Avec 313 lettres de Louis Ferdinand Céline à Pierre Monnier, Ed. L'âge d'homme, 2009, p. 37 )

      Arletty aussi on aurait pu la croiser sa dégaine de grand oiseau nocturne au plumage luxueux blanc des chouettes effraies qu'on entend du côté de Meudon et des péniches du chemin de hallage les grosses bien ventrues bien épaisses avec leurs pontons d'amarrage aux couleurs pastel rouillées rose vif... bleu turquoise... vert pomme... leurs boîtes aux lettres branlantes pourries qui pendouillent à des poteaux où on a peint des noms tous plus croquignoles qui seraient sortis des films de Carné ou de Renoir qu'ça aurait pas d'étonnement... Ce qu'on en a fait du chemin là... nous autres à renifler les relents qui viennent direct des berges de la vase mélangée touillée avec les plantes d'eau leurs lacets bleuâtres qui grimpent gigotent aux pieds des pontons qu'on voit profond malgré les remous bruns terre et ocre et les bandes de canards bavardeux... ils ont la gouaille des faubourgs eux aussi... qui piétinent à fleur de flotte autour des barques en bois dont la peinture verte rouge cerise ou chocolat s'arrache des flancs pour dériver en reflets touillés à ceux de leurs énormes frangines...
      Sûr qu'elle les avait à la bonne pareillement les rives à cet endroit de la Seine qui se frotte sa pelure un peu rouquine contre les ruines béton gris de L'île Seguin Arletty et qu'elle y a bourlingué des fois au bas Meudon avec Céline évident avant qu'ils remontent direction la Route des Gardes... leurs deux formes noires silhouettes longues fantômes presque déjà d'un temps révolu... Les bords de la Seine à Meudon ça ne pouvait que l'enchanter même si ça n'a pas le côté heureux et insouciant que la bande des peintres impressionnistes ont donné pour toujours aux guinguettes des bords de Marne et leurs taches mauves roses blanches... elle qui avait posé pour Marie Laurencin et Van Dongen dans sa jeunesse... Et puis justement à cet endroit là Meudon vers Billancourt c'était encore du petit peuple et de la débine des prolos qu'on pouvait trouver... Enfin c'est ce qu'il en restait et Céline à son retour d'exil il n'a pas pu faire autrement que d'y aller attiré par cette population où il avait démarré y'avait une cinquantaine d'année de ça à Courbevoie pareillement... Arletty ça n'la gênait pas la langue de Céline... ses ricochets... ses balbutiements toujours à la limite extrême du retour à l'animalité... aux grognements et aux aboiements...

“ Une amie m’invite à prendre le café et me réserve une surprise. Dans un coin du salon, debout, un très bel homme aux yeux gris – Présentations : ‑ Céline. – Arletty. Ensemble : ‘ Courbevoie ’. Longue embrassade. Début d’une amitié que rien n’a pu troubler. ”  ( La Défense, Arletty, Ed. La Table ronde, 1971, pp. 140 et 141 )

A suivre...

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Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /2009 23:52

     
              Comme promis il y a quelques jours voici le reportage que notre reporter spéciale S Bretagne Françoise Bezombe
s qui participe à nos Cahiers depuis qu'ils existent nous a concocté au Festival des Etonnants Voyageurs de Saint-Malo. C'est vraiment un plaisir extra de se balader avec elle dans notre ville d'adoption de Saint-Malo au milieu des écrivains et des bouquins ! Alors Bon voyage et Bon vent dans toutes nos voiles sans oublier de remercier le photographe Robert Bezombes !

SAINT-MALO DES LIVRES

 

 

Depuis vingt ans Saint-Malo accueille en son sein le Festival Etonnants Voyageurs et ceci durant trois inoubliables journées.

Et depuis cinq ans, comme un aimant, cette manifestation m'attire tant la passion des livres et de la lecture me dévore ! Dès l'école primaire où je fis l'apprentissage de la lecture comme tout un chacun je suis devenue une papivore !

 

Arrivée dans la cité corsaire, joyau de la Côte d'Emeraude, le samedi 30 mai 2009.

 

Les nourritures spirituelles s'alliant à celles du corps en Bretagne, je m'empresse de déguster les traditionnelles galette-crêpe dans ma crêperie préférée Le Salidou tenue par une autre Françoise dont le chaleureux accueil m'a fidélisée. Déambulation dans les ruelles intra-muros si chères à Dominique et sur les remparts afin de humer l'air iodé et tonique de la cité malouine. En remontant la Chaussée du Sillon où la brise en permanence caresse le promeneur - quand ce n'est pas le vent qui carrément le revivifie ! - je prends mon billet pour passer toute la journée du lendemain au Salon du Livre car cette manifestation draine un monde fou et il faut savoir s'organiser afin de faire la queue le moins possible : on est là pour se détendre!

 

Dimanche 31 mai, journée bouquins.

 

Toute cette journée je déambulerai parmi les stands qui acc ueillent de nombreux auteurs. Il fait chaud, le soleil est au rendez-vous.

Un de mes premiers arrêts sera réservé à un éditeur breton, Diabase, où je suis toujours gentiment accueillie car nous commençons à bien nous connaître vu qu'il est aussi présent au Salon du Livre de Paris. Pour moi l'occasion d'acheter le dernier recueil de nouvelles d'Hervé Jaouen  Petites trahisons et grands malentendus ( tout un programme... )


           Dans les allées surchauffées par la chaleur due au soleil qui s'en donne à coeur joie et la foule compacte – qui a dit qu'il ne fait jamais beau en Bretagne ?? - je croiserai Azouz Begag, Patrick Rambaud, auteur de  deux livres de Chroniques du règne de Nicolas 1er, satires politiques à ne pas rater que j'ai lues récemment et lesquelles en y repensant m'ont fait lui sourire lorsque je suis passée près de lui..

Lorsqu'une longue file attend devant un stand, attendez-vous à une « vedette ». Et, en effet, en me haussant sur la pointe des pieds j'ai pu constater que l'une d'elles aboutissait à une dédicace de Bernard Giraudeau : est-ce l'écrivain ou l'acteur qui attire le plus ces gens ?

Je suis allée parler et me faire dédicacer un ouvrage ( mon “ petit truc à moi ” c'est d'emmener toujours sur moi dans les salons des ouvrages que j'ai déjà en ma possession lorsque les auteurs sont prévus au programme ) par Anna Moï, écrivaine française d'origine vietnamienne, Hervé Jaouen le Quimpérois, Jean-Marie Blas de Roblès dont j'ai acquis Là où les tigres sont chez eux, Prix Médicis, « gros pavé », comme l'on dit, que je me réserve en tant que lecture estivale. Les livres étant pour moi une formidable incitation au voyage…

Je croiserai aussi la route d'Amin Maalouf, d'Alain Mabanckou au sourire épanoui et à l'éternelle casquette vissée sur le crâne.

Ce que j'aime à Saint-Malo c'est qu'on ne reste pas confiné à l'intérieur du bâtiment du Salon du Livre, la ville offrant plusieurs sites pour les différentes manifestations. C'est ainsi qu'au Palais du Grand Large – rien qu'à ce nom évocateur on se voit en partance vers des horizons lointains – suite à la projection du film de Christophe de Ponfilly L'étoile du soldat sur l'Afghanistan j'ai assisté à une rencontre à laquelle participait Atiq Rahimi, Prix Goncourt.

A travers la ville on a le plaisir de croiser de nombreux auteurs. Sur mon chemin par deux fois j'ai vu l'écrivain Abdelkader Djemaï mais il était très occupé car je pense qu'il devait se rendre à des rencontres littéraires, les auteurs ayant apparemment à ce salon de nombreuses interventions à effectuer. Mon angoisse était de ne pouvoir le voir, lui parler et me faire dédicacer mes ouvrages. Et enfin, bonheur, dans les allées du salon en fin de journée, nous avons pu échanger. Mon mari qui l'avait aperçu m'a vite prévenue et il a voulu immortaliser ce moment par le cliché que Dominique a mis en ligne sur ce blog précédemment. Ce fut un échange enrichissant, tant cet auteur est chaleureux et surtout tant de gentillesse et de patience émanent de lui.
        Son dernier livre Un moment d'oubli a été justement un moment absolument inoubliable pour la lectrice que je suis et je ne peux que vous inciter à vous y plonger à votre tour. De plus l'article de Dominique sur ce blog donnait déjà une forte envie d'ouvrir le roman d'Abdelkader Djemaï.


             Cette journée littéraire se terminera par un petit tour du côté de ma chère crêperie Le Salidou et un tour des remparts par le chemin de ronde afin de voir le soleil se coucher car aujourd'hui il a bien bossé et il a droit au repos !

 

Lundi 1er juin

 

Saint-Malo, je dois hélas te quitter !

Un dernier tour sur le Sillon, un clin d'oeil au Fort National photographié hier soir parmi les ors du coucher de soleil somptueux.


            Après un détour par Cancale et ses célèbres huîtres dont une flopée d'Anglais ravis se régalaient en bordure de la jetée, direction le Morbihan chez ma soeurette... avec dans ma besace de la lecture pour cet été et de belles images plein les mirettes !

Et un grand désir au fond du coeur : être là pour la 21ème édition en 2010 en souhaitant que mon amie Dominique y soit aussi...

Et merci de m'avoir suivie – sans ennui je l'espère – au pays des Corsaires et des Etonnants Voyageurs.

 

Publié dans : Petites notes de lecture
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