Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Saïd et Diana

Said-et-Diana-2.jpg

Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
  • Retour à la page d'accueil
  • Partager ce blog

Texte Libre

Texte Libre

Pour faire défiler les images du catalogue cliquez sur la fenêtre dans le bleu et placer le curseur de la souris sur la page à gauche...

Commentaires

Image de Dominique par Louis

Recherche

  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 23:12

Les tables de sable suite...libye2

‑ Je ne me retirerai pas comme l'ont fait d'autres présidents… Nous voulons reprendre le pouvoir sur le terrain… La révolution est un sacrifice à vie jusqu'à la fin… C'est nous qui avons créé ce pays… Et ceux qui se sont vendus nous ne pouvons pas l'accepter…  Que dieu les maudisse !… 

‑ Je suis du côté de la volonté du peuple…

‑ Je n'ai pas de palais… pas d'argent… je n'ai même pas d'avenir… J'ai consacré ma vie à la révolution… Je me battrai jusqu'à la dernière goutte de mon sang !…

 

Debout dressé dans sa ghalabia verte les deux mains tendues en direction du soleil qui descend de plus en plus vite sur les crêtes luisantes des dunes de l’Erg Ubari avec à ses pieds autour de lui les monuments funéraires du Tombeau des Rois les petites pyramides de briques rouges de la nécropole d’Al‑Hatya il crie avec la voix aigue des tobols du sable comme si toute la terre pouvait l’entendre… Ici à l’Est de Germa le cimetière des Garamantes peut l’accueillir lui et ceux qui lui sont restés fidèles assez nombreux pour former un nouveau peuple là où les siens n’ont jamais cessé de combattre… Le pays des Garamantes s’étendait de Ghadamès à Al‑Jufrah et d’Akakus à Morzouk… il couvrait tout le territoire des tables de sable du royaume de Phazania qui est à lui et au grand peuple venu du Pays des Noirs et qui ont mêlé leur sang à celui des Kel Tamaschek…

    Devant la plus haute des tombes sur la table à offrandes percées de cavités où on a versé de l’eau trois statuettes d’ébène polies de personnages jumeaux androgynes reliés entre eux par l’épaule et par la hanche tiennent à la main des lances d’os qui renvoient des rayonnement d’or mat partout alentour… Il est arrivé ici il y a peu a garé le Pick‑up derrière l’abasseur de roseaux épais que ses hommes avaient construit parce qu’ils savaient qu’il viendrait ils le connaissent et puis son fidèle frère de sang  Alem un fils d’Erythrée qui ne le quitte pas l’avait prédit… Juste le temps de régler leur compte aux gouverneurs qui l’ont trahi et qui vendent chaque jour un morceau de ce pays aux chiens venus du Nord il a fait ce qu’il devait faire… Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !… les imbéciles ! Ils ne se doutaient de rien… Ils roulaient au volant de leurs camions lance roquettes armés comme le premier de ses combattants avec les munitions qu’ils lui ont volées sans connaître la piste fonçant pareil que sur le goudron les ânes… les rats !… 

C’est un de ces traîtres qui menait le convoi à sa poursuite qui a réussi à persuader son fils le troisième Baal de négocier sa reddition… Cette nuit les chacals de l’Erg Ubari auront de la viande en abondance pour leurs petits… Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !… Sur les trois petites statuettes totems qu’Alem a déposées au bord des tombes le croissant de lune semblable à un cristal aux scintillements vert onyx fait rebondir ses ruisseaux pâles… Les dieux lunaires ont toujours été avec lui… toi Khonsou fils d’Amon tu me donneras ta puissance pour que je régénère ce monde décadent… tu me donneras ta force vive pour que je poursuive les maudits jusqu’au cœur du désert blanc où ils seront dévorés par les la-proie2000overblogâmes des tobols qui les figeront à l’intérieur de l’erg comme l’armée perdue… Je vous recouvrirai d’armures d’émeraudes et de croissants de lune mes fils je le jure et nous combattrons jusqu’à la dernière goutte de notre sang !…   

 

A 634 kilomètres de là au Nord‑Ouest il y a un homme qui écrit dans un cahier qu’il emporte avec lui au milieu de la ville en feu… 

Journal du jour d’après Nuit du 8 octobre 2011

Syrte ma ville une fois encore tout à l’heure je t’ai regardée… Syrte des maisons bleu turquoise et blanches devant la mer qui attendent paisibles comme si rien ne pouvait arriver… Les citernes de pierre ocre du temps révolu d’un vieil empire peuvent contenir assez d’eau pour arroser tout le désert As‑Sahara où se rejoignent les tribus d’Afrika qui connaissent les grandes routes caravanières du Nord et du Sud… Syrte ma ville comme tous les ports tu as grandi tournée vers ailleurs et c’est d’ailleurs que sont venur toujours les marchands d’esclaves…

Toujours tu as été telle une pierre d’émeraude livrée aux bleus lavés de ton ciel dans le creux de la main d’une reine de Babylone le lieu de toutes leurs convoitises… Il y a longtemps que tes gouverneurs les Zirides et les maîtres d’Ifriqiya se sont arrachés ta ghalabia de soie d’outremer et ce qu’ils ont laissé derrière leurs armées n’étaient que déchirures et ruines bientôt recouvertes de champs de fleurs jaunes… Syrte ma ville par les trois portes de tes murailles les pillards sont entrés et ils ont semé la mort et ils ont vidé dans tes ruelles leurs outres remplies de sang…

Syrte ma ville ton assemblée populaire est une tente de pierres blanches semblables à celles qui cuisent et fondent sulfures de sable entre les mains des forgerons du Fezzan aux moucharabieh d’ombre… Tu vas t’effacer du monde et de la lumière lancinante qui tombe du soleil ma ville aussi fragile et mouvante que les demeures de terre crue et rouge de ton enfance ancienne…

Je m’efforce de ne pas courir en passant à ras des façades déchiquetées et mes semelles s’enfoncent dans les éclats coupants des vitres du Café Niamey où mes yeux mordent les reflets des incendies dans le ventre argenté des chichas renversés et dans les réservoirs des lampes à pétrole éparpillés comme les rectangles d’ivoire des dominos et les tentures vertes en charpie qui pendouillent… Le Café Niamey effondré à quelques rues du vieux quartier où on a déménagé avec mon père quand ma mère est morte dans un des immeubles qui avait échappé à la rénovation avec sa petite cour intérieure conçue comme un patio andalou ses colonnes couvertes d’un enduit ocre devenu couleur du sable que d’année en année les géraniums des terrasses et les lauriers roses avaient obstinés envahi… Hamou et moi on l’appelait le kaoua du désert à cause de sa déco faussement bédouine qui nous allait bien… On venait causer là les après‑midi au retour de la Fac dans les odeurs de miel et du tabac doux presque écoeurant des chichas qui faisait monter entre nous une brume rousse… 

C’était notre refuge favori celui où nos pères tous les deux nés dans la même tribu bédouine de l’oasis d’Al‑Jufrah qu’ils avaient quittée ensemble pour remonter travailler à l’extraction du sang noir qui commençait sur les ports côtiers toléraient et où ils ne venaient jamais… Nos discussions qui n’en finissaient pas nous emmenaient loin de ce dont ils nous parlaient toujours les légendes du Fezzan et les méharées qui ne les faisaient jamais toucher le bout de cette terre mouvante… Elle était le symbole de leur liberté parce qu’il n’existait pas de bout justement à l’errance… Il n’y avait que le sable et le vent… le sable et le ghibli brûlant et rien d’autre… Mais à leur grand désarroi Hamou et moi comme tous les jeunes Libyens de notre génération les fils des Kel Tamaschek ou des autres tribus nous regardions tous du côté de la mer…Traversée

Ne pas courir… surtout ne pas courir malgré la peur qui halète dans ma gorge… je sens ma respiration griffer ma langue comme quand je me précipitais petit au flanc des dunes les plus hautes à la bordure Nord de l’oasis pour guetter les caravanes… 

Ne pas courir !… m’a encore crié Hamou tout à l’heure avant de nous quitter pour ne pas servir de cible aux snipers… Même dans les rideaux de poussière de béton et d’argile mêlés qui font un écran à la nuit d’indigo transparent de Syrte ils te verront et ils te descendront !… Tu es leur proie ils ne te lâcheront pas ils aiment trop la mort…

Ne pas courir… hein ! surtout pas… m’enfouir aux trous frais des façades qui sont de petites niches protectrices qui me rappellent d’un coup les cavernes alignées autour des silos ronds en banco de terre couleur de sang dont l’enduit crème ne restait plus que par grumeaux dans les replis des ouvertures et sur les marches des escaliers étroits du Djebel Nafussa… Les Berbères de Qasr al Haj y gardaient le grain l’huile et les olives ou les dattes… C’étaient de vraies forteresses où ils se réfugiaient face aux Arabes… Rester caché là les pieds dans les tessons de verre et de briques le temps qu’il faut pour tenir la peur tranquille au moment de l’illumination aveuglante comme un soleil meurtrier de la chute d’une roquette sur l’Hôpital Ibn Sina… Ma mère y est morte il y a déjà… privant d’un couperet brutal mon adolescence de ses rires…

Attendre tapi sous ce gémissement devenu familier en un mois de bombardements incessants la stridence de l’explosion mes mains cachant ma figure et mes yeux que la lueur violette et ses milliers de flèches de phosphore blanc ne m’aveuglent pas… Attendre comme toi ma ville dans l’abri de ce terrier animal aux halètements fous qui remontent du ventre de la terre que l’obscurité me renvoie un instant à sa protection bienveillante pour bondir au bord d’une nouvelle cache à deux pas de là… Ouaouh !… Cette fois‑ci la gerbe géante a traversé mes paupières et j’ai senti sa chaleur sur ma peau entre ma veste et mon pantalon de coton noir et mon corps j’ai retrouvé la blessure complice des lapements secs du feu sous la ghalabia lors de mon dernier voyage à Al‑Jufrah pour accompagner la silhouette frêle et souple comme l’acacia bleu de mon père à sa terre d’origine…

Je sais qu’ils se rapprochent de ce quartier qui est le plus moderne de la ville… celui où a eu lieu la grande rencontre des pays d’Afrique et d’Arabie pour que nous cessions de nous comporter comme les enfants nés d’épouses rivales et que nous écartions les frontières que les colonisateurs ont élevées entre les peuples animés de la même passion rebelle… Nous les fils des Kel Tamaschek nous savons que notre territoire est sans limites… La terre est assez vaste pour tous les hommes libres… Mon père avait assisté peu avant sa mort aux fastes de la fête des pays du Sud rassemblés dans la ville qui n’était pas tout à fait la sienne et je me souviens de sa joie et de sa fierté qu’à l’initiative d’un homme de notre peuple un arrière petit‑fils et fils de bédouin toutes les tribus d’Afrique et du Monde Arabe acceptent de parler d’un avenir sans guerres organisées par ceux qui pillent notre sol et nous retirent de notre histoire…An 2000

Les tindés et les tam‑tams avaient battu comme jamais durant des nuits et des nuits… des nuits violettes et rose grenadine semblables à celle‑ci et le fracas des pieds des hommes et des femmes dansant aux terrasses des cafés qui ne fermaient qu’à l’aube dans l’odeur des chichas et des fleurs de jasmin qu’on jetait en poignées faisait frissonner les murs des bâtisses anciennes dont il ne reste à cette heure que des lambeaux calcinés… Ne pas me relever trop vite… mes mains sont poisseuses de sueur mais je n’ai pas été blessé par les fragments de métal aigus ni par la chute autour de moi du premier étage d’un immeuble en construction dont les poutrelles imitent maintenant un ksar fantôme où perce la douceur laiteuse de la lune…

Cela fait des heures depuis que le crépuscule d’un orangé sanguine a noyé l’intense radiation du jour sur le plateau argenté de la ville et ses terrasses que je progresse mêtre par mètre au milieu des gravats mêlés aux objets cassés crevés abandonnés par ceux qui ne pouvaient pas emporter avec eux en fuyant les choses complices de leur vie il y a quelques jours encore… quelques semaines… C’est ça d’abord la guerre avant de te tuer elle te dépouille de ta mémoire… Ils ont tout laissé là en plan dans le désordre du départ précipité comme j’ai laissé la selle en bois sculptée et les couvertures rouges et noires de laine brodée de motifs verts dorés orange et blancs de mon père… Ils viendront avec leurs Pick-up une fois qu’ils nous auront tous chassés de nos maisons et ils voleront l’or et les bijoux oubliés et ils jetteront dans des brasiers de pneus et d’essence tout ce qui a appartenu à notre histoire de nomades d’As‑Sahara…Selle.jpg 

 

‑ Des milliers de Libyens mourront en cas d'intervention de l'Amérique ou de NATO !… Nous ne pouvons pas permettre aux Américains ou à l'Occident d'intervenir en Libye… S'ils le font, ils doivent savoir qu'ils se jettent dans un enfer et une mer de sang pire que l'Irak ou l'Afghanistan… Nous distribuerons les armes par millions et ce sera un nouveau Vietnam !…

‑ Les bombardements continus de NATO nous donnent le droit d’offrir à Syrte le titre de capitale de la résistance… La guerre urbaine vient de commencer et les gens doivent tuer les rats et purger leurs villes !…

  ‑ Les rats et leurs collaborateurs à l'étranger ne sont pas en mesure de contrôler la Libye à partir de l'Europe et des Etats-Unis comme le sultan de la Haute de Porte de l'Empire Ottoman qui donnait des ordres au Pacha…

              ‑ Les libyens vont se battre, nous allons nous battre très fort, nous n'abandonnerons pas !

 

 

                 ‑ Ces traîtres sont des lâches, ils s'enfuient…

 

 

 

‑ La lutte va continuer et les traîtres seront vaincus parce qu'ils n'ont pas assez de personnes pour les soutenir, les tribus libyennes ne se rendront jamais !…

 

lybie3a

 

A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 18:58

Un monde qui nous crève les yeux

CRS

           C’est plutôt rare que j’aie besoin de commenter les poèmes que j’écris… Pas mon style mais là c’est autre chose… 

Y a quelques jours que le système le plus nuisible et le plus toxique sur lequel repose la société mafieuse où on est tous ensablés a par un hasard poétique incongru pris un coup dans l’estomac… Ce monde comme vous savez est un réseau de mafias toutes plus suceuses de sang les unes que les autres et elles se filent la paluche pour traire le brave lascar qui n’y voit que dalle d’ordinaire… Et aussi pour le tuer lentement ou un peu plus vite selon leurs nécessités propres parce qu’elles n’aiment que la mort…

La came… les armes… les trafics de bagnoles et d’êtres humains… le pillage des ressources naturelles de l’Afrique et de l’Arabie… la destruction de toutes les formes de cultures et de civilisations… tout ça fonctionne ensemble peinard et infâme à fond sans que quiconque ouvre les quinquets pour regarder en face la totale arnaque !

Et pourquoi donc que je me demandais en lisant les commentaires indulgents voire complices à l’égard du dealer de mort Neyret la plupart des gens qui ont des mômes en âge de se faire filer le train par des revendeurs de poudre sont‑ils prêts à cautionner n’importe quel comportement pervers et mortifère à partir du moment où ce sont des types bourrés aux as et puissants qui s’y donnent ?

Oui pourquoi ?… Étonnants ces commentaires rigolards ou toujours un peu à côté de la plaque concernant cette “ affaire policière ” qui n'en est pas une... Ça doit gêner pas mal de gens qu'on dévoile un tantinet de ce que nous qui vivons dans les cités de banlieue depuis des années et qui avons pas mal écrit sur le sujet on a pu observer et qui confirme nos analyses et nos réflexions quant à ce qui se joue dans ces lieux-là..

. la-canaille1

Le fait que les trafics de came… de bagnoles volées… de tout ce qui circule de manière illicite dans les lieux dit “ chauds ” des périphéries des grandes villes sans qu'aucune intervention policière ne soit efficace pour les faire cesser soient utilisés par certains aux plus hauts niveaux de la police et des pouvoirs à des fins à la fois de profits personnels et politiques on le sait et on le répète vu qu’on en subit les errements et les violences en fin de course et sur place chaque jour…

Si je n'écris plus dans notre blog pour raconter l'existence des gens dans la cité où on vit p’tit Louis et cézigue c'est parce que les racines du mal ne sont pas du tout là où on veut nous faire regarder : à la base dans les rangs de ceux qu'on voit et qu'on nous désigne du doigt… Eux, les petits revendeurs et casseurs qui nous rendent le plus souvent la vie trop dure sont au bout de la chaîne et s'ils y sont depuis très longtemps c'est bien parce que en haut y a du “ joli monde ” que ça intéresse qu'ils y soient…

Qu'enfin ce qu’on clame avec obstination et expérience à l'appui depuis toujours surgisse d'un seul coup pour donner à voir une société et un monde qui préfèrent là comme ailleurs demeurer aveugles et accuser les mêmes toujours et encore : les petits voyous de la rue qui eux ne sont pas des “ références respectables ” c'est une chance qui nous est offerte à tous de décider de changer la donne…

La came ça rapporte un argent considérable à ceux qui la font circuler et en tirent tous les profits possibles… Désormais on peut savoir où et qui ils sont si on a envie de le savoir et de pouvoir ensuite commencer à reconstruire des sociétés plus justes et plus solidaires…

Mais pas question de se leurrer… cette possibilité de regarder là où les choses se mettent en place pour pourrir l'existence humaine et la ravaler à celle d'aliénés persuadés que rien jamais ne peut être vécu autrement que selon le modèle donné pour immuable va être de courte durée…

Rapidement il est probable que ces “ individus hors de tout soupçon ” seront blanchis comme celle qu'ils contribuent à faire passer aux gamins des banlieues car “ là au moins tu peux bien t'éclater ”… et que nous continuerons à ne pas réagir face à ce qui peut tout à fait devenir un Etat et un monde que seules régiront bientôt la violence et la déloyauté devenues les normes…

arrabal

 Et j’ai de bonnes raisons d’avoir la haine la plus féroce qui soit vis‑à‑vis de ce genre de type dégueulasse comme celui qui vient de se faire crever afin sans doute de mieux relancer le système… J’ai vu y a trente piges de ça crever aussi mais pas pour de rire pas mal de mes poteaux d’overdose et je peux vous assurer que ceux qui leur vendaient cette saloperie de poison étaient des mecs de milieux bourgeois bien friqués et tout à fait “ respectables ”…

Je ne vous oublierai pas vous mes petits frères morts à la sortie de l’enfance grâce à tous ceux autour de vous qui ont résolument fermé les yeux devant les tueurs comme ils les ferment aujourd’hui quand on balance des missiles de fabrication bien de chez nous sur les enfants de Libye…  

Ce monde actuel est totalement décadent et inhumain et nous en avons les responsables sous les yeux. A nous de voir...

 

Journal du jour d’après

Zone.jpg

Epinay, Dimanche, 2 octobre 2011

 

A mes petits frères morts d’overdose

 

C’était hier c’était demain

On a tous pris le même chemin

Nos vieux comme nous ils étaient tout nus

Les tueurs nous ont mis la mort au menu

 

Ce matin je jubile au bout de mon fil

Pendu comme un pendule de cristal

Nos destins de soleils éteints oscillent

Au‑dessus de leurs suaires de métal

Y a longtemps qu’ils nous ont fait suer la peur

Comme un troupeau animal face aux couteaux

Mes petits frères hier les tapeurs

Apportaient la blanche le flingue au fourreau

Dans les cités facile on les repère

Le fric déjà leur tire dans le dos

Ils jouaient votre peau d’enfants fossiles

Contre une Ferrari leurs mains salies de sang

Quand on en serre un on sait que c’est rien

Leurs mafias raffolent du chaos final

On aura moins mal quand on sera cent

Notre temps fatal solitaire détale

 

C’était hier c’était demain

On a tous pris le même chemin

Nos vieux comme nous ils étaient tout nus

Les tueurs nous ont mis la mort au menu

 

Y a longtemps qu’ils nous la servent fraîche

Sur un plateau dans les coulisses glissent

Leurs mains de maquignons contre nos peaux

Des caresses de commerçants tous de mèche

C’est le gang des gagneurs de mômes hagards

Ceux qui versent le sucre à la cuillère

Dedans nos tasses amères à boire

Les dealers nous cueillent dans leur étroit calice

Le sang et l’or sèchent la douceur du soir

Qu’on n’aura pas ils ont mis du noir sur l’aurore

Qui va vous réveiller mes petits frères

Refroidis sur les oreillers de pierre lisse

Balancés d’une aiguille grave à la saignée

De nos carrefours d’enfance sans malice

Vos vingt berges à ramer qui a daigné

Dans le journal d’hier s’en soucier

 

 

C’était hier c’était demain

On a tous pris le même chemin

Nos vieux comme nous ils étaient tout nus

Les tueurs nous ont mis la mort au menu

 

Sur les paliers en bas des escaliers

On est reliés au fil de la défaite

Et au cœur du dédale retenus

Faute d’avoir la force on a voulu la fête

Les traqueurs hantent le rebord des trous

Où demain les enfants basculeront encore

Comme vous mes petits frères et je leur voue

Toute la haine et notre enfer à reculons

Ce sont eux qui ont maqué le décor d’un monde

Plus immonde que l’intérieur de leurs bunkers

Faits pour passer outre la traversée

A travers leurs hivers d’outre mort nucléaires

Au long des pistes de brousse on a tous

La camarde aux trousses légère l’araignée

Dans nos corps abîmés tisse sa toile rousse

A l’hiver de nos veines la vie va saigner

 

C’était hier c’était demain

On a tous pris le même chemin

Nos vieux comme nous ils étaient tout nus

Les tueurs nous ont mis la mort au menu

 

Y a longtemps que la clique glauque fricfraque

Que ses gamers aux fringues du ghetto narguent

Les fils des gueux qui comme leurs vieux raquent

Ça n’est plus l’impôt l’arnaque c’est la défonce

Contre de la défense d’éléphant on largue

L’amarre de nos rêves au cloaque on fonce

Comme vous petits frères on est tout au bout

Du tunnel et pour toucher la lumière

Celle qui bout là‑bas d’un bon coup d’aile

Il faudra de la thune autant demain qu’hier

Vous qu’êtes du bon côté ouvrez vos mirettes

Tous ils amassent le flous à la pelle

Marchands d’armes de came même mise à mort

Sa ligne blanche coupe nos banlieues

Et sa guillotine à dimanches nous mord

C’est elle qui a tranché les mains de nos vieux

 

C’était hier c’était demain

On a tous pris le même chemin

Flics richards artistes et paysans

Employés ouvriers macs ou commerçants

On a tant aimé la guerre on a oublié

Il est bien tard et le fil est tout rouillé

Mes petits frères morts un jour sur terre encore

Pour que la mémoire du fleuve à l’aurore

Visage sang

Rouge de notre sang obscur demeure. 

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 30 septembre 2011 5 30 /09 /Sep /2011 17:59

Les tables de sable Tables-de-sable.jpg

 

La voix venait de très loin… Elle parlait une langue que chacun dans le pays pouvait comprendre qui partait de très bas comme le rythme grave des tam‑tams et des tindés… Elle s’élançait en sonorités claires presque joyeuses qui ricochaient contre les totems de rocs aux formes d’éléphants ou de gazelles et se frottaient à la peau mouvante des dunes…

Partout où on se trouvait debout ensemble accroupis seuls sur le sol désolé du paysage recouvert de cendres noires et dessous les palmes bleutées des grandes oasis on l’entendait… A l’intérieur des puits au creux des réseaux infinis de fogarras au‑delà de la croûte neigeuse des lacs de sel on pouvait la sentir griffer le silence d’une terre devenue inhospitalière aux hommes libres et à nos transhumances éternelles…

 

‑ Je suis un révolutionnaire ! Je n'ai plus rien à perdre ! La Libye, c'est mon pays ! C'est mon pays ! Je ne vais pas quitter la Libye ! Je combattrai jusqu'à la dernière goutte de sang !… Enfin, je veux vous dire… le pays ne doit pas tomber aux mains de fous… 

‑ Je ne démissionnerai jamais…  je vous mènerai à la victoire ! Sortez dans les rues…  n'ayez pas peur… Sortez les enfants…

‑ Je suis à Tripoli… pas au Venezuela ! Je veux leur montrer bien clairement que je suis là… à Tripoli… pas au Venezuela… Il ne faut pas croire les télévisions étrangères ! Ce sont des chiens !

 

Où qu’il soit au milieu de la savane hérissée de grosses touffes d’afazou l’herbe à tresser qui mord n’importe quel désert sitôt qu’il y a un puits il peut sentir au‑dedans de ses oreil Mali-table.JPG les les frissons l’alertant que la parole des hommes annonce un danger qu’il sait… 

S’il les connaissait leurs destinées qu’ils imaginent uniques toutes réunies dans la main d’Amma et de sa femme la terre qui a conçu le tazzu l’arche du maître de l’eau le panier immense au quatre coins déchirés !… Ah oui !… Par là sont descendus les premiers couples de jumeaux androgynes les Nommo pétris dans la boue rouge de toutes les eaux avec leurs jumeaux d’arbres de fleurs et d’animaux… Mais Ogo lui né le premier hors des eaux a choisi de rompre avec le désir du dieu père et il s’est retrouvé seul désolé sans son Nommo sa sœur perdue sur la terre rendue impure et stérile à ses pattes… Ah oui !… Ogo a cherché sans cesse une maison chez les hommes et il ne l’a pas trouvée alors il marche dessus les pistes de sable sans qu’aucun assabeur barrière d’herbes nouées zigzagant autour des khaïmas des nomades ne le retienne…

S’il les connaissait alors leurs destinées de petites créatures isolées dans leur folie à vouloir tuer l’autre toujours leur semblable gardien de la nyama l’âme de l’eau et de la terre ! Hantés par leur mort qu’ils ne savent pas lire s’il les a vus les plus grands les hommes sombres du Sud ceux de ce point particulier où il est venu parce que des autres ceux du Nord il ne parlera pas… Ah non !… Eux qui prétendent adorer des dieux qui n’existent pas ils abîment les créations d’Amma toutes les graines contenues à l’intérieur de l’œuf du monde et ses promesses généreuses… Lui Ogo il peut comprendre chacune de leurs langues car il s’est enfui en emportant la parole et le savoir secret qu’Amma lui a donné mais il lui a coupé la langue !… 

Alors même s’il veut il ne peut pas crier appeler les djnoun d’Idinen la montagne des esprits où ses oreilles frileuses entendent miauler leurs chants à la nuit qui traîne ses pieds d’or par ici… Ah non !… C’est bien le monde du vide que les Kel Essuf aux corps écartelés tracés à la peinture ocre au­‑dedans des grottes de la Tadrart qui sont ses mille maisons enchantent de leurs éclats sonores… Yaouha ! Youha !… Mais cette voix qui vient le secouer le prendre au creux de son refuge ça n’est pas la leur… Ah non !…

 

‑ Je suis parmi vous… Je suis avec le peuple et nous allons nous battre et nous allons les tuer si c'est ce qu'ils souhaitent ! Voyez la force du peuple… Voilà la force du peuple qui ne peut être vaincue… Faites ce que vous voulez !… Vous êtes libres de danser de chanter et de faire la fête sur toutes les places pendant toute la nuit… Je suis l'un d'entre vous… Dansez… chantez… réjouissez-vous !…

‑ Ceux qui tentent de piller votre terre sont des initiés, des mercenaires étrangers, soutenus par des chiens errants… Ces étrangers qui ont résidé en Libye pendant longtemps, et qui tentent maintenant de spolier vos terres !

‑ Ceci est impossible !… Nous ne sortirons jamais de la terre de nos ancêtres ! Auparavant, il y a eu les espions de l’Italie… Aujourd’hui ce sont des espions venus de France et de Grande-Bretagne… Ce sont les deux faces d’une même médaille, des grands-pères aux pères en passant par les fils, toujours dans la même posture du déshonneur !…

‑ Vous, toi brave peuple libyen qui résiste, la terre de Libye est votre propriété et votre droit ancestral, celui de vos ancêtres et de vos arrières grands-parents…

‑ Le peuple libyen a compris qu'on lui en voulait… Les puissances étrangères visent notre histoire ! Les hommes, les femmes, les enfants, les vieilles personnes sont tous sortis dans la rue pour manifester avec moi !…

‑ Il faut que toutes les tribus s'unissent, de l'ouest jusqu'à Feyzan… Nous avons défié les Etats-Unis toutes les puissances nucléaires dans le monde… Nous avons vaincu tout le monde… L'Italie a reconnu le chef des martyrs… Je suis au dessus des postes des chefs d'Etat ! Je suis un révolutionnaire !… je suis un Bédouin… Je ne peux pas laisser la terre de mes ancêtres… Je vais mourir en martyr…Akakus-4.jpg

 

La sculpture de pierre aux seins déchiquetés et au ventre plein comme celui d’une bonne chamelle de la femme rouge avec ses replis noirs luisants dressée au‑dessus de la piste où les grains de sable grésillent comme de la jeune lave étend une nappe d’ombre géante aux pieds de l’homme qui scrute la brume se levant là‑bas depuis un moment dans sa galabia couleur des cailloux qui ont traversé le temps… Elle et toutes ses sœurs sont les gardiennes des portes de l’Akakus qu’il traverse sans même avoir besoin de regarder les traces légères des bêtes qui impriment le parchemin ridé épais par endroits et d’un coup brutal c’est la roche qui effleure de ses lames gris‑rose par en dessous… Ici c’est déjà la peau plissée des mamelles rouges de l’Egr Ubari étiré jusqu’au pied des farouches aiguilles de métal où coule l’or mat du soir qui fait ruisseler son lait de verre liquide… Toutes les passes les plus étroites que les meneurs de caravanes reconnaissent aux silhouettes encore lointaines et menaçantes des vigies dès qu’on a quitté l’oasis de Ghat pour s’enfoncer au creux des dunes du Tanezzouft il les a franchies lui le seigneur guerrier désigné et sacré par les dieux du Fezzan…

Il n’y a personne ici… il n’y a jamais eu personne qui sache se diriger entre l’Akakus veilleur de la piste du Sud qui dévale en direction d’al Awaynat et de la frontière algérienne jusqu’à al Hamada al Hamra le plateau incandescent et sa ligne de termitières arrondies muraille d’une forteresse qui protège les terres nomades des invasions de toutes sortes d’espèces de rats calibrés en laboratoire pour les combats sans gloire… Il a arrêté son Pick‑up dans l’ombre d’une arche aux reflets de vitraux cloisonnés d’entailles d’argent plus haute que celles des temples de Leptis Magna que les tribus Garamantes ont envahie quand ils étaient les glorieux paysans‑guerriers chassant les Romains hors de leurs citadelles démentes… Sculpture.jpg  

‑ Nos pères éleveurs de chevaux et conducteurs de chars donnez‑moi la force et la grandeur pour les chasser d’Oea notre demeure souveraine où notre histoire est écrite parmi les tables de sable des peuples d’Afrique qu’aucune frontière aux pylônes plantés par les chasseurs du Nord ne peut séparer !… Il n’y a personne ici qui puisse m’empêcher de dresser des armées de jeunes gladiateurs au front marqué du sceau de la lune d’émeraude que je ferai tailler pour eux dans le trésor caché au fond des cavernes d’Akakus !…

‑ Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !… Nous sommes vos fils à la peau sanglée de feu et de silence… les fils des plus valeureux lézards des sables à l’armure forgée par les fiers forgerons et chaque écaille est une pièce d’or !… Oh ! vous les maîtres solaires de nos heures fragiles venez… Vous qui ne craignez pas de danser au centre du brasier vous savez qu’ils ne peuvent pas nous anéantir avec leurs armes qui sont plus puissantes que celles des dieux car elles ont été conçues et manipulées sans honneur…     

De ce lieu‑là il n’a pas à redouter que l’écho de sa voix reprise par toutes les têtes rondes cavalcadant sur les parois des trous de pierres qui arrivent à la rencontre des bédouins quand les caravanes s’arrêtent au puits dont les branches d’acacias signalent l’emplacement au ras du sol ne donne l’alerte à ceux qui sont lancés à sa poursuite… Les rats !… Ils ne se doutent pas de ce qui les guette !… Il songe tout haut en s’approchant de la surface à peine marquée par les formes de bois rongées et presJ2_043_Libye_Akakus_Nord_Ane_Buvant_A_Un_Puit.jpgque recouvertes que celui qui n’est pas un Kel Tamashek ne peut pas reconnaître au milieu de mille autres éperons de pierre quasi effacés… 

De ce lieu‑là la taille volontiers énorme des sculptures et des arcs de rocs ont tracé un passage en direction du Sud-est vers l’oasis de Ghat sa ville aux portes du Tassili N'Ajjer algérien où la piste pour Djanet lui est ouverte par les Tamashek nomades ses frères qui ne s’arrêtent à aucune frontière… Sa voix de guerrier du désert a déjà rejoint les tribus de l’oasis qui la  portent d’un Pick‑up à l’autre en tirant leur tabouka du fourreau de cuir et en hurlant leur joie aux tribus de Morzouk… de Sahba… des oasis d’Al‑Jufrah et jusqu’à Al‑Kufra… Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !… Il s’agenouille au rebord du puits le dellou de peau à la main et il écarte d’une caresse de la paume légère comme la danse du petit oiseau moula‑moula le sable qui recouvre la margelle de bois tandis qu’il assure la corde d’un geste familier qu’il sait depuis l’enfance…

­‑ Ici je suis chez moi !… Je suis chez moi !… Vous qui n’avez jamais foulé de vos talons brûlés une seule de ces dunes de l’Erg Ubari venez donc me prendre !… Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !… Cette eau qui est notre vie à nous les nomades d’As‑Sahara c’est moi qui l’ai fait venir jusqu’ici par des milliers de kilomètres de canalisations qu’ont creusées les hommes jeunes les travailleurs ce notre pays avec le tagelmout qui ne laisse que l’éclat des étoiles noires de leurs yeux pour tenir bon dans la chaleur des jours et des jours… Vous nos pères les Garamantes vous savez ce qu’ils font hein ?… vous savez vous à qui les rats ont détruits les fogarras de pierres pour vous assoiffer !…

En même temps qu’il remonte d’un mouvement lent et sûr le dellou rond et luisant comme une lune pleine rempli de ses vingt litres d’eau il remarque autour de l’ombre brune du puits qui dessine une sorte d’étoile aux branches éparpillées les signes écrits à l’intérieur de la croûte de sable qui miroite entre les petites flaques bleutées… Ah ! Ah ! Ah ! tiens il n’y a pas longtemps qu’il a emprJ2_043_Libye_Akakus_Nord_Ane_Buvant_A_Un_Puit-copie-1.jpgunté la piste d’Ubari le renard pâle… S’il est venu ici ça n’est pas dans l’intention d’apaiser sa soif … Ah ! Ah ! Ah !… Il fait tinter son rire contre les lamelles de grès étincelantes de lumière glacée parce que le ren ard ne boit jamais l’eau des hommes bien sûr !… Il se méfie trop d’eux pour fréquenter les endroits où il risque de les croiser eux et leur attirance pour ce qui a la couleur du sang…

 

A suivre...  

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 28 septembre 2011 3 28 /09 /Sep /2011 15:22

      S'il n'y avait qu'un texte écrit par quelqu'un qui comme moi a été ahuri par les prises de position des journalistes du Monde Diplo que jusqu'ici je lisais avec avidité et toujours le même intérêt pour leur sens critique et leur humanisme concernant la guerre de recolonisation en Libye ce serait celui-ci...

       Depuis je ne lis plus ni le Monde Diplo ni quelque journal papier que ce soit car tous dans le même rassemblement baveux d'imbécillité ont été d'accord pour les meilleures raisons du monde avec ce qui est de toute évidence le partage de l'Afrique et du Monde Arabe...

        Il fallait bien que l'Occident se récupère enfin de ces pays perdus dans les années 60 et la cécité de tous ces scribouillards prouve s'il en était besoin que quand on ne va pas jusqu'au bout de l'analyse du monde colonial et capitaliste on ne comprend rien au système de mise en esclavage des peuples qu'ils soient du Nord ou du Sud...

      Il n'y aura de liberté pour chacun d'entre nous que quand il n'existera plus ni monde dominant ni monde dominé et tout le reste n'est que bafouillage et cafouillage ! Salut et fraternité...


Contre la banalisation et la normalisation de l’ingérence Recolonisation.jpg

Pierre LEVY

28 septembre 2011

 

En avril dernier, Ignacio Ramonet proposait dans ces colonnes un texte intitulé “ Libye, le juste et l’injuste ”. La guerre avait été lancée quelques semaines plus tôt, inaugurée par des appareils français qui, les premiers, eurent l’honneur de déverser leurs bombes sur Tripoli. Ce 19 mars, “ une onde de fierté parcourt l’Elysée ” rapportait alors Le Monde  [1]. A ce moment, les experts et commentateurs n’en doutaient pas : en quelques jours, quelques semaines au plus, le pays serait débarrassé du “ tyran ” grâce à au soulèvement populaire attendu, facilité par le coup de pouce aérien de la coalition, tout cela illuminé par la sage aura de Bernard-Henri Lévy.

Dans son texte, Ignacio Ramonet prenait certes ses distances avec l’OTAN. Il n’en estimait pas moins, dès sa première phrase : “ Les insurgés libyens méritent l’aide de tous les démocrates ”. Dieu soit loué, certains démocrates n’ont pas lésiné sur l’aide : en cinq mois, plus de 15 000 sorties aériennes ont permis d’offrir quelques milliers de tonnes de bombes, sans parler des missiles dernière génération, des forces spéciales terrestres sous forme d’instructeurs – un cadeau en principe prohibé, mais quand on aime, on ne compte pas. Seule comptait l’issue : victoire Total.

Le jeu de mots est certes facile ; il est cependant inévitable, notamment depuis que Libération [2] a révélé la lettre aux termes de laquelle le Conseil national de transition (CNT) s’était engagé à accorder 35% des concessions du pays au groupe pétrolier « en échange » (c’est le terme employé) de l’engagement militaire français (un document qui a naturellement fait l’objet d’un démenti précipité du Quai d’Orsay). Noble cause que celle du combat pour la liberté des peuples. Au demeurant, cela n’a pas échappé à l’auteur, qui note, à la fin de son article : “ L’odeur de pétrole de toute cette affaire empeste ”.

Certes. Mais pour autant, il reprend à son compte l’approche d’ensemble des dirigeants occidentaux et des médias qui leur sont liés. En particulier le schéma qui analyse le soulèvement libyen comme partie prenante du « printemps arabe ». Or une telle approche globalisante fait fi de chaque réalité nationale. En l’espèce, elle induit même un contresens.

 

En Tunisie puis en Egypte, les mouvements populaires, qui n’étaient certes pas réductibles l’un à l’autre, ont cependant revêtu d’importants points communs. Sur le plan intérieur, la mobilisation a vu converger les classes populaires et ce qu’il est convenu d’appeler les “ classes moyennes ”, dans un mouvement dont les exigences sociales étaient inséparables des objectifs démocratiques ; dans chacun de ces deux pays, les luttes et grèves ouvrières des dernières années – durement réprimées – ont constitué un terreau essentiel au développement du mouvement, le tout sur fond d’une pauvreté massive.

Sur le plan extérieur, Zine el-Abidine Ben Ali comme Hosni Moubarak étaient sans conteste des marionnettes du camp occidental, dont ils ont toujours été partie intégrante, tant géopolitiquement, économiquement, qu’idéologiquement.

Fort différente était la situation libyenne. Sur le plan social, tout d’abord : le pays était, de très loin, le plus avancé d’Afrique selon le critère de l’Indice de développement humain (IDH). Il est à cet égard saisissant de compulser les statistiques fournies par le PNUD [3], que cela concerne l’espérance de vie (74,5 ans – avant la guerre, s’entend), l’éradication de l’analphabétisme, la place des femmes, l’accès à la santé, à l’éducation. Les subventions au niveau de vie et à la protection sociale étaient très substantielles. Point n’est besoin de faire partie du fan-club de Mouammar Kadhafi pour rappeler cela.

Par ailleurs, de par son histoire, ce dernier peut difficilement être assimilé à ses deux anciens voisins. Certes, Ignacio Ramonet note avec raison que, depuis le tournant des années 2000, il impulsa un rapprochement progressif avec les Occidentaux. Dans la dernière période, ceux-ci lui déroulèrent le tapis rouge, business oblige. Ils ne l’ont cependant jamais considéré comme “ faisant partie de la famille ” : trop imprévisible, et surtout n’ayant pas abandonné un discours de tonalité “ tiers-mondiste ”, en particulier au sein de l’Union africaine au sein de laquelle il jouait un rôle tout particulier.

Pour autant, les privatisations et libéralisations mises en route ces dernières années n’ont pas été sans conséquences en termes de classe : une certaine catégorie de la population s’est enrichie, parfois considérablement, en même temps qu’elle intégrait l’idéologie libérale. Une partie de ceux-là même à qui le “ Guide ” avait confié la “ modernisation ” du pays, et les contacts privilégiés avec la haute finance mondiale (et son arrière-plan universitaire, notamment aux Etats-Unis) en sont venus à estimer que, dans ce contexte, le dirigeant historique était plus un obstacle qu’un atout pour l’achèvement du processus. Une partie des classes moyennes et de la jeunesse aisée, particulièrement à Benghazi pour des raisons historiques, a donc constitué une base sociale à la rébellion – une rébellion qui fut, dès le début, armée, et non pas constituée de foules pacifiques.Akakus 01

Les innombrables reportages et entretiens avec la jeunesse “ anti-Kadh afi ” étaient à cet égard édifiants. Le Monde [4] citait ainsi ces jeunes femmes aisées qui criaient “ pas de lait pour nos enfants, mais des armes pour nos frères ”. Un slogan qui eût probablement stupéfié les manifestants égyptiens. Et qui illustre en tout cas l’absurdité d’une analyse globalisante.

Bref, une absence de revendications sociales, voire une exigence de “ plus de liberté économique ” ; des appels – pas systématiques, mais fréquents cependant, et qui se confirment aujourd’hui – à une application plus stricte de la “ loi islamique ” ; des chefs du CNT étroitement liés au monde des affaires occidental, voire formés par lui ; et un mouvement qui n’a pu l’emporter que par la grâce des bombardements otaniens – tout cela ne s’appelle pas précisément une révolution. Symboliquement, le « nouveau » drapeau libyen est l’ancien oriflamme de l’ex-roi Idris Ier, renversé en 1969. Dès lors, le terme qui vient à l’esprit serait plutôt une contre-révolution.

 

Si on retient cette hypothèse – ne serait-ce qu’au titre du débat – alors l’optique change quelque peu. Cela ne signifie certes pas que les insurgés décidés à liquider Mouammar Kadhafi soient tous des agents occidentaux : beaucoup sont certainement sincères. Mais nombres de Chouans aussi l’étaient, lors des guerres de Vendée. Nombre d’entre eux furent cependant massacrés – parfois aveuglément, mais à bon droit si l’on voulait sauver la jeune Révolution.

En matière de « massacres », du reste, il ne semble pas que les protégés des puissances alliées aient beaucoup à apprendre, c’est le moins qu’on puisse dire. Cela vaut en particulier pour les véritables pogroms qui se sont déroulés – et se déroulent peut-être toujours – à l’encontre des civils à peau noire. Présentés comme des “ bavures ” par les médias occidentaux faute d’avoir pu être totalement passés sous silence, il semble bien que leur ampleur dépasse très largement ce qui nous fut montré. Surtout, ils témoignent d’un racisme de classe, puisque, Libyens ou immigrés, les Noirs formaient les gros bataillons de ce qu’on pourrait appeler, au sens large, la classe ouvrière, peu en odeur de sainteté parmi les insurgés, en Cyrénaïque particulièrement.

Pour autant, la “ protection des civils ” n’est pas seulement un sommet d’hypocrisie de la part des dirigeants occidentaux. Elle constitue surtout le chausse-pied de l’ingérence, en absolue contradiction avec le principe fondateur de la Charte des Nations unies : la souveraineté et l’égalité en droit de chaque Etat.

C’est ce principe éminemment progressiste que défendent à bon droit les dirigeants cubains, vénézuéliens et bien d’autres latino-américains, au grand dam de l’auteur. Ce dernier dénonce ainsi l’“ énorme erreur historique ” qu’aurait constitué leur refus de prendre parti en faveur des rebelles. En adoptant cette attitude, ils apportent au contraire la plus grande contribution qui se puisse imaginer à l’émancipation sociale et politique des peuples. Il est vrai qu’en matière d’ingérence, l’historique sollicitude des Yankee à l’égard de leurs voisins du sud les a vaccinés.

Caracas, La Havane, et d’autres sont accusés par Ramonet de pratiquer une “ Realpolitik ” selon laquelle les Etats agissent en fonction de leurs intérêts. Heureusement qu’il en est ainsi ! Car l’intérêt d’Etat du Venezuela, de Cuba, et des pays latino-américains (et tout particulièrement des progressistes) est bien de se défendre contre la « légalisation » de l’ingérence qui n’a d’autre objet que de justifier l’immixtion des puissances impériales dans les affaires des autres. Colo-frse-couverture-cahier-sco-1900.jpg

Ignacio Ramonet loue donc la résolution onusienne 1793 autorisant l’emploi de la force contre Tripoli. Il voit dans l’aval préalable de la Ligue arabe un surcroît de légitimité à ce texte. Singulière approche : cette organisation, dont l’inféodation étroite aux Occidentaux n’est pas un secret, ne s’était pas jusqu’à présent illustrée par son engagement concret en faveur de la liberté des peuples (et du peuple palestinien en particulier). Dominée par des poids lourds aussi progressistes que l’Arabie saoudite, elle est un référent incontestable dès lors qu’il s’agit de promouvoir la démocratie…

L’auteur ajoute que “ des puissances musulmanes au départ réticentes, comme la Turquie, ont fini par participer à l’opération ”. Faut-il comprendre qu’une puissance musulmane a une légitimité toute particulière pour bénir le vol des Rafale et autres Mirage ? Voilà, en tout cas, qui fera plaisir aux Kurdes.

Enfin, pour achever de fustiger Chavez, Castro ou Correa, Ramonet rappelle que “ de nombreux dirigeants latino-américains (avaient) dénoncé, à juste titre, la passivité ou la complicité de grandes démocraties occidentales devant les violations commises contre la population civile, entre 1970 et 1990, par les dictatures militaires au Chili, Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay ”. Hugo-Chavez

Rappelons à cet égard ce que l’auteur sait mieux que quiconque : en fait de “ passivité ” ou de “ complicité ” des “ démocraties occidentales ”, c’est en réalité à l’instigation directe de celles-ci, et avec leur concours actif, que les coups d’Etat sanglants ont été menés à bien. Pour autant, l’on ne sache pas qu’à l’époque, les démocrates de ces pays aient sollicité des raids aériens sur Santiago, ou l’envoi de commandos à Buenos-Aires. C’est par eux-mêmes – et jamais de l’extérieur – que les peuples se libèrent.

 

Au-delà du cas libyen, c’est bien ce point, le plus essentiel, qui mérite débat entre tous ceux qui se reconnaissent dans le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes – ce qu’on appelait jadis l’anti-impérialisme. Jadis ? En fait jusqu’à ce que la chute de l’URSS et du pacte de Varsovie ouvre la voie à la reconquête de la totalité de la planète par le capitalisme, ses dominations et ses rivalités impériales. Et ne laisse d’autres choix aux pays que de s’aligner sur les canons (au sens religieux) des droits de l’homme, de l’Etat de droit et de l’économie de marché – trois termes devenus synonymes ; ou de se placer sous le feu des canons (au sens militaire) des gendarmes planétaires autoproclamés toute honte bue “ communauté internationale ”.

A cet égard, on peut évoquer une scène qui se déroula à Bruxelles, lors du sommet européen des 24 et 25 mars dernier. Il est près d’une heure du matin. Le président français déboule dans la salle de presse. Interrogé sur les bombardements engagés cinq jours plus tôt, il jubile : “ C’est un moment historique. (…) ce qui se passe en Libye crée de la jurisprudence (…) c’est un tournant majeur de la politique étrangère de la France, de l’Europe et du monde ”.

Nicolas Sarkozy dévoilait là en réalité ce qui est probablement l’objectif le moins visible, mais le plus lourd, de la guerre engagée. Le matin même, le conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU qualifiait également d’“ historique ” la résolution mettant en œuvre la “ responsabilité de protéger ”, pour la première fois depuis l’adoption de ce redoutable principe en 2005. Edward Luck poursuivait : “ Peut-être notre attaque contre Kadhafi (sic !) est-elle un avertissement à d’autres régimes ” [5]. DellepianeExpoColoniale-1922.jpg

Certes, en matière d’ingérence armée contre un Etat souverain, ladite “ communauté internationale ” (à géométrie variable) n’en est pas à son coup d’essai. Mais c’est la première fois que le Conseil de sécurité de l’ONU donne son feu vert explicite, et que le secrétaire général de celle-ci, Ban Ki-moon, joue un rôle actif dans le déclenchement des hostilités. Il faut bien mesurer la portée d’une telle situation : la mise en cause brutale de la souveraineté des Etats légalisée – à défaut d’être légitime. Les oligarchies planétaires dominantes, qui ont pour horizon ultime une “ gouvernance mondiale ” sans frontière ont ainsi marqué un point considérable : l’interventionnisme ( “ préventif ”, précise même M. Luck) peut être désormais la règle.

Cette conception, qui contredit explicitement la Charte des Nations unies, constitue une bombe à retardement : elle sape le fondement même sur lequel celle-ci avait été écrite et pourrait signifier un véritable retour à la barbarie dans l’ordre des relations internationale.

Car la défense sans compromis du principe de non-ingérence ne relève en rien d’un culte intégriste, archaïque et obtus, mais d’abord d’une raison de principe : c’est à chaque peuple, et à lui seul, de déterminer les choix qui conditionnent son avenir, faute de quoi c’est la notion même de politique qui est vidée de son sens – et ce, quels que soient les chemins dramatiques que celle-ci doit parfois affronter.

Il en va de l’ingérence exactement comme de la torture : en principe, les gens civilisés sont contre l’emploi de cette dernière – mais il se trouve toujours quelqu’un pour affirmer qu’“ en des cas extrêmes ”, on doit pouvoir faire une exception ( “ pour éviter des attentats meurtriers ” disait-on lors des “ événements ” d’Algérie ; pour “ éviter le massacre de civils ”, justifie-t-on aujourd’hui à l’Elysée et ailleurs). Or tout le prouve : dès lors qu’on admet une exception, on en admet dix, puis cent, car on a accepté le débat sordide qui met en balance les souffrances infligées à un supplicié et les gains qu’on en attend, toujours présentés sous un jour humaniste. Il en va de même avec le respect de la souveraineté : une seule exception mène à l’éradication de la règle.

Il n’y a aucune – aucune ! – circonstance qui justifie l’ingérence. Quand bien même Nicolas Sarkozy mènerait une politique totalement contraire aux intérêts de son pays et de son peuple (hypothèse absurde, bien sûr), cela ne justifierait en rien que les avions libyens – ou bengalais, ou ghanéens – ne descendent en piqué sur les Champs-Élysées.

A cet égard, on reste perplexe devant l’affirmation selon laquelle “ l’Union européenne a une responsabilité spécifique. Pas seulement militaire. Elle doit penser à la prochaine étape de consolidation des nouvelles démocraties qui surgissent dans cette région si proche ”. Force est de constater que Ramonet reprend mot pour mot les ambitions affichées par Bruxelles. Passons sur le “ pas seulement militaire ” qui signifie, si les mots ont un sens, que l’UE serait fondée à intervenir aussi militairement. Mais cette “ responsabilité spécifique ” dont ne cessent de se réclamer les dirigeants européens, qui donc leur aurait confiée ? La “ bienveillance ” qui échoirait naturellement au voisinage et à la puissance ? Voilà précisément la caractérisation même d’un empire – fût-il ici en gestation.1907-CONGO-f-Miss-mala-sommeil-PhRoger-Viollet-Illus.jpg

 

On ne peut s’empêcher de penser au discours que tint à Strasbourg l’actuel président de la République – c’était en janvier 2007, il était en campagne et entendait confirmer son engagement d’“ Européen convaincu ”. Il exaltait alors “ le rêve brisé de Charlemagne et celui du Saint Empire, les Croisades, le grand schisme entre l’Orient et l’Occident, la gloire déchue de Louis XIV et celle de Napoléon (…) ” ; dès lors, poursuivait Nicolas Sarkozy, “ l’Europe est aujourd’hui la seule force capable (…) de porter un projet de civilisation ”. Et de conclure : “ je veux être le président d’une France qui engagera la Méditerranée sur la voie de sa réunification (sic !) après douze siècles de division et de déchirements (…). L’Amérique et la Chine ont déjà commencé la conquête de l’Afrique. Jusqu’à quand l’Europe attendra-t-elle pour construire l’Afrique de demain ? Pendant que l’Europe hésite, les autres avancent ”.

Ne voulant pas être en reste, Dominique Strauss-Kahn appelait de ses vœux, à peu près à la même époque, une Europe “ allant des glaces de l’Arctique au nord jusqu’aux sables du Sahara au sud (…) et cette Europe, si elle continue d’exister, aura, je crois, reconstitué la Méditerranée comme mer intérieure, et aura reconquis l’espace que les Romains, ou Napoléon plus récemment, ont tenté de constituer  ”. Du reste, la plus haute distinction que décerne l’UE a été baptisée “ prix Charlemagne ” – indice de ce que fut l’intégration européenne dès son origine, et n’a jamais cessé d’être : un projet nécessairement d’essence impériale et ultralibérale.

 

Le débat ne porte donc pas sur le point de savoir si le colonel Kadhafi est un enfant de chœur exclusivement préoccupé du bonheur des peuples, mais bien sur ce qui pourrait caractériser le monde de demain : le libre choix de chaque peuple de déterminer son avenir, ou la banalisation et la normalisation de l’ingérence, fût-ce sous les oripeaux des “ droits de l’Homme ” ?

Car il faut rappeler une évidence : l’ingérence n’a jamais été, et ne sera jamais, que l’ingérence des forts chez les faibles. Le respect de la souveraineté est aux relations internationales ce que l’égalité devant le scrutin – un homme, une voix – est à la citoyenneté : certes pas une garantie absolue, loin s’en faut, mais bien un atout substantiel contre la loi de la jungle. Celle-là même qui pourrait bien s’instaurer demain sur la scène mondiale.

Et si tout cela parait trop abstrait, l’on peut revenir à l’histoire récente de la Libye. Après avoir été pendant des années soumis à l’embargo et traité en paria, le colonel Kadhafi a opéré le rapprochement évoqué ci-dessus avec l’Ouest, ce qui s’est notamment concrétisé, en décembre 2003, par le renoncement officiel à tout programme d’armement nucléaire en échange de garanties de non-agression promises notamment par Washington. Force est de mesurer, huit ans plus tard, ce que valait cet engagement : il a été tenu jusqu’au jour où l’on a estimé qu’on avait des raisons de le piétiner. Du coup, aux quatre coins du globe, chacun est à même de mesurer ce que vaut la parole des puissants, et quel prix ils accordent au respect des engagements souscrits.

Les dirigeants de la RPDC (Corée du Nord) se sont ainsi félicités publiquement de ne pas avoir cédé aux pressions visant à leur faire abandonner leur programme nucléaire. Ils ont eu raison. Il serait logique qu’à Téhéran, à Caracas, à Minsk et dans bien d’autres capitales encore, on tire également les conséquences qui s’imposent. Ce serait même parfaitement légitime.

A peine quelques mois avant la Libye, il y eut la Côte d’Ivoire – autre fierté sarkozienne : déjà le Conseil de sécurité de l’ONU y avait béni la politique de la canonnière, au seul prétexte de l’irrégularité alléguée d’une élection – une première !

Et déjà les Occidentaux briquent leurs armes (militaires et idéologiques) pour de prochaines aventures. Ainsi “ Paddy ” Ashdown – qui fut notamment Haut Représentant de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine pendant quatre ans… – vient-il de confier au Times [6] qu’il convenait désormais d’adopter et de s’habituer au “ modèle libyen ” d’intervention, par opposition au “ modèle irakien ” d’invasion massive, qui a montré ses insuffisances.

Pour sa part, le secrétaire général de l’OTAN, plaidait, le 5 septembre, pour que les Européens intègrent mieux leurs moyens militaires en cette période de restrictions budgétaires. Car, pour Anders Fogh Rasmussen, “ comme l’a prouvé la Libye, on ne peut pas savoir où arrivera la prochaine crise, mais elle arrivera ”. Voilà qui a au moins le mérite de la clarté.Afr_civilisee_1906.jpg

A cette lumière, est-il bien raisonnable d’analyser la crise syrienne comme le soulèvement d’un peuple contre le “ tyranneau ” Bachar El-Assad ? Il n’est pas interdit de penser au contraire que ce dernier est en réalité “ le suivant ” sur la liste des chancelleries occidentales. Dès lors, n’y a-t-il rien de plus urgent, au regard même de la cause de l’émancipation des peuples, que de s’aligner, fut-ce involontairement, sur ces dernières ?

Eu égard aux engagements d’Ignacio Ramonet, on ne lui fera pas l’injure de l’assimiler à la « gauche », qui a depuis longtemps renoncé à la mémoire des luttes. Mais force est de constater qu’il se situe en l’espèce dans la foulée de cette dernière qui a sans hésiter choisi son camp dans l’affaire libyenne. Ce qui illustre une nouvelle fois ce triste paradoxe de notre époque : les forces du capital mondialisé et de l’impérialisme revigoré trouvent désormais l’essentiel de leurs munitions idéologiques à “ gauche ” – des “ droits de l’Homme ” à l’immigration, de l’écologie au mondialisme (qui est l’exact contraire de l’internationalisme). Mais cela est un autre débat.

 

Quoique. 1911-Fr-cede-part-du-Congo-All.jpg

 

 

Lire La réponse d’Ignacio Ramonet : Massacrer à bon droit ?

URL de cet article 14722

http://www.legrandsoir.info/contre-la-banalisation-et-la-normalisation-de-l-ingerence.html

Publié dans : Colères noires
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 24 septembre 2011 6 24 /09 /Sep /2011 20:40

     Cher Jean..

. Jean.jpg

      Cher Jean aujourd'hui malgré un ciel du bleu de celui de Tipaza un ciel que nous aimions tant vous et moi car c'est l'écho de tout le Sud qui est contenu dedans c'est une journée triste et chacun de ces sept 24 septembre passés l'était déjà... Cela fait huit ans que vous m'avez laissée à des affaires ordinaires et à l'observation de cet azur indigo qui demeure avec les merveilleux nuages de Rimbe tout ce qui m'enchante encore en dépit de... Il y a huit ans cher Jean ni vous ni moi ne pouvions deviner les embuscades tendues sur cette piste où nous avions pendant un temps trop court mais si plein de bonheur marché côte à côte de cairn en cairn et de puits en puits au coeur de notre grand désert poétique commun... Impossible d'imaginer la vulgaire trahison des amis... la perte de nos rêves les plus fous d'un monde pacifié et généreux... la déchéance et le désespoir face à nos luttes tournées en ridicule et à nos idéaux et nos convictions bafoués... et la solitude de la mémoire devant nos savoir-faire devenus inutiles...

      Cela fait huit ans que je poursuis l'errance au long des pistes de notre désert qu'ont baliées d'autres artistes sans art comme l'étaient la plupart de vos amis créateurs d'Algérie que personne ou presque ne connaît ni ne lit aujourd'hui... Jean Sénac... Louis Bénisti... Emmanuel Roblès... Youcef Sebti... Momammed Dib... Les portes de sable de toutes les frontières des pays d'Afrique grandes ouvertes à tous nos espoirs et nos enchantements après les Indépendances ont cédé la place à des murailles bétonnées qui nous séparent de nos frères du Sud et de cette culture métisse qui porte en elle la grandeur de notre histoire humaine partagée... Les tueurs que vous maudissiez avec passion et colère cher Jean ont répandu leurs guerres et leur chaos sur le Sud qui n'a jamais voulu devenir esclave de leurs pulsions morbides... de leur jubilation à humilier et aliéner ceux qui transgressent encore et encore leur ordre dégénéré et leur puissance malfaisante oeuvrant sans répit à nous retirer de notre humanité...

      Cela fait huit ans cher Jean que d'oasis en oasis je croise ceux qui comme moi notent sur leurs ostraka morceaux de carton d'emballage papiers de boucherie encore un peu rouges petits carnets aux pages arrachées journaliers jetés aux poubelles de plastique vertes... l'emplacement des sources cachées que le sang l'essence les ordures et les débris de pneus incendiés ne rejoindront pas et que je perfectionne la technique que vous m'avez confiée auprès des berbères touaregs qui sont les plus audacieux forgerons et les meilleurs et les plus délicats armuriers et orfèvres de toute l'Afrique... Certes nous veillons sur les braises enfouies dessous les tables de sable et nous attendons que les temps soient venus de rallumer les grands feus de l'avenir où nous réchaufferons nos lèvres indigo aux paroles des poèmes qui auront la jeunesse et la fraîcheur des roses d'Afghanistan nées des mains des jardiniers de Babylone... Mais cher Jean voilà désormais et depuis quelques transhumances que la soif et le goût désirable de l'eau nous manquent aussi amèrement que votre présence bonne et amicale...  Mon cher Jean... vos " Etés perdus " juste avant que vous ne preniez une piste inconnue de moi ce dernier jour de l'été justement... nos ultimes moments d'écriture partagée... et puis voilà...

Les-etes-perdus.jpg

Un extrait du livre L'enfance et le beau pays des images Jean Pélégri Louis Bénisti 

Aux trois petits enfants des fils de Mouamar Kadhafi assassinés. Au enfants de Libye de Beni-Walid de Syrte de Tripoli de Bengazi de Sehba... 

Comptine de la guerre

Jean Pélégri

Petite échelle d'or - tu es montée jusqu'au dernier échelon et tu es venue voir combien le matin donne envie de chanter quand la ville et la mer se fiancent avec le jour

Tu es venue voir les bateaux chargés de figues et de dattes appareiller vers le soleil mais tu n'as pas voulu voir les bateaux qui arrivaient chargés d'armes et de soldats

En haut de ton échelle d'or tu n'as pas entendu, tu n'as pas voulu entendre, en haut de la colline, la Forteresse qui s'ouvrait dans un bruit de fanfares comme pour l'arrivée d'un roi

Mais peut-être as-tu pu entendre le cliquetis des armes et ronronner des moteurs sur le miroir de la mer

En haut de ton échelle tu respirais une odeur d'algue et un parfum d'orange mêlés à la brise du large mais tu n'as pas senti la chaleur des flammes ni l'odeur du sang

Songeur, tu étais un enfant assis sur le gazon, dans un silence d'herbe, et tu regardais au-delà des grilles, les premières maisons de la ville

Soudain une fenêtre s'ouvrit au troisième étage d'un immeuble, il y eut un reflet dans la vitre, un coup de feu éclata

Du haut de son échelle d'or l'enfant l'entendit et il leva la tête. Mêlée à des cris d'enfants, la brise était d'une douceur rare et sur une mer tranquille le ciel couchant se teinta de rose.

Alger, 1956

Couv-Jean-et-Louis-10-15.jpg

Pour mon fils Michel, 6 ans. 

Publié dans : Ecritures d'Algérie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés