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  • : Les cahiers des diables bleus
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  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Mercredi 13 juin 2007 3 13 /06 /Juin /2007 12:51

Petites chroniques d’une cité de banlieue

                                 Pour Ousmane Sembène  Lundi, 11 juin 2007 : Elle a 80 piges elle est belle elle a les yeux bleus

            Aujourd’hui ça n’était vraiment pas une bonne journée pour commencer… Non vraiment pas… Hier déjà une partie considérable de la population… je ne dirai pas du peuple oh non ! ce mot-là je l’aime trop… nous a sidérés en arrosant un peu plus encore de sang frais qu’il y a un mois à peine le veau d’or qui ne sait plus quoi faire de toutes ces offrandes et les refile en douce à la troupe de veaux d’or plaqués qui l’entoure…

          Dans la cité je vous assure bien que cette cérémonie qu’on avait joué en extra le joli mois de mai dernier a pas eu le plus p’tit succès et personne s’en est soucié du tout… Depuis la première catastrophe la grande la vraie où les autres ils ont mis le veau sur son trône d’or massif qui n’nous concerne pas les gens et surtout les jeunes de la cité se sont bien remis à jouir de la vie et à occuper macadam black de leurs rires et de leur présence pleine de fêtes et de palabres y a pas de raisons…

         Hier soir personne s’est occupé de savoir ce qui se tramait sur les écrans plasma et l’animation joyeuse et ludique des dimanches soirs dans la cité avec les motos qui pétaradent à fond les jeunes assis autour de la cabine téléphonique leur arbre à histoires à eux avec les boîtes de coca et les clopes qui tournent tournent et les p’tits qui courent après le seul ballon du coin les autos qu’on répare à plat sur le dos en dessous le bitume qui se vautre et nous fait le gros dos… tout était normal animé et déjà on s’était habitués à se dire que nous dans le 9-3 on est le dernier p’tit bout de la banlieue rouge comme ils l’appellent à leurs infos et ça nous fait bien marrer !

           Non personne s’est occupé parc’que le désespoir chez les gens du Sud ça laisse toujours place à la fête… à la teuf comme on dit et que même après qu’y ait eu la mort dans le secteur on raconte les histoires on frappe la peau de chèvre du tam-tam ou du bendir et on mange les plats très bons et très épicés safran et harissa qui font revenir la vie… Alors vous pensez que pour une affaire d’élections du veau d’or sur son trône on n’va pas prendre le deuil c’est sûr ! Et pour une partie considérable et considérée de la populace qui n’veut pas de nous non plus… on vivra très bien sans elle et sans sa considération ça oui alors !… sans veau sans or et sans identité nationale aussi hop là !…

           Donc la cité elle a vite fait repris son âme légère mais moi je n’décolère pas vu que sinon j’ai trop la peine et je trouve que la rage ça vaut mieux au moins on peut essayer de faire des choses avec… Aujourd’hui c’est encore lundi et c’est vraiment pas la bonne journée pour commencer même si le 154 notre autobus des brousses il est arrivé tout de suite… ouala ! le miracle et vous n’me croirez pas si je vous dit que le satané fichu lézard de métro de la ligne 13 qu’on attend c’est l’ordinaire huit minutes tous les zonards de la banlieue vous le confirmeront  s’est pointé aussi juste au moment où je radinais dans le sous-sol à taupes sur mes baskets noires avec lacets rouges pour le plaisir… On riposte comme on peut moi c’est par les pieds vu que dans nos banlieues si tu n’as pas tes pieds tu as rien…

          C’est en arrivant sur le Cours de Vincennes là où j’ai encore un p’tit peu mon gourbi avant d’aller pour de vrai habiter dans la cité où crèche l’ami Louis à Epinay définitif et après avoir comme j’aime bien regardé les gens que je kiffe en me faisant la réflexion que pourtant y en a qui font partie de la bande d’adorateurs du veau d’or… c’est en arrivant Cours de Vincennes que tout s’est encore aggravé pour de bon… Là aussi j’ai mes habitudes comme dans la cité et j’achète le journal Libé au kiosque juste en sortant du métro quand c’est une journée qui oblige comme depuis un moment y en a plein…

         A peine j’ai payé mon canard que je commence à feuilleter énervée que je suis de n’pas avoir passé un bac maths au lieu de littéraire mais maintenant c’est bien fini les litté-rateurs on n’va pas les rater c’est écrit dans Libé… donc de n’pas avoir passé un bac maths pour déchiffrer la liste redoutable des circonscriptions, leur découpage surréaliste du secteur en un zappinge affolé et de n’pas dénicher tout de suite des pourcentages clairs mais c’est vrai, je sais pas compter… la honte ! Et brutal je tombe sur une pleine page photo à force de chiffonner mon canard qui ressemble déjà plus qu’à un vieux tas de papiers en vrac de quelqu’un que je connais bien… Ah non c’est pas vrai ! Mais pourquoi la vie la belle la généreuse elle s’acharne comme ça et elle nous fait des coups à mourir sur place tout de suite pour ne pas voir la suite ?…

           Cette photo en plein journal des élections dont je me moque drôlement… cette photo d’un grand homme black la pipe à la bouche et le regard bien plus loin que nous et si proche si proche… c’est celle d’Ousmane Sembène l’écrivain et réalisateur africain originaire du Sénégal poète machineur d’images pas possibles pourfendeur d’histoires extras mirages en plein ciel aux couleurs d’abricots et de goyave… ses personnages sont rares et vrais et ce qu’ils montrent c’est l’Afrique dans ses innombrables traditions et réalités et dans son présent qui bouge bouge…

            Ousmane Sembène le griot dont le dernier film Moolaade est trop fort trop allumé encore dans ma tête et mes tripes… Ousmane Sembène le griot s’est tiré de par ici ils nous laisse avec notre ministère de l’identité nationale… nos rangers écrase beurs blacks étrangers et mal venus… notre haine des autres qui viennent piquer le pain des français… et nos bienfaits colonisateurs multiples y’a ka voir et se rafraîchir les neurones mémoire vis-à-vis de l’Algérie rien que ça et les autres exemples ne manquent pas mais les ratonnades et noyades d’Octobre 1961 ça ne vous dit rien ?…

            Moi qui ai découvert si tardivement cet homme-là ce créateur noir aussi essentiel à mes yeux que Toni Morrison je reste assommée mon canard à la main en songeant au festival de films qu’un des derniers cinémas de création de Paris : L’Espace Saint-Michel a donné l’été dernier de ce grand réalisateur d’Afrique… Non vraiment pourquoi tous ces êtres d’émotion délicates et rebelles et de pensée humaine et généreuse nous larguent-ils ?…

          C’est là que je l’entends avant de me retourner pour regarder de plus près qui parle comme ça par ces temps de sous-pensée télévisuelle banalisant la bêtise crasse et la haine ordinaire… “ Eh ben Monsieur s’y en a un à tuer ça sera celui-là… et on sera bien débarrassés !…” Cette petite phrase qui vient percuter direct le monsieur qui vend les journaux qui ne sait trop où se mettre et qui répond poliment par un sourire prend la forme d’un énorme ballon rouge s’envolant pour la planète de la légèreté et du bonheur enfin retrouvés dans tout mon être soudain parce qu’elle vient d’être balancée comme ça comme je vous la rapporte par une petite personne au dos un peu voûté et aux cheveux blancs qui a 80 balais et qui me fixe avec ses yeux  bleus pareil aux ciels d’été de nos banlieues… j’y crois pas…

             Ces mots-là elle ne le sait pas mais de les entendre dis comme ça par cette femme qui a l’âge tout juste de ma mère qui est l’aînée que j’imagine féministe des premiers instants et qui n’a rien lâché de son humour magnifique et de sa liberté de dire ce qui nous explose dedans… ces mots-là ils viennent de faire péter en une seconde l’énorme insupportable muraille de peine silence qui m’enfermait depuis plus d’un mois à mort !… Je le sais je le sens à mon rire enfin qui sort de moi oiseau fou et déjà barré haut si haut au-dessus de notre misère à vivre en ces temps alors elle s’approche de moi tout près tout près et ses grands yeux bleus me renvoient toute la bonté et la beauté du monde que j’aurais si bien pu oublier sans elle…

          - Tu ris… tu ris… elle me dit pendant que j’admire son visage aux rides fines et qui accentuent encore l’expression enfantine et passionnée et que j’ai trop envie de la prendre dans mes bras…

            - Ça me fait du bien de t’entendre rire tu sais… tu vois moi j’ai 80 ans et je n’y vois plus très bien mais je continue à causer et à dire les choses… et autour de moi on m’en veut mais je m’en fous… T’es une jeunette toi hein ! t’as quel âge ?…

            Ses yeux du bleu qui en finit plus de m’éblouir et de me prendre et de m’enrouler dans la vague farouche et fraîche de notre jeunesse y a quarante ans de ça… notre jeunesse des sixties quand elle était une jeune femme révoltée et tendre et si belle à la regarder aujourd’hui et moi une petite fille qu’elle tenait par la main dans ce magique été de 68… ses yeux voient au-delà de ce monde devenu tellement vieux et lourd à porter et je pose ma main sur son épaule pour lui dire que le temps a été long mais que nous nous sommes retrouvées enfin… Oui nous nous sommes retrouvées et mon rire oiseau fou l’emporte dans la danse la plus effrénée sur macadam black pendant qu’autour de nous le camarade soleil bat la cadence et tourne tourne la ronde de nos printemps à venir…

A suivre...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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Vendredi 1 juin 2007 5 01 /06 /Juin /2007 12:05

                                       Le banquet des Dieux

                                                      Vendredi, 25 mai 2007

Cette nouvelle “ Petite chronique d’une cité de banlieue ” a l’étrangeté de raconter une histoire qui s’est passée il y a plus d’un an déjà et que je m’étais promis alors quand je l’ai vue se dérouler sous nos yeux à l’ami Louis et à moi de mettre rapidement par écrit et puis… Et puis y a eu le travail sur nos Cahiers… et puis y a eu plein d’autres textes à écrire et celui-là qu’était pourtant tellement… féerique alors est passé à la trappe des oublis pour le compte des gros ratounets de nos poubelles toujours trop pleines à craquer de conteries…

Mais le revoici qui après avoir passé par ici repassera par là et faute d’avoir le talent féroce de Bukowski et sa façon impitoyable et totale vraie de raconter le quotidien d’un ghetto et tout c’qui nous vient de la rue… faute d’avoir le don des rappeurs et slameurs qui maquillent la langue de mille masques étincelants fusées d’artifice aux retombées poussières d’écarlates rubis et bleus à mourir… je vais tenter de vous dire en quelques mots de vent l’histoire du Banquet des Dieux…

Donc ça se passait vers le mois de juin de 2006 si je me souviens bien en tout cas un mois de douceur et de chaleur légère qui pousse les gens de notre cité d’Orgemont qui se trouve à Epinay comme vous savez… et qui ont pas lerche de distractions du soir après l’turbin vu que pour retourner aux entrailles de la grande ville faut pas y compter c’est des transports à plus finir et l’ouvrier lui qui comme on l’sait se lève tôt il veut bien le soir si ça vous dérange pas s’reposer un brin… donc les gens des cités ils viennent automatique se rafraîchir les idées qu’ils ont très claires à cette heure au bord du joli Lac d’Enghein qu’est aussi le repère des rupins bien entendu…

Que ça soit l’dimanche après le repas famille sans travail vu que l’dimanche encore on a congé dans ce pays pour quelques temps et sans patrie parce’que c’est un mot qui n’fait pas recette dans ces lieux au banc du bien vivre de tant d’autres… ces blocks béton qui sont d’abord des lieux où le monde entier s’est retrouvé y’a quarante ans pour bosser et alors ton origine on n’te la demandait pas… que ça soit l’dimanche ou les beaux soirs d’été qui ressemblent aux bleus de la nuit étoilée d’un certain Vincent qui aimait bien les gens… on s’retrouve au bord du joli Lac d’Enghein que vous connaissez depuis l’temps que je vous en cause…

Y’a tout l’monde qui crèche dans la cité d’Orgemont la plus proche du lac qui vient avec vélos quand y en a… avec ses pieds ou mobylette aussi… des familles entières pas vraiment de souche des vieux assez vieux sur les bancs qui causent entre eux du bled ou d’la retraite pas terrible mais bon… des jeunes qui se vautrent sur le vert de l’herbe fraîche des pelouses où y a les fameux jets d’eau que les p’tits mômes squattent dès qu’il fait chaud et où ils se baignent tout nus formidables… Et puis des tas d’autres et puis nous avec… Mais ce soir-là autour du Casino où les pingouins bleu marine se dandinent avec fierté et femelles très class et ne font d’habitude que passer pour aller croupiner autour de leurs tables à monnaie et à roulette ruse y a une agitation extraordinaire…

Partout autour des pelouses et jusqu’aux abords du lac mais en laissant quand même pour ne pas trop provoquer et puis parc’que ça serait dur à maîtriser un espace où on peut s’entasser à quelques dizaines de créatures venues des lieux innommables où les ratounets font bombances et poubelles résidences… partout autour des pelouses emperlousées d’yeux brillants et de bulles de champ jaune acides on voit les laquais du Casino installer des barrières métal pour séparer en deux espaces distincts l’espace commun devenu du coup d’un bord “ basse-cour d’acajou ” et de l’autre la rue… Et les gens gentils qui du côté de la rue se pointent curieux matent l’affaire en s’demandant si c’est pour la fête ou quoi que les autres rupins les parquent dehors alors que dehors déjà on y est…

La fête… la teuf comme on dit dans les cités d’banlieue on connaît ça… la teuf on se la fait ensemble dehors quand le camarade soleil du Sud il nous salue en rase mottes et qu’on lui rend bien… on la fait avec du bruit beaucoup de bruit des musiques rasta et toutes les musiques qu’on aime des barbecues party des bécanes qui roulent à fond et freinent aussi redoutable dans des poignées d’étincelles… on la fait la teuf avec les p’tits qui crient en se poursuivant de partout pour un ballon ou un vélo rose pourri avec les chiens qui déchiquètent des boîtes de coca vides avec des rires et des pétards comme si on avait dévalisé une poudrière ça oui ! La fête quoi ! Et la danse et les tam-tams qui battent la cadence ! La fête quoi !…

Alors la fête chez les rupins faut vous dire que c’est pas ça du tout… forcé quand vous avez un pingouin qui vous serre les entournures vous pouvez pas danser gigoter sauter partout en frénésie… la fête chez les rupins c’est un truc que vous maginerez jamais si vous l’avez pas vu… D’abord y a les laquais qui vont chercher des tables qu’ils posent tout contre les barrières avec nous de l’autre côté… la rue qui n’en perd pas une et puis les nappes blanches nickel par-dessus on dirait que c’est la messe qu’ils préparent tellement c’est solennel… et aussitôt derrière la procession des autres bouffons avec plein les bras des énormes géantes caisses de boutenches comme pas une fois de votre existence vous avez reluqué !

Pas que je vous emberlificote mais y avait au moins des centaines de boutenches de champ qu’ils mettaient mécanique à la queue leu leu dans les seaux hop ! un seau une boutenche hop ! un seau une boutenche hop !… tout le long tout le long et le défilé des laquais livrée pingouins aussi qui radine avec les caisses de verres cristal où l’soleil qui s’tire pas invité le camarade soleil tu penses ! l’soleil il fait à l’intérieur des gouttes de sang explosif pépins de grenades ouala … et nous autres on regarde les verres les verres sur les tables des centaines… de plus en plus les gens… la rue… ils s’approchent curieux et les autres sans moufter sans les regarder sans les voir ils étalent déballent installent leur banquet lux dans les pieds nus de la rue…

Après… c’qu’y a eu après quelle importance ?… Les assiettes charcuterie les toasts les caviars les p’tits fours les pâtés croûtes les mousses les crèmes les glaces et l’reste et tout l’reste ça n’a plus d’intérêt que ça… Parc’que la rue déjà elle avait pigé que ce banquet-là les rupins du Casino ils pouvaient se le payer devant leur museau d’enfants ahuris et pas voyous pour deux sous… ouais ils pouvaient leur bâfrer et leur avaler sous le pif de quoi nourrir toute la cité tranquille à une centaine deux cents peut-être gugusses avec le mépris qu’ils mettent à faire tout ce qu’ils font… le mépris et la vulgarité qui est leur marque de fabrique monochrome bien à eux…

Ouais la rue elle avait pigé ça toute affairée qu’elle était à observer la façon dont ça se passe de l’autre côté vu que pas souvent on peut autant s’marer et faire des relevés de sociologie sur la populace des nantis qu’on n’voit en somme que derrière ses murailles de verre miroir très loin très loin… Les gens de la rue ils étaient à force d’intérêt pour le spectacle massés tout contre les barrières et ce qu’ils regardaient là avec des mimiques de curiosité et d’étonnement c’étaient bien les singes d’un drôle de zoo alors…

Des sortes d’animaux en voie complète de disparaître qu’on avait rassemblés dans des cages métal… Et la rue avec ses pieds légers de danseurs de lune aux bracelets de chevilles qui tintaient farceurs et joyeux dans la nuit d’été elle était pour la première fois peut-être le convive radieux du banquet que les petits dieux païens avaient servi rien que pour elle… Le fabuleux banquet des étoiles jaune citron sur bleu outremer qu’un certain Vincent qui aimait les gens avait peint et qui se reflétait à l’intérieur des verres cent fois mille fois cent mille fois devant les yeux émerveillés des gens d’la banlieue…

   

A suivre... 

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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Vendredi 25 mai 2007 5 25 /05 /Mai /2007 12:34

                                  Petite chronique d'une cité de banlieue

Jeudi, 24 mai 2007 Après la fête…

 

Après la fête justement de ce mois d’avril où presque chaque week-end c’était du bonheur à deux sous et de la joie qu’on sentait à fleur de peau comme un fruit sucré et mûr sur nos lèvres c’est la mort qui s’est abattue sur nous dans la cité un dimanche soir avec son gros couvercle lourd en acier qui a tout étouffé d’un coup !

Ça a sonné comme un glas le silence terrible et si vous habitez dans une cité de banlieue vous savez que les silences c’est pas bon… C’est forcément le signe de quelque chose qui s’est détraqué à fond brutal et qu’ça va faire mal ! Donc pas de merguez ce jour-là rien du tout comme si déjà c’était le signal d’un machin mauvais qui nous guettait et juste à l’heure prévue pour ça on s’est sentis tous en même temps chacun dans nos apparts même si on s’est rien dit enterrés en même temps sous une énorme géante lourde à crever masse de béton… Ce poids-là dans la tête sur le cœur sur la peau partout partout qui faisait comme si la cité entière s’était effondrée sur nos p’tites carcasses d’oiseaux libres du ciel bleu de la banlieue je l’ai jamais ressenti de cette façon jamais…

C’était un poids qu’on venait de prendre sur nous en commun… un poids de mort de nos rêves trop jolis de mort de nos espoirs trop fous de mort de nos désirs trop grands de mort de notre idéal trop pur… de mort totale quoi ! La mort de nos enfances et de notre jeunesse avec ses instants les plus fabuleux en même temps que celle de la jeunesse des gamins de la cité qui avaient cru comme nous autres à… mais à quoi au juste on avait donc cru encore ?…

Y’a bien un type qui est passé en voiture en klaxonnant dans la rue de Marseille et puis il est revenu en sens inverse et il s’est tiré parce que personne… personne du tout pas une fenêtre pas un greffier pas un rat de poubelles pas une voix ne lui a répondu… Silence de mort et c’est tout et c’est tout !… L’autre est allé se la jouer ailleurs vu que sa provoc ça ne fonctionnait pas… plus rien ne fonctionnait… tout était cassé…

Nous deux avec Louis on se regardait comme si on avait vu la cité s’embraser dans un gigantesque incendie et qu’on restait là figés congelés ahuris au milieu de l’affaire… Moi je me suis mise à pleurer comme une môme qui reluque son ours peluche râpé jeté dans la benne aux ordures et qui vient de plonger dans le premier infini sans fond désespoir de sa vie et aussitôt j’ai été à la fenêtre vu que ce genre de truc on peut pas les garder que pour soi c’est trop… J’avais envie de dire des choses aux gens… aux jeunes en bas mais en bas y avait personne… envie surtout qu’ils me disent que c’était pas vrai… un mauvais rêve quoi… qu’ils me rassurent… et à la fenêtre j’y suis restée une partie de la soirée comme quand j’étais môme dans ma banlieue d’Aubervilliers le museau dans le bleu j’ai noyé tout ça au bout de la nuit blues tout au bout…

Louis il a été pris d’un fou rire nerveux qui n’s’arrêtait plus et il m’a dit en me consolant avec sa tendresse extra comme toujours… c’est pas possible… j’y crois pas… c’est une blague… Pas possible hein ? C’est ce que chacun se disait pareil à nous à l’intérieur de son block béton et me semble bien qu’aujourd’hui quinze jours après on se dit toujours en se croisant en bas des halls… devant l’épicier arabe… à côte de la boucherie musulmane… ou du restau turc… en se croisant et en se regardant comme si la lune tout entière nous était tombée dessus ce soir-là mais juste sur nous ceux du 9-3 alors… C’est pas possible hein ?…

 

Légende : ce lapin volant de mon enfane ( y a 40 piges... ) s'appelle Pointutu et il s'était chargé de la mission de conduire les humains direction une vie plus douce et plus humaine où on respecterait la nature et où on arrêterait de consommer et de détruire les forêts et les p'tites bestioles sympath... Chance extrême pour moi : j'aivais des parents écolos qui n'le savaient même pas...

 

Y a bien des jours et des nuits qui se sont passés depuis ce dimanche impansable et impensable et toujours on a la sensation que ça n’est pas réel… qu’on va sortir de ça par une pirouette de clown et se retrouver parmi des gens ouverts généreux fraternels et qui ont mené tant de combats y a pas si longtemps pour que ce p’tit coin de la jolie planète bleue soit un paysage où il fait bon vivre ensemble… Notre banlieue métisse où on a choisi d’être nous autres parce que c’est magique sans voyager de rencontrer des gens et des cultures de partout et parce que c’est ensemble qu’on a grandis forcés à l’époque et ça les arrangeait bien de nous caser dans des cases béton alors !… maintenant faut pas venir nous reprocher d’avoir un drôle de penchant pour nos frangins !…

Karim et les parties de merguez du dimanche… les jeunes garçons blacks autour de la cabine téléphonique aux palabres… “ Eh vas-y ! c’est la teuf c’est la teuf cousin !… ” les p’tits mômes de l’école Rousseau maternelle qui descendent du bus du centre aéré en se chamaillant de toutes les couleurs… le vieil homme juif marocain du 2ème étage qui me sourit en passant… et notre voisine africaine avec son boubou vert d’herbe fraîche comme y en a pas là-bas et ses éléphants qui courent dedans et moi qui ai la peau blanche dehors mais qu’est-ce qu’on s’en tape alors !

Ouais tout ça ce qui fait notre bonheur d’être simplement vivants sur notre petit bout de planète bleue ils vont essayer de nous le piquer de nous le rapter de nous le réduire peau de chagrin… Tout ça… notre insouciance à flâner au soleil comme des lézards dès que les odeurs bonnes du printemps nous reviennent… notre plaisir à faire la fête à taper sur les casseroles comme sur des tam-tams pour la musique improvisée des grands soirs… notre joie à rire de rien et à regarder avec envie les p’tits mômes salir l’eau des bassins des rupins du casino d’Enghein… et la passion qu’on met à repeindre de taggs aux couleurs terribles les murailles gris béton de nos blocks que d’autres ont faites tristes à mourir et où ils ne mettent jamais les pieds alors !…

Tout ça… ouais… notre énergie solidaire à vivre ensemble et à aimer les odeurs les musiques les langues les histoires les imaginaires les nourritures les fringues d’un certain Sud… notre enthousiasme pour tout ce qui nous vient de la rue et de nos quartiers… notre jeunesse et notre folie toujours… nos illusions qui nous font grandir mais jamais vieillir nos utopies et notre désordre chaleureux… notre Far-West et nos brasiers de feuilles mortes autour desquels on danse on danse on danse !… Ouais tout ça ils veulent nous l’interdire et pervertir la chance que nous avons de le partager…

Interdit ! Obligé ! Interdit ! Obligé !… mais les p’tits frères des quartiers comme le chante si bien I am n’ont rien à fiche des mots d’ordre d’un pouvoir décadent qui n’a ni morale ni convictions sauf… Mister Pognon ! Alors pour les p’tits frères justement et pour qu’il ne leur arrive pas de se faire du mal à eux-mêmes en croyant détruire un monde injuste et vide de sens… pour les p’tits frères qui jouent aux grands et qui ne doivent pas mourir si tôt et pour celles et ceux qui ont envie de découvrir leur étrangeté en se frottant à celle des autres… et pour la vie tout simplement… entrons en résistance avec un grand un formidable éclat de rire !

A suivre...

                                            Alger au loin

                                           ( gravé sur l’herbe )

                                                 Jean Sénac

(…) Recule, mort ! Enraye dans ces pierres roses la marche absurde du trident !

Et vous, mes lointaines familles, oh, ne ricanez pas des ramages

de l’exilé. Parmi tant d’inutiles phrases, un mot va demeurer, un geste,

comme une note de guitare, où soudain mes écarts prendront une allure

de destin.

 

Je n’ai fait toute chose, je n’ai accompli de service, que pour toi seul,

amour, lumière entre les hommes, fraternité !

 

Enfants de mon pays, je vous ai vus courir ensemble sur la plage,

libérés de nos races et libérés du sang.

 

Enfants, pourrai-je voir votre bonheur adulte ?

 

Recule, mort, recule et rompt mes étriers !

 

Ici, dans la douce verdure, la nuit d’échardes me défend.

La longue nuit sans qui le soleil est mirage.

 

Rodez, 8 septembre 1957

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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Vendredi 4 mai 2007 5 04 /05 /Mai /2007 13:08

Petites chroniques d’une cité de banlieue

On vit ensemble

Mardi, 1er mai 2007 Merguez et compagnie…

 

Quelques mots fraternels depuis notre banlieue du 9-3 pour se tenir chaud par ces temps très durs.. Il va falloir résister et se serrer plus que jamais les coudes ! Proches et solidaires les uns des autres.

Rebelles et créateurs !

Ça fait un moment que j’écris sur la banlieue et à partir d’elle et que je tente de raconter des histoires qui se passent dans la cité où habite mon ami Louis à Epinay dans le 9-3… des histoires qui nourrissent mon imaginaire et dont j’ai envie de témoigner… Envie d’écrire ce qu’on n’lit pas ailleurs dans les journaux et les revues qui se vendent partout… de tenir une chronique de la cité et de parler des gens d’ici parce qu’on vit ensemble tout simplement et que j’aime ça !

Mardi c’est férié la chance tu parles ! Pour les jeunes qui ont pas de job et qui sont souvent en bas sur les trottoirs de la cité à s’balader ou bien assis à côté de la cabine téléphonique sur le banc béton construit là en rond juste pour la palabre c’est une journée pas mieux qu’les autres vu qu’y aura toujours rien à faire… Rien à faire ? Eh bien non ! justement c’est pas vrai du tout…

Depuis qu’il s’est mis à y avoir ce printemps qui a jamais été aussi magique avec les arbres qu’on a la baraka d’avoir partout dans notre cité sur les parkings autour des blocks qui nous font un peu la campagne… p’tits veinards qu’on est à côté d’autres cités bien moins vernies comme Les Bosquets à Montfermeil par exemple… depuis le printemps en folie et les p’tits piafs partout les jeunes ont eu une idée extra pour pas rester à glander au pied des halls et se faire quelque monnaie de manière pas nulle !

Ils ont entrepris d’organiser le dimanche une après-midi merguez sur barbecue et thé à la menthe qu’ils bradent à leurs potes et aux gens d’la cité qui veulent pour trois sous avec la tchache en prime et l’harissa par-dessus bien entendu ! C’est un des garçons qui crèche à deux escaliers du nôtre qu’a pris ça en main vu qu’il a l’air d’avoir le sens d’l’organisation sous le tee-shirt tatouée et l’autorité qu’il faut pour mener l’affaire et qu’les autres lui prêtent la main sans moufter…

Karim il habite là depuis sans doute pas mal de temps car il connaît tout l’monde dans l’paysage du coin et les gens l’ont à la bonne c’est clair… Le premier dimanche où ils ont fait ça c’était frénétique à fond et il courait dans tous les sens en gueulant des ordres et des contre-ordres mais on voyait bien que c’était pas n’importe quoi et qu’il avait préparé l’opération sacrément bien… D’abord y avait l’matos qu’était prêt à portée les planches les tréteaux les tabourets pour installer l’bazar dessus… le barbecue avec la réserve d’charbon les cartons pour pas qu’le vent y s’en mêle et fasse tout foirer…

Au départ quand on a vu ça l’ami Louis et moi on s’est dit c’est génial ! Déjà on savait qu’ici dans la cité on vit ensemble des gens de partout sur la terre et ça se passe plutôt bien… Mais là y a eu d’abord quelqu’un qui a prêté le barnum du marché parc’que l’soleil il tape aussi raide que si on était à Alger ou au bled cousin ! c’est pas d’la blague… Il leur a installé l’barnum pendant que Karim faisait les aller-retour direction la boucherie musulmane qu’est juste à côté pour emprunter les nappes en papier les serviettes et les sacs poubelles… pas question d’tout saloper autour ça non !

Ils étaient tous là à bosser préparer les merguez les morceaux de pain pour les sandwichs l’harissa et la moutarde avec la théière argentée et les petits verres multicolores… et ça s’est mis à sentir bon extra avec la radio pour donner d’l’énergie la musique arabe enfin c’était la fête quoi ! Les gens ils revenaient des courses les poussettes et les gamins qui courent partout et ils s’arrêtaient pour voir curieux de c’qui s’passait et causer un bout… ça fait des échanges rigolos et tout le monde voit que les jeunes ici dans la cité ils font des choses pour s’occuper et qu’ils se débrouillent sacrément ! Enfin c’était la bonne ambiance la journée entière et aussi tard dans la soirée vu qu’le printemps c’est pas tous les jours faut en profiter…

Donc mardi c’est l’jour du 1er mai et dans notre banlieue comme dans presque tout le 9-3 on a pas tellement d’endroits chouettes où aller et y a à nouveau la partie de merguez ça fait d’la distraction pour nous aussi… Je sors voir si des fois je trouverais pas un brin de muguet égaré dans l’secteur vu que cette année c’est la première de ma vie depuis que je m’souviens que je m’suis débrouillée pour pas avoir un brin d’muguet le jour de la fête des travailleurs ! C’est sacré ce jour-là alors mais voilà du muguet y en a pas beaucoup à cause du printemps très beau… c’est comme ça…

Je descends tranquille et au passage je croise notre voisine d’en face du palier une dame black superbe qui vit avec ses enfants et qui sors aussi mais pour les ordures… elle a son boubou vert émeraude et les éléphants dessus qui courent… On a l’habitude on s’entend d’un appart à l’autre avec nos cloisons papier cigarettes… mais ça gène pas c’est la vie…

Bonjour ça va ? Ça va… Ça va al hamdou li’l’ah ! On se sourit et hop ! je saute les marches du quatrième où on habite et je rencontre son mari avec le keffieh palestinien rouge autour de la tête et le boubou bleu nuit d’Afrique qui est encore plus extra que nos nuits d’banlieue… il s’écarte pour me laisser passer et à nouveau… ça va ? ça va… Il a le visage marqué des gens qui ont pas mal trimé et les marques sur le front des rituels africains qui s’mélangent à ses rides… c’est un visage fort qui ressemble à un masque ébène ou dans le genre et jamais il laisse rien voir même au fond d’ses yeux… J’voudrais bien lui parler mais j’ose pas… enfin dans quelques années peut-être si on nous laisse vivre les uns avec les autres en bonne amitié…

Sur l’trottoir j’arrive à la hauteur des merguez et du thé à la menthe et je m’arrête pour dire bonjour et mater comment ça fonctionne en prenant l’air du temps… tranquille la cité ce matin c’est vraiment un jour de vacances pour tout l’monde ou presque… Soudain y a la porte du hall à côté qui s’ouvre fort et tout une troupe de jeunes femmes avec les poussettes et les gamins dans les jambes qui déboule en riant et en parlant les langues que je n’connais pas…

Je remarque une très jeune qui porte le voile par-dessus la robe longue noire et qui doit être drôlement belle car le bout d’son visage qu’on voit et ses yeux sont mirages trop magnifiques ! Elle est africaine et ses copines arabes avec le voile aussi mais de couleur et les gamins tous habillés comme les autres mômes de la cité multicolores les fringues habituelles jeans et tee-shirts… Ils jouent et se chamaillent pendant qu’elles causent causent… D’un coup c’est l’branle-bas total et je comprends pas tout d’suite en les voyant se précipiter à traverser la rue dans tous les sens comme si y avait le feu…

C’est le bus qui s’arrête à l’extrémité de la cité qui arrive vrombissant toute vapeur… le bus pas le nôtre le 154 notre autobus des brousses que vous connaissez… mais c’est le bus quoi ! et là quand vous avez une robe longue qui arrive sur les pieds pour courir c’est pas gagné ! Elles passent devant avec les p’tits dans les pieds et je me dis danger quand je vois Karim sortir de je n’sais où sur un p’tit vélo rose de môme qui fait un signe de la main au chauffeur qu’il ralentisse et qu’il les attende…

Le conducteur c’est un homme un peu fort qui a la moustache et qui connaît la cité pour sûr car il répond à Karim et dit bonjour au passage signe qu’il a compris qu’il attend… d’ailleurs les chauffeurs ici ils attendent toujours… la jeune femme black elle essaie de courir le plus vite en tirant par la main une petite fille dans son jogging rose et en poussant la poussette qui se prend dans ses pieds c’est hard ! Sa copine est déjà arrivée et grimpée dans le bus… elle rit et elle court… elle court et elle rit… les gens ont fini de descendre… elle arrive pas à aller plus vite…

Je vois le chauffeur du bus qui regarde dans son rétro et elle est enfin devant la porte mais la poussette veut pas elle résiste… sa copine attrape la petite et la hisse et c’est un monsieur un peu âgé un visage pâle comme moi qui saisit la poussette et la monde dans l’bus et elle embarque avec toujours le fou rire… C’est bon on se tasse comme on peut et le bus démarre pendant que les merguez sentent très bon et que le thé à la menthe coule dans les petits verres vert vert…

Toujours pas de brin de muguet à l’horizon… j’ai été jusqu’à la boulangerie marocaine qui fait l’angle et j’ai rien trouvé sauf le pain car aujourd’hui c’est ouvert évident !  Pendant que je fais la queue pour le pain y a une voiture qui est arrêtée au feu du croisement tout près de la boulangerie et qui n’redémarre pas au vert… Derrière ça attend on a l’habitude… et puis ça klaxonne un peu mais toujours ça n’démarre pas…

Un jeune garçon de la cité s’approche de la fenêtre passager et semble expliquer quelque chose à une grosse dame qui a l’air toute paniquée. Le moteur est noyé elle sait plus comment faire… Encore rouge puis vert… ça démarre pas… y a des gens qui s’demandent ce qui se passe et le patron du restau turc où on mange souvent avec l’ami Louis se décide vu que la dame est plus capable de rien on dirait par l’angoisse sans doute…

Il s’approche et lui ouvre sa portière… il lui prend le bras et la conduit pour qu’elle s’assoie à la place passager… il lui explique que le moteur il est noyé… c’est rien… il va pousser la voiture et la garer pour que les autres ils passent et elle va boire un verre d’eau…  ça ira mieux… Et la voiture aussi dans deux minutes elle redémarre… Je l’entends qui bafouille affolée comme si elle trépassait… vous croyez monsieur ? Mais oui mais oui c’est rien… c’est l’moteur qu’est noyé… Alî apporte de l’eau pour la dame…

Il gare la voiture près de la boulangerie et la dame avale son eau avec un regard panique sur les gens qui sourient en sortant avec le pain… Le patron du restau turc récupère le verre vide qu’il pose par terre et il l’aide à reprendre sa place dans l’auto au volant en lui expliquant comment faire pour pas caler à nouveau tout d’suite… elle fait que répéter de la même voix vous croyez monsieur ? vous croyez ?… Mais oui ça va aller… c’est rien… c’est rien du tout… Elle finit par se décider à accélérer à fond en faisant hurler la machine et fonce de l’autre côté du carrefour comme s’il y avait un énorme monstre à ses trousses…

Le patron du restau turc ramasse son verre vide et on se croise au moment où il rentre dans sa boutique avec l’air gentil qu’il a toujours… Les voitures neuves hein ! … il dit ça serein et un brin amusé… La dame était tellement affolée qu’elle n’a dit merci à personne et pour sûr que jamais plus elle ne repassera par ce coin-là où tout est si… dangereusement imprévisible… J’aimerais bien savoir ce qu’elle va raconter autour d’elle de son aventure… Mais de quoi elle avait peur au fait ? Et toujours pas de brin de muguet à l’horizon…

Zut ! je renonce… Et je reprends le chemin de chez nous en me disant que quand même ils sont formidables les gens parmi lesquels on vit… Quelle chance on a de s’être retrouvés là alors qu’on est originaires des quatre coins de la terre… Et quelle chance c’était jusqu’ici comme le chantait ce matin un jeune rappeur sur FIP de vivre dans ce pays où d’autres se sont battus pour qu’on ait le bonheur d’y être libres… et d’y être ensemble !      

A suivre...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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Samedi 13 janvier 2007 6 13 /01 /Jan /2007 01:15

                                       Sans eux sans ailes      Ce thème de Banlieue terre d'exil nous a sans doute permis d'exprimer de manière indirecte ce que nous ressentons face à l'exclusion de ceux avec lesquels nous avons grandi et vécu jusqu'ici et qui se pensent à juste titre autant chez eux dans nos banlieues que nous le sommes nous autres.

      Et on n'affirmera jamais trop que ce paysage que nous partageons est notre demeure commune, notre macadam blues que nous défendons ensemble des chasseurs de têtes et que ces mots nous relient plus que jamais en dépit de ce qui peut parfois nous séparer et qui n'est autre que notre singularité.

      Non ! elle ne repartira pas la grande tribu des fleurs d'agaves, ou bien alors il ne restera derrière elle qu'un désert de feu et une tristesse aride infinie...

      Mardi, 12 décembre 2006 

       Pourquoi elles partiraient les hirondelles leurs ailes noires comme nos toits d’ardoise fardés d’indigo où elles accrochent leurs hottes de laine et de roseaux. Nos toits d’ardoise qui battent de l’aile sans elles qui leur nouent des écharpes de cris autour du cou.

      Ils farandolent grave nos toits quand les frissons grelots s’aggravent et le givre partout.

      Pourquoi elles partiraient les hirondelles qui crèchent dans nos jardins bleus d’banlieue alors qu’en Afrique on a fait d’elles des déesses que les villages blancs comme lait caressent. Pourquoi elles partiraient elles qui ont choisi nos jardins d’banlieue et nos pluies tristesses.

      Pourquoi elles partiraient elles qui filent des tissus de soie douce à nos déserts béton et leurs petites maisons qui nous enchantent.

      Pourquoi elles partiraient nos princesses nos fées qui dansent des barcarolles dans nos greniers hantés d’odeurs de pommes séchées et de vieilles poupées.

      Pourquoi elles partiraient elles qui mènent les rondes de nos cours d’écoles et qui nous affolent sur les fils rassemblées et si elles allaient tomber ! Elles qui  survolent nos enfances métisses où on échange des bâtons de craie contre du réglisse.

      Pourquoi elles partiraient… parce qu’y a plus de blé à partager ?

      En Afrique on a construit pour elles des palais des merveilles et dressé des lits de pétales de roses d’une blancheur de lait. On a tendu des tentures vermeilles sur l’horizon et les mangeoires sont pleines de graines d’anis et de cumin.

      En Afrique des terrasses agrippées aux ciels elles sont les reines et les puits farandolent de jasmin grelots quand elles reviennent.

      Si elles partaient les hirondelles pourquoi voudrais-tu qu’elles reviennent ?

      Il n’y a pas de cage pour les oiseaux du vent aucun barbelé qui les retienne. Si elles partaient les hirondelles leurs ailes noires pointillant le lait blanc de la lumière d’Afrique nos étés seraient comme du pain sans sel et sans levain.

      Les caravanes nomades ont initié le chemin du Sud vers le Nord et du Nord vers le Sud comme un lit aux draps d’eaux vives qui se nomme demain.

      Un lit bon pour le corps fatigué de ceux qui rêvent d’une âme sans peine.

      Un lit aux draps défaits où nos songes métis rencontrent d’autres songes vagabonds.

      Si elles partaient les hirondelles aux ailes blacks pourquoi voudrais-tu qu’elles reviennent.

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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