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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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P'tits poèmes diabolique

Dimanche 2 janvier 2011 7 02 /01 /Jan /2011 11:46

 

Déjà qu'il neige sur la lune suite...

Aujourd’hui ils ont décidé

Hier ils décidaient déjà

Que les enfants bagnards évadés de Belle‑Ile ne valaient pas plus de 20 francs

Et Marianne le rouge virée des cabarets de Berlin par la bise qui monte des terres incendiées

 Marianne Oswald 3

Leur chantait de sa voix revenue d’une tête tranchée

Les mots écrits pour eux par l’allumeur de photophores

J’avais 25 ans et j’écoutais Surabaya Johny qui n’a jamais pris les armes et Bruno S non plus

Quand les tambours de la nuit questionnaient : Warum bin ich nicht froh ? Pourquoi je ne suis pas heureuse hein ?

Hey man quelle drôle de question !

Et les tambours de la nuit battent la retraite des artistes de quatre sous qui ont la grandeur des baobabs

Les bouffons sur de très grands tabourets en costume de tergal noirs luisants perchés

A côté de ceux qui ont des pensées rasées de près et de petits cous maigres déplumés

Ont décidé que Brecht avait tort ils l’ont chassé d’Allemagne en croassant

Et ceux qui ont toujours eu les mains propres l’ont chassé des USA en croassant

Ils l’ont chassé des théâtres après que les ouvriers de Berlin

Aient mangé les pavés de leurs pieds

Et Brecht avait écrit une lettre et il devait avoir honte de ça Bertolt-Brecht.jpg

Et les chats avaient tous des tartines de confiture et Brecht était coupable pendant qu’à Soho le roi des mendiants

Et Mackie le Surineur jouent au poker les mots d’un chanteur de rue mais les bouffons en costard

Les femmes de lettres les VIP les artistes dans leur loft près de Ground Zero

Les chefs de famille la ceinture à la main les vieux qui terrorisent les petites bonnes africaines

Les brigades de policiers en civil avec ou sans Tazer les commerçants des quartiers chics

Des villes de West Zone où les touristes débordent des hôtels équipés de bidets à whisky

Pendant qu’un violoncelliste s’escrime sur les Six Suites Solo en bas et que la neige

Le grime d’un masque de mime blanc et d’un pyjama de pensionnaire d’asile d’aliénés

Les usuriers des quartiers pauvres qui s’en taillent une tranche à même la viande des petits guetteurs des favelas

Et les bons banquiers prêteurs sur l’œuf des poules dorées à l’or frais

Et sur le poil rugueux des jeunes chèvres aux sabots d’ébène

Colliers roux que les femmes des villages portent de leurs poignets d’argile en offrande

A la termitière sacrée où les dieux païens mangent de la terre et avalent l’histoire

Que nous ne saurons pas écrire avec l’eau des cases à apluvium

Et les sources vert marine remontent dans la langue du crapaud maître mystérieux des villages

Taillés à même la peau de banco crue de Ziguinchor que les sabreurs de livres torchères

A goût de sang ignorent perchés tout en haut de leurs dunes de fonte frappés des trous bunker

De leur cerveaux champagnisés et les bulles déballent sur la nappe d’un horizon lucioles écartelé

Des kilos de bouquins bavant d’eux et de leur passé fumant plein les valises lourdes à cailloux

Qu’il nous faudrait porter si nous voulions avoir droit à l’escalier de service

Et Brecht avait écrit avec sa neige sur nos braseros bourrés de charbon

Que les mineurs des communes d’Ukraine nous envoient encore

Que les pays qui ont besoin de héros sont des pays perdus

Hey Bertold ! avant que les souteneurs artistes du Berliner Ensemble te lâchent et lèchent

Les papiers craquant des prix de beauté qui ne toucheront jamais la boue

Hey man ! est‑ce que tu savais qui tu étais ?

Est‑ce que tu le savais hein ? brecht-2.jpg

 

Aujourd’hui ils ont décidé

Hier ils décidaient déjà

J’avais 40 ans et je m’enfonçais dans le corps ravaudé alcoolisé dévalisé galvaudé

Sur toutes les enseignes de la bonne conscience néon qui clignote dans l’ivoire des trottoirs blancs

De l’Indien qui a pris la route avec sa tribu ses chevaux ses moulins à huile ses carquois et qui n’est jamais arrivé

Armés de dés en bois de citronniers pour des frondes gelées à l’aube passagère des camps

Les familles à l’étroit décampent en échangeant leur maison de paille contre la face pâle

Et les trous sombres d’une autre histoire

Hier ils ont décidé que nous étions moins que rien nous qui marchons avec le présent

Des enfants de Palestine posé sur le damier où meurent les fleurs de grenadier maintenant

C’est l’hiver pour les poètes qui ne savent plus dire dans une langue étrangère

Ce que les peuples surpris par le froid se racontent aux veillées des grands incendies figés

Par la bonté des arbres des nuits indiscrètes et des galets conçus modelés et cuits aux fours

Des mères océanes à l’intérieur d’un rubis paisible gardien du sang assis au creux

De nos premières grottes où nous avons dessiné nos destins communs ici et là

Voyageurs de couleur nous n’avons jamais su qu’il fallait nous méfier de l’obscur

Qui a vu grandir nos lampes et que l’huile infinie de nos réserves marines serait pillée

Par les marchands de kérosène

C’est l’hiver pour les poètes qui ne savent plus écrire à mains nues ni remercier

Les hommes laborieux qui ont forgé les fers de leurs chevaux blanchis du sel de la course

Qui ont cousu le cuir de leurs selles incrustées de prunelles de nacre vertes qui ont teint

La laine de leurs manteaux moelleux et broyé le noir qui enivre les presses des imprimeries

Où leurs mots picorent au fond des écuelles vides

 

Aujourd’hui ils ont décidé Mahmoud.jpg

Hier ils décidaient déjà

Que Mahmoud allait quitter le puits à mémoire d’Al‑Birwa et les trois arbres solitaires

Porteurs des fruits juteux et mûrs comme les yeux étonnés des gamins par la dernière cueillette

Et que le pain manquerait pour la seconde fournée celle de midi cuite au four du village

Quand les soldats sont venus voler les pierres du moulin de la route qui mène aux champs de pastèques

Et de courges de la petite mosquée de l’école du cimetière et de l’aire à battre le blé

Hier ils décidaient déjà

Que le fils de la tribu des hommes butineurs grandirait au loin à mesure que la lampe de lune

Qui a veillé sur les fleurs d’oranges si sucrées sur les ruches ouvertes sur les ouvriers joyeux et fiers S’éloigne et que la route sous les semelles de transhumance s’étire et que le temps dénoue

Sa couverture tissée en poils de chèvres écrues et brunes venues de Damas de Pétra et de Smirne

Par la mère d’un rêve trop ancien

Entre les branches de l’amandier qui abrite toutes les espèces d’oiseaux habituées

Au fracas des explosions nichant au creux des débris d’un royaume sans murailles sans buissons de fer

Et leurs taillis d’épines ardentes sans miradors où crépitent les lentilles géantes des cent mille Cyclopes

Jetant leurs iris de phosphore bleu au‑dessus des frontières

Que les tables de sable où le renard nomade écrit demain chaque nuit emportent ailleurs

Hier ils décidaient déjà

Que la couverture tissée de ta mère serait tout ce qui te reste du passé bienveillant et heureux

De ton peuple effacé par la neige qui capture les feuilles des bananiers et y plante des aiguilles de feu

Eclairant le corps de ceux qui t’accompagnent et qui reposent sur le damier de l’exil

A chaque case une tablette de terre émaillée porte le nom d’un ami mort qui erre

Fantôme de givre tes pas d’aveugle ivre te mènent au Nord et chaque case chevauche

Celle du village voisin Rmeich Jezzine Nâ’ima

Enfant le sel du Liban a brûlé la chair de tes pieds et Deir al‑Asad t’a comblé de figues d’agrumes et de grenades

Hey l’Indien ! sais‑tu qu’à Jdaïdé il y a une maison de terre rouge de palmes broyées

Et d’élytres de scarabées qui ressemble à celle de ton père ?

D’Haïfa à Moscou du Caire à Beyrouth d’Hamra à Achrafieh de Tripoli à Damas

Ils ont décidé que tu sois nomade Mahmoud-2.jpg

Mais jamais ils n’ont décidé du poème

De Damas à Tunis de Chypre à Paris d’Amman à Ramallah

La lampe des poèmes brûle et revient sur la trace de tes pas

Hey l’Indien ! Avant qu’ils te volent ta terre qu’ils tuent les chevaux de ton père

Et qu’ils cimentent des murailles entre ton peuple et toi

Est‑ce que tu savais qui tu étais est‑ce que tu le savais hein ?

 

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Mercredi 29 décembre 2010 3 29 /12 /Déc /2010 21:07

Slam

Mardi, 27 juin 2006

Lundi, 9 juin 2008

Voici l’histoire pas inventée Disparition 2

D’un chat qui crèche dans une cité

Très bien sapée Jean pas déchiré

C’est un chat Avec tee-shirt moulant

Rouge sang ses petits seins peinards

Démarre sur ses pieds volant

Paire de baskets cosmique héritée

Des blacks guerriers un string de soie

Noire faut voir qui glisse se plisse

Sur sa peau réglisse C’est un chat

Couleur métisse Y’a pas de hasard

C’est un chat qui va faire une virée

Avec les matous de sa bande voyous

Pour traquer les rats bien gras les souris

Faire ses courses poubelles on parie

Que la belle a plein ses poches des cailloux

Les file au marchand pour payer ses achats

Slam c’est un chat Soutien-gorge le soir crisse

Bleus ses cheveux ras se hérissent

Iroquois et quoi ! C’est un chat

Il est né là dans les cartons bâtards

Fils d’un grand Cheyenne roux hagard fêtard

Et c’est pas tout ! Les jeunes Blacks du quartier

L’ont traité de gouttière sans pitié

Il se marre La cité ses petits seins

Font du bien aux doux assassins qui tuent

Avec délice d’un coup de plume et d’âme

Les ramasseurs les rabatteurs les traqueurs

Nœud coulant ils lui passent le dessin

D’un chat foutu allumeurs tu meurs

Si tu ne cours pas oreilles rabattues

Jusqu’à ses paupières indociles

Qu’elle emballe de rimmel ça va

Et c’est pas tout ils l’ont appelé Slam !Le chat

La cité prend des airs de gamine

Quand il radine sur ses chemins de brousse

C’est pas un nom facile cousin enfile

Ton frac indocile et file Slam c’est un chat

Qui rame pas en bas des blocks il va

A la rencontre des poseurs de mines

Vermines leurs bétaillères bourrées

De bâtons de rouge à lèvre tirés

De faciès pamplemousse Les détrousse

En douce de leur cargaison qui trace

Chat sauvage griffu fou sur leur pare-brise

S’élance pour danse pleine de grâce

Terreur chez la volaille mine grise

La rebelle s’étire et leur tire la langue

Déhanche et tangue avec les mangeurs de mangues

Slam sait que leurs lames c’est pour trancher

Entre les mailles amères du filet

Tendu par les gardiens de l’ordre mort

Parmi le peuple des enfants d’or

P’tits  renards prêts à la harangue

La cité en teignant ses cheveux henné chante

A toutes les fenêtres sa goualanteDétail ma banlieue

Slam c’est un chat qui ne boit pas de lait

Les bistrots sont ses palais c’est sûr

Aux trois billards il assure C’est un chat

Qui a de l’allure sur le tapis couché

Les boules lui roulent dessus

Ne craint rien des seigneurs cossus

Qui mènent le monde et le font marcher

Il va pas perdre furibond le Nord

De ce qui se passe crasse dehors

Gyrophares sales tronches déboulent

Sur elle ses petits chemins creux remplissent

De bétaillères encore et mouches saoules 

Dedans vendeurs d’enfants et de peaux réglisses

Des cités macquées matées barbelées

Filins plastiques pratiques pour t’empêcher

Interdit interdit de rentrer alors ?

Slam c’est un chat va pas laisser faire

Greffier des quartiers pelure courant d’air

S’ils veulent la guerre l’auront c’est d’accord

Avec le frangin Mozart qu’est crevé sans un

Leur faire la fête tambours trompettes hein !Chameau de chat

Chez toi interdit marcher sur

Tes trottoirs tes parkings tes rues

Un camp militaire ils vont faire

De ta cité ça prend l’allure

Et son string nylon noir ils frôlent

Ses petits seins aux pointes nues

Tes doigts caressent son revolver

Détresse d’écume petit frère

Slam c’est un chat te file la recette

Faut inventer tamanoir les histoires

Tagger slamer rapper conter

N’ont pas les moyens de te les retirer

Le feu aux mots ! Les marchands de passoires

On les jette par-dessus l’épaule

Slam entame la quête muette pas bête

Du type qui avait la cervelle d’or

Se faufile d’aiguille en aiguille

Entre les bottes des braqueurs de billes

Y’a plein de héros morts dans les corridors

Aux trois billards on frotte les queues

Avec du savon noir ta vie c’est un jeu

Qu’on joue sans toi ici dans le trou va

La boule avec ton nom Slam à poil dehors

Pendant que le type sans cervelle meurt

Et sa bande de greffiers pas peur

Des flahs-ball boucliers miradorsMonde de chats 2009

Trop lourds trop forts trop lents trop durs

Slam c’est un chat Leur sautent à la figure

Et signent dans leur peau lisse et grasse

D’un coup de patte qui passe la trace

De la cité métisse matous peau réglisse

Le refrain qui n’a pas fini de les hanter

C’est Slam le chat mémoire de soie Enchantés !Chat-caf--cr-me.jpg

 

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Jeudi 9 décembre 2010 4 09 /12 /Déc /2010 20:55

Déjà qu'il neige sur la lune suite...


Aujourd’hui ils ont décidé lilimarleen.jpg

Hier ils décidaient déjà

J’avais douze ans et j’écoutais la chanson de Lili Marlene dans le train de bidasses qui m’emportait

Ils avaient décidé de mon présent de mon uniforme bleu marine et des gouttes de givre clouées

Sur mes joues et tous les gars qui somnolaient dans les gares avant le petit trou

Qu’ils vous font dans la tête quand tu as vingt ans et que tu ne sais pas ce qu’ils veulent

Lui criaient de continuer à chanter de ne pas les laisser comme des chiens errants au milieu du charnier

Et les lettres qu’ils écrivaient à leur petite fiancée

Ressemblaient aux miennes qu’ils ont déchirées en flocons de papier blancs

J’en avais deux valises pleines que j’ai éparpillés dans les rues de Charleville sous les tilleuls au printemps

On ne marche pas sur les traces des poètes

La neige couvre d’oubli la peau des parchemins au mont de piété et bourre de fleurs de coton le cornet des gramophones

Hey Lili Marlene ! devant la caserne est‑ce que tu sais qui tu es dis est‑ce que tu le sais hein ?

Aujourd’hui ils ont décidé

Hier ils décidaient déjà

Que les poètes les vrais ça ne court pas les rues ni les trottoirs d’ailleurs comme des chiens

Et les mots pareils à des clarinettes poignardées sur la porte de la cellule suent des fleurs de sang de sperme et de salive

Quand le gardien au matin vient chercher celui qui se balade muet avec sa langue bien pendu

Et ses poèmes lucides et frais comme des jeunes filles s’écoulent en caillots de sel et de givre

Dans les caniveaux où les trains foncent en gargouillant

Vers les gares abandonnées leur ventre lubrique livré aux troupes de mendiants amateurs

Virés des boîtes de Jazz de St Germain par les proxénètes à la pelisse de hibou Arfang lili-marleen.jpg

Les gardes-barrière gardent l’absence et ma collection de vynils

J’en ai choisi quelques‑uns pour le musicien de l’armée rouge avant que l’huissier chauve

Vienne mettre la main sur les breloques de ma vie qui ne valent pas un kopek

Tout ça tient dans une charrette des quatre saisons que je déplace selon les indications fantasques du cadran solaire

Sitôt que je serai mort ils se les partageront et ils empêcheront les gamins de Bamako de jouer aux billes

Avec les lampes de mes vieux Teppaz

Maintenant c’est l’hiver et les rêveurs remontent la mécanique de l’orgue de barbarie

Au fond des cours de Berlin de Vladivostok de Tunis de Marseille

S’ils sont deux ou trois à savoir qu’il neige sur la lune ça suffit comme ça

Et que Janis était folle des color TV et des Mercedes Benz

J’avais dix‑sept ans et j’écoutais Ho ! you know that I need a man mais il était un peu tard

Tu survolais déjà Stinson Beach dans ta robe de plumes blanches il allait falloir du temps

Hier ils avaient décidé qu’on ne traverserait jamais le Colorado ensemble à bord de ta Porsche rose 356

Hey Janis ! ils ne se doutaient pas que tu prendrais la poudre d’escampette comme un lemming arctique

Paré au suicide collectif avec la bande des 27 moulés dedans leur combinaison de scène clignotante feu brun feu blanc

Bien sûr qu’on est les seuls nous autres à pouvoir changer de parure camouflage et à s’évanouir fumée

Quand on veut et les chasseurs de trophée ne retrouveront que les griffes tigresses Janis_Joplin-Pearl_b.jpg

De nos ombres plantées dans l’enduit huileux des cachots d’Attica où on a pas fini

De se saouler à la vodka orange pour ne pas se souvenir qu’ils ont abattu George Jackson

Et Sam Melville avant le carnage final et cette fois ils ne se sont pas servi des matraques à Nègres

Pour cet après‑midi de chien où Mingus et sa contrebasse répétaient “ Remember Rockefeller and Attica… Remember… ”

Hey Janis ! avant de filer par la sortie des artistes de l’hôtel Landmark à LA est‑ce que tu savais qui tu étais ?

Est‑ce que tu le savais hein ?

 

 

A suivre...

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Jeudi 2 décembre 2010 4 02 /12 /Déc /2010 23:18

“ devenir célèbre et se faire demander : 

pouvez‑vous venir faire une lecture ?Buko

pouvez‑vous être là à neuf heures ? ”

 

“ Et les grands chevaux blancs viennent lécher le givre du rêve ”

InLes jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines

Charles Bukowski

 

Ouaouf… Ouaouf ! C’est samedi matin je suis mal réveillée à cause de cette fichue épaule qui m’a verrouillé toute la night mes envies de pioncer j’ai les yeux qui me brûlent comme des fusées d’artifice manque d’air dans cette pièce où y a à la fois mon plum mes avalanches de bouquins mes peintures d’une époque y a longtemps les piles de cahiers où je balance mes dérives mes disques vynils mes fringues sales… pourtant fait si tellement froid avec chauffage impossible le plafond est à perpette et les radiateurs électriques ce que ça coûte hein vous savez ?… 

Je vais pas ouvrir les fenêtres en plus aérer ben voyons déjà que je m’asperge le bras d’eau glacée au réveil pour que la douloureuse fasse une pause le temps du p’tit noir quoi !… 

Le kaoua sans son parfum rugueux et brutal qu’on dirait une caresse de jeune neige je calte pas impossible… Ouaouf ! Je zigzague direction la cuisine pour me l’avaler avec fumée bleue garantie et Hop ! retour écran de l’ordi bol dans la paluche gauche pour zyeuter le courrier en fourrant mon tarbouif dedans sa bonne chaleur généreuse… j’attends rien mais c’est régulier quand on attend rien qu’il vous arrive les mauvaises nouvelles celles qui vous terrassent un ours en plein élan de framboises une petite dégustation gourmande le poil mouillé par la rosée des minuscules feuilles vertes retroussées à l’aube sous un gros soleil rond qui monte tout à son affaire il voit pas la chose survenir et Vlan ! 

Ça y est le dernier ours sauvage de la race des cavaleurs de sentiers à caillasses de ceux qui trouentla frontière pour retrouver les frangins ours direction Barcelone il a passé l’arme à gauche Ouaouf !… Ils ont plus à craindre les glandus les bouffons qu’écrivent avec les arpions et qui font la chasse à coups de pruneaux bourrés de plombs aux gribouilleurs des rues y en a plus un seul de la sorte peuvent baver tranquille la chienne et mézigue pas de risque qu’on s’approche de leurs boutique à foie gras sont bien trop mauvais alors ! Ouaouf ! 

Et voilà ! ce que je vous disais… le kaoua j’ai pas eu le temps d’en laper une gorgée que j’ai été mise au parfum qu’on allait pouvoir continuer à la sauter régulier la chienne Bonnie et cézigue vers la fin du mois c’est baguette carrés de chocolat pour bibi et pour l’affamée de lapins garennes faisans poules au pot et jambons crus c’est viande hachée limite périmée et faut pas se plaindre encore hein ? Le manus il a été refusé pour “ manque de fluidité dans l’écriture… ” ben ça si on pige ce que ça signifie nous autres ce mot qu’est la marque de fabrique de c’t’époque qu’il nous en rabattent le zéph par­‑dessus les esgourdes… “ faites‑moi un CV plus fluide… ” les relations avec les gugusses qu’on se farcit dans les endroits où ils vous coincent pour vous faire marner à des turbins dont vous avez rien à cirer doivent baigner dans la fluidité… même la Bonnie qu’a un cerveau en poudre de pollen si elle s’en tape de ce truc mou gluant baveux tout pareil que les milliers de pages imbuvables des torchons à vaisselle qu’ils pondent à la pelle eux autres... Ouaouf… Ouaouf !

Sans charre à chaque fois que je me les farcis ces tartignolles qui décident à votre place de ce que les gens ils vont comprendre ou pas à ce qu’on écrit à ce qu’on filme à ce qu’on peint… je repense à Antonin Artaud qui beuglait depuis son asile d’aliénés que le poète il n’a pas pire ennemi que ceux qui décident à sa place qui va pouvoir entraver quelque chose à ses histoires et qui du coup empêchent avec le plaisir malveillant des entremetteurs les gens de rencontrer son univers fulgurant… Pour ça que le poème de mon pote Buko que j’ai pioché au hasard dans son bouquin extra de poésies Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines il me fait bien marrer vu que pour sûr y aurait pas quelque chose de pire qui pourrait nous arriver à la chienne Bonnie la coureuse de caniveaux et à mézigue que d’avoir la plus petite fréquentation qui soit avec la célébrité ah ouiche ! 

N’avoir aucun compte à leur rendre jamais venir à l’heure à leurs rendez‑vous parce qu’on a du respect pour l’humain pas plus pas moins et donner aux gens ce qu’on a envie et puis Zouh ! on s’en retourne dans notre gourbi glacière où on a de visiteuse nocturne que notre copine la lune et basta ! Ouaouf ! Ouaouf !

 

Déjà qu’il neige sur la luneM-lune-overblog

Epinay, Samedi, 27 novembre 2010

 

Aujourd’hui ils ont décidé

Hier ils décidaient déjà

J’avais trois ans et j’écoutais Nina Simone chanter Never tired loving you

Et ils décidaient de mon futur de ma trace de mes clarinettes

Dès que j’ouvrais la bouche ils disaient tiens il neige sur la lune

Maintenant ils calculent la valeur de l’or qu’on suce dans l’éclatement

De mes oreilles sanglantes

Ils décident toujours de tout pour vous

A votre place ils lèchent le sel qui se dépose

Autour des petites flaques dessous les trous

Qu’ils vous ont faits dans la tête quand tu avais trois ans et que tu refusais

De dire qu’ils connaissaient la musique et ça n’a pas traîné

Ils ont déchiré les pages fulgurantes de tes cahiers et ils les ont données à manger à l’incinérateur

Des ordures ils ont dit que tu ne serais pas Rimbaud et que ça commence à bien faire

Hey Nina ! ma berceuse sauvage est‑ce que tu sais qui tu es dis est‑ce que tu le sais hein ?

Vous entendez cette trompette au bout de la rue je suppose ?

A moins que vous ayez du coton dans les oreilles je crois bien que vous l’entendez

Le type est là tous les jours à quatre heures cet hiver et il joue

Il est roux et sa peau ressemble à celle d’une orange de Kabylie complètement givrée

Ma parole il est venu de Vladivostok de Bakou ou de Gorki quand ils ont décidé

Que le cuivre avait autant de valeur que l’or

Et que les musiciens allaient devoir faire quelque chose d’utile

Il porte les bottes et la chapka avec l’étoile de l’armée rouge et il joue

Le concerto pour trompette de Haydn et les gens lui jettent des petites pièces

Et ils lui disent qu’il continue

Hey man ! mon frère de Stalingrad est‑ce que tu sais qui tu es dis est‑ce que tu le sais hein ?

Qu’il revienne après‑demain qu’il ne les laisse pas à nouveau seuls écartelés le couteau sur la gorge

Ça fait tellement longtemps que personne n’a joué pour eux dans la rue devant les façades sales

Qui dégoulinent de fièvre

Chaque soir ils font un détour avant de rentrer chez eux

Il y en a qui lui apportent à manger une assiette de soupe chaude

Alors il s’arrête un peu et tout le monde retient son souffle

Souvent il y a un Nègre avec un chien d’aveugle qui écoute debout droit au milieu du trottoir

Il salue le musicien de l’armée rouge plusieurs fois

Et le chien saute après les plumes de ara blanc qui sortent de sa trompette et s’envolent

Et le Nègre dit que c’était la même musique il y a un bail dans la 130e Rue de West Harlem

Hier quand ils décidaient déjà j’avais trois ans et j’écoutais Nina chanter Wo I am

Le type est là tous les jours il n’a pas peur de la neige qui commence à nous effacer

Aujourd’hui ils ont décidé

Hier ils décidaient déjà

Que nous n’existons pas et qu’ils abandonneront aux rats des laboratoires les caves où nous n’avons pas cessé de jouer

De la musique de Nègres d’écrire des poèmes furieux comme des chats à l’affût et des ivrognes au moment du partage de l’aube

Est‑ce que vous avez rencontré Bruno S avec son orgue de barbarie au fond d’une cour à Berlin après la guerre ?

Bruno S ne peut pas se battre contre ceux qui en ont et qui accélèrent pour écraser les chiens

Ceux qui fracassent une fille à coups de tabourets dans un bar et sur sa robe mouillée grimpent des tournesols

Hey men ! Je ne sais pas si vous les voyez hein ? 

Le métier de Bruno c’est ouvrier dans une fonderie et le samedi il descend de sa cuve de laitier miroitant

Où des nénuphars ailés se bousculent pour aller faire l’acteur dans un film de Werner He Le peintre aveugle rzog

Bruno S a perdu la mémoire de sa mère qui faisait le trottoir et des poules qui dansent à la fin sur un tapis roulant mécanique

Ça vous dit quelque chose ? M’étonnerait qu’on se soit croisés un soir dans un ancien cinémascope de la rue de l’Ouest

Sûr que la vieille lanterne éclaire toujours un couple enlacé sous un réverbère ou sur un quai de gare

Hey Bruno ! toi qui rêvais d’être cavalier est‑ce que tu sais qui tu es dis est‑ce que tu le s ais hein ?

Ses anciennes chansons allemandes n’avaient rien à voir avec Lili Marlene 

Pourtant elle l’a cherché pendant des mois et il neigeait des cendres sur Berlin

Tous les soirs elle est allée l’attendre Vor der Kaserne

Mais personne n’est venu

 

 

A suivre...

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Jeudi 25 novembre 2010 4 25 /11 /Nov /2010 21:19

Le testament de Yurugu suite...la-proie2000overblog

 

Je ne veux pas habiter ce monde !

Salut jeune fille à la parure de plumes rouges salut ! C’est toi qui as la première posé

Sur ma tête le masque de bois de la yasigine et son oiseau quand j’étais debout avec mon sac

Au bord de la route du pays du père et je n’avais rien à moi qui provienne de la case obscène

Des femmes mûres les prétendantes aux couteaux d’os qui retirent aux filles la vitesse

De l’antilope et le droit de savoir lire les traces de la création d’Amma c’est toi la première

Qui m’a fait monter les marches de la scène au milieu des danseurs à la cagoule de cauris

Nous avons échangé nos corps jumeaux et j’ai pris le sentier qui s’écarte surpris

Des manguiers de l’histoire commune et le renard pâle s’est chargé de ma mue qu’il a mangée

Avec le sel poudré des plaques appuyées aux pinasses de Mopti c’est déjà demain

Ah Yurugu !

 

Je ne veux pas habiter ce monde !

Vous qui vivez ici vous détruisez les maisons aux pièces étroites elles verdoient d’odeurs café

Et de cardamome clarté des murs brouillée par le mout épais des olives nocturnes broyées

Geste interminable de nos pères leurs mains de patience aux fils qu’on coupe

Ah ! qui se penchera sur leurs mains de jardiniers célestes ?

Leurs ongles hiboux grattent l’eau du port interdit saignant ses œillets sur la peau

De ceux qui ne sont pas arrivés Yurugu que la lampe de tes oreilles les protège

De l’autre côté d’Izmir et de Marmara la tombe se froisse de brisures mosaïques turquoise

Que le faucon de Leïla a recueillies au pied des portes de Babylone

Leurs vrilles flammèches devant les corbeaux rouges déments abreuvent le corps

De celui qui ne sera jamais un homme Yurugu que la pureté de tes yeux le berce

Je ne veux pas habiter ce monde !

Vous qui vivez ici vous rasez les maisons anciennes leurs cours fraîches à grenades à citrons

Couchés sur les dalles laiteuses qu’on lavait d’eau vive au temps où nos puits crépitaient

Vous les bourrez de sacs ordures au corail pointu qui fragmente des déchirures métal

Il n’y aura pas d’autre printemps avec les fleurs des citronniers

Elles éclatent et envoient leur écume comme des lessives de cocktails

Elles n’enflamment que nos maisons marines où sont gravés nos noms d’indigènes sacrilèges Sur les volets qui clignotent de goémons violets frappent sans fin frappent

Tambourinent rebondissent leurs mains qu’aucun élixir aucun miel d’oursins n’a noirci

De l’infâme reniement leurs paumes libres des charrues encrées au chant charbonnier

Du jus des fruits battent la cadence des drums d’écorce les troncs innocents

Des arbres de nos premières récoltes fourmillent du désir saxo clairvoyant et fougeux

Des blues men aux poings de nos pères les jardiniers célestes

Qui ne se sont penchés que vers la terre Ah Yurugu ! 

Ils feront un trou où mille hommes vêtus des armures de sable passeront à travers Aden 4 de couv

La muraille livide que les enfants ont déjà effacée de leurs rêves de l’autre côté du monde

Les trompettes insoumises aux cartons de lumière sourdes malgré les cris de guerre

Des rabatteurs leurs couteaux à équarrir logés dans la gorge des azurs

Les trompettes ouvriront les chemins de givre bleu flamboyants dans vos murs lamentables

 

Je ne veux plus habiter ce monde !

Vous qui vivez ici vous avez rejeté la fougue heureuse du babinu l’ancêtre commun

Notre mère père jumeaux nous avait donné les fruits crépuscules de minu l’arbre à karité

Les fleurs îles obscures d’oro le baobab sa jeune visite aux mares d’ambre verte

Et toutes les couleurs contenues nous avait donné le poisson kagu et son double

Qui multiplie le lait des seins de lune cambrés pour nos lèvres réglisse où glisse

La mésange impatiente l’hommage de l’homme qui ne vieillit pas à la boue du lébé

A dessiné nige l’éléphant au bout du museau écarlate de la falaise de Sangha

Il nous avait donné les maisons rectangles à la peau de rose et de gris

Qui coulent des larmes d’eau que Nommo verse dans l’outre du fleuve retournant

Sa queue de grand serpent vert vers la savane orangée au bord de la route du pays du père

Je sais que nous étions les fils du léopard tatoué d’encre blanche et d’encre noire

Les fils de l’antilope et du lézard indigo quand nous vivions dans le hameau luisant

De cendres la forteresse des Camisards avec Syrius sa lentille du phare d’ambre doux

A résisté au péril des chasseurs d’immonde à l’égorgement roux des hermines de sable

Et maintenant Yurugu on lui a retiré son nom de notre histoire

Nous étions prêts pour la transhumance et nous n’avions pas peur des hommes camouflés

Qui ont bondi dehors des essaims de hannetons d’acier et leurs reflets mordorés

Mordaient jusqu’au sang  porphyre ses pierres au cou A l’assaut Yurugu ! A l’assaut !Chercheur-d-innocence.jpg

Et qu’aucune fleur ne nous serve de bouclier cette fois nous n’avons pas fui

Par le chemin cuivré des crêtes où le Blue Train sorti exprès du Ballroom de Manhattan

Attendait qu’on monte dans la troisième voiture ses portières d’ébène ont claqué

En même temps que nos kalachnikovs Han ! 

Ah Yurugu ! Nous qui ne voulions ni la guerre ni la mort et ils sont descendus sur nous

Il nous croyaient fragiles et faibles mais nous étions rusés comme les enfants des usines

Nous étions très vieux et vêtus de marguerites nous étions armés de nos rêves impatients

Qui ont survécu à Stalingrad et à ses soldats solides glacés dessous leurs pelisses

De loups mis à notre mesure par le tailleur ténèbre du plateau le Blue Train en était plein

Il était passé par l’Ukraine et les troupeaux de chevaux sauvages le protégeaient

Il nous a rapporté les chapkas et les bottes de la Makhnovchkina et la neige nous a envoyé

Ses caravanes poudrées Ah Yurugu ! il a fallu tenir bon et on a tenu et puis ils ont ramené

Les obus au phosphore et le peuple a pris la piste de l’exil avec ses chèvres ses ânes

Ses charrettes une autre fois en direction du Sud et c’est toi Yurugu qui a écrit lhistoire 

A suivre...     

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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